Accueil de l’étranger : regards, stratégies d’évitement et retour à l’Ecriture

Accueillir le réfugié, c’est « chrétien » ? (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

A l’heure où « l’immigration zéro » ne semble plus rentable électoralement, remplacée (!) par le mythe et le fantasme du « grand remplacement » (joint curieusement à la promesse de « défense des valeurs »)susceptible de séduire tous ceux qui veulent bien y croire, tentés par les idéologies identitaires et exclusives, il est essentiel de retourner à l’Ecriture. A cet égard, notre regard,  comme toutes nos stratégies d’évitement, lorsque nous abordons le sujet de « l’accueil de l’étranger/des migrants », est éloquent.

Et aussi révélateur de notre rapport au texte biblique, soit de la façon dont nous le recevons et de la place que nous accordons à la Bible dans notre vie de foi et notre vie d’Église.

Déjà notre regard : lorsque nous parlons de « l’étranger » ou des « migrants », sommes-nous conscients que nous parlons de personnes, créés comme nous à l’image de Dieu ou que nous réduisons (C’est à dire considérons comme « moins que ») ces mêmes personnes à un voyage qu’ils ont fait ?

Ou parlons-nous « d’immigration », comme d’un concept (donc plus abstrait) à étudier froidement ou comme « d’un problème » à résoudre/à éviter ?

Ensuite nos stratégies d’évitement : d’où viennent « nos hiérarchies des luttes »(1) ou l’idée comme quoi les migrants seraient davantage un engagement personnel ou « de l’Eglise », que relevant de la responsabilité de l’état, « garant de la stabilité » ? D’où vient d’ailleurs l’idée que les migrants seraient « un problème pour la stabilité d’une nation » ?

Révélatrices encore de ces stratégies d’évitement, toutes les justifications bibliques et théologiques pour déresponsabiliser les nations, l’état, ou un gouvernement quant à l’accueil dit de l’étranger (ainsi, par exemple, question posée par ailleurs sur la toile : les nations sont-elles concernées par les commandements relatifs à l’accueil de l’étranger, à l’instar du peuple d’Israël, vu qu’ils n’étaient « pas esclaves en Egypte » ? De là cette autre question : Dieu serait-il un Dieu tribal/local ou le Dieu de toute la Terre ?).

Retour à l’Ecriture, enfin : que disent « la loi (la Torah) et les prophètes », sachant à quel point, pour le chrétien qui a à la fois l’Ancien et le Nouveau Testament, la venue du Christ (pour accomplir et non abolir) nous donne une perspective nouvelle ?

Les chrétiens savent aussi qu’ils sont « étrangers et voyageurs sur la terre » cf 1 Pierre 2v11 et Hébreux 11v13-16, et que les nations (« les Goyims ») seront jugées notamment quant à la réalité de leur accueil cf Matthieu 25v31-46, dans ce qui n’est pas une parabole…

En guise de prolongement, je vous renvoie à cet intéressant article d’Elena Di Pede(2), intitulé « La question de l’étranger et de l’hospitalité chez les prophètes », initialement paru dans la revue Laval théologique et philosophique, Volume 74, Numéro 2, Juin 2018, p. 255–266, « Du Nouveau Testament au manichéisme : essais en l’honneur d’Anne Pasquier » (3)

Ou comment la question de l’hospitalité dans la Bible, chez les prophètes en particulier, est intimement liée à la question de l’étranger. Il est donc impossible de dissocier ces deux notions pour les étudier séparément. Cela souligne à tout le moins qu’il y est question de relation à l’autre, mais aussi et toujours de relation à soi. En effet, la réflexion autour de l’étranger et de son accueil (ou non-accueil) est fortement liée à la conscience qu’Israël a de son élection par Yhwh [l’Eternel], ce qui implique évidemment le type de lien qu’il va entretenir avec les Nations et ses ressortissants et aura d’inévitables répercussions sur la manière dont il se positionne par rapport à ces derniers. Le rapport entre l’élu et le non-élu, en effet, ne va pas de soi. C’est une dynamique complexe dont la littérature prophétique rend compte à sa manière. Bon nombre d’études ont déjà été consacrées à cette question et l’on s’y rapportera pour de plus amples approfondissements. Dans ce qu’elle appelle sa « modeste contribution », l’auteure tentera de comprendre la thématique de l’hospitalité en l’explorant à partir du vocabulaire qui désigne spécifiquement l’étranger, qu’il soit gér « immigré », nékâr ou nokerî « étranger de passage », et éventuellement zôr « étranger », voire « ennemi ». De là la tentative de mettre en évidence la manière dont l’hospitalité que l’on peut réserver à l’autre, à l’étranger, est envisagée dans ce corpus biblique, en mettant en oeuvre une lecture essentiellement synchronique.

À la lecture des passages où ces termes apparaissent dans les livres des Prophètes Seconds (Is-Mal), trois axes semblent se profiler : 

1) dans la ligne de la Torah, l’étranger est quelqu’un à accueillir et respecter ; 2) l’étranger — auquel Israël souhaite parfois ressembler — apparaît comme un ennemi qui soumet Israël mais que ce dernier finira par soumettre à son tour ; 3) dans les livres prophétiques, on constate un contraste entre l’exclusivité d’Israël aux yeux de son Dieu, Yhwh, et l’accueil que celui-ci réserve à Israël, mais aussi aux Nations.

Cette contribution voudrait passer « rapidement » en revue ces trois axes, pour essayer de comprendre ce qui pourrait s’y jouer d’un point de vue anthropologique.

[Pour rappel, « hospitalité » se dit en grec « philoxenia », ou « amour de l’étranger » ; l' »hospitalier » en grec = « philoxenos », l' »ami de l’étranger » ; l’hôte se comprend aussi dans les deux sens : celui qui accueille/celui qui est accueilli]

En guise de conclusion, l’auteure souligne que, « dans le cadre du rapport entre Israël et les Nations, en lien avec la question de l’hospitalité, on pourrait également réfléchir à l’attitude que les exilés sont invités à avoir envers Babel et ses habitants (cf. Jr 29,7). En ce sens, on pourrait parler d’une hospitalité qu’Israël doit cultiver vis-à-vis des autres, même en terre étrangère. Quoi qu’il en soit, l’invitation lancée par Jérémie à ses contemporains déjà exilés de travailler au shalôm de Babel, dont dépend le leur, souligne à quel point les prophètes invitent non seulement à élaborer une éthique de comportement vis-à-vis des étrangers immigrés chez eux, mais aussi en terre étrangère. En effet, une seule chose semble rendre Yhwh inhospitalier et étranger vis-à-vis des siens, c’est l’idolâtrie (cf. Jr 14,8), car Yhwh retranche de son peuple toute personne qui porte les idoles dans son coeur, que celui-ci soit membre de la maison d’Israël ou étranger, immigré (Éz 14,7-8).

Quoi qu’il en soit, [son article] montre que le rapport à l’étranger est problématisé et complexe dans le corpus prophétique, ce qui peut fournir des éléments anthropologiques intéressants pour penser cette question, aujourd’hui encore : si une éthique de l’accueil est prônée vis-à-vis de l’étranger lorsqu’il est faible et marginalisé, il n’est pas simple de l’accueillir et d’accepter sa présence lorsqu’il arrive en force, sous les traits d’un envahisseur, tout instrument divin qu’il soit ». C’est ainsi que, comme l’a analysé le bibliste Thomas Römer, « le Pentateuque construit l’identité du judaïsme naissant dans une tension entre intégration et ségrégation et on constate que, dans des moments où l’on se sent menacé dans son identité, les discours d’exclusion l’emportent. »(4).

S’il est évident que cet aspect se fait jour dans la relecture de l’histoire, faite après coup par ceux qui tentent d’expliquer la catastrophe qu’ils ont vécue, il n’en demeure pas moins que, face à ce danger, le repli sur soi est probablement le premier réflexe. Les livres prophétiques montrent cependant qu’il est possible de dépasser ce réflexe instinctif, mais que cela nécessite le temps de la construction d’une fraternité souhaitée et pacifiée. C’est probablement seulement de cette manière que l’on pourra enfin transformer les lances en serpes et les épées en socs de charrues (cf. És 2,4 ; Mi 4,3).

Lire l’article dans son intégralité.

Notes :

(1) Lire notre article sur le sujet.

(2) Elena Di Pede est licenciée en Philologie Biblique (1999) et Docteur en Théologie (2004) de l’Université Catholique de Louvain (UCL), Belgique

(3) cf https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/2018-v74-n2-ltp04447/

(4) Cité par Antoine Nouis dans son éditorial pour l’hebdomadaire « Réforme ».

« Watch it (again) » : les émotions de la foi

Les émotions sont au cœur de la rencontre entre les humains et Dieu. Cette réalité est vécue par deux étudiantes, Camille à Turin et Léa à Paris, à une étape décisive de leur existence, via deux mini-séries vidéos à voir ou à revoir :

Saison 1 : Comment retrouver la confiance en soi après une rupture amoureuse ? Camille va ainsi éprouver plusieurs émotions, de la tristesse, la peur, l’espoir, la confiance, la joie et l’amour.

Saison 2 : Peut-on rencontrer Dieu en faisant son jogging ? Cette expérience unique, Léa, une étudiante va la vivre à un rythme à couper le souffle dans un marathon jalonné d’émotions, de rencontres et peut être aussi de révélation…

Ces deux mini-séries vidéos de six épisodes chacune, proposées par l’Eglise protestante unie de France et l’Eglise évangélique vaudoise d’Italie, et initialement diffusées du 05 au 18 décembre 2021, sont à (re)voir dans leur intégralité sur youtube, instagram, facebook , ainsi que sur différents sites web. Avec le soutien de la Conférence des Églises protestantes des pays latins (CEPPLE), elles sont disponibles en français et en italien, puis seront traduites en janvier 2022 en espagnol, portugais, néerlandais et en allemand.

Un rendez-vous privilégié pour témoigner de la présence bienveillante de Dieu auprès des jeunes de 15 à 25 ans. De cette rencontre surprenante, les séries Les émotions de la foi traduisent en paroles et par des gestes de foi la vie quotidienne de ces deux étudiantes.

Saison 1

Saison 2

« Au commencement » : à la découverte de la Grande Histoire Biblique par de petites histoires

« Au commencement » : découvrons ensemble le podcast de l’Alliance Biblique Française

L’Alliance Biblique Française (ABF), dont la mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous, se fait la joie de nous annoncer le lancement de leur podcast « Au commencement ».

Nous partons ainsi à la découverte de la Grande Histoire Biblique par le biais d’histoires personnelles qui l’émaillent. Ces portraits d’hommes et de femmes éclairent de multiples façons le Dieu de la Bible et nous le révèlent proche : compagnon de route, guide, ami, mentor, sauveur…

Dans ce premier épisode, nous rencontrons Anne. Entre blessure, jalousie, espoir et joie, son histoire nous révèle un Dieu qui entend nos silences et qui nous place sur un chemin de vie.

Rendez-vous toutes les 3 semaines pour découvrir un nouveau personnage et son histoire.
Le Podcast est disponible sur toutes les plateformes : Deezer, Apple, Spotify, etc.

Bonne écoute !

En savoir plus sur ce projet de l’ABF.

Vous avez entendu qu’il a été dit « que l’on ne peut plus rien dire », mais moi, je vous dis….

Accueillir le réfugié – et le mineur isolé – c’est « chrétien » ? (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

« Dans la demeure qui lui appartient, Dieu est un père pour les orphelins, un justicier qui défend les veuves » (Ps.68v6).

Imaginez qu’après la lecture de ces commandements et exhortations de l’apôtre Paul, dans ses lettres adressées aux chrétiens Corinthiens et Philippiens [« que tout se fasse pour la gloire de Dieu », « que tout se fasse pour l’édification » ; « que tout est vrai, honorable, juste, pur…occupe vos pensées… »], ces derniers réagissent de la sorte : « mais alors, on ne peut plus rien dire ! » 
Ne riez pas : c’est pourtant ce que l’on peut entendre dans la sphère médiatique ou lire sur la toile, dans un esprit victimaire.
Les chrétiens protestants évangéliques (entre autres), attachés à la Bible, qu’ils reconnaissent comme « la Parole de Dieu », savent que (faire) croire que l’on peut tout dire, tout faire, sans se soucier d’aucune conséquence et sans avoir à rendre compte d’une telle « liberté », est un mensonge vieux comme le monde. Comme de parler plus de l’interdit de ce qui est permis. Et pour cause, il vient du serpent menteur et tentateur, en Eden (cf Genèse 3). Et depuis la chute, les humains n’en sont pas ressortis « plus adultes », puisqu’ils ont tendance à se justifier ou à se renvoyer la balle, en s’accusant mutuellement, de manière irresponsable.

Ainsi, par exemple, la réaction du polémiste – et pourtant candidat à la prochaine élection présidentielle – Eric Zemmour – à sa troisième condamnation par la justice (1) : ayant été en effet condamné le 17/01 par le tribunal correctionnel de Paris à 10 000 euros d’amende  – et, solidairement avec le directeur de la publication de CNEWS, à verser 19 000 euros aux associations de défense des droits de l’homme – pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, Eric Zemmour dénonce ce qu’il appelle « la condamnation d’un esprit libre (sic) par un système judiciaire envahi par les idéologues ». De fait, le candidat à l’Élysée entend, s’il est élu, abroger la législation antiraciste, qu’il qualifie de « liberticide ».

Le parquet de Paris avait par ailleurs requis 5 000 euros d’amende pour le directeur de publication de CNews, Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, jugé aux côtés d’Eric Zemmour comme c’est l’usage dans les procès de presse. Il a été condamné à 3 000 euros d’amende. A ce jour, CNEWS est la seule, parmi les autres chaînes françaises, à être condamnée par la justice.

En guise de devoir de mémoire, les propos incriminés avaient été prononcés le 29 septembre 2020, sur CNews, lors d’une émission de « Face à l’info ». Le 18 mars 2021, le Conseil supérieur de l’audiovisuel avait déjà prononcé une sanction financière inédite d’un montant de 200 000 € à l’encontre de la chaîne, propriété de Vincent Bolloré, estimant que, ce jour-là, celle-ci avait manqué à ses obligations, et que les « limites à la liberté de communication et à la liberté éditoriale des médias audiovisuels » avaient été franchies. Éric Zemmour avait alors déclaré au sujet des mineurs étrangers non accompagnés« Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont[sic]. » Puis, contredit par l’animatrice Christine Kelly, il avait fini par nuancer : « La plupart. »(sic)

Une idée en rappelle une autre, mais ce rappel me paraît utile, face au même qui plaide aussi, pour les mêmes raisons ou pour d’autres, pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger ce fameux décret-loi Marchandeau, le 27 août 1940(2). Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940.
Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites*. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

Comme quoi, « rien de nouveau sous le soleil », comme l’a dit un grand sage de la Bible.

Et c’est ici qu’il convient de prendre un peu de recul : Car, enfin, ne jouons pas à nous faire peur en prenant au sérieux les plaintes de celui qui se croit « censuré », et donc victime d’un hypothétique « esprit de tyrannie ». Comme si le sort tout entier de la liberté d’expression était suspendu à une énième condamnation en justice d’Eric Zemmour (ou même de CNEWS), qui a toujours eu un espace médiatique pour diffuser ses idées. Car qu’est-ce qui est le plus dangereux ? La banalisation du discours injurieux, à caractère racial, et des provocations à la haine racial d’un polémiste pourtant candidat à la Présidentielle, à quelques mois de l’élection ? Ou le simple fait que la justice fasse son travail ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Celle bâtie sur les fondements de l’Evangile de Jésus-Christ (pas un pseudo « évangile » canada dry » identitaire) – ou, du moins, de celle bâtie par nos parents et nous-mêmes depuis 1945 – ou celle fantasmée [d’un « grand remplacement »] par Zemmour et consort ?

 « Liberté ! Que de bêtises on peut raconter en ton nom ! » Que de bêtises, mais aussi d’horreurs….

Vous entendez ici ou là que « la liberté d’expression » serait « à défendre », car « menacée », relativisant la gravité de propos relevant du délit et confondant celui-ci avec l’opinion. Or, il s’agit ici d’une question de limites nécessaires. C’est bien parce que la liberté d’expression est précieuse (3), qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée ».

C’est ce que l’on appelle une idole, soit une chose, une force, une personne, un groupe, une doctrine ou un idéal que l’on regarde comme suprême. Or, un seul est suprême : Dieu, lequel interdit l’idolâtrie en Exode 20v4-6. Tout peut être idolâtré, dès que nous le considérons comme ultime.           

Une formule à la Jacques Ellul dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression).….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ?

Faut-il tout sacrifier (la dignité humaine, l’honneur) sur l’autel du « dieu liberté (d’expression) », « Moloch »  moderne ? Ou sur l’autel de la recherche du buzz (que l’on croit « rentable ») à tout prix ? Lévitique 20v1-5 révèle ainsi à quel point l’idolâtrie conduit à la mort, et notamment à la mort de ceux qui nous sont le plus chers, nos enfants.

Dans ce cas, pour préserver la (précieuse) liberté d’expression et pour se préserver des abus, pour se libérer de ce qui asservit, faudra-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité » ?

Responsabilité pour le média d’apporter de l’information de qualité (et non du scandale, de la désinformation) et responsabilité pour le citoyen (et non « consommateur de média ») de se positionner quant à l’éthique des médias. Le chrétien, lecteur de la Bible, qui ne se laissera pas avoir par le mot piégé de « valeurs », devrait normalement en conclure qu’il lui est impossible de cautionner la banalisation de certains discours, comme certains choix éditoriaux assumés par un média, parce qu’il sait que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Les devoirs envers les étrangers sont même évoqués à 36 reprises dans la Torah, soit plus souvent que les commandements relatifs à l’amour de Dieu, à la circoncision et à l’interdiction du mensonge ou du vol. Le Seigneur est « le Père des orphelins, le défenseur des veuves » (Ps.68v6). Celui qui les maltraite (en actes ou en paroles) s’attaque à Dieu Lui-même, lequel ne restera pas sourd au cri de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin.

Elie Wiesel, cité par Antoine Nouis dans son commentaire verset par verset du Pentateuque (Olivétan/Salvator, 2021), a écrit : « je ne dois pas m’abaisser devant une idole, sinon je perds tout respect de ma personne non seulement devant Dieu, mais également devant mon peuple et donc devant l’humanité. Un homme qui s’abaisse devant une idole faite par d’autres hommes se renie lui-même ». Ce qui est en jeu dans cette parole, commente Antoine Nouis, est la liberté et la dignité de l’humain. Nous comprenons pourquoi [l’interdit de l’idole] se situe en tête des Dix Paroles [p 310].

Décidemment, même dans la Bible « on ne peut plus rien dire » ! Serait-ce là le signe de l’emprise de « l’esprit de tyrannie », de la « piraterie woke » ?

Pour aller plus loin, voir notre article « Il n’y a pas de tabou dans la Bible ».

Notes :

(1) Cf cet article de La Croix et d’Actu juridique. Le 18 février 2011, il a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Paris de « provocation à la discrimination à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une race » pour avoir prétendu que les employeurs avaient « le droit » de ne pas embaucher d’Arabes et de Noirs. N’ayant pas fait appel, cette condamnation est définitive. Plus récemment, le 17 septembre 2019, il a été reconnu coupable de « provocation à la discrimination et à la haine religieuse » par la Cour de cassation, plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, pour avoir déclaré qu’il laisserait aux musulmans « le choix entre l’islam et la France ». Jeudi 20 janvier, un autre procès attend l’ancien polémiste, pour « contestation de crime contre l’humanité ». Le 4 février 2021, en première instance, il avait cette fois été relaxé pour avoir déclaré que, pendant la collaboration, Philippe Pétain aurait « sauvé les juifs français ». Mais l’Union des étudiants juifs de France avait attaqué en appel cette décision.

Cette défense de Pétain est d’ailleurs une vieille obsession : certains d’entre nos lecteurs se souviendront peut-être que, Samedi 4 octobre 2014, l’émission de France 2 « On n’est pas couché »(ONPC) choisit d’inviter Eric Zemmour à l’occasion de la sortie de son nouveau livre, « Le Suicide français ». Ce dernier y critique notamment les travaux de l’historien américain Robert O. Paxton, le premier à avoir mis en lumière la collaboration entre Vichy et l’Allemagne nazie dans la déportation des Juifs, dans son ouvrage La France de Vichy 1940-1944 paru en 1973. Relativisant le rôle de Vichy dans la déportation des Juifs français, Eric Zemmour prétend que l’ “on oublie la complexité de l’Histoire” et que Pétain aurait permis de sauver “90% des Juifs de France”.  La journaliste Léa Salamé interpelle alors le polémiste, l’accusant de chercher à réhabiliter Pétain pour faire l’apologie de la préférence nationale. Ce même jour, les Juifs célébraient Kippour, la fête du Grand Pardon. En France, comme le veut la tradition, ils ont accompagné leurs recueillements d’une prière pour la République. Mais en rentrant chez eux le soir, ils ont pu assister à une sordide prière contre la République.

(2) Le Journal officiel du 30 août 1940, page 4844, publie la loi du 27 août 1940 portant abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse :
« Art. 1°. – Est abrogé le décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les dispositions antérieures des articles précités sont remises en vigueur.

« Art. 2. – Amnistie pleine et entière est accordée, pour tous les faits commis antérieurement à la promulgation de la présente loi, aux délits prévus par les dispositions abrogées par l’article 1° du présent décret ».

(3) L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 déclare que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

Combien de livres lirez-vous jusqu’à votre mort ?

Combien de livres lirons-nous jusqu’à notre mort ? Autant commencer le plus tôt possible ! (Source image : rawpixel)

« Le sage est celui qui connaît ses limites », dit le proverbe.

Et puisque nous parlons de limites, Moïse a été un « géant ». Sauf que, « comme pour tous les humains, sa mission n’a pas été couronnée de succès à cent pour cent puisqu’il est mort à la veille d’entrer en terre promise. Il a eu du mal à accepter cet inachèvement, mais personne n’est immortel, tout le monde a ses limites. Chacun à un Jourdain qu’il ne franchira jamais ! » (Antoine Nouis, Découvrir la Bible en 100 pages. Editions Bibli’O, 2021, p 24)

Votre « jourdain » à vous, lectrice et lecteur, est le nombre de livres que vous pourrez lire (à l’exclusion des autres) jusqu’à votre mort. Vous ne pourrez pas lire tous les livres du monde, mais vous pourrez en lire quelques-uns.

Lesquels ? Combien ? Lequel ou lesquels en priorité ?

Pour cela, il suffit de calculer son espérance de vie [à l’aide du site Lithub], laquelle est différente pour un homme et une femme, et son taux de lecture [le nombre de livres lus/an], sachant que le lecteur moyen lit douze ou treize livres par an, le lecteur sérieux en lit 26 par an, le lecteur zélé en lit cinquante et le boulimique quatre-vingt à 100. Ajoutez à cela le taux d’espérance de vie selon votre sexe (les femmes vivent un peu plus longtemps que les hommes) et vous obtiendrez le nombre de livres qu’il vous reste à lire avant de mourir.


Si vous êtes une femme âgée entre 25 et 34 ans, il vous reste :
> 672 à 732 livres si vous êtes une lectrice moyenne
> 2 800 à 3 050 livres si vous êtes une lectrice zélée
> 4 480 à 4 880 livres si vous êtes une lectrice boulimique
Si vous êtes un homme âgé entre 25 et 34 ans, il vous reste :
> 624 à 684  livres si vous êtes un lecteur moyen
> 2 600 à 2 850 livres si vous êtes un lecteur zélé
> 4 560 à 4 480 livres si vous êtes un lecteur boulimique
Si vous êtes une femme âgée entre 35 et 44 ans, il vous reste :
> 546 à 612 livres si vous êtes une lectrice moyenne
> 2 275 à 2 550 livres si vous êtes une lectrice zélée
> 3 640 à 4 080 livres si vous êtes une lectrice boulimique
Si vous êtes un homme âgé entre 35 et 44 ans, il vous reste :
> 504 à 564  livres si vous êtes un lecteur moyen
> 2 100 à 2 350 livres si vous êtes un lecteur zélé
> 3 260 à 3 670 livres si vous êtes un lecteur boulimique
Si vous êtes une femme âgée entre 45 et 54 ans, il vous reste :
> 372 à 486 livres si vous êtes une lectrice moyenne
> 1 550 à 2 025 livres si vous êtes une lectrice zélée
> 2 480 à 3 240 livres si vous êtes une lectrice boulimique
Si vous êtes un homme âgé entre 45 et 54 ans, il vous reste :
> 336 à 444 livres si vous êtes un lecteur moyen
> 1 400 à 1 850 livres si vous êtes un lecteur zélé
> 2 240 à 2 960 livres si vous êtes un lecteur boulimique

Lire le livre du dernier polémiste à la mode ou du prochain candidat à une élection nationale vaut-il alors le coup, vu que les livres qui me restent à lire sont comptés ? 

Albert Mohler nous rappelle que « la lecture prioritaire d’un chrétien est la Parole de Dieu. Notre maturité spirituelle ne surpassera jamais notre connaissance de la Bible ».

Faisons alors de la lecture de la Bible – le livre des livres – une priorité : allons-nous explorer la Bible ? La lire en entier durant l’année ? Etudier un livre en détail ? Mémoriser des versets-clés ou un psaume ? La lire en groupe ? Lisons donc la Bible un peu chaque jour – un peu le lundi, un peu le mardi, un peu le mercredi….

 Outre cette lecture, devraient suivre des livres chrétiens sérieux, soit des livres qui visent la santé spirituelle et la réflexion profonde. Au haut de la liste devraient se trouver les classiques de la pensée et de la dévotion chrétienne.

À cet égard, nous devrions accorder la priorité « aux vieux livres », à raison d’ « un livre ancien tous les trois livres modernes », selon CS Lewis.

L’on rajoutera aussi la fiction littéraire – romans, nouvelles, poésie, théâtre – de même que les meilleurs ouvrages de « non fiction » : biographies, histoire, sciences économiques et sociales, philosophie….

Voici quelques suggestions, « à la manière » des défis-lecture en vogue :

Lecteur « moyen » : 13 livres/an, soit 1 livre toutes les 4 semaines

Un livre publié l’an dernier

Des mémoires, un journal ou une correspondance

Un roman ou une œuvre classique [Ex : « le Rouge et le noir » de Stendhal ; « Don Quichotte », de Cervantès ; « la Divine Comédie » de Dante ; « Faust », de Goethe ; « Moby Dick », de Melville….]

Un livre écrit sur les livres et la lecture

Un livre écrit par une femme [Ex : La Maison de Noé, de Maryline Robinson …]

Un livre sur un livre [ou une partie] de la Bible [Ex : le Pentateuque, commentaire intégral verset par verset, de Antoine Nouis, ou le commentaire biblique de l’épître aux Ephésiens, de Dominique Angers….]

Un livre avec le mot « Évangile » dans le titre [« cela ne peut pas faire de mal », dirait la Pep’sette, comme à l’époque lointaine où elle n’était pas encore chrétienne !]

Un livre avec le mot « Bible » dans le titre ou le sous-titre

Le livre des psaumes

Un livre avec une image d’une personne sur la couverture [Ex : « monsieur Romain Gary », de Kerwin Spire]

Un livre que vous ne voulez pas (ou n’osez pas) lire

Un roman-jeunesse récent

Un livre de votre choix

Lecteur « sérieux » : 13 livres supplémentaires, soit 26 livres/an, soit 1 livre toutes les 2 semaines

Un livre qu’un membre de votre famille ou un ami vous a recommandé

Un livre sur la justice sociale

Un roman qui a gagné un prix [Ex : Celui qui veille, de Louise Erdrich]

Un livre écrit par 2 auteurs et + [ex : La Communion qui vient : Carnets politiques d’une jeunesse catholique. Seuil, 2021]

Une saga [Ex : Colorado saga, de James Michener] ou un roman d’aventure

Un livre de Romain Gary ou de Erri de Luca

Un BD ou un roman graphique

Un livre avec « disciple » dans le titre [Ex : Devenir disciple, de Daniel Bourguet]

Un livre recommandé par Le Monde des livres

Un livre sur comment prier

Un livre sur le mariage, le couple ou la vie sexuelle

Un recueil de nouvelles

Une pièce de théâtre de votre choix

Lecteur « zélé » : 26 livres supplémentaires, soit 52 livres/an, soit 1 livre/semaine

Un livre d’un point de vue théologique autre que votre tradition ecclésiale

Un livre par un auteur d’un continent autre que l’Europe ou l’Amérique du Nord

Un livre d’un auteur français du XIXe – début XXe

Un livre de poèmes /une anthologie poétique

Un livre vraiment drôle

Un récit ou un témoignage [Ex : « ma quête » de Josef Ben-Eliezer ; « accueillir l’exclu », de Bob Ekblad]

Un livre avec une illustration sur la couverture [ex : « Impossible », de Erri de Luca]

Un petit livre (100 pages ou moins)

Un livre pour prier, lire et méditer la Bible chaque jour, pendant un an

Un roman qui se déroule « ailleurs » que chez soi

Un livre pour prier et chanter les psaumes

Un livre sur l’Église [« Coopérer sur la durée dans l’Eglise locale », Marie-Christine Cayrol.]

Un roman d’un auteur chrétien [« la Puissance et la gloire » de Graham Greene, « Ben Hur », de Lew Wallace, « Le Seigneur des anneaux » de JRR Tolkien, « Guerre et paix » de Tolstoï, « les Frères Karamasov » de Dostoievski…]

Un livre qui nous donne des ailes

Un livre écrit par une auteure chrétienne

Un livre récent pour découvrir, explorer ou renouveler son rapport avec la Bible

Un livre écrit par un jeune auteur

Un livre sur l’espérance et la résurrection, dans une perspective biblique [Ex : « Surpris par l’espérance » de NT Wright]

Un livre du rayon « accompagnement spirituel »  [Ex : « l’Evangélisation des profondeurs », de Simone Pacot ou « Au Nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit », de Gilles Boucomont….]

Un livre d’un rabbin-philosophe

Un livre qui vous attend chez vous, que vous le lisiez

Un livre récent du rayon « histoire » [Ex : sur Vichy et les Juifs, ou la Révolution française…]

Un livre parmi « les livres à l’honneur » de votre librairie favorite

 Un livre du rayon « apologétique »

Un livre sur la Trinité [Ex : « sur les bords du Jourdain », de Daniel Bourguet]

Un livre d’un éditeur autre que votre éditeur favori

Un livre de votre choix

Lecteur « boulimique » : 80 livres/an, soit 1,5 livres/semaine ou 100 livres/an, soit 2 livres/semaine [ce qui ne serait guère raisonnable, puisque, si l’on lit comme l’on mange, l’on ne saurait se livrer à de la gloutonnerie en lecture. De même que l’on ne saurait apprécier la subtilité d’un vin en le buvant « cul sec », un bon livre ne se lit pas d’une traite mais à petites gorgées. Dans tous les cas, les propositions suivantes constituent « une réserve » de livres possibles]

 Un livre d’un philosophe contemporain [ex : un livre de Dany-Robert Dufour]

 Un livre de psychologie [mais pas de « développement personnel »]

 Un livre de sociologie

Un livre sur le management [en milieu associatif/d’entreprise]

Un livre en rapport avec l’art, l’histoire et la politique

Un livre sur les relations, les conflits ou le pardon

Un livre sur l’éducation ou la transmission

Un roman (ou un recueil de nouvelles) de science-fiction

Un roman (ou des nouvelles) fantastique(s)

Un livre sur le sens de la croix, dans l’Evangile

Un livre sur la laïcité et le fait religieux

Un livre sur la culture médiatique/informationnelle

Un livre sur un enjeu social/sociétal actuel

Un livre sur un sujet économico-social

Un livre sur le réveil ou les Camisards

Un livre sur/en rapport avec l’écologie [un essai ou un roman]

Un livre d’un père de l’Église

Un roman sur le racisme et la ségrégation [Ex : L’Enfant qui voulait disparaître, de Jason Mott]

Un livre d’un auteur-classique de littérature juive ancienne

Un livre d’un auteur classique [Ex : un « Maigret » de Simenon] ou contemporain de roman policier [Ex : Caryl Férey, Georges Pelecanos…]

Un roman d’aventure

Un livre de votre auteur préféré

Un livre que vous avez déjà lu

Une anthologie protestante de la poésie française

Un livre qu’on vous a offert

Un livre de votre choix

Un livre que vous n’avez pas terminé et abandonné

Le premier livre d’un auteur

Un livre sur (ou d’)un dirigeant/chef d’Etat

Un livre de la Bible que vous n’avez encore jamais lu/qui ne vous est pas ou peu familier

Un livre écrit par un auteur européen, hors France

Un livre qui pousse à s’engager ou à se positionner

Un livre pour lire et méditer la Bible chaque jour, en 1 an

Un livre écrit il y a plus de 100 ans

Un livre-jeunesse classique ou contemporain

Un livre que vous empruntez

Un livre sur comment prier ou pour prier chaque jour

Un livre que vous aviez toujours envie de lire

Un livre de Jean Calvin ou de Martin Luther

Un livre de Dietrich Bonhoeffer ou de Karl Barth

Un livre de Jacques Ellul ou de Paul Ricoeur

Une pièce de théâtre ou un livre d’un auteur de l’Antiquité

Une biographie, un mémoire ou une autobiographie

Un livre du rayon « éthique et sciences humaines » [ou sur « l’éthique du futur »]

Un livre qui parle de technologies et de relations humaines [Ex : « Seuls ensemble », de Sherry Turkle]

Un livre qui parle de sommeil

Un livre sur la vérité (ou notre rapport à la vérité)

Un livre sur la justice [Ex : « Michaël Kohlhaas » d’Heinrich Von Kleist, ou « les sphères de justice », de Michael Wälzer]

Un livre pour vivre et penser la liberté

« Ne les oublions pas » : En quoi les Huguenots nous parlent encore aujourd’hui

Ce que nous enseignent les Huguenots : résister, surfer complaisamment ou se laisser emporter ? (Source image : public domain pictures)

« Souviens-toi » est un commandement récurrent dans les Ecritures bibliques.

Cette parole est un indicateur de la liberté spirituelle, nous exhortant de prendre le temps de la contemplation et de la mémoire, ne serait-ce que pour prendre conscience que nous ne venons pas de nulle part, et que d’autres nous ont précédé. Ces « autres » sont les « Huguenots », dont nous (chrétiens dans son expression protestante ou protestante-évangélique) sommes les héritiers. L’article qui suit, publié initialement sur le blogue du Temple du Marais (Paris), est un témoignage et un encouragement édifiant pour notre foi. Il nous explique pourquoi il convient de ne pas les oublier, encore aujourd’hui, et en quoi ils restent actuels.

Les “Huguenots” sont le nom donné aux protestants français à partir des années 1560, au moment des guerres de religion. Le mot sera aussi utilisé pour parler des protestants français exilés du fait des persécutions, notamment après l’interdiction par Louis XIV du culte protestant et de la religion reformée en 1685. C’est avec cette émigration massive que le mot Huguenot sera connu internationalement pour désigner les protestants français, mais aussi, particulièrement dans « les pays du Refuge » (pays accueillant ces exilés : Pays-Bas, Suisse, Royaume-Uni, Amérique, Allemagne…), les émigrés ou descendants d’émigrés protestants français.

Les Huguenots sont nos ancêtres de la foi

Les Huguenots sont donc des protestants comme nous. Ils sont nos ancêtres dans la foi. Ils sont les premiers à avoir cru comme nous croyons. Ils ont la même foi que nous, luthérienne et/ou réformée [ou évangélique]. Jésus avait Abraham et Noé, comme ancêtres, nous avons les Huguenots ! Ils ont vécu une période très troublée, avec la guerre (8 guerres de religion au XVIème siècle et des heurts importants au XVIIème siècle comme le siège de la Rochelle ou au XVIIIème siècle comme la guerre des Camisards dans les Cévennes), les massacres comme la saint Barthélémy, l’exil et des persécutions. Malgré les problèmes vécus dès l’apparition de la Réforme, cette nouvelle façon de vivre sa foi, le protestantisme connaît un essor considérable dans toutes les couches de la société française et essaime à l’étranger. Mais ils sont restés une minorité, ce qui n’est pas forcément très facile à vivre.

Une histoire qui a marqué le protestantisme français

Cette histoire, difficile, a profondément marqué le protestantisme français et notre Eglise. L’idée même de persécution et de minorité est constitutive de notre identité. Inquiétés, emprisonnés, persécutés, traqués, mis au ban de la société, la vie n’a pas été simple pour ces Huguenots. Subissant des pressions, des brimades, des interdits, le risque de la mort, certains ont tenu bon, et se sont battus pour leur foi. D’autres se sont convertis au catholicisme, parfois de force. Et, d’autres encore ont fui. Certaines familles sont revenues, [comme le premier Pasteur du Temple du Marais, Paris], Paul Henri Marron, sa famille est revenue en France, d’autres non, comme les ancêtres des deux ministres allemands Lothar et Thomas de Maizière ou du président américain Franklin Delano Roosevelt.

Mais d’où vient ce mot ?

Vraisemblablement de l’allemand eidgenossen (“conjurés”, “confédérés”). Un mot allemand (comme Luther), utilisé à Genève (patrie de l’« hérésie » protestante), proche du nom du roi Huguet ou Hugon de Tours, qui, selon la légende, fut un fantôme cruel vivant la nuit, et la prononciation déformée permettent aussi de comprendre le caractère péjoratif et insultant du mot à l’origine. Mais les protestants français vont assumer et revendiquer ce mot comme leur appellation à partir de 1560. Ceux qui ont persévéré, ceux qui ont « protesté de leur foi », que peuvent-ils nous dire ? Nous vivons maintenant librement notre foi, avec des lieux de cultes publics et accessibles. Que nous apprennent les Huguenots ? Que nous laissent-ils en héritage ?

Les Huguenots nous apprennent à croire, quelle que soit la situation sociale, et politique autour de nous.

Même en des temps troublés, dans l’adversité, en étant persécutés, ils ont continué de croire, de vivre leur foi, de lire leur bible, de prier le Seigneur… Marie Durand enfermée à Aigues mortes en est un exemple extrême, elle ne renonce pas à sa foi. Ils nous redisent ce qu’est être une minorité, et combien cela peut être difficile un groupe stigmatisé. Cela peut nous parler aujourd’hui, où de nombreuses minorités ou des groupes de personnes vivant une différence sont souvent rejetés.

Ils nous rappellent les débuts de l’Eglise

Ils nous rappellent les débuts de l’Eglise, comment ils ont vécu et se sont organisés. Les pratiques communautaires avec des réunions discrètes chez l’un ou chez l’autre pour partager la lecture du Nouveau Testament, des psaumes et prier. La lecture de la bible dans sa propre langue et non en latin, une lecture seul mais aussi en famille et en groupe. Et un texte qui circule, car il est imprimé. C’est aussi un élément très important de leur vie : l’accès à l’écrit grâce à l’imprimerie. L’organisation des groupes, l’élection des représentants la désignation des pasteurs, la mise en place des sacrements (baptême et cène)… Comme l’Eglise primitive des Actes, ils nous parlent de comment on pratique, comment on vit la foi, comment on construit le corps du Christ au tout début. Ils nous permettent de retrouver les bases de notre foi, les prémices, les commencements. Les premiers textes aussi notamment les confessions de foi de La Rochelle (1571) comme celle d’Augsbourg (1530). Nous pouvons ainsi redécouvrir ce qui est permanent et qui fait le lien entre les générations.

Ils nous apprennent à rompre avec la société qui les entoure pour vivre mieux et en accord avec la foi.

Ils ont rompu avec les traditions, ils se sont singularisés et différenciés des autres, ils ont dû affirmer leurs particularités. Installant une pratique de la religion différente, ils ont souhaité épurer les pratiques, retrouver les origines, enlever les superstitions, refuser certains gestes. Ils ont dû rompre avec des pratiques communes, courantes et partagées. Ils se sont abstenus de tout un tas de pratiques et de croyances anciennes. Cette abstention implique une révolution mentale par rapport aux comportements ancestraux : il n’y a plus de temps, ni de lieu, ni d’image ou d’objet sacré. Ils ont bousculé les hiérarchies sociales et les valeurs de leur temps. Avec leur organisation et les élections de représentants, ils ont même pratiqué la démocratie avant sa mise en pratique. Calvin souhaitait que la Réforme pénètre tous les aspects de la vie quotidienne et que chacun puisse rendre compte de sa foi, à toute occasion. Les Huguenots nous invitent à faire la même chose avec notre société. Les Huguenots sont une source d’inspiration pour apprendre à rompre avec la société qui nous entoure quand elle va à l’encontre du Seigneur.

Les Huguenots nous parlent encore aujourd’hui

Enfin les Huguenots exilés nous parlent encore aujourd’hui, nous qui voyons tant de réfugiés, de migrants qui s’exilent de leur pays. Nous qui connaissons des chrétiens persécutés dans leur pays d’origine et qui viennent chez nous. Dans [nos églises] même nous vivons avec des frères et des sœurs venant de pays musulmans, de pays africains ou même de Chine où vivre leur foi était plus qu’un problème, une question de survie.

Terminons sur ce petit détail. Les Huguenots nous invitent aussi à retourner dans nos Bibles pour trouver des parallèles avec leur vécu. Ainsi le désert, référence à la traversée par Moise et son peuple du Sinaï, et l’espoir de la terre promise, est l’allégorie de la clandestinité des huguenots pendant les temps les plus forts des persécutions et de l’interdiction. Nous traversons aussi des déserts… Les Huguenots nous apprennent à résister, à tenir bon dans la foi, à s’appuyer, quoiqu’il arrive, sur le Seigneur. Ne les oublions pas…

Car c’est « ce que Dieu veut » (1 Pie.2v11-17)

« On t’a fait connaître », ô chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« Je vous y encourage, très chers amis, vous qui êtes des immigrés, des gens de passage sur cette terre : tenez-vous à l’écart des penchants mauvais qui font la guerre à votre être.

Ayez une bonne conduite parmi les païens ; ainsi, même s’ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils seront obligés de reconnaître le bien que vous faites et de remercier Dieu le jour où il viendra.

Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité humaine : à l’empereur, qui a le pouvoir suprême, et aux gouverneurs, envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour louer ceux qui font le bien.

En effet, ce que Dieu veut, c’est qu’en pratiquant le bien, vous réduisiez au silence les gens ignorants et stupides.

Conduisez-vous comme des personnes libres ; cependant, n’utilisez pas votre liberté comme un voile pour couvrir la malveillance, agissez plutôt comme des personnes qui sont au service de Dieu.

Respectez tous les êtres humains, aimez vos frères et vos sœurs en la foi, reconnaissez l’autorité de Dieu, respectez donc aussi l’empereur ».

(1 Pie.2v11-17)

Pep’s café a 9 ans !

« Happy birthday », Pep’s café! (Source image : rawpixel)

Chères lectrices et chers lecteurs, chers amis, chers frères et sœurs, chers proches et fidèles abonnés,

Voici, pour commencer, une énigme : « Qu’a créé Dieu le 7ème jour ? »

« Dieu a créé le repos le 7ème jour, pour que nous disions merci ! ».

Et pour que nous prenions le temps de considérer que tout ce que nous avons obtenu « par nos efforts » ou « nos mérites », croyons-nous, nous l’avons en réalité reçu. Comme un don, une faveur imméritée de Dieu. Ainsi, l’enfant que nous aimons a toujours plus de valeur lorsque nous le voyons comme un cadeau qui nous est offert, plutôt que comme une « propriété » chèrement conquise. L’homme ou la femme qui nous aime n’est rien tant que nous y voyons notre « conquête ». Il n’en va plus de même lorsque nous le (la) considérons comme un don gracieux, ainsi que l’est toute rencontre véritable avec cet « étrange étranger » différent de moi. Nos succès sont sans doute « mérités » par notre travail et notre persévérance. Mais d’autres tout aussi méritants n’ont pas connu le même succès.

L’infinie variété des façons de dire « merci », rendue possible par les langues multiples, est aussi un don de Dieu. 

« Aujourd’hui », je Lui dis « merci » parce que Pep’s café! a eu 9 ans, le 09 janvier (un multiple de 3 !), date anniversaire de création du blogue. Le 11 janvier étant la date anniversaire du premier article publié.

9 ans de grâce, que ce blogue chrétien vous invite, depuis le 09 janvier 2013, à l’heure du café (pour d’autres, ce sera du thé) du matin ou de l’après-midi, à la lecture, la méditation, l’étude et au partage de la Bible, dans un but d’encouragement et d’édification ; et plus largement, à écouter, discerner, réfléchir, comprendre, croire, recevoir, s’ouvrir, discuter, se laisser surprendre…

La vision du blogue est de casser les cloisonnements habituels entre les sujets, en donnant au lecteur un aperçu de choses qu’il ne soupçonne pas. Et surtout, en l’invitant à découvrir que Dieu est concerné par toutes les réalités de la vie et qu’il n’y a pas de domaine où Jésus-Christ ne règne pas.

« Aujourd’hui », je vous dis aussi « merci » à vous, chers lectrices et lecteurs fidèles : merci à vous, pour vos lectures attentives et bienveillantes, vos « likes », vos commentaires, comme pour vos relais de nos articles que vous avez estimé être les plus édifiants ! Et merci à chaque nouvel abonné !

Merci à mon ami Alain Ledain, pour avoir recommandé Pep’s café le blogue sur sa page FB « Ethique chrétienne », comme pour le relai du manifeste « AJC ! »

Merci à mon ami Etienne, pour la qualité de nos échanges en 2021, ainsi pour sa patience.

Merci à Yannick, pour ses retours bienveillants sur certains textes et sa disponibilité pour des échanges fraternels.

Merci à David, de « Plumes chrétiennes », pour le rappel d’un conseil de lecture de Pep’s café ! [« Michael Kohlhaas » d’Heinrich Von Kleist], lors de l’annonce de son défi d’écriture « une fenêtre de justice sur le monde ». Lecture qui a inspiré sa nouvelle « Hans Müller », dans le cadre de ce défi.

Merci à Gilles Geiser, pour son retour touchant par mail sur ma recension de son livre « Un moi pour aimer l’essentiel ».

Et merci aux éditions BLF –dont la mission est d’aider les chrétiens à nourrir une passion pour Dieu via la lecture de bons livres – pour cette très belle découverte, reçue gracieusement de leur part en service presse, ainsi que d’autres édifiants ouvrages, comme pour le relai de mes articles.

Merci au Pasteur Gilles Boucomont, pour avoir relayé certains de mes articles, dont celui consacré au film « Contagion », sur sa page FB.

Merci aux auteurs Manior et Nicolas Fouquet, pour leur disponibilité dans le cadre d’entretiens enrichissants pour Pep’s café!, autour de leurs ouvrages respectifs.

Merci pour cette rencontre, depuis mai 2021, avec l’équipe de l’Alliance Biblique Française, dont le cœur de mission est de mettre la Bible à la portée de tous et la transmettre aux futures générations, mais aussi créer des ponts entre le texte biblique et la société civile, de sorte que le premier soit lu et compris par le second. Merci particulièrement à Laurène de la Chapelle (chargée de communication), Ana Aurouze (chef de projet et bibliste) et Coraline Fouquet (éditrice aux éditions Bibli’O et Scriptura), pour les bons et beaux ouvrages de cette année, reçus gracieusement en service presse, ainsi que pour leur disponibilité et leur accueil, sans oublier les invitations chaleureuses à divers événements – Hack my Bible, la soirée de lancement de la nouvelle ZeBible…et le relai de mes articles, notamment celui consacré à la série multi-saisons « The Chosen ».

Merci également à mon ami Louis-Michel pour son soutien précieux, comme pour la gracieuse mise à disposition de ses lectures suivies de livres bibliques, pour Pep’s café !.

Merci encore pour mes proches, pour leur lecture bienveillante, leurs encouragements et le relais des articles.

Et merci encore à Pierre, Josiane, Mialy, et bien d’autres que je ne peux citer ici……..pour leurs messages bénissant en retour de lecture et pour leur intérêt pour le blogue.

Et surtout, merci à « La Pep’sette », ma moitié, qui reste ma meilleure source d’encouragement et d’inspiration, après le Seigneur – à Lui Seul la Gloire !

« Aujourd’hui », c’est aussi votre jour pour dire et exprimer au pied de cet article ce « merci » de diverses façons, à défaut de le faire à l’infini, de ce que ce blogue vous apporte régulièrement, au point d’y être fidèle, et en quoi il a pu vous encourager et vous édifier en 2021(*).

A vous de jouer ! Et dans la joie de vous lire !

(*)Une année 2021 endeuillée, marquée notamment par le départ brusque d’un ami et « éveilleur » des consciences le 14/04.

Le Discours

[Scène du film « l’Evangile de Matthieu », de la série « 4 Evangiles, les films », réalisé par David Batty, avec Selva Rasalingam dans le rôle de Jésus]

« Le plus célèbre et le plus long discours de Jésus, dit « des béatitudes », se trouve dans l’Evangile de Matthieu [ch.5] », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca dans son récit « Sur la trace de Nives »(1). « Jésus monte sur une montagne, non identifiée, et la foule s’accroupit autour de ses pentes ». La foule qui se réunit autour de lui « débordait de toute part », précise encore Erri de Luca dans un autre texte : « S’il avait voulu, il aurait pu en faire à ce moment-là une troupe à dresser contre l’occupation (romaine) »(2), boutant l’envahisseur hors de Palestine [et, pendant qu’on y est, allant jusqu’à investir le capitole ?]

« La terre d’Israël était usurpée » par ces « envahisseurs venus d’outre-mer », lesquels « avaient placé la grosse face ronde de Jupiter devant le temple sacré de Jérusalem, demeure du Dieu Unique et Seul ». Mais Jésus « ne dit pas un mot au sujet du temps, du temple et autres actualités (…). Il ne dit pas un mot sur l’occupation, les impôts, la profanation »(2), pas plus qu’il n’eut recours à un slogan de campagne, aux accents nationalistes, promettant de rendre Israël à nouveau grande. « Les espions disséminés dans la foule n’auraient rien de pimenté et de suspect à rapporter sur ce rassemblement » (2).

« Bienheureux fut le premier mot » du discours. « Il convenait à l’heure et aux sentiments de la foule, qui est heureuse de se trouver unie, dense et en toute sécurité. Bienheureux : ainsi traduisons-nous le mot ashré, par lequel commence » le livre des psaumes (« Tehillim »). Plus que « bienheureux », « ashré » annonce la joie, qui est plus physique et concrète que la béatitude spirituelle. Ainsi, par exemple, « joyeux » comme celui qui est guéri et qui savoure le retour de ses forces(2).

Après le premier mot, on s’attendait à ce qu’il poursuivre avec le reste du Psaume 1. Mais la suite fut un nouveau chant : « Heureux [ou joyeux] les abattus de vent », traduit de façon plus littérale que ce «Heureux les pauvres d’esprit ». Jésus utilise une expression d’Isaïe, prophète qui lui vient souvent à l’esprit.

Isaïe dit: «Haut et saint moi je résiderai mais moi je suis avec le piétiné et l’abaissé de vent et pour faire vivre un vent aux abaissés et pour faire vivre un Cœur aux piétinés » (57, 15). Isaïe invente l’image de l’abaissé de vent, « shfal rùah », pour qui est humilié, opprimé, la tête penchée au point de mettre son propre souffle à ras de terre, à hauteur de poussière. «Shfal rùah» est aussi le souffle court de l’alpiniste à haute altitude. Abattu de vent : à qui souffre de cette respiration haletante appartient le royaume des cieux(1).

Un frisson passa dans l’écoute. L’homme se tenait debout, bien droit, sur le point le plus haut de l’horizon, tout comme « Haut et saint je siégerai » du verset d’Isaïe, dans lequel c’est la divinité qui parle (…). Joyeux est l’abattu de vent, ainsi que le piétiné dans le cœur (…), parce que le verset d’Isaïe dit que (Dieu) est avec eux », comme l’homme debout sur la hauteur.

« Quand les premiers deviennent les abattus de vent, le pouvoir et son droit n’existent plus. C’était une annonce qui réchauffait le cœur sans l’armer de colère ou de révolte. Contester la vaine puissance, privée de fondement au ciel et donc parasite sur terre, ne valait plus la peine, n’avait plus de sens. Donnez à César tous ses symboles de grandeur, ce ne sont que des jouets d’enfants »(2).

« Du haut d’une montagne, Jésus, avec sa liste de joies, met le monde sens dessus dessous, place en tête du classement tous les vaincus. Il le fait au sommet d’une montagne parce que c’est le point le plus éloigné du sol, le plus proche du royaume qu’il promet » et parce qu’« une montagne » est « un endroit inhabitable, d’où il faut toujours descendre » (1)

Mais notre « discours chrétien » est-il « resté en altitude » ? Est-il « descendu dans la vallée » ? « Les derniers » sont-ils « restés à leur place », dans notre théologie et notre service ?

Initialement paru le 20/01/21 sur Pep’s café!

Notes :

(1)Erri De Luca «Sur la trace de Nives ». Folio, 2013, pp.66-68.

(2)Erri de Luca. Le discours IN « Une tête de nuage ». Gallimard, 2016, p 84-89

« Car la loi résiste au désir » (piqûre de rappel)

Et pourtant, « se mouiller un peu » ne fait pas de mal, dans le cadre d’un débat. La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

« La question vaccinale et plus encore celle de l’obligation vaccinale, du passe sanitaire et autres contraintes gouvernementales divisent la société. Les chrétiens n’échappent pas à ces questions et la polarisation n’est pas moins forte dans l’Église ». C’est le moins que l’on puisse dire, et c’est dit par Maxime, dans un article(1) paru le 03 janvier 2022 sur le blogue théologique Par la Foi. 

Comme l’a écrit le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett(2), « il est dommage de débuter ainsi l’année en parlant une fois de plus de l’épidémie, sujet qui nous rend claustrophobes depuis deux ans alors que le bout du tunnel n’est pas encore en vue ». Cependant, nous assure Maxime, « le but de cet article est d’expliquer pourquoi le vaccin peut poser des problèmes de conscience à certains chrétiens et pourquoi aimer son prochain et son frère, c’est aussi ne pas violer sa conscience mais la considérer. Mon objectif est que l’unité de l’Église soit préservée, non pas en taisant ce sujet en public pour murmurer dans les foyers mais en abordant avec réflexion et de front le problème ». Et l’auteur de se justifier, en croyant bon de préciser que son article « n’est pas un argumentaire contre la licéité du vaccin. Il n’a pas pour but de convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique. Ainsi, il est inutile d’y répondre entre défendant la licéité du vaccin : j’admets tout-à-fait que quelqu’un puisse considérer les problèmes relevés et conclure qu’ils n’impliquent pas que prendre ce vaccin serait immoral ».

Dans ce cas, quel est l’intérêt d’un tel article ?  

« Dans cet article », explique encore Maxime, « je vise simplement 1) à expliquer quels sont les problématiques éthiques que ce vaccin pose, 2) pourquoi certains chrétiens ne peuvent pas prendre ce vaccin en bonne conscience en raison de ces problématiques… »  

Donc quand même un peu [convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique] ! 😉

« Du reste, vaccinez-vous ou pas, c’est pas le propos de cet article. Ce n’est pas que je n’ai pas d’avis sur ce qu’il serait préférable de faire, c’est simplement que ça n’est pas le propos de mon article ».  

Pourtant, se mouiller un peu ne fait pas de mal

C’est ainsi que « les contestataires anti-pass sanitaire, puis vaccinal, n’avouent pas souvent le fond de leur pensée », analyse encore le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett, qui se demande aussi pourquoi, dans une note de blogue(2) : « avec les (récentes) annonces gouvernementales (et les débats aussitôt redéclenchés), une fois de plus il faut aborder la question.  Quelle question ? Eh bien justement : celle du bien-fondé de ces débats sur le sanitaire [qui me paraissent ressembler à un débat entre « pro-vie » et « pro-choice » – sauf que l’un et l’autre ne sont pas là où on les attendait !], débats qui donnent l’impression de tourner en rond. Pourquoi cette impression ? Parce qu’une partie des débatteurs ne disent pas ce qu’ils pensent vraiment, au fond. Aujourd’hui ils en sont à protester contre le futur “passe vaccinal” qu’il faudra montrer en janvier ; pour entrer dans les cinémas ou les centres sportifs, on devra désormais prouver que l’on est complètement vacciné. Beaucoup attaquent ce nouveau passe en tant qu’obligation vaccinale déguisée… Or la plupart de ceux qui s’y opposent n’en critiquent que l’aspect “obligation” : ils reconnaissent par ailleurs l’utilité des vaccins contre le Covid, suivant ainsi l’avis quasi-unanime du monde médical. Mais puisque ces opposants admettent que le vaccin est la seule arme dont on dispose actuellement face à une épidémie mondiale ; puisque une course de vitesse est engagée aujourd’hui entre le virus et la vaccination ; puisque l’intérêt national est de gagner au vaccin la petite minorité des antivax obstinés… alors que pèse l’argument de la “liberté menacée”, invoqué ces jours-ci par la gauche mélenchonniste et la droite lepéniste [y compris par certains chrétiens] ?  

A ceux qui estiment, à l’instar de Maxime dans son point N°3, que « nous ne devrions pas, en tant que chrétiens, participer à un système de contraintes/incitations tendant à faire plier les consciences de ces gens »(3), il est utile de rappeler, comme le fait d’ailleurs Patrice de Plunkett, que « réserver l’accès des stades ou des cinémas aux gens vaccinés, représente, oui, une certaine restriction de nos libertés. Mais ce n’est pas la seule : conduire une voiture est réservé aux titulaires du permis. Se dire citoyen français est réservé aux titulaires du passeport…  Vous me direz que justement, depuis peu, des voix s’élèvent contre le passeport ou le permis de conduire, jugés “discriminatoires”. C’est le point commun entre le passeport, le permis et le passe vaccinal ! Dans les trois cas c’est le ressort hyper-individualiste qui joue [l’influence de la philosophe et romancière Ayn Rand ? Laquelle considérait l’égoïsme comme une vertu, et l’altruisme comme une forme d’autodestruction. Cette pensée entraîne la suprématie de l’individu sur le groupe] : le refus, de plus en plus répandu, de laisser l’Etat faire son travail de gardien du vivre-ensemble [il le fait mal ? Mais il est le seul à pouvoir le faire. Ferions-nous mieux à sa place ? Prions plutôt pour lui, pour qu’il le fasse le mieux possible, ce qui sera toujours mieux de râler ou de cultiver un esprit de victime]. Le refus d’admettre que le passeport d’un citoyen de la République française montre qu’il n’est pas tout à fait la même chose qu’un citoyen d’ailleurs… Ou le refus d’admettre que l’existence du permis de conduire, papier réservant les routes à ceux qui savent piloter un véhicule, soit une sécurité pour les autres usagers de la voie publique : et c’est un peu la même chose pour le vaccin. Pensons aux autres !

Ce type de restriction, dans le cadre des mesures sanitaires, « n’est (en effet) pas la seule », d’autant plus que, comme le souligne l’internaute « Xavier » en commentaire (02/01/22) à l’article de Patrice de Plunkett, « si on comprend le mot « liberticide » dans un sens très large, chaque loi est liberticide… on peut même dire que chaque règle de vie en commun restreint nos libertés ». Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden, et le rappel des « 10 Paroles ». Nous acceptons ainsi de « restreindre nos libertés » en laissant notre place à une femme enceinte dans le métro, le train ou le bus, ce qui s’appelle « morale », fruit d’un pacte social plus ou moins explicite, qui nous permet de désengorger les tribunaux.

« Nous sommes une espèce qui canalise les instincts », écrit Erri de Luca, dans son roman « Impossible » [Gallimard, 2020, pp 159-160], apprenant à l’enfant, comme tel sujet à la démesure, désirant « tout, tout de suite », à rentrer dans la mesure et la limite. C’est ce qui s’appelle « éducation », quand l’enfant cherche ses limites, le cadre de ce qui lui est permis. Puis il lâche brusquement la main qui le tient et court par instinct de liberté – ou fantasme de toute puissance – mais on le retient avant qu’il ne se fasse renverser par une voiture. Quand par instinct, l’enfant vide son intestin dans son lit, l’adulte responsable lui apprend à ne pas le faire. 

Et n’oublions pas le port de la ceinture de sécurité devenu obligatoire le 28 juin 1973 ! L’an précédente, en 1972, 18 034 personnes sont tuées sur les routes en France – la plus forte mortalité jamais atteinte dans notre pays (en comparaison, 3 464 personnes en 2015. Source : gouvernement.fr). Lors du débat qui a eu lieu à chaque fois qu’il a fallu l’imposer, d’abord aux conducteurs, puis au passager à l’avant du véhicule et enfin à ceux qui sont à l’arrière, à chaque fois, on convoquait la liberté individuelle comme argument imparable face à cette loi « liberticide ». Du style : « C’est mon choix, ma liberté, de ne pas me protéger » ;  « L’obligation de port systématique est ridicule. Dans certains cas, ça ne sert à rien » ; « C’est une décision purement politique, pour remplir les caisses de l’État… »(sic).

Décidemment, un vrai débat « pro-vie »/ »pro-choice » !

Notes :

(1) Lire son article ici.

(2) Lire la note de blogue ici.

(3) Veillons à ne pas confondre « liberté de conscience » et « liberté individuelle » :   comme le disait madame Georgina Dufoix, ancienne ministre en 2017, lors d’une conférence publique, « Liberté de conscience: cent pour cent oui. Mais attention! Si la liberté de conscience s’exerce sans foi et qu’elle disparaisse, comme c’est le cas aujourd’hui, chez des individus comme vous et moi, individualistes – car l’air du temps l’est -, attention! La liberté de penser pour laquelle je suis sans aucune réserve peut conduire à des impasses: à un individualisme excessif et à une arrogance démesurée, parce que «moi», «moi», «moi». Finalement, si on pousse cela, on en arrive à l’égoïsme et à l’égotisme. C’est ce que j’ai fait, du moins en ce qui concerne l’humanisme. Or, si l’humanisme s’installe et se marie avec une liberté de pensée métabolique, on en arrive à se croire «Dieu». C’est tout simple. L’air du temps peut nous conduire là. Si l’homme est «Dieu», Dieu n’est plus Dieu. Si ma vie est mon «Dieu», je n’ai pas besoin de Dieu. Et Dieu, petit à petit, de génération en génération, disparaît de ma vision du monde. (…) Pour moi, la responsabilité était le corollaire de la liberté de conscience (…)Cette liberté de conscience avait comme corollaire la responsabilité; pour moi, dire que j’étais responsable, cela voulait dire que je voulais bien répondre de, répondre à, que je sentais que c’était la grandeur de ce métier: répondre de…, répondre à… »

Voir aussi « Luther et la question de la conscience. Problématisation et esquisse d’enjeux contemporains », par Jean-Daniel Causse Dans Revue d’éthique et de théologie morale 2017/1 (n° 293), pages 43 à 52  : « La conscience au sens où Luther l’interprète (…) n’a rien à voir avec cette idée un peu journalistique d’une liberté de conscience comme l’exercice d’un libre examen, faisant du chrétien protestant celui qui se dresse dans la superbe et glorieuse souveraineté de son être et qui ne rend de compte qu’à lui-même. La conscience n’est pas une instance d’auto-décision ; elle est plutôt le lieu de l’Autre. (…)Dans la pensée de Luther la conscience n’est pas « une voix intérieure autonome qui rend l’homme indépendant et qui constitue le fondement de son autonomie ».   

(4) Cf https://www.ouest-france.fr/economie/automobile/dangereuse-ridicule-genante-quand-la-ceinture-de-securite-faisait-debat-b8236d6e-ef98-11eb-8f8e-fe71c11b7838