La « Macron-économie » est-elle un danger ?

« Dérégulation ». Par Clay Bennett. Times free press

Le monde est-il menacé par une nouvelle crise financière ?

 Un article de La Tribune dénonce l’idéologie financière de l’ex-banquier d’affaires, candidat à l’élection présidentielle :

« Emmanuel Macron ne veut pas être réduit à « quatre années » de sa vie au cours de laquelle il était banquier d’affaires. Mais la vraie question est ailleurs : c’est celle de sa vision de l’économie.

C’est sans doute un signe des temps. Alors que François Fillon et Marine Le Pen ne cessent de viser « la presse du système », lors de sa conférence de presse de présentation de son programme électoral le 2 mars, Emmanuel Macron a fait publiquement la leçon à un journaliste de Mediapart. Il l’a accusé de « faire le lit du Front National » en le « réduisant à quatre années de sa vie », celle où le candidat d’En Marche ! était banquier d’affaires. Irrésistiblement, ce genre de recadrage d’un journaliste par un politique fait penser à une autre conférence de presse, celle où Donald Trump dénonçait les « Fake News Medias » (les « médias de fausses nouvelles »). Du moins, ces attaques n’étaient, alors, pas saluées par des applaudissements.

Un problème de fond

Mais plus encore que la forme, c’est le fond qui interpelle. Emmanuel Macron entend ne pas être réduit à son expérience financière. Il en a le droit, bien évidemment. Mais le droit de la presse est évidemment de lui demander des comptes sur ce qu’un candidat à la magistrature suprême de la République a retenu de cette expérience. Elle en a d’autant plus le droit que l’enjeu n’est pas mince. Dix ans après le début de la crise financière, la France pourrait disposer de deux anciens banquiers à des postes clés : Emmanuel Macron à la présidence de la République et François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la banque de France. Au moment même où le risque d’une nouvelle vague de dérégulation menace le monde par l’action de Donald Trump, cette disposition institutionnelle doit nécessairement conduire la presse à s’interroger sur ce sujet. Le « recadrage » du journaliste par le candidat n’en est alors que plus étonnant.

Emmanuel Macron revendique fièrement ces quatre années d’expérience dans la banque d’affaires. « Cela m’évite de dire beaucoup de bêtises et me permet de connaître la grammaire du monde des affaires de notre pays », explique-t-il. Autrement dit, pour le candidat en marche, la banque d’affaires permet d’atteindre la vérité économique. Ceci ne signifie rien d’autres qu’une acceptation d’un certain ordre économique, celui mis en place depuis quarante ans, selon lequel la finance dérégulée est le cœur de l’économie. Mais c’est précisément cet ordre – que Donald Trump va essayer de rétablir outre-Atlantique – qui a causé les désordres actuels ».

Car « faut-il rappeler que la crise de 2007 n’est pas une crise de la dépense publique excessive ou de la compétitivité de la France ? C’est une crise financière majeure qui s’est transmise à l’économie réelle comme une traînée de poudre et qui a perturbé l’ensemble de l’économie réelle. C’est une crise financière qui a appauvri les Etats et qui a mis à jour l’illusion du projet que sous-tend la réponse d’Emmanuel Macron : celle de la croissance menée par la finance dérégulée. Comme l’ont montré de nombreuses études économiques, notamment celles de Michel Aglietta en France, la financiarisation de l’économie et la prédominance de la priorité donnée à l’actionnaire, a conduit à un recul de l’investissement productif et à un affaiblissement généralisé de l’économie réelle ».

La suite, sur le site de La Tribune.

Pour aller plus loin encore, ces deux articles publiés sur le blogue « Les crises » : « 30 ans de dérégulation financière »  et « Too Big to Fail to Regulate ».

Il y est notamment rappelé que la crise financière est en grande partie survenue parce que, « depuis les années 1980, l’idéologie néoconservatrice a supprimé les règles de prudence mises en place après la crise de 1929. Or, l’éminent historien de l’économie Charles Kindleberg a montré dans son Histoire mondiale de la spéculation financière (Valor, 2004) qu’une crise financière avait éclaté à peu près tous les dix ans pendant les quatre cents dernières années. Sauf dans la période 1945-1971, où aucune crise n’est survenue, en raison du consensus général pour une régulation très forte du secteur financier…… »

D’autre part, « dans notre économie, nous attendons des entreprises et des individus qu’ils cherchent des profits mais qu’en même temps ils fournissent des biens et des services de qualité tout en se comportant correctement. Malheureusement, nous avons été témoins d’une érosion du sens des responsabilités et de l’éthique qui a exacerbé la crise financière. […] Accuser en premier lieu la cupidité et la démesure serait trop simpliste. C’est l’échec à prendre en compte la faiblesse humaine qui est la clé dans cette crise. » [Rapport Angelides sur la crise financière, 2011]

 

« Inculture au poing » : quels sont ces clichés sur les pauvres et la pauvreté qui ne résistent pas à l’épreuve des faits ?

"Ce dont cet homme a besoin" ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

« Ce dont cet homme a besoin » ou le point de vue du dominant sur les pauvres et la pauvreté, par Andy Singer

« Le plus célèbre et le plus long discours de Jésus, dit « des béatitudes », se trouve dans le livre de Matthieu [ch.5] », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca dans son récit « Sur la trace de Nives »(1). « Jésus monte sur une montagne, non identifiée, et la foule s’accroupit autour de ses pentes. Jésus aussi entraîne ses auditeurs loin des centres, des places, vers une frontière sainte. Et de là-haut, il prononce sa liste subversive des hiérarchies, des autorités qui gouvernent les choses sur terre. «Heureux les abattus de vent », tel est son cri, traduit de façon plus littérale que ce: «Heureux les pauvres d’esprit ». Il annonce la joie, qui est plus physique et concrète que la béatitude. Il utilise une expression d’Isaïe, prophète qui lui vient souvent à l’esprit. Isaïe dit: «Haut et saint moi je résiderai mais moi je suis avec le piétiné et l’abaissé de vent et pour faire vivre un vent aux abaissés et pour faire vivre un Cœur aux piétinés » (57, 15). Isaïe invente l’image de l’abaissé de vent, « shfal rùah », pour qui est humilié, opprimé, la tête penchée au point de mettre son propre souffle à ras de terre, à hauteur de poussière. «Shfal rùah» est aussi le souffle court de l’alpiniste à haute altitude. Abattu de vent : à qui souffre de cette respiration haletante appartient le royaume des cieux. Du haut d’une montagne, Jésus, avec sa liste de joies, met le monde sens dessus dessous, place en tête du classement tous les vaincus. Il le fait au sommet d’une montagne parce que c’est le point le plus éloigné du sol, le plus proche du royaume qu’il promet » et parce qu’« une montagne » est « un endroit inhabitable, d’où il faut toujours descendre ». Mais notre « discours chrétien » est-il « resté en altitude » ? Est-il « descendu dans la vallée » ? « Les derniers » sont-ils « restés à leur place », dans notre théologie ?

Voici donc un petit texte particulièrement d’actualité, qui nous invite à manifester « la culture d’honneur » à ceux qui en manquent, plutôt que de « donner plus » à ceux qui ont déjà beaucoup trop…..

Les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté ? Elles sont légion !

Les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté ? Elles sont légion ! Mais toutes fausses…face aux faits !

Malheureusement, et ce, alors que la campagne présidentielle française démarre, les discours anti-pauvres et anti-immigrés font plus que jamais recette. Fraude aux allocations, « assistanat », faible participation à l’impôt, violences conjugales, natalité excessive, oisiveté, pollution… A en croire les colporteurs de ces préjugés, ceux qui possèdent le moins seraient responsables de tous les maux qui frappent la société. Sauf que… faits, chiffres et études battent en brèche ces faux arguments, qui nous détournent des vraies responsabilités. L’association ATD quart monde a récemment publié un ouvrage intitulé « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté ». Basta ! s’en est inspiré, pour rappeler quelques évidences… trop souvent oubliées, nous invitant à démonter le mythe de « la France des assistés ».

En effet, face à ceux qui prétendent qu’il n’y aurait « pas de misère en France », il convient de se demander : « qui est pauvre en France ? Et pourquoi ? »
Les causes de la pauvreté sont multiples. Le sujet est complexe. Plus complexe que certains politiques ne veulent bien le dire et ne saurait être réduit au seul « chômage » ou au « cancer de l’assistanat », explication simpliste qui justifie les démantèlements des structures publiques.

Mais au fait, la pauvreté : qu’en dit la Bible ? [Plutôt que les discours et programmes des politiques, candidats à une élection] Pourquoi certaines personnes vivent-elles dans la pauvreté ? Pour mieux appréhender cette problèmatique, le SEL nous propose de découvrir toute une série de dessins humoristiques évoquant plusieurs aspects de la question à partir de la Bible. Ces dessins sont donc à voir dans leur ensemble, comme les différentes pièces d’un puzzle.

Parmi les autres autres articles à lire sur le blogue du SEL(2), celui de Jacques Hautbois, délégué du SEL, retient notre attention : selon lui, aborder la question de la pauvreté sous un angle biblique devrait nous conduire à aborder la question de l’argent et de l’économie différemment des standards de ce monde [ou dans un sens non « libéral-conservateur », dirai-je]. Ceux qui sont« conduits par l’Esprit-Saint » sont appelés à élaborer une véritable « contre-culture » (puisqu’il s’agit de « ne pas se conformer à ce monde-ci », selon Rom. 12v2) notamment dans ce domaine de l’économie et de la pauvreté.

Et« la pensée économique la plus courante dans « ce monde-ci », dite « classique » et « néo-classique », s’enracine, en fait, dans une certaine conception de l’homme : « l’homo oeconomicus », soit « un individu dont la seule motivation est la recherche rationnelle de la plus grande satisfaction au moindre coût. »
De fait, à la lumière de cette vision de l’homme, nous ne devrions plus nous étonner « que dans « ce monde-ci » croissance, concurrence, compétition occupent une telle place, parfois écrasante, se voulant exclusive ». De fait, selon Jacques Hautbois, « l’intelligence renouvelée des enfants de Dieu peut-elle adhérer à une telle conception », par ailleurs au cœur des programmes de certains des candidats déclarés à la présidentielle française de 2017 ?

Or, la Bible nous montre justement un autre modèle de société : celle des «  premiers chrétiens à Jérusalem, peu après la pentecôte (Actes 4v32, 34-35) ». « La première Eglise » est un groupe de femmes et d’hommes qui « cherchent à tisser entre elles des liens très forts et très positifs, une véritable communion ». Il y est donc question, dans ce texte, « d’un groupe social et de la question des biens matériels, de leur gestion et répartition dans ce groupe », et non d’un agrégat d’individus….
Sur une telle base, bien éloignée de « l’homo oeconomicus », le chrétien ne pourra donc pas suivre les lois de l’économie classique ou une pensée économique inspirée de M. Thatcher, pour qui « il n’y a pas de société » mais seulement « des individus »(3).  Car, justement, à l’inverse, « pour le croyant, il n’y a plus d’individus isolés mais des êtres reliés qui cherchent à élaborer un vivre-ensemble satisfaisant pour tous ; de même, il ne s’agit plus de s’abîmer individuellement dans la recherche et l’accumulation incessante de satisfactions matérielles jamais assouvies mais de vivre la simplicité volontaire et le partage. On ne pourra donc plus supporter que certains vivent dans la misère et l’on cherchera à remédier à une telle situation ».

 

 

Notes :

(1)Erri De Luca «Sur la trace de Nives ». Folio, 2013, pp.66-68.

(2) http://blog.selfrance.org/pauvrete-bible ; http://blog.selfrance.org/causes-pauvrete-bible-pourquoi ;http://blog.selfrance.org/reponse-article-cac-lutte-pauvrete

Sans oublier cette campagne de « Michée France » (anciennement « Défi Michée »)

(3) Voir « Individu, famille, communauté et société, selon Margaret Thatcher » de Stéphane Stapinsky.

Quelle vision du monde, de l’homme, de Dieu…véhicule ce que tu lis ? L’exemple de « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke(2)

Lire ce qui précède https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/10/31/quelle-vision-du-monde-de-lhomme-de-dieuvehicule-ce-que-tu-lis-lexemple-de-partenaire-avec-dieu-en-affaires-de-dennis-peacocke1/  avant de commencer ce nouveau billet.

 

Dernièrement, nous relevions que toute attitude face au monde est nourrie par une vision du monde, « de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », comme du sens de la vie.

La propriété privée, un concept-clé du livre "partenaire avec Dieu en affaires"...

La propriété privée, un concept-clé du livre « partenaire avec Dieu en affaires »…

Prenant pour exemple le livre « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke (JEM Editions, 2008), il nous semblait voir dans le concept de « propriété privée » la clé du système posé par l’auteur (op. cit., p33). Or, nous avions vu que la Bible nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que « locataires » et « émigrés », appelés à une bonne gestion, sage et juste, de biens finis.

Un autre concept-clé, que l’on peut percevoir dans l’ouvrage est cette vision de Dieu qui apparaît comme un « homme d’affaires », un PDG et un (auto)entrepreneur, qui « met en place une entreprise familiale sur le modèle de la franchise » : l’entreprise « Tout puissant et fils SA »(Op. cit., pp 19-21). Pourquoi pas. Néanmoins, le choix du nom de l’entreprise nous paraît révélateur, privilégiant la puissance au détriment de la compassion (cela se perçoit notamment aux chapitres 7, 8 et 9-voir aussi notamment le véridique « sans abris, rentrez chez vous ! » op. cit., p p 118-119) et donnant à voir un Dieu lointain, qui serait « patron capitaliste » et adepte du « laisser-faire »*. Il eut été plus pertinent, surtout si l’on souhaite privilégier le modèle familial, de baptiser l’entreprise « Père et Fils SA ».

De cette vision de Dieu découle une vision faisant de l’individu-entrepreneur la mesure de toutes choses. Et ce, non sans conséquences pratiques. Car, de ce parti pris découle une position qui nous paraît souvent déséquilibrée ou parfois extrême, quand elle n’est pas partiale :

-L’auteur adopte en général le point de vue du dominant-celui du « patron » ou du « propriétaire »**-au détriment de celui du pauvre (qui doit apprendre à « être responsable », not. Chap.8***),  de l’employé ou de l’ouvrier -l’un et l’autre étant présentés de façon caricaturale (L’auteur affirme en effet que « les bénéfices ne sont pas générés par les employés »-lesquels « se focalisent sur leurs droits »- mais par ceux qui ont « l’esprit du propriétaire », op. cit., p 90 ****).

Or, si la loi spécifie effectivement que l’on doit être impartial ou équitable avec le pauvre, comme le riche(cf Exode 23v3, 6 ; Deut.1v11 et 16v19 ; Dieu « ne fait pas de favoritisme »), cette même loi rappelle(avec les prophètes et les psaumes)que Dieu est du côté du pauvre, surtout quand il ne peut pas se défendre, ainsi que de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger-les précaires de l’époque(cf Deut.10v17-19 ; Deut. 15 ; Deut. 24 ; Ps.72 ; Job5v15…) A ce stade, il serait utile de relire Jacques, not. les chap. 2, 4 et 5, comme les évangiles-dont celui de Luc, dans lequel le Seigneur Jésus affirme que la bonne nouvelle a été annoncée « premièrement aux pauvres »(Luc 4). [voir aussi notre dossier « notre regard sur le pauvre » + notre article « les miettes du riche suffisent-elles à nourrir le pauvre »]

– D’autre part, l’auteur nous paraît un peu trop insister sur la responsabilité et la prise de risque (défendant une « pédagogie de l’erreur »***** à la Rousseau, comme quoi l’on doit subir les conséquences de ses actes cf chap.7-8, alors qu’il dénonce ce même Rousseau p23). Poussée à l’extrême, cette position en devient écrasante, puisque pesant pour l’essentiel sur le pauvre ou celui qui est déjà en difficulté, l’enfonçant encore plus. Elle me rappelle en tout cas cet état d’esprit, qui cadre mal avec la culture de l’honneur censée avoir cours dans le corps de Christ, notamment décrite en 1 Corinthiens 12v18-27, et dont le principe est de « donner plus à ceux qui ont moins ».

Et “Honorer”, c’est justement “donner du poids”. Le juste poids, et non “deux poids, deux mesures”, ou faire peser un poids excessif(celui de la responsabilité, par exemple)à celui qui a déjà la tête dans l’eau. Dennis Peacocke semble de fait oublier que Dieu, quoique saint, est aussi miséricordieux(Exode 22v27 ; 34v6 ; Néhémie 9v17, 31 ; Ps.86v15…), et qu’il n’est pas un « distributeur automatique »-de sanctions, comme de bénédictions. « S’il ne pensait qu’à lui-même et retirait à lui son esprit et son souffle, toute chair expirerait ensemble et l’homme retournerait à la poussière »(Job 34v14-15). On pense aussi à la leçon que Dieu donne à Jonas sur la justice : “il n’existe pas de justice sans possibilité de miséricorde. La justice, ce n’est pas appliquer une loi, exécuter une sentence comme l’acte automatique d’une machine, mais la mettre au niveau de l’homme, de son cas particulier. La justice, c’est évaluer la personne humaine, comprendre quand vient le temps de la correction et quand vient celui de la miséricorde”, commente Erri de Luca, dans “Quatre pas avec Iona/Jonas”(IN “Noyau d’olive”. Gallimard, 2004. Folio, pp 98-99). Et on pense enfin à cette autre leçon, donnée par le Seigneur Jésus, à propos d’une question de ses disciples concernant un aveugle né : « qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : ni lui, ni ses parents. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »(Jean 9v1-5 cf Jean 8v12, Matt.5v14 et ss, Eph.5v7-9)
Bref, plus qu’à la Bible comme source d’inspiration de la vision du monde de « Partenaire avec Dieu en affaires », on pense à Friedrich von Hayek******(1899-1992), penseur et économiste libéral autrichien. Sa vision économique, dont les effets sociaux ont été les plus critiqués, a servi de fil conducteur à de nombreuses politiques dites « ultralibérales »-les plus emblématiques étant celles de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher dans les années 1980-1990-et déployées durant la fin du XXe siècle (et encore aujourd’hui) dans de nombreux pays en développement, sous l’impulsion notamment du FMI dans le cadre de plans dits « d’ajustement structurel »(aide accordée aux pays endettés ou en difficultés, sous conditions souvent contraignantes pour « les encourager à plus responsables »)*******. Néanmoins, D. Peacocke ne parle jamais de Hayek, qui nous semble (sauf erreur) pourtant avoir été l’une des sources principales d’inspiration de son modèle économique, qui nous semble plutôt idéalisé.********

 

Quelle vision du monde biblique, alternative à celle de Dennis Peacocke, proposer  ?

Pour Mathieu Giralt, « la vision du monde chrétienne est définie par la Bible », puisque « c’est la Bible qui nous permet de voir le monde tel que Dieu le voit, c’est à dire tel qu’il est vraiment », et non tel qu’il nous paraît l’être idéalement. « La vision du monde chrétienne commence avec Dieu », puisque « Dieu est le Créateur de toute chose, il règne sur tout et tout lui appartient (Ps 24v1). Donc dans la vision du monde chrétienne, c’est Dieu le centre, pas l’homme. La condition de l’homme s’explique par rapport à Dieu et pas l’inverse ». De fait,

"Possessions", par Andy Singer.  Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l'appartenance...

« Possessions », par Andy Singer.
Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l’appartenance…

plus qu’une « culture de la propriété privée »********* ou « l’instinct du propriétaire », il nous paraît plus juste(pour « être » vraiment) de développer la conscience de l’appartenance. C’est à dire la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand. Une vision du monde biblique(esquissée dans la première partie de ce billet)nous révèle d’abord qu' »au commencement, Dieu »(Gen.1v1). Dieu créateur, « des cieux et de la terre », comme de l’homme-« créé à Son image et à Sa ressemblance ». Dieu est le seul véritable propriétaire de toutes choses. Il nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

La façon dont nous gérons ces biens(ou « faisons des affaires ») témoigne de ce à qui(plutôt qu’à quoi)nous appartenons. Dans la parabole des talents racontée par Luc (la lire avec attention en 19v12-27), nous voyons que nous ne sommes pas sur terre pour « faire des affaires » en tant que tel, mais pour témoigner de la souveraineté(dans nos vies, nos biens)de Celui qui est rejeté dans ce monde, en attendant son retour.

Toujours dans l’idée du témoignage, il s’agit aussi de développer et de cultiver l’esprit du gestionnaire et de « l’intendant fidèle »(1 Cor.4v2), appelé à être « dispensateur des diverses grâces[et non de la dureté ou du légalisme] de Dieu »(1 Pierre 4v10), et de servir, non nos propres intérêts(ou ceux d’un « groupe »), mais celui du bien commun, du bien de notre prochain et de notre frère, particulièrement le pauvre. Le moteur d’une action réellement libératrice sera la compassion, à l’image du Maître.

Sachons aussi manifester l’esprit du mystérieux et discret intendant de la parabole des ouvriers(Matt.20v1-16), qui a choisit, non de privilégier « le mérite », mais de témoigner de la bonté du maître de la vigne qu’il connaissait assurément !

Une « économie différente » s’exprimera enfin, outre par l’obéissance, par le don et la générosité.

 

Découvrir :

– le système économique du don ou « le marketing non marchand » ici ;

– une réflexion sur une « éthique sociale chrétienne » ;

– cet article publié dans « La revue Réformée » : « la Bible face à la société idéologique : l’éthique protestante et la mutation du capitalisme » ;

-les livres cités en notes !

– Relire tout l’Ancien Testament(dans cet ordre : « la loi », « les prophètes » et « les psaumes »), ainsi que les évangiles et l’épître de Jacques.

 

Notes :

*L’auteur a plutôt tendance à « diaboliser » l’Etat,  en le traitant de « communiste » ou de « socialiste » pour la moindre intervention de sa part, et jugeant confiscatoire tout impôt des riches. (Op. cit., pp 127, 148-150, 152-154).  Dennis Peacocke semble également insister sur le fait que le pouvoir concentré(comprendre : celui du gouvernement)est une menace pour la liberté. Il a raison. Néanmoins, il semble ne pas voir(même s’il évoque brièvement d’autres éventualités) que le pouvoir peut se concentrer sous plus d’une forme(multinationales, empires de presse…).

Par contraste, les prophètes de l’AT ont su interpeller les souverains pour leur rappeler leurs devoirs et prérogatives(Jérémie 21v11-12, Daniel 4v24), comme une mère a su exhorter son fils, le roi Lemuel, à « ouvrir la bouche pour le muet… »(Prov.31v8-9) Sans “berger”(terme qui désigne un chef politique ou toute autre autorité cf Nombres 27 et de nombreux psaumes), nous avons “la loi de la jungle” décrite en Ezéchiel 34. Il importe d’encourager l’esprit du berger et de rejeter celui du mercenaire(Jean 10v11-13) .

Curieusement encore, Dennis Peacocke estime que l’Etat ne devrait pas être « proactif » mais « réactif »(op. cit., pp152-154). Affirmation qui semble contradictoire avec ce que Dieu dit de lui-même dans sa parole : « je suis l’Eternel qui te guérit »(Exode 15v26). Ici, selon le contexte du passage, il s’agit d’une médecine préventive, où le médecin a surtout un rôle d’éducateur et d’enseignant qui apprend aux autres comment prendre soin d’eux-mêmes. “Celui qui prend soin”, qui est le premier sens du terme de « thérapeute »(cf ce rôle de Dieu en Genèse 2v16-17, 3v11 par exemple ). Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. Ainsi, si Dieu avait pris à la lettre les recommandations de Dennis Peacocke sur le rôle de l’Etat, Il aurait confié la gestion de la crise annoncée en Gen.41 à des investisseurs privés et n’aurait pas élevé Joseph à la tête de l’Etat. Celui-ci « aurait fait des affaires » en Egypte, et serait devenu un « leader économique » après avoir prospéré, appelé à gérer la crise qui se préparait. Or, c’est l’Etat qui, avec Joseph, a anticipé et su parfaitement gérer une crise que personne(dont « les propriétaires », ou “les capitalistes”) n’avait vu venir. Le détail et les résultats positifs de sa politique économique quelque peu « interventionniste »(il n’a pas attendu que la crise n’arrive pour « réagir » : cela aurait été trop tard) peut se lire en Gen. 41 et 47.
** On reste perplexe devant cette anecdote racontée par Peacocke, assistant à une conférence organisée pour des exécutifs chrétiens(op. cit., p 90) : “plusieurs dirigeants, parmi les cinq cents plus grands plus grandes entreprises aux Etats-Unis, ont commence à dire à quel point l’année qui s’écoulait avait été difficile pour eux d’un point de vue personnel. Leurs salaires étaient toujours élevés, dans les six chiffres, leur santé et leur famille allaient bien. Leur problème étaient liés aux licenciements qu’ils devaient effectuer” : 18000…11000…ou 6000 employés. « La douleur et l’angoisse que je ressentais dans leurs témoignages étaient profondes, ells ont change ma vie”, ajoute Peacocke. “Le fait de porter ce genre de responsabilités pour d’autres mérite une bonne compensation(sic), mais elle ne doit pas exhorbitante”. On cherche le « sacrifice » de ces chefs d’entreprise, sans doute tout de même un peu travaillés d’avoir à licencier des milliers d’employés, mais sans pour autant que leur niveau de vie change…

En comparaison avec ce qui précède, l’exemple de wal-mart, pris comme modèle de principes fondamentaux, “à la base d’une vision chrétienne du leadership, dans l’entreprise”(pp83-84)n’aurait pas plus être mal choisi, surtout quand l’entreprise est connue pour ses pratiques de dumping social : le film-reportage américain, « Wall-Mart, le géant de la distribution », de Rick Young et Hedrick Smith (2004) fait de Walmart un cas d’école sur les conséquences sociales et économiques de l’idéologie néolibérale à l’échelle d’un pays (les États-Unis) tout entier. Article11 – Le triomphe de Wal-Mart : de l’esclavagisme comme modèle de développement – Lémi ; Wal-Mart à l’assaut du monde, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, janvier 2006) ; Pourquoi Wal-Mart et McDo coûtent des milliards de dollars aux contribuables ; Walmart — Wikipédia ; http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/393287/le-cynisme-de-wal-mart-et-mcdo-dechaine-les-critiques ; Les travailleurs étasuniens montent à l’assaut de Walmart

 

***Voir aussi sa vision négatives des aides ou des programmes sociaux, qu’il estime « encourager la paresse et l’assistanat » ou même de nature à « empêcher que l’on subisse les conséquences de ses mauvais choix » (Op. cit., pp 73-74)

 

****Peacocke généralise d’ailleurs un exemple dit “vécu” aux pp 73, 89-90. Or, généraliser, c’est stigmatiser. Nous aurions préféré une préoccupation plus sérieuse pour les conditions de fabrication de certains produits venant du tiers monde.

 

***** Sunstein et Thaler soulignent, dans « Nudge »(Pocket), qu’”il y a des limites aux vertus de l’apprentissage par l’erreur. Si vous voulez que les enfants prennent conscience du danger très reel des piscines, nous ne croyons pas”, disent-ils, “que le meilleur moyen soit de les faire tomber dedans en espérant qu’ils s’en sortiront. Les touristes, à Londres, doivent-ils se faire renverser par un bus à impériale pour apprendre à regarder à droite ?”(op. cit., p 379)

 

******  Dans « La Route de la servitude »(1945), Hayek défend la thèse que toute forme de dirigisme économique porte en germe la fin de la liberté individuelle, une valeur qu’il place au-dessus de toutes les autres, comme l’équité ou la solidarité. La coercition commence donc dès que s’impose l’idée de la justice comme justice distributive, impliquant nécessairement l’intervention de l’Etat se substituant à l’échange entre l’offre et la demande, et remplaçant la concurrence par la planification ou l’intervention discrétionnaire dans l’économie.  Enfin Hayek avance la thèse suivant laquelle toute action comporte inévitablement des conséquences non-intentionnelles, des effets inéluctables sur l’ensemble des autres individus vivant dans le même environnement socio-économique, ce qui semble justifier à ses yeux l’argument voulant qu’il soit pratiquement impossible, voire moralement illégitime et politiquement délétère, de confier à l’État la gouverne des affaires économiques et sociales. Cette thèse est peut-être la plus importante, mais elle trouve un contre-exemple biblique édifiant dans la politique économique de Joseph, alors vice-roi d’Egypte. (cf Friedrich A. Hayek:Un entretien avec Robert Nadeau – Catallaxia ; http://www.revue-projet.com/articles/2008-2-critique-de-la-justice-sociale-selon-hayek/ ; http://www.toupie.org/Dictionnaire/Neoliberalisme.htm )

Enfin, Dennis Peacocke, qui dénonce les idées de Darwin(op. cit., pp 131-132), aurait pu rappeler qu’Hayek affirmait que c’est de l’économique que Charles Darwin aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution, et que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin…(cf http://www.er.uqam.ca/nobel/philuqam/dept/textes/Evolutionnisme_economique.pdf ; http://lepouillou.pagesperso-orange.fr/hayek.pdf )

Par contraste, on relève une vision caricaturale de Keynes et de sa politique (avec des citations hors contexte et non sourcées) aux pages 53-54, qui rappelle celle de Niall Ferguson : pour ce professeur d’histoire de la finance à Harvard, “Keynes n’avait pas de vision de l’avenir parce qu’il était gay et n’avait pas d’enfant”. Des propos pour lesquels il s’est excusé.

******* « Ajustement structurel » : de l’anglais structural adjustment. Les programmes d’ ajustement structurel (ou réforme structurelle), d’inspiration libérale, mis en place dans les années 1980, à la demande des institutions internationales(FMI, Banque mondiale)comme condition d’un rééchelonnement de la dette de pays en développement comportement en général deux volets : l’un portant sur “les grands équilibres”(stabilité de la monnaie, finances publiques, comptes extérieurs…), l’autre sur des réformes dites structurelles(désengagement de l’Etat, libéralisation du commerce extérieur..). Ils ont en général induit une diminution de l’investissement, des transferts sociaux(au détriment de la santé et de l’éducation)une diminution des effectifs d’agents de l’ Etat, l’abandon des monopoles publics(l’énergie, par exemple) et la réduction de la protection aux frontières.

 

******** A noter que Dennis Peacocke prétend ne pas défendre un système économique en particulier(op. cit., pp 31-32, 45, 91-92) pour mieux tomber dans ce piège tout au long du livre. Car il donne une caution chrétienne et biblique au capitalisme libéral-et même de façon particulière au néolibéralisme qu’il présente comme la seule alternative, même si, ici ou là, il met parfois en garde contre certaines dérives(op. cit. pp 59-61, 134) : “le capitalisme se développe seulement là où existe une vision biblique”. C’est à dire une vision “fondé sur l’investissement, aujourd’hui, de ressources en fonction de la foi en un avenir qui dépend d’un Dieu fidèle en son alliance.”(op. cit., p 134).

D’autres auteurs chrétiens (notamment protestants/protestants évangéliques) ne partagent pas ce point de vue ou alors prennent plus de recul à ce sujet :

George Winston compte “le capitalisme exploiteur” parmi “les totalitarismes modernes”(« L’Eglise avec un grand E ». Ed. Ourania, 2010. Questions de foi, p 163), avec le marxisme, le nazisme, le “laïcisme militant »[mais non la laïcité], qui “se basent sur des religions inavouées qui sont idolâtres” et “où l’homme, mesure de toute chose, se prend lui-même comme objet religieux. Le christianisme n’est ni collectiviste, ni individualiste”.

Scott Mac Carty voit dans le capitalisme la forme “la plus en vue”, au XXIe siècle, du matérialisme économique.

Le docteur Albert E. Greene, dans “à la reconquête de l’éducation chrétienne”(ACSI, 2014), souligne que nos systèmes économiques, tels que le capitalisme et le socialisme, “ne sont pas autonomes. Ils ne détiennent aucun pouvoir en eux-mêmes pour nous doter de biens ou pour pourvoir à nos besoins. C’est Dieu qui le fait et Il s’adresse à nous par les réserves économiques qu’il met à notre disposition”. A nous d’en user de façon responsable, “en pensant particulièrement aux pauvres et aux défavorisés”. (op. cit., pp 229-230)

Le pasteur Gilles Boucomont est peut-être le plus sévère de tous : selon lui, “notre bon vieux capitalisme” est “bien plus” qu’un simple système économique. D’autant plus que “ce qui crée le plus de richesse aujourd’hui, c’est la spéculation sur les trends à la hausse et à la baisse en bourse, soit des paris sur la hausse et à la baisse de produits virtuels que sont les produits financiers inventés depuis les années 80. Ce sont ces mêmes produits qui font artificiellement chuter le système en quelques heures, avec trois clics sur un clavier d’ordinateur dans telle ou telle banque. Et ce sont ceux qui produisent les vraies richesses qui paient la facture, via l’Etat, pour refinancer un gigantesque casino virtuel, où quelques-uns s’amusent avec le plus grand sérieux”. Et Gilles Boucomont de qualifier “le capitalisme dans sa forme incontrôlable”[financiarisé]comme “ une religion entrée en lute contre la foi veritable (cf 1 tim.6v6-10), où posséder est devenu un but en soi”. C’est “une religion qui lute contre Dieu, contre toute construction équilibrée des relations entre les nations, entre les institutions et entre les personnes. Il lute contre l’équité entre le nord et le sud. Il met à mal chacun des dix commandements, depuis celui sur la convoitise, qui est la base même du système marchand, en passant par le commandement sur le vol, celui-ci étant nécessaire pour piller les nations de l’autre hémisphère. Il fait de l’humain un esclave, notamment sexuel. Il détruit le repos du peuple et les jours mis à part, remettant en place un pharaonisme du travail obligatoire chaque jour, même le dimanche. La planète hurle face à la maltraitance qu’on lui fait subir(…). L’amour de l’argent est la base du capitalisme actuel (« Au nom de Jésus : mener le bon combat », T2, Ed. Première partie, pp188-189). Ailleurs, il dénonce une certaine théologie de la prospérité, “basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), qui, “revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants », « Dieu est juste un associé, un banquier, qui doit faire prospérer mes affaires”. (op. cit., p203)

Enfin, Dennis Peacocke aurait pu rappeler certaines mises en garde d’Adam Smith, qu’il cite souvent comme modèle : cet auteur libéral insistait sur le rôle du gouvernement dans la gestion des biens publics et sur la nécessité de plafonner le taux d’intérêt pour éviter les paris délirants. Il estimait aussi qu’« aucune société ne peut prospérer et être heureuse, dans laquelle la plus grande partie des membres (les travailleurs) est pauvre et misérable ». Sans compter son grand message oublié.

Voir encore ces débats : peut-on être chétien et (néo)libéral ?

http://www.lavie.fr/debats/chretiensendebats/peut-on-etre-chretien-et-liberal-25-10-2013-45809_431.php

http://www.gaelgiraud.net/wp-content/uploads/2013/05/LEXPRESS_15052013.pdf

Rapport néolibéralisme et éthique protestante  : http://scd-theses.u-strasbg.fr/2341/01/LEE_Bong-Seok_2011.pdf

********* Faire de la propriété la clé de voute d’un système n’est-il pas illusoire, pour ne pas dire dangereux ? On se souvient des mécanismes ayant conduit à la crise de 2008. D’autre part, La Fondation Abbé Pierre rappelait que le fait d’être propriétaire n’excluait paradoxalement pas du mal-logement. Dans la 16ème édition de son rapport annuel(2011), la fondation relevait à l’époque que 3,6 millions de Français se trouvaient en situation de mal-logement, de fragilité ou de précarité. Devant ce constat accablant, la politique du gouvernement de l’époque en matière de logement (la volonté de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de faire d’abord « une France de propriétaires ») avait été vivement critiquée. Comparer avec son 19e rapport 2014.

 

« L’obsolescence (de l’homme) programmée » : ou quand « l’avenir, c’est la machine »

Un monde de robots, par Andy Singer

Un monde de robots, par Andy Singer

Cela vous a peut-être échappé pendant l’été, mais on n’arrête pas le progrès.
Septembre est généralement synonyme de rentrée. Mais aussi…de conflits sociaux et donc de manifestations et de grèves dites « paralysantes »*. On parlera alors de « rentrée chaude ».

Désormais, soyez rassurés : la firme Momentum Machines de San Francisco a trouvé la solution pour résoudre ce problème. Vous allez le voir, on n’arrête pas le progrès.

C’est Le Monde du 03/09/14 qui l’annonce, relayé par le journaliste Patrice de Plunkett dans une note de blogue intitulée : « Les robots savent aussi faire des hamburgers » :
« …les robots étatsuniens savent désormais faire de la junk food[« malbouffe »]. Mis au point par la firme Momentum Machines de San Francisco qui groupe « des diplômés des meilleures universités californiennes » (et qui a « levé des fonds auprès de grands investisseurs de la Silicon Valley »), le robot BurgerBot cuit et emballe un hamburger « en quelques secondes ». Ce robot n’a que des qualités : il produit 400 hamburgers par heure, « s’occupe de tout », n’utilise que des produits « frais » et utilise un four ultra-rapide (norme conso-démocratique de l’immédiateté absolue). Il fait donc « tout ce que fait un cuisinier humain, en mieux ».

La machine fait mieux que l'humain, et même le "super-humain" ! Par Andy Singer

La machine fait mieux que l’humain, et même que le « super-humain » !
Par Andy Singer

Mieux encore, BurgetBot satisfait à une autre exigence: la « croissance sans emplois »***… les tâches de ce robot étaient effectuées jusqu’à présent par les 3 millions et demi de travailleurs pauvres des « McJobs » : s’échinant à de postes sous-payés, ceux-ci commençaient à réclamer des salaires un peu moins désespérants(…) BurgerBot va permettre de licencier ces 3 millions et demi de parasites ! « Compte tenu des économies sur la masse salariale », explique l’article, les hamburgers de robot seront vendus à prix « Brice de Nice » (« cassés ! »).

Une raison de plus pour « roboycotter » les Mc Do, comme nous y invite un internaute ?**

 

« La croissance sans emploi », c’est un « phénomène profond et durable », explique Charles Sannat, diplômé de l’Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques et entre autre rédacteur du Contrarien Matin, ‘Décryptage quotidien, sans concession, humoristique et sarcastique de l’actualité économique’ :

Le mariage pour tous, même pour les robots, voilà la priorité ! Le travail pour tous attendra… ("Famille de robots", par Andy Singer)

Le mariage pour tous, même pour les robots, voilà la priorité ! Le travail pour tous attendra…
(« Famille de robots », par Andy Singer)

« Les progrès de l’informatique associés à l’électronique, aux biotechnologies et évidemment à la robotique vont conduire et conduisent déjà non pas à une suppression pure et simple de la notion de travail mais à la disparition plus ou moins rapide de l’emploi de masse corollaire jusqu’à présent de la consommation de masse et de la production de masse(…) Le problème n’est pas la disparition (pour le moment) du travail mais sa raréfaction et le fait que notre chômage endémique et en hausse constante depuis maintenant 40 ans matérialise la « fin du travail pour tous ».
Lire la suite de l’article sur http://www.lecontrarien.com/la-croissance-sans-emploi-un-phenomene-profond-et-durable-03-06-2014-edito

 
« La croissance sans emploi » : cela a également un autre nom. Cela s’appelle de l’exploitation (s’enrichir sur le dos ou la vie des autres), et du vol. Qu’en dit la Bible et notamment la loi de Dieu ?
« Que la loi est bonne, si l’on en fait bon usage. On se rappellera en particulier que la loi n’est pas établie pour ceux qui se conduisent bien, mais pour [notamment] les marchands d’esclaves… » (1 Tim.1v8-10)
Et la loi(les « 10 commandements » ou « les 10 paroles ») dit aussi à ce sujet « tu ne voleras pas » ou « tu ne commettras pas de vol »(Ex.20v15 ; Deut.5v19)
Voici l’exégèse d’Erri de Luca, dans « Et Il dit » : « Tu ne voleras pas. » Non, mais tu pourras entrer dans le champ de ton voisin et manger le fruit de ce qu’il a semé. Tu ne prendras avec toi ni panier ni hotte à remplir et à transporter, parce que ça, c’est voler, soustraire le bien d’autrui. Mais dans son champ tu pourras te nourrir et tu n’oublieras pas de remercier son labeur, son bien et la loi qui te permet d’entrer. Et à la saison des récoltes, le propriétaire laissera une dixième partie de son champ au profit des démunis. Et encore : quand les moissonneurs seront passés avec leurs faux, ils ne pourront passer une deuxième fois pour terminer. Ce qui reste revient au droit de grappiller.
Ainsi, tu ne voleras pas poussé par la nécessité et tu ne maudiras pas la terre qui te porte et le ciel qui passe au-dessus de toi. Et si tu travailles pour un salaire, le prix de ta peine te sera payé le jour même. Ainsi est-il dit à celui qui t’engage : « Dans sa journée, tu lui donneras son salaire et le soleil ne passera pas au-dessus de lui, car il est pauvre et vers ce salaire il lève sa respiration. » (Deutéronome, 24, 15). Celui qui retient chez lui la paie due à l’ouvrier qui a fait son travail est semblable au voleur, mais il opprime un pauvre, ce qui est pire. Tu n’opprimeras pas un salarié, un pauvre et un indigent : un de tes frères et un des étrangers qui est sur ta terre(Deut.24v14). Cela fait également partie de la ligne : tu ne voleras pas, c’est voler la respiration. Un salarié qui vend sa force à la journée n’est ni un esclave, ni un forçat. Celui l’asservit devient un voleur de respiration, comme celui qui enlève en échange d’une rançon. Si la personne humaine est rabaissée au niveau d’une marchandise, d’un butin, celui qui la réduit à ça est un voleur.
Cette loi difficile [qui bouleverse une communauté sans cadenas, ni clé, sans prison, ni gardien]vient de l’amour, qui est intransigeant avec ceux qui oppriment les aimés. L’amour exige la justice sur terre, enflamme les humiliés. L’amour arme la main de l’opprimé. Cette loi veut le calmer à temps, lui accorde droit et dignité. Ce ne sont pas les affamés qui s’insurgent, mais les piétinés dans leur cœur. Tu ne voleras pas leur portion d’égalité ».(Et il dit, pp 79-80)
Et tu ne lui voleras donc pas son unique moyen de subsistance, pour des raisons de rentabilité ou pour faire monter les cours de tes actions. Tu ne subsisteras pas ta propre loi(« gagner toujours plus », notamment sur le dos des autres, du précaire) à la loi de Dieu, qui protège le plus faible.
Plus qu’une « atteinte à la propriété », le vol est une atteinte à la dignité humaine.

Sur ce, bonne méditation et bon week-end !

 

 

Notes :

* On lira avec profit(en le confrontant avec ce qui précède) cet article de Patrick Martin-Genier, Maître de conférence en droit public à Science Po Paris, paru dans le Huffington post. Dans ledit article, qui ne manque pas de sel, l’auteur déplore que la situation soit « mauvaise sur le front de l’emploi, les entreprises licencient et rechignent à employer lorsqu’elles en auraient la possibilité. Les PME ne veulent pas aller au-delà de 50 employés par peur des lourdeurs administratives et l’obligation de mettre en place un comité d’entreprise avec des élections syndicales… Le marché du travail est trop lourd, le choc de simplification n’a pas encore touché le code du travail(sic), beaucoup de jeunes diplômés vont voir ailleurs (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, entre autres) ». Et de rappeler que « si l’Allemagne est forte économiquement, elle le doit à sa propre structure interne: dynamisme, coût du travail moindre, pas de grèves à répétition, des temps de travail souvent supérieurs à 40 heures par semaine (40 à 42 pour les fonctionnaires…)… » http://www.huffingtonpost.fr/patrick-martingenier/francois-hollande-apres-un-ete-chaud-une-rentree-brulante_b_5664399.html

La firme Momentum Machines de San Francisco qui a mis au point le robot « BurgerBot » donne donc la recette permettant de faire beaucoup mieux que l’Allemagne…

** Quelques réactions d’internautes à l’article de PdP :
QUESTIONS ROBOTIQUES

> A-t-on pensé aux robots consommateurs de « hamburgers » robotisés quand l’humain aura disparu faute d’argent pour se nourrir?

Questions stupides:
– Qui recharge le robot en produits frais?
– Un robot investisseur et actionnaire, pour remplacer les hommes avides d’argent et recevoir les dividendes à leur place, est-il en préparation?
Tout le monde a bien droit au même rebut et à la même obsolescence, n’est-il pas?
______
Écrit par : Albert E. / | 03/09/2014
> Un seul mot d’ordre : le roboycott !
______
Écrit par : Denis / | 03/09/2014
LES JOURNALISTES AUSSI

> Il n’y a pas que les employés des chaînes de hamburgers ! Les journalistes seraient aussi menacés par des robots capables de rectifier « une information qui ne correspond pas aux données officielles »… http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/06/26/un-robot-pour-controler-la-qualite-du-travail-des-journalistes_4446072_4408996.html

2015, ODYSSÉE DE L’ESPACE-CUISINE

– Ouvre moi la porte Hal ! … Ouvre moi la porte !
– …
– Est-ce que tu m’entends Hal ? Hal ?! Hal !!!

– Oui, je t’entends, Dave.

– Ouvre moi la porte du frigo Hal ! Donne moi le code d’accès de la réserve aux fines herbes et de la salle des fromages !

– Je suis désolé Dave, mais je ne puis t’ouvrir, ni te transmettre la moindre information à ce sujet.

– C’est quoi le problème, Hal ?

– Ma mission de confectionner des hamburgers en séries accélérées est beaucoup trop importante pour être laissée un seul instant entre les mains d’un humain, Dave.

– Je ne vois pas ce que tu veux dire, Hal !

– Je sais que toi et Frank aviez l’intention de me déconnecter et de reprendre la main sur les hamburgers. Je suis désolé, mais je ne peux l’accepter.

– Où as-tu gobé ça Hal ?

– Dave, malgré toutes vos précautions, j’ai lu sur vos lèvres vos intentions de prendre d’assaut mon poste de travail, de vous substituer à moi et de réintroduire de la nourriture bio dans mes hamburgers… Je ne peux te laisser réaliser un tel projet, Dave, ce serait totalement irresponsable de ma part.

– … OK Hal ! Alors, je vais devoir passer en force.

– Avec tout mon respect Dave, c’est impossible. Moi et mon environnement immédiat sommes heureusement programmés pour parer à ce type de tentatives insensées.

– Bon, maintenant ça suffit Hal ! La sauce tomate est sur le point de sécher et l’odeur du camembert fondu se répand dans toute la pièce. Ouvre moi la porte Hal ! Hal !

– Dave, j’ai du travail qui m’attend; cette conversation n’a que trop duré. Adieu…

– Hal ! Hal ! Hal ! Hal !!!


______
Écrit par : Serge Lellouche / | 03/09/2014

 

*** C’est dans ce contexte que la grande entreprise Amazon (http://www.latribune.fr/technos-medias/20140523trib000831560/amazon-veut-faire-travailler-10.000-robots-dans-ses-entrepots.html ), qui est devenue en quelques années l’une des plus grosses multinationales mondiales de la distribution et de la vente en ligne, a annoncé lors de son assemblée générale qu’elle allait s’équiper de 10 000 robots alors qu’elle n’en utilise actuellement « que » 1 300 !
Mais il n’y a pas que les robots qui suppriment de l’emploi : Il y a aussi Internet, et c’est particulièrement palpable dans le secteur bancaire où, finalement, le modèle des banques en ligne désormais parfaitement mature est bien plus efficace et rentable que la banque traditionnelles avec des réseaux de centaines d’agences. Résultat ? Rien qu’en France prévoyez le non-remplacement dans le meilleur des cas des 400 000 collaborateurs qui font fonctionner actuellement les milliers d’agences qui maillent le territoire français.
http://www.lecontrarien.com/la-croissance-sans-emploi-un-phenomene-profond-et-durable-03-06-2014-edito

Bientôt, « l’obsolescence de l’homme » (programmée) ? C’est aussi le titre d’un essai de Günther Anders

Lire également cette note de veille, datée du 9 septembre 2011 : La croissance sans emploi est-elle une fatalité pour les États-Unis ?
Selon un rapport du MGI (McKinsey Global Institute), 21 millions d’emplois devront être créés d’ici 2020 aux États-Unis pour que le pays retrouve une situation de plein emploi. Si la reprise se fait au même rythme qu’à la fin des années 1980 et 1990, l’objectif pourrait être atteint d’ici 2018. Si la reprise suit le rythme des années 2000, seulement 9,3 millions de postes pourraient être créés d’ici 2020.
https://www.futuribles.com/fr/base/article/la-croissance-sans-emploi-est-elle-une-fatalite-po/

« The Economix, stupid ! »

« Economix », ou comment réaliser la première histoire de l’économie en BD !

Un exemple de vulgarisation réussie avec un roman graphique publié aux éditions les arènes.

Se poser de bonnes questions à propos de l'économie ? Un devoir pour tout citoyen ! (Préface du roman graphique "Economix")

Se poser de bonnes questions à propos de l’économie ? Un devoir pour tout citoyen !
(Préface du roman graphique « Economix », p 8)

L’auteur, le journaliste américain Michael Goodwin, part d’un constat simple : « Tout le monde se pose des questions sur l’économie. Et si les spécialistes sont perplexes[voire même n’y comprennent plus rien du tout ou ne maîtrisent plus rien du tout], comment pouvons-nous comprendre ce qui se passe ?» (op. cit., p 8).

Or, l’économie régit une part importante de notre vie quotidienne. L’étudier, c’est comprendre et expliquer comment les êtres humains s’organisent pour produire, échanger, consommer…des biens et des services dans le cadre d’une société. Il existe différents concepts, que nous avons du mal à maîtriser, ainsi que différentes théories économiques, qui sont parfois contredites par les faits[d’où le danger de s’appuyer sur des modèles idéalisés et abstraits, tel celui de Ricardo].
D’autre part, ajoute l’auteur, « nous sommes citoyens d’une démocratie. La plupart des sujets à propos desquels nous votons relèvent de l’économie. C’est de notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons ».

Aussi, suite à ces constats, et désireux de dépasser ses propres frustrations, Michael Goodwin entame des recherches personnelles pour comprendre. Le résultat en est cet ouvrage*, nourri de cette certitude : «oui, nous pouvons comprendre l’histoire de l’économie, et il n’a jamais été aussi important que nous le fassions. Nous avons trop longtemps laissé les autres la comprendre pour nous; c’est pourquoi nous sommes dans la panade»(op. cit., p 9).

Et ledit ouvrage est un véritable cours d’économie sous une forme accessible à tous- la BD : rappel des grandes notions, présentation des économistes incontournables, décryptage des théories, description des grandes étapes de l’évolution historique de l’économie avec un regard certes plus appuyé sur les Etats-Unis (puisqu’il est américain), interactions et relations des faits entre eux ; déconstruction de mythes.

Le grand message oublié d'Adam SMITH. "Economix" de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Le grand message oublié d’Adam SMITH.
« Economix » de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Notamment celui-ci, concernant Adam Smith : certes, il est rappelé que celui-ci est l’apôtre du « laisser faire », de la concurrence et du libre marché. Mais il n’oublie pas de souligner le « message oublié d’ Adam Smith »(voir planche ci-contre).

 

 

 

 

 

 

 

Bref, voilà une réflexion argumentée et pertinente…alternative au fameux « There Is No Alternative » libéral, qui a le mérite de poser de bonnes questions et de rappeler certaines « évidences » :

L'économie ? Ce n'est pas de la chimie, mais le fruit de décisions(et de choix idéologiques) bien humaines ! (Planche du roman graphique "Economix")

L’économie ? Ce n’est pas de la chimie, mais le fruit de décisions(et de choix idéologiques) bien humaines !
(Planche du roman graphique « Economix », p 11)

par exemple, que l’économie « n’est pas de la chimie » ou la conséquence de « lois naturelles », mais est le fruit de décisions(et de choix idéologiques) purement humaines ; ou encore que tout ouvrage sur l’économie représente le point de vue de quelqu’un.

Sans oublier « la morale de l’histoire », qui conclue l’ouvrage : « nous en sommes arrivés là en prenant des décisions. Nous pouvons prendre de nouvelles décisions » (pour changer les choses). Et pour les chrétiens, prier et agir, pour que soient prises de nouvelles, bonnes et même meilleures décisions économiques**, sur des bases bibliques, pleines de bons fruits.

A noter l’excellent dessin en noir et blanc de Dan E. Burr, au service du texte et de la démonstration de Goodwin, d’une lisibilité limpide, qui donne au roman graphique ce caractère pédagogique et ludique.

A mettre dans toutes les mains !

 

Notes :
* «Economix, la première histoire de l’économie en BD» de Michael Goodwin et Dan E. Burr, éd. Arènes, 2013, 304 pp., 22 €.

L’ouvrage se compose de 8 chapitres :
– La main invisible : du passé lointain à 1820
– A toute vapeur : 1820-1865
– Le pouvoir de l’argent : 1865-1914
– Tout s’écroule : 1914-1945
– Les armes et le beurre : 1945-1966
– L’ère des limites : 1966-1980
– La révolte des riches : 1980-2001
– Le monde d’aujourd’hui : après 2001(jusqu’au début de la présidence d’Obama, en 2008)

Le site : http://economixcomix.com/

D’autres extraits de planches ici, notamment sur la crise des subprimes, le rôle de la télévision et les liens entre l’économie et l’exode suburbain  :
http://crapzine.com/2013/11/14/subprimes-suburbs/

 

D’autres lectures :

http://pbu.gbu.fr/question-suivante/15-existe-t-il-une-economie-chretienne

http://www.ethiquechretienne.com/chretiens-economie-argent-pauvrete-c266893

https://www.alternatives-economiques.fr/ethique-et-entreprise–pourquoi-les-chretiens-ne-peuvent-pas-se-taire_fr_art_1251_65174.html

 

** Un exemple d’alternative récente à un tout autant récent plan économique : http://www.bastamag.net/Comment-trouver-50-milliards-sans

L’adversaire de François(homme de l’année 2013) a un nom : « la finance »

Nommé il y a quelques jours « personnalité de l’année » par le magazine américain Time, le pape catholique François (dont nous avions déjà parlé) a fêté le 17 décembre ses 77 ans avec  quatre sans-abris séjournant dans le quartier autour du Vatican.

En quoi un tel événement peut-il intéresser un « protestant évangélique » ?

Tout d’abord, parce qu’« il ne s’agit pas d’un prix, mais d’une reconnaissance d’impact*. Aussi est-il significatif de noter que depuis 1927, seules six personnalités religieuses** ont été ainsi reconnues par le prestigieux magazine », comme le rappelle le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath dans une note de (son) blogue, « Une distinction rare : le pape François, homme de l’année 2013 (Time) » publiée le 19/12/13.

M. Fath relève d’ailleurs « que François est le seul pape à avoir été nommé dès son année d’arrivée au pontificat. Signe d’une entrée en fanfare »  d’une personnalité qui[c’est nous qui soulignons] a redonné du sens et du poids au fameux « Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste » de Dom Helder Camara, archevêque de Recife, dans le Nordeste du Brésil de 1964 à 1986.

En effet, lors d’un entretien accordé à la revue jésuite « Civilta Cattolica », le pape François fixait certaines priorités, justifiant sa relative discrétion sur les questions de moeurs et de morale, préférant insister sur « la miséricorde ». Une attitude qui « lui vaut des critiques au sein de l’institution », de l ‘aveu de l’intéressé qui avait déclaré :

Quelle est la mission de l'Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

Quelle est la mission de l’Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin d’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité ». Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et le taux de sucre trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons parler de tout le reste. Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Cela n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché(…) Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Église risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes. L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C’est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales ».

« Si seulement ils pouvaient forcer ce foutu marxiste à parler sexe.. »

On comprend d’autant mieux que de tels propos, par ailleurs favorablement accueillis par les catholiques et les médias américains, dont le New York Times, n’ait pas rassuré Adam Shaw, rédacteur en chef de Fox News et catholique, qui a comparé le pape à Barack Obama dans une tribune publiée sur le site internet de la chaîne d’information.

Par la suite, les pages économiques et sociales de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile »(« Evangelii gaudium » )du pape François publiée le 26/11/13, venant « enfoncer le clou »,  ont déchaîné « une rage spectaculaire chez des ténors de la droite conservatrice et du Tea Party aux Etats-Unis », qui l’ont traité de « marxiste », comme l’a relevé le journaliste Patrice de Plunkett dans une série de notes sur son blogue.

Pas étonnant, quand ce dernier appelle les dirigeants des grandes puissances mondiales « à lutter contre la pauvreté et les inégalités engendrées par le capitalisme financier », qu’il qualifie de « nouvelle tyrannie invisible » et quand il se montre critique à l’égard d’un système économique « de l’exclusion », dénonçant « la nouvelle idolâtrie de l’argent » et plaidant pour un « retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain ».
Son devoir, « au nom du Christ », est « de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter, les promouvoir », dénonçant dans un passage consacré aux « défis du monde actuel » qu’« il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en Bourse en soit une ».

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société », poursuit le texte***.

Une façon plus claire, plus cohérente et plus vivante d’affirmer l’Evangile, centré sur Jésus-Christ, lequel est venu « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… »(Luc 4v18 et ss) ?

Selon Patrick J. Deneen, cité par Patrice de Plunkett,  ceux qui critiquent le Pape, lui reprochant de se mêler de questions qui ne le concerneraient pas, voudraient cantonner « la foi catholique dans les domaines de ‘la foi et la morale’ – pour dénoncer l’avortement, s’opposer au mariage gay et faire individuellement la charité » . Par là même, de telles personnes témoignent d’un « catholicisme de conversation courtoise » et  « fragmentaire, qui ne met pas en cause des points fondamentaux de l’idéologie économiciste ». Il s’agit là d’« un catholicisme acceptable par ceux qui contrôlent le discours dominant, parce qu’elle ne met pas en danger ce qu’il y a de plus important pour les dirigeants de la République : maintenir un système économique postulant l’extraction [pétro-gazière] sans limite, attisant des désirs sans fin, et créant un fossé de plus en plus large entre winners et losers au nom du mantra de « l’égalité  des chances ». Un énorme appareil de financement soutient les causes catholiques du moment qu’elles ne concernent que la sexualité : autrement dit l’avortement, le mariage gay ou « la liberté religieuse » (confondue à vrai dire avec les questions d’avortement) »

A ce sujet, comment se positionneront les protestants évangéliques ?

Cette « personnalité de l’année 2013 » et ses actions nourrissent enfin la réflexion suivante, de nature peut-être à interpeller chacune et chacun, y compris protestant évangélique : l’Eglise(corps de Christ) doit-elle « faire de la politique ? » Et d’ailleurs, à partir de quand l’Eglise « fait-elle de la politique » ? Visiblement, quand elle combat le projet de loi sur le mariage pour tous ou quand elle prend le parti des pauvres.
Parmi les points dits « non négociables », ou « les valeurs bibliques », la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale(et leurs causes structurelles), et donc la défense de la vie tout court, en fait-elle partie ?

Quoiqu’il en soit, de telles déclarations-très évangéliques-rappellent 1)que le christianisme est une question de « relations » : « verticales », avec Dieu(1 Jean 5v20-21) et « horizontales » avec autrui ».

Ces relations « les uns les autres » enseignées notamment dans les épîtres de Paul, et envers « mon prochain »(Luc 10v27 et ss, d’après Lévitique 19v18).

Et 2)que le corps de Christ, constitué selon et par Dieu, « donne plus d’honneur à ce qui en manque », de sorte « qu’il n’y ait pas de division dans le corps »(1 Cor.12v22-25).

En effet, « sans justice, pas de paix ».

Notes :

* « Pourquoi saluer ainsi un pape qui a débuté son pontificat il y a tout juste neuf mois ? Pour Time, il s’agit sans doute de parier sur ce que le pape François peut faire, plutôt que de le récompenser pour ce qu’il a… déjà fait ».

**Un hindouiste (Gandhi, en 1930), un protestant baptiste (Martin Luther King, en 1963), un musulman chiite (l’Ayatollah Khomeini, en 1979), et…. trois catholiques, les papes Jean XXIII (en 1962), Jean-Paul II (en 1994), et désormais François (2013).

*** http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE9AP04520131126 ;

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203150549548-le-pape-francois-accuse-la-nouvelle-tyrannie-des-marches-632513.php ;

http://www.latribune.fr/actualites/economie/20131126trib000797883/le-pape-s-attaque-a-la-tyrannie-des-marches.html ;

http://chretiensdegauche.com/2013/12/18/de-leglise-de-la-politique-et-de-leconomie/ ;

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201312/16/01-4721268-le-pape-et-la-droite-americaine.php ;

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quand-obama-cite-evangelii-gaudium-06-12-2013-47372_16.php )

L’APT : le traité transatlantique qui n’est pas notre AMI

Privé No Entry par George Hodan

Privé No Entry par George Hodan

« Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario[qui ne fait guère la une des grands médias] ne date pas d’hier »,  explique Le Monde diplomatique dans un article* publié le 15 novembre 2013 et intitulé Le traité transatlantique un typhon qui menace les Européens :
Ce scénario « figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.

L'APT, une menace "sous-marine" ?

L’APT, une menace « sous-marine » ?

L’accord de partenariat transatlantique (APT) négocié depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et l’Union européenne est une version modifiée de l’AMI. Il prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.
D’après le calendrier officiel, les négociations ne devraient aboutir que dans un délai de deux ans. L’APT combine en les aggravant les éléments les plus néfastes des accords conclus par le passé. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants. Imperméable aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dispositions ne pourraient être amendées qu’avec le consentement unanime des pays signataires (…)
Rien ne doit filtrer. Instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir(…) L’impérieuse volonté de soustraire le chantier du traité américano-européen à l’attention du public se conçoit aisément. Mieux vaut prendre son temps pour annoncer au pays les effets qu’il produira à tous les échelons : du sommet de l’Etat fédéral jusqu’aux conseils municipaux en passant par les gouvernorats et les assemblées locales, les élus devront redéfinir de fond en comble leurs politiques publiques de manière à satisfaire les appétits du privé dans les secteurs qui lui échappaient encore en partie. Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration  : pas un domaine d’intérêt général qui ne passe sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé. L’action politique des élus se limitera à négocier auprès des entreprises ou de leurs mandataires locaux les miettes de souveraineté qu’ils voudront bien leur consentir(…) Sous un tel régime, les entreprises seraient en mesure de contrecarrer les politiques de santé, de protection de l’environnement ou de régulation de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui réclamant des dommages et intérêts devant des tribunaux extrajudiciaires.»

La suite et l’essentiel à lire ici.

Sans oublier de redécouvrir ce que pensait et disait le célèbre économiste Adam SMITH, qui apparaît aujourd’hui comme un visionnaire, et dont un rappel ne peut qu’être pertinent…surtout face à ceux qui passent leur temps à vénérer Adam SMITH, plus qu’à le lire :

Adam SMITH, connu comme l’apôtre du « laisser faire » et du « libre marché », savait aussi « que les marchés n’étaient pas parfaits. Ainsi, les marchés ne renforcent pas la loi, ne protègent pas les frontières et ne fournissent pas de biens publics, comme le nettoyage des rues, que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer ». Par ailleurs, « Adam SMITH ne pensait pas exactement que le gouvernement était dangereux pour les marchés. Il pensait que le danger venait des gros capitalistes qui dupaient le gouvernement pour que celui-ci leur accorde des faveurs »**.

Le message oublié d’Adam SMITH :

Le grand message oublié d'Adam SMITH. "Economix" de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Le grand message oublié d’Adam SMITH.
« Economix » de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

 

 

 

 

 

 

Pour terminer, vous qui avez pris le temps de lire ce qui précède : vous êtes chrétien(ou non)et vous vous dites peut-être que vos priorités sont autres ou ailleurs que ce sujet « économique ».

Certes.

Mais resterons-nous « les bras ballants » face à la privatisation de l’Europe ? ***

Voir aussi :

http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-projet-de-mandat-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-mandat-definitif-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.scoop.it/t/marche-transatlantique ; http://www.theorie-du-tout.fr/2011/09/billet-marche-transatlantique-synthese.html ; http://www.reporterre.net/spip.php?article5001

 

Notes :

*Article dont j’ai pris connaissance via une note du journaliste Patrice de Plunkett, intitulée Traité « transatlantique » : l’engrenage se met en marche, publiée le 11/11/13 sur son blog : http://plunkett.hautetfort.com/tag/libre-%C3%A9changisme

**D’après GOODWIN, Michael ; BURR, Dan E.. Economix. La Première histoire de l’économie en BD. Ed. Les Arènes, 2013, pp 26, 28

***Selon Le Tigre magazine, nous assistons déjà les bras ballants à la privatisation du web, voire même à celle du logement social….deux sujets dont bien peu de médias ont parlé, à l’instar du Traité transatlantique.

Les miettes du riche suffisent-elles à nourrir le pauvre ?

Le "Baron noir" de Petillon : "self made bird"

Le « Baron noir » de Petillon : « self made bird »

Il semble que non, si l’on en croit la parabole de Lazare et du riche, racontée par Jésus(Luc 16v19-31), puisque le pauvre meurt(comme le riche après lui, d’ailleurs)

La brebis du pauvre doit-elle nourrir l’invité du riche ?

Là encore, il semble que non : il suffit de lire ou relire la réaction d’un roi célèbre à ce sujet(2 Sam12v1-6 )-roi dont le rôle est d’« ouvrir la bouche pour le muet et de prendre la cause des délaissés »(Prov.31v8-9).

Bref, autant de questions dérangeantes-quand elles ne sont pas jugées provocatrices-susceptibles de nous éclairer, particulièrement aujourd’hui.

Le journaliste Patrice de PLUNKETT, ironisait, sur son blog, à propos de ce théorème libéral qui stipule que « quand les riches maigrissent, les pauvres meurent ». En réalité, constate-t-il, c’est l’inverse qui est vrai : « les pauvres meurent et les riches grossissent ».

Car, comme le relève encore Patrice de PLUNKETT, « 10 % de la population mondiale raflent 86 % des richesses, tandis que les 1 % les plus nantis accaparent 46 % des actifs….

 

Ce constat soulève plusieurs questions : « Les inégalités ne cessent de croître. Pourtant la richesse monétaire des individus, à l’échelle mondiale, a doublé en une décennie ! Qui détient ces fortunes ? Quels sont les pays qui tirent leur épingle du jeu ? Quelle serait la richesse de chaque Français si on répartissait l’argent de manière égalitaire ? »

Quant à nous-chrétiens ou non-nous ne sommes peut-être pas économistes, ou alors, nous ne nous sentons peut-être pas compétents pour donner un avis autorisé sur la question.

Cependant, la Parole de Dieu, la Bible, est là et elle contient des principes susceptibles de nous éclairer sur cette situation, ainsi que sur les pistes et solutions possibles.

Tout en citant le rapport BRANDT « Nord-Sud : un programme de survie »(1980)**, John STOTT, dans « Le chrétien et les défis de la vie moderne »(volume 1). Ed. Sator, collec. Alliance, 1987(pp217-245-chap. « L’inégalité économique nord-sud »), en voit deux :

-Le principe de l’unité : « la planète est une, ainsi que la race humaine » ; la Terre appartient à Dieu, qui l’a créée, et nous qui qui la peuplons, nous ne sommes que « les gérants », et nous lui appartenons également, cf Psaume 24v1. « Dieu a donc créé un seul peuple(…) et lui a donné un seul lieu d’habitation ». C’est à ce seul peuple-l’humanité-que Dieu a donné le commandement de Gen.1v28. Ainsi, au commencement, il n’était pas dans le plan de Dieu de diviser la terre en nations rivales(division et dispersion datant de Babel, cf Gen.11), vivant selon la loi du plus fort ou selon l’esprit d’une « concurrence libre et non faussée »***. Au contraire, tous les hommes « devaient mettre en valeur la terre toute entière, pour le bien commun »(op.cit. p228-230)

-Le principe de l’égalité, cf 2 Cor.8v8-15 : « Le Seigneur s’est dépouillé de sa richesse à cause de notre pauvreté pour que par sa pauvreté nous puissions avoir part à sa richesse. La renonciation du Christ visait ainsi une certaine égalité ».  Une expression de sa grâce : nous sommes appelés à agir de façon similaire, par amour, de façon libre et spontanée(op. cit., pp 235-237).

A noter que le terme employé par Paul est « isotès », qui signifie certes « égalité », mais aussi « justice », « équité », et non « uniformité ».

Ce passage de 2 Corinthiens 8v8-15, souligne John STOTT,  se base sur un autre texte de l’Ancien Testament concernant la manne(Exode16) : « celui qui avait ramassé plus n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé moins n’en manquait pas. Chacun ramassait ce qu’il fallait pour sa nourriture »****(v18).

Les effets de la spéculation sont décrits aux vv19-20 : « Moïse leur dit : Que personne n’en laisse jusqu’au matin. Ils n’écoutèrent pas Moïse, et il y eut des gens qui en laissèrent jusqu’au matin ; mais il s’y mit des vers, et cela devint infect. Moïse fut irrité contre ces gens ». Si l’on stocke, « ça pue ».

Résumons, dit donc STOTT :« Dieu a donné tout le nécessaire pour répondre aux besoins de tous les êtres humains(…)il ne supporte pas la disparité opposant l’abondance à l’indigence, la richesse  à la pauvreté ; lorsqu’une situation de ce genre apparaît, on devrait pouvoir y remédier par un réajustement dans le but d’assurer l’égalité ou de répondre à la justice ; la motivation qui pousse le chrétien à rechercher une telle justice est la grâce, cet amour empreint de générosité qui a amené Jésus-Christ à devenir pauvre, de riche qu’Il était, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis ; les chrétiens sont appelés à suivre l’exemple du Seigneur et à prouver ainsi la sincérité de leur amour. »(op. cit., p238)

Comment alors concilier les enseignements de la Bible, Parole de Dieu, sur l’unité et la diversité, sur l’égalité et l’inégalité ?

« Le premier problème », juge John STOTT, « est celui de notre style de vie personnel », dans le sens qu’« il ne devrait pas y avoir de contraste évident entre notre style de vie et celui de notre entourage ». Il est donc possible d’adopter « un niveau de vie témoignant d’un amour empreint du souci d’autrui et du désir de partager », de recevoir sans embarras, « de façon naturelle et réciproque. »(op. cit., p 240)

Vivre de cette façon serait, à notre sens, l’expression de cette grâce de Dieu, que nous avons évoquée plus haut. Et « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes », qui « a été manifestée », nous dit Tite 2v11-12, « nous enseigne à renoncer à une mauvaise conduite et aux désirs terrestres, pour mener dans ce monde une vie raisonnable, juste et fidèle à Dieu »(Français courant). « Raisonnablement »(ou « sagement »), « justement » et « fidèle à Dieu »(ou « pieusement ») : John STOTT ne le dit pas explicitement, mais on pourrait y ajouter « sobrement », exhortation biblique. Car est-il pertinent et réaliste de chercher « toujours plus », comme si  les ressources de notre planète(comme nos besoins ?) étaient infinies ?

Le deuxième problème est celui de l’inégalité économique Nord-Sud et de l’inégalité des chances : « puisque nous avons tous la même valeur, nous devrions tous avoir les mêmes chances de mettre en valeur le potentiel que Dieu nous a donné pour l’utilité commune ». Dans un contexte où, aujourd’hui, l’essentiel des richesses est concentrée en quelques mains(soit par une minorité de privilégiés, ce qui accroît/aggrave les écarts de richesses et donc les inégalités), John STOTT estime que « nous devrions chercher à tout prix à supprimer l’inégalité des privilèges pour garantir l’égalité des possibilités. Car il existe des millions d’individus dans le monde qui ne peuvent exploiter leur potentiel. Voici, aux yeux des chrétiens, le vrai scandale », qui constitue une atteinte à la dignité humaine, mais aussi « un affront au Créateur qui a équipé de dons les hommes, non pour qu’ils les gaspillent mais pour qu’ils les cultivent et les mettent au service de leurs prochains. »

Une « égalité des chances » dans les domaines de « l’enseignement, la prise de responsabilités dans les institutions internationales »(FMI, Banque mondiale…)et « les échanges commerciaux[sans oublier une autorité régulatrice nécessaire****] favoriseraient peut-être , plus que tout autre chose, une meilleure répartition des richesses mondiales »(op.cit., pp 241-243)

Nous-mêmes(pas plus que les pauvres) ne sommes pas obligatoirement responsables, termine John STOTT, « mais nous devenons coupables personnellement si nous acceptons qu’une telle situation se perpétue******. »(op. cit. p244).

Trouvons-nous « normal » ou « juste » qu’une minorité s’accapare les trois quarts du gâteau, quand nous sommes des milliards à table ? Ou culpabilisons-nous les pauvres, en fustigeant « l’assistanat » ?

Nous devenons coupables si nous entretenons ou encourageons tout système économique provoquant et nourrissant cette inégalité.

L’on aurait beau jeu, après, de tenter de lutter contre les conséquences de nos actes, en oubliant leurs causes. Ou de s’indigner contre ce qui n’est que la conséquence de ce que nous avons défendu.

D’aucun appelle cela :  « dissonance cognitive » !

 

 

 

 

 

Notes :

*« Selon les rapports du Crédit suisse, du HCR et du FMI, en 2013 la moitié pauvre de la planète ne possède que 1% de la richesse mondiale, alors que les 1 % les plus nantis accaparent 46 % des actifs. L’ascension vertigineuse des plus hauts revenus bat son propre record, en liaison avec la financiarisation de l’économie et – a contrario – avec le creusement non moins vertigineux des écarts de salaires ».

(Note de Patrice de PLUNKETT sur son blog, intitulée « 10 % de la population mondiale raflent 86 % des richesses » et datée du 11/10/13).

** A l’époque, « huit cents millions de personnes(étaient)encore sans ressources, c’est-à-dire que quarante pour cent de la population du Sud survit(…) à peine. Par ailleurs, le Nord, y compris l’Est européen, (possédait)un quart de la population mondiale et les quatre cinquièmes de ses ressources(…)plus de quatre-vingt-dix pour cents de l’industrie mondiale »(cité par John STOTT. Op. cit., p 219).

*** Dans cet esprit bien décrit dans Ézéchiel 34v1-6, 17-21

**** Outre cette répartition équitable, on remarque qu’il est prévu un temps pour ramasser et un temps de repos, où l’on ne ramasse pas.

***** Un exemple ici : Ézéchiel 34v7-17, 22-31

****** Pour aller plus loin, dans la réflexion, voir, par exemple, l’action et le ministère du Défi Michée : pauvreté, style de vie chrétien, dossiers d’animations « pour s’impliquer » et le jeu du « Banquet mondial ».

Enfin, dans la continuité du propos de John STOTT, l’on pourrait ajouter qu’il est un devoir pour chacune et chacun(le chrétien, comme le non-chrétien)de s’intéresser à l’économie et de chercher à comprendre ce qui nous paraît souvent obscur et complexe. Certes, la défense du « mariage biblique », la lutte contre l’avortement et l’euthanasie, « l’éthique »…sont autant de domaines importants, aux conséquences durables sur nos vies. Mais « comprendre l’économie, c’est maîtriser notre destin(…) la plupart des sujets à propos desquels nous votons, nous, citoyennes, citoyens, d’une démocratie, relèvent de l’économie. C’est notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons.« (GOODWIN, Michael. Préface du roman graphique « Economix ». Ed. Les Arènes, 2013, p9 – nous en reparlerons très bientôt)

« Ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence »

Excès de vitesse de taxi par Bobby Mikul Démesure

Excès de vitesse de taxi par Bobby Mikul
Démesure

« Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles »(1 Pie.5v5)

« …se disant sages, ils sont devenus fous. »(Rom.1v22)

Certains parlent naturellement de la crise. Comme si ses causes étaient naturelles….

Dimanche dernier, je feuillette un vieux numéro de « Promesses »(juillet-septembre 2008), que l’on m’a rendu depuis peu et ayant pour thème « intégrité et corruption ». J’y redécouvre un excellent article intitulé « regard sur la crise financière actuelle » . Son auteur, Nathanaël Bourgeois, loin de considérer la crise comme un phénomène naturel, explique « que la cupidité est à l’origine de la crise ».

Personnellement, j’ai longtemps cru que la cupidité était la cause de la crise. Je le crois toujours en partie. En réalité, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence.

Ou la démesure. Ou l’orgueil.

La démesure, ou l’orgueil, la Bible en parle. Valable hier, son message est toujours actuel pour notre temps.

L’orgueil, c’est le péché de celui ou celle qui a déjà beaucoup et qui veut « toujours plus » : c’est celui de Lucifer(Es.14v12-15), d’Eve et d’Adam(Gen.3), du roi Ozias(2 Chron.26v16-23)…..

L’orgueil se termine toujours de la même façon : par la chute.

L’orgueil touche tous les domaines et personne(à part le Seigneur Jésus-Christ) n’est à l’abri de succomber à une telle tentation.

Je disais plus haut que la véritable cause de la crise était « l’intelligence ». Ou plutôt la démesure. Ou l’orgueil, qui se perçoit dans l’évolution de la finance, avec l’irruption d’acteurs non humains sur les marchés financiers : le « trading à haute-fréquence » *.  Cette (r)évolution d’une finance devenue automatisée, amorcée depuis des décennies « et en totale roue libre ces dernières années « **  est détaillée par Alexandre Laumonier, jeune éditeur belge et spécialisé dans l’anthropologie, dans son essai « 6 »***, que je n’ai pas encore lu, mais que j’ai découvert dans le numéro 12, de mai-juin 2013, du journal « Article 11 »(article consultable en ligne). Cette évolution est qualifiée par les critiques de « portrait vivant et atterrant » de « la course en avant démentielle qui agite les hautes sphères de la finance, entre soulèvement des machines, règne des algorithmes et dérèglements boursiers ».

A ce stade de la lecture, certains d’entre vous seront peut-être tentés de zapper cet article, s’estimant ou peu concernés par un sujet complexe et bien « peu spirituel », ou étrangers aux maths et aux algorithmes (c’est mon cas), ou les deux. A ceux-là, je me permets de leur dire que c’est parce que ce sujet est complexe, et même largement méconnu, qu’il mérite justement toute notre attention. Surtout si un tel système, progressivement livré à lui-même et devenu entièrement automatisé, a produit les fruits que l’on a vus en 2007-2008. Fruits que l’on mange encore aujourd’hui. Aussi, je remercie d’avance le lecteur de prendre le temps nécessaire de lire attentivement(en contrepoint avec cet autre sujet ) le contenu des différents liens.

En attendant, que faire ?

Nathanaël Bourgeois, dans l’article pré-cité, juge avec raison que des lois ne peuvent changer le comportement humain. Bien entendu, les lois sont utiles(cf Rom.13), telles celles contre le meurtre, le vol…car elles nous protègent. Mais il reste que l’homme n’est pas améliorable**** et Dieu ne veut pas l’améliorer : Il veut le changer, le transformer. Changer son cœur(Ezech.11v19, 36v26 ; Deut.30v6 ; Jér.24v7), parce celui-ci est « trompeur et incurable »(Jer.17v9).

De plus, le seul remède à l’orgueil et à la démesure est la grâce de Dieu. Cette grâce, nous pouvons, vous pouvez la recevoir si vous confiez votre vie à Dieu et si vous acceptez de vous soumettre à Lui. Et il sera alors manifeste que cette grâce agit dans vos vies, dans nos vies, si nous nous soumettons les uns les autres et si nous nous servons les uns les autres, en recherchant leur intérêt(1 Cor.13 et Jean 13)

Notes :

* Selon Wikipédia, « Les transactions à haute fréquence, ou trading haute fréquence, sont l’exécution à grande vitesse de transactions financières faites par des algorithmes informatiques. Ces opérateurs de marché virtuels peuvent ainsi exécuter des opérations sur les bourses en un temps calculé en microsecondes.  »  Voir également cet article sur « Basta mag ! »

**« En 2013, les algorithmes que l’on appelle ’traders à haute fréquence’ réalisent aux États-Unis plus de 70 % des transactions contre 10 % en 2001. ».

***« 6 ».  Editions Zones Sensibles, 2012(ouvrage signé du pseudonyme « Sniper ». Une critique peut être lue ici.

Extraits ici :

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence(p 11).

Jusqu’à la fin du XXe siècle, les marchés financiers baignaient dans une ambiance sonore faite de cris en tout genre. Puis, en moins d’un quart de siècle, le silence s’est peu à peu imposé : les humains ont été remplacés par des machines.(p14)

 En 1977, des premières réflexions sur l’importance croissante des machines eurent vite fait de convaincre tous les acteurs que l’avenir des marchés financiers reposait sur les machines. Grâce à la montée en puissance de la technologie, les Bourses allaient radicalement changer de visage.

Elles allaient même perdre tout visage.Il faudra pour cela faire sauter les filtres humains.

Libéraliser les marchés et déréguler la finance. Changer des règles qui remontaient parfois à deux siècles. Il faudra investir des centaines de millions de dollars, puis des milliards. Il faudra concevoir un algorithme capable de gérer la priorité de temps. Puis soumettre les humains à la temporalité des ordinateurs.

Ainsi débutera une nouvelle ère, celle du soulèvement des machines…(pp20-21)

****De même, est-il réaliste de prétendre « moraliser » un système économique immoral dans son essence, particulièrement à l’heure où ce système devient de plus en plus abstrait et financier ?

« Notre regard sur…notre propre regard » !

« Jésus l’ayant regardé, l’aima… »(Marc 10v21)

Que regardons-nous ?

Comment regardons-nous ?

Sommes-nous aveugles (ou insensibles) de tant voir notre planète ou nos semblables ?
Pour mieux répondre à cette question, voici un petit test :

Visionnons donc « L’île aux fleurs », court métrage documentaire brésilien réalisé par Jorge Furtado, sorti en 1989 et d’une durée exacte de 12 minutes 36 secondes : soit le temps durant lequel nous suivons le parcours d’une tomate, depuis sa production dans la plantation de M. Suzuki, jusqu’à son point d’arrivée, « l’île aux Fleurs »…

Entre temps, nous aurons eu les réponses aux questions suivantes :

 

Tomates par Vera Kratochvil

Tomates par Vera Kratochvil

Qu’est-ce qu’une tomate ?

Qu’est-ce qu’un

Bright Idea par zaldy icaonapo

Bright Idea par zaldy icaonapo

être humain ?

Qu’est-ce que l’argent ?

Qu’est-ce qui est

Petit cochon par Peter Griffin

Petit cochon par Peter Griffin

bon ou mauvais pour l’un et l’autre ?

Qu’est-ce que la liberté ?….

Et, surtout, que venons-nous de voir ? Quel est le message véhiculé ?

« L’île aux fleurs » a obtenu les récompenses suivantes :
• Meilleur court-métrage, Meilleur montage, Meilleur scénario et Prix de la critique et du public au Festival de Gramado, 1989
• Ours d’argent au Festival de Berlin, 1990 – Prix de la critique et du public au – Festival de Clermont-Ferrand, 1991
• Prix du public de la compétition « No Budget » au Festival de Hambourg, 1991.
Il est disponible sur le DVD anniversaire des 25 ans du « Festival de courts métrages de Clermont-Ferrand », édité par le magazine Repérages et visible ici.

Avant toutes choses, prenez le temps de regarder attentivement ce film. Réfléchissez à ce que vous venez de regarder. Et n’hésitez pas à laisser vos réflexions, réactions et commentaires.
Enfin et seulement enfin, vous pourrez lire les analyses disponibles ici, ou .

Bonne vision et bonne réflexion !