« Elle a fêté ses 75 ans » : l’occasion de manifester notre reconnaissance et « la culture d’honneur »

« Les Jours heureux », le programme du Conseil National de la Résistance : qu’en avons-nous fait ?

Cette vieille dame a eu 75 ans le 04 octobre. Qui donc ? La Sécurité sociale !

Si cela vous a échappé, vous pouvez lui souhaiter un « bon anniversaire » en différé.

L’occasion de manifester notre reconnaissance…ainsi que la « culture d’honneur ».

 

Le savais-tu ?

En 1943, la philosophe Simone Weil a rejoint la France Libre, sur recommandation de son ami Maurice Schumann, où elle est devenue rédactrice. Elle y rédigea un rapport ayant pour titre L’Enracinement, publié par la suite par Albert Camus chez Gallimard. Ses propositions ont été, pour la plupart, reprises dans le programme du Conseil National de la résistance (CNR), organe qui, dès 1943, fédérait l’ensemble des mouvements de résistance hostile au gouvernement de Vichy, des gaullistes aux communistes.

La décision, à l’unanimité, de la publication de ce programme intitulé Les Jours Heureux, se prend dans la clandestinité, en 1944. Avec, pour enjeu, cette question essentielle : comment refonder un monde sur le principe de dignité ? C’est un programme qui fut fondé, non sur l’égoïsme de l’ultra-libéralisme des années vingt aux Etats-Unis – qui a conduit à la crise de 1929, laquelle a entrainé l’émergence du nazisme en Allemagne, où les foules se sont mises en recherche de l’homme providentiel désignant des boucs émissaires.

La préoccupation des résistants est celle de la reconstruction d’un monde sur le principe de dignité, inspirant toute une série de mesures politiques mises en place dès l’après-guerre, dont le droit de vote accordé aux femmes, mais aussi des principes économiques, l’intérêt collectif primant sur les intérêts individuels dans la grande industrie, dans la banque, la finance. C’est aussi la liberté de conscience, la liberté de presse, ainsi que le droit à l’éducation, à la santé, au travail, et à une protection sociale, avec la création de la sécurité sociale obligatoire et universelle par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945.

Face à cette conquête sociale, deux attitudes possibles.

L’une étant la reconnaissance pure et simple, à l’instar de ce réfugié qui a loué Dieu 5 heures pour la Sécurité sociale, sans laquelle il serait mort, et la manifestation de « la culture d’honneur » envers un précieux héritage transmis par la Résistance.

L’autre étant le dénigrement et l’attaque pure et simple, et systématique, des propositions et recommandations mises en place hier, accusées « d’empêcher la compétitivité de la France » et « de libérer les richesses de c’pays ».

Depuis plusieurs décennies, le programme du CNR est en effet désigné comme étant ce dont il faut se débarrasser, dans le but de détruire tout ce qui a été édifié à cette époque-là par cette alliance entre les résistants de tous bords.

En témoigne cette déclaration franche et cynique de Denis Kessler, numéro 2 du MEDEF de 1994 à 1998, exprimant une certaine vision du monde dans la revue Challenge du 4 octobre 2007 : « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie. […..] il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance… »

Les chrétiens, qui savent que « la culture d’honneur » est premièrement pour « ceux que nous tenons pour les moins honorables » et que « Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25), peuvent-ils applaudir, sur fond « d’amen » et « d’alléluia », un tel contre-programme ?  Se souvenir d’où vient la Sécurité sociale – ainsi que de l’ensemble du legs de la Résistance – permet de prendre conscience de ce qu’elle est devenue et ce qu’elle pourrait devenir, et nourrir ces autres questions :

Quelle protection voulons-nous offrir à celles et ceux qui sont touchés par la maladie, un accident, un handicap ou le chômage ? Comment notre société est-elle prête à organiser la solidarité vis-à-vis des jeunes, des personnes âgées, handicapées, malades et invalides ? Quelles contributions sommes-nous prêts à apporter aux soins ? Quelle sécurité d’existence voulons-nous assurer aux personnes âgées ? Comment garantir effectivement l’égalité entre les hommes et les femmes ? Où voulons-nous mettre la frontière entre une réponse collective et solidaire et une réponse individuelle et marchande ? Dans quelle société voulons-nous vivre ?

Malmenée, alors qu’on attendrait la manifestation « de la culture d’honneur » envers une vieille dame âgée, la Sécurité sociale s’avère pourtant toujours aussi vitale et indispensable, particulièrement face aux crises financières et sanitaires. Face à la réalité, les dogmes ne résistent pas.

Ainsi, aussi inouï que cela puisse paraître, le Président Macron, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes » sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »), est le même qui a reconnu devant tous à la télévision le 12 mars 2020 que « ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marchéDéléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…” Louant les femmes et les hommes « capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », il a également assuré que « tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux….. »

Et récemment encore : « il y a énormément de raisons d’espérer si on est lucides, collectifs, unis », a affirmé le Président de la République, se voulant rassurant après les annonces faites lors de son interview à la télévision, mercredi soir 14/10. « J’ai besoin de chacun d’entre vous, nous avons besoin les uns des autres », a-t-il encore ajouté. Et, en guise de conclusion : « On s’en sortira plus forts, car on sera plus unis. On s’en sortira ensemble. Nous y arriverons ».  

Alors, imaginez que vous installiez cette « vieille dame » sur un fauteuil, à l’occasion de ses 75 ans..quelles paroles de bénédiction et de reconnaissance à Dieu diriez-vous à son sujet aujourd’hui ?

 A lire pour méditer :

1 Cor.12v12-27 :

« En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps : il en est de même du Christ.

Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs. Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », cesserait-il pour autant d’appartenir au corps ? Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ? Si le corps entier était œil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait l’odorat ?

Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.

Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.

Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part ».

 

A voir sur le sujet, ces documentaires de Gilles Perret :

Walter, retour en résistance – Questembert, créative & solidaire

Pédagogie | Les jours heureux

Et Le film | La sociale – Un film de Gilles Perret

Au-delà du procès Fillon, l’autre scandale…

« Tu auras un poids juste », et non pas « deux poids deux mesures… », dit l’Eternel.

Depuis mercredi 26/02, François Fillon, son épouse Pénélope, ainsi que son ancien suppléant parlementaire Marc Joulaud, sont jugés jusqu’au 11 mars, à des degrés divers, pour détournement de fonds publics [un million d’euros] par personne chargée d’une mission de service public, complicité et recel de ce même délit, complicité et recel d’abus de bien sociaux et déclaration mensongère aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).  Des faits révélés par Le Canard enchaîné le 25 janvier 2017.

François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme collaboratrice parlementaire alors qu’elle n’exerçait pas de réelles fonctions, selon l’accusation. Voilà pour ce premier scandale.

Mais en marge du procès Fillon, « l’autre scandale [ce qui est une occasion de chute], celui qui est avéré ». selon Patrice de Plunkett, est le « soutien de (dizaines de) milliers d’électeurs catholiques (1) – et en tant que catholiques ! – à la candidature Fillon….». Un tel soutien dénote d’une « pathologie intellectuelle et morale qu’il serait urgent de soigner », tacle sévèrement le journaliste catholique.

Et du côté protestant-évangélique ?

A l’époque, « il n’y a pas eu de rejet massif de Fillon chez les protestants (20 % des votes), qui ont voté dans la même proportion que le vote national….» mais dans une proportion moindre que le vote catholique, comme l’analyse l’historien Sébastien Fath sur son blogue. Comme tente de m’en persuader un mail très orienté de la part d’une connaissance, reçu le 21 avril 2017, Fillon est même LE candidat censé « se rapprocher le plus de ce que recommande la Parole de Dieu », soit disant parce qu’il ne faut pas « lui jeter la première pierre » et parce que « les choses compliquées finissent par être simplifiées par la Parole de Dieu et le désir de s’y conformer ».

Mais en quoi ce vote était-il aberrant de la part de chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants, me demanderez-vous, en écho à la question que pose Patrice de Plunkett ?

Le vote Fillon est déjà en soi aberrant pour les chrétiens protestants et catholiques, du fait premièrement des positions et votes du candidat Fillon sur le plan de « l’éthique privée ». Nous en avions alors parlé le 10 mars 2017 sur pep’s café. Si François Fillon s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous »(2).

Sur le plan économique et social, le programme du candidat Fillon – par ailleurs qualifié par Sébastien Fath de « robuste et très travaillé »,  placé sous la « bannière réformiste du courage politique »– est d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue : « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la manif pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaitait « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

Il est en effet curieux de voir « perdu de vue » ces valeurs bibliques de partage et de justice, du côté des chrétiens, au moment du vote.  Etonnement partagé dans cet article du 12 février 2017 signé d’Eve Charrin, et paru dans un journal non chrétien : Programme du « chrétien » Fillon : Jésus était-il ultralibéral ? « Posons une question candide, une question de fond qui survivra aux soubresauts de la campagne présidentielle : comment le catholicisme bon teint d’une bonne part de l’élite française peut-il s’accommoder de tant d’enthousiasme pour une réforme libérale “radicale” ? Comment croire avec une égale ferveur au Christ et au marché ? Par quelles voies impénétrables concilier les valeurs de l’Evangile avec celles du Medef, la doctrine sociale de l’Eglise et le catéchisme néo-thatchérien de la dérégulation ? La contradiction reste solidement enracinée (….) en vérité, le programme de Fillon ne paraît pas très catholique ! [et même plus généralement bien peu chrétien] Car, face à la détérioration de l’environnement, face au creusement des inégalités, « il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus ». Les lignes qui précèdent n’ont pas été écrites par Jean-Luc Mélenchon, mais bien par le pape François dans sa dernière encyclique Laudato Si’ publiée en juin 2015. De fait, «le principe de la maximalisation du gain, qui tend à s’isoler de toute autre considération, est une distorsion conceptuelle de l’économie», insiste le souverain pontife, qui dénonce à l’envi « l’argent idole », ce « fumier du diable », et fustige «l’emprise absolue des finances». Des propos révolutionnaires de la part du jésuite argentin… », dont « les propos développaient une position magistérielle (constante et croissante) de l’Eglise catholique depuis Léon XIII », souligne Patrice de Plunkett : « position actualisée, et exprimée de façon plus percutante, par le “jésuite argentin”.(….) Alors la question est : pourquoi cette position reste-t-elle théorique ? Autrement dit : de quel droit les catholiques de la droite libérale (nombreux parmi les catholiques français) se permettent-ils de tourner le dos à la position socio-économique du Magistère ? » (3)

Du côté protestant-évangélique, le décalage sera avec la pensée biblique, pour ne pas parler de la doctrine sociale de l’Eglise (catholique), sachant que plus de 2000 versets traitent des questions d’équité et de justice.

A ce scandale de la contradiction avec la pensée biblique, s’ajoute le scandale du « deux poids deux mesures » (en horreur à l’Eternel) et de la justice à deux vitesses, tout aussi contradictoire avec la pensée biblique : en témoignent Prov.11v1, 20v10, 23 ; Lévit.19v35-36 et Deut.25v13-16.

En guise d’illustration, ce fait éloquent : en mars 2017, une connaissance me transmet par mail ce qui m’est présenté comme étant « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle ». Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ».  Mais en lieu et place d’une « analyse claire et spirituelle » [on y cherche en vain une seule citation/référence biblique pour justifier si ladite action est « spirituelle » ou non], ce texte stupéfiant aux accents de panique du blogueur évangélique Nicolas Ciarapica, publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », se voulant « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », tente de justifier « pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier »…..non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon [alors en pleine tourmente judiciaire] reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Pour l’auteur de ce manifeste, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, au nom de considérations partisanes. Il est stupéfiant de lire un tel appel à la compromission avec la vérité et la justice.

Au final, les « prêtres de l’Eternel » que sont les chrétiens seront donc bien inspirés de se souvenir constamment que « la justice et la droit » constituent « la base du trône » de l’Eternel et que « marchent devant Lui l’amour/la fidélité et la vérité » (Ps.89v15).

En toute logique, le chrétien « biblique » laissera tomber toutes les postures identitaires et partisanes pour suivre ce commandement divin : « Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements : tu n’auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice » (Lévit.19v15) ; « Vous ne commettrez point d’iniquité ni dans les jugements, ni dans les mesures de dimension, ni dans les poids, ni dans les mesures de capacité. Vous aurez des balances justes, des poids justes, des épha justes et des hin justes. Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte. »(v35-36) « L’Eternel est juste dans toutes ses voies et bienveillants dans toutes ses oeuvres »(Ps.145v17) ; Il « fait droit aux opprimés »(Ps.146v7)-c’est à dire qu’Il entend leurs cris et considère que leurs plaintes « pèsent » suffisamment pour être intervenir en leur faveur. De là cette exhortation – adressée à un roi – dans Proverbes 31v8-9 : « ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés. Ouvre ta bouche, juge avec justice et défends le malheureux et l’indigent. »

Sans oublier que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Etre « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants, comme le souligne Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur (4) : « Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? »

 

 

 

Notes : 

(1) Plus de la moitié des catholiques pratiquants réguliers (55%) ont voté pour le candidat Les Républicains au premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 23 avril.

(2) François Fillon, qui se dit catholique bien qu’« à la pratique irrégulière », déclare croire au « caractère sacré de la vie » (Faire, Albin Michel, 2015, p. 269) tout en défendant la légalisation de l’avortement : « J’ai voté tous les textes qui voulaient améliorer l’accès pour les femmes à l’IVG, y compris le dernier qui était proposé par la gauche. » (Europe 1, 23/11/16) Plus exactement, il a voté contre le remboursement par l’Assurance maladie (1982), la création du délit d’entrave (1993), l’allongement du délai à douze semaines de grossesse (2001), la suppression du délai de réflexion (2016), mais s’est abstenu sur la suppression de la notion de détresse (2014) et a voté pour la résolution réaffirmant le droit fondamental à l’IVG en France et en Europe (26 novembre 2014) alors que la majorité des députés n’a pas pris part au vote (151 votants sur 577 députés). Et il ne s’est par ailleurs pas opposé au projet de loi « pour l’égalité entre les hommes et les femmes » (28 janvier 2014), qui a renforcé le droit à l’avortement, en créant notamment un déli d’entrave tant « matérielle » que «psychologique». M. Fillon n’en est pas excommunié pour autant, mais ses positions le placent dans une situation problématique.

(3) Voir aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/11/23/pourquoi-la-question-des-valeurs-comme-critere-de-vote-est-une-notion-piegee/

(4) Paru dans « Si j’étais président…  – Le sel du scrutin présidentiel », Publié le 16/02/2012. Voir aussi ces pistes pour étudier l’économie sous un angle chrétien.

 

Brésil : La vision non neutre du monde éducatif de Bolsonaro et de l’Ecole Sans Parti

Le projet de réforme éducative de « l’Ecole Sans Parti », actuellement en débat au Brésil, est-il « bien parti » ?

« Brésil : Le futur ministre de l’Education est un théologien évangélique », tel est le titre d’une dépêche parue le 27/11/18 sur le site « Evangéliques info »(1) et relative au programme éducatif de Bolsonaro, le nouveau président du Brésil et de son prochain ministre de l’Education, Ricardo Vélez-Rodriguez :

« …Tout comme Jair Bolsonaro, il entrera en fonction en janvier 2019. Ce théologien évangélique est un défenseur du projet «école sans parti», qui a pour objectif de limiter «l’abus de la liberté d’enseigner». Selon un article de La Croix, il affirme vouloir instaurer des conseils éthiques, qui s’assureraient que les élèves brésiliens reçoivent «une éducation moralement correcte». Professeur de philosophie à l’université de Juiz de Fora, le futur ministre de l’Education dénonce sur son blog Rocinante le système éducatif actuel qui, selon lui, «prend en otage les Brésiliens et leur impose une doctrine ancrée dans l’idéologie marxiste». Un choix essentiel pour le président brésilien, pour qui « la question de l’éducation a été au coeur de la campagne électorale » et qui « souhaite faire adopter un projet de loi stipulant que «les valeurs familiales doivent prévaloir sur l’enseignement scolaire pour ce qui est de l’éducation morale, sexuelle, et religieuse».

Cette dépêche est très exactement une reprise d’un article de La Croix (2) et d’un autre paru sur le « 20 minutes »(3). Elle nous donne à penser que le programme éducatif du Président Bolsonaro et de son futur ministre serait « évangélico-compatible » et empreint de « bonnes valeurs ». Cependant, cette reprise s’avère malheureusement partielle, ne tenant pas compte d’autres éléments importants, pourtant bien présents dans l’article-source de La Croix, et de nature à nous permettre de mieux évaluer ledit programme.

Ainsi, informer, c’est (toujours) choisir : choisir de parler d’un fait et pas d’un autre ; ou encore choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information. D’autre part, informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur. Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant, tandis que s’informer consiste à se donner les moyens de comprendre ce que l’on nous transmet.

Ainsi, une lecture plus complète de l’article-source (2) nous permet d’apprendre qu’ « après que les députés évangéliques [aient] posé leur veto (…) sur une autre personnalité du monde de l’éducation, pressentie pour le poste, mais jugée trop modérée, Jair Bolsonaro a finalement choisi ce théologien [catholique et non pas « évangélique ». NDLR] de 75 ans, diplômé en philosophie à l’Université pontificale Javeriana en 1964, et en théologie au séminaire conciliaire de Bogotá, en Colombie, avant de poursuivre ses activités au Brésil. (…) Inconnu de la communauté éducative, l’homme a été recommandé dans une vidéo Youtube par l’idéologue adulé par l’extrême droite brésilienne, Olavo de Carvalho, qui a lui-même refusé le poste (…). Dans un post publié sur son blog en 2017, Ricardo Vélez-Rodriguez juge aussi « patriotique et nécessaire » de commémorer la date du 31 mars 1964 (date du coup d’état militaire).…..il défend même l’instauration, dans toutes les écoles, de conseils d’éthique, qui viseraient à surveiller [je souligne] que les élèves brésiliens reçoivent bien « une éducation morale correcte ».

Cependant, poursuit l’article de La Croix (2), si les députés évangéliques ont été « enchantés » par cette nomination, beaucoup s’inquiètent. Qualifié « d’ayatollah » par l’éditorialiste Clovis Rossi, comparant ses conseils d’éthique à la « police morale de l’Iran », ce nouveau ministre « annonce un futur ténébreux pour l’éducation de notre pays », a réagi la Confédération des fonctionnaires municipaux (Confetam) dans un communiqué…… ».

Il est singulier qu’Evangéliques.info n’ait pas estimé fondamental de nous informer sur ces réalités-là….

Une telle nomination est toutefois logique, après examen du plan d’éducation du futur gouvernement Bolsonaro, lequel plan, estimé plutôt vague sur certains points, présente certaines priorités en la matière.

Au coeur de ces priorités, la volonté affichée de combattre ce que le Président nouvellement élu présente comme « l’un des plus grands maux [de l’éducation] aujourd’hui », lequel serait « le fort endoctrinement », mis en œuvre, d’après lui et ses partisans, par le Parti des travaileurs (PT) sous leur gouvernement (2003–2016, Lula puis Dilma Rousseff (4).

La vision éducative de Bolsonaro s’appuie sur « l’Ecole sans parti » (« Escola Sem Partido »), un projet de réforme de l’enseignement datant de 2004, actuellement examiné au Parlement fédéral et faisant l’objet d’un débat intense au Brésil, au point de diviser au sein même du corps enseignant et des familles. Les opposants l’appellent « Lei da mordaça » ou « loi de la muselière ». « À l’origine »peut-on apprendre sur le site bien documenté de « l’Observatoire Pharos du pluralisme culturel et religieux »(5), « il s’agit d’un mouvement civique de groupes de parents et d’enseignants inquiets de l’endoctrinement et de la pensée unique qu’ils constatent dans les écoles fréquentées par leurs enfants. De nombreux élèves, parents et enseignants se plaignent du fait que les enseignants imposent leur idéologie, leurs opinions politiques [souvent « de gauche »] ou religieuses. Le manifeste du mouvement réclame que soient affichés dans les écoles les « devoirs de l’enseignant ». Ce mouvement civique évolue ensuite aux stades politique et judiciaire, lorsqu’en 2014, certains partisans du mouvement déposent des projets de loi aux niveaux locaux ou nationaux, inspirés par le manifeste. Par la suite, certains parents font pression sur des enseignants ou portent plainte contre ceux qui ne respectent pas la nouvelle législation ».

Aujourd’hui, la proposition de réforme de l’enseignement – en discussion au Parlement fédéral – propose, entre autres, de proscrire l’enseignement de matières traitant du genre ou de l’orientation sexuelle. Elle prévoit aussi d’imposer à l’enseignant le devoir de « neutralité » en lui interdisant la promotion de ses préférences idéologiques ou religieuses en classe, ou de rendre obligatoire l’affichage dans les salles de classe d’ une plaque (de 90 centimètres de haut sur 70 de large) décrivant les « six devoirs du professeur » du manifeste initial – comme le respect du droit des parents pour que leur enfant reçoive une éducation morale et religieuse en accord avec leurs convictions – avec un numéro de téléphone anonyme pour que les élèves puissent dénoncer les enseignants qui chercheraient à les « endoctriner »(sur les questions politiques, religieuses ou liées à l’orientation sexuelle).

L’on peut comprendre toute la légitimité des préoccupations des parents, soucieux du respect de la liberté de conscience de l’élève et de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Les partisans du projet considèrent par ailleurs que « l’école est un lieu de transmission d’un savoir, qui doit viser autant que possible la neutralité. Considérant que toute interférence est une violation du droit des parents à élever leurs enfants suivant les principes qui leurs sont chers, ils accusent les enseignants de ne pas respecter la liberté d’opinion, de croyance et de conscience des familles et des élèves ». Sauf que l’enseignant n’est pas un simple « instructeur » ou « une machine » ayant pour seule vocation de « recracher » un contenu « neutre et objectif », sans aucune interaction avec ses élèves.  D’autre part, pour de nombreux observateurs, si les excès commis par des enseignants sont réels, ils demeurent marginaux (5).

Ceci dit, ce projet de « l’Ecole sans parti » s’avère en réalité dangereux et pervers, pour plusieurs raisons :

– Parce que le fond de ce projet se résume à :« vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Etantfondé sur « une crispation identitaire autour de questions de mœurs, de croyance et de sécularisation », il risque de provoquer « une judiciarisation des rapports enseignants-parents »(5), nourrissant un climat de peur et de méfiance mutuelle.

– Parce qu’il vise à neutraliser les professeurs – présentés non comme des acteurs de la formation des élèves mais comme « une menace à contenir » – en instaurant un état de censure et de chantage permanent, de nature à affaiblir leur autorité et à remettre en question leur droit constitutionnel à exercer leur liberté pédagogique. En outre, il est à craindre que, du fait de l’interdiction d’aborder certains sujets en classe [tels que liberté et orientation sexuelle, darwinisme], au nom du respect des opinions politiques, morales ou religieuses, et pour mieux combattre certaines idéologies sous-jacentes, il devienne difficile, voire impossible, de parler d’autres sujets, tels les droits des minorités et des femmes, le racisme, la violence, les inégalités/injustices, la dictature, les croyances…..

– Parce qu’il encourage la délation d’un enseignement dénoncé comme « politisé » : « Depuis cinq ans, on reçoit de plus en plus de témoignages de professeurs menacés, exposés sur les réseaux sociaux ou renvoyés », rapporte Diogo da Costa Salles, professeur d’histoire de 26 ans au primaire et au collège à Rio, et l’un des coordinateurs de « Professeurs contre l’École sans parti », un mouvement créé contre la loi « Escola sem partido » (École sans parti). La tendance s’est accentuée depuis la récente campagne électorale, d’autant plus qu’au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, une députée de son parti a appelé dans une vidéo à filmer les professeurs qui « endoctrinent » pour dénoncer leurs « discours politico-partisan ». Un appel repris par Jair Bolsonaro quelques jours plus tard…..»(6)

–  Parce que sous couvert d’imposer « la neutralité » dans l’enseignement, ce programme éducatif favorise en réalité un nouvel endoctrinement à l’école, sous prétexte d’en extirper un autre. D’autant plus que choisir/imposer d’être « neutre », ou ne pas parler de certains sujets, est déjà en soi un acte politique ! (6)

Dans ce « package idéologique », nous trouvons une vision utilitariste et marchande, avec la volonté de faire de l’école un lieu de transmission d’une idéologie économique et sociale (le libéralisme) et un lieu de formation d’une main-d’oeuvre bon marché, plutôt qu’un lieu de stimulation d’une pensée critique, de pluralisme et de diversité. Cette volonté est illustrée par cette déclaration à l’agence de presse Agência Brasil du Président Bolsonaro lui-même – qui a nommé comme « super ministre » de l’économie Paulo Guedes, formé à la très libérale « école de Chicago » – comme quoi l’école devra être «un lieu où l’on apprend la physique, les mathématiques et la chimie pour faire en sorte d’avoir, à l’avenir, de bons emplois, de bons patrons et de bons libéraux »(3).

Un autre souhait du futur gouvernement est le retour aux programmes scolaires de l’éducation morale et civique, matière abolie après la fin de la dictature militaire. Ainsi, le général Aléssio Ribeiro Souto, l’un de ceux nommés par Bolsonaro pour élaborer le plan d’éducation, remet en question la théorie de l’évolution pour défendre le créationnisme dans l’enseignement scientifique. Mais il prêche aussi un révisionnisme historique de la période dictatoriale dans les cours d’histoire, exigeant que la «vérité» sur le régime soit dite. A noter que contrairement au matériel didactique utilisé par les écoles militaires brésiliennes [dans lesquelles est intervenu Aléssio Ribeiro Souto], qui parlent du coup d’Etat de 1964 comme de l’«évolution de 1964», les livres du Ministère de l’éducation définissent le régime comme une dictature ».

Autre priorité de Bolsonaro et de ses partisans « effacer l’idéologie de Paulo Freire » (1921-1997), en référence à l’une des grandes figures de l’éducation dans le pays, connu pour sa théorie de la pédagogie de l’opprimé. Sauf qu’à l’heure actuelle, ni les programmes de base ni les programmes de l’école secondaire ne se réfèrent aux méthodes de Freire – pas plus qu’ils ne contiennent le mot «genre», qui a déjà été retiré des plans d’éducation en raison de pressions politiques. En réalité, selon Daniel Cara, coordinateur de la campagne nationale pour le droit à l’éducation et ancien candidat au Sénat pour le PSOL, « le rejet de Paulo Freire est une stratégie parce qu’il symbolise la stimulation de la pensée critique. Ce que Freire défend est accepté dans le monde entier….».(4)

Bref, l’Ecole semble bien « mal partie » sous Bolsonaro, pour qui la mise en œuvre d’un tel plan éducatif ne sera pas aisée, puisque le Président brésilien se heurtera, l’an prochain, au Conseil national de l’éducation, un organe indépendant qui accompagne les décisions du ministère.

Ceci dit, Olavo Nogueira Filho, directeur du mouvement Tout pour l’Education, très critique envers le manque de profondeur des projets de Bolsonaro, regrette que le débat sur la politique éducative n’ait pas eu lieu durant la campagne électorale. Il espère que le nouveau gouvernement sera « disposé à écouter les nombreuses propositions à l’étude dans la sphère interpartis, afin de rechercher des progrès durables dans ce domaine.»(4)

Et quant à l’historienne Lilia Schwartz, elle regrette aussi, dans une tribune pour le journal en ligne Nexo, qu’autant d’énergie soit mobiliser à discuter d’un projet si obscurantiste, qui fragilise les maîtres et retire aux élèves le droit à une éducation critique ». Pour elle, le « problème majeur n’est pas “l’endoctrinement”– qui n’a d’ailleurs jamais été sérieusement étudié », mais « l’éducation défaillante que nous proposons. » (6)

Or, à l’inverse d’une telle conception « autoritaire » et « régressive » de l’éducation, laquelle fait de façon contradictoire « la promotion de l’endoctrinement à l’envers », l’école devrait être le lieu où l’on apprend à aimer la vérité et où l’on apprend à penser, pour penser par soi-même. Non seulement pour devenir un être responsable et autonome, mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que le petit d’homme va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. Et non en s’enfermant dans un univers clos, fantasmé et idéalisé. L’école devrait aussi être un lieu de vie et d’apprentissage, où enfants et adultes apprennent à vivre réconciliés – avec eux-mêmes, les autres et leur environnement – bâtissant des relations de confiance, dans la paix et le respect.

Prions pour que de bons choix éducatifs soient faits au Brésil, pour de belles écoles où l’on ferme la porte au rejet, à la haine et à l’ignorance, et où l’on ouvre l’horizon des enfants.

 

 

Notes : 

(1) http://www.evangeliques.info/articles/2018/11/27/bresil-le-futur-ministre-de-l-education-est-un-theologien-evangelique-19138.html

(2) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/theologien-tete-ministere-bresilien-leducation-2018-11-25-1200985390 [Ricardo Vélez-Rodriguez sera finalement limogé et remplacé, début avril 2019, par Abraham Weintraub, venu de la finance cf http://www.lefigaro.fr/flash-actu/bresil-bolsonaro-limoge-un-2e-ministre-celui-de-l-education-20190408 ]

(3) https://www.20minutes.fr/monde/2378723-20181123-bresil-nouveau-ministre-education-bolsonaro-philosophe-theologien

(4) https://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-bolsonaro-lance-la-bataille-contre-les-ideologies-nocives-dans-le-systeme-educatif.html

(5) https://www.observatoirepharos.com/pays/bresil/reforme-de-lenseignement-renforcer-ou-limiter-le-pluralisme-dopinions-pt/ (Voir aussi : https://journals.openedition.org/bresils/2856). Rappelons qu’au Brésil, l’État ne gère directement qu’une minorité des écoles. Les écoles sont en majorité privées ou semi-privées. Les programmes scolaires existent, mais peuvent varier d’un État à l’autre. Les manuels également. La marge de manœuvre pédagogique, didactique et idéologique des écoles est très grande. La religion est une matière enseignée dans le cadre scolaire. Les enseignants ont également le droit constitutionnel d’exercer leur liberté didactique. Ils doivent cependant respecter les principes de la Constitution qui protègent l’enfant de tout endoctrinement et qui garantissent la liberté éducative des parents.

(6) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Au-Bresil-enseignants-sinquietent-detre-places-surveillance-2018-11-28-1200985996 

Pourquoi « la question des valeurs », comme critère de vote, est une notion « piégée »…

Ce qui est digne "ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité" : par exemple, la vie d’un enfant, son éducation...

Ce qui est digne « ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité »(Dany-Robert Dufour): voilà ce qui pourrait guider nos choix de vote….Mais est-ce le cas ?

Madeleine de Jessey, porte-parole de « Sens commun », courant du parti « Les Républicains » issu de La Manif Pour Tous, est interrogée par « Famille chrétienne », hebdomadaire familial français catholique, sur la très large victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre – qui n’est pas le premier tour de la présidentielle (20/11/16) :
A la question « François Fillon est perçu comme un candidat économiquement très libéral et qui peut être en contradiction avec la Doctrine sociale de l’Église, notamment sur la notion d’option préférentielle pour les pauvres. Qu’en pensez-vous ? », elle déclare « (comprendre) ces inquiétudes car nous les avions nous-mêmes lorsque nous avons rencontré François Fillon en juin dernier. Nous lui avions parlé de cet ultralibéralisme dont on l’accuse parfois. Il nous avait répondu que la première cause de pauvreté en France était le chômage, que les mesures drastiques qu’il proposait n’étaient pas une fin en soi mais uniquement un moyen pour libérer l’emploi, et redonner confiance, notamment aux jeunes générations très affectées par le chômage ». Rassurée, elle veut se persuader qu’ « il y a chez lui une volonté de remettre l’homme au cœur de notre économie ».

A l’inverse, le journaliste – également catholique – Patrice de Plunkett voit dans le vote Fillon un « piège subtil ». Car à « l’appât du vote utile Fillon ajoute une odeur alléchante : celle des « valeurs », mot vide de sens mais qui subjugue ». Il cite un article du Monde (23/11) qui « décrit ainsi des paroissiens d’Angers se bousculant autour de l’appât : « Fillon représente le plus les valeurs auxquelles je crois, les valeurs de famille, de droiture », dit l’une. « Ça fait longtemps que je vote par défaut, mais là je m’y retrouve », dit l’autre ». Mais « qu’ont-ils tous en tête ? » s’interroge Patrice de Plunkett. « Presque uniquement la loi Taubira ». Chez « Sens commun », de l’aveu de Madeleine de Jessey, son porte-parole, on aimerait aussi « qu’à terme la loi Taubira soit totalement détricotée  », considérant « que cette loi est mauvaise, et qu’une loi mauvaise ne peut rester en vigueur pour le bien de la société tout entière ». Comme cette circulaire (abrogée en 2015) susceptible de fragiliser des centaines de milliers d’associations, signée le 18 janvier 2010, dans la plus grande discrétion par le premier ministre de l’époque, un certain François Fillon ?

Mais « on sait que Fillon n’abolira pas (la loi Taubira) ? Ça ne fait rien : on se dit qu’il « aurait bien voulu » et ça fait presque le même effet. On se satisfait de cette odeur de « valeurs », parfum d’un vase vide ». Qu’importe alors son programme économique d’un libéralisme assumé, qui donne « le choix des larmes »(1), « aux antipodes de Laudato Si(2) et d’Evangelii gaudium »(3) ? Le catho sociologique n’entend pas ce que dit le Magistère [Les protestants « historiques » et protestants-évangéliques se réfèreront certainement, quant à eux, à la Bible, Parole de Dieu, et non aux discours/programmes des hommes politiques]. Il n’entend que ses propres « valeurs » (forcément « catholiques » puisque ce sont les siennes) », ce qui « le conduit à ignorer ce que peut dire le pape sur les sujets dérangeants : surtout ce pape-là, suspect d’idées de gauche ».
A l’appui de sa démonstration, Patrice de Plunkett souligne l’attitude « des deux paroissiens Anne et Pierre », qui, interrogés par Le Monde, « restent silencieux sur la proposition de Fillon de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires » durant le prochain quinquennat. Ainsi, « qu’importe que l’Etat nous prive de policiers ou de soignants indispensables ? Ce qui compte aux yeux d’Anne-et-Pierre, c’est qu’ « au niveau des valeurs de la famille et des valeurs chrétiennes », Juppé « c’est zéro ». Pourquoi est-ce chrétiennement zéro ? Parce que c’est « un homme de gauche déguisé en homme de droite » ! (Qu’il puisse y avoir des chrétiens de gauche n’effleure pas ces deux paroissiens) ». Le journaliste du Monde aurait aussi pu leur demander « pourquoi le programme si « familial » de Fillon ne favorise que les familles aisées ; Anne et Pierre auraient gardé le silence », assure encore Patrice de Plunkett. Car « ce qui dérange n’existe pas »(voir l’intégralité de sa note de blogue) .

En effet, que pèsera ce programme « si familial », si la famille (surtout celles « des classes pauvres et moyennes ») se retrouve précarisée par l’autre versant – économique libéral- de cette même politique, et si les papas rentrent de plus en plus tard, le soir, en semaine et le week-end, et même le dimanche ?

Plusieurs remarques à cela encore :
D’abord, ces commentaires choisis d’internautes, réagissant pertinemment à l’article de Patrice de Plunkett :

« ….ils me surprennent toujours les gens très émus, par ces embryons qu’on ne voit pas, par l’avortement[sujet en soi déjà très, très important], et qui refusent de se laisser toucher par les gens qu’on licencie en masse, par le type qui fait la manche à la sortie du supermarché. C’est très très surprenant cette émotion sélective. Le salarié qu’on licencie, la fille mère à l’oreille de qui le planning familial susurre qu’avorter c’est pas si mal, c’est le Christ lui-même. C’est pas moi qui le dis, c’est le Christ Lui-même qui l’a dit [dans Matt.25v36 et ss, par exemple].
Soyez sympas, atterrissez », dit ND / | 22/11/2016

En effet, « Comment prétendre aimer ce Dieu que l’on ne voit pas, alors que l’on n’aime pas son frère(ou son prochain) que l’on voit », écrivait l’apôtre Jean dans sa première lettre ? (1 Jean 4v20)

– Un autre internaute, « Cyril B / | 22/11/2016 », voit, quant à lui, « deux façons d’être chrétien en politique en France (4):
1) Ou bien (…) on dresse un tableau avec en colonne les « sujets de société » (avortement, euthanasie…); et en ligne le nom des candidats. Et dans chaque case on coche « d’accord avec le pape » ou « pas d’accord avec le pape ». Indépendamment du fait que la réduction de la doctrine de l’Eglise aux questions de mœurs est scabreuse, cette démarche des cases à cocher est vraiment ridicule », puisqu’ « elle montre des chrétiens qui ne votent pas en conscience, mais qui se cherchent un hypothétique permis de voter [pour « le candidat des valeurs chrétiennes » – en 2012, certains avaient cru devoir discerner ce label à Nicolas Sarkozy] que le pape [ou leur prêtre ou leur pasteur] serait censé leur donner. Les chrétiens seraient donc les suiveurs d’un gourou qui soulagerait leur conscience électorale. Ce n’est pas seulement nier la liberté que Dieu nous a donné, c’est surtout une paresse qui dispense d’exercer son discernement.
2) Une autre façon d’être chrétien en politique en France, c’est de faire le constat objectif que l’heure n’est pas à la désignation d’un candidat miraculeux [un homme ou une femme « providentiel(le) », un « messie politique » ] mais plutôt à une réflexion profonde. Avant que ne paraisse la Jeanne d’Arc de la Vème République qui boutera les mauvaises lois hors de France, il faut lui donner les moyens pour, c’est-à-dire poser des fondations. Comme dit le psaume: « quand les fondations sont en ruine, que peut faire le juste ? ».
Et « précisément », ajoute l’internaute, « il y a un problème de fondation dans le catholicisme politique de France. Ne serait-ce que parce que la doctrine de l’Eglise [ou la Bible, les enseignements du Christ, diraient les protestants]est mal comprise par les cathos eux-mêmes ? Or Jésus dit en Matthieu 7 que quand une maison est mal fondée, sa ruine est très grande. Il ajoute aussi qu’il faut creuser longtemps avant de poser les fondations ». Et, ajouterai-je, la différence entre « les chrétiens sableux » et « les chrétiens établis sur le roc », se perçoit entre les premiers, qui se contentent « d’écouter la parole de Christ » sans la mettre en pratique, et les seconds, qui « qui écoutent la parole de Christ et y obéissent » (Matt.7v24-25)

 

"Honorer", c'est donner du poids, le juste poids. Et non pas être léger ou "lourd"...

« Honorer », c’est donner du poids, le juste poids. Mais notre posture fait-elle preuve de « deux poids, deux mesures », concernant « les valeurs chrétiennes » ou « les principes bibliques » ?

Du côté protestants-évangéliques, je citerai :
« Michée France », qui veut mobiliser le monde protestant, particulièrement évangélique, contre l’extrême pauvreté, et nous interpelle de la sorte :
Lorsqu’on parle des « valeurs » ou « principes bibliques », on y englobe rarement les causes de la pauvreté et de l’injustice sociale. « … Dans les questions de morale individuelle, du respect de la vie (avortement, euthanasie, …), de morale sexuelle (l’homosexualité, …), lorsque des croyants interpellent les gouvernants, demandent que la loi impose la morale et manifestent, parfois dans la rue, leur mécontentement, il est peu demandé de justifier bibliquement les actions de plaidoyer (…) Pourquoi faire deux poids deux mesures : au loin, au près, questions morales, questions sociales », alors qu’ « il n’y a pas dans l’Ancien Testament de disjonction entre la justice sociale et la morale sexuelle » ?
– Et Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur, dans « Si j’étais président… – Le sel du scrutin présidentiel », le 16/02/2012(cité sur notre blogue), lequel nous questionne dans le même esprit : « Dans les milieux chrétiens, singulièrement évangéliques, les débats tournent souvent autour des affaires de bioéthique. Il est vrai que celles-ci engagent, et pour longtemps, des choix de société dont la facture se paiera dans une ou deux générations. Les discussions autour de l’avortement ou de l’euthanasie ne sont absolument pas méprisables. Faut-il pour autant faire de ces sujets l’alpha et l’oméga du choix à faire devant l’urne ? Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 65 millions de citoyens vivants ? Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? »
Ne serait-il pas temps de découvrir, dans la Bible et non dans les déclarations (« pieuses » ou non) des candidats aux élections, que « les points non négociables » de Dieu sont plus étendus que les nôtres ? Cf Deut.10v17-19 ; Ezech.16v49-50, 22v7 ; Jer.5v28, 7v1-8 ; Osée 4v1-3 ; Lévit.18-19….

 

 

Notes :
(1) Son programme économique repose sur la priorité absolue donnée à la croissance : fin des 35 heures, suspension de la loi sur la pénibilité [Qui oblige, depuis le 1er janvier 2015, les chefs d’entreprises à recenser les salariés exposés au travail de nuit, aux 3-8, aux tâches répétitives et aux caissons hyperbares. Les ouvriers et employés concernés gagneront ainsi le droit à partir plus tôt à la retraite. Or le patronat s’est engagé dans un boycott qui ne dit pas son nom], la dégressivité des allocations familiales, une nouvelle réforme des retraites et un allégement social de 35 milliards « pour la compétitivité des entreprises », la réduction de 500.000 du nombre de fonctionnaires et la suppression du principe de précaution (jugé « dévoyé et arbitraire ») de la constitution (article 5 de la charte de l’environnement, 2005 : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage » cf http://www.lemonde.fr/programmes/environnement/le-principe-de-precaution). Il entend contourner l’action du parlement, en usant du référendum, « pour faire sauter les conservatismes ».

(2) Encyclique du pape François sur l’écologie, publiée le 18 juin 2015.

(3) Une exhortation apostolique du pape François émise le 24 novembre 2013, et concernant la mission première de l’Église dans le monde moderne : l’évangélisation.

(4) Invité de l’émission « Coram Deo », à écouter sur le blogue théo « Le bon Combat », le pasteur Florent Varak, quant à lui, en voit en une autre, qui serait éloigné du « lobbying » et de la « théocratie ». Il estime par ailleurs qu’il est « très difficile » de déterminer « ce que serait un programme politique chrétien ».

Le discours d’un roi

Le discours d'un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

Le discours d’un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

A l’approche des Municipales, qui auront lieu les 23 et 30 mars prochains, les candidats se manifestent et font connaître programmes et valeurs.

Puisque l’on parle de programme et « profession de foi »,  l’on ne manquera donc pas de se replonger dans le Psaume 101 ou engagement-programme d’un souverain épris de justice…Lequel n’oublie pas de « balayer » d’abord « devant sa porte », affirmant avant tout le monde qu’il ne saurait y avoir « deux morales, celle de la vie privée et celle de la vie publique »*.

Ledit Roi(et aussi psalmiste)est David. Il adopte résolument une gouvernance marquée par la justice et le droit.  Sa vie même sera conforme aux exigences rappelées en 1 Sam. 10v25 ; 12v1-17, selon Deut.17v14-20.

Un programme-engagement qui ne saurait être réduit à celui d’un candidat à une élection locale(ou nationale), mais pouvant être étendu à d’autres domaines, dont la défense de toutes les causes….

Un programme pouvant également être complété par celui du Roi Lemuel (Prov.31v8-9)

Notes :

*Notamment avant Pierre Mendès France, ancien Président du conseil(premier ministre)sous la IVème République, qui disait, en 1976,  qu’« Il n’y a pas deux morales, celle de la vie privée (qui exige loyauté et honnêteté) et celle de la vie publique (où la rouerie, la manœuvre et le double jeu seraient permis). Seule cette cohérence entre promesses faites et promesses tenues justifiera et maintiendra la foi populaire. »

Vous êtes chrétien : et au milieu de vous certains rêvent de « matin brun »….

….ou de « grand soir »*.

Apologue pour une lecture citoyenne(pas en diagonale) des programmes politiques.

Vous êtes chrétien et au milieu de vous, certains affichent, de façon de plus en plus décomplexée, leur attachement aux idées défendues par le Front national et autres partis ou mouvements d’extrême-droite, les présentant comme « du bon sens », au risque de les banaliser**.

Vous êtes chrétien en particulier (et croyant en général) et vous avez certainement été choqué par le renouvellement de la commission d’éthique.***

Vous êtes chrétien et vous avez été également sans doute indigné par « l’affaire Nadine LALANE ».

Vous êtes chrétien et vous faites peut-être partie des lecteurs de « Christianisme Aujourd’hui » ayant trouvé l’accroche de l’article d’Eric DENIMAL, intitulé « la Bible bientôt interdite », « exagérée », « déplacée » ou « peu crédible »****.

Vous êtes chrétien, et, à l’instar de  « Sylvain »(18 septembre 2013 • 16 h 44 min, sur un site d' »actualités chrétiennes ») vous seriez « surpris de voir le nombre de chrétiens qui votent FN… » ou de constater que tant de personnes puissent déclarer voter FN sur un site s’affichant évangélique.

Vous êtes chrétien, ou peut-être pas, et à l’instar de l’internaute « Exhine »*****,  vous savez lire ou vous prenez la peine de lire(une vraie lecture, sérieuse, citoyenne, « pas en diagonale ») le programme du FN,

plutôt que de relayer sans recul des slogans simplistes******.

Ainsi, voici ce que comprend le volet « laïcité » du programme du FN(qui est public et accessible sur leur site-dont je ne donnerai pas l’adresse ici) :

« Tous les baux emphytéotiques et autres facilités accordés à des cultes en contradiction avec la loi du 9 décembre 1905 seront désormais interdits. Les fidèles devront construire leurs lieux de culte avec leur propre argent, quelle que soit la religion concernée. Afin de limiter toute infiltration d’une idéologie politico-religieuse, il ne sera pas possible non plus de faire appel à de l’argent provenant de l’étranger.
Les subventions publiques, y compris celles des collectivités locales, ne pourront être accordées qu’aux associations respectant scrupuleusement l’esprit et la lettre de la loi de 1905.
Les subventions publiques aux associations communautaristes seront interdites.
Les services publics administratifs dépendant de l’Etat ou des collectivités territoriales doivent être les garants des principes républicains et de la laïcité. Dès lors, à l’instar de ce qui s’applique aujourd’hui pour les agents de ces services publics, toute manifestation communautaire y sera proscrite pour l’ensemble des usagers, notamment le port du voile ou de tout autre signe religieux ostentatoire. Une réflexion sera engagée pour étendre cette disposition aux transports publics. « 

Et l’internaute « Exhine » de questionner : « Je me demande ce que les églises protestantes, qui bénéficient d’un bail emphytéotique, vont faire? Dans le cas de Nadine Lalanne, sa manifestation religieuse serait encore plus poursuivie? Le FN alourdirait il la sanction, vu la sévérité prônée ?*******(…..)

Nous sommes sur un webzine chrétien qui fait un article sur le FN, je prends donc la position exprimée par le FN sur la laïcité sur son site, comme base de débat(….)

vous n’ignorez pas, je présume, qu’en votant pour un parti, vous votez aussi pour son programme et pas seulement contre les autres partis ? Il me semble plutôt pertinent d’aller voir et analyser ce qu’un parti politique a comme programme, avant de le soutenir, quel que soit ce parti, d’ailleurs.
(…)Je trouve le concept de « manifestation communautaire » un peu flou et risqué, surtout pour des religions moins organisées hiérarchiquement que le catholicisme. Les évangéliques d’origines caraïbéennes ou africaines sont regroupés dans certaines régions et assimilés par les autorités politiques à des communautés, le terme « manifestation communautaire » pourrait leur être attribué et nuire à leur liberté religieuse, pour exemple.
Si quand vous lisez ‘interdire les financements étrangers », vous comprenez interdire le financement des mosquées par le Qatar, vous oubliez qu’un américain ne pourra plus financer un culte évangélique non plus »********.

Un « scoop » ? Une découverte ? Il suffit, comme nous le disions plus haut, de prendre la peine de lire attentivement ce qui est public et non de relayer bêtement ce qui est vulgarisée(ou ce qui est vulgaire ?)par certains médias ou les tribunes politiques. Ou comment redécouvrir les vertus de la lecture citoyenne.

C’est simple. C’est du bon sens. Et les chrétiens sont sensés ne pas en manquer, puisqu’ils bénéficient de l’esprit de « sobre bon sens » ou de « bon sens équilibré ».

D’ailleurs, John STOTT écrivait fort justement, dans « Les chrétiens et les défis de la vie moderne »(Sator, collec. Alliance. Vol.1), ouvrage hélas épuisé : « nous chrétiens, nous l’avons l’habitude de nous lamenter sur la dégradation des valeurs de la société avec une indignation empreinte de propre justice. Nous critiquons la violence, la malhonnêteté, l’immoralité, le non respect de la vie humaine(…)Le monde va à sa perte ! nous exclamons-nous avec un mouvement de dégoût et un haussement d’épaules. Mais à qui la faute ? Qui est responsable ? Il est insensé d’accuser la maison pour l’obscurité qui y règne à la tombée du jour car c’est ce qui arrive lorsque le soleil se couche ! La question est la suivante : où se trouve la lumière ? Et il est stupide de reprocher à la viande de se gâter et de devenir immangeable car c’est ce qui se passe quand on laisse les bactéries se multiplier ! Où est le sel, voilà le vrai problème. De même, il n’y a aucune raison de blâmer la société pour son déclin et celui de ses valeurs et de l’accuser de se muer en nuit noire ou en poisson puant, car c’est ce qui arrive lorsqu’on abandonne les hommes et les femmes déchus à eux-mêmes en leur permettant de donner libre cours à leur égoïsme[ou à leur haine]. où est l’Eglise ? Telle est la vraie question Pourquoi le sel et la lumière de Jésus-Christ ne se mêlent-ils pas à la société pour la transformer ? toute notre indignation et tout notre étonnement peuvent n’être qu’hypocrisie. »(pp121-122)

C’est simple. c’est du bon sens.

 

 

Notes :

* Allusion faite, dans le titre de ce billet, au « Mâtin brun » de Frank PAVLOFF (Ed. Cheyne). Le texte peut être découvert ici. Ou écouté là.

** Idées, dont il était clair, ou évident, il y a 10 ans qu’elles ne pouvaient être « évangélico-compatibles ». Il semble aujourd’hui « que ce ne soit plus si évident que cela ». Au même titre que le mariage entre un homme et une femme, ou le fait de savoir écrire manuellement.
***Plus exactement, par le non-renouvellement du poste du pasteur Louis SCHWEITZER (Voir à ce sujet, la réaction de Claude BATY, ex-Président de la FPF, et celle du CNEF) et de celui du rabbin Michael AZOULAY. D’autant plus que, semble-t-il, les représentants des cultes concernés n’avaient pas été consultés par l’Elysée.

**** Parmi les réactions publiées sur le site de « Christianisme Aujourd’hui », au pied de l’article d’Eric DENIMAL :

Même si le FN est nocif et véhicule des idées dangereuses pour la démocratie, je suis déçu de voir Mr. Denimal l’utiliser comme un prétexte pour raconter un scénario pareil.(28.08.13 21:57. Jeremie Gachon)

J’avoue que j’ai aussi eu du mal à comprendre l’angle adopté par Monsieur Denimal dans cet article(…) Bref, autant j’ai apprécié la réflexion et la mise en garde d’une possible réduction de nos libertés d’expression et religieuses.  Autant je trouve la forme utilisée déplacée.(28.08.13 21:24 Audric Broux)

Bonjour. C’est plus facile d’attaquer le FN que le PS (28.08.13 19:18 Bbear73)

Le parti pris par M. Denimal dans cet article de tirer à boulets rouges sur le Front National et Marine Le Pen en particulier me mal à l’aise.  Il me semble beaucoup plus d’actualité de voir ce genre de dangers dans le P.S avec ce gouvernement derrière qui ne se cache même pas le Grand Orient de France, autrement plus redoutable ! Il aurait pu faire preuve de plus d’imagination ! (28.08.13 13:35 Serge Audisio)

***** 22 septembre 2013 • 13 h 43 min, sur le site d’Actus chrétiennes, en commentaire au billet d’humeur : « Jean ROUCAS : quand on est artiste, on est obligé d’être de gauche »(20 septembre 2013. 34 commentaires « seulement » à ce jour)

****** Exemple :  « ….le modèle biblique est bien plus raisonnable que le modèle socialo-communiste. Par exemple, les étrangers devaient se plier aux moeurs et coutumes du pays qui les accueillaient. Aujourd’hui, un certain nombre d’étrangers viennent pour nous conquérir, ne s’en cachent pas du reste, et on leur donne des subventions pour les aider à le faire. Cherchez l’erreur. Et concernant les pauvres, la Bible ne les confonds pas avec les fainéants, car la Bible est claire à l’encontre de celui qui cherche à être assisté plutôt que de bosser dur pour gagner son pain… Aujourd’hui on assiste un peu trop facilement les gens, mêmes ceux qui cherchent à profiter du système plutôt que de bosser dur. Cherchez l’erreur. Vu la situation économique actuelle, ne faut-il pas prendre certaines mesures au lieu de taxer toujours davantage ceux qui bossent ? Et ne faut-il pas protéger davantage la France de ceux qui ne l’aiment pas et qui veulent la transformer au nom d’une idéologie mortifère : l’Islam ? » (« Rédaction », soit le responsable d' »actus chrétiennes » . 18 septembre 2013 • 23 h 40 min). Est-ce là un regard « évangélique » ou « biblique » sur le pauvre et l’étranger ?

******* En réaction à ce « scoop », la seule réponse du responsable d' »Actus chrétiennes » a été : « Les évangéliques se sont toujours débrouillés pour financer leurs lieux de culte… »(Rédaction. 22 septembre 2013 • 14 h 12 min)

******** « Exhine ». Sur le site précédemment cité. 23 septembre 2013 • 11 h 46 min. Et ce, au milieu de nombreux « commentaires », qui se passent de commentaires !