Foireux liens de juillet (40) : la situation écologique ou « un problème de trains qui se croisent »

Les « Foireux liens » de Juillet : l’occasion de faire le point (chaud) sur la situation écologique (Source image : public domain pictures)

Chers abonnés, chers lecteurs, voici vos « foireux liens » tant attendus ! Au menu : écologie, nucléaire, procès Fillon, racisme, internet, pauvreté, virus, Eglise post-covid et bien d’autres sujets. Bonne lecture !

 

1) Convention citoyenne pour le climat : les trois propositions qui vont vraiment agacer Macron

Les propositions de la convention sur le climat ne se résument pas à la limitation des 110 km/h, qui obnubile les commentateurs. Emmanuel Macron s’est engagé à y répondre le 29 juin. Soumettra-t-il « sans filtre » l’ensemble des propositions citoyennes au travail législatif ou référendaire, comme il l’a assuré ? Retour sur trois mesures qui obligent le gouvernement à en finir avec ses faux-semblants sur l’écologie.

2) Municipales : la France en habit vert

Le second tour des élections municipales a eu lieu dimanche 27/06. 16 millions d’électeurs étaient appelés à voter. Le taux de participation était de 41,6 %, selon le ministère de l’Intérieur, soit un chiffre en forte baisse par rapport à 2014 (63,7 %) et en baisse par rapport au premier tour du 15 mars (44,7 %). Des résultats de ce scrutin, l’on retient la victoire de candidats écologistes dans plusieurs villes de plus de 100 000 habitants. La majorité présidentielle n’en a gagné aucune à l’exception du Havre, où la liste du Premier ministre, Édouard Philippe, l’a emporté avec 58,8 % des voix. Le Parti socialiste se maintient à Paris, Lille ou Nantes et a ravi plusieurs villes à la droite, comme Nancy. Les Républicains conservent pour leur part « 50 % des villes de plus de 9 000 habitants », comme Toulouse et Nice, selon leur président, Christian Jacob, mais ont perdu des villes de taille, dont Bordeaux. Le Rassemblement National a gagné Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitants …une victoire qui cache une dégringolade générale, puisqu’ailleurs en France, le parti de Marine Le Pen voit son nombre de conseillers municipaux s’effondrer [De 1 438 sièges dans 463 communes en 2014 à 840 sièges dans 258 communes en 2020].

Le politiste et historien Nicolas Roussellier nous propose une analyse du scrutin de dimanche.  Il tient compte à la fois des bouleversements provoqués par le changement climatique, par la pandémie du Covid 19, et par les évolutions profondes qui se dessinent dans la société française depuis trente ans.

Au soir du 28 juin (….)les élections municipales 2020, plus qu’en 2008 et 2014, ont fait naître un paysage politique inédit. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter?  Le politiste et historien Nicolas Roussellier reconnaît le poids de l’abstention comme l’ampleur du vote en faveur des écologistes. Mais il en propose un décryptage moins conventionnel que bien d’autres (…) nous assistons à un vrai changement de paradigme : « Alors qu’autrefois les électeurs votaient pour les écologistes quand ils voulaient envoyer un coup de semonce aux partis de gouvernement, ils considèrent les défenseurs de l’environnement comme des gens crédibles pour assumer le pouvoir exécutif. Que des villes réputées pour leur modération, leur prudence- Bordeaux, Lyon au premier chef, aient élu un candidat écologiste peu connu, voilà qui marque une rupture éclatante. »

3) Tantôt le pigeon, tantôt la statue

Un article du naturaliste catholique Phylloscopus [« parce que ça existe ! »], dans lequel il est question « des déboulonnages de statues et des numéros de cirque de zozos yankees qui se fouettent le dos pour demander pardon pour l’esclavage », avant de régler « tout de suite le premier point : l’écologie » avec la métaphore suivante :

« À deux reprises, dans Tintin au pays des soviets et dans Tintin en Amérique, on voit ce dernier suivre une voie de chemin de fer au moment où celle-ci est taillée dans le roc, au point qu’il soit impossible d’éviter un train s’il en arrive un. Il faut imaginer notre situation écologique comme très semblable, sauf qu’il y a non pas une mais deux voies ; et fonçant vers nous, le train du dérèglement climatique, et en sens inverse, celui de l’extinction biologique. Un élève appliqué résoudrait vite le problème des trains qui se croisent : pile où nous sommes, didon ! ça n’est pas de chance. Autrement dit, aucun espoir d’esquiver d’abord l’un, puis l’autre. Nous en sommes là, et quand l’ouvrier blanc, ou noir ou jaune ou brun ou rouge, ou beige, bleu, vert ou sang et or, diable rouge ou all black, sentira 40°C dans son appart suroccupé, 50 dans la rue, cinq pouces d’eau dans sa cave, et verra le prix de la nourriture s’envoler parce que faute d’insectes, il faut tout produire hors sol et payer nous-mêmes ce que la nature faisait gratos, il en fera une tête. Il sera ravi que la priorité du pays, quelques années plus tôt, ait été d’accabler d’anathèmes trois excités qui voulaient peindre en jaune le Colbert en bronze qui sert, au square, de latrines aux pigeons ».

4) Après l’arrêt définitif de la centrale de Fessenheim, beaucoup de questions subsistent

La procédure d’arrêt définitif du réacteur n° 2 de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) a débuté lundi 29/06 après-midi. Le premier des deux réacteurs de cette centrale, mise en service en 1977, avait été arrêté le 22 février. Emmanuel Macron avait promis lors sa campagne pour l’élection présidentielle de 2017 qu’il fermerait la centrale au cours de son quinquennat. Quelles sont les conséquences sociales de cette fermeture ? Comment se déroulera le démantèlement ? Quel avenir pour le site ? Reporterre fait le point.

5) Starbucks sans filtre (Arte)

Disponible jusqu’au 06 mars 2021 : Comment la chaîne américaine de cafés, désormais planétaire, a conquis les classes moyennes urbaines. Cette investigation sur trois continents dévoile la face soigneusement cachée de la marque à la sirène.

La bande annonce du documentaire.

6) Encadrer la pub et l’influence des multinationales : un impératif écologique et démocratique

La publicité et la com’ des multinationales ne servent pas seulement à vendre toujours plus de produits, souvent pas très bons pour le climat ou la santé. Elles servent aussi à influencer, sans le dire, l’opinion publique et les décideurs pour protéger leurs modèles de profit. Une nouvelle publication, dont l’Observatoire des multinationales est partenaire, propose plusieurs mesures pour protéger notre démocratie de l’intoxication.

7) Feuilleton judiciaire : Condamnation des époux Fillon

Le tribunal judiciaire de Paris a condamné le 29/06 l’ancien Premier ministre François Fillon à cinq ans de prison dont deux ferme, 375 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de 10 ans dans une affaire d’emplois fictifs de son épouse, Penelope. Celle-ci a été condamnée à trois ans de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende. Les époux ont annoncé leur intention de faire appel.

Pendant quelques jours le dossier a été masqué par le tapage autour de quelques phrases d’une magistrate retraitéee devant une commission d’enquête parlementaire :  Mme Eliane Houlette, ex-procureure financière, a en effet déclaré (après avoir dit le contraire précédemment) qu’en 2017 la hiérarchie judiciaire avait exercé sur elle des “pressions”. Aussitôt les anciens supporters de M. Fillon à la présidentielle ont relancé l’idée que ce procès était un coup monté, visant, disent-ils, à leur “voler la présidentielle”. Dire cela, c’est de bonne guerre sur la scène politique. Mais est-ce la réalité ? On en doute.

L’occasion de rappeler que « l’affaire Fillon » n’est pas « l’Affaire » (Dreyfus). En effet, les “pressions” de 2017 n’étaient pas venues du pouvoir politique mais du Parquet national financier. Elles ne visaient qu’à faire nommer vite un juge d’instruction (magistrat indépendant, lui, contrairement à une procureure). Et l’affaire Fillon n’était pas l’affaire Dreyfus : le dossier n’était pas vide, il s’agissait du million d’euros versé par l’Etat – les contribuables – à Mme Fillon pour un travail d’assistante dont on n’a pas trouvé trace…

8) Travailler 4 jours pour travailler mieux

Sans la crise financière de 2007-2008, la tendance, après des décennies de baisse graduelle du temps de travail, nous aurait conduit à bénéficier, aujourd’hui en 2020, d’une semaine de travail en moins sur l’année en moyenne. Mais c’est le scénario inverse qui déroule ses effets pervers. Quant au mirage de l’automatisation, de la digitalisation et l’intelligence artificielle censées soulager l’humain, il ne profite qu’à une infime minorité quand ce n’est pas l’exacte opposé qui se produit avec la précarisation à outrance des « ouvriers du net ». Et pourtant travailler moins apporterait plus. Du fait de ce constat, l’économiste Michel Santi estime que la crise sanitaire et économique actuelle devrait créer un élan vers la semaine de quatre jours dans une tribune dans La Tribune

9) Manif, masques et racisme

A Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières et bien d’autres villes du Québec, des manifestations ont eu lieu dimanche pour dénoncer le racisme systémique et la brutalité policière. Ce journaliste du Verbe, média catholique, est allé à celle de Québec, il a écouté les discours et a interviewé une organisatrice et une manifestante. Compte-rendu de la manifestation et points de vue sur l’antiracisme et la religion.

Extrait : « …plusieurs chrétiens ne comprennent pas la situation des communautés opprimées en Occident, alors qu’il s’agit là d’un devoir. « Le rôle des chrétiens, devant le racisme, est de s’informer et de savoir quoi répondre, de puiser dans la Bible et dans les enseignements de l’Église ce qui prouve que les êtres humains sont égaux et que l’idée de discrimination selon la race n’a pas lieu d’être. »

Marjorie raconte : « Quand j’étais plus jeune, mon père me rappelait fréquemment qu’être catholique, c’est être le plus universel possible. » Selon elle, si certains catholiques s’opposent à l’égalité, c’est qu’ils suivent un message biaisé, qui n’est pas celui de l’Église. »

10) Pourquoi « le racisme anti-Blanc » n’existe pas

Après la polémique suscitée par les propos du rappeur Nick Conrad, à lire ou écouter certains commentaires, il apparaît utile de revenir aux fondamentaux et d’expliquer ce qu’est le racisme (pour les nuls). Démonstration efficace, par Rokhaya Diallo.

11) Ce virus nous a-t-il vraiment rendus fou ?

Avant d’envisager le monde d’après, comment analyser et comprendre ce que nous venons de vivre ? Quel bilan tirer de ce temps de confinement ? Entretien avec le philosophe Olivier Abel.

12) Le concept « One Health » doit s’imposer pour permettre l’anticipation des pandémies

C’est à la fois un concept, une stratégie et un objectif. « One Health » (une santé) s’est progressivement imposé en sciences du vivant, en médecine vétérinaire et en sciences biomédicales. Il domine à présent la communication d’organisations internationales de santé publique comme l’Organisation mondiale de la santé animale, la Food and Agriculture Organization (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’Organisation mondiale de la Santé et les Centers for Disease Control and Prevention (centres pour le contrôle et la prévention des maladies). Mais le concept « One Health » reste peu connu du grand public et rarement intégré dans les prises de décision des gouvernements. Alors même que, représentant un véritable changement de paradigme, il pourrait nous aider à mieux appréhender, anticiper et gérer l’irruption de nouvelles pandémies.

13) Covid-19 : assez d’informations, place à l’éducation !

Depuis le début de la crise sanitaire, les messages sur les gestes barrières ont été conçus avec leur déclinaison de spots, d’affichages et de tutoriaux pour être facilement compris. Cependant, il est difficile de mesurer leur bonne réception auprès du public. D’autre part, on a tendance à raisonner et réagir actuellement comme si la diffusion de l’information suffisait à enclencher un comportement de prévention. Comme si la simplicité des messages rendait ipso facto la vie réelle compatible avec le contenu des informations, sans passer par un débat sur ce qu’est un comportement de santé.

14) Quel est l’état d’Internet en France ? Le « gardien des réseaux » répond en détail

L’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) publie l’édition 2020 de son rapport sur l’état d’internet en France, remis au Parlement et présenté lors d’une conférence de presse en ligne. Dans ce rapport, l’Arcep expose les évolutions marquantes des différentes composantes des réseaux internet fixes et mobiles pour 2019 : qualité de service, interconnexion de données, transition vers IPv6, neutralité du net, ouverture des terminaux et rôle des plateformes.

L’objectif de ce suivi : s’assurer, à travers la régulation, qu’internet continue à se développer comme un bien commun où l’utilisateur est l’arbitre en dernier ressort.

Pour la première fois, un chapitre entier est consacré à la question de l’impact environnemental du numérique, secteur qui représente aujourd’hui environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il s’agit d’une première étape vers un « baromètre vert » que l’Arcep souhaite mettre en place pour mettre à disposition du public les données les plus pertinentes sur l’empreinte environnementale des réseaux, des terminaux et des usages, dans le cadre de la plateforme de travail « pour un numérique soutenable » lancée le 11 juin dernier.

Par ailleurs, bien qu’il s’agisse d’un rapport sur 2019, l’Arcep détaille également  ses observations et les premiers enseignements tirés de la  période.de la crise sanitaire et le confinement du printemps 2020  qui ont eu de forts impacts sur les usages des réseaux.

La synthèse du rapport et le rapport complet.

15) La pauvreté : un sujet éminemment d’actualité

En 2018, la France comptait plus de neuf millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. La pauvreté affecte toute l’existence de près de 15 % de la population et les inégalités sont aujourd’hui reparties à la hausse, selon le « Portrait social de la France » (Insee, novembre 2019). La France peut-elle rester passive devant un tel scandale ? A lire le dossier sur la lutte contre la pauvreté dans la revue Projet, lequel se propose comme une base de réflexion pour alimenter les débats. Parce que la lutte contre la pauvreté se présente comme un sujet majeur, à l’avenir.

16) Read it again : La revue jésuite America bannit les termes « conservateur » et « progressiste »

Un vieil article (publié dans La Vie le 02/07/13) qui garde encore toute sa pertinence aujourd’hui, à lire et à relire : « Généralement elle-même qualifiée de « progressiste », véritable symbole du catholicisme « de gauche » aux Etats-Unis, la revue jésuite America lance une grande révolution en interne en choisissant de ne plus catégoriser les catholiques entre « progressistes » et « conservateurs ». Un changement expliqué par (celui qui était, à l’époque) le nouveau rédacteur en chef de l’hebdomadaire, Matt Malone, qui publie un véritable manifeste de ce nouveau positionnement sur le site de la revue plus que centenaire, expliquant notamment que la société est « malade de ce poison qu’est l’idéologie partisane »« Quand nous envisageons l’Eglise en fonction de catégories politiques essentiellement laïques, alors ce n’est plus vraiment l’Eglise, ce n’est plus une communion mais un regroupement de factions. Et la conséquence de cela, c’est que les termes et la teneur des conversations ecclésiales deviennent de plus en plus difficiles à distinguer de celles du monde qui nous entoure. Pour ce qui nous concerne, les médias catholiques deviennent alors l’équivalent religieux des chaînes du câble : chacun a ses programmes favoris, et la plupart du temps ce sont ceux qui viennent le mieux satisfaire nos opinions préexistantes. »

Le manifeste (en anglais).

17) Les autorités civiles : au service de Dieu ou au service du diable ?

L’histoire montre que l’attitude des peuples envers leurs dirigeants est parfois extrême : certains rois ont été divinisés alors que d’autres ont été mis à mort par leur peuple. Au sein des démocraties modernes, l’opinion envers les élus va de l’amour quasi-aveugle jusqu’à la haine injurieuse. Parmi les chrétiens évangéliques, il n’est pas rare que ces opinions extrêmes soient « spiritualisées ». Ainsi, un président peut être porté aux nues par certains qui le considèrent comme un chef d’état « béni » et « élu » par Dieu. Pour d’autres, ce même individu sera considéré comme une figure quasi-diabolique, voire l’antichrist lui-même.

18) Service protestant sur France culture : « un petit déjeuner autrement nourrissant ! »

Le Service protestant sur France culture est proposé par la Fédération Protestante de France (FPF), association constituée d’Eglises et œuvres protestantes aux sensibilités culturelles et théologiques plurielles. Le dimanche à 8h30 (à 9h30 à la Toussaint, Noël et l’Ascension) des pasteurs se succèdent pour partager leur compréhension des textes bibliques et leur confiance en la vie et en Dieu. L’un des objectifs de ce service est de rendre l’émission cultuelle accessible et compréhensible par tous, croyants ou non, pratiquants ou non. Il veut aussi interpeller et surprendre en laissant s’exprimer la créativité, la sensibilité des pasteurs, prédicateurs et intervenants.

Depuis le 16 juin 2020, son nouveau responsable éditorial est le pasteur baptiste Jean-Luc Gadreau.

19) S’il n’y avait qu’un article à lire sur l’Eglise post-covid, ce serait celui de Philippe Henchoz, Pasteur de l’Eglise évangélique de Meyrin, qui a ressenti le besoin de prendre la plume pour parler de son vécu de la pandémie. Et surtout de ce qui se passe aujourd’hui dans son Eglise, alors que l’on s’attendrait à ce que tout redevienne comme avant. Un propos fort et poignant d’un responsable évangélique dans une Eglise locale.

Et le dernier pour la route :

20) « A quoi sert d’avoir le Saint-Esprit ? »

Voici une série à découvrir sur les effets du Saint-Esprit dans la vie de chaque croyant.

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà du procès Fillon, l’autre scandale…

« Tu auras un poids juste », et non pas « deux poids deux mesures… », dit l’Eternel.

Depuis mercredi 26/02, François Fillon, son épouse Pénélope, ainsi que son ancien suppléant parlementaire Marc Joulaud, sont jugés jusqu’au 11 mars, à des degrés divers, pour détournement de fonds publics [un million d’euros] par personne chargée d’une mission de service public, complicité et recel de ce même délit, complicité et recel d’abus de bien sociaux et déclaration mensongère aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).  Des faits révélés par Le Canard enchaîné le 25 janvier 2017.

François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme collaboratrice parlementaire alors qu’elle n’exerçait pas de réelles fonctions, selon l’accusation. Voilà pour ce premier scandale.

Mais en marge du procès Fillon, « l’autre scandale [ce qui est une occasion de chute], celui qui est avéré ». selon Patrice de Plunkett, est le « soutien de (dizaines de) milliers d’électeurs catholiques (1) – et en tant que catholiques ! – à la candidature Fillon….». Un tel soutien dénote d’une « pathologie intellectuelle et morale qu’il serait urgent de soigner », tacle sévèrement le journaliste catholique.

Et du côté protestant-évangélique ?

A l’époque, « il n’y a pas eu de rejet massif de Fillon chez les protestants (20 % des votes), qui ont voté dans la même proportion que le vote national….» mais dans une proportion moindre que le vote catholique, comme l’analyse l’historien Sébastien Fath sur son blogue. Comme tente de m’en persuader un mail très orienté de la part d’une connaissance, reçu le 21 avril 2017, Fillon est même LE candidat censé « se rapprocher le plus de ce que recommande la Parole de Dieu », soit disant parce qu’il ne faut pas « lui jeter la première pierre » et parce que « les choses compliquées finissent par être simplifiées par la Parole de Dieu et le désir de s’y conformer ».

Mais en quoi ce vote était-il aberrant de la part de chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants, me demanderez-vous, en écho à la question que pose Patrice de Plunkett ?

Le vote Fillon est déjà en soi aberrant pour les chrétiens protestants et catholiques, du fait premièrement des positions et votes du candidat Fillon sur le plan de « l’éthique privée ». Nous en avions alors parlé le 10 mars 2017 sur pep’s café. Si François Fillon s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous »(2).

Sur le plan économique et social, le programme du candidat Fillon – par ailleurs qualifié par Sébastien Fath de « robuste et très travaillé »,  placé sous la « bannière réformiste du courage politique »– est d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue : « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la manif pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaitait « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

Il est en effet curieux de voir « perdu de vue » ces valeurs bibliques de partage et de justice, du côté des chrétiens, au moment du vote.  Etonnement partagé dans cet article du 12 février 2017 signé d’Eve Charrin, et paru dans un journal non chrétien : Programme du « chrétien » Fillon : Jésus était-il ultralibéral ? « Posons une question candide, une question de fond qui survivra aux soubresauts de la campagne présidentielle : comment le catholicisme bon teint d’une bonne part de l’élite française peut-il s’accommoder de tant d’enthousiasme pour une réforme libérale “radicale” ? Comment croire avec une égale ferveur au Christ et au marché ? Par quelles voies impénétrables concilier les valeurs de l’Evangile avec celles du Medef, la doctrine sociale de l’Eglise et le catéchisme néo-thatchérien de la dérégulation ? La contradiction reste solidement enracinée (….) en vérité, le programme de Fillon ne paraît pas très catholique ! [et même plus généralement bien peu chrétien] Car, face à la détérioration de l’environnement, face au creusement des inégalités, « il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus ». Les lignes qui précèdent n’ont pas été écrites par Jean-Luc Mélenchon, mais bien par le pape François dans sa dernière encyclique Laudato Si’ publiée en juin 2015. De fait, «le principe de la maximalisation du gain, qui tend à s’isoler de toute autre considération, est une distorsion conceptuelle de l’économie», insiste le souverain pontife, qui dénonce à l’envi « l’argent idole », ce « fumier du diable », et fustige «l’emprise absolue des finances». Des propos révolutionnaires de la part du jésuite argentin… », dont « les propos développaient une position magistérielle (constante et croissante) de l’Eglise catholique depuis Léon XIII », souligne Patrice de Plunkett : « position actualisée, et exprimée de façon plus percutante, par le “jésuite argentin”.(….) Alors la question est : pourquoi cette position reste-t-elle théorique ? Autrement dit : de quel droit les catholiques de la droite libérale (nombreux parmi les catholiques français) se permettent-ils de tourner le dos à la position socio-économique du Magistère ? » (3)

Du côté protestant-évangélique, le décalage sera avec la pensée biblique, pour ne pas parler de la doctrine sociale de l’Eglise (catholique), sachant que plus de 2000 versets traitent des questions d’équité et de justice.

A ce scandale de la contradiction avec la pensée biblique, s’ajoute le scandale du « deux poids deux mesures » (en horreur à l’Eternel) et de la justice à deux vitesses, tout aussi contradictoire avec la pensée biblique : en témoignent Prov.11v1, 20v10, 23 ; Lévit.19v35-36 et Deut.25v13-16.

En guise d’illustration, ce fait éloquent : en mars 2017, une connaissance me transmet par mail ce qui m’est présenté comme étant « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle ». Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ».  Mais en lieu et place d’une « analyse claire et spirituelle » [on y cherche en vain une seule citation/référence biblique pour justifier si ladite action est « spirituelle » ou non], ce texte stupéfiant aux accents de panique du blogueur évangélique Nicolas Ciarapica, publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », se voulant « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », tente de justifier « pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier »…..non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon [alors en pleine tourmente judiciaire] reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Pour l’auteur de ce manifeste, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, au nom de considérations partisanes. Il est stupéfiant de lire un tel appel à la compromission avec la vérité et la justice.

Au final, les « prêtres de l’Eternel » que sont les chrétiens seront donc bien inspirés de se souvenir constamment que « la justice et la droit » constituent « la base du trône » de l’Eternel et que « marchent devant Lui l’amour/la fidélité et la vérité » (Ps.89v15).

En toute logique, le chrétien « biblique » laissera tomber toutes les postures identitaires et partisanes pour suivre ce commandement divin : « Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements : tu n’auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice » (Lévit.19v15) ; « Vous ne commettrez point d’iniquité ni dans les jugements, ni dans les mesures de dimension, ni dans les poids, ni dans les mesures de capacité. Vous aurez des balances justes, des poids justes, des épha justes et des hin justes. Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte. »(v35-36) « L’Eternel est juste dans toutes ses voies et bienveillants dans toutes ses oeuvres »(Ps.145v17) ; Il « fait droit aux opprimés »(Ps.146v7)-c’est à dire qu’Il entend leurs cris et considère que leurs plaintes « pèsent » suffisamment pour être intervenir en leur faveur. De là cette exhortation – adressée à un roi – dans Proverbes 31v8-9 : « ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés. Ouvre ta bouche, juge avec justice et défends le malheureux et l’indigent. »

Sans oublier que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Etre « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants, comme le souligne Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur (4) : « Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? »

 

 

 

Notes : 

(1) Plus de la moitié des catholiques pratiquants réguliers (55%) ont voté pour le candidat Les Républicains au premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 23 avril.

(2) François Fillon, qui se dit catholique bien qu’« à la pratique irrégulière », déclare croire au « caractère sacré de la vie » (Faire, Albin Michel, 2015, p. 269) tout en défendant la légalisation de l’avortement : « J’ai voté tous les textes qui voulaient améliorer l’accès pour les femmes à l’IVG, y compris le dernier qui était proposé par la gauche. » (Europe 1, 23/11/16) Plus exactement, il a voté contre le remboursement par l’Assurance maladie (1982), la création du délit d’entrave (1993), l’allongement du délai à douze semaines de grossesse (2001), la suppression du délai de réflexion (2016), mais s’est abstenu sur la suppression de la notion de détresse (2014) et a voté pour la résolution réaffirmant le droit fondamental à l’IVG en France et en Europe (26 novembre 2014) alors que la majorité des députés n’a pas pris part au vote (151 votants sur 577 députés). Et il ne s’est par ailleurs pas opposé au projet de loi « pour l’égalité entre les hommes et les femmes » (28 janvier 2014), qui a renforcé le droit à l’avortement, en créant notamment un déli d’entrave tant « matérielle » que «psychologique». M. Fillon n’en est pas excommunié pour autant, mais ses positions le placent dans une situation problématique.

(3) Voir aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/11/23/pourquoi-la-question-des-valeurs-comme-critere-de-vote-est-une-notion-piegee/

(4) Paru dans « Si j’étais président…  – Le sel du scrutin présidentiel », Publié le 16/02/2012. Voir aussi ces pistes pour étudier l’économie sous un angle chrétien.