Foireux liens de janvier(13) : « treize embêtant ! »

« Si cela vous fait plaisir…cela ne coûte pas cher ! » Dessin d’Yves Montagne, publié le 18 novembre 2014, le lendemain de « soirée des dupes » de Sens commun

« Si cela vous fait plaisir…cela ne coûte pas cher ! » Ou l’enjeu de la crédibilité en politique.
Dessin d’Yves Montagne, publié le 18 novembre 2014, le lendemain de « soirée des dupes » de Sens commun

Voici nos treizièmes « foireux liens », par aileurs-comme par un fait exprès-au nombre de treize. Ce qui sera « treize embêtant » pour certains superstitieux. Mais au-delà du calembour facile, les divers enjeux soulevés sont de taille, puisqu’ils touchent, tour à tour, à la crédibilité politique, la laïcité, l’éducation, le code du travail, le TAFTA, la concentration multimédia, la figure du « self made man », la croissance, la prospérité…et même la fragilité, « bonne » ou « mauvaise ». Prenez donc le temps d’une bonne lecture et d’une bonne réflexion !

1) « C’était couru : Sarkozy ne touchera pas à la loi Taubira », annonce le journaliste Patrice de Plunkett sur son blogue, avec un petit air de « je vous avais prévenu ! »

« Après le livre d’Alain Juppé, qui n’a jamais caché son approbation du « mariage pour tous », voici le livre de Nicolas Sarkozy qui ne l’a jamais désapprouvé… mais laissa croire le contraire. Le Figaro nous apprend que si l’ex-président de la République est élu en 2017, il ne touchera pas à la loi Taubira.
Ce n’est pas une surprise… mais la seule surprise, c’est que certains (qui ont sans doute cru que NS pouvait être « le candidat des valeurs chrétiennes ») en soient surpris : En 2011 M. Sarkozy était vaguement favorable à l’idée d’un mariage gay. En 2013 il s’est gardé de prendre position. En 2016 il continue dans la même ligne ».

A lire, également, les réactions du blogueur « Koztoujours », qui soulève tout l’enjeu de la crédibilité du politique.

2) Le Premier Ministre serait-il le « pompier pyromane » de la laïcité ? s’interroge le sociologue Sébastien Fath sur son blogue :

« On est en plein paradoxe. Le premier Ministre français Manuel Valls, qu’on a connu beaucoup mieux inspiré, a quelque peu égratigné l’exigence laïque en volant au secours, devant les amis du CRIF, d’une intellectuelle retraitée(1) de plus en plus citée par le Front National, dont de récents propos sur Europe 1 contribuent à banaliser l’islamophobie . Et pourtant, le Premier ministre actuel de la République française s’est cru compétent, tel un pompier pyromane, pour donner des leçons de laïcité à l’excellent travail d’équipe conduit par Nicolas Cadène (rapporteur) et Jean-Louis Bianco (président) à la tête de l’Observatoire de la Laïcité, une structure publique qui s’évertue à défendre et sauver le socle laïque dont la France se réclame ».

En réaction, 150 universitaires et chercheurs(2) rappellent, dans une lettre de soutien adressée au président de la République, le «travail salutaire» à la tête de l’Observatoire de la laïcité de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène alors qu’ils sont contestés par le Premier ministre.

Voir aussi :
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/01/20/l-absurde-querelle-de-la-laicite-5747747.html ; http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/01/19/quel-debat-autour-de-la-laicite_4850049_4355770.html ; http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2016/01/20/nouvelles-3064766.html

3) Un site pour décrypter la réforme du collège
Par une équipe d’une vingtaine de personnes, très majoritairement des professeurs en poste en collège, et accueillant aussi des parents d’élèves dans leur équipe.
Ils sont aujourd’hui 28 à rédiger et mettre en forme les remarques et les questionnements de bien plus d’enseignants et de parents d’élèves.

 

4) Débat sur le code du travail : vous avez certainement déjà entendu ça et là que le code du travail français serait « trop gros », quand il ne serait pas « un carcan » empêchant « la libération des richesses de ce pays ». Parallèlement au projet de réforme Badinter, voici quelques rappels sur ce qu’est un code du travail, et sur ce qu’il en est vraiment du nôtre, en comparaison de ses voisins européens, pour casser quelques idées reçues, ainsi qu’une analyse sur les raisons de vouloir « moderniser » le code du travail.
5) Les grandes manœuvres de concentration multimédia :
Un phénomène qui pose un vrai problème de pluralisme de l’information et donc de bonne santé de la démocratie. Chrétiens, vous êtes tout autant concernés par ce phénomène que les « non chrétiens », vu que l’acte s’informer est sans doute « une seconde nature » pour vous.
D’autant plus que l’on assiste, ces derniers mois, à une accélération inédite des rachats de médias, de nature à soulever l’inquiétude ou l’indignation des journalistes.

A lire, ces analyses de Julia Cagé, économiste de la presse, et d’Acrimed, qui soulève que si les journalistes « ont largement posé la question de l’indépendance éditoriale dans un univers médias très concentré, ils ont aussi largement éludé celle des raisons profondes de ces vagues de concentrations ».

6) Est-il possible de « bloquer les funestes accords dits de « libre échange » en 2016… ?
L’économiste Jean Gadrey « positive », mais pour inciter à poursuivre les mobilisations contre le traité transatlantique entre l’UE et les Etats-Unis ou « TAFTA ». Il relève « plusieurs bonnes nouvelles récentes », et rappelle que dans le passé ont été bloqués 1) l’AMI (Accord multilatéral sur l’investissement), un projet proche du Tafta, abandonné en 1998 à la suite d’une opposition française, 2) l’ACTA, accord commercial dit anti-contrefaçon, rejeté par le Parlement européen en 2012 à la suite de fortes mobilisations, 3) et même L’AGCS (Accord général sur le commerce des services), plus ou moins gelé à l’OMC depuis 2005/2006.

Rappels ici, si vous avez raté le début de l’épisode : https://www.laquadrature.net/fr/TAFTA ; http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/10/13/si-vous-n-avez-rien-suivi-au-tafta-le-grand-traite-qui-effraie_4788413_4355770.html ; http://multinationales.org/Tafta-l-elaboration-des-normes-et-des-lois-bientot-confiee-aux-lobbies ; http://www.bastamag.net/Accord-Europe-Etats-Unis-que-nous et cf http://www.bastamag.net/Tafta-comment-la-cooperation-reglementaire-permet-deja-aux-lobbys-industriels-d

7) Nous sommes entrés dans « Le troisième âge du suffrage universel », selon Alain Garrigou :
Une intéressante réflexion d’actualité sur le suffrage universel, qui, depuis son origine, a reposé sur « un fondement élémentaire : que les citoyens s’en servent(…)correctement, en somme qu’ils deviennent des électeurs réguliers ». Le deuxième âge du suffrage universel est « celui de son évidence », celui de « la participation, comprise à la fois comme désir spontané et comme devoir intériorisé de s’exprimer. Tout au long d’un siècle environ, ce fut une assurance d’efficacité. Cette croyance est en train de se déliter ». Bienvenue dans « le troisième âge du suffrage universel », qui est « celui qui voit, après les électeurs apprentis, les citoyens arbitres des luttes politiques devenir leurs otages » : ces derniers « refusent le jeu et lorsqu’ils reprennent éventuellement le chemin des bureaux de vote », c’est pour être « plus contre que pour ».

8) « Une croissance contre nature ». Extrait du prochain livre d’Eric Jaffrain « la guérison de l’économie ». Sortie prévue en 2016 aux Editions Jouvence. A lire sur le site de l’auteur cette réflexion sur « la croissance », tant attendue par les politiques et industriels « comme un messie qui semble être le seul capable de résorber le chômage et d’augmenter le niveau de vie de la population, ou encore de réduire la pauvreté ». Mais cette croissance-dont la venue certaine est sans cesse annoncée par les prophètes du XXIe siècle, mais que l’on attend toujours-en avons-nous vraiment besoin ? A-t-elle du sens aujourd’hui ?

Et puisque l’on parle de « croissance »,

9) Voici le compte-rendu par Steve Morales de sa visite d’une « megachurch » prônant l’évangile de la prospérité, publié sur TGC Evangile21. L’article va bien au-delà d’une dénonciation « classique », et c’est ce qui fait tout son intérêt : « Nul besoin de partager une nouvelle vidéo montrant des pratiques ridicules des églises prônant l’évangile de la prospérité. Partageons l’Évangile lors de tête-à-tête, et démontrons patiemment en quoi le Seigneur Jésus vaut bien plus que toutes les promesses de richesses terrestres ». En clair, « arrêtez de dénoncer sur votre page facebook ces faux docteurs. Cherchez plutôt à amener avec douceur ceux qui les écoutent à Christ ».

Peut-être le pendant de cet autre article sur une certaine « abomination ».

10) Une urgence : casser le mythe du self made man, « un mythe dangereux » qui mène inévitablement à l’idolâtrie et à la fin d’un peuple, comme nous le rappelle l’Ecriture.

Ce « mythe moderne », le documentariste Pierre Carles appelait déjà à « le briser », dans une interview sur Acrimed : Cessons « d’appréhender la société par le seul biais de l’individu, soit la figure du self made man, du héros entrepreneur ou du sauveur providentiel qui ont contaminé les JT et les magazines d’information, avec le message implicite que la collectivité n’a pas d’importance, que l’individu existe en dehors d’elle, qu’il s’est forgé tout seul. Car c’est ça, l’idéologie de l’information télévisée, sa propagande »
11) « Pour ou contre le baptême d’enfant ? Et si c’était plus compliqué que ça… ? »
Comment dépasser le fameux « choix binaire de type baptême / pas baptême »(des enfants), avec l’alternative(plus biblique) de la présentation d’enfant (ou bénédiction d’enfant)-que nous pratiquons dans notre église.
Une intéressante et honnête réflexion sur le blogue du théologien suisse Philippe Golaz.

12) « Et si l’on parlait du sacerdoce universel, plutôt que de se limiter à un lectorat exclusif de pasteurs » ? A lire sur TGC – Evangile 21 : L’auteure-qui est une femme- n’est « pas intéressée par la prédication dominicale ». Mais elle chérit « l’espoir qu’un jour tout cela se soldera par un sermon sur le sacerdoce universel des croyants : Mes frères, nous ne sommes pas tous des frères. Chérissez la fraternité du ministère pastoral, mais pour l’amour de l’église, invitez vos sœurs à trouver leur place dans le ministère, une place que vous auriez voulu offrir à un homme par réflexe ».
Et si vous n’êtes pas superstitieux, voici un treizième et dernier lien, dans la série « Leurs Meilleurs vœux : en guise de rattrapages » :
13)Celui d’Alain Ledain, publié fin 2015 sur son blog « Ethique chrétienne » : « Une courte méditation sur la fragilité », où il s’agit « de choisir entre la bonne et la mauvaise fragilité, entre la vie et la mort (c’est-à-dire entre la relation ou la séparation relationnelle), entre l’acceptation de ce que nous sommes (fragiles) ou le masque lassant de la performance et de la compétitivité ».

 

 

 

Notes :

(1) Qui s’était « taillée la part du lion » dans les colonnes du journal « le 1 » , pour expliquer « comment parler de la laïcité à nos enfants », et ce, alors qu’elle n’est pas spécialiste de la question.

 
(2) Dont Olivier ABEL, professeur de philosophie, IPT de Paris, Fonds Ricoeur, Jean BAUBEROT, président honoraire EPHE, ancien titulaire chaire Histoire et sociologie de la laïcité, fondateur du Groupe Sociétés, religions, laïcités, Rachid BENZINE, historien, herméneutique coranique, IPT Paris, Jean-Dominique DURAND, professeur émérite histoire contemporaine, université Jean-Moulin, Lyon-3, Etienne FOUILLOUX, professeur émérite en histoire contemporaine, université Lumière, Lyon 2, Sébastien FATH, chargé de recherche CNRS, Groupe Sociétés Religions Laïcités, Raphaël LIOGIER, professeur, IEP Aix-en-Provence, Collège International de Philosophie, Paris, coresponsable du réseau Sociologie et Religions de l’AFS, Michel WIEVIORKA, directeur d’études, EHESS, European Research Council, Président du directoire de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, Jean-Paul WILLAIME, directeur d’études émérite EPHE, ancien directeur du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités…….

Agressions de Cologne : D’un certain traitement médiatique qui s’appelle « bâtonnage »

Quel devrait être le rôle des médias ? « De rassurer, d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages », lisait-on dans ce manifeste de la revue « R de Réel », le 1er mai 2002.

Puisque l’on en parle, la façon dont les médias ont traité « les agressions de Cologne » est, à cet égard, édifiant. En gros, comme le résume assez bien Basta mag, « la police de Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne », avait enregistré mardi 5 janvier 2016 « quatre-vingt dix plaintes pour des faits de vols et d’agressions sexuelles, dont une plainte pour viol, perpétrés la nuit de la Saint-Sylvestre. Tous se sont produits sur une place centrale de la ville, entre la cathédrale et la gare. Cette masse d’agressions scandalise l’Allemagne ».

Parmi d’autres médias, Paul Ohlott, le principal animateur et « rédacteur » d’un blogue d’ « Actus chrétiennes », pensait-t-il avoir trouvé un sujet « en béton », bien polémique, propre à provoquer « la baston » ? Le 8 janvier, il publie ce billet intitulé : « Un millier de réfugiés syriens, « tout juste arrivés en Allemagne », ont agressé sexuellement des femmes… ».

Ledit « billet » est en réalité un simple copier-coller d’un article publié sur 20 minutes, dont le titre originel est tout autre : « VIDEO. Agressions sexuelles à Cologne: Des policiers allemands mettent en cause des réfugiés syriens ». Remarquons cette pratique utilisée par Paul Ohlott et que l’on appelle, en jargon du métier, du « bâtonnage » de dépêches. Il s’agit de « l’une des tâches les plus ingrates d’un journaliste », explique Alice Antheaume sur son blog « WIP(« Work In Progress ») : soit de réécrire une dépêche fournie par une agence (type AFP ou Reuters) « en la remaniant à la marge » et, au besoin, en rhabillant les titres…. « Le bâtonnage serait le symbole de la paupérisation de la profession de journaliste, et, de surcroît, le chemin de croix des «forçats de l’info», ces soi-disant OS de l’Internet qui travaillent sur des sites de presse, des pure-players, mais aussi sur des plates-formes de contenus, comme Orange, Yahoo!News ou Dailymotion, ou pour des agences. On dit «bâtonner de la dépêche» ou «bâtonner» tout court. ».

En gros, « l’info » sur le sujet « d’actu » du jour tombe et « il faut la traiter le plus vite possible ». C’est à dire : copier-coller la dépêche, la toiletter un peu en changeant le titre, et « publier », espérant provoquer le buzz et la polémique. Valeur ajoutée ? Nulle. Or, pour l’essentiel, le contenu quotidien proposé par « Actus chrétiennes » relève justement plus du « bâtonnage » ou du recyclage d’articles provenant d’autres sites(le ton polémique en plus), que d’un véritable travail d’écriture ou d’enquête de terrain.  Le reste étant constitué de billets d’humeur ou « coup de gueule »(qui ne coûtent pas cher) rédigés par Paul Ohlott lui-même.

Mais le plus grave est ailleurs, car en publiant trop vite des affirmations non vérifiées sur le nombre et l’origine des agresseurs, et qui se sont avérées fausses(1), à l’instar d’un grand nombre de médias « non chrétiens », notre « rédacteur » tend le bâton pour se faire battre.

Ainsi, au milieu de plus de 150 commentaires, dont la plupart se passeraient de commentaires, l’internaute Tania réagit (9 janvier 2016 • 19 h 06 min ) : « Bon..ok ..Relisez bien votre titre en gras pour l’article… Ensuite regardez comment votre nez est en train de pousser comme Pinochio….. Euh..sans blague …it’s sure ?:  » Un millier de réfugiés »? .. ont agressé sexuellement. Est-il besoin d’écrire un mensonge (au sujet du millier ayant sexuellement agressé..) pour alourdir une réalité criminelle déjà sordide ? Avez-vous un objectif opportuniste (malsain) derrière ce shmilblick?….Un peu d’objectivité vous redonnerait de votre étoffe de vrai journaliste, pour l’instant vous nagez dans le compromis douteux ».

Mais lui, Rédaction, « voulant se justifier », répond (10 janvier 2016 • 0 h 20 min ) : « Le titre est juste. Il y a eu plus de 300 plaintes en une nuit ».

Ce à quoi réplique Tania (10 janvier 2016 • 7 h 46 min ) : « Le titre est faux : seulement un pourcentage de ces trois cents agressions (très important, certes) concerne des agressions sexuelles. Par ailleurs les informations disent bien qu’il y a un très grand nombres des criminels qui ont été identifiés comme étant des réfugiés syriens mais elles ne disent pas qu’il s’agit d’ « un millier » de réfugiés qui ont commis des viols sexuels sur 300 civils. Vous vous enfoncez comme d’habitude dans votre entêtement ….alors que vous avez clairement tort… » 

Plus exactement, comme nous en informent notamment La Croix, ou encore Basta mag, « selon la police de Cologne, dès 21 h le soir du 31 décembre, plusieurs centaines de personnes, en majorité des hommes, se trouvaient sur cette place du centre de la ville. En partie ivres, ils lançaient pétards et feux d’artifices – qui sont en vente libre et autorisés en Allemagne pour la Saint-Sylvestre. À 23 h, la foule regroupe un millier de fêtards et de badauds. La police est présente sur les lieux. Elle intervient même pour faire évacuer une partie de la place. Mais ce n’est qu’après qu’elle se rend compte des agressions dont ont été victimes, en majorité, des femmes. Les plaintes de femmes agressées, souvent pour des vols de portefeuilles et de portables, commencent à affluer. Dans un communiqué, la police déclare que « les suspects tentaient, par les attouchements, de détourner l’attention des femmes à qui ils étaient en train de voler des objets de valeurs ». Elle fait aussi état de témoignages selon lesquels les agresseurs auraient été d’« apparence nord-africaine ». L’élément a ensuite été repris sans précaution par un grand nombre de médias. Pourtant, mis à part ces suppositions basées sur leur apparence, la police n’a fourni aucun élément officiel sur les agresseurs ». Le mercredi 6 janvier, Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (État-région dans lequel se trouve Cologne) avait indiqué « que la police avait pour l’instant ciblé trois suspects. Aucun élément n’avait pour l’instant été fourni sur leur identité »(2). Mais, relève encore Basta, « depuis que la police a fait état de témoignages selon lesquels les auteurs seraient des hommes « d’apparence nord-africaine », c’est un flot de préjugés racistes qui a pris le relais de l’indignation sur le sort réservé aux femmes ce soir là à Cologne – et à leur quotidien dans l’espace public ».  »

Devant des élus locaux, le ministre de l’Intérieur régional a mis en garde contre une stigmatisation des étrangers : « Stigmatiser un groupe (de population) comme des agresseurs sexuels est non seulement une erreur mais aussi dangereux. C’est ce que font les charognards de l’extrême droite, c’est leur seul argument ».

Prudence que n’a pas eu le « rédacteur » d’un blogue qui se fait pourtant fort d’offrir des « actus chrétiennes », comme le relève l’internaute Yves (10 janvier 2016 • 10 h 35 min ) : « 300 plaintes ne signifient pas un millier de coupables et un millier de coupables ne sont pas nécessairement un millier de « réfugiés syriens ». Vous aviez le choix d’un titre plus prudent et objectif, ne nous dites pas que ce n’est pas à dessein que vous avez choisi celui-là où je vois très bien votre intention dans la surenchère et l’incitation à la haine. C’est votre responsabilité entière d’en assumer maintenant les appels au pogroms contre les mosquées mais c’est aussi celle de vos lecteurs de vous dire le cas échéant leur dégoût pour un procédé journalistique indigne d’un chrétien et même d’un simple citoyen soucieux de vérité ». Et même d’aller voir ailleurs.

Effectivement. Comme dit l’adage journalistique, « informer, c’est choisir ». Et l’on choisit selon un but bien déterminé. Quel a été celui de « Rédaction » ? Chacun jugera, mais l’on serait en droit de se demander, à l’instar de Titi (8 janvier 2016 • 21 h 44 min ) « quel est le lien entre cet article et le christianisme ». Et de réclamer, si c’était possible : « svp que actu-chrétienne devienne actu-évangélique ». En clair : un site porteur de « bonnes nouvelles »(c’est le sens d’ « évangile ») ou de bonnes nouvelles édifiantes, plutôt que des unes à caractère raciste, racoleur et populiste « pour faire le buzz », ou des publi-reportages et autres divertissements people….(3)
Serait-ce « demain la veille » ? En attendant, en plus d’être bien peu fiable, Actu (vraiment ?) »chrétienne » paraît plutôt représentatif de ce que l’on peut appeler un site « involontairement pédagogique », vu que l’on peut y apprendre tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de déontologie de la presse. Il serait temps que les Evangéliques se montrent beaucoup plus exigeants en matière d’éthique et de déontologie de la presse, et décident de prendre à bras le corps cette problématique relative de ce que seraient des médias sérieux et indépendants, réhabilitant un véritable travail de journaliste. Lequel journaliste jouerait, non un rôle de simple « publiciste » ou d’un organe de presse qui dirait ce qu’il faut penser, mais un rôle de journaliste, soit d’information, d’explication et d’interrogation, à mille lieux d’analyses superficielles et catastrophistes, jouant sur le scandaleux et suscitant une indignation stérile.

 

Notes :

(1)Alors même que la police n’avait, au moment des faits, arrêté que trois suspects sur lesquels elle n’avait communiqué aucun élément officiel.

(2)  Selon La Croix, la presse locale à Cologne a parlé « d’une expédition menée par un groupe de gens cherchant à en découdre avec des étrangers à Cologne après les violences du Nouvel An. Le rapport du ministre est le premier du genre alors que la police locale de Cologne depuis une semaine s’est distinguée par une communication confuse et très parcimonieuse. De nombreuses zones d’ombre demeurent : comment les agressions ont-elles pu prendre une telle ampleur sans que la police n’intervienne alors qu’elle était à proximité ? Pourquoi a-t-elle attendu plusieurs jours avant d’en révéler l’ampleur ? Et les violences étaient-elles planifiées ? »

Voir aussi : http://rue89.nouvelobs.com/2016/01/11/facebook-les-refugies-syriens-denoncent-les-agressions-cologne-262783

 (3) Si c’était encore « un accident » ! Mais à noter que le 7 décembre 2011, Actu « Chretienne » nous offrait de regarder « un reportage percutant réalisé par CBN News », affirmant qu’à Oslo « 100% des viols » auraient été « commis par des non-norvégiens »(soit « des immigrés » en Norvège). Une « info » à 100 % bidon, par ailleurs abondamment relayée par la plupart des sites d’extrême-droite. A l’époque, il était aussi question de tenter d’expliquer les causes d’une agression (ici l’attentat d’Oslo) par le biais de l’immigration. Une triste impression de déjà vu, à comparer avec http://www.lexpress.fr/actualite/politique/oslo-un-proche-de-le-pen-berne-par-une-fausse-info_1018082.html

 

 

 

 

 

Foireux liens(8) : face à une actualité « chaude », ne laissons pas refroidir notre engagement !

Les "Foireux liens" de Mars : une actualité "chaude", qui ne devrait pas vous laisser "froid"...

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité « chaude », qui ne devrait pas vous laisser « froid »…

Les « Foireux liens » sont de retour ! Au menu : actualité plus ou moins « chaude » appelant à la vigilance (« Fin de vie », éducation, « neutralité religieuse », « identité et culture »…) ou pistes d’expérimentation/d’engagement possibles (écologie, pauvreté, éducation, culture…) ; questions sur les médias ; questions « théo » mais non moins pratiques….

Questions « Théo » pratiques :

– « Le Bon combat » s’interroge : « Quand baptiser les « nouveaux convertis » ? Ou comment respecter « le bon ordre » : « sûrs », puis « matures ».

 
– Toujours sur « Le Bon Combat » : « Masculinité et féminité bibliques: la déclaration de Danvers » pour remettre les choses à l’endroit. Un thème particulièrement d’actualité, qui appelle à une réponse fondée sur la Bible…..

– Sur TGC : « Est-ce important de croire en l’historicité d’Adam  et Ève comme le premier couple humain, créés à l’image de Dieu, qui ont péché contre leur Créateur, plongeant ainsi la création dans la futilité de la corruption ? » 
Oui, c’est important. C’est même très important. La raison ici.

Médias :

– Une information, rapportée par le «Washington Post», révèle que la chaîne d’information Fox News vient en effet d’être élue «chaîne d’information la plus digne de confiance», par 29% des Américains interrogés, dans le cadre d’une étude de l’université de Quinnipiac. L’intérêt étant de connaître la méthode utilisée, qui a permis d’obtenir un tel résultat…

 – « Réinformation » et désinformation  : l’extrême droite des médias en ligne : c’est sur ACRIMED.
 
– Et parce qu’il convient d’être toujours « constructif » : des propositions pour une refonte des aides à la presse.

 

« Actualité (plus ou moins)chaude », appelant à la vigilance :


– Un curieux débat, entre un historien chrétien et un intellectuel néopaïen, découvert via le blog de Patrice de Plunkett, a eu lieu à la paroisse Saint-Lambert de Vaugirard (Paris XVe), « le quatrième jour du mois dédié au dieu Mars ». Sujet : « le christianisme et l’Europe : un mariage heureux ou contre-nature ?  ». Son analyse, sur le site « Le Rouge et le Noir », par le blogueur catholique « Bougainville ». La conclusion est à lire avec attention, et à rechercher avec ce qui suit :

– Cela  s’est installé ou « s’installe sans bruit ». L’argument pour dissuader « les contre » : s’y opposer, c’est « du conservatisme ».
….Ainsi, l’euthanasie : réaction sur « Koztoujours » et « Les Cahiers libres ».

 
–  Un autre débat refait surface : celui sur la neutralité religieuse des crèches (encore) relancé
La proposition de loi Laborde(RDSE) « visant à étendre l’obligation de neutralité à certaines personnes ou structures privées accueillant des mineurs et à assurer le respect du principe de laïcité »( cf sur le site du Sénat  et celui de l’Assemblée nationale ) a soulevé l’opposition aussi bien des catholiques que des musulmans mais aussi de l’Observatoire de la laïcité. Cette proposition de loi, dont l’examen prévu le 12 mars a été reporté suite aux contestations exprimées, a relancé un débat devenu lancinant. A lire sur La Vie

 
– Autre sujet : un entretien avec Alexis Escudero, auteur de La Reproduction artificielle de l’humain, publié dans Article 11.
Une prise de position qui n’a pas fait l’unanimité dans la rédaction, laquelle a tout de même décidé de la publier…. C’est le double intérêt de lire l’article…
 

– Réforme du collège : ce qui va changer en 2016
 Quelques « échos » ici et des réactions, .  
 
 – Évasion fiscale, fraudes et manipulations : découvrez le casier judiciaire de votre banque….
…..si elle ne spécule pas sur la faim dans le monde

 

Champs d’expérimentation ou d’engagement :

-Ils font plus que protester : ils agissent.  Sur plusieurs fronts
 
– Un projet de café associatif culturel et premier espace « catho-friendly » de coworking(un lieu de travail qui accueille une communauté d’auto-entrepreneurs, de créateurs d’entreprise et de travailleurs indépendants) à Lyon: « Le Simone », en hommage à la philosophe Simone Weil.
“Culture, convivialité et création” sont ses trois grands piliers.
Découvert grâce aux « Cahiers libres ». Il peut être une source d’inspiration, même pour les protestants/protestants-évangéliques.


– Casser les idées reçues sur les pauvres : « Hackons la misère »
Testez-vous ! 

 

 

 

« Et c’est ainsi qu’on fabrique colère et lassitude chez le téléspectateur frustré … »

« ….au lieu de lui donner les outils pour raisonner et participer au débat ».

A découvrir cet excellent récent billet de blogue d’Aliocha, journaliste, à propos de deux grands événements récents : la coupe du monde 2014 et la grève de la SNCF…et de la façon dont on nous en informe : une information « optimale », « en continu », pour le premier, et une information « bien moins optimale », pour le second. Et avec quelles conséquences  ? Et, surtout(la réponse à cette dernière question, telle « la morale de l’histoire », peut faire mal)pourquoi un tel traitement de la part des médias ?

Car, enfin, qu’attendons-nous des médias ?

Pour en savoir plus, lire ici : http://laplumedaliocha.wordpress.com/2014/06/16/des-emmerdes-et-des-jeux/

Foire aux médias(4) : journaux, magazines ou sites « non chrétiens »

Suite et fin de notre « Foire aux médias », débutée ici, et poursuivie ici, et .

Eau turbulente par Daniele Pellati Suivre le courant, au risque de se laisser emporter...ou vivre à contre-courant ?

Eau turbulente par Daniele Pellati
Comment être une presse ou un média « à contre courant » ?

Au menu, des journaux, magazines et sites « non chrétiens » : Certains spécialisés dans le décryptage/ »observatoire des médias » et d’autres, représentatifs d’une curieuse presse « pas pareil » à observer, notamment par le choix de ligne éditoriale, le traitement de l’information, le graphisme, le style et le modèle économique (sans pub) de la plupart.

 

24 heures dans une rédaction : Depuis 2013, un outil simple et pédagogique pour connaître le métier de journaliste. Co-réalisé par l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et Canal France International, l’agence française de coopération médias à destination notamment de l’Afrique, il propose 4 séries de 24 fiches pratiques sur l’exercice du journalisme. Ces documents rédigés par des journalistes confirmés en télévision, radio, web et presse écrite sont destinés aux journalistes, et formateurs en journalisme, mais aussi pour le grand public.

Acrimed : ou Action-CRItique-MEDias. Sur un mode très différent d’« Arrêt sur image » (lequel n’échappe pas toujours au piège du racolage, à mon goût), une association née en 1996 du mouvement social de 1995, qui se veut un « observatoire des médias ». Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante. Depuis octobre 2011, Acrimed publie par ailleurs une revue papier trimestrielle, le magazine Mediacritique(s)

L’Age de faire : Sympathique périodique national « grand public », paru pour la première fois en octobre 2005(aujourd’hui mensuel) et créé par un ancien entrepreneur dans le BTP. L’Age de faire propose « des outils pour réinventer le monde » : « savoir » et « comprendre », pour « agir », dans les domaines de l’écologie, la citoyenneté et la solidarité, au niveau local comme international. Mais surtout, le journal promeut un mode de vie écologiste « responsable » assez radical. Son indépendance financière (ni subventions, ni publicité) repose sur ses abonnements et sur ses lecteurs : un mode de diffusion original, basé sur des « coopérateurs » qui s’engagent à acheter un certain nombre de numéros par mois et à les diffuser.
Il est possible de trouver l’Age de faire dans les biocoop, épiceries équitables, associations écologiques, stands de producteurs, et même certains cinémas indépendants(tels le réseau « Utopia »). Il est animé depuis fin 2011 par une Sarl Scop (Société coopérative de production). Les six salariés détiennent la majorité des voix et du capital au sein de l’entreprise. Ils décident ensemble du contenu et de la gestion du journal.

Basta Mag : Pure player se voulant « alternatif », Basta ! veut offrir un autre regard sur l’actualité : sur les problématiques sociales et environnementales(qu’il veut décloisonner et traiter de manière transversale), sur la solidarité internationale et l’engagement citoyen. Par la production d’articles, reportages, enquêtes, interviews, vidéos, Basta ! décrypte les crises qui rongent le monde actuel : crise économique, crise sociale, crise de la démocratie, crise environnementale. On aime sa volonté de « ne pas se contenter d’évidences », de creuser et d’essayer de comprendre le fond des sujets, comme sa volonté de ne pas faire le même traitement médiatique que d’autres médias. « Engagé »(avec une production journalistique qui se rapproche parfois du contenu des sites associatifs ou syndicaux), mais pas « partisan ». Excellent. A suivre de près, pour son sérieux.

CQFD : mensuel « de critique et d’expérimentation sociale », distribué tous les premiers vendredi du mois.  Basé à Marseille, son comité de rédaction est composé essentiellement de chômeurs. Il est certes souvent « en colère » mais traite avec professionnalisme des sujets locaux, nationaux et internationaux, liés à la pauvreté, aux mouvements sociaux, aux résistances sociales parmi les salariés, dans les périphéries urbaines et aussi dans le milieu agricole. Car il n’est pas question pour lui de ne publier que des billets d’humeur ou des éditoriaux, ni de faire du « journalisme Google ». Sa ligne éditoriale : « faire un Charlie mieux informé et un Diplo plus accessible. » Sans publicité, il est gratuit pour les personnes incarcérées. A noter que ses numéros d’été traitent le plus souvent de sujets pointus et exigeants (les langues, l’éducation…), quand d’autres médias se laissent aller à la facilité.

Les Dossiers de l’Actualité : « L’actu décodée » – Idéal pour les lycéens et étudiants. Conçus par les journalistes de La Croix (un des quotidiens français de référence) et de Phosphore (mensuel pour les jeunes), Les Dossiers de l’Actualité proposent un temps pour faire le point, chaque mois, de façon pédagogique et éclairante, sur trois sujets qui comptent : politique, économie, culture, environnement, société…

L’Eléphant : une revue trimestrielle qui revendique cette idée jugée désuète, à l’heure où toute la connaissance du monde est à portée de clic : « La culture générale et l’éducation contribueront à sauver le monde ». 

e-media.ch : l’indispensable site suisse romand d’éducation aux médias, qui me paraît beaucoup mieux conçu que celui de son homologue du CLEMI français. On y trouve d’importantes ressources pédagogiques consacrées à la presse papier et audio-visuelle, au cinéma (avec des fiches films détaillées), la publicité, l’internet, les technologies de l’information et de la communication, et la littérature jeunesse.

Le Gorafi : pour ceux qui en ont assez de certains « pure players », ce site se livre à une parodie(en faisant preuve d’ironie) jouissive des sites de presse. Comme le dit si bien la journaliste « Aliocha », « des gens capables de concevoir un article qui dit que « 79% des français refusent de répondre aux sondages » [ou « À l’encontre de son code de déontologie, un journaliste pose une question économique au président »] mériteraient d’être élevés au rang d’antidépresseur recommandé par la faculté de médecine ». A quand la recommandation « sur les chaines d’information continue et des sites de presse de la lecture du Gorafi, au même titre que la consommation de 5 fruits et légumes par jour » ? Certaines personnalités (notamment politiques) s’y sont d’ailleurs laissé prendre, en relayant une « infaux » du « Gorafi », la croyant « vraie ».

Habilomedias : un autre site francophone, canadien, d’éducation aux médias et de litteratie numérique, sans but lucratif, et tout aussi riche que le précédent. Son objectif est de veiller à ce que les enfants et les adolescents développent une pensée critique, pour un usage « citoyen, actif et éclairé » des médias et du numérique. On y trouve quantité d’outils et de ressources pédagogiques destinés aux parents et aux enseignants.

La Décroissance : « le journal de la joie de vivre » et « premier journal d’écologie politique ».
Créée en 2004 par Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, fondateur de « Casseurs de pub », La Décroissance est un mensuel critique qui veut incarner un projet d’écologie politique radical, sans compromis ni compromissions, et promouvoir une société basée sur « la décroissance soutenable »(sachant qu’une croissance perpétuelle est illusoire sur une planète aux ressources limitées). Un étonnant journal, particulièrement intransigeant(au risque de demeurer marginal), qui offre débats, chroniques, coups de gueule, interviews, articles de fond, dessins(d’Andy Singer, Colloghan…) et BD.

 

OWNI :  un média d’enquête, de reportage et de data-journalisme, dédié aux cultures numériques ainsi qu’aux nouveaux enjeux de société.Une référence. Leur charte éditoriale se découvre ici. Placé en liquidation judiciaire le 21 décembre 2012, le site est fermé depuis, mais toutes les archives restent en ligne. C’est un bien commun en « Creative Commons ».

Sciences Humaines : le magazine référence indépendant, sans annonceurs et pariant sur ses lecteurs, « pour comprendre l’humain et la société à travers l’actualité des sciences humaines et sociales ». Conçu, dès l’origine, comme un instrument de synthèse des connaissances.

Le Tigre magazine : un drôle d’animal « curieux » ayant réussi un temps à poser sa griffe dans la jungle médiatique, avant de disparaître en 2015. Découvert « par hasard » il y a quatre ans dans un cadre professionnel, il m’est devenu « familier » avec le temps. « Familier », mais pas « domestique » pour autant.
Fondé en 2006, Le Tigre était un mensuel généraliste, indépendant, éclectique, souvent imprévisible et sans publicité, distribué en kiosques et en librairies. C’était aussi une aventure de presse novatrice avec de petits moyens, à rebours de la logique économique actuelle : il proposait un journalisme inventif, curieux, ouvert au monde, exigeant et constructif, dressant des passerelles entre des secteurs d’ordinaire très éloignés.  On pouvait y découvrir des contributions de journalistes, photographes, dessinateurs, écrivains et universitaires.

Parmi ses choix : le refus« de ne pas faire ce que d’autres font déjà très bien »(comme les recensions de l’actualité culturelle-livres, films, disques, etc), au profit de créations d’auteurs contemporains (pages graphiques et dessins, photographies sans contrainte d’actualité…..) » ; l’ironie plutôt que le pamphlet et la diatribe ; le télescopage, le décalage et le recul aux lignes de fracture traditionnelles. Le Tigre était un animal solitaire : plutôt que la défense d’un groupe, ou de dire ce qu’il faut penser, Le Tigre avait l’ambition de faire réfléchir. Il réveillait en nous non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien.

Depuis 2006, Le Tigre a connu de nombreuses vies : hebdomadaire à sa création, il a été mensuel en 2007, bimestriel en 2008-2009, quinzomadaire en 2010, et mensuel début 2011, avant de cesser de paraître(définitivement ?) depuis 2015. Enfin, Le Tigre était le premier journal en France à être conçu uniquement avec des logiciels libres.

« Foire aux médias »(et non « foireux médias »)

Médias chrétiens(ou non) : que et comment choisir ?

« Faisons un rêve »….à l’instar de Basta Mag « que tous les citoyens aient accès à une information éclairée et éclairante – lumineuse, même. Qu’à la place des couvertures populistes ou des anecdotes montées en épingle pour faire le buzz, chacun puisse lire des analyses, étayées, sur comment se porte le monde, sur ce que l’on doit changer en profondeur, et comment cela serait possible ».
Faisons un rêve « de médias qui appartiennent à leurs lecteurs et non à des marchands d’armes ou à des milliardaires qui ont fait fortune dans l’industrie du luxe.
Des médias qui privilégient l’investigation plutôt que les publireportages ou les dépêches d’agence remâchées et rabâchées. Des journalistes qui expliquent et interrogent, qui ne se contentent pas des apparences, plutôt que des éditorialistes qui assènent leur vérité.
Des médias indépendants, alternatifs, libérés des logiques commerciales et publicitaires envahissantes, on voudrait en voir fleurir un peu partout. Dans nos villes, dans les entreprises, dans les universités, dans nos boîtes aux lettres, sur nos écrans ».

Dans ce domaine, les chrétiens sont-ils « les premiers dans les bonnes oeuvres » ?
Car, qu’est-ce qu’un « média chrétien » ? Et pourquoi un « média chrétien » ? Faut-il préférer un « média chrétien » aux autres médias, dits « séculiers » ou non confessionnels ?
Que signifie « porter un regard chrétien sur l’information/le monde » ? Le traitement de l’information n’est-il pas obligatoirement « subjectif » du fait du positionnement spirituel ou confessionnel du média ? Un média chrétien se doit-il « d’évangéliser » ? Dire « ce qu’il faut croire »…ou donner à comprendre ? Et quid de la déontologie chez le journaliste chrétien ?
Pour tenter de le savoir, voici notre « foire aux médias » (et non « foireux médias »), inspirée de celle établie il y a quelques années par le journaliste Henrik Lindell et pendant longtemps disponible sur son site http://www.dieu-et-moi.com. Le site n’existe malheureusement plus aujourd’hui*, et la liste mérite de toute façon une sérieuse remise à jour.
La voici à nouveau, mais enrichie** et personnalisée. Essentiellement francophone-« française », elle donne aussi à découvrir ce qui existe d’intéressant en Suisse et au Québec.
Elle se veut non exhaustive-car « informer, c’est choisir », mais diversifiée et la plus représentative possible du monde chrétien-en privilégiant(mais non exclusivement) certaines facettes du protestantisme évangélique. Les médias et sites qui figuraient dans la liste initiale d’Henrik Lindell(ainsi que les commentaires originaux de ce dernier) seront en italique.
Elle se veut également représentative de ce que nous aimons dans une presse ou un média digne de ce nom  : un projet éditorial clair, sérieux et original ; des enquêtes de terrain et des reportages ; un véritable travail sur les sources et « la fabrique de l’information » ; une diversité de sujets et de genres ; que l’on m’informe et non que l’on m’affirme ; que l’on me donne à comprendre et non que l’on me gave de faits divers, de « people », « d’insolite », ou de spectaculaire plus ou moins racoleur ; une véritable indépendance, notamment vis à vis des institutions, du pouvoir, de la pub, de l’argent ou toute activité sans aucun rapport avec la presse et l’édition ; et bien entendu, le respect de la déontologie de la presse.

La liste est établie selon le plan suivant : « médias chrétiens »(presse et radio, essentiellement), « sites et portails chrétiens », « blogues »(de partage, d’étude et de méditations bibliques ; de théologie ; d’infos)…sans oublier une certaine « presse pas pareil », non chrétienne.
Enfin, avant d’aller plus loin, n’oubliez pas  de consulter les liens suivants-fort instructifs !-vers des articles de réflexion ou des manifestes sur la presse et les médias :

http://www.le-tigre.net/Pourquoi-pas-Le-Monde-texte.html ; http://owni.fr/2011/12/09/raphael-meltz-le-tigre/ ; http://www.article11.info/?Raphael-Meltz-Le-Tigre-Il-vaut ; http://www.acrimed.org/article3488.html ; https://pepscafeleblogue.files.wordpress.com/2013/02/xxi-manifeste-un-autre-journalisme-est-possible.pdf ; http://cahierslibres.fr/2014/01/du-journalisme-des-journalistes-4-les-nouveaux-horizons/ ; http://www.mediaculture.fr/2012/10/16/editeurs-de-contenus-si-vous-cessiez-de-vous-faire-phagocyter-par-google-et-facebook/ ; http://www.mediaculture.fr/2011/01/16/les-impostures-de-l%E2%80%99ecriture-web/

Bonne lecture, en attendant la première partie de ce dossier, consacré aux « médias chrétiens », très bientôt publiée à la suite de cette introduction.

N’hésitez d’ailleurs pas à réagir sur ce sujet(en donnant une réflexion, un témoignage…), au pied de cet article, que vous soyez journaliste ou non, chrétien ou non, ou tout simplement quelqu’un d’intéressé à la question des médias et de leurs enjeux !

 

 

Notes :

*Né en janvier 2008, http://www.dieu-et-moi faisait déjà entendre une voix chrétienne originale….avant de disparaître brusquement trois ans plus tard. Il nous manque beaucoup. Selon son créateur et animateur, le journaliste Henrik Lindell(« Horizons évangéliques », « Témoignage Chrétien », et actuellement « La Vie »), un « média chrétien » doit être : « ancré dans la foi en Christ, pédagogique, pratique et indépendant de toute institution ecclésiale(et même politique) ». Il doit « s’intéresser à l’innovation et s’inscrire résolument dans la fraternité ». Il doit être « un témoignage authentique de la relation entre l’individu et Dieu. Et être au service de tous les chrétiens et de tous ceux qui s’intéressent à la foi ».

** Merci également aux « Cahiers libres » (dont nous avons déjà parlé et qui figurent dans la liste), et notamment à l’un de ses responsables, « Benoît Sibille »(qui est venu nous rendre une petite visite amicale, sur Pep’s Café !), pour ses éclairages bienvenus sur sa propre publication et sur d’autres médias catholiques. A noter que « Les Cahiers… » ont également aimablement publié, la semaine dernière, l’un de nos billets : « Président bashing ou Président blessing ? »

« Débat sur le débat » : les questions que j’aimerai voir posées…

Débat du bois par Michael Meilen Vrai débat ou débat langue de bois ?

Débat du bois par Michael Meilen
Vrai débat ou débat langue de bois ?

« Débat » est un mot magique, qui semble incontournable dans nos sociétés démocratiques et médiatiques. Tellement incontournable qu’il a tendance à éclipser- un peu trop à mon goût- le terme de « discussion » ou de «dialogue».

De fait, l’intitulé (du moins sur le papier) de l’un de mes stages professionnels obtenus cette année, qui avait pour objet la place des médias dans le débat dit citoyen, m’avait justement paru très pertinent.

Le contenu du stage a-t-il répondu à mes attentes ? Malheureusement non. Il a plutôt (et souvent) été hors-sujet, même si j’ai pu relevé ici ou là quelques éléments intéressants.

Quelles sont les questions que j’aurai voulu voir aborder ?
Tout d’abord, que l’on commence par le commencement en questionnant sérieusement le terme « débat ».

Le débat : c’est quoi ? Entre qui ? Pour quoi ?

Microphone sans fil par Petr Kratochvil Le débat est-il connecté ou déconnecté de la réalité ?

Microphone sans fil par Petr Kratochvil
Le débat est-il connecté ou déconnecté de la réalité ?

Un sujet « qui fait débat », c’est quoi ? C’est ce qui nous engage tous, nous citoyens.

Quels sont les sujets « qui ne font jamais ou rarement débat » ? Par ex, le nucléaire, le choix d’une idéologie économique (le libéralisme) ou les conséquences du vote du « mariage pour tous »…

Comment choisit-on le sujet d’un débat ? Qui le choisit ? Dans quel but ?
Qui invite-t-on à « débattre » ?
Qui est le médiateur ?(un journaliste, par exemple ?) Quel est son rôle ?

Le médiateur doit connaître son sujet et avoir un but : éclairer, amener à comprendre et à se construire une « opinion éclairée ».

Le médiateur choisit des débatteurs, parce que lui, d’abord, « veut apprendre des choses » et permettre « d’apprendre des choses ».

Le médiateur choisit des débatteurs divers et de convictions diverses, qui ont réfléchit à la question posée, « qui fait débat » et ont des arguments (pour expliquer le fondement de leur conviction)

Le médiateur installe un climat de débat, basé sur l’écoute, le respect et le principe « je ne tiens pas à mes convictions, je tiens à la vérité… »

Le médiateur favorise un débat équitable et « éthiquable » : il pose de « bonnes questions »(des questions ouvertes, par exemple), bouscule l’un et l’autre débatteur, ne donne pas la primauté à une opinion sur une autre, cherche à déboucher sur une issue constructive. Il confronte les opinions(ne permet pas « d’esquive » de la part des débatteurs)et clarifie un terme trop jargonneux, par exemple.

Un médiateur doit-il, peut-il être « neutre » ?
Je ne crois pas vraiment à une neutralité absolue, mais attend à ce que le médiateur soit honnête.

Ce que le médiateur ne doit pas être : un « publiciste »(ou un « propagandiste »), un « passe-plat », un porte-parole d’une « opinion dominante »…Il aide à penser par soi-même et non dire ce qu’il faut(en)penser.

Lorsque le médiateur est un journaliste (sachant que « médiateur » commence comme « média », justement…), son rôle est d’expliquer, d’engager les gens à agir.

Celui ou celle qui assiste à un débat doit pouvoir se construire une opinion éclairée et être poussé à l’action, à l’engagement citoyen. L’on doit se dire à la fin du débat : « et maintenant ? Que fait-on ? »

L’exigence d’un débat de haute tenue est proportionnelle à la nature de l’engagement citoyen.

Le citoyen(c’est vous, c’est moi) a la responsabilité, notamment de s’informer sérieusement pour être en mesure de choisir, décider et prendre position.

Le citoyen(c’est vous, c’est moi) doit refuser le « faux débat », le « débat-spectacle » ou le « débat-bidon »(par exemple, celui où ne dominerait sur le plateau qu’un seul point de vue, avec des personnes-y compris celui qui est censé être modérateur- défendant une seule opinion) et détecter les « écrans de fumée » les sujets de diversion* et repérer les vrais enjeux.

Le citoyen (c’est vous, c’est moi) doit donc s’interroger positivement et acquérir des réflexes sur la façon de s’informer.

Autant de questions que je n’ai malheureusement pas vues abordées…..

Enfin, une question subsidiaire : le chrétien, celui qui « n’est pas du monde » (et notamment celui qui n’a pas la télévision, par exemple) doit-il se sentir concerné par le rôle des médias dans le débat citoyen et par l’éducation citoyenne ?  

Le sujet fait débat ! 😉

Une piste toutefois : le chrétien, s’il n’est pas du monde, est tout de même dans le monde (Jean 17v11-16). Et il est appelé à « éprouver toute chose »(1 Thes.5v21 ; Actes 17v10-11).

Bon débat !

Note :

*L’une des dix stratégies de la manipulation de masse implique « de détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique ».

De même, le documentariste Pierre Carles juge que le pouvoir (exercé par le présentateur du JT David Pujadas, qu’il dénonce) « ne consiste pas à dire aux téléspectateurs ce qu’ils doivent penser, mais à orienter leur perception du monde, par exemple en minimisant l’existence des conflits sociaux par une importance excessive accordée aux informations institutionnelles, aux résultats sportifs, aux faits divers, au « people »… Il ne cire pas ouvertement les pompes des dominants, mais écarte ou minore les informations susceptibles de les mettre dans l’embarras, comme la hausse des inégalités entre riches et pauvres, ou la misère économique, relationnelle et intellectuelle à laquelle le pouvoir condamne les sans-grades. C’est en ce sens qu’il détient une lourde responsabilité : non pas en télécommandant les gens, mais en occupant le terrain par des sujets futiles et en nous imposant un vocabulaire partisan ».