La liberté d’opinion est-elle « une espèce en voie de disparition » ?

« Quand vous pouvez poser cette question publiquement sans ressentir la moindre crainte pour vous ou vos proches, c’est que la liberté d’expression ne subit aucune menace ».

Sinon, pour répondre à la question ci-dessous…….

…………« Parce que la vérité l’emporte sur les opinions ». Autre question ?

[Source photos : Christine Kelly. Texte « piqué » au juriste-blogueur « Maître Eolas », lequel publiait, le 03/06/21 sur son compte twitter, une réflexion en réaction à la grande campagne nationale d’affichage orchestrée en pleine période électorale par la chaîne TV Cnews, du groupe Canal+, entre le 31 mai et le 8 juin, et déployée sur 7.900 panneaux de 2 mètres carrés et de 8 mètres carrés, soit une couverture de près de 300 millions de contacts….Une campagne qui ne manque pas de sel, surtout quand un simple sketch – parodique de l’émission « l’heure des pros » de cette chaîne – a conduit au licenciement d’un humoriste de Canal, en novembre 2020, après 25 ans de maison – et ce, alors que les chroniqueurs condamnés pour injures et provocations xénophobes ne sont pas sanctionnés. Un licenciement aux conséquences durables sur les conditions de travail au sein de la chaîne…]

Et en bonus, à méditer : « Je ne tiens pas à mes opinions. Je tiens au réel et au vrai. Je m’efforce de les chercher, « en Eglise », sur le terrain. Si la vérité et la réalité contredisent une opinion, il faut changer cette opinion. C’est ce que je crois… Chacun ses choix » (Patrice de Plunkett, catholique et « laïc de base qui se trouve être journaliste », comme il le dit lui-même sur son blog ouvert depuis 2005)

Un Géant renvoyé à ses responsabilités

« On t’a fait connaître », ô média, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Il n’y a pas que les chômeurs, les pauvres ou les précaires qui doivent être « plus responsables ». Les Géants aussi. Les « Géants du Net », s’entend.

L’un d’eux, Facebook, se voit renvoyé à ses responsabilités par son propre conseil de surveillance (« Oversight Board »), créé par ses soins en mai 2020, et qu’il a lui-même saisi pour se prononcer au sujet de la suspension du compte de l’ancien président américain Donald Trump le 6 janvier 2021, peine prolongée « indéfiniment » depuis le 7 janvier, suite à ses messages publiés lors de l’irruption de manifestants pro-Trump au sein du Capitole à Washington.

Voir notre analyse publiée à l’époque sur Pep’s café! le blogue.

L’information vous a peut-être échappée, mais ce conseil de surveillance, sorte de « Cour suprême » chargée de statuer en dernier recours sur la modération des contenus, a confirmé mercredi 05/05 la suspension de Donald Trump (1) : « Compte tenu de la gravité des violations et du risque de violence persistant, la décision de Facebook de suspendre les comptes de M. Trump le 6 janvier et de prolonger cette suspension le 7 janvier était justifiée ». En appelant ses supporters à rentrer chez eux tout en parlant « d’élection volée » dans une vidéo diffusée plusieurs heures après le début de l’attaque, puis en les qualifiant de « grands patriotes » et en leur disant « We love you, you’re very special », l’ancien président américain a en effet « encouragé et légitimé la violence ; une suspension était nécessaire pour préserver la sécurité publique », écrivent les sages.

Cependant, le compte Facebook de l’ex-président des Etats-Unis n’a pas été suspendu indéfiniment, bien au contraire : l’oversight board a donné six mois à Facebook pour réexaminer la sanction infligée, qu’il estime « arbitraire » et « non conforme » avec la politique habituelle de facebook en la matière : selon les sages, « il n’était pas approprié que Facebook impose une suspension indéfinie », pas plus qu’il n’est permis « à Facebook de laisser un utilisateur hors de sa plateforme pendant une période indéfinie, sans aucun critère afin de savoir si, ou quand, le compte sera restauré », concluant par ce tacle au passage : « en appliquant une sanction vague et hors cadre, puis en renvoyant cette affaire au Conseil pour la résoudre, Facebook cherche à se soustraire à ses responsabilités ». 

Ainsi, « dans les six mois suivant cette décision, Facebook doit réexaminer la sanction arbitraire qu’il a infligée le 7 janvier et décider de la sanction appropriée ». 

Ce qui ne veut pas dire que Facebook doit réactiver le compte de M. Trump. Soit Facebook maintient la sanction, en la limitant dans le temps, mais en la justifiant avec d’autres raisons que celles données le 7 janvier. Soit Facebook réactive le compte de Donald Trump, mais en posant des règles claires pour l’avenir. A moins que la décision finale ne soit l’éviction pure et simple de Donald Trump, en effaçant son compte.

Dans le communiqué, il est également précisé qu’une part minoritaire du Conseil « a souligné que Facebook devrait prendre des mesures pour empêcher la répétition » de tels actes « et s’assurer que les utilisateurs qui demandent une réintégration après une suspension reconnaissent leurs actes répréhensibles et s’engagent à observer les règles à l’avenir ».

Si la décision sur Donald Trump est contraignante, le conseil a également adressé ses recommandations à Facebook. Notamment de procéder à une « évaluation complète de ses potentielles contributions au fil narratif de la soi-disant fraude électorale et dans l’exacerbation des tensions qui ont culminé dans les violences du 6 janvier ». Facebook a notamment laissé les groupes « Stop the steal » pulluler et Donald Trump donner rendez-vous à ses supporteurs en leur promettant que ça serait « wild » («fou »).

Enfin, le conseil de surveillance ne recommande pas de modérer les comptes des chefs d’Etats avec des règles différentes. Mais « les utilisateurs influents suivis par de larges audiences peuvent contribuer davantage au risque de violence », estime le rapport. Et ledit rapport note que Donald Trump a dérapé à plusieurs reprises sans être sanctionné, notamment lors des manifestations anti-racistes, en écrivant « quand les pillages commencent, les tirs commencent ». En cas de danger imminent, Facebook doit suspendre un compte, et en cas de récidive, ne pas hésiter « à effacer une page ».

Dans tous les cas, Facebook a du pain sur la planche. Le géant, qui a sous-estimé (à l’instar des autres géants du net) l’impact de la désinformation et des fausses nouvelles, largement diffusées via ses canaux depuis des années, sans penser aux conséquences dans la vie réelle (jusqu’à l’insurrection au Capitole du 6 janvier), se retrouve maintenant face à ses responsabilités.

Et quant à savoir s’il convient « d’applaudir » un coup d’arrêt à une prétention de « toute puissance », ou de juger « scandaleux » ou « dérangeant » de voir Facebook et Twitter « censurer la parole » d’un puissant (un chef d’Etat en exercice, en l’occurrence le Président des Etats-Unis en pleine élection présidentielle), allant jusqu’à suspendre de manière définitive tous ses comptes de réseaux @sociaux, lire notre analyse publiée sur notre blogue.

Note :

(1) Voir les différents articles écrits sur cette décision :

Facebook : La suspension de Donald Trump confirmée par le conseil de surveillance du réseau social (20minutes.fr)

Facebook : le Conseil de surveillance confirme le bannissement de Donald Trump, mais…

Bannissement de Donald Trump : « Facebook cherche à échapper à ses responsabilités »https://www.lemonde.fr/pixels/article/2021/05/05/donald-trump-reste-banni-de-facebook-et-instagram-mais-son-cas-sera-reexamine_6079229_4408996.html

« A consommer avec modération » : ou « sauf à répondre de l’abus de cette liberté »

« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien… » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Certains ont applaudi un coup d’arrêt à une prétention de « toute puissance », quand d’autres ont estimé « scandaleux » ou « dérangeant » de voir Facebook et Twitter « censurer la parole » d’un puissant (un chef d’Etat en exercice, en l’occurrence le Président des Etats-Unis en pleine élection présidentielle), allant jusqu’à suspendre de manière définitive tous ses comptes de réseaux @sociaux. En supprimant ses accès, les plateformes montrent par là qu’elles ne veulent plus être complices de la diffusion de fausses nouvelles et d’incitations à la violence que ledit chef d’Etat a longtemps pratiquées et notamment pratiqué un certain 06 janvier 2021(1).

Avant même cette décision, le 04 novembre 2020, alors que les résultats de l’élection présidentielle n’étaient pas encore connus, plusieurs chaînes de télévision [NBC News, MSNBC…] interrompaient/coupaient/corrigeaient en direct les discours de ce Président, lequel affirmait sans preuve « avoir gagné l’élection » et que celle-ci « est truquée », en annonçant que c’était un menteur.

A cela s’ajoute la décision, depuis le 7 janvier, de Google, Apple et Amazon de boycotter le réseau social Parler, « le Twitter » de l’ultradroite américaine, ainsi que des partisans de Donald Trump et des personnes bannies des réseaux sociaux. Parce que Parler a diffusé un déluge de messages d’internautes trumpistes approuvant l’invasion du Capitole… Google, Apple et Amazon exigent alors que Parler mette en place une équipe de modération, sinon le boycott deviendra définitif. Au final, Amazon porte le coup fatal dimanche 11/01, en rompant son contrat d’hébergement avec le réseau social Parler, paralysant ce dernier qui n’est désormais plus accessible sur la toile. Amazon reproche à Parler de ne pas supprimer les contenus incitant à la violence. Devenu inaccessible jusqu’à ce qu’il trouve un nouvel hébergeur, Parler a également vu ses applications mobiles retirées par Google et Apple.

Les décisions des GAFA de bannir Donald Trump suscitent maintenant un débat intense aux Etats-Unis (mais pas que) : que penser de cette attitude de ces géants du numérique ?

Premièrement, souligne Patrice de Plunkett dans une note de blogue, « dire que les GAFA outragent la liberté d’expression, c’est sous-entendre qu’ils ont tort de s’indigner de l’affaire du 6 janvier : des milliers de partisans pro-Trump, galvanisés par ce dernier, ont envahi le Parlement pour entraver l’élection présidentielle… »(2)

De fait, nous pouvons ne pas partager « l’avis de ceux qui s’indignent de cette censure, au nom d’une liberté complètement fantasmée », à l’instar de Christian Salmon, dans un entretien pour Bastamag : est-ce que ces indignés « se sont indignés pareillement des propos mensongers et provocateurs qui étaient balancés par Trump à longueur de journée, à travers des millions de tweets ? Celui qui a triomphé par Twitter périt par Twitter, et c’est très bien ainsi », conclue l’essayiste, paraphrasant cet avertissement du Christ : « celui qui prend l’épée périra par l’épée » (Matt.26v52)(3).

Mais « les GAFA ont-ils tort d’agir afin qu’on ne se serve plus d’eux pour des opérations pareilles ? Ça mérite réflexion », s’interroge encore Patrice de Plunkett dans sa note de blogue(4).

En guise de réponse, nous pourrions d’abord expliquer, à l’instar de Divina Frau-Meigs(5), pourquoi la décision de Twitter ne nous paraît pas excessive : « cela peut paraître choquant mais leur réponse ne déroge pas à ce qu’ils ont dit », explique-t-elle dans un entretien pour Ouest-France (6). « Il y a eu incitation à la violence, avec appel à l’insurrection, ils ont formulé une réponse graduée. D’abord en alertant Donald Trump, puis en suspendant son compte plusieurs heures, avant de le fermer, puis de l’exclure définitivement du service (….). On pourrait se dire que c’est hypocrite, maintenant que le lion est à terre, on finit de le terrasser car il ne va plus générer autant de trafic. Mais Twitter, comme les autres plateformes américaines, veut éviter des poursuites judiciaires. Elles répondent du droit américain [Pour rappel, les plateformes importantes, tels Twitter, Facebook….sont régies par des contrats ET par la loi. Leur système de responsabilité est grosso modo le même en Europe et aux USA (sec 230 et article 13 directive 2000/31)]. On ne peut donc pas parler de censure. « C’est une entreprise avec des règles. L’un de ses clients n’a pas suivi les règles. Donc elle opère un acte commercial, avec une rupture de contrat ».

En réalité, selon Divina Frau-Meigs, « la vraie culpabilité des plateformes, ce n’est pas d’agir si tard contre Donald Trump. C’est de ne pas avoir mis le paquet contre la diffusion des fausses informations ». Elles « ont sous-estimé l’impact de la désinformation, des fausses nouvelles » largement diffusées via leurs canaux depuis des années. « Elles ont laissé faire car cela leur rapporte de l’argent. Mais elles ne pensaient pas aux conséquences dans la vie réelle. Elles semblent en avoir pris conscience suite à l’insurrection au Capitole du 6 janvier. Désormais, on voit les fondateurs des réseaux s’exprimer, réagir, car il faut absolument sauver leur bébé (….) Ce qu’ils veulent éviter à tout prix, c’est que leurs plateformes répondent à des obligations de service public, comme c’est le cas pour la télévision. Avec un temps calculé pour le débat politique, un affichage clair de la publicité… Pour ces plateformes, ce serait de la censure. La gouvernance d’Internet est un sujet dont on parle depuis longtemps ». [Notamment dans cet article sur la privatisation du web publié dans le défunt Tigre magazine en 2011 : « La communication doit-elle être un service public ? Franchement, il semble évident que oui. Plus exactement, ce devrait être un service mondial autogéré qui oblige tout le monde à se mettre d’accord »].

Tous ces événements ne mettent-ils pas en lumière leur toute-puissance ? Divina Frau-Meigs répond qu’ « on savait déjà leur pouvoir. C’est plutôt celui de la désinformation qui a été révélé. On ne disait rien quand ces réseaux avaient un pouvoir de ralliement énorme » [comme lors du Printemps arabe]. Les grands gagnants de ces événements ne sont ni Twitter ni Trump. Mais les pays non démocratiques qui doivent se frotter les mains de voir nos fragilités ».

De là un certain malaise que d’aucuns peuvent ressentir en voyant des géants privés controversés s’ériger en arbitre du civisme… Les laisser prendre du pouvoir sur les idées n’est-il pas dangereux pour le débat public ?

Le bannissement de Donald Trump par Twitter, calqué chez les autres plateformes, a certes provoqué un déluge de réactions, mais aussi, ne l’oublions pas, de propositions de réformes, surtout en France où le gouvernement entend pré-transcrire le Digital Services Act (7).

« La présence dans le débat public des plateformes comme Twitter ou Facebook « est devenue incontournable » réagit (….) Bernard Lamon (8)[Avocat spécialiste en informatique et internet], lequel souligne que « juger de ce qui est de la diffamation, de l’appel au soulèvement, à la haine raciale, ne doit pas être confié à des acteurs privés, ni à l’administration. C’est très dangereux », ajoute l’avocat spécialisé dans le numérique. « Donc ? Les États doivent investir massivement dans leur système judiciaire. Pour la France ? Il faut 50 magistrats du siège, autant du parquet, dans un tribunal spécialisé, qui puisse gérer hyper rapidement ces dossiers. En limitant un peu la trop grande technicité du domaine. »

Laurent Chemla (9) revient sur sa piste du troisième statut, celui de « fournisseur de liberté d’expression ». Il « impliquait une totale immunité pénale quant aux contenus hébergés en échange du respect – total lui aussi – de la liberté d’expression, chaque contenu censuré ou masqué (même pour « non-respect des CGU ») devant faire l’objet d’une déclaration à un parquet spécialisé (encore une fois) chargé de dire le droit (donc soit d’obliger la plateforme à remettre en ligne les contenus sous peine d’amende, soit de poursuivre l’auteur d’un délit ainsi masqué) ». Pour l’auteur des Confessions d’un Voleur, « ça inverse la logique de la censure (l’intermédiaire ne devient responsable que s’il censure plutôt qu’irresponsable à condition qu’il censure). Et ça remet le droit là où il doit être au lieu de le déléguer à des entreprises privées »(10).

Car, face à l’enjeu de « réguler les réseaux sociaux en préservant l’idéal démocratique »,  Guillaume Champeau répond, dans une note de blogue du 10 janvier 2021(11), que s’il est attaché à la liberté d’expression (12) parce qu’il met « l’idéal démocratique au-dessus de tout », cela ne veut pas dire pour autant « que la liberté d’expression doit être absolue et qu’il faut tout laisser dire, tout laisser écrire, et n’empêcher la diffusion d’aucune expression néfaste. Cette liberté a ses limites, comme la plupart des droits fondamentaux, imposées par la nécessité de concilier tous les droits ». Comme nous le rappellent les devoirs et responsabilités liés au droit de libre expression : La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce que :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (13).

Mais ces limites aussi ont leurs limites. « Toute « formalité », « condition », « restriction » ou « sanction » imposée en la matière doit être proportionnée au but légitime poursuivi«, disait la Cour. Or comment assurer, avec l’idéal démocratique en tête, la proportionnalité des restrictions que l’on impose à la liberté de s’exprimer ? Nous avons, en démocratie, deux instruments fondamentaux pour nous en assurer.

Le premier, c’est le législateur. C’est lui qui, parce qu’il représente le peuple tout entier qui lui a confié ce pouvoir de dire la loi, détermine l’emplacement des bornes à ne pas dépasser. C’est donc bien nous, collectivement, par la voie de nos représentants, qui nous fixons à nous-mêmes nos propres limites, et qui devons veiller à ce qu’elles soient proportionnées au but que nous nous fixons, qui est de permettre la vie en société dans le respect des droits et libertés de chacun. Le second, c’est l’institution judiciaire. C’est elle qui, lorsqu’un individu ou une institution estime que les bornes fixées par le législateur ont été dépassées, regarde à quel emplacement les bornes ont été mises, et regarde où se situe le mis en cause. Il analyse la situation, et rend une décision de sanction ou de relaxe basée sur cette analyse, qui ne varie pas en fonction de ses intérêts mais est la plus objective et indépendante possible. Sans législateur et sans institution judiciaire agissant au nom et pour le compte du peuple, il n’y a pas de démocratie »(14).

Christian Salmon, quant à lui, s’interroge « sur ce que cette censure reflète du super-pouvoir des Gafam, et sur l’urgence de les encadrer et de les réguler. Au fond, cela pose une question très simple sur la nouvelle hiérarchie des pouvoirs : Trump contre les Gafam, où est le vrai pouvoir, aujourd’hui ? Chez les seconds, qui peuvent se permettre de suspendre le compte du pensionnaire de la Maison blanche – dans la législation actuelle, ils en ont parfaitement le droit. En cela, c’est une date historique, et c’est la leçon qu’on retiendra : un chef d’État en exercice censuré sur Twitter. Là aussi, il y a une réversion totale des pouvoirs entre le politique et le numérique, entre les souverainetés nationales et un pouvoir transnational.

Mais cette réversion des pouvoir concerne aussi directement Twitter et Facebook : en interdisant ainsi un compte, ils se retournent eux-mêmes contre le libre-jeu de leurs algorithmes, sur lesquels reposent toute la logique de leur pouvoir et dont personne ne connaît le contenu. Les Gafam c’est un système intégré et automatisé de clash qui est généré par des algorithmes. Or on sait que certains sont conçus pour favoriser les messages de haine raciste. On a donc une surreprésentation, dans la délibération numérique, des opinions extrémistes, racistes, d’extrême droite. Le super-pouvoir des Gafam, au-dessus des institutions démocratiques, détruit ces dernières. Il injecte dans la conversation, dans l’esprit des gens, les ferments de la négation des principes fondateurs des démocraties. Aujourd’hui, ces algorithmes doivent être révélés et mis à plat, c’est une question vitale de transparence et de démocratie » (15).

Ceci dit et pour clôturer provisoirement le dossier relevons, à l’instar de Patrice de Plunkett de Plunkett, la double ironie de l’affaire : il est ainsi « étonnant que ceux qui veulent empêcher les GAFA d’avoir leur propre politique envers Trump, (soient) en économie des ultralibéraux pur jus, partisans (le reste du temps) [« du moins d’Etat »] de laisser les acteurs économiques, même géants, faire ce qu’ils veulent sans qu’on les freine en rien [reconnaîtraient-ils les limites d’une telle posture idéologico-économique ?] ». D’autre part, nous pouvons sourire au souvenir de ce que « Trump, qui se plaint aujourd’hui des GAFA, nous menaçait de sanctions, nous Français, parce que nous nous plaignons de ces mêmes GAFA qui ne nous paient pas ce qu’ils nous doivent ! »

Moralité : « dès qu’on oublie un peu le Covid, on trouve des occasions de s’amuser » (16).

 

Quant aux chrétiens, ils sont censés savoir que leur norme de la liberté n’est pas Donald Trump ou ceux qui usent et abusent dans leur exercice de la liberté, mais Jésus-Christ Lui-même.

Jésus-Christ est en effet le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre : personne n’a pu « le convaincre de péché »(Jean 8v46), il n’y avait en lui aucune source de mal, et même Satan n’a eu aucune prise sur lui (cf Matt.4v1-11). Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs »(Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor.5v19)

Le chrétien devrait être celui qui accepte de s’autolimiter, c’est-à-dire de « ne pas faire tout ce qu’il peut », pour en tirer un maximum de bénéfices. Parce ce ne serait pas juste, et parce que ce ne serait pas selon l’amour. En toute cohérence, il saura dire « non » ou « stop » à tout abus de notre exercice de la liberté.  Loin de toute crainte de perdre, ce choix éthique, inspiré par une vision biblique, permettra au contraire à l’homme de recevoir « bien plus que cela », sur le long terme et de façon durable : l’amour et des relations authentiques, libératrices et porteuses de sens, avec le souci d’impacter positivement notre entourage, avant de penser à nos propres intérêts (17).

 

 

Notes :

(1) https://theconversation.com/comment-le-discours-populiste-de-donald-trump-a-conduit-a-linsurrection-de-ses-troupes-153002

(2) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(3) https://www.bastamag.net/Trumpisme-conspirationnisme-investiture-Biden-Capitole-pouvoir-grotesque-tyrannie-des-bouffons-Christian-Salmon#nb2-1 [Christian Salmon est écrivain, essayiste et chroniqueur à Mediapart, auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007). Son dernier livre, La tyrannie des bouffons. Sur le pouvoir grotesque, a été publié en octobre par Les liens qui libèrent]. Une « déplateformisation » d’ailleurs inévitable cf https://larevuedesmedias.ina.fr/deplateformisation-trump-ban-twitter-facebook-youtube

(4) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(5) Normalienne, professeure à l’université Sorbonne-Nouvelle-Paris-3 et sociologue des médias. Ses recherches portent sur l’éducation aux médias et la gouvernance d’Internet. Elle est aussi membre du groupe d’expertes de haut niveau de l’Union européenne sur la désinformation.

(6) https://www.ouest-france.fr/economie/interview-les-reseaux-sociaux-ont-sous-estime-l-impact-des-fausses-informations-7113871

(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Digital_Services_Act

(8) https://twitter.com/Bernard_Lamon/status/1348309636294860800

(9) https://blogs.mediapart.fr/laurent-chemla/blog/100121/la-chute-2

(10) https://www.nextinpact.com/article/45379/la-destitution-numerique-trump-levier-inespere-pour-gouvernement-francais

Voir aussi Médias sociaux : après l’exclusion de Trump, la question de la censure et l’impératif d’évoluer (theconversation.com) Et https://larevuedesmedias.ina.fr/trump-plateformes-regulation-moderation-reseaux-sociaux

(11) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(12) « Laquelle vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, [mais] aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique ».

(13) Le principe est ainsi posé mais encore faut-il connaître les limites. Celles-ci sont relativement nombreuses du fait du nombre d’exceptions spécifiques touchant au statut particulier des personnes (devoir de réserve, par exemple) ou à la nature des informations concernées (secret médical, secret défense).

On peut néanmoins citer quelques règles d’ordre général :

  • Limite 1 – Ne pas porter atteinte à la vie privée et au droit à l’image d’autrui (pour des précisons complémentaires voir les fiches Vie privée et internet et Image et vidéo).
    • Limite 2 – Ne pas tenir certains propos interdits par la loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse, l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires à raison d’orientations sexuelles ou d’un handicap, l’incitation à l’usage de produits stupéfiants, le négationnisme.
    • Limite 3 – Ne pas tenir de propos diffamatoires : la diffamation se définit par toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne[1]. Il est possible pour se défendre d’une accusation de diffamation d’invoquer l’exception de vérité[2], c’est-à-dire de rapporter la preuve de la vérité de ses propos.
    • Limite 4 – Ne pas tenir de propos injurieux : l’injure se définit comme toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait.
    • Limite 5 – Il existe également des limites spécifiques telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le secret défense.
    • Limite 6 – Certaines personnes, en raison de la fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques, soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est sévère.

https://www.maisondesjournalistes.org/les-limites-de-la-liberte-dexpression/

(14) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(15) Christian Salmon : « Le trumpisme est le nom de cette vague conspirationniste qui refuse les pouvoirs institués »

(16) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(17) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/21/vivre-penser-et-eduquer-a-la-liberte-oui-mais-laquelle/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/15/liberte-que-de-betises-on-peut-raconter-en-ton-nom/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/06/19/il-ny-a-pas-de-tabou-dans-la-bible/

 

Vivre, penser (et éduquer à) la liberté : oui, mais laquelle ?

« Liberté, j’enseigne ton nom ». Oui, mais quelle liberté ?
(Une de « Libération », lundi 19/10/20)

Un nouvel attentat. Cette fois-ci, contre un enseignant. Un enseignant de l’école publique, ce qui nous manque pas de nous interpeller, au-delà de l’horreur du drame.

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie de collège, a été assassiné à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), vendredi 16/10 après-midi, « décapité » par un homme russe d’origine tchétchène de 18 ans, comme l’a rapporté le parquet national antiterroriste (PNAT), lequel a ouvert une enquête. L’assaillant, tué par la police, avait revendiqué son crime sur Twitter, en se désignant comme « le serviteur d’Allah ». Selon le PNAT, le professeur avait montré des caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo lors d’un cours sur la liberté d’expression [notamment celle représentant Mahomet nu et accroupi, une étoile peinte sur la fesse, avec cette légende : “Une étoile est née”]. Un parent d’élève s’en était plaint auprès de la direction et de la police, ainsi que dans des messages sur Facebook dans lesquels il nommait le professeur et appelait à une mobilisation pour le faire renvoyer(1).

A Paris, Marseille, Lille, Nice, comme à Conflans-Sainte-Honorine, des milliers de personnes se sont rassemblées le week-end du 17/10 en hommage au professeur assassiné vendredi(2). Et un hommage national est prévu ce mercredi 21/10, dans la cour de la Sorbonne, à Paris(3).

Au milieu de ces manifestations de compassion et de sympathie, il a été rappelé que « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine. C’est tuer un homme » : une phrase fameuse du théologien protestant Sébastien Castellion (1515-1563), considéré aujourd’hui comme « l’apôtre de la tolérance et de la liberté de conscience », plusieurs fois relayée sur les réseaux @sociaux par des protestants-évangéliques. Une phrase jadis écrite dans un certain contexte, suite à l’exécution à Genève en 1553 de Michel Servet, pour cause de refus de la doctrine trinitaire (4).

Un rappel historique utile, quand la Fédération Protestante de France (FPF) exprime dans un communiqué « son indignation et son horreur », ainsi que « sa compassion à l’égard de la famille, des proches et des élèves de la victime », soulignant que « l’enseignement de la liberté ne saurait être mis en cause par quiconque ». Car, pour la FPF, « la défense de la liberté d’expression est l’honneur de la République. L’Education nationale en est l’un des vecteurs les plus significatifs. Le bien précieux gagné puis transmis qu’est la liberté d’expression, de conscience et de la presse n’a rien d’abstrait bien au contraire : il s’agit du cœur battant de la République. Le protestantisme se bat depuis toujours pour cette liberté imprenable et réaffirme sa conviction que l’Evangile aussi en est l’un des fondements » (5).

Pour l’historienne Valentine Zuber, dans un commentaire « à chaud » publié dans l’hebdomadaire Réforme, « c’est bien notre manière de vivre et de penser, mais aussi la préservation de nos libertés chèrement acquises qui sont directement mis en cause par ces actes barbares (…) Cette fois-ci, plus que tout autres, ce sont les professeurs qui sont désemparés et doutent maintenant de leur mission d’éducation et d’émancipation. Quelles précautions devons-nous maintenant prendre dans l’exercice pourtant légitime de notre liberté d’expression ? Et si face à la peur du sang versé, cette dernière étant maintenant d’un prix trop cher à payer, nous devions désormais nous autocensurer pour simplement préserver des vies ? »(6).

Ceci dit, il importe de dépasser les réactions « à chaud », ainsi que les réactions purement compassionnelles ou seulement sécuritaires [ne parlons pas des tentatives opportunistes et méprisables de récupération du drame à des fins idéologiques], pour être en mesure d’apporter des réponses adaptées et pertinentes.

Ainsi, #DéfendonsLaLiberté, et enseignons/éduquons à la liberté, c’est entendu. Oui, mais laquelle ? Une simple modération des réseaux @sociaux, « particulièrement prisés par les jeunes » et « où les menaces de mort à propos de tout et son contraire deviennent monnaie courante » suffit-elle pour garantir une culture de paix dans notre société « et prévenir de tels actes aussi monstrueux qu’insensés », comme le suggère Valentine Zuber (6) ? Avons-nous la bonne approche de l’ intégrisme et du fanatisme ?

Parmi les réflexions « à froid », citons celle, particulièrement « cash » et sans langue de bois, du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett(7), lequel relève que « l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, et sa cause, les dessins de Charlie Hebdo republiés, confirment ce qui apparaissait déjà lors de la tentative de meurtres du 25 septembre » (8) :  « Lutter réellement (radicalement) contre l’islamisme exigerait une double tâche politico-culturelle : 1. mettre au jour les vraies raisons françaises de relever le défi islamiste ; 2. amener les musulmans de France à modifier, dans l’islam, tout ce qui semble autoriser l’islamisme actuel. Ce point 2 exige que l’autorité “républicaine” n’ait pas l’air de combattre la religion musulmane en elle-même. Il exige aussi d’être mené en connaissance de cause : comment intervenir auprès de musulmans si l’on ne comprend pas leur religion ? Ni d’ailleurs aucune religion…Or les dessins de Charlie Hebdo sont ignares au sujet de toutes les religions (conchiées stupidement par ce journal depuis des années). Ils prennent la forme d’outrages (….) Au lieu du combat politico-culturel qu’il faudrait mener contre l’islamisme, l’Etat a en effet choisi (de) sacraliser Charlie Hebdo (9), et faire entrer ses dessins anti-Mahomet (mais très cons) dans les programmes des lycées et collèges – avec les conséquences que l’on sait. C’est une erreur contre-productive ; on n’a pas fini d’en subir les conséquences. Dire ces vérités sur le rôle de Charlie Hebdo et le vide mental des pouvoirs publics, ce n’est en aucun cas “se coucher devant les islamistes” comme le clament nos excités. Au contraire, c’est vouloir donner au combat contre l’islamisme un contenu adéquat….. » (7)

De fait, #DéfendonsLaLiberté, oui mais laquelle ? « La liberté de conscience ? Ou la liberté d’expression ? Ce sont deux figures de notre liberté qui doivent être défendues sur un même pied d’égalité. Critiquer n’est pas insulter. Outrance n’est pas outrage », comme le rappelle de façon tout aussi « cash »et sans langue de bois Corentin Voiseux, entrepreneur social, auteur indépendant et chercheur en sciences humaines et sociales, dans une note de blogue….publiée le 18/09, dont je vous recommande la lecture : « Au moment où Charlie Hebdo s’apprêtait à republier les caricatures de Mahomet, le Président de la République, a défendu le 1er septembre la « liberté de blasphémer » comme une composante de la liberté d’expression. « En même temps », il soulignait que la liberté doit s’attacher à « une décence commune, une civilité, un respect » tout en précisant que ce propos ne s’appliquait pas à Charlie Hebdo mais plutôt [encore]aux discours de haines sur les réseaux sociaux. Il fallait donc en conclure que le journal s’attache au respect des règles de décence commune.

En dehors de tout débat sur la nature iconoclaste de ces représentations, il est à ne pas douter que ces images heurtent la sensibilité d’esprits religieux comme irréligieux ». Corentin Voiseux, quant à lui, n’est « pas religieux », mais il « estime que l’insulte envers les croyances d’autrui ne fait progresser en rien le débat public, ne donne lieu à aucun espace de discussion, attise la haine et fait grandir le fossé culturel entre les diverses parties du monde, n’éclaire en rien les esprits.

Ou plutôt si : elle nous éclaire sur une chose. Elle éclaire sur une certaine vision que nous nous faisons de la laïcité comme d’un droit à l’outrance transmuée en un droit à l’outrage, comme d’une sorte d’extrémisme de la liberté d’expression qui mine de l’intérieur notre débat démocratique. Notre loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 est explicite à cet égard. La liberté d’expression est encadrée par l’injure qui se définit par l’atteinte à « l’identité personnelle, l’intégrité morale, à la vie privée ». Mais elle ne s’applique qu’aux individus. 

Que l’intégrité morale des citoyens musulmans soit en jeu ici n’est pas un débat. Comment défendre le contraire ? Encore en 2006, seulement 38% des Français pensaient que les journaux avaient raison de publier ces caricatures, signe que l’offense était largement reconnue chez les citoyens français (…)

La laïcité est la protection de la liberté de conscience, la liberté de philosopher et de critiquer (et l’insulte n’est pas une critique), c’est à dire d’une liberté qui édifie, qui ouvre, qui questionne. C’est ainsi que nous pouvons entendre les appels à ce que la laïcité se fasse « spirituelle » venue de nos philosophes et penseurs, c’est à dire qu’elle protège la liberté de conscience des uns parfois contre les errances de la liberté d’expression des autres.

De la redécouverte et de l’apprentissage de ce qui est « bien ». Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Le Président de la République faisait le parallèle avec les réseaux sociaux. Aujourd’hui, aucune discussion d’envergure sur aucun réseau social que ce soit ne peut s’envisager sans modération. C’est ainsi que la puissance publique peut et doit jouer le rôle de modératrice des propos les plus outrageants aux fins de garantir la liberté de conscience. Et oui, la liberté de conscience emporte le droit de n’être pas insulté pour ses croyances. Sinon, les appels à la « civilité, au respect, à la décence commune » ne seront que de vagues incantations philosophiques sans aucune portée réelle, symptomatiques d’une République qui sanctionne des droits d’un côté mais n’entérine aucun devoir de l’autre, d’une République sans équilibre, sans clairvoyance et sans justesse »(10).

A ce sujet, comme le souligne encore le même Corentin Voiseaux dans une note de blogue, publiée suite à l’assassinat de Samuel Paty (« Intégrisme et fanatisme : avons-nous vraiment la bonne approche ? », 17 oct. 2020) : le rôle de l’école n’est-il pas d’abord d’éduquer à la liberté de conscience et à l’éducation à l’altérité avant toute liberté d’expression? « Le pré-requis du droit à la parole ouverte n’est-il pas d’abord de disposer de la faculté d’introspection et de jugement et de la capacité à mettre les justes formes à la critique que l’on veut énoncer ? Puissions-nous enfin changer de cap, ouvrir une nouvelle ère pour ne pas replonger dans cette spirale mortifère qui n’aura pour seul résultat que de faire couler encore les larmes et le sang et d’attiser la haine »(11).

En guise de conclusion, sur les missions de l’école

Concernant cette mission de l’école « d’éduquer à la liberté de conscience et à l’éducation à l’altérité avant toute liberté d’expression » des idées, des croyances, mais aussi des passions-pulsions, le philosophe Dany-Robert Dufour écrivait dans « L’individu qui vient » (Denoël, 2015. Folio, pp 350-360) que l’école est le lieu où le jeune homme, comme tel sujet à la démesure, apprend à rentrer dans la mesure et la limite [la modération ne saurait se limiter aux réseaux @sociaux]. Cet apprentissage de la maîtrise des passions, « savamment conduite, permet tout simplement au sujet de se rendre maître de lui-même, c’est-à-dire de s’avoir ». Et faute de s’avoir, il n’est pas possible d’accéder aux savoirs (pp 359-360).

C’est ainsi que l’école enseigne à connaitre le monde dans lequel nous vivons au passé, présent et futur, mais aussi de se connaitre soi-même – sur le plan physique, psychique, psychologique, pour devenir un homme ou une femme responsable, bienheureux – et de connaitre les autres dans toutes leurs diversités personnelles et culturelles, pour devenir un être socia(b)l(e) capable de s’adapter, d’aller à la rencontre de celui qui lui semble étranger, en vue d’être un facteur de changement tout au long de sa vie. Au-delà de la connaissance, l’école est avant tout un cadre de vie pour apprendre à apprendre et pour apprendre à penser, pour penser par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. C’est aussi apprendre à douter, à observer, à découvrir, à interroger, à vivre, à aimer…(12). Un cadre de vie où l’on (s’) éduque à la paix, sachant que la paix n’est pas l’absence de ce qui nous dérange mais l’établissement de ce qui est juste et bon.

 

 

 

 

Notes :

(1) Voir https://www.ladepeche.fr/2020/10/18/samuel-paty-du-cours-sur-les-caricatures-a-son-assassinat-le-recit-de-onze-jours-dengrenage-9148061.php ; https://www.ouest-france.fr/faits-divers/attentat/assassinat-de-samuel-paty-suspect-gardes-a-vue-note-du-renseignement-ou-en-est-l-enquete-7020815

(2) Voir https://www.liberation.fr/france/2020/10/18/un-week-end-d-hommages-a-samuel-paty_1802778

(3) https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/enseignant-decapite-dans-les-yvelines/enseignant-assassine-l-hommage-a-samuel-paty-aura-lieu-dans-la-cour-de-la-sorbonne_4148217.html

(4) Castellion, indigné par cette exécution, publie alors, sous pseudonyme, le « Traité des hérétiques », une anthologie de textes anciens et récents qui condamnent la mise à mort pour opinion doctrinale déviante. Théodore de Bèze répond par un traité qui justifie l’exécution de Servet. Castellion réplique par « Contre le libelle de Calvin » qui ne paraîtra, pour cause de censure, qu’en 1612. Dans ce traité se trouve la phrase fameuse : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine ; ils tuaient un être humain ; on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler pour elle. » (cf  https://www.museeprotestant.org/notice/sebastien-castellion-1515-1563/ et https://www.museeprotestant.org/notice/les-combats-de-la-tolerance-contre-le-scandale-de-la-violence-religieuse/ )

(5) https://www.protestants.org/articles/62597-attentat-samuel-paty-communique-de-la-fpf

(6) https://www.reforme.net/gratuit/2020/10/17/decapitation-a-conflans-sainte-honorine-le-commentaire-a-chaud-de-valentine-zuber/ [Voir aussi https://theconversation.com/lynchage-de-samuel-paty-sur-les-reseaux-sociaux-comment-reguler-les-algorithmes-de-la-haine-148390 ]

(7) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2020/10/17/apres-l-atrocite-de-conflans-quelques-suggestions-6270564.html#more

(8) https://www.leparisien.fr/faits-divers/attaque-a-l-arme-blanche-pres-des-anciens-locaux-de-charlie-hebdo-25-09-2020-8391429.php

(9) C’est bien parce que la liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée ». Une formule à la Jacques Ellul  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ? Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, faudrait-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

(10) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/180920/du-droit-doutrage-en-republique

Il est par ailleurs interpellant de constater que des initiatives intelligentes se proposant de répondre aux demandes en matière d’information rigoureuse et dépassionnée sur la laïcité et le fait religieux, aient tant de peine à exister en France. Certes, il y a le magazine Le Monde des Religions, publié depuis 2003. Mais le site web « Faits religieux » (2012-2015), la lettre professionnelle « Laïcités et religions » à destination des agents publics (initiative intelligente née après les attentats de 2015, également interrompue en juin 2016) et, dans le même esprit, la lettre électronique LaïCités (2016-2020), tous trois arrêtés par manque de ressources, témoigneraient-ils que soutenir ce type de projets ne serait pas prioritaire pour les pouvoirs publics ?

(11) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/171020/integrisme-et-fanatisme-avons-nous-vraiment-la-bonne-approche

Du même, sur la liberté d’expression et de conscience (24 sept. 2020) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/240920/le-proselytisme-athee-nous-pousse-vers-une-laicite-de-reconnaissance

(12) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

Foireux liens de Novembre (36) : « mythes et légendes »

Les « Foireux liens » de Novembre : une édition qui nous donne l’occasion d’explorer et d’écorner quelques mythes….

Bonjour ! Vos « Foireux liens » tant attendus sont de retour ! Cette édition nous donne l’occasion d’explorer et d’écorner quelques mythes, qu’il s’agisse de la « pensée unique » et de la liberté d’expression, de la mémoire et de l’apprentissage, de « laisser agir notre colère pour se sentir mieux », de Greta Thunberg ou des 30 ans de la chute du mur de Berlin. Egalement au menu de ces « foireux liens » : fermetures d’églises en Algérie, laïcité, accusations de « prosélytisme », réforme de l’Assurance-Chômage et privatisations en France, conversions de célébrités au Christianisme, reconnaissance faciale …..

1) Fermetures d’églises en Algérie : « L’État invoque la loi, mais il existe d’autres explications »

Les autorités algériennes ont procédé à la mise sous scellés de plusieurs églises depuis le 15 octobre. Si ces fermetures n’ont rien d’exceptionnel, c’est surtout leur multiplication récente qui interpelle, d’autant plus qu’elles touchent principalement les églises protestantes de Kabylie.

2) La laïcité bousculée par le voile

Après trois semaines de polémiques ininterrompues sur le voile musulman, des représentants religieux s’inquiètent de voir poindre une définition plus rigide de la laïcité, qui voudrait renvoyer les religions au domaine strictement privé.

3) Réponse des AFP et du CNEF aux propos de Madame la sénatrice sur « les évangélistes ».

Lettre cosignée par la fédération nationale des associations familiales protestantes et le CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) adressé à Madame la sénatrice Laurence Rossignol en réponse à ses propos sur les  » évangélistes  » sur France Inter.

4) Accusé de prosélytisme pour avoir fait étudier la Bible : « L’acharnement contre cet enseignant est aberrant »

L’Éducation nationale fait appel de la réhabilitation d’un professeur accusé de prosélytisme pour avoir fait étudier la Bible à ses élèves. Pour l’historien François Huguenin, le débat sur la laïcité souffre d’une confusion entre la religion en elle-même, et l’usage politique qui peut en être fait.

5) Ce n’est pas Eric Zemmour le problème mais la légitimité que lui confèrent les médias

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire » : la phrase de Voltaire que les défenseurs d’Éric Zemmour s’emploient à réactiver n’est-elle pas des plus commodes ?

Tout démocrate est pour la liberté d’expression, sauf à se l’octroyer de façon exclusive. Mais la question concernant Éric Zemmour, nouveau chroniqueur attitré de CNews n’est pas là. Elle est dans ce phénomène nouveau de notre société postmoderne : les modes de diffusion et de circulation de la parole. Toute parole personnelle, dès lors qu’elle se répand dans les réseaux sociaux et qu’elle est prise en relais par les médias d’information, devient ce qu’on appelle une « parole publique ». La question est : qu’est-ce qui légitime une parole publique ?

Ce n’est donc pas ses propos que l’on examine ici, mais leur légitimité comme parole publique.

Voir aussi https://philitt.fr/2019/10/11/ce-que-revele-le-mythe-de-la-censure-deric-zemmour/

6) Climat : Finissons-en avec Greta Thunberg (et avec les excuses foireuses)

Quand on peut lire ceci sur un certain site que je ne nommerai pas : « Je suppose que si on écoute un peu les nouvelles il est impossible de ne pas avoir entendu parler de Greta Thunberg et son discours extraordinaire(ment culpabilisant) aux Nations Unies [« culpabilisant » ? Pour qui ?]. Elle est certaine que la fin du monde c’est dans dix ans… Et la planète se fait faire la morale par une fillette (sic)de 16 ans…Sainte-Greta, une fillette de 16 ans… », l’on peut lire mieux ailleurs sur le même sujet : « Oui, arrêtons avec Greta Thunberg. Ça suffit. Personne n’a été autant injurié en public par notre classe politique et médiatique en ce siècle, pas même les terroristes les plus barbares, que Greta dans cet incroyable défilé compilé sur son compte Twitter. « Vestale fiévreuse », a vociféré l’un d’eux : mesdemoiselles, surtout suédoises, votre job c’est d’être sexy pour faire vendre des bagnoles. Compris ? ». Pour le grand public, ce qu’elle dit est nouveau, sorti de nulle part (…) Pour (les) écolos de terrain, (qui réunissent) depuis des décennies données, études, expériences de terrain, le phénomène Greta Thunberg ne change rien sur le fond. Son message ? Mais c’est (celui des écologistes). Sa présence n’est que la concrétisation du fait que l’alerte écologique venue de la science a fini par assez imprégner société pour que de telles figures émergent. Une tendance sans visage a fini par s’en donner une. Voilà tout. Elle n’apporte, si l’on peut dire, « rien » qu’un espoir nouveau d’être entendus ».

Voir aussi l’analyse du « rapport du club de Rome » par Jean-Marc Jancovici :

Le rapport Meadows & al. fait probablement partie, comme le rapport du GIEC sur le changement climatique aujourd’hui, de ces documents que 99% des personnes qui le citent n’ont pas lu, vu la quantité de conclusions que l’on attribue à ce papier dont on ne trouve pas trace lecture faite. Ainsi, il est fréquent d’entendre que le Club de Rome (en fait l’équipe Meadows) aurait « prédit » la fin du pétrole pour l’an 2000, ce qui n’est pas arrivé, et donc qu’il y a urgence à ne tenir aucun compte de ce travail prospectif, qui ne peut être qu’une oeuvre fantaisiste de quelques farfelus terrorisés par l’avenir. Mais il n’y a nulle trace d’une telle prévision sur la pénurie de pétrole en l’an 2000 dans ce rapport Meadows ! (…) En fait, non seulement ce rapport n’a pas « prédit » la fin du pétrole en 2000, mais il n’a pas plus prédit quoi que ce soit d’autre de manière précise. Sa seule conclusion forte est que la croissance matérielle perpétuelle conduira tôt ou tard à un « effondrement » du monde qui nous entoure, et que, même en étant très optimiste sur les capacités technologiques à venir, l’aptitude à recycler ou à économiser les matières premières que nous consommons, le contrôle de la pollution, ou encore le niveau des ressources naturelles (…), l’effondrement se produit avant 2100.

7) Aux États-Unis, les fous du climat

Parmi les soutiens farouches au climatosceptique Donald Trump, une majorité chrétienne conservatrice, dont des évangéliques. En Suisse romande, leur discours ne passe pas. Au contraire.La Haute école de théologie (HET-pro), institution protestante de sensibilité évangélique, organise en novembre prochain une journée d’étude sur l’environnement. Cette journée doit «donner à chacun la possibilité de se construire une position fondée bibliquement sur la question de l’écologie» à travers de nombreux exemples théologiques et pratiques. A mille lieues du climatoscepticisme de leurs coreligionnaires américains.

8) Berlin 1989-2019 : derrière la saga de la “Chute-du-Mur”

Le peuple de RDA ne s’était pas débarrassé du SED (et de la Stasi) pour être jeté en masse au chômage par le capitalisme de la RFA. C’est pourtant ce qui lui est arrivé….

9) « Je n’ai jamais vu ça, un durcissement aussi violent » : des agents de Pôle emploi « horrifiés » par la réforme

La réforme de l’Assurance-chômage entre en vigueur ce 1er novembre. 1,3 million de demandeurs d’emploi, dont les plus précaires, verront leurs indemnités baisser dans l’année qui vient. Basta ! a rencontré des agents de Pôle emploi qui décryptent le nouveau système et ses conséquences.

10) Privatisation d’Aéroports de Paris : les réseaux Macron en plein conflits d’intérêts ?

De la loi votée à l’Assemblée nationale privatisant Aéroports de Paris jusqu’aux acheteurs potentiels de l’entreprise publique, on retrouve les réseaux Macron à la manœuvre. Une forte interconnexion entre politique et intérêts privés qui pose question. La loi dite Pacte, pour « plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises », adoptée au printemps 2019, prévoit la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), de la Française des Jeux, mais aussi d’Engie et de GRTgaz, sa filiale en charge des gazoducs et des terminaux gaziers français.

11) Interdiction de la reconnaissance faciale : la lettre adressée par la CNIL à la présidence de la région PACA
La CNIL a  estimé que le dispositif de reconnaissance faciale installé à l’entrée de deux lycées de la région PACA était illicite au regard du RGPD. La situation provoque la fureur des élus locaux Christian Estrosi, Eric Ciotti et Renaud Muselier. Next INpact diffuse la lettre adressée par la CNIL à la présidence de la région PACA.

12) Mastodon, Diaspora, PeerTube… : des alternatives « libres » face aux géants du Net et à leur monde orwellien

En vingt ans, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont investi notre quotidien, colonisé nos imaginaires, mis la main sur nos données personnelles. Peut-on leur échapper ? Pour chacun de ces services, les alternatives aux « Gafam » existent déjà, et rassemblent, pour certaines d’entre elles, plusieurs millions d’utilisateurs. Basta ! nous les présente.

13) Avez-vous une mémoire visuelle ou auditive ?

Nous pensons tous avoir des facilités plutôt dans l’une ou l’autre, mais c’est une idée reçue. Chaque information est traitée par plusieurs aires cérébrales. Pour apprendre et retenir mieux, il faut être capable d’étudier un sujet sous différents angles. Encore un neuromythe qui tombe !

14) Est-ce bénéfique de libérer sa colère ?

Un mythe existe : il est sain d’exprimer sa colère. Et s’il faut la libérer, quoi de mieux que de se lâcher sur un punching ball. Un coussin ! Mythe ou réalité ?  Lisez le résultat d’études sur le sujet.

15) Les droits culturels, un chemin vers l’altérité

Les « droits culturels » sont souvent méconnus. Pourtant, en permettant à chacun de composer sa manière d’être au monde, ils confèrent le droit de participer à la vie de la cité et rendent possible la relation, au-delà de nos différences.

16) Jésus, l’Eglise, et Kanye West

Tout le monde n’est pas enchanté de la conversion de Kanye West et de la sortie de son dernier album. Si ce n’est pas très étonnant venant des milieux athées, cela me pose des questions quand cela vient des milieux chrétiens. Et si nous apprenions plutôt à nous en réjouir ?

Voir aussi : Kanye West, Justin Bieber, que faire avec les conversions de célébrités ?

Quand une célébrité se réclame du christianisme, nous voyons se manifester une paire de réactions parmi les chrétiens. Certains se précipitent pour louer la superstar et pour partager, tous azimuts, les grandes choses qui sont dites au sujet de l’amour et de la grâce de Dieu. D’autres jettent un œil circonspect sur cette célébrité, répondant avec cynisme pour ce qui concerne les paroles et les actions de la star. Qu’y a-t-il sous la surface de ces réactions courantes ? Je me demande parfois si notre réponse à des conversions de célébrités n’en dit pas plus sur nous que sur les célébrités en question. Voici pourquoi.

17) Pourquoi tant de chrétiens ne veulent plus fréquenter nos églises ?

Au milieu des années 80, tous les chrétiens étaient fiers d’appartenir à une Église locale. Mais ça, c’était il y a 30 ans. Aujourd’hui, les chrétiens sans Église ne cessent d’augmenter. Ce n’est pourtant pas les Églises qui manquent, surtout si on ajoute toutes celles qui s’implantent ici et là. Alors, pourquoi l’idée d’appartenir à une communauté chrétienne locale déplaît-elle autant maintenant ?

Et le dernier pour la route :  Osez la Parole !

Nos choix de chants pourraient suggérer que c’est moi qui dis à Dieu pourquoi je suis là et ce que j’attends de Lui. On serait ainsi tombé dans une conception anthropocentrique de la louange. Cependant, si le but de la louange est de rencontrer le Dieu de la Bible, de l’entendre, de l’écouter, j’aimerais suggérer qu’écouter ses paroles plutôt que les nôtres ne peut qu’être bénéfique.

 

Ces « Foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu toute votre attention. Prochaine édition en janvier.

Foireux liens (7) : « au-delà de l’émotion, Il n’est pas interdit de réfléchir… »

De nouveaux « foireux liens » sur « l’avant », et « l’après Charlie »…le bon usage de nos libertés, la laïcité…ou d’autres sujets, qui sont loin d’être secondaires…

 

Attentats : le cri d’alarme de Jamel Debbouze, français, humoriste, musulman, dans « Sept à huit ». A découvrir ici : http://www.wat.tv/video/attentats-cri-alarme-jamel-76wrt_2flv7_.html

 

Traumatisme collectif ? Attentats : « Cet événement nous rappelle à quel point la parole et donner du sens sont essentiels » par Agnès Rousseaux, pour « Basta mag » (19 janvier 2015)

Depuis dix jours, la consommation de psychotropes aurait augmenté en France. Les attentats ont provoqué un choc traumatique, d’autant plus important qu’il s’agit d’attaques ciblées. Et les Français – y compris les enfants – ont été très exposés aux images télévisées, souvent en direct, via les chaines d’information en continu. Au-delà des analyses politiques, quelles seront les conséquences psychologiques de ce traumatisme collectif ? Entretien avec Hélène Romano, docteur en psychopathologie, spécialiste des psycho-traumatismes et du suivi de victimes au CHU de Créteil. A lire sur http://www.bastamag.net/Helene-Romano-Cet-evenement-nous

Du même auteur et sur le même site :

Crises, populisme : un vrai casse-tête...

Crises, populisme : un vrai casse-tête…

 

Vigilance. Crise symbolique, frustration collective et fabrication d’un ennemi intérieur nourrissent le populisme qui vient(15 janvier 2015)

Une nouvelle période de populisme s’ouvre-t-elle, capable de mettre en péril la démocratie, comme dans les années 1930 ? Le populiste, qui prétend parler au nom du peuple, se nourrit de la peur d’un ennemi intérieur, « du sentiment d’être attaqué, qu’il y a un complot, que nos valeurs centrales sont menacées et qu’il faut s’unir pour les défendre », explique Raphaël Liogier, sociologue et philosophe. Sentiment de frustration collective, laïcité brandie comme étendard, évolution au gré des fluctuations de l’opinion publique… du Front national à Eric Zemmour ou Alain Soral, quelles sont les nouvelles formes du populisme ? Entretien.

Et extrait :

« La laïcité, c’est deux choses : la séparation des églises et de l’État, définie par la loi de 1905 – et non pas la séparation du religieux et du politique – et la neutralité des agents publics. Ce qui n’est pas la neutralité de l’espace public ! Si l’espace public devient un espace contraint en ce qui concerne l’expression des opinions, qu’elles soient politiques ou religieuses, c’est une régression. Ce qu’on nous propose aujourd’hui, ce n’est même pas la neutralité de l’espace public, c’est sa neutralisation, donc un retour à une situation antérieure à 1789, au nom de la laïcité.Cette absurdité est portée non seulement par les partis « populistes », mais aussi dans l’ensemble du champ politique. Quand François Hollande dit que la laïcité ne s’arrêtera qu’au seuil de l’intimité, cela signifie qu’on est libre d’exprimer ses opinions uniquement tout seul chez soi le soir… C’est insensé ! La neutralité des agents publics est justement là pour préserver l’expression publique, pour que l’espace public reste un espace révolutionnaire, où on peut exprimer ses opinions, sans influence. Il y a aujourd’hui un renversement total lorsqu’on dit « il faut laïciser l’espace public ». Cela ne veut rien dire, ce n’est pas logique ». La suite sur http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui

 

Charlie Hebdo : Comment faire bon usage de sa liberté d’expression ? Par Guillaume Bourin(15 janvier 2015)

….en tant que chrétiens, et ce, « dans le contexte que nous traversons, au milieu des réactions cacophoniques des uns et des autres » ? A découvrir sur http://leboncombat.fr/charlie-hebdo-comment-faire-bon-usage-de-sa-liberte-dexpression/ (voir aussi : Liberté, Egalité, Fraternité…vraiment ?! http://leboncombat.fr/liberte-egalite-fraternitevraiment/ )

 

Attaque contre « Charlie Hebdo » : Michel Onfray regrette que les médias n’aient été « que dans l’émotion »

Sur le plateau de « On n’est pas couché », le philosophe a regretté l’absence de « mise en perspective » par les médias des évènements tragiques de la semaine dernière. « Je n’ai pas vu de mise en perspective de ce qui avait eu lieu avec de la politique, de la géopolitique, avec des explications qui auraient pu nous expliquer pourquoi on en était arrivé là » a-t-il regretté. « J’ai juste vu de l’émotion », a-t-il poursuivi… A lire ici : http://www.ozap.com/actu/attaque-contre-charlie-hebdo-michel-onfray-regrette-que-les-medias-n-aient-ete-que-dans-l-emotion/461358

 

Cette réflexion, « pourquoi on en est arrivé là », le journaliste Patrice de Plunkett la tente et la propose. Et ce, dès le 08 janvier : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/08/reflexions-sur-le-drame-d-hier-5528899.html#more

Voir aussi le décryptage de Guillaume de Prémare du choc « Charlie Hebdo » et du mouvement « Je suis Charlie » : http://www.ichtus.fr/jesuischarlie-en-etat-de-choc-on-fait-nimporte-quoi/ et http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/13/reflexions-sur-le-mouvement-je-suis-charlie-5532843.html

 

« Hors sujets » :

Comment Boko Haram prospère sur les inégalités, l’analphabétisme, la corruption et l’arbitraire

Au Nigeria, 2015 a commencé avec un massacre, probablement le plus meurtrier jamais perpétré par la secte islamiste Boko Haram. Plus de quinze villages totalement détruits, des centaines de personnes tuées. Le groupe né au début du 21ème siècle dans le nord-est du pays va toujours plus loin dans la violence. Au-delà de la religion, il prospère sur le terreau d’une zone de grande pauvreté, délaissée par le pouvoir central et qui ne profite pas de la manne pétrolière. Face à Boko Haram, les forces de sécurité sont elles aussi dénoncées pour leur brutalité arbitraire et leurs pratiques de la torture. La suite ici : http://www.bastamag.net/Comment-Boko-Haram-prospere-sur

 

Thomas More, le juriste blogueur fait peu à peu son retour. Avec notamment un billet sur le film « Tibumktu », que je n’ai pas encore vu. Soit, explique-t-il, « la tragédie de l’irruption de l’islamisme au milieu d’une communauté musulmane ; un islamisme présenté calmement sans démonstration pour montrer les méchants dans toute leur monstruosité. » (Voir https://thomasmore.wordpress.com/2015/01/17/timbuktu-ou-la-tragedie-de-lislamisme/ )

 

Transhumanisme : de quoi parle-t-on ?

Et parce qu’il faut bien que quelqu’un en parle, voir cette série d’article(en cours, à ce jour) : http://cahierslibres.fr/2015/01/transhumanisme-1-de-quoi-parle-t/ ; http://cahierslibres.fr/2015/01/transhumanisme-2-vers-une-humanite-augmentee/

 

Les 1 % les plus riches possèderont plus que le reste de la population mondiale en 2016

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, l’ONG Oxfam a calculé que l’an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera celui des autres 99 % de la population, à moins de freiner la tendance actuelle à l’augmentation des inégalités. L’étude « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », publiée le 19 janvier par Oxfam, montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. La majeure partie (46 %) des 52 % restant du patrimoine mondial se trouve entre les mains du reste du cinquième le plus riche de la population mondiale. Les autres 80 % de la population mondiale ne se partagent que 5,5 % et possédaient en moyenne 3 851 dollars par adulte, soit 700 fois moins que le patrimoine moyen des 1 %.

Le communiqué : http://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2015-01-19/les-1-les-plus-riches-possederont-plus-que-le-reste-de-la et le rapport : http://www.oxfam.org/fr/rapports/insatiable-richesse-toujours-plus-pour-ceux-qui-ont-deja-tout?utm_source=oxf.am&utm_medium=ZiWb&utm_content=redirect . La méthode utilisée est clairement indiquée par Oxfam sur son site.

Des chiffres contestés ou « le discours de la méthode » en question :

Une information « partagée par France TV », laquelle « démonte une info partagée par… France TV Info » ! relève Arrêt sur image, qui souligne que c’est l’économiste Alexandre Delaigue, « qui a décortiqué les chiffres avancés par l’ONG Oxfam, sur son blog « Classe Eco » du site de FranceTV ». L’économiste cite également le journaliste anglais Félix Salmon qui va dans son sens. La critique a été reprise par certains médias, outre France TV(Slate  et Ouest France  : on y lit que « des économistes » et « des journalistes » contestent la méthode Oxfam, mais l’un et l’autre ne citent au mieux que deux ou trois contradicteurs).

Or, puisque l’on parle de « discours de la méthode », il aurait été intéressant de comparer la critique de M. Delaigue avec l’analyse de l’économiste Jean Gadrey sur son blog du site Alternatives économiques : Ce dernier  juge « ces critiques, (quoique bien qu’exactes sur certains points), globalement injustes et excessives, et dans certains cas dérisoires ». Il doute même que lesdites critiques « connaissent bien les difficultés que rencontrent les statisticiens pour mesurer les niveaux et les inégalités de patrimoine des ménages. Même dans un pays comme le nôtre, disposant à mes yeux d’institutions parmi les plus sérieuses au monde (l’Insee, les services statistiques des Ministères, la Banque de France, le CNIS comme outil démocratique imparfait mais précieux), c’est une affaire très compliquée. » Jean Gadrey estime qu’ « Oxfam a bien fait de réaliser et de publier cette étude, et ses chiffres, imparfaits sans le moindre doute, sont défendables et honnêtes, en ce sens qu’ils sont transparents sur la méthode (ce qui facilite d’ailleurs les critiques…) et qu’ils s’appuient sur les meilleures sources disponibles à ce jour ». Certes, dit-il, « ces sources sont elles-mêmes très imparfaites, mais s’il avait fallu attendre de bonnes données mondiales sur les patrimoines privés des ménages, produites par des institutions statistiques telles que celles des Nations Unies ou de la Banque mondiale, c’est peut-être dans vingt ans que nous aurions pu juger du niveau actuel et de l’évolution récente de ces inégalités ! Dans de nombreux domaines cruciaux, il faut dans un premier temps « faire avec ce qu’on a », et dans le cas présent ce qu’on a n’est pas nul au point qu’il faille le rejeter ».

Et pas au point de nier les faits, lesquels décrivent une réalité insupportable. Et pas au point de s’abstenir de rechercher les causes, ou de passer à côté des propositions d’Oxfam à ce sujet. Et pas d’oublier que la Bible elle-même contient plus de 2000 versets sur la justice et les inégalités sociales.

Le savais-tu ? Tu es « libre de le dire à l’école » !

Libre de le dire à l'école ? Sérieux ?? Si je l'avais lu plus tôt...!

Libre de le dire à l’école ? Sérieux ?? Si je l’avais lu plus tôt…!

« Libre de le dire », parce que tu es déjà libre de le croire….

 

« Libre de le dire à l’école » vient de sortir. C’est un petit livre bienvenu, qui nous invite à réfléchir sur la liberté de  conscience et à son libre exercice(comme à son bon usage), particulièrement dans un contexte qui lui semble peu évident et bien peu favorable, de prime abord. L’enjeu restant le « bien vivre ensemble ».

L’ouvrage est un « manuel » (à avoir toujours à la main) qui se veut « pratique » : pratique dans son format, il peut tenir dans la poche. Il est aussi pratique dans sa finalité et peut être utilisé à des fins « pédagogiques ». Sa mise en page est claire et sobre, sans couleur. Le texte figure dans des bulles qui se répondent, comme pour évoquer le dialogue, l’échange ou la discussion.

Il rappelle qu’ « en France, l’école publique est laïque et accueille ainsi des élèves et des parents de convictions très diverses, en toute neutralité. Toutefois, si l’école est laïque, ses usagers [et non « clients »] ne le sont pas. Leurs convictions, de toutes natures, ne restent pas à la maison », et ils sont « libres de les dire à l’école ». Mais comment alors exercer la liberté de conscience et d’expression ?

Le livre informe parent et enfant, mais aussi-accessoirement-enseignants [ce qui les concerne sera traité plus en détail dans « liberté de le dire au travail ». Même éditeur, même collection. Parution prévue pour début 2015] sur leurs droits et devoirs en matière de liberté de conscience, de croyance, et d’expression dans le cadre de l’école publique et laïque française. Mais aussi sur la liberté d’éducation, pour les parents. Il est important de souligner (car on peut vite l’oublier) que le livre, bien qu’édité par un éditeur chrétien (évangélique), s’adresse à tout parent et enfant, de croyances et convictions diverses.

Sa force tient dans les différentes citations de textes de loi, auxquels il se réfère : articles de la déclaration universelle des droits de l’homme du 10/12/1948 (art. 18, 19, 26-3), du code français de l’Education (art. L. 141-2, L.131-1 à L.131-12, R. 131-1 à R.131-10), de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales(protocole 1, 20 mars 1952-art. 2) ; de la convention internationale des droits de l’enfant du 20/11/1989 (Art. 14), de la charte de la laïcité à l’école du 06/09/13(son point 3)-avec un rappel succinct de ce qu’est et de ce qu’elle n’est pas ; rappel de déclarations de la Cour européenne des droits de l’homme(07/12/1976, 29/06/2007, 25/05/2000, 17/06/2004, 13/09/2001)comme quoi « dans l’établissement du contenu des enseignements, il est interdit à l’Etat de poursuivre « un but d’endoctrinement des enfants…contraire à la liberté de conscience des enfants et des parents » ; et enfin la loi du 15/03 2004(et la circulaire du 18/05) sur le port de signes religieux à l’école.

Le livre invite à l’équilibre, au respect et au dialogue : il rappelle ainsi les droits (et devoirs) des parents- notamment que ces derniers sont les premiers éducateurs de leur enfant (et « ses racines »), et que « la famille est le premier terrain d’apprentissage et d’éducation ». Concernant les droits des enfants, ceux-ci « disposent de la liberté de pensée, de conscience et de religion » : ils sont libres de croire et de le dire à l’école. Il est ainsi bon de savoir que « la cour de récréation n’est pas soumise à la censure » et que, en vertu de la liberté d’expression, les enfants sont libres de parler de leurs convictions à leurs camarades, comme ils sont libres d’en parler en classe. Il est aussi rappelé que la Bible ou le Coran sont au programme de Français en 6e et sont étudiés en tant que « textes fondateurs ». On sera peut-être plus surpris d’apprendre qu’il est possible de prier à l’école, dans certaines limites (dans la mesure où la prière reste discrète- intérieure, personnelle ou en petits groupes-non imposée et ne troublant pas l’ordre public), ou de porter « un signe religieux discret » à l’école (cf circulaire N° 2004-084 du 18 mai 2004 du MEN).

Il est aussi rappelé que les élèves étant « des usagers de l’école publique, les parents en respectent aussi les règles ». L’exercice de « la liberté de dire ou de manifester ce que l’on croit à l’école » sera donc nécessairement limité, « dans le but de préserver la liberté d’autrui, la neutralité scolaire et l’ordre public », et à condition que l’expression et le partage de convictions ne s’apparentent pas à du prosélytisme, ou n’entraînent pas le refus d’un enseignement. Les principes de la laïcité-et de ce qui est censé être leur usage-sont aussi rappelés, avec l’exigence de neutralité religieuse et idéologique pour l’école laïque.

L’ouvrage contient également, outre des témoignages (« paroles de parents »), un « spécial parents », avec 5 clés(s’impliquer dans l’éducation de son enfant, s’informer sur ce que vit et apprend son enfant à l’école, dialoguer avec son enfant et avec ses enseignants, s’associer avec d’autres parents et d’autres associations qui veillent à l’intérêt de l’enfant, s’exprimer dans le respect de la liberté) ; mais aussi un spécial « élèves de primaire », et un spécial « élèves du secondaire »(de la 6e à la terminale, un test du « vrai ou faux »)

 

Bref, l’ouvrage est clair, facile à lire, utile et pertinent. Il est bon de le faire connaître, et surtout, de le lire ensemble.

Quelques remarques de fond et de forme : l’ouvrage est certes un collectif, émanant du CNEF, mais il me paraît manquer une mention d’auteurs, avec leurs noms et qualités.

La structure du livre n’est pas évidente de prime abord. Un plan clair avec sommaire, ainsi qu’un index et un récapitulatif des différents textes de loi ou de référence cités, auraient été les bienvenus. De même, l’on aurait apprécié une partie plus conséquente sur les modalités de mise en œuvre et sur les défis (qui restent de taille) que posent la mise en pratique des principes posés. Sans cela, le contenu (même reposant sur un rappel bienvenu et pertinent de textes de loi) risque de rester idéalisé et paradoxalement théorique, malgré l’aspect pratique du livre.

La partie sur l’école privée-réduite à la seule « sous contrat »-aurait pu être plus étoffée. Et si l’on veut chipoter un peu, la couverture ne reflète pas tellement « la diversité des croyances » évoquée dans le livre. Mais cela reste un détail.

Les limites signalées, relatives au contenu, tiennent au format de la collection (64 pages). Ceci dit, l’ouvrage devrait susciter pas mal de questions et me paraît constituer un utile et pertinent travail préparatoire sur le sujet, de nature à être complété par d’autres études ou ouvrages plus détaillés et approfondis.

Mais l’essentiel à ne pas oublier, me paraît être ceci : l’esprit avec lequel l’on manifestera sa liberté « de le dire à l’école », qui, rappelons-le, n’est pas une fin en soi, ni un prétexte pour dominer ou chercher une forme de pouvoir, dans un « esprit de revanche ». La finalité étant, me semble-t-il, de témoigner ou de rendre visible le fruit de nos croyances et convictions. Le chrétien que je suis dira aussi, à destination d’autres chrétiens, que notre finalité est de « donner à voir » la personne de Jésus-Christ dans la manière d’exercer notre liberté et nos droits, tout en respectant nos devoirs, et d’être ainsi « sel et lumière de la terre » (Matt. 5v13-16 ; cf Gal.5v13-15, 1 Pie.3v8-17).

 

Collectif(CNEF). Libre de le dire à l’école : parent et enfants. Ecole maternelle et primaire, collège, lycée. BLF éditions, 2014(collection « libre de le dire »), 64 pages. 4,90 euros

« Liberté ! Que de bêtises on peut raconter en ton nom ! »

Que de bêtises, mais aussi d’horreurs….

« Le sage est celui qui connaît ses limites ».

 

Face à certains sujets, dont la délicatesse et la complexité nous rappelleraient presque « le noeud gordien », voire « l’hydre de Lerne », il peut paraître très « simple » (ou « de bons sens ») d’avoir une opinion « franche » et « tranchée ». Mais est-ce si simple ?

Ainsi, entre le piège de la banalisation et celui de la surmédiatisation d’idées nauséabondes et de personnes véhiculant(ou vivant de)ces mêmes idées*, quelle posture choisir ? Faut-il « interdire », sans tomber dans le « deux poids, deux mesures » ?  A moins qu’il ne soit « interdit d’interdire » au nom de « la liberté d’expression » ou du risque de la « victimisation » ?
Car, en France comme ailleurs(les pays dits « libres »), la liberté d’expression est un principe essentiel et sacré : «…l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun » selon la Cour européenne des droits de l’homme (Handyside contre Royaume-Uni, 1976).

C’est sur cette base que chacun peut librement exprimer une opinion, positive ou négative, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution…**

La liberté d’expression est donc un droit, jugé précieux et sacré.

Mais la liberté totale existe-t-elle ? Un droit est-il absolu ?

Comme tout droit, il est possible d’user d’un droit, mais aussi d’en abuser. Un abus qui peut être sanctionné, au terme de « la théorie de l’abus de droit ».
Notre Déclaration de 1789 précise d’ailleurs dans son article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ».
En clair : « la liberté de chacun s’arrête où finit celle des autres », dans le cas où une personne outrepasserait sa liberté d’expression et nuirait ainsi à une autre**.

Donc, tout droit n’est pas absolu.

Mais puisque l’on parle d’abus ou d’usage abusif d’un droit…ne serait-ce pas plutôt la récente décision du Conseil d’Etat (10/01/14), saisi par l’exécutif, déclarant que l’interdiction d’un spectacle par le préfet de la région Pays de la Loire était légale, qui serait abusive ? Peu pertinente, disproportionnée ?  Faut-il, à l’instar du sociologue et historien Sébastien Fath, s’indigner et dénoncer une « affligeante police de la pensée qui croit qu’en cassant le thermomètre, on détruit la fièvre, au risque de rendre la France entière malade et à bout »?
Car « interdire », n’est-ce pas, au contraire, « promouvoir » les idées nauséabondes que l’on prétend combattre ? ***

A ce sujet, « Thomas More »( « République 1 – Dieudonné 0 ou pourquoi le Conseil d’Etat n’a pas enterré la liberté d’expression », 11 janvier 2014), un blogueur qui traite de questions juridiques et politiques dans une perspective chrétienne(catholique) nous expose « une brève » mais pertinente « synthèse des idées exposées à propos de la première ordonnance du Conseil d’Etat rendue dans cette affaire le 9 janvier 2014 (V. également la deuxième en date du 10 janvier 2014)….Pour faire simple, le juriste blogueur estime que la décision du conseil d’Etat n’est pas un revirement de jurisprudence valant faire-part de décès de la liberté d’expression mais la réponse « la plus sage dans les circonstances présentes qui sont tout à fait particulières ».
Comme il l’explique tout au long de son argumentaire,« il ne me semble pas qu’on soit face à une forme de sanction anticipée de l’infraction, une forme liberticide de prévention. Si l’affaire porte bien sur un spectacle, il ne faudrait pas négliger qu’il s’agit d’une tournée et que le contenu du spectacle est connu. N’en a-t-on pas assez entendu et vu pour juger de la gravité du propos ? Il ne semble pas qu’il s’agisse d’un nouveau spectacle et son contenu est suffisamment scandaleux pour justifier une réaction sans attendre qu’il sorte une nouvelle fois ses horreurs. L’antisémitisme n’est pas une opinion banale, un discours comme les autres. Le caractère tout à fait particulier de l’affaire justifie une solution particulière(…) L’ordonnance ne se saisit pas de Dieudonné comme d’un humoriste banal, dans un spectacle banal, dans un contexte banal. Elle s’empare de son spectacle à l’expérience d’une période très longue, de présence médiatique intense dont il est avéré qu’elle a un contenu très problématique et très constant, au cours de laquelle de nombreuses condamnations pénales ont été prononcées, etc. Nous sommes très loin du traitement d’un dérapage exceptionnel, et très loin aussi du procès d’intention. On peut penser qu’il y a un système, et c’est ce système que le Conseil d’Etat permet d’appréhender ».
Et le juriste de conclure : « Ne jouons pas à nous faire peur ! Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? La banalisation du discours antisémite à quelques mois de l’entrée dans le domaine publique de Mein Kampf ? ou une mise en œuvre dans un cas peu banal des pouvoirs de police du maire ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Celle que nos parents et nous-mêmes avons bâti depuis 1945 ou celle fantasmée par Dieudonné, Soral et consorts ? »

Dans le même esprit, le cardinal André Vingt-Trois sur Radio Notre-Dame, 3 janvier 2014 estime que
« Pour l’affaire Dieudonné, l’intervention de Manuel Valls a eu un effet salutaire dans la mesure où elle fait réfléchir, et il faut faire réfléchir. Car malheureusement l’histoire du XXe siècle a montré que la montée de l’antisémitisme n’est pas une révolution à grand spectacle, c’est une montée progressive, qui passe par des événements, des paroles, des articles, des spectacles… Rien n’est anodin en matière d’antisémitisme, comme pour la xénophobie ou la discrimination religieuse. Il est scandaleux que nous soyons insensibles à la dépréciation progressive des seuils à ne pas franchir. Une culture du respect de l’autre, des autres religions, doit se réimplanter d’une manière forte. Que l’on apprenne aux enfants qu’il y a des choses qui ne se font pas !(…)

L’antisémitisme est un poison, qui n’est pas simplement une agression contre les juifs, mais une agression qui concerne l’humanité entière(…)Et on ne doit pas laisser se développer et se banaliser les caricatures, la dérision, la provocation(…)symptômes d’une société dans laquelle on ne tient plus les seuils de protection, protection de l’identité propre de chacun ».

Il s’agit donc bien d’une question de limites nécessaires. C’est bien parce que a liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée »****.

Une formule à la Jacques Ellul*****  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ?

Or, faut-il tout sacrifier (la dignité humaine, l’honneur)sur l’autel du « dieu liberté(d’expression) », « Moloch »****** moderne ? Ou sur l’autel de la recherche du buzz(que l’on croit « rentable ») à tout prix ?

Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, pour  se libérer de ce qui asservit, faudra-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure *******, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

Et nous devons nous préoccuper des conséquences de nos choix, car

« Au jour du jugement, chaque homme aura à rendre compte de toute parole proférée »(Matt.12v36-37)

Etape suivante : la vraie liberté passe par Celui qui seul nous affranchit et peut nous rendre réellement libre(Jean 8v30-36-avec cet avertissement : Jean 5v41-44)

Le mot de la fin ? Laissons-le au  Gorafi :
« Les Français espèrent des chutes de neige prochainement pour aider les médias à parler enfin d’autre chose ».

En effet, il serait temps de parler d’autre chose…Par exemple, de « cette maladie de civilisation » ?

 

 

 

Notes :

* Ainsi, sous couvert de « dénoncer » des idées stupides et nauséabondes, il est possible faire la promotion de ces mêmes idées, via force publications de liens internet ou de liens vidéos, ou de faire la promotion d’autres idées toutes aussi stupides et nauséabondes.  Quand il ne s’agit pas de faire la promotion d’un geste lourd de sens, en croyant le parodier….

** En France, c’est dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui consacre la liberté d’expression(voir l’article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi »http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais….)

Les articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme(10 décembre 1948) consacrent eux aussi la liberté d’expression, conjointement à la liberté de conviction et de religion.

Voir http://www.les-infostrateges.com/article/0807342/un-droit-fondamental-la-liberte-d-expression-et-ses-limites ; et http://www.lemondepolitique.fr/cours/libertespubliques/libertes/liberte_expression.htm

*** Une idée en rappelle une autre, mais ce rappel me paraît utile, face à ceux qui plaident, pour les mêmes raisons ou pour d’autres, pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger cette fameuse loi Marchandeau, le 27 août 1940. Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940.
Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

Le Journal officiel du 30 août 1940, page 4844, publie la loi du 27 août 1940 portant abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse :
« Art. 1°. – Est abrogé le décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les dispositions antérieures des articles précités sont remises en vigueur.

« Art. 2. – Amnistie pleine et entière est accordée, pour tous les faits commis antérieurement à la promulgation de la présente loi, aux délits prévus par les dispositions abrogées par l’article 1° du présent décret ».

****L’on pourrait penser qu’en Eden, Dieu ait dès le départ accordé une liberté totale à l’homme :
« ….L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.(…) L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin…. »(Gen.2v9)

Une liberté assortie toutefois d’un garde-fou : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras »(v16-17)
Garde-fou qui a été rapidement violé par l’homme et la femme…tous deux motivés par la volonté d’atteindre le « No limit » (« vous serez comme des dieux »)

***** « Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » (Ellul, Jacques. Les nouveaux possédés, 1973).

Jacques Ellul(mort en 1994) est un professeur d’histoire du droit, sociologue et théologien protestant français, surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au XXe siècle.

****** Moloch, dieu exigeant le sacrifice des enfants.

*******Inspirée d’une citation de Frédéric Rognon, relevée dans le débat « La Décroissance est-elle une hérésie ? » IN La Décroissance, décembre 2013, numéro 105, p15 : « il ne pourra y avoir de libération que si l’on profane la technique, et « que lorsque l’on aura enlevé l’aura de sacré qui entoure la technique. »

Frédéric Rognon est professeur de Philosophie des religions, à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.