Un enjeu spirituel : vivre en « enfants de lumière » dans le siècle présent

« Christ », Notre Seigneur, « est la lumière » : quelle conséquence pratique pour nous, qui prétendons le suivre, aujourd’hui ?

« Tu t’abstiendras de toute parole mensongère », nous commande Exode 23v7 [TOB : « de toute cause mensongère »]. Mot à mot : « tiens-toi loin ». Il ne s’agit pas seulement de ne pas mentir, mais de se tenir éloigné du mensonge, de prendre ses distances pour ne pas laisser le moindre espace au mensonge.

Le psaume 34v14 ne dit pas autre chose : « préserve ta langue du mal, tes lèvres des paroles trompeuses ».

Dans la Bible, la première fois où il est question de mensonge et de menteur se trouve dans la Genèse. Dès Genèse 3v1, plus exactement, où nous voyons apparaître en Eden le maître du mensonge (« le big boss des fake news », dirait-on aujourd’hui en bon « franglais »), le serpent, lequel « était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le Seigneur Dieu avait faites ». Il est celui qui médit sur Dieu, qui insinue et qui ment, « enduisant d’erreur » et instillant le soupçon dans l’esprit de l’humain, en disant à la femme : « Dieu ne vous veut aucun bien, il vous craint, il a peur que vous deveniez comme lui ». Aujourd’hui, ce serait : « on vous ment, on vous cache des choses, vous êtes trop malins pour ça… ».

Gober le mensonge du menteur a conduit l’humain à la rébellion – laquelle « vaut le péché de divination » (1 Sam.15v23): l’humain porte alors un regard différent sur le seul arbre interdit (face à une multitude de possibilités offertes par Dieu), puis en mange…et le fruit une fois consommé, le mensonge du serpent se trouve dévoilé : au lieu d’être « comme des dieux », les humains découvrent qu’ils sont nus (Gen.3v4-7).

Le mensonge a toujours été l’arme de ceux qui voulaient détourner les autres du droit chemin. Martin Luther écrit, dans ses « propos de table » (Aubier, 1992, p 342), que « le mensonge est toujours tordu et se recourbe comme un serpent qui n’est jamais droit, soit il rampe, soit il se dresse. Ce n’est que lorsqu’ils sont tués que serpent et mensonge sont droits et sans nocivité ».

En hébreu, le verbe mentir a la même racine que les mots « figer », « geler » et « lier », « enchaîner ». Le mensonge est une façon de se figer, de ne pouvoir ni parler selon son cœur, ni bouger. Quand la vérité n’est plus respectée, plus rien ne circule, comme si, dans un corps vivant [y compris dans un corps social ou même le corps de Christ ?], tout se coagulait. Le mensonge a tendance à se multiplier, entraînant d’autres mensonges qui nous enferment progressivement dans leurs filets. Le menteur est ainsi pris dans une sorte d’engrenage, « condamné » à enchaîner sans fin ses contrevérités pour que le mensonge soit maintenu. De là notre responsabilité de refuser de relayer ce qui se dit notamment sur les réseaux @sociaux [par exemple, le mensonge d’une « élection volée », qui a conduit à une émeute un certain 6 janvier]. Or, si la chaîne du mensonge casse, la vérité refait surface et tout se dévoile.

En plus d’être menteur, le serpent est aussi séducteur en faisant croire à l’homme qu’il lui est possible de faire ce que ce son désir veut (« No limit », « la liberté sans entrave », « dire tout et n’importe quoi »), sans craindre les conséquences. Nous savons que c’est un gros mensonge, mais nous avons tellement envie de le croire. Ainsi depuis la chute, l’homme et la femme ne sont pas devenus des adultes assumant leurs actes, mais plutôt des enfants ou « des ados » accusant cesse les autres pour se chercher des excuses, entretenant un esprit de victime.

Il n’est ainsi pas possible de justifier le mensonge ou la tromperie au nom de la défense « des valeurs », comme si « la fin justifiait les moyens », vu que Dieu interdit d’invoquer Son Nom pour tromper (Exode 20v7), comme pour faire du tort à son prochain ou défendre ses propres opinions. Dans l’Ancien Testament, ceux qui invoquent le nom de Dieu pour tromper sont les faux prophètes qui ne disent pas la Parole de Dieu, mais ce que les gens – et particulièrement les puissants – veulent bien entendre.

« Etre en vérité » n’est pas qu’une vertu morale : c’est aussi une façon de se tenir droit face au monde, c’est le choix d’être en vérité, en parfaite honnêteté devant son prochain.

Le contraire du faux témoignage est la lumière : Au commencement, Dieu a créé la lumière. Jésus est lumière, « Dieu est lumière et il n’y a en lui aucune ténèbre », nous disent l’Evangile et la première lettre de Jean. Celui qui est « le véritable et la vie éternelle » nous appelle à vivre dans la lumière, laquelle se mesure en vérité, en simplicité et en transparence. En tant qu’ « enfants de lumière », nous avons à manifester le fruit de la lumière : bonté, justice et vérité (Eph.5v8-9).

Enfin, il est vital de « se tenir loin » du mensonge, parce que le mensonge est dangereux : le commandement de s’abstenir de toute parole mensongère est liée à celui de ne pas tuer, comme le souligne le verset 7 d’Exode 23, lequel fait le lien entre le mensonge et la violence. Dans son discours de réception du prix Nobel, Alexandre Soljenitsyne a dit : « la violence ne trouve son refuge que dans le mensonge et le mensonge ne trouve son appui que dans la violence. Tout homme qui a opté pour la violence doit inexorablement choisir le mensonge comme son principe ». Comme le mensonge finit toujours en impasse, le menteur ne peut s’en sortir que par la violence. Utiliser le mensonge pour justifier ou camoufler un méfait est l’essence du totalitarisme.

D’après NOUIS, Antoine.  La Bible. Commentaire intégral verset par verset/1. Le pentateuque. Olivetan/Salvator, 2021, P 32-33, 317, 333. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s