L’action du mois : dire non au « Black Friday », journée (au) rabais

« Piqué » sur le compte Twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/11/18)….

“Je crois fondamentalement dans le marché, mais nous devons admettre qu’il ne fonctionne pas” :  cette phrase extraordinaire a été prononcée le 18 novembre par Timothy D. Cook, successeur de Steve Jobs au poste de directeur général d’Apple…

« Chaque mot de sa phrase mérite examen », souligne le journaliste Patrice de Plunkett dans une note de blogue. « Elle pose que le marché est “fondamentalement” objet de foi : Tim Cook “croit dans le marché” tout-puissant (comme le Credo dit : “I believe in God the Father Almighty”) ; attitude propre à la religion, non à l’analyse économique. Le libéralisme n’est pas une science, c’est un culte… Mais Tim Cook constate aussi que le marché “ne fonctionne pas”. En conclura-t-il, comme les théologiens chrétiens, que la toute-puissance de ce dieu Marché – comme celle du Père (almighty) au sein de la Trinité –  s’exprime non en termes de fonctionnel utilitaire mais de don gratuit ?  Impossible, puisque le dieu Marché est celui de l’échange vénal !  Première impasse.

Deuxième impasse : c’est précisément dans le domaine de l’échange vénal, son exclusif domaine, que ce dieu objet de foi – le Marché – ne fonctionne pas” selon Tim Cook. Du coup, la foi de ce patron dans le Marché paraît vouée à l’avis méprisant du prophète (1 Samuel 12v21) sur les idoles :   “Ces choses de néant…”

Fort de ce constat d’iconoclaste, prenons du recul sur un phénomène venu des Etats-Unis et imposé en France par la grande distribution et les marques : il s’agit du « Black Friday » (vendredi noir), une journée (au) rabais aux USA.

En effet, comme tous les ans, les Américains se ruent littéralement dans les magasins ce vendredi 23 novembre, au lendemain de Thanksgiving, espérant profiter d’ une semaine de promotions démentielles avec réductions allant jusqu’à 80%. Un véritable phénomène donnant lieu à des scènes de liesse(sic) chaque année et avec des rues « noires de monde ». Cette « folie » préventive est censée être la stratégie choisie par les consommateurs pour éviter cette autre folie du mois de Décembre en magasins, à l’approche de la fête de Noël.

En France, comme son nom ne l’indique pas, le « Vendredi Noir » s’étend en réalité sur tout un week-end, les Français ne disposant pas dans leur calendrier d’un jour férié dédié à cette fête religieuse de la consommation….

Certes, un tel événement commercial « boostera certainement l’économie » (au profit de qui ?), mais elle a surtout de quoi interroger sur les coûts environnementaux et sociaux de cette consommation de masse : un « vendredi noir » pour la planète et les êtres humains, réduits à l’état de troupeaux de « con-sommateurs » !. Et ce, alors qu’autour de nous certains ont le courage de dire leurs difficultés à remplir le frigo, à acheter un jouet à leurs enfants, …et ce alors que les lignes SNCF secondaires ferment, des départements sont sans médecins, des villes étouffent, qu’il n’y a plus d’aménagement du territoire….au nom de la seule loi du bankable, justifiant d’abandonner le reste.

Ceci dit, que faire ?

A Sao Paulo, le 9 décembre 2013, les étudiants de l’école de communication et d’art de l’université de Sao Paulo investissent un centre commercial de Natal, pour une marche des zombis « blind ones » contre le consumérisme aveugle.

D’abord ouvrir les yeux.

Les lecteurs se souviendront sans doute de cette forme « d’artivisme », nous invitant à la réflexion et à l’action responsable et juste. Un certain lundi 9 décembre 2013, alors que la classe aisée brésilienne prépare fébrilement les fêtes de fin d’année, un défilé original investit un temple de la consommation, le centre commercial de Natal, interrompant un temps la frénésie consumériste. « Quarante personnes déambulent en silence dans les galeries, avançant lentement comme des automates, les yeux bandés et le corps recouvert d’une épaisse couche d’argile. A l’origine de cette performance artistique intitulée « Blind Ones », les étudiants de l’école de communication et d’art de Sao Paulo. Ils ont interprété une oeuvre créée par leurs professeurs, les metteurs en scène et chorégraphes Marcos Bulhoes et Marcelo Denny. Eux-mêmes se sont inspirés du tableau de Pieter Bruegel, « La Parabole des aveugles »[1568], où les personnages, non-voyants, s’accrochent désespérément les uns aux autres avant de vaciller ensemble dans le fossé. Le titre de l’oeuvre fait référence à la parole du Christ adressée aux Pharisiens : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Matthieu 15v14-24). En réactualisant cette parabole, les auteurs souhaitent « provoquer une réflexion sur notre aveuglement face à la consommation ». Dans un monde qui érige en vertu cardinale la transparence, qui veut pour autant savoir les conditions de fabrications des objets achetés ? Qui s’interroge sur l’origine de son désir consumériste et de ses conséquences irréversibles ?

Mettant en scène l’acte de dévotion permanent des populations occidentales envers la marchandise, dénonçant l’instinct grégaire et la désolante condition de l’homme vide aux mains pleines, cette performance artistique invite à agir et à réfléchir ».

Et pour cela, il convient de prendre le temps de s’arrêter…

« Pour vivre esclave, il faut posséder »*

« …la soif de posséder, qui est une idolâtrie. »(Col. 3v5 )

Esclave : qui est sous la puissance absolue d’un maître qui l’a rendu captif ou qui l’a acheté. Et qui donc le possède(cf Rom.6v16).

Aujourd’hui, « pour vivre esclave », il « faut » posséder. Quoi donc ? N’importe quoi. Pourvu que nous soyons persuadés d’être « satisfait », « épanoui », « important », si nous possédons cette « chose » ou ce « n’importe quoi » comme les autres, ou avant les autres.
Mais ce que nous croyons posséder, devenu le centre de nos vies, finit par nous posséder.
C’est ce qui s’appelle « se faire posséder »**.

Patrick McGrath Muñiz "The Escape Plan" ou "Le Plan d'évacuation" (2013)  Huile sur toile 24" x 36"

Patrick McGrath Muñiz
« The Escape Plan » ou « Le Plan d’évacuation » (2013)
Huile sur toile 24″ x 36″

C’est ce qui s’appelle aussi le consumérisme : « une idole ignorée(…)lié à la poursuite du bonheur et de la satisfaction(…)fondé sur le principe de la transformation d’une convoitise en besoin, d’un besoin en nécessité et d’une nécessité en dû », selon Mike Evans. Lequel rappelle qu’« aux États-Unis, le coup d’envoi des achats de Noël est traditionnellement donné le lendemain de Thanksgiving », jour fixé dans les années 40 par
le président Roosevelt « au 4ème jeudi de novembre afin d’étendre la période des achats de Noël, ce qui illustre clairement la subordination d’une fête importante à l’idole de la consommation. Á cette occasion, les grandes marques américaines proposent des rabais importants qui provoquent d’impressionnantes marées humaines dans les magasins(…)
En 2008, 2000 acheteurs n’ont pas su attendre l’ouverture de l’un des grands temples de la distribution. Animés d’une agressivité quasi animale, ils ont détruit les portes du magasin et, dans l’émeute qui a suivi,
quatre personnes ont perdu la vie et de nombreuses autres personnes ont été blessées. Tout cela pour économiser 100$ sur une tablette ! »

Pour mémoire, même s’il n’est en réalité que « bien peu probable » que cela se soit passé un « 25 décembre », Noël est censé fêter ou célébrer la venue du Sauveur dans ce monde. Du Messie, venu « pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres » ; envoyé « pour guérir ceux qui ont le coeur brisé,
Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, Pour publier une année de grâce du Seigneur »(Luc 4v18-19).

Comment alors privilégier une célébration de « Noël » qui ne sera pas « idolâtre » ?

En rappelant « l’esprit du message de Noël », qui pourrait se résumer à ce verset : « Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis »(2 Cor.8v9).

Face à la sagesse de ce monde, recherchons la sagesse de Dieu, notamment à travers le livre des Proverbes, « un mini-guide pour la vie », et apprenons de la grâce de Dieu qui nous « enseigne à vivre sagement, justement et pieusement »(Tite 2v12).

D’autres exemples de « Noël qui a du goût » peuvent se découvrir ici et là(idée des « Christingles »). Vous pouvez aussi organiser, pour Noël, un « banquet mondial »(dont nous avons déjà parlé ici et que nous avons testé sur notre groupe d’ados de l’église, hier, avec d’autres moniteurs)

Notes :

* »Piqué » dans le courrier des lecteurs du dernier numéro de décembre-janvier de « La Décroissance »

** Voir « La Classe ouvrière va au paradis » d’Elio Pétri(1971)

L’histoire de Lulù, ouvrier modèle, dont « la seule ambition dans l’existence est de gagner suffisamment de miettes pour pouvoir, le soir, rentrer chez lui regarder la télévision et acheter, le week-end, les gadgets inutiles qu’il y aura vus vantés par la publicité ».

L’attachement à tes faux dieux ne fera pas « décoller ta vie »….mais « collera tes yeux »(Lisons ensemble Esaïe/5)

Le contact avec les faux dieux est « mal vu » de Dieu, car cela rend aveugle…

Retour de notre lecture biblique du livre du prophète Esaïe, entamée ici.

D’habitude, il s’agit de lire attentivement le chapitre et d’être attentif à 1)ce que nous apprend le chapitre sur la nature et la personne de Dieu ; 2)ce que nous apprend le chapitre sur la nature et le caractère de l’homme, et enfin, 3)ce que nous apprend le chapitre sur les engagements de Dieu vis à vis de l’homme.

Concernant ce chapitre, voici quelques suggestions d’étude supplémentaires : que nous apprend le chapitre sur la nature des idoles, ainsi que sur les attitudes de l’homme face aux idoles et à Dieu ?

Qui est au service de qui ? Qui façonne qui ? Dans quel but ?

Existe-t-il encore des idoles ou des formes d’idolâtrie dans nos sociétés occidentales, au XXIème siècle ?

Que vaut ce que je fabrique ou façonne ?*
Est-ce une idole ?

Bonne exploration et bonne lecture !

Esaïe 44**

1 Mais maintenant, écoute bien,
peuple de Jacob, mon serviteur,
Israël, toi que j’ai choisi. 2 Voici ce que je te déclare,
moi le Seigneur qui t’ai fait,
qui t’ai formé dès avant ta naissance
et qui viens à ton aide :
N’aie pas peur, peuple de Jacob,
toi mon serviteur,
toi Yechouroun que j’ai choisi. 3 Car je vais arroser
le pays qui meurt de soif,
et faire couler des ruisseaux
sur la terre desséchée.
Je vais répandre mon Esprit sur tes enfants
et ma bénédiction sur tes descendants. 4 Ils pousseront et grandiront
comme des roseaux dans l’eau,
comme des peupliers
sur le bord des ruisseaux. 5 L’un dira : «Je suis au Seigneur» ;
un autre voudra porter le nom de Jacob.
Tel autre inscrira sur sa main :
«Propriété du Seigneur»
et sera fier de porter le nom d’Israël. »

6 Le Seigneur, le roi d’Israël,
lui qui libère son peuple,
lui le Seigneur de l’univers,
te déclare, Israël :
« C’est moi qui suis au point de départ,
mais aussi à l’arrivée.
A part moi, pas de Dieu. 7 Qui donc comme moi
provoque les événements par sa parole ?
Qu’il me raconte tout cela et me l’expose
depuis que j’ai établi les premiers humains !
Et qu’il annonce aux gens
ce qui est près d’arriver. 8 Vous, mon peuple,
soyez sans crainte, n’ayez pas peur.
Je vous l’ai annoncé,
je vous l’ai révélé longtemps à l’avance,
vous le savez bien,
vous m’en êtes témoins.
A part moi y a-t-il un autre Dieu ?
Non, il n’y a pas d’autre Rocher,
je n’en connais aucun. »

9 Les fabricants d’idoles sont tous des nullités.

Et leurs chers objets ne servent absolument à rien :
ce sont leurs témoins à eux,
mais des témoins qui ne voient rien,
qui ne savent rien
et les laisseront bien déçus. 10 Fabriquer un dieu, mouler une idole
qui ne servira à rien, quelle sottise ! 11 Tous ceux qui s’en font les complices
se couvriront de honte.
Les artisans qui la fabriquent
ne sont que des hommes.
Qu’ils se rassemblent tous,
qu’ils se présentent :
ils prendront peur
et se couvriront tous de honte ! 12 Le forgeron aiguise un ciseau,
il le travaille à chaud,
lui donne une forme au marteau ;
il y met toute son énergie.
Mais le travail lui donne faim,
le voilà sans force.
S’il oublie de boire un peu d’eau,
le voilà épuisé. 13 Quant au sculpteur sur bois,
il prend ses mesures au cordeau,
trace le contour à la craie,
travaille la pièce au ciseau
et arrondit le tout au rabot.
Il lui donne une forme humaine,
une belle figure d’homme,
qui restera dans une maison. 14 On réserve un cèdre à couper,
on choisit un chêne ou un térébinthe.
On le laisse grandir
parmi les arbres de la forêt.
Ou bien on plante un pin ;
la pluie le fera pousser. 15 Ce bois servira aux hommes
pour allumer du feu.
Ils en prennent pour se chauffer
ou pour cuire leur pain.
Ou ils en font un dieu,
devant lequel on s’incline,
ils fabriquent une idole
à qui l’on adresse des prières. 16 Ils brûlent ainsi au feu
la moitié de la bûche ;
ils y font rôtir de la viande
et en mangent à leur faim.
Ou encore ils se chauffent
en s’exclamant : « Ah, je me réchauffe,
quel plaisir de voir le feu ! » 17 Avec l’autre moitié de la bûche
ils se fabriquent un dieu,
ils se font une idole,
ils s’inclinent devant elle
et lui adressent cette prière :
« Tu es mon dieu, délivre-moi ! » 18 Ces gens n’ont rien dans la tête,
ils ne comprennent rien.
Ils ont les yeux collés,
ils ne distinguent rien,
et leur esprit est trop borné
pour qu’ils saisissent quelque chose. 19 Aucun ne réfléchit,
aucun n’a le bon sens
ni l’intelligence de se dire :
« J’ai brûlé la moitié de ce bois ;
sur les braises j’ai cuit mon pain
et rôti la viande que je mange.
Ce que je fais de l’autre moitié
n’est qu’une idole abominable.
C’est devant un bout de bois
que je viens m’incliner ! » 20 Non, leurs pensées s’attachent
à ce qui n’est qu’un peu de cendre ;
leur esprit égaré les fait déraisonner.
Leur dieu ne les délivre pas,
mais eux-mêmes ne se disent pas :

« Ce que je tiens dans la main
n’est qu’un faux dieu, c’est évident. »

Notes :

* Voir à ce propos le phénomène de l’« obsolescence programmée » : un « mécanisme qui enferme le consommateur dans un cycle perpétuel de renouvellement de matériel en lui fournissant des produits
trop vite inutilisables ou irréparables »Sur le plan de la technologie, on construit « moins fiable, moins durable et non réparable » ; sur celui du design, il s’agit de « créer artificiellement, par un effet de mode, un effet de vieillissement prématuré en « démodant » les produits ». Et enfin, sur le plan de la législation : on cherche à « obtenir l’instauration de nouvelles exigences légales obligeant la « mise aux normes » par le renouvellement du produit ».

Le rapport entre le chapitre d’Esaïe 44 lu précédemment, les idoles et l’obsolescence programmée ? Fabriquer un tas de choses qui réussit le tour de force de prendre une très(trop) grande dans nos vies, tout en étant parfaitement inutile et peu fiables, sur le long terme…

Sur le sens du « travail », voir encore le documentaire de Pierre CARLES « Volem rien foutre al pais »(2006) : Comment résister à la guerre économique, à la surconsommation, au système? Certains choisissent l’autonomie et des pratiques-certaines plus ou moins discutables-solidaires, marginales ou collectives.

Dans ce cadre, quelle(s)réponse(s)apporteront les chrétiens, sur la base de l’Evangile de Jésus-Christ ?

** Version Français courant