L’action du mois : rater sa vie

« Si à 50 ans on n’a pas de rolex, c’est qu’on a raté sa vie », a dit un jour le publicitaire Jacques Séguéla. Celle-ci donne bien le sens des aiguilles mais illustre malheureusement le non-sens d’une telle vie…(Dessin de Louison).

Ce texte est de Simon Lessard, tiré du magazine québecois Le Verbe, Janvier 2020(1). Merci à l’auteur pour m’avoir aimablement autorisé à le partager ici.

L’an passé, j’étais résolu à ne plus prendre de résolution, parce que ça marche jamais c’t’affaire-là. J’ai déjà essayé le gym(1), la méditation, la diète, le gym(2), le jeûne, le journal personnel, le gym… et j’ai enfin compris que le gym, c’est pas fait pour moi.

Ça marche tellement pas que, cette année, j’ai même brisé ma résolution de ne plus en prendre. Alors, j’ai enfin pris l’ultime résolution.

J’ai pris la résolution de rater ma vie.

Après tout, ça fait 33 ans que j’essaie de réussir ma vie, et je ne peux pas dire que c’est un succès. Après deux grands échecs de vie, un burnout et une dépendance au défilement de pages Web sur mon écran, j’ai commencé à comprendre que – comme pour le gym – une vie réussie, c’est peut-être pas fait pour moi.

Mais avant de désespérer de moi, j’ai ouvert LE livre (ou ton biblion pour les philologues parmi vous… [écho dans la salle]). Puis là, je suis tombé par hasard sur un gars qui se prenait pour Dieu et qui disait: «Qui cherche sa vie la perdra, qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera.»

Ça a comme fait clic dans ma tête.

Depuis 33 ans que j’essaie d’être un winner, et voilà que le gars le plus sage de toute l’histoire me dit que le secret, c’est d’essayer d’être un loser. Ou bien il est fou raide, ou bien il a compris quelque chose de vraiment profond!

En tout cas, lui, on peut dire qu’il prêche par l’exemple, parce que sa vie ressemble pas mal à un échec. Le gars a même fini sur l’échafaud, ridiculisé par la foule et abandonné par ses plus proches groupies.

Rater sa vie

Tout le monde cherche à réussir sa vie et personne n’y arrive. Mais tous ceux qui cherchent à rater leur vie y arrivent royalement.

Mon ami Charles a réussi à rater sa vie en ne pensant plus du tout à lui, mais juste à son épouse et à six petits êtres humains: il est papa.

Mon amie Sarah a réussi à rater sa vie en n’ayant plus une seconde de libre parce qu’elle se donne sans compter pour les malades: elle est (très) bonne sœur.(….)

Et vous savez quoi?

Tout ce beau monde qui a raté sa vie est tellement léger. Léger, libre et joyeux.

Rater sa vie, c’est le meilleur moyen de ne plus être obligé de vivre dans une logique de croissance personnelle perpétuelle. C’est enfin respirer dans la décroissance.

Rater sa vie, c’est travailler à réussir celle des autres. Cette année, je prends soin de moi d’une manière différente: je choisis de sacrifier ma réussite pour au moins réussir mon sacrifice.

 

 

 

Notes :

(1) Pour consulter la version numérique, cliquez ici. Egalement disponible sur le blogue du Verbe.

Le Verbe.com témoigne de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. La joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste, sur demande), un site web animé par une vingtaine de collaborateurs réguliers et une émission de radio hebdomadaire, On n’est pas du monde (diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion).

(2) Comme me l’a expliqué Simon, les québécois disent « le » gym dans le sens d’aller au gymnase (masculin) et non dans celui de faire de la gymnastique (féminin).