Fausses prophéties : une cascade de repentances

Une triple problématique : L’abondance de « paroles du Seigneur »/faux prophètes, le fait d’y croire et l’incapacité à discerner entre la parole prophétique authentique et l’expression toute-puissante de son propre désir. (Source image : A Sao Paulo, le 09/12/13, les étudiants de l’école de communication et d’art de l’université de Sao Paulo investissent un centre commercial de Natal, pour une marche des zombis « blind ones » contre le consumérisme aveugle).

Souvenez-vous : certains chrétiens (y compris en France) avaient affiché leur déception et leur incompréhension suite à la défaite de leur candidat favori à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020 : « Et pourtant il y a eu plusieurs prophéties prédisant sa victoire » ; « et pourtant Dieu nous l’avait révélé… »(1).

Et pour cause, ces fameuses « prophéties » étaient fausses, vu le résultat. La Bible, rappelons-le, définit un prophète authentique lorsque ce que ce dernier annonce se réalise. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’une parole du Seigneur. C’est par présomption que le « prophète » a dit cette « parole du Seigneur ». Nous ne devons pas nous laisser impressionner cf Deut.18v22.

Plusieurs de ces « prophètes » américains ont fini par se repentir publiquement, mais tardivement, début janvier 2021, de leurs fausses prophéties prédisant la réélection de Donald Trump. Ces derniers ne semblent plus croire que Trump serait le (meilleur) garant d’un « ordre social chrétien », comme ils ne semblent plus croire aux prétendues « fraudes » électorales, invitant même les chrétiens à se repentir de leur « Trumpolâtrie »(2)

Ainsi, par exemple, Jeremiah Johnson [à ne pas confondre avec le personnage du film éponyme, joué par Robert Redford] a déclaré publiquement le 7 janvier 2020 qu’il croyait (à tort) avoir reçu « une mission pour aider le corps du Christ à discerner prophétiquement les plans que Dieu avait pour Donald Trump » et qu’il souhaite « (se) repentir d’avoir prophétisé à tort que Donald Trump remporterait un deuxième mandat à la présidence des États-Unis (…) Je refuse de blâmer les croyants et de dire: ‘Cela ne s’est pas produit parce qu’ils n’ont pas suffisamment prié.’ Je ne proclamerai pas non plus: ‘Donald Trump a effectivement gagné, alors j’avais raison, mais l’élection lui a été volé’. Je crois que la première déclaration cherche à soulager le messager prophétique de la responsabilité de ce qu’il a prophétisé, et la deuxième déclaration est remplie de fierté potentielle et d’une réticence à s’humilier et à admettre qu’il avait tort (….) Donald J. Trump n’a pas été réélu et je dois le réaliser et me repentir » affirme-t-il encore, ajoutant qu’il croit maintenant que Dieu a décidé de démettre Trump de ses fonctions « à cause de sa propre fierté et arrogance » et d’attirer l’attention de ceux dans l’Église qui ont fixé leurs yeux sur l’homme plus que vers le Seigneur, plaçant Donald Trump « sur un piédestal ». Il s’est également excusé de ce que « ses prophéties avaient joué un rôle pour alimenter l’attention démesurée » des chrétiens envers Donald Trump.

Shawn Bolz, un autre célèbre prophète américain a aussi pris la parole pour s’excuser de « s’être trompé à propos de quelque chose d’aussi énorme », dans une publication Facebook qui a été likée près de 8 milles fois. Il a aussi déclaré qu’il prenait « ses responsabilités » et ne prophétiserait plus sur les questions politiques pour se « concentrer » sur sa relation avec Jésus…..(2)

A noter que ces « prophéties » étaient encore considérées comme « des vraies », même après l’élection, notamment par les intéressés eux-mêmes, et plusieurs, y compris parmi mes connaissances évangéliques françaises, continuent de croire à une prétendue « fraude » électorale au profit de Joe Biden.

Pourquoi un tel revirement maintenant ? Tout simplement parce qu’il n’est plus possible de continuer à soutenir Donald Trump, après la condamnation généralisée et croissante des milliers d’émeutiers pro-Trump, envahissant le capitole le 06 janvier. A noter que, sauf erreur de ma part, les faux prophètes du Covid-19 [qui n’ont rien vu venir] ne se sont pas encore manifestés….(3)

Ceci dit, cette situation révèle une triple problématique, bien analysée par Julia Duin, dans cet article (en anglais) paru le 12/01/21 sur le site religionunplugged.com(4) :

1) L’abondance de « paroles du Seigneur » pour les élections [comme pour le coronavirus] et de faux prophètes,

2) Le fait de croire en ces « paroles du Seigneur » et en ces faux prophètes

3) L’incapacité à discerner entre la parole prophétique authentique et l’expression toute-puissante de son propre désir – ou comment prendre nos désirs pour la réalité et notre volonté pour celle de Dieu. De là, aussi, l’incapacité à ne pas croire que ces prophéties sont fausses [allant jusqu’à l’accusation de « traitrise et de lâcheté » des repentants], surtout quand ces dernières sont attestées comme telles.

Ainsi, quid de nos façons d’écouter Dieu ? Cherchons-nous des paroles prophétiques, de Dieu, pour savoir la vérité et connaître la volonté de Dieu ou les cherchons-nous pour obtenir [voir arracher] confirmation de ce que nous croyons savoir ? Autant de questions qu’il est essentiel de ne pas censurer.

Ensuite, théologiquement, spirituellement et moralement, « les excuses » de ces « prophètes »  suffisent-elles ? Premièrement, Dieu [vous pensiez que j’allais écrire : ….« est au contrôle » ?] connaît la réalité de cette repentance, et le temps nous permettra de voir se manifester le fruit de la repentance (cf Matt.3v8).

Deuxièmement, il ne serait être question d’évacuer le problème par de simples « excuses », mêmes publiques (pour recommencer à la prochaine élection ?) « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » est en effet une question difficile et particulièrement grave, que nous pose encore aujourd’hui Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est….. la mort (Deut 18v20) (5)

Les lecteurs des Ecritures Saintes se souviennent qu’il est aussi écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture » (Deutéronome/Devarim 5v11), souligne Erri de Luca dans une courte méditation(6).  « Tu ne soulèveras pas le nom » : Rien à voir avec la version où on lit : « tu ne nommeras pas en vain ». On le comprend bien grâce à une autre ligne : « tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture (Lashàue) contre ton prochain » (Deutéronome/Devarim 5v20).   « Le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce [pour appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations, par exemple, « je le jure », ou  « ainsi dit le Seigneur ! »], et qu’on en porte tout le poids. ». Et « celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ».

C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité », car l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…) car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] ». « Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. » En tant que croyants, témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique », et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » (au Nom) de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8), et être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui « veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes ». Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous sommes effectivement des « étrangers (et locataires) au sol », habitant cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété ». 

Enfin, il semble se produire une véritable « cascade de repentances » publiques, de la part de ceux qui avaient prophétisé faussement.

Pour rappel, la vraie repentance consiste pour nous à être brisé par la tristesse infinie d’une situation où nous nous sommes compromis. C’est parce que nous comprenons à quel point notre péché risque d’abîmer notre relation à Dieu et aux autres, que nous sommes dans une profonde conscience de notre culpabilité. La repentance est donc une clé de la vie chrétienne, de la sainteté.

La repentance conduit au pardon et le pardon à la réconciliation, à la réparation et à la paix (non pas l’absence de ce qui dérange mais l’établissement de ce qui est bon. Et sans justice, pas de paix). Dieu pardonne le pécheur repentant et console celui qui a été blessé. (1 Jean 1v9 ; 2 Chron.7v14). Pierre, dans Actes 3v17, invite à la repentance en vue du pardon de Dieu, lorsque le peuple prend conscience de sa faute collective. C’est là le travail du Saint-Esprit, lequel, si on ne lui résiste pas, nous « convainc de péché, de justice et de jugement » (Jean 16v8), en vue de la repentance, pour obtenir le pardon de Dieu.

De là la finalité de la parole prophétique authentique, laquelle n’est pas « la prédiction de madame Soleil » annonçant fatalement un événement inéluctable (ou même « l’oracle » en mode « développement personnel »), mais celle qui nous conduit à la repentance. C’est ainsi qu’elle nous édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Et c’est parce qu’il sera authentiquement repentant au préalable que le prophète – qui écoute vraiment la Parole de Dieu et la met en pratique (Luc 11v28) – pourra être….authentiquement prophétique !

Dans le même ordre d’idée, notons qu’en Lévit.4, il est question des péchés involontaires, qui ne rendent pas les autres coupables, sauf quand il s’agit de ceux du souverain sacrificateur (Lévit.4v3). Et nous sommes tous souverains sacrificateurs, en tant que croyants en Christ ! Le plus responsable est aussi le plus coupable. Plus un homme est saint et plus la moindre de ses fautes, même involontaire, peut scandaliser/blesser les autres, ou les entraîner dans l’erreur ou l’idolâtrie.

Le souverain sacrificateur est celui qui prie et intercède tout le temps. Il sait que les fautes involontaires, même cachées et inconnues des autres, polluent et troublent la prière et le discernement de celui qui doit conduire le peuple, mais aussi l’amour de celui qui doit transmettre au peuple l’amour même de Dieu. C’est pourquoi il ne doit pas cesser de se repentir(7).

 

En bonus, cette pensée à méditer : « vouloir imiter Jésus Christ nous pousse à faire quelque chose qu’il n’a jamais faite : la repentance ».

 

 

 

 

Notes :

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/

(2) Voir https://www.infochretienne.com/des-prophetes-americains-sexcusent-davoir-prophetise-a-tort-la-reelection-de-donald-trump/

Voir aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/

Quelques éléments de contexte : Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine du 03 novembre 2020, Joe Biden, a été déclaré vainqueur samedi 07/11, après avoir franchi le seuil nécessaire de 270 grands électeurs, selon les résultats partiels transmis par les médias américains. Après l’annonce vendredi 13/11, au soir, des résultats qui manquaient encore, en Caroline du Nord et en Géorgie, Joe Biden l’emporte avec 306 grands électeurs contre 232 pour Donald Trump. Ce dernier refuse toujours de reconnaître la victoire de son adversaire.

Alors que Donald Trump tourne en boucle sur les réseaux sociaux en dénonçant des tricheries et fraudes massives, plusieurs autorités électorales américaines ont indiqué jeudi 12 novembre dans un communiqué commun, plus d’une semaine après la présidentielle, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés.  « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont affirmé ces autorités locales et nationales en charge de la sécurité du scrutin – l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la sécurité intérieure, ainsi que le Conseil de coordination de l’infrastructure électorale et les Comités exécutifs de coordination de l’infrastructure électorale.

« Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », soulignent-elles dans leur communiqué.  « Bien que nous sachions que notre processus électoral fasse l’objet de nombreuses affirmations sans fondement et de campagnes de désinformation, nous pouvons vous assurer que nous avons une confiance absolue dans la sécurité et l’intégrité de nos élections », insistent-elles.

Source : https://www.la-croix.com/Monde/Presidentielle-americaine-aucune-preuve-fraude-affirme-autorites-2020-11-13-1201124395. Voir aussi https://www.20minutes.fr/monde/2927543-20201208-presidentielle-americaine-cour-supreme-coule-derniers-espoirs-donald-trump?xtor=RSS-176 et https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-elections-la-cour-supreme-aneantit-les-derniers-espoirs-de-trump

Au final, Donald Trump et ses alliés ont essuyé plus de 50 échecs devant la justice, dont deux devant la Cour suprême, pour faire invalider les résultats dans certains Etats. Le 06 janvier 2021, le congrès certifiait le vote des grands électeurs, donnant vainqueur Joe Biden, nouveau Président élu.

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

(4) https://religionunplugged.com/news/2021/1/12/charismatics-are-at-war-with-each-other-over-failed-prophecies-of-trump-victory?fbclid=IwAR1MfCSO-OZ5W8MaOl2gfSQIRTR7y-nKDBbobp15TRPAA5eqUWcVK6aWCmA

(5) Voir les critères de discernement d’une authentique parole prophétique ici https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

(6) Cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/23/blaspheme-sans-remission/

(7) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/01/reconquerir-le-terrain-de-la-saintete-une-animation-biblique-pour-yom-kippour/