Leurs profits valent-ils mieux que sa vie ou verra-t-il le bout du « Tunnel » ?

« Tunnel », un film coréen(du sud) qui nous interpelle sur ce qu’est « être » et « rester humain » dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques…

Critique du film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Vous cherchez une bonne idée de film à voir entre amis, ou pourquoi pas, pour un bon « ciné-débat » dans le cadre de votre église locale ou votre paroisse, mais vous ne savez pas quoi. Ne cherchez plus, vous avez trouvé : voici « Tunnel », un excellent film coréen (du sud), vu ces dernières semaines et qui est un gros succès au box-office dans ce pays.

La trame est simple : un tunnel flambant neuf reliant Séoul à Hado s’effondre subitement sur Jung-soo, un jeune père de famille lambda rentrant chez lui en voiture pour l’anniversaire de sa fille. L’homme survit à la catastrophe mais reste coincé sous les décombres, connecté au reste du monde par la radio de sa voiture et son téléphone portable dont la batterie peut lâcher d’un moment à l’autre. Impuissant, avec deux petites bouteilles d’eau et un gâteau, il ne peut qu’attendre et suivre les conseils de survie donnés par les secours, dont l’organisation s’étale sur plusieurs semaines. En parallèle, nous assistons également aux débats qui agitent famille, médias et politiques, sur ce qu’il convient de faire, pesant le « pour et le contre », entre les moyens hors normes mobilisés et les chances réelles de le sauver. Le suspens est réel : l’homme survivra-t-il ? Sera-t-il même sauvé ? Ou périra-t-il à cause des (classiques) risques géologiques du terrain, prêt à s’effondrer à nouveau ou…..pour causes (bien plus réelles encore) d’abandon, de bêtise ou d’incompétence des sauveteurs ? La mise en scène et le mélange de genres (du drame au thriller, en passant par la comédie, et la critique sociale) contribue à entretenir la tension dramatique du film, lequel reste toutefois limité sur ses enjeux psychologiques.

Heureusement, sa force est ailleurs : le réalisateur, Kim Seong-hun, nous propose un efficace détournement (et une actualisation) de genre, celui du film-catastrophe. Déjà dans le rythme et la structure : « Quand on pense à un film catastrophe typique, on a plutôt une histoire qui se développe en crescendo. Au début, on sent qu’il va se passer quelque chose, puis la situation éclate. Moi j’avais envie de prendre les choses complètement à l’envers, c’est-à-dire que dès le départ on voit la catastrophe, et derrière on voit comment cette situation va être dénouée », explique le réalisateur (1).

Plus intéressant encore, il ne manque pas d’inclure dans son film des problématiques sociales et sociétales, révélatrices des faiblesses de la société coréenne contemporaine : développement économique et équipement en infrastructure « en marche » forcée de la Corée du Sud, considérant les règles de sécurité comme « des entraves » et avec pour seule logique la compétitivité à tout prix ; compromission entre les chaebols – conglomérats- et les bureaucrates, dysfonctionnement administratif, opportunisme politique, omniprésence d’un système médiatique en recherche permanente de « scoops ». L’histoire n’est pas sans rappeler certaines catastrophes (qui ne sont pas de l’ordre de la fiction) pouvant être perçues comme les conséquences des excès du rapide développement économique de la Corée du Sud, tel le naufrage du ferry Sewol en 2014 au large de l’île de Jindo, qui avait fait 304 victimes dont une majorité de lycéens. Comme le souligne Kim Seong-hun, « Tunnel a été tourné quand a eu lieu cette terrible tragédie. On ne peut nier une certaine influence de ces événements, et je pense que de manière consciente et inconsciente, ils ont trouvé un certain écho dans l’histoire de mon film ».

Non dénué d’humour, « Tunnel » n’oublie pas non plus de s’interroger et de nous interpeller sur ce qu’est « être » et « rester » humain dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques. On citera en guise d’illustration la très belle scène du partage d’un peu d’eau avec une autre personne ensevelie, alors que chaque goutte compte dans la longue attente de l’arrivée des secours.

« Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25)

Questions débat pour aller plus loin :

Jésus nous dit que « l’on ne peut servir Dieu et Mammon » – c’est à dire l’argent (Matt.6v24). Sous cet éclairage, le capitalisme libéral est-il un simple système économique ou une religion ? Dans quelle mesure a-t-il envahi nos espaces ? Et si c’est une religion, quels sacrifices demande-t-elle ?

Que penser de cette « rentabilité » selon Dieu, d’après Luc 15v4-7, Ezech.34v16 et Jean 10v11-13 ?

 

En bref :

Tunnel, un film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Scénario : Kim Seong-hun. D’après : le roman Tunnel de So Jae-won

Avec Ha Jung-woo (Jung-soo), Bae Doona (Se-hyun), Oh Dal-Su (Dae-kyoung)

Date de sortie en salles : 3 mai 2017

Durée : 2h06

Prix du Jury et le Prix du Public au Festival du Cinéma de Valenciennes.

Bande annonce :

Notes :

(1) Voir ce document de synthèse sur le film, avec une interview du réalisateur.

 

 

 

(Les hommes ont-ils le) « virus »(de l’autodestruction) ?

La fin du monde ? On en débat ? Scène du film "Virus", avec Bo Svenson, à droite, et Masao Kusakari, à gauche

La fin du monde ? On en débat ?
Scène du film « Virus », avec Bo Svenson, à droite, et Masao Kusakari, à gauche

Un film et un « débat ».

La fin des temps, on nous l’avait « prédit » pour le 21 décembre 2012, avec la conclusion que l’on sait(vous êtes toujours là, notamment pour lire ces lignes). Pourtant, les « effets d’annonce » ne semblent avoir, ni ridiculisé, ni épuisé le sujet*.
La fin des temps : ce que l’on ne sait pas, ou ce que la Bible ne nous dit pas, c’est « pour quand »(Matt.24v36). Mais ce que la Bible nous assure, c’est qu’elle est certaine, imminente.

Même s’ils ne croient ni en Dieu, ni en la Bible, les hommes sont conscients que les civilisations ne sauraient durer indéfiniment, puisqu’elles ne sont pas éternelles par essence** : elles ne peuvent s’étendre indéfiniment. Or, nous engloutissons toujours plus de ressources pour ne faire que maintenir un état stationnaire. Jusqu’à quand ?(Lire « Quand l’Expansion expire » IN La décroissance, octobre 2013, numéro 103)

« L’être humain a toujours vécu sous la menace de catastrophes, la première étant naturellement sa propre mort. Mais deux traits différencient les catastrophes présentes et futures des catastrophes passées : d’une part elles sont issues de l’homme lui-même(…), d’autre part elles ne sont plus locales, mais globales. La mondialisation est un phénomène total qui ne concerne pas seulement la technique et la finance, mais aussi les catastrophes : guerre mondiale, pandémie, accident nucléaire majeur (…..)Désormais, parce qu’ils dépendent de sources d’énergie elles-mêmes mises en réseau, les appareils sont inter corrélés, et ce à une échelle mondiale, et les hommes sont interdépendants. »
Dans ce contexte, que se passerait-il en cas de « panne » ou d’arrêt de fourniture d’énergie, telle que, par exemple, l’électricité ?
Que deviendrait une société humaine mondialisée dans un contexte de catastrophe globale, privée de ressources habituelles, désorientée dans son cadre de vie et incapable de s’adapter à une situation de grande pénurie ? s’interroge Christian GODIN,philosophe, lors d’un débat « Et quand la mégamachine s’effondrera » ? (Avec également Jacques BLAMONT, astrophysicien, Philippe GRUCA, philosophe et Alband VETILLARD, ingénieur)publié dans La Décroissance, octobre 2013, numéro 103, pp14-15)

Dans une perspective de « fin du monde », quelle réponse chrétienne et biblique ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, pour Michel JOHNER, professeur d’éthique à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence, « cette imminence de la fin des temps est une espérance qui, dans la pensée des écrivains bibliques, porte à un investissement prioritaire dans le domaine spirituel. L’urgence du temps porte effectivement à considérer l’évangélisation et le dénouement des blocages spirituels comme étant de première urgence dans la hierarchie des priorités ». Un investissement qui n’exlue pas d’autres formes d’investissements temporels, de nature culturelle, sociale, environnementale ou politique. 

Dans un monde instable et précaire, aux ressources finies, mais où les possessions matérielles sont pourtant idolâtrées comme le symbole-même de la réussite, les chrétiens, « artisans de paix », « lumière du monde » et « sel de la Terre », peuvent, bien entendu, prier, et également témoigner par 1)plus de sobriété, de détachement et de justice par rapport aux biens matériels et 2)par plus de vigilance, face aux séductions diverses. Et favoriser des débats publics sur des sujets d’éthique, économique et social, environnemental, énergétique…rappelant quelles sont les causes durables pour lesquels il importe de vouer sa vie.

Passages bibliques ou livres à lire et étudier : 2 Thes. ; 2 Pierre ; Jude ; Apocalypse ; Matt.5-7, 24-25

Enfin, afin d’alimenter une discussion éventuelle, je vous invite à visionner le film Virus (復活の日, Fukkatsu no hi – littéralement « Le jour de la résurrection ») : un film à mi-chemin entre le film catastrophe et le post-apocalyptique, réalisé en 1980 par Kinji Fukasaku, qui explore, avec une certaine minutie, l’effondrement de nos sociétés victimes d’un mal incurable, et imagine les difficultés auxquelles se retrouvent confrontés les derniers survivants regroupés et organisés en communauté.
La distribution internationale comprend Masao Kusakari, George Kennedy, Robert Vaughn, Chuck Connors, Olivia Hussey, Edward James Olmos, Ken Ogata, Sonny Chiba et Glenn Ford. Avec un budget de 16 millions de dollars, il fut au moment de sa sortie le film japonais le plus cher jamais réalisé. Il est désormais tombé dans le domaine public et peut donc(sauf erreur) être téléchargé ou visionné en toute légalité.

L’histoire :

En 1982, un virus mortel échappé d’un laboratoire secret d’armes biologiques***, le MM88, extermine la totalité de l’humanité, à l’exception des scientifiques et techniciens des bases de l’Antarctique, épargnés du cataclysme par les températures polaires trop basses pour que le virus y soit actif. Les survivants(855 hommes et 8 femmes) s’organisent alors autour de la station américaine Palmer et tentent de recréer une société. Mais une nouvelle menace les attend, « héritage »**** que notre civilisation anéantie offre aux survivants  : le système de défense ARS (Automated Reaction System) a été activé par des militaires américains jusqu’au-boutiste, et un séisme majeur au large de Washington risque de l’enclencher. Le monde connaîtra alors une nouvelle apocalypse, nucléaire cette fois-ci, lorsque la riposte automatisée des deux blocs américain et soviétique entrera en jeu ! La base Palmer serait même sur la liste des cibles visées par la riposte russe… Décidés à tenter le tout pour le tout, nos survivants envoient un sous-marin jusqu’à Washington pour une mission-suicide afin de désactiver le système ARS. Les deux volontaires-Le major Carter, un ancien agent de la C.I.A. et Yoshizumi, un scientifique japonais-pour cette excursion en zone contaminée reçoivent également une dose d’un vaccin expérimental contre le MM88. Tous les espoirs de nos survivants reposent donc désormais sur eux*****. Aurons-nous droit à une fin « happy » ou « pas happy » ?

Un récit dense, des images fortes et certaines scènes qui suscitent le malaise : la décision du conseil de la communauté de l’Antarctique de couler un sous-marin et tout son équipage contaminé par le virus, ou de « réglementer » des relations sexuelles entre 855 hommes et 8 femmes. Les relations conflictuelles entre les membres de ce même conseil, issus des différentes nations désormais disparues, incapables de s’accorder sur la moindre chose, et qui sont pourtant amenés à décider du sort de millions de personnes. Les limites de la science, au service de l’armée. La folie destructrice d’une humanité prise dans la spirale de la course aux armements. Une efficacité sans cesse recherchée pour la destruction. Résultat :  un virus incontrôlé et incontrôlable, sanctionnant la démesure humaine, tel un « châtiment divin ».

En bref :

« Virus », film de science-fiction de Kinji Fukasaku(Japon, 1980) – 2h36 et des poussières, environ….

Scénario : Kinji Fukasaku, Kōji Takada,Gregory Knapp, d’après la nouvelle de Sakyo Komatsu

Acteurs principaux  :

Masao Kusakari (Yoshizumi)
Bo Svenson (Major Carter)
George Kennedy (Amiral Conway)
Olivia Hussey (Marit)
Glenn Ford (Président Richardson)
Robert Vaughn (Sénateur Barkley)
Henry Silva (Gen. Garland)
Chuck Connors (Cne. Mc Cloud)
Edward J. Olmos (Cne. Lopez)
Chris Wiggins (Dr. Borodinov)
Isao Natsuyagi (Dr. Nakanishi)
Cec Linder (Dr. Latour)
Stuart Gillard (Dr. Meyer)
Takigawa Yumi (Noriko)

 

 

 

Notes :

* en tout cas, le sujet est « rentable » : bande dessinée, films(au moins 5 pour 2013 : une « invasion extra-terrestre », une « apocalypse », deux « écologiques », un « virus »)

** « Les diamants sont éternels », titre un fameux « James Bond ».  Les hommes aussi-et c’est ce qui est important de ne jamais oublier.

*** dans le film, il s’agit du « projet Phénix », issu de recherches militaires secrètes américaines, visant à fabriquer une arme bactériologique d’une rare efficacité afin de prendre un peu d’avance sur l’U.R.S.S. dans la course aux armements.

**** Avec ses centrales vieillissantes et son industrie en plein déclin(la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17 % en 2001 à 9 % aujourd’hui : http://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/de-moins-en-moins-d-electricite-nucleaire-dans-le-monde-_a-32-5270.html ;http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/07/15/20002-20130715ARTFIG00439-baisse-record-de-la-production-d-electricite-nucleaire-en-2012.phphttp://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/DELBECQ/20791 ), le nucléaire peut-il être considéré comme une alternative énergétique crédible et rassurante pour notre civilisation ?
Enfin, on l’a peut-être oublié, mais Naoto Kan, premier ministre du Japon pendant l’accident de Fukushima(2011), expliquait que son pays « était proche » de faire évacuer 50 millions de personnes(plus que le nombre d’espagnols) après cet accident « d’origine humaine ».

***** D’après un résumé publié sur « Le Traqueur stellaire, blog science-fiction et culture ».