Noël habité

« C’est alors qu’une simple lumière jaillit de mon esprit : pourquoi ne pas inviter Jésus à la fête de Noël, là, chez moi, dans ma toute petite maison ? » Source image : rawpixel

Pep’s me demande de vous raconter mon histoire, celle d’une ex maman seule, un soir de Noël….

Noël, avant de connaître personnellement Jésus, ne signifiait pas grand-chose pour moi. Je n’attendais donc rien de cette fête.

Dans le pays d’Afrique de mon enfance,  de janvier à décembre, il n’y avait ni sapins, ni guirlandes, ni nuits enneigées, ni cadeaux démesurés, ni parfums de chocolat et ni rencontres de famille, car la nôtre habitait à l’autre bout du monde. Je garde toutefois ce souvenir de notre dernier Noël ensoleillé, avant de rentrer définitivement en France, avec le prêtre de ma paroisse me demandant de réparer la crèche de l’église. Peut-être parce que j’avais l’habitude, les jours de messes,  d’y apporter une des rares fleurs de mon jardin de sable pour décorer l’autel ? Dans mon âme d’enfant, mon action candide était pour Dieu lui-même, bien que je ne le connaissais pas. Je fus davantage saisi par la confiance que ce « père » m’accordait avec sa demande de rénovation de crèche que par la compréhension du symbole de ces figurines de plâtre, chacune à peine plus grande que mes deux mains. Elles évoquaient vaguement cette histoire, qu’on raconte aux enfants, qu’un Dieu si grand était venu sur terre en prenant la forme d’un enfant. Me voilà donc, du haut de mes tout juste 11 ans, en train de refaire la corne cassée du bœuf avec l’aide de ma mère et de repeindre avec ardeur l’âne, le petit Jésus, Joseph, Marie et les mages…afin de me montrer digne de cette confiance accordée.

Quelques décennies plus tard, je compris un peu mieux l’ambiance réelle de la crèche dans laquelle Jésus est né. Lui le Dieu créateur, le Roi des rois,  est né dans une vulgaire mangeoire loin d’être douillette, éclairée et parfumée, probablement entourée de vaches qui meuglent, de poules qui volent et de l’odeur de leur fiente. J’imagine mieux l’atmosphère glaciale des prairies où les bergers effrayés reçoivent des anges cette extraordinaire nouvelle et témoignage de la venue tant attendue d’un Sauveur,  eux dont on se fie peu et dont la parole est sans importance. Belle et étrange histoire…Mais rien qui ne change ma vie, mon quotidien. D’ailleurs tout semble me sourire car je suis d’un naturel enjouée et gaie. Je n’attendais rien. Le devrais-je ?

Jusqu’à ce soir de Noël où je fus seule avec ma jeune fille. Mes parents, eux-mêmes divorcés, habitaient chacun un bout de la France. Mon frère faisait le mort depuis longtemps. J’étais loin d’eux et il semble que j’étais loin de voir un de mes désirs profonds être comblé,  loin de l’essentiel : la joie d’aimer et d’être aimée d’une famille. J’étais triste…à en mourir. Bien sûr, je n’étais pas vraiment seule car j’étais avec ma fille, tendre rayon de soleil. Des chrétiens qui chantent de tout leur cœur le dimanche, lisent la Bible et parlent d’amour, étaient certes mes frères et mes soeurs. Peut-être espérais-je que l’un d’eux m’invite ou me rende visite au coeur de ma nuit ? L’attente d’un appel. Néant. Mon coeur était triste.

C’est alors qu’une simple lumière jaillit de mon esprit : pourquoi ne pas inviter Jésus à la fête de Noël, là, chez moi, dans ma toute petite maison qui ressemblait d’ailleurs plus à une crèche qu’à une maison ? Après tout, c’est bien Lui le principal protagoniste de l’histoire ! Repoussant ma profonde tristesse, attisée sans doute pour le son de publicités, des gling gling des décorations de Noél dans les rues ou les maisons, l’atmosphère aimante des familles au coin de feu des films romantiques, je l’appelle Lui, lui fais une place à ma table décorée modestement pour l’occasion et invite ma fille à en faire autant.

C’est alors que nous avons mangé ce repas de Noël comme celui de la Pâque et célébrant une alliance éternelle avec ce Dieu mort puis ressuscité, avec mon ami, mon frère et mon père, celui qui vit éternellement et qui me rejoint toujours au coeur de mes ténèbres afin de me faire passer à son admirable lumière, du pays de l’esclavage à celui de la liberté, celui de la froide solitude à celui de l’intimité chaleureuse, celui de la pauvreté matérielle et morale à la prospérité intérieure.

Quel Noël !

Une réflexion sur “Noël habité

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