« Partage des tâches »

Quel "partage des tâches" dans le couple Luther ? Par Andy Singer

Quel « partage des tâches » dans le couple Luther ?
Par Andy Singer

« La première se vêtit en prostituée pour s’offrir à l’homme

désiré.

La deuxième était prostituée de profession et trahit

son peuple.

La troisième se glissa la nuit sous les couvertures

d’un riche veuf et se fit épouser.

La quatrième fut adultère, elle trahit son mari qui

fit tuer son amant.

La dernière tomba enceinte avant ses noces et l’enfant

n’était pas de son époux.

C’est par ces cinq femmes que passe l’histoire la plus ambitieuse du monde, celle du monothéisme et du messie/mashiah, littéralement oint d’huile sainte ».
Telles sont « les saintes du scandale » : Tamàr la Cananéenne, Rahàv la prostituée étrangère, Ruth la Moabite, Bethsabée la femme adultère et Miriam(Marie), « la mère de Jésus ».

« Les saintes du scandale »*, c’est aussi le titre du dernier récit d’Erri de Luca, publié dans une belle édition enrichie d’une quinzaine de reproductions en noir et blanc (dont deux versions d’un tableau de commande du peintre Le Caravage) et lu cet été. Il s’agit d’une nouvelle et passionnante aventure exégétique, dans laquelle l’auteur napolitain parle de « transmission » et reprend « l’histoire la plus ambitieuse du monde, celle du monothéisme et du Messie », en bouleversant les idées reçues. Lesdites idées reçues bouleversées sont relatives aux places respectives de l’homme et de la femme, et, de façon particulière, de celle de la femme dans le plan du salut de Dieu, via la place inattendue de « certaines » femmes dans la généalogie(mâle) du Messie(cf Matthieu 1). Par-delà « le scandale », c’est toute la raison d’être de la venue de Christ dans le monde qui apparaît au travers de cette généalogie ainsi assumée**.

 

A découvrir dans les meilleures librairies !

En attendant, voici un extrait :

« Il existe un partage des tâches entre homme et femme, plus flou aujourd’hui, mais vigoureux alors. La femme est chargée de s’occuper de la reproduction de la vie et à l’homme revient la tâche seconde de transmettre la loi, l’histoire, l’alliance, à graver dans sa chair par l’entaille du prépuce.
Mâle se dit zakhar en hébreu, qui vient du verbe rappeler. C’est en cela que consiste le masculin, recevoir et transmettre à la génération suivante le bagage sacré.
Femelle se dit nekeva en hébreu, du verbe graver. Femelle est incision, fissure, d’où sort la vie. C’est à elle que revient la charge de la nativité. Le nom du premier fils de l’histoire sainte, Caïn, est donné par sa mère. Adam, qui a pourtant mis un nom sur toutes les créatures du jardin, ne peut en donner un à son fils. c’est une prérogative d’Eve/Havva.
Les lettres hébraïques sont du genre féminin. Le corps écrit de la Thora, confié à l’arbre de transmission masculin, est composé de cellules féminines, c’est pourquoi il est vivant et produit de nouvelles pousses à chaque lecture, dans chaque génération. Même l’Ecriture sainte, le domaine le plus strictement masculin, est constituée de vie féminine grâce aux lettres ».(op. cit., pp15-17)

 

Note :

* Erri de Luca. Les saintes du scandale. Mercure de France, avril 2013. Traduction de l’italien par Danièle Valin.

**Voir notre billet sur Matthieu 1 : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/06/18/qui-jesus-appelle-t-il/

« (In)culture au poing ! »(2) Le dico de PEP’S CAFE !

Souvenez-vous, le 4 octobre 2013, nous lancions notre premier « dictionnaire des idées reçues »*, à la manière de celui de Gustave Flaubert.
Le voici de retour(notre dictionnaire, pas Flaubert) : nullement exhaustif , mais volontairement sélectif. Des « idées reçues »*(ou « pas reçues »), pour prendre du recul, par rapport à notre façon de considérer Dieu, et particulièrement ce que nous croyons savoir…du savoir, de l’éducation, de l’apprentissage, d’un maître et d’un disciple, et de la façon dont nous construisons nos propres échelles de valeurs.
N’hésitez pas à vous prêter à ce petit jeu (littéraire et intellectuel) et nous proposer vos propres définitions !

 

« Ancien » : ne veut pas dire « périmé »(voir « nouveau »).

« Apprendre » : on ne sait pas vraiment ce qu’est « apprendre », aujourd’hui. Apprendre fait peur, car « apprendre », c’est toujours se transformer, changer, s’ouvrir, être touché, remis en question, bouleversé, « passé à la moulinette »…

« Cravate » : « ne sert à rien », « objet de croyance »(dixit Alain Auderset). Mon pasteur prêche ou célèbre la Sainte-Cène sans cravate : est-ce un « homme de Dieu » ? Ce savant présente sa nouvelle découverte sans cravate : peut-on le prendre au sérieux ?(voir « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry)

« Disciple » : implique une « discipline » et un maître. Celui qui est son propre maître est l’élève d’un imbécile. Le disciple fait le maître, mais « n’est pas plus que le maître ». Voir « maître ».

« Eduquons ! » Se dit deux fois de suite, à l’exclamative. Exprime plus un besoin fondamental qu’une insulte.

« Indépendant » : ne veut pas dire « libre ».

« Libre » : à ne pas confondre avec « indépendance ».

« Maître » : n’est pas « celui qui sait », par rapport à « celui qui ignore ». Tout « savant » n’est pas, de fait, un « maître ». On reconnaît le maître à sa manière de vivre, son humilité et à sa capacité de « transmettre », de donner du sens à ce que nous ignorons ou connaissons(ou croyons connaître). Voir « disciple » et « savoir ».

« Nouveau » : ne le reste généralement pas longtemps. Voir « Ancien ».

« Parler » : « Dieu parle une fois, deux fois(ou : tantôt d’une manière, tantôt d’une autre)et l’on n’y prend pas garde »(Job 33v14). Il est remarquable que Dieu ait choisit de nous parler ou de se révéler de cette manière particulière, au travers d’un livre(la Bible)et d’une personne(Jésus-Christ).

« Perdu, « (re)trouvé » : Vous avez certainement entendu ici ou là le témoignage de quelqu’un qui a déclaré avoir « trouvé Dieu ». En réalité, nous ne « trouvons pas Dieu ». Dieu n’était pas perdu. C’est Dieu qui, descendant du ciel, nous a trouvé, après nous avoir longuement et patiemment cherché(cf Jean 1v1-14). Le meilleur exemple à ce sujet est la parabole de la brebis, dite « perdue » et « retrouvée » dans Luc 15v1-7.

« Savoir » : un savoir est ce qui se transmet. Confondu aujourd’hui avec « compétence ». L’on construit, aujourd’hui, son savoir, « seul », de façon « individuelle », via « internet », « la télévision »…voire « les jeux vidéos »…à l’exclusion des livres et des êtres humains. Voir « maître » et « disciple ».

« Silence » : celui de Dieu, bien entendu. Est révélateur d’une écoute, d’une disponibilité de Dieu, plus que d’une « absence de Dieu ».

« Valeur »(échelle de) : subjectif. Plutôt que de parler de « valeurs bibliques » ou de « valeurs chrétiennes », préférons le terme de « vertu biblique ». Les valeurs  de Dieu ne sont pas les nôtres. Une évidence et un lieu commun. Mais jugeons plutôt de ce qui fait la joie du berger retrouvant, non pas « une », mais « la » brebis perdue, et de ce qui fait la joie dans le ciel : Luc 15v3-7. Voir « perdu, (r)etrouvé ».

 

Notes :

* « Idées reçues », c’est aussi la première BD d’Alain Auderset. Et aussi ma première BD, par laquelle je suis entré dans l’univers de cet auteur.