Parlons mieux ! Ou 13 expressions évangéliques décryptées à la lumière de la Bible

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

Nous n’échappons pas au virus. Au virus verbal, j’entends.

Du coup, vous connaissez certainement cette expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal, pour l’avoir déjà entendue et même déjà prononcée. La phrase que vous venez de lire était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes, du coup, sans doute déjà « contaminé ».

Mais peut-être êtes-vous aussi déjà « contaminé » par ces autres expressions, elles aussi déjà entendues ou même déjà prononcées, lesquelles résonnent comme des slogans et/ou des vérités d’évangile ? Ces expressions « canada dry » ont certes la « couleur biblique », « le goût biblique »…mais le sont-elles, bibliques ?

Le livre collectif « Parlons mieux ! »(1), coordonné par Nicolas Fouquet (2), co-édité par BLF/WET et dont la sortie internationale est prévue mercredi 24/02/21, en a recensé 13, typiques d’un certain « patois de canaan », décryptées à la lumière de la Bible par 2 théologiennes et 11 théologiens francophones d’horizons évangéliques divers.

Ainsi, est-il juste et biblique de dire à quelqu’un « tu dois accepter Jésus dans ton cœur » ou « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Ou que « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » ? De souhaiter « la bienvenue dans la maison du Seigneur » ? De « faire passer la collecte », de prier le Seigneur de « bénir ces aliments » ? D’appeler le Saint-Esprit à « descendre sur nous » ? Ou encore de prétendre que « La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation », que « Dieu seul peut me juger », que « tous les péchés sont égaux », que « je me suis baptisé(e) » ? De vouloir « rester pur pour le mariage » ou d’espérer « aller au ciel » après la mort ?

D’autres expressions auraient pu trouver leur place dans ce livre à l’angle original, telles : « Dieu est au contrôle » ; « plus, plus, plus de toi, Seigneur ! » ou « Prends toute la place, Seigneur ! »

A ce stade, plusieurs d’entre nous (si ce n’est tous !) se diront peut-être : « Je suis atteint par l’un ou l’autre de ces virus verbaux ! Est-ce grave, docteur ? » Car, « du coup », quels enseignements implicites véhiculent ces façons de dire et penser l’Évangile et la foi chrétienne ?

Et « Du coup », que faire, une fois ma lecture du livre terminée ?

Se livrer à une forme d’introspection maladive, ou traquer le moindre virus verbal chez les autres, ce serait passer complétement à côté de l’objectif et de l’esprit du livre, comme de ce qui fait l’essence de la vie chrétienne, la liberté en Christ. Au final, plus qu’une préoccupation de (rendre) justice à la vérité du vocabulaire chrétien évangélique ou d’être « certifié conforme », notre préoccupation devrait être davantage une préoccupation pour la justesse de nos propos. L’enjeu étant de vivre une vie de mieux en mieux ajustée à l’ambition et au projet de Dieu pour nous, mais aussi au cœur de Dieu, que nous apprenons à connaître comme un Père aimant. Nous apprenons à l’aimer, parce que Lui nous a aimé le premier.

En cela, les auteurs du livre collectif « Parlons mieux ! » contribuent utilement à cette pédagogie de l’ajustement (ou du réajustement) au service du plus grand nombre. En effet, ils nous exhortent et nous exercent, non à juger, mais bien à jauger et évaluer, dans l’humilité et l’amour (sans exclure l’humour), avec précision et vérité, la pertinence de nos manières de penser et de dire notre foi. Mais aussi, au-delà de la question de la gravité de nos « virus verbaux », de jauger et évaluer ce qui est notre véritable centre de gravité. Se corriger ainsi fraternellement est une bénédiction, conduisant à une guérison réciproque.

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

 

Merci à Nicolas Fouquet d’avoir attiré mon attention sur ce livre, et merci à BLF de me l’avoir envoyé en service presse !(3)

Il est possible de se le procurer chez l’éditeur ou dans toute bonne librairie.

 

 

 

Notes :

(1) Table des matières

Préface (Etienne LHERMENAULT)
Introduction (Nicolas FOUQUET)

  1. Tu dois accepter Jésus dans ton coeur (Matthieu SANDERS)
  2. Dieu aime le pécheur mais pas le péché (Guillaume BOURIN)
  3. Aide-toi et le ciel t’aidera (Luigi DAVI)
  4. Descends sur nous Saint-Esprit (Dominique ANGERS)
  5. Bienvenue dans la maison du Seigneur (Timothée MINARD)
  6. Je me suis baptisé(e) (Lydia LEHMANN)
  7. Faisons passer la collecte (Matthieu GANGLOFF)
  8. La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation avec Jésus (Cédric EUGENE)
  9. Tous les péchés sont égaux (Robin REEVE)
  10. Dieu seul peut me juger (Jean-René MORET)
  11. Bénis ces aliments (Florence VANCOILLIE)
  12. Je veux rester pur pour le mariage (Matthieu FREYDER)
  13. Lorsqu’on sera au ciel (Thomas POËTTE)

(2) Nicolas Fouquet travaille au sein du SEL où il a pour mission d’encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement. En parallèle, il est membre du comité d’organisation des WET, ou week-ends de formation à la théologie chrétienne destinés aux jeunes adultes.

(3) Merci aussi à l’éditeur pour l’invitation à une première e-conférence, en collaboration avec le WET, sur le thème: »Faut-il vraiment inviter Jésus dans son cœur? », premier chapitre du livre « parlons mieux ! », dont c’était la soirée de lancement avant sa sortie internationale. Animée par Stéphane Kapitaniuk de BLF, avec Matthieu Sanders (l’un des auteurs) et Nicolas Fouquet (coordinateur du livre). La voir ou la revoir ici.

« ….une expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal… »

Comment se débarrasser de mots superflus à la mode, qui appauvrissent le langage ?

Il existe une expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal*. La phrase précédente était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes sans doute déjà contaminé. Restez calme et attentif, l’expression va repasser, du coup, vous devriez réaliser que je viens de passer la deuxième couche…Voilà, vous avez détecté le problème, sinon, navré de vous l’apprendre, vous êtes, du coup, sérieusement atteint.

Premier symptôme : tout ce que votre ami (e) retient de votre conversation, c’est que vous employez trop souvent « du coup ». Vous ne comprenez pas la gravité de la situation et du coup, par provocation, vous lui ressortez l’expression à maintes reprises avec une bien trop grande facilité, il faut bien le reconnaître.

Deuxième phase : vous décidez de faire une analyse sémantique et réalisez l’ampleur du désastre. Tout le monde emploie le maudit[comme disent les québecquois] vocable autour de vous, même dans les médias. Personne ne semble épargné par l’épidémie. Il se peut qu’à partir de cet instant, vous entrez en « ducouïsation » intensive. « Du coup » vous sautera aux oreilles toute la journée, il vous deviendra insupportable de l’entendre parfois jusqu’à deux fois dans une même phrase alors qu’hier encore, vous l’utilisiez vous-même, dans la plus grande indifférence. C’est le prix à payer de la guérison.

Dernière étape : vous rechutez du syllogisme, mais depuis votre prise de conscience, vous arrivez à vivre avec la maladie. Peu à peu, vous la maîtrisez, elle cessera d’évoluer et finira par quitter votre vocabulaire avec toute la vigilance qui s’impose. La rémission sera complète en informant votre entourage qui, à son tour, se vexera, se soignera et protégera son environnement comme un anti-virus. A mon tour de vous transmettre ce flambeau pour éclairer les consciences de l’humanité qui parfois vous répondra : ah ben oui mais du coup, qu’est-ce que je dis à la place ? Réponse : rien ! Il n’ y a pas à remplacer l’inutile.

(Tordons le coup au virus. Le Pacte du mois de Nicolas Bertrand. « La Décroissance », mars 2015, numéro 117, p 15)

 

Note :

* Déjà, en 2006….

L’écrivain Claudine Chollet estime qu’il s’agit d’ « une contrefaçon du mot de liaison « par conséquent », qui a les apparences de l’articulation logique mais occulte un chaînon de l’argumentation pour obtenir l’approbation d’autrui.
C’est en réalité un outil de manipulation intellectuelle.
L’expression « du coup », utilisée à propos de faits ou d’idées souvent dérisoires, est un syllogisme qui se prévaut de l’accord implicite de l’interlocuteur.
Ex : « ces articles étaient en soldes, du coup j’en ai pris trois… »
Dans cet exemple, il n’y a pas de relation de cause à effet entre l’affirmation et l’action. Le « du coup » suppose l’interlocuteur convaincu de la légitimité de ces achats. En réalité, celui emploie ces mots vise à se faire plébisciter : en obtenant l’approbation de l’interlocuteur, il fait comme s’il obtenait sa bénédiction pour tous ses actes.
« Du coup » permet de faire l’économie d’un raisonnement, de rebondir sur l’absence de contestation, pour se prévaloir d’une légitimité à penser ou à agir ».

(http://claudinecholletecrivain.hautetfort.com/archive/2006/09/05/tordons-le-cou-a-l-expression-du-coup.html )