Foireux liens de septembre (35) : (in)cohérence des luttes

Les « Foireux liens » font leur rentrée en septembre

Bonjour ! Les « Foireux liens » font leur rentrée ! Au menu de cette 35ème édition : Amazonie, réforme des retraites, bioéthique, économie sous angle chrétien, lutte contre les violences faites aux femmes …..Bonne lecture !

 

1) L’Amazonie brûle. Le scepticisme flambe

Panorama : « La forêt du Midi aussi. Ça repousse et ça lui fait même du bien. » ; « Rien de nouveau. Mais ça permet d’attaquer un président souverainiste et qui défend les valeurs. Sinon comment vous expliquez cette hystérie alors que pendant des années les ONG n’ont rien dit ? » ; « Il y a autant d’incendies en Afrique et ça ne gêne personne. C’est bien la preuve que la forêt, en réalité, n’intéresse pas les écolos. ». « L’Amazonie n’est pas le poumon de la planète : un poumon ça absorbe l’oxygène, ça n’en produit pas ! » Voyons voir.

Voir aussi https://www.bastamag.net/Amazonie-incendies-deforestation-Bolsonaro-soja-boeufs-fazendeiros-corruption-peuples-autochtones

2) Baisse des pensions, creusement des inégalités : ce qu’annonce le projet de réforme des retraites

Les grandes lignes du projet de réforme de retraites de Macron ont été dévoilées en plein mois de juillet. Le passage au système à points, l’abandon du calcul sur les 25 meilleures années, et la possibilité d’un taux plein à seulement 64 ans auront une conséquence évidente : la réduction des pensions et le creusement des inégalités entre retraités, cadres et ouvriers, hommes et femmes. Tout en ouvrant un peu plus les retraites aux marchés financiers, via le système de la capitalisation.

L’argument des partisans d’un recul de l’âge de la retraite, on le connaît : l’espérance de vie augmente, donc il faut bien travailler plus longtemps pour financer la totalité des pensions. La logique semble imparable. Mais c’est oublier qu’espérance de vie et espérance de vie en bonne santé sont deux choses biens différentes……

3) « Bioéthique : les musulmans absents et les Evangéliques exclus des auditions »

C’est l’un des moments attendus du processus législatif sur la bioéthique. La commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi a reçu le 29 août les représentants des cultes. En novembre 2012, les députés avaient reçus six représentants religieux pour entendre leur position sur le mariage entre personnes de même sexe. Cette année, ils ne seront que trois : Haim Korsia, Grand rabbin de France, Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail des évêques de France sur la bioéthique, et François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France (FPF).

PMA pour les couples de femmes et les femmes seules : la position de François Clavairoly

Auditionné lors de la commission spéciale bioéthique,  le  Président de la Fédération Protestante de France (FPF) se montre « réticent » à l’ouverture de la PMA à des femmes célibataires et aux couples de femmes. Il ne souhaite pas « encourager la fabrication d’enfants à la demande » et refuse « une médecine visant à satisfaire des souhaits ». Il dit « réticence et donc vigilance ».

4) Campus protestant fait peau neuve

Lancé le 18/10/17 à l’initiative de deux pasteurs également journalistes, Antoine Nouis et Jean-Luc Mouton, Campus protestant produit et met en ligne gratuitement des vidéos de conférences, de colloques, d’enseignements, de cours et de présentations de livres. Le site propose 5 rubriques thématiques : BibleThéologieEthiqueHistoireReligions, et 6 formats : Conférences et colloques, Les mots de la foi, Évangile du dimanche, En librairie, Cours et enseignements, 5 min pour comprendre. L’objectif : inciter tout un chacun à se former et à s’informer sur la pensée chrétienne de tradition protestante et sur les grands moments passés ou récents du Protestantisme et de ses composantes. Campus protestant est complété d’une chaîne YouTube, d’une page Facebook et d’un compte Twitter.

5) Comment étudier l’Economie sous un angle chrétien ?

Le sujet du Travail et de l’Economie est peut-être le moins abordé dans l’église évangélique, au point où l’on est persuadé que le christianisme et la Bible n’ont rien à dire sur notre modèle économique. Si jamais la Bible a quelque chose à en dire, c’est pour condamner le méchant socialisme et soutenir le « capitalisme » (mais allez savoir quelle définition…). Comment alors faire émerger une véritable vision chrétienne de notre étude de l’économie, en évitant les erreurs courantes dans les traitements évangéliques de l’Economie ? Un super article à ne pas manquer !

Voir aussi cette série sur les « emplois vains ».

6) Culte Michée France du 20 octobre : pour une économie généreuse

Une invitation à vivre un prochain culte Michée France du 20 octobre 2019 sur le thème de « L’économie généreuse » avec une emphase sur l’économie sociale et solidaire comme moyen pour l’Église de briller dans le tissu économique de la ville où elle se trouve. Plus d’infos sur

7) En panne ou épuisé : le burn out

« Essayons-nous de sauver le monde par nos propres forces ? »

Eglise de Nonza, Cap corse

 

8) Entendre l’appel de Dieu : pas sur portable !

[« Piqué » sur le blogue de Patrice de Plunkett, journaliste catholique]

 

 

 

 

 

9) (Le faux) évangile dit « de la prospérité » résumé dans cette vidéo :

10) (La) formation « Libérer » fait sa rentrée :

Libérer ! est une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, proposée par les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville, à Paris. Libérer ! est avant tout destiné aux chrétiens de toutes dénominations (pasteurs/anciens, prêtres, et tout responsable « laïc » engagé dans un ministère) qui ont la volonté de s’engager en Eglise et/ou être renouvelés pour des ministères d’accompagnement spirituel, de relation d’aide et de conseil pastoral, incluant notamment les dimensions de la guérison spirituelle et de la délivrance. J’en parle ici.

Renseignement et inscription à la première session, qui aura lieu les 05 et 06 octobre 2019 à Paris, au palais de la femme.

11) Grenelle contre les violences faites aux femmes : Une pasteure baptiste réagit

Mardi 3 septembre, le Grenelle contre les violences faites aux femmes s’est ouvert à Matignon. Jusqu’au 25 novembre, il rassemblera acteurs de terrain, forces de l’ordre, familles de victimes et juristes. Joëlle Sütter-Razanajohary, pasteure de l’Église évangélique baptiste de Metz, s’exprime sur un fléau qui ne s’arrête pas aux portes des églises.

Lutte contre la violence faite aux femmes : l’incohérence

(Lu sur twitter) : « Incohérence pure que d’organiser d’un côté un #grenelledesviolencesconjugales afin que le corps des femmes ne soit plus martyrisé et de l’autre préparer le chemin de la #GPA qui transformera ce même corps en « supermarché à bébé » ! »

12) J comme … Jézabel ?

Beaucoup de femmes qui enseignent se sont déjà faites traiter de « Jézabel ». Il suffit pour s’en convaincre de lire les #thingsonlychristianwomenhear [#ChosesQueSeulesLesFemmesChrétiennesEntendent] sur Twitter ou de discuter brièvement avec des femmes en situation d’enseignement dans les Églises.

13) Hongrie : le christianisme de façade à l’index

Des églises rénovées et une rhétorique gouvernementale conservatrice qui s’appuie sur le christianisme : autant de paravents qui cachent en Hongrie une polarisation de la société avec un nombre croissant de sans-abri. Dans ce pays européen où le populisme bat son plein, reportage auprès de figures de résistance…

14) Le Grand Débat : Qui avait raison dans le conflit entre Paul et Barnabas ? 

Dans l’émission « Que dit la Bible », sur le blog Le Bon Combat, une question sur un passage bien connu du livre des Actes : « Qui avait raison dans le conflit entre Paul et Barnabas ? (Actes 15v36-40) Le fait que le récit suive Paul par la suite et le fait que l’Eglise ait recommandé Paul n’implique-t-il pas que c’est ce dernier qui avait raison ? » Afin de répondre à cette question, Guillaume Bourin traite des points suivants :  (1) Le contexte menant à ce conflit (2) Les motivations de chaque protagoniste (3) Peut-on réellement répondre à la question de départ ? (4) Peut-on réellement parler de conflit ou de division ?

15) « L’heure de vérité a sonné ». Grand mélomane, l’internaute « Jean-Luc 1er degré » a remarqué « que certains artistes ne se gênaient pas pour asséner des contre-vérités dans leurs chansons ». N’écoutant que son courage, il a décidé de nous les révéler sur twitter. « Et tant pis s’il faut écorner le mythe ! »

Ainsi, « Je me présente, je m’appelle Henri », affirme Daniel Balavoine dans « Le chanteur ». Son prénom n’est pourtant pas Henri mais Daniel.

U.S.A. for Africa signe un immense tube en 1985 avec « We are the World » (« Nous sommes le monde »). Un mensonge éhonté : le collectif ne réunit que 44 artistes alors que le monde compte 6 milliard d’habitants.

Dans « Rockollection » (1977), Laurent Voulzy déclare : « On a tous dans le cœur une petite fille oubliée. » En réalité, on a tous dans le cœur deux oreillettes et deux ventricules.

Etc…

16) Non, les jeunes ne sont pas de plus en plus violents ! Dix idées reçues sur la délinquance des mineurs

Les « jeunes délinquants » seraient plus violents, moins punis que leurs aînés. La justice serait à leur égard indulgente, lente, inefficace. Autant de préjugés non confirmés par les faits. Alors que la ministre Nicole Belloubet envisage de réformer par ordonnance la justice des enfants – donc sans débat parlementaire – voici dix idées reçues démontées par des professionnels du secteur.

Ce texte est issu du guide « Idées fausses sur la justice des mineurs : déminons le terrain ! 10 réponses pour en finir avec les préjugés ». Le texte complet est disponible à cette adresse.

17) Selon que vous serez médiatique ou misérable

Savez-vous qui a écrit de l’Abbé Pierre « Il est petit, épais comme un Juif version Buchenwald, porte des binocles pour mieux voir le fric (…) et une barbe de père Noël pouilleux qui serait resté trop longtemps à distribuer des cadeaux aux pensionnaires d’Auschwitz. Faut dire, vu le nombre de cheminées qu’il y avait là-haut, il devait y avoir du pain (grillé) sur ces planches qui ont servi à casser du Youpe, etc. » ? Ou bien encore à propos de la famine en Ethiopie « Après les six millions de Juifs soi-disant morts dans les camps en carton pâte que la Metro Goldwyn Meyer a fait construire un peu partout en Europe pour le compte (en banque) de quelques Juifs avides de pognon, on réinvente l’actualité pour renflouer les caisses de quelques dictateurs nègres dont le roseau de 30 cm ne suffit plus à aguicher les putains d’Adis-Abeba. » Et c’est encore le même qui a dit  « En fait, ces nègres maigres n’existent pas. Ce ne sont que les négatifs des photos truquées par les Juifs sur les prétendus camps de la mort. » ? Ces propos sont des écrits de jeunesse de Yann Moix. Révélés lundi par l’Express, ils étaient déjà   pardonnés dimanche par toute la communauté germanopratine, à commencer par son protecteur et mentor, BHL lui-même. Sauf que « l’indulgence pour l’erreur de jeunesse, il faut la plaider pour tous ou se taire ».

18) Signes, prodiges et miracles dans le Nouveau Testament

Une nouvelle série à suivre sur le blog de Timothée Minard, adaptation d’une conférence donnée lors de la cérémonie de clôture de l’Institut Supérieur de Théologie Évangélique (Antananarivo – Madagascar), le 13 juillet 2019.

Du même auteur : « la diversité des ministères : réflexions à partir d’Ephésiens 4 ».  La mention des « apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et enseignants » en Éphésiens 4.11 est parfois utilisée pour organiser la vie de l’Église autour de ces « cinq ministères ». Cela a certes le mérite de questionner la tradition protestante qui s’est généralement focalisée autour du seul ministère de direction de l’Église locale, qu’il soit nommé pasteur ou ancien. Dans cet article, l’auteur montre néanmoins qu’il n’est pas forcément judicieux de se focaliser sur ces « 5 ministères », encourageant à retenir « l’esprit » de ce texte : celui-ci nous interpelle sur la nécessité de prendre en compte de la diversité des ministères, une diversité voulue par Dieu.

19) Taux élevé de fécondité en France : « Il faut chercher les explications ailleurs que dans la présence des immigrées »

Beaucoup de gens pensent que si le taux de fécondité est si élevé en France, […] c’est parce que les immigrées font beaucoup d’enfants. Les statistiques racontent une autre histoire. » Et ces chiffres balayent au passage plusieurs idées reçues

20) The Family… la face sombre d’un pseudo-évangélisme conquérant

Une enquête au cœur d’une organisation chrétienne conservatrice super secrète à Washington D.C. nommée The Fellowship Foundation, mais appelée en interne The Family. Selon Jeff Sharlet, l’auteur du livre publié en 2008 sur lequel se base la série, ses membres croient que « le vrai message du Christ n’est pas tant l’amour que la force ». Bien sûr, cela peut sembler quelque peu assez innocent au premier regard, enfin jusqu’à ce que tu réalises que l’organisation a beaucoup de pouvoir dans le monde entier, et qu’elle ne l’utilise pas vraiment forcément pour le meilleur…

Et le dernier pour la route :  Trouver des livres gratuits sur le web

 Certains parmi mes lecteurs me demandent parfois « où trouver des livres gratuits ». Personnellement, je n’en fournis pas, mais peux vous orienter vers certains sites ressources : ainsi, ce blogue au nom prédestiné, lequel fait la promotion et la catégorisation de livres électroniques chrétiens disponibles en français (près de 1000 ouvrages différents).

 

Ces « Foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu toute votre attention. Prochaine édition en Novembre.

 

 

 

 

 

 

L’action du mois : pourquoi il ne t’est plus possible d’acheter sur Amazon

Après les librairies, Amazon menace les supermarchés (Dessin de Chappatte, dans The New York Times. 22/06/17)

« Acheter un livre sur Amazon. Rien d’immoral là-dedans ! » (sic)

Peut-être partages-tu ce point de vue (lu sur la toile) de celui qui « ne peut pas s’empêcher de rester fasciné par l’entreprise Amazon et l’ambition(re-sic) du fondateur Jeff Bezos ».

Effectivement, lorsque tu achète sur Amazon, « tout est fluide, rapide et simple » (1) comme un simple « clic », promesse d’un « monde meilleur » où tous les services et les plaisirs sont à portée de main, « sans effort »(2). A quel prix ?

Comme le souligne « Zeboute » sur son blogue(1), il n’est pas question ici du prix de ce que tu achètes, mais « du prix de (ta) petite conscience ». En effet, préfère-tu « rester un citoyen qui a une conscience, une éthique ou oublier ce qui se cache ? »

Tu peux revendiquer la meilleure vision biblique du monde, pour mieux glorifier Dieu dans tous les aspects de ta vie, et être en décalage avec cette même vision en achetant (ou en encourageant à faire ses courses) sur Amazon !

Tu pourrais être surpris en osant « regarder dans l’arrière-boutique d’Amazon », dans laquelle « tout n’est pas aussi simple. Ni fluide. C’est plutôt une dure réalité »(1).  Et même une « utopie bidon », selon la formule du documentariste Pierre Carles, car « ce monde meilleur » est en réalité « synonyme de sang et de larmes pour la majorité de la population mondiale… » (2)

Ok, ok. Tu en as certainement déjà entendu sur ce sujet. Tu choisis de zapper. « Mais si (tu mets) bout à bout tous les sujets autour de l’entreprise Amazon, (tu pourras) prendre conscience, en toute objectivité sur l’intégralité de l’attitude tellement formidable d’Amazon ! » (1)

Ainsi, veux-tu t’offrir « le beau produit pas cher, en écrasant les salariés ? »

Serais-tu « d’accord d’être licencié par une machine ? » [En un an, l’entreprise est capable de licencier sur un même site 300 personnes.- soit de recycler et jeter des salariés, notamment des salariés à faible formation. Qui finiront au chômage].

Veux-tu « cautionner le désastre écologique et cynique d’Amazon ? » [Alors qu’en France, les restos du coeur demandent à lutter contre la pauvreté. Alors que les associations humanitaires se battent au quotidien pour offrir à Noel à des enfants nécessitant des cadeaux, Amazon, lui détruit des millions d’objets neufs (pour) éviter les taxes sur les stocks que chaque entreprise doit payer (…)ces produits qu’Amazon stocke sont ceux de leurs vendeurs de la market place. Amazon laisse libre choix (sic) aux vendeurs de payer des frais inconsidérés de stockage, ou de détruire leurs produits, pour une bouchée de pain]

Veux-tu être surveillé dans ta chambre par Amazon ?

Veux-tu laisser Amazon vendre les techniques de reconnaissance faciale aux gouvernements ?

Veux-tu laisser Amazon devenir un monopole du commerce mondial ? [Qui dit monopole – lequel n’est pas que d’Etat –  dit arrangement, pratiques déloyales, fin de la concurrence. Et l’impossibilité de laisser la place à de nouveaux acteurs sur le marché ! Et laisser le monopole décider. Vous n’aurez plus le choix. Même si aujourd’hui est propice : rapidité, bon prix…..]

Veux-tu te promener dans des centres ville morts ? [Estime-tu que voir disparaître les librairies des villes où elles sont présentes physiquement est « un progrès » ?]

Veux-tu qu’Amazon pille les logiciels gratuits et ouverts, développés par toute la communauté de développeur dans le monde entier. Pour les reconditionner sous forme de services managés payants ?

[Veux-tu la mort de la diversité culturelle ?]

Veux-tu que le monde suive les « bonnes pratiques » d’Amazon ? (1)

(…)

 

Personnellement, je n’achète plus sur Amazon depuis longtemps, sachant tout cela, et pour une question de cohérence. J’achète mes livres en librairie.

« Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Vivez en enfants de lumière. Et le fruit de la lumière s’appelle : bonté, justice, vérité » (Eph.5v8-9).

« Tu ne voleras pas (…)Et si tu travailles pour un salaire, le prix de ta peine te sera payé le jour même. Ainsi est-il dit à celui qui t’engage : « Dans sa journée, tu lui donneras son salaire et le soleil ne passera pas au-dessus de lui, car il est pauvre et vers ce salaire il lève sa respiration. » (Deutéronome, 24, 15). Celui qui retient chez lui la paie due à l’ouvrier qui a fait son travail est semblable au voleur, mais il opprime un pauvre, ce qui est pire […]. Si la personne humaine est rabaissée au niveau d’une marchandise, d’un butin, celui qui la réduit à ça est un voleur ».

Tel est le commentaire d’Erri de Luca de l’une des « 10 Paroles » du Deutéronome (Et il dit, Gallimard, 2012, « Du Monde entier », pp 79-80)

A toi de jouer !

 

 

Notes : 

(1) https://zeboute-infocom.com/2019/05/28/pourquoi-ne-pas-acheter-amazon-boycott/  (Voir aussi https://antigone21.com/2016/02/16/4-bonnes-raisons-ne-pas-commander-chez-amazon/)

(2) http://www.acrimed.org/article3488.html

 

 

« Victoire »

Scène des "Chariots de feu", film britannique de Hugh Hudson(1981)

Scène des « Chariots de feu », film britannique de Hugh Hudson(1981)

« Victoire » (ou : « être victorieux ») = « espérance, but et mouvement » vers la réalisation d’une vision de ce que serait ma vie (ou la vôtre) dans un an, cinq ans… « si l’Esprit de Dieu a le champ libre ».(D’après Larry Crabb. Le Silence d’Adam*. Ed. La Clairière, 2003, pp 156-157)

 

 

 

 

 

 

Notes :

*Un excellent livre lu cet été, que je recommande à tous les hommes, et dont je parlerai prochainement.

« Sortez de votre zone de confort » : quelle est votre vision pour les hommes de votre église locale ?

(Le voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich - 1818) Pour apprendre à connaître quelqu'un, sortez-le de sa "zone de confort" habituelle et...montrez-lui ce tableau !

(Le voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich – 1818)
Pour apprendre à connaître quelqu’un, sortez-le de sa « zone de confort » habituelle et…montrez-lui ce tableau !

La Bible donne plusieurs exemples d’hommes conduits(ou contraints) à « sortir de leur zone de confort ».

Ainsi, Noé(Genèse 6), pour qui la foi était nécessaire pour saisir le sens(en apparence peu évident)de ce que Dieu lui demandait de construire(Hébr.11v7)-un travail qui lui a pris environ 100 ans…

Abraham, parti à l’appel de Dieu, « sans savoir où il allait… »

Ou encore Moïse, que Dieu a sorti de sa retraite de 40 ans, et qui a déclaré être incapable de répondre à cet appel(Ex.4v10 ). Avant cela, nous dit l’Ecriture, il avait su choisir entre les richesses de l’Egypte et le partage de l’opprobre de son peuple(Hébr. 11v24-26)…..

…..Jonas, chargé d’aller vers les païens pour leur transmettre le message sans doute le plus court de tous les livres des prophètes… ou encore le Seigneur Jésus-Christ, qui a quitté le ciel pour « devenir chair »(Jean 1v14) et comme l’un de nous, à part le péché(Hébr.4v15). Lequel est venu, « non pour les justes, mais pour les pécheurs »(Matt.9v13), a parlé à une samaritaine, a touché des lépreux, s’est invité chez un publicain et est « mort pour des injustes, Lui le juste »(1 Pie.3v18 et cf Rom.5v6, Es.53)

D’une façon globale encore, le peuple d’Israël, en sortant d’Egypte ; ou l’Eglise naissante, corps de Christ, où croyants d’origine juive durent côtoyer croyants issus des nations(Actes 1011), et où « les plus honorables » durent donner « plus d’honneur » aux « moins honorables »(1 Cor.12v13-27)

Sortez de votre zone de confort ! (Out the box)

Sortez de votre zone de confort ! (Out the box)

Et d’une façon plus particulière, comment encouragez-vous les hommes de votre église locale à « sortir de leur zone de confort » ? De sorte qu’ils puissent vivre une réelle communion et manifester un véritable esprit d’équipe inter-générationnel, dans un unique but : plaire à un autre qu’à eux-mêmes ? Quelle est votre « vision pour les hommes » ?

Car, le problème pour un homme, ou les hommes en général, outre le fait de se retrouver régulièrement ensemble, c’est d’être confronté à ces trois défis ou obstacles :

– Penser que l’on a quelque chose à prouver

– Reculer, parce que l’on croit avoir quelque chose à perdre

– Se cacher et donc jouer un personnage…ou un double-jeu.

Or, l’homme véritablement consacré à Dieu est celui qui n’a rien à prouver cf Matt.4v3-7(et est donc à mille lieux d’un esprit de performance ou de compétition), qui n’a rien à perdre(et donc ne sacrifie pas la pertinence pour la popularité cf Gal.1v10)et n’a rien à cacher(et donc ne joue pas un personnage ou un rôle qui n’est pas le sien cf Jean 8, 12)

L'esprit d'équipe selon "Lagaan"("Once Upon a Time in India"), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

L’esprit d’équipe selon « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

Une bonne vision pour les hommes de votre église les inspirera « à sortir de leur zone de confort », leur inculquera un véritable esprit d’équipe(ne pas craindre de demander de l’aide) à l’instar de ces quatre(Marc 2v3-4), et l’esprit du don(cf Eph. 2v2, 25)avec la volonté de chercher à plaire à quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes !

Sachant que nous disposons des ressources suivantes :

-Un modèle, le Seigneur Jésus-Christ(Marc 10v45)

– Une base, un fondement de vérité : la Parole de Dieu (1 Pie.1v22-25 ; 2 Tim.3v16)

– Un conseiller, le Saint-Esprit en nous, qui nous équipe et nous rend capable de et d’être (1 Cor.12 ; Jean 14– et ss ; Eph.4 ; Rom.8….)

 

 

 

 

 

Quelle vision du monde, de l’homme, de Dieu…véhicule ce que tu lis ? L’exemple de « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke(2)

Lire ce qui précède https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/10/31/quelle-vision-du-monde-de-lhomme-de-dieuvehicule-ce-que-tu-lis-lexemple-de-partenaire-avec-dieu-en-affaires-de-dennis-peacocke1/  avant de commencer ce nouveau billet.

 

Dernièrement, nous relevions que toute attitude face au monde est nourrie par une vision du monde, « de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », comme du sens de la vie.

La propriété privée, un concept-clé du livre "partenaire avec Dieu en affaires"...

La propriété privée, un concept-clé du livre « partenaire avec Dieu en affaires »…

Prenant pour exemple le livre « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke (JEM Editions, 2008), il nous semblait voir dans le concept de « propriété privée » la clé du système posé par l’auteur (op. cit., p33). Or, nous avions vu que la Bible nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que « locataires » et « émigrés », appelés à une bonne gestion, sage et juste, de biens finis.

Un autre concept-clé, que l’on peut percevoir dans l’ouvrage est cette vision de Dieu qui apparaît comme un « homme d’affaires », un PDG et un (auto)entrepreneur, qui « met en place une entreprise familiale sur le modèle de la franchise » : l’entreprise « Tout puissant et fils SA »(Op. cit., pp 19-21). Pourquoi pas. Néanmoins, le choix du nom de l’entreprise nous paraît révélateur, privilégiant la puissance au détriment de la compassion (cela se perçoit notamment aux chapitres 7, 8 et 9-voir aussi notamment le véridique « sans abris, rentrez chez vous ! » op. cit., p p 118-119) et donnant à voir un Dieu lointain, qui serait « patron capitaliste » et adepte du « laisser-faire »*. Il eut été plus pertinent, surtout si l’on souhaite privilégier le modèle familial, de baptiser l’entreprise « Père et Fils SA ».

De cette vision de Dieu découle une vision faisant de l’individu-entrepreneur la mesure de toutes choses. Et ce, non sans conséquences pratiques. Car, de ce parti pris découle une position qui nous paraît souvent déséquilibrée ou parfois extrême, quand elle n’est pas partiale :

-L’auteur adopte en général le point de vue du dominant-celui du « patron » ou du « propriétaire »**-au détriment de celui du pauvre (qui doit apprendre à « être responsable », not. Chap.8***),  de l’employé ou de l’ouvrier -l’un et l’autre étant présentés de façon caricaturale (L’auteur affirme en effet que « les bénéfices ne sont pas générés par les employés »-lesquels « se focalisent sur leurs droits »- mais par ceux qui ont « l’esprit du propriétaire », op. cit., p 90 ****).

Or, si la loi spécifie effectivement que l’on doit être impartial ou équitable avec le pauvre, comme le riche(cf Exode 23v3, 6 ; Deut.1v11 et 16v19 ; Dieu « ne fait pas de favoritisme »), cette même loi rappelle(avec les prophètes et les psaumes)que Dieu est du côté du pauvre, surtout quand il ne peut pas se défendre, ainsi que de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger-les précaires de l’époque(cf Deut.10v17-19 ; Deut. 15 ; Deut. 24 ; Ps.72 ; Job5v15…) A ce stade, il serait utile de relire Jacques, not. les chap. 2, 4 et 5, comme les évangiles-dont celui de Luc, dans lequel le Seigneur Jésus affirme que la bonne nouvelle a été annoncée « premièrement aux pauvres »(Luc 4). [voir aussi notre dossier « notre regard sur le pauvre » + notre article « les miettes du riche suffisent-elles à nourrir le pauvre »]

– D’autre part, l’auteur nous paraît un peu trop insister sur la responsabilité et la prise de risque (défendant une « pédagogie de l’erreur »***** à la Rousseau, comme quoi l’on doit subir les conséquences de ses actes cf chap.7-8, alors qu’il dénonce ce même Rousseau p23). Poussée à l’extrême, cette position en devient écrasante, puisque pesant pour l’essentiel sur le pauvre ou celui qui est déjà en difficulté, l’enfonçant encore plus. Elle me rappelle en tout cas cet état d’esprit, qui cadre mal avec la culture de l’honneur censée avoir cours dans le corps de Christ, notamment décrite en 1 Corinthiens 12v18-27, et dont le principe est de « donner plus à ceux qui ont moins ».

Et “Honorer”, c’est justement “donner du poids”. Le juste poids, et non “deux poids, deux mesures”, ou faire peser un poids excessif(celui de la responsabilité, par exemple)à celui qui a déjà la tête dans l’eau. Dennis Peacocke semble de fait oublier que Dieu, quoique saint, est aussi miséricordieux(Exode 22v27 ; 34v6 ; Néhémie 9v17, 31 ; Ps.86v15…), et qu’il n’est pas un « distributeur automatique »-de sanctions, comme de bénédictions. « S’il ne pensait qu’à lui-même et retirait à lui son esprit et son souffle, toute chair expirerait ensemble et l’homme retournerait à la poussière »(Job 34v14-15). On pense aussi à la leçon que Dieu donne à Jonas sur la justice : “il n’existe pas de justice sans possibilité de miséricorde. La justice, ce n’est pas appliquer une loi, exécuter une sentence comme l’acte automatique d’une machine, mais la mettre au niveau de l’homme, de son cas particulier. La justice, c’est évaluer la personne humaine, comprendre quand vient le temps de la correction et quand vient celui de la miséricorde”, commente Erri de Luca, dans “Quatre pas avec Iona/Jonas”(IN “Noyau d’olive”. Gallimard, 2004. Folio, pp 98-99). Et on pense enfin à cette autre leçon, donnée par le Seigneur Jésus, à propos d’une question de ses disciples concernant un aveugle né : « qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : ni lui, ni ses parents. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »(Jean 9v1-5 cf Jean 8v12, Matt.5v14 et ss, Eph.5v7-9)
Bref, plus qu’à la Bible comme source d’inspiration de la vision du monde de « Partenaire avec Dieu en affaires », on pense à Friedrich von Hayek******(1899-1992), penseur et économiste libéral autrichien. Sa vision économique, dont les effets sociaux ont été les plus critiqués, a servi de fil conducteur à de nombreuses politiques dites « ultralibérales »-les plus emblématiques étant celles de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher dans les années 1980-1990-et déployées durant la fin du XXe siècle (et encore aujourd’hui) dans de nombreux pays en développement, sous l’impulsion notamment du FMI dans le cadre de plans dits « d’ajustement structurel »(aide accordée aux pays endettés ou en difficultés, sous conditions souvent contraignantes pour « les encourager à plus responsables »)*******. Néanmoins, D. Peacocke ne parle jamais de Hayek, qui nous semble (sauf erreur) pourtant avoir été l’une des sources principales d’inspiration de son modèle économique, qui nous semble plutôt idéalisé.********

 

Quelle vision du monde biblique, alternative à celle de Dennis Peacocke, proposer  ?

Pour Mathieu Giralt, « la vision du monde chrétienne est définie par la Bible », puisque « c’est la Bible qui nous permet de voir le monde tel que Dieu le voit, c’est à dire tel qu’il est vraiment », et non tel qu’il nous paraît l’être idéalement. « La vision du monde chrétienne commence avec Dieu », puisque « Dieu est le Créateur de toute chose, il règne sur tout et tout lui appartient (Ps 24v1). Donc dans la vision du monde chrétienne, c’est Dieu le centre, pas l’homme. La condition de l’homme s’explique par rapport à Dieu et pas l’inverse ». De fait,

"Possessions", par Andy Singer.  Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l'appartenance...

« Possessions », par Andy Singer.
Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l’appartenance…

plus qu’une « culture de la propriété privée »********* ou « l’instinct du propriétaire », il nous paraît plus juste(pour « être » vraiment) de développer la conscience de l’appartenance. C’est à dire la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand. Une vision du monde biblique(esquissée dans la première partie de ce billet)nous révèle d’abord qu' »au commencement, Dieu »(Gen.1v1). Dieu créateur, « des cieux et de la terre », comme de l’homme-« créé à Son image et à Sa ressemblance ». Dieu est le seul véritable propriétaire de toutes choses. Il nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

La façon dont nous gérons ces biens(ou « faisons des affaires ») témoigne de ce à qui(plutôt qu’à quoi)nous appartenons. Dans la parabole des talents racontée par Luc (la lire avec attention en 19v12-27), nous voyons que nous ne sommes pas sur terre pour « faire des affaires » en tant que tel, mais pour témoigner de la souveraineté(dans nos vies, nos biens)de Celui qui est rejeté dans ce monde, en attendant son retour.

Toujours dans l’idée du témoignage, il s’agit aussi de développer et de cultiver l’esprit du gestionnaire et de « l’intendant fidèle »(1 Cor.4v2), appelé à être « dispensateur des diverses grâces[et non de la dureté ou du légalisme] de Dieu »(1 Pierre 4v10), et de servir, non nos propres intérêts(ou ceux d’un « groupe »), mais celui du bien commun, du bien de notre prochain et de notre frère, particulièrement le pauvre. Le moteur d’une action réellement libératrice sera la compassion, à l’image du Maître.

Sachons aussi manifester l’esprit du mystérieux et discret intendant de la parabole des ouvriers(Matt.20v1-16), qui a choisit, non de privilégier « le mérite », mais de témoigner de la bonté du maître de la vigne qu’il connaissait assurément !

Une « économie différente » s’exprimera enfin, outre par l’obéissance, par le don et la générosité.

 

Découvrir :

– le système économique du don ou « le marketing non marchand » ici ;

– une réflexion sur une « éthique sociale chrétienne » ;

– cet article publié dans « La revue Réformée » : « la Bible face à la société idéologique : l’éthique protestante et la mutation du capitalisme » ;

-les livres cités en notes !

– Relire tout l’Ancien Testament(dans cet ordre : « la loi », « les prophètes » et « les psaumes »), ainsi que les évangiles et l’épître de Jacques.

 

Notes :

*L’auteur a plutôt tendance à « diaboliser » l’Etat,  en le traitant de « communiste » ou de « socialiste » pour la moindre intervention de sa part, et jugeant confiscatoire tout impôt des riches. (Op. cit., pp 127, 148-150, 152-154).  Dennis Peacocke semble également insister sur le fait que le pouvoir concentré(comprendre : celui du gouvernement)est une menace pour la liberté. Il a raison. Néanmoins, il semble ne pas voir(même s’il évoque brièvement d’autres éventualités) que le pouvoir peut se concentrer sous plus d’une forme(multinationales, empires de presse…).

Par contraste, les prophètes de l’AT ont su interpeller les souverains pour leur rappeler leurs devoirs et prérogatives(Jérémie 21v11-12, Daniel 4v24), comme une mère a su exhorter son fils, le roi Lemuel, à « ouvrir la bouche pour le muet… »(Prov.31v8-9) Sans “berger”(terme qui désigne un chef politique ou toute autre autorité cf Nombres 27 et de nombreux psaumes), nous avons “la loi de la jungle” décrite en Ezéchiel 34. Il importe d’encourager l’esprit du berger et de rejeter celui du mercenaire(Jean 10v11-13) .

Curieusement encore, Dennis Peacocke estime que l’Etat ne devrait pas être « proactif » mais « réactif »(op. cit., pp152-154). Affirmation qui semble contradictoire avec ce que Dieu dit de lui-même dans sa parole : « je suis l’Eternel qui te guérit »(Exode 15v26). Ici, selon le contexte du passage, il s’agit d’une médecine préventive, où le médecin a surtout un rôle d’éducateur et d’enseignant qui apprend aux autres comment prendre soin d’eux-mêmes. “Celui qui prend soin”, qui est le premier sens du terme de « thérapeute »(cf ce rôle de Dieu en Genèse 2v16-17, 3v11 par exemple ). Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. Ainsi, si Dieu avait pris à la lettre les recommandations de Dennis Peacocke sur le rôle de l’Etat, Il aurait confié la gestion de la crise annoncée en Gen.41 à des investisseurs privés et n’aurait pas élevé Joseph à la tête de l’Etat. Celui-ci « aurait fait des affaires » en Egypte, et serait devenu un « leader économique » après avoir prospéré, appelé à gérer la crise qui se préparait. Or, c’est l’Etat qui, avec Joseph, a anticipé et su parfaitement gérer une crise que personne(dont « les propriétaires », ou “les capitalistes”) n’avait vu venir. Le détail et les résultats positifs de sa politique économique quelque peu « interventionniste »(il n’a pas attendu que la crise n’arrive pour « réagir » : cela aurait été trop tard) peut se lire en Gen. 41 et 47.
** On reste perplexe devant cette anecdote racontée par Peacocke, assistant à une conférence organisée pour des exécutifs chrétiens(op. cit., p 90) : “plusieurs dirigeants, parmi les cinq cents plus grands plus grandes entreprises aux Etats-Unis, ont commence à dire à quel point l’année qui s’écoulait avait été difficile pour eux d’un point de vue personnel. Leurs salaires étaient toujours élevés, dans les six chiffres, leur santé et leur famille allaient bien. Leur problème étaient liés aux licenciements qu’ils devaient effectuer” : 18000…11000…ou 6000 employés. « La douleur et l’angoisse que je ressentais dans leurs témoignages étaient profondes, ells ont change ma vie”, ajoute Peacocke. “Le fait de porter ce genre de responsabilités pour d’autres mérite une bonne compensation(sic), mais elle ne doit pas exhorbitante”. On cherche le « sacrifice » de ces chefs d’entreprise, sans doute tout de même un peu travaillés d’avoir à licencier des milliers d’employés, mais sans pour autant que leur niveau de vie change…

En comparaison avec ce qui précède, l’exemple de wal-mart, pris comme modèle de principes fondamentaux, “à la base d’une vision chrétienne du leadership, dans l’entreprise”(pp83-84)n’aurait pas plus être mal choisi, surtout quand l’entreprise est connue pour ses pratiques de dumping social : le film-reportage américain, « Wall-Mart, le géant de la distribution », de Rick Young et Hedrick Smith (2004) fait de Walmart un cas d’école sur les conséquences sociales et économiques de l’idéologie néolibérale à l’échelle d’un pays (les États-Unis) tout entier. Article11 – Le triomphe de Wal-Mart : de l’esclavagisme comme modèle de développement – Lémi ; Wal-Mart à l’assaut du monde, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, janvier 2006) ; Pourquoi Wal-Mart et McDo coûtent des milliards de dollars aux contribuables ; Walmart — Wikipédia ; http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/393287/le-cynisme-de-wal-mart-et-mcdo-dechaine-les-critiques ; Les travailleurs étasuniens montent à l’assaut de Walmart

 

***Voir aussi sa vision négatives des aides ou des programmes sociaux, qu’il estime « encourager la paresse et l’assistanat » ou même de nature à « empêcher que l’on subisse les conséquences de ses mauvais choix » (Op. cit., pp 73-74)

 

****Peacocke généralise d’ailleurs un exemple dit “vécu” aux pp 73, 89-90. Or, généraliser, c’est stigmatiser. Nous aurions préféré une préoccupation plus sérieuse pour les conditions de fabrication de certains produits venant du tiers monde.

 

***** Sunstein et Thaler soulignent, dans « Nudge »(Pocket), qu’”il y a des limites aux vertus de l’apprentissage par l’erreur. Si vous voulez que les enfants prennent conscience du danger très reel des piscines, nous ne croyons pas”, disent-ils, “que le meilleur moyen soit de les faire tomber dedans en espérant qu’ils s’en sortiront. Les touristes, à Londres, doivent-ils se faire renverser par un bus à impériale pour apprendre à regarder à droite ?”(op. cit., p 379)

 

******  Dans « La Route de la servitude »(1945), Hayek défend la thèse que toute forme de dirigisme économique porte en germe la fin de la liberté individuelle, une valeur qu’il place au-dessus de toutes les autres, comme l’équité ou la solidarité. La coercition commence donc dès que s’impose l’idée de la justice comme justice distributive, impliquant nécessairement l’intervention de l’Etat se substituant à l’échange entre l’offre et la demande, et remplaçant la concurrence par la planification ou l’intervention discrétionnaire dans l’économie.  Enfin Hayek avance la thèse suivant laquelle toute action comporte inévitablement des conséquences non-intentionnelles, des effets inéluctables sur l’ensemble des autres individus vivant dans le même environnement socio-économique, ce qui semble justifier à ses yeux l’argument voulant qu’il soit pratiquement impossible, voire moralement illégitime et politiquement délétère, de confier à l’État la gouverne des affaires économiques et sociales. Cette thèse est peut-être la plus importante, mais elle trouve un contre-exemple biblique édifiant dans la politique économique de Joseph, alors vice-roi d’Egypte. (cf Friedrich A. Hayek:Un entretien avec Robert Nadeau – Catallaxia ; http://www.revue-projet.com/articles/2008-2-critique-de-la-justice-sociale-selon-hayek/ ; http://www.toupie.org/Dictionnaire/Neoliberalisme.htm )

Enfin, Dennis Peacocke, qui dénonce les idées de Darwin(op. cit., pp 131-132), aurait pu rappeler qu’Hayek affirmait que c’est de l’économique que Charles Darwin aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution, et que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin…(cf http://www.er.uqam.ca/nobel/philuqam/dept/textes/Evolutionnisme_economique.pdf ; http://lepouillou.pagesperso-orange.fr/hayek.pdf )

Par contraste, on relève une vision caricaturale de Keynes et de sa politique (avec des citations hors contexte et non sourcées) aux pages 53-54, qui rappelle celle de Niall Ferguson : pour ce professeur d’histoire de la finance à Harvard, “Keynes n’avait pas de vision de l’avenir parce qu’il était gay et n’avait pas d’enfant”. Des propos pour lesquels il s’est excusé.

******* « Ajustement structurel » : de l’anglais structural adjustment. Les programmes d’ ajustement structurel (ou réforme structurelle), d’inspiration libérale, mis en place dans les années 1980, à la demande des institutions internationales(FMI, Banque mondiale)comme condition d’un rééchelonnement de la dette de pays en développement comportement en général deux volets : l’un portant sur “les grands équilibres”(stabilité de la monnaie, finances publiques, comptes extérieurs…), l’autre sur des réformes dites structurelles(désengagement de l’Etat, libéralisation du commerce extérieur..). Ils ont en général induit une diminution de l’investissement, des transferts sociaux(au détriment de la santé et de l’éducation)une diminution des effectifs d’agents de l’ Etat, l’abandon des monopoles publics(l’énergie, par exemple) et la réduction de la protection aux frontières.

 

******** A noter que Dennis Peacocke prétend ne pas défendre un système économique en particulier(op. cit., pp 31-32, 45, 91-92) pour mieux tomber dans ce piège tout au long du livre. Car il donne une caution chrétienne et biblique au capitalisme libéral-et même de façon particulière au néolibéralisme qu’il présente comme la seule alternative, même si, ici ou là, il met parfois en garde contre certaines dérives(op. cit. pp 59-61, 134) : “le capitalisme se développe seulement là où existe une vision biblique”. C’est à dire une vision “fondé sur l’investissement, aujourd’hui, de ressources en fonction de la foi en un avenir qui dépend d’un Dieu fidèle en son alliance.”(op. cit., p 134).

D’autres auteurs chrétiens (notamment protestants/protestants évangéliques) ne partagent pas ce point de vue ou alors prennent plus de recul à ce sujet :

George Winston compte “le capitalisme exploiteur” parmi “les totalitarismes modernes”(« L’Eglise avec un grand E ». Ed. Ourania, 2010. Questions de foi, p 163), avec le marxisme, le nazisme, le “laïcisme militant »[mais non la laïcité], qui “se basent sur des religions inavouées qui sont idolâtres” et “où l’homme, mesure de toute chose, se prend lui-même comme objet religieux. Le christianisme n’est ni collectiviste, ni individualiste”.

Scott Mac Carty voit dans le capitalisme la forme “la plus en vue”, au XXIe siècle, du matérialisme économique.

Le docteur Albert E. Greene, dans “à la reconquête de l’éducation chrétienne”(ACSI, 2014), souligne que nos systèmes économiques, tels que le capitalisme et le socialisme, “ne sont pas autonomes. Ils ne détiennent aucun pouvoir en eux-mêmes pour nous doter de biens ou pour pourvoir à nos besoins. C’est Dieu qui le fait et Il s’adresse à nous par les réserves économiques qu’il met à notre disposition”. A nous d’en user de façon responsable, “en pensant particulièrement aux pauvres et aux défavorisés”. (op. cit., pp 229-230)

Le pasteur Gilles Boucomont est peut-être le plus sévère de tous : selon lui, “notre bon vieux capitalisme” est “bien plus” qu’un simple système économique. D’autant plus que “ce qui crée le plus de richesse aujourd’hui, c’est la spéculation sur les trends à la hausse et à la baisse en bourse, soit des paris sur la hausse et à la baisse de produits virtuels que sont les produits financiers inventés depuis les années 80. Ce sont ces mêmes produits qui font artificiellement chuter le système en quelques heures, avec trois clics sur un clavier d’ordinateur dans telle ou telle banque. Et ce sont ceux qui produisent les vraies richesses qui paient la facture, via l’Etat, pour refinancer un gigantesque casino virtuel, où quelques-uns s’amusent avec le plus grand sérieux”. Et Gilles Boucomont de qualifier “le capitalisme dans sa forme incontrôlable”[financiarisé]comme “ une religion entrée en lute contre la foi veritable (cf 1 tim.6v6-10), où posséder est devenu un but en soi”. C’est “une religion qui lute contre Dieu, contre toute construction équilibrée des relations entre les nations, entre les institutions et entre les personnes. Il lute contre l’équité entre le nord et le sud. Il met à mal chacun des dix commandements, depuis celui sur la convoitise, qui est la base même du système marchand, en passant par le commandement sur le vol, celui-ci étant nécessaire pour piller les nations de l’autre hémisphère. Il fait de l’humain un esclave, notamment sexuel. Il détruit le repos du peuple et les jours mis à part, remettant en place un pharaonisme du travail obligatoire chaque jour, même le dimanche. La planète hurle face à la maltraitance qu’on lui fait subir(…). L’amour de l’argent est la base du capitalisme actuel (« Au nom de Jésus : mener le bon combat », T2, Ed. Première partie, pp188-189). Ailleurs, il dénonce une certaine théologie de la prospérité, “basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), qui, “revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants », « Dieu est juste un associé, un banquier, qui doit faire prospérer mes affaires”. (op. cit., p203)

Enfin, Dennis Peacocke aurait pu rappeler certaines mises en garde d’Adam Smith, qu’il cite souvent comme modèle : cet auteur libéral insistait sur le rôle du gouvernement dans la gestion des biens publics et sur la nécessité de plafonner le taux d’intérêt pour éviter les paris délirants. Il estimait aussi qu’« aucune société ne peut prospérer et être heureuse, dans laquelle la plus grande partie des membres (les travailleurs) est pauvre et misérable ». Sans compter son grand message oublié.

Voir encore ces débats : peut-on être chétien et (néo)libéral ?

http://www.lavie.fr/debats/chretiensendebats/peut-on-etre-chretien-et-liberal-25-10-2013-45809_431.php

http://www.gaelgiraud.net/wp-content/uploads/2013/05/LEXPRESS_15052013.pdf

Rapport néolibéralisme et éthique protestante  : http://scd-theses.u-strasbg.fr/2341/01/LEE_Bong-Seok_2011.pdf

********* Faire de la propriété la clé de voute d’un système n’est-il pas illusoire, pour ne pas dire dangereux ? On se souvient des mécanismes ayant conduit à la crise de 2008. D’autre part, La Fondation Abbé Pierre rappelait que le fait d’être propriétaire n’excluait paradoxalement pas du mal-logement. Dans la 16ème édition de son rapport annuel(2011), la fondation relevait à l’époque que 3,6 millions de Français se trouvaient en situation de mal-logement, de fragilité ou de précarité. Devant ce constat accablant, la politique du gouvernement de l’époque en matière de logement (la volonté de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de faire d’abord « une France de propriétaires ») avait été vivement critiquée. Comparer avec son 19e rapport 2014.

 

Quelle vision du monde, de l’homme, de Dieu…véhicule ce que tu lis ? L’exemple de « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke(1)

Point de vue dominant Le Baron noir, par Pétillon

Point de vue dominant
Le Baron noir, par Pétillon

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : « la fuite ou l’engagement ».(« Le chrétien et les défis de la vie moderne », vol.1. Sator, 1987, p 26). Je rajouterai également celles-ci, avec les précédents : l’isolement, la conformité/la confusion, ou la distinction (dans le sens de l’engagement, sans compromis). Autant d’attitudes nourries par nos visions du monde, de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », comme du sens de la vie.

De fait, il est d’autant plus essentiel d’étudier ces visions, telles qu’elles sont exposées et véhiculées dans tout média ou œuvre(et par-là même de la part de tout auteur), particulièrement une œuvre (ou un auteur) « chrétien(ne) » ayant la prétention d’être fondé(e) sur la Bible.

Ainsi, par exemple, quelle est la vision du monde, de l’homme, de Dieu…de l’ouvrage « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke(JEM éditions, 2008), dont on m’a parlé et que j’ai eu l’occasion de lire dernièrement ?

Dieu est-il notre "partenaire en affaires" ?

Dieu est-il notre « partenaire en affaires » ?

Il s’agit d’une étude sur la façon dont Dieu gère ses ressources afin que nous puissions gérer les nôtres de manière similaire. Le livre, comme l’explique son auteur en introduction, « est construit sur la base de douze concepts fondamentaux »* de gestion, de croissance et de productivité, « issus de lois économiques, sociales et organisationnelles. » Lui-même, fondateur et président de la Strategic Christian Services Inc.(une société qui aide les responsables à découvrir comment appliquer la vérité biblique aux églises, aux commerces et à la culture), déclare avoir « enseigné » et « affiné » ces principes sur une période de plus de vingt ans. « Ils concernent les thèmes fondamentaux aussi bien dans le cœur de Dieu que dans celui de l’homme. Ils sont présentés systématiquement, selon une certaine logique, mais pas nécessairement par ordre d’importance [quoique l’ordre présenté soit révélateur]. » Ces concepts sont « enracinés dans la vérité des Ecritures Saintes et, de ce fait », assure l’auteur, « s’ils sont appliqués correctement, ils fonctionnent. De fait, la vérité ne faillit jamais. »(op. cit., p 9)

Le livre est intéressant en ce qu’il nous incite à réfléchir au principe de la « bonne gestion » et à ce que signifie « être responsable ». Parmi les principes exposés, certains sont pertinents et bibliquement fondés, quand ils ne sont pas de « bon sens ». Ainsi le fait que la vie éternelle ne se limite pas au ciel et que les chrétiens ne sont pas sur Terre pour se focaliser « sur leur plan de retraite personnel, pour le futur, pour le royaume des cieux », mais qu’ils sont appelés à se focaliser sur « le projet que Dieu a pour eux sur la Terre »(Op. cit. pp 10-12) ; le rôle pédagogique de l’épreuve(op. cit., pp 27-28), ou le fait que l’économie n’est pas neutre. Avec pertinence encore, Dennis Peacocke nous met en garde contre l’hérésie dénoncée notamment par l’apôtre Jean dans ses épîtres : l’hérésie « dualiste » qui « spiritualise » et oppose, sépare le « spirituel » du « matériel » (op. cit., p 23). Or, Notre Dieu est vivant, créateur de tout ce qui vit et Dieu de la création comme de l’alliance. Il est donc concerné par le réel, intervenant et s’engageant dans le réel. « Dieu est Esprit »(Jean 4v24), mais Il s’est aussi incarné en Jésus-Christ(« la Parole faite chair » cf Jean 1v14, 1 Jean 4v2). De fait, les chrétiens, quoique « pas du monde », sont bien « dans le monde »(Jean 17v14-18) : ils ont donc tort de refuser de se préoccuper des questions qui s’y rattachent (op. cit., p 13). Et comme l’exprime Dennis Peacocke, « régner sur des choses réelles dans un monde réel »(est)la véritable question »(op. cit., p 29). Il s’agit donc de se garder de modèles idéalisés, qui marchent avec des gens parfaits », non ancrés dans le réel : nous y reviendrons.

Néanmoins, même si Dennis Peacocke affirme que son livre est fondé sur la Bible, je reste perplexe-quand je ne suis pas surpris-par certaines positions prises, comme par « la logique » et le choix de certains concepts. Lesquels m’ont paru justement révélateurs d’une certaine vision du monde, de l’homme, de Dieu…de l’auteur de « Partenaire avec Dieu en affaires ». Cette vision du monde est-elle bien entièrement et uniquement fondée sur la Bible ? Nous allons le voir.

Voici quelques remarques, que j’espère constructives, avec des principes alternatifs fondés sur la Bible[pour des raisons de longueur, je couperai ce billet en deux parties].

Premièrement, j’ai été interpellé par le choix du « concept directeur numéro 1 » exposé par l’auteur : « Dieu est le créateur de la propriété privée » (op. cit., pp 19-34). Un concept-clé qui parcours tout le livre et qui constitue, selon moi(au risque d’être caricatural), une sorte de « graal », un but à atteindre, voire une quête existentielle. Le problème (ni « le mal ») n’est pas dans la propriété privée en tant que telle. Mais le fait de considérer celle-ci comme « prioritaire » et « numéro 1 » peut être gênant surtout si on le compare avec ce que l’auteur dit de l’homme bien plus loin après, dans le concept…numéro 9 !(op. cit., pp 143-154)

Le problème est que le concept me paraît mal posé et même contradictoire avec ces autres affirmations de l’auteur : « Dieu a créé toutes choses(…)et Il les possède toutes(…)Dieu déclare être le seul vrai propriétaire de toutes choses »(op. cit. pp 22-23). C’est tout à fait exact. C’est bien ce que Dieu déclare dans Sa Parole. Dans ce cas, nous sommes donc « locataires » et non « propriétaires ». Nous ne sommes chez Lui qu’en tant qu’ « émigrés et hôtes »(Lévitique 25v23 ; 1 Chron.29v14-16 ;  Ps.50v9-15… cf 1 Pie. 1v1 ; 1 Pie.2v11).

En Genèse 2v15, Dieu prend l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden « pour cultiver le sol et le garder ». Les verbes du travail et de la garde de la terre, « avad » et « shamar » sont les mêmes que celui du service dû à Dieu(cf Exode 10v26), relève Erri de Luca dans « Noyau d’olive »(Folio, p 47). « La terre est dans la sollicitude de Dieu. Les règles du repos sabbatique, un jour par semaine, un an tous les sept ans, marquent une insistance à la protéger d’une exploitation forcenée »(op. cit., pp47-48), comme si ses ressources étaient inépuisables. Nul ne peut donc se déclarer « propriétaire » du sol, comme de la vie, commente encore Erri de Luca(op. cit., pp 48, 111). Et nul n’a le droit d’exploiter et le sol et la vie(cf Lévitique 25 ; Deut.5v12-15 ; 24). De même que nous ne sommes pas plus « propriétaires » de la Parole, de l’Evangile ou de la vérité (nous pouvons en témoigner, l’affirmer, ou soutenir l’un et l’autre, mais nous ne les « possédons pas » cf 1 Tim.3v15). A ce propos, Erri de Luca, toujours, souligne que « le verbe shamar est traduit par « garder » quand il s’agit de la terre et « observer » quand on se réfère aux commandements de Dieu. « La terre est confiée comme écriture transmise »(op. cit., p 48).

Dieu fait de nous des « intendants », des gestionnaires, de ce qu’Il nous met à disposition ou nous confie, selon nos capacités. Nous sommes donc tous responsables et aurons à rendre compte de « notre bonne gestion »(sage et juste), sachant que l’ « on demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié », dit le Seigneur Jésus (Luc 12v48-lire tout le chapitre). Mais ce que l’on attend avant tout d’un bon intendant ou gestionnaire, c’est qu’il soit « fidèle »(Matt.24v45 ; Matt.25v21-23 ; Luc 12v42 ; 1 Cor.4v2…), autant dans les petites choses que dans les grandes(Luc 16v10).

Le "Baron noir" de Petillon : "self made bird"

Le « Baron noir » de Petillon : « self made bird »

Or, rappelons-le, Dennis Peacocke pose pour « principe directeur numéro 1 » la propriété privée, et l’exploitation de biens et de ressources « aux dimensions et potentialités » qu’il estime « inimaginables »(« Partenaire avec Dieu en affaires », p 146). Et ce alors qu’il pose en « principe directeur numéro 9 »(soit bien après)le fait que, selon lui, « les hommes ne sont pas égaux(« notre véritable égalité se mesure en terme de responsabilité envers Dieu ») et « la redistribution économique n’y changera rien »(op. cit., pp. 143-144). Ces propos sur l’égalité(au sens où « tout le monde serait pareil », ce qui ne serait pas la justice) ne sont évidemment pas faux, puisque nous sommes tous différents, du moins en capacité, en besoin…[voir la façon dont Dieu a géré ces différents besoins et opèré la distribution de la manne en Exode 16, comme du partage de la terre promise en Josué 18v10 et l’attribution des villes libres pour les Lévites en Nombres 35v8 cf la Parabole dite des talents en Matt. 25v15-comparer avec Luc 19v13].

"Ce dont cet homme a besoin" ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

« Ce dont cet homme a besoin » ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

Néanmoins, ce concept pose une vision conservatrice du monde, semblant légitimer les inégalités et, surtout, délégitimant toute tentative(de l’état, surtout)de réguler, d’ajuster ou de corriger lesdites inégalités. (op. cit., p 144 et p 154-le seul rôle de l’état étant de « maintenir l’ordre »…). En cela, elle me paraît réductrice et même contradictoire avec ce que nous enseigne la Bible : ne sommes-nous pas tous égaux en dignité et en droit, étant tous créatures de Dieu, créés « à son image et selon sa ressemblance » ?(cf Gen.1v26-27 ; Actes 17v27)** D’autre part, cette fameuse « responsabilité », censée être « commune » à tous les hommes, n’est en réalité, (selon le point de vue de l’auteur)pas si partagée que cela-certains étant « plus responsables » que d’autres(devinez qui !). Nous y reviendrons en deuxième partie, qui sera publiée ultérieurement.

Or, en plus d’une vision « conservatrice » du monde, ce que semble communiquer (peut-être involontairement ou maladroitement)l’auteur de « Partenaire avec Dieu en affaires » est que ce que l’on possède passe avant la dignité humaine. Ou que l’on existe ou que l’on trouve du sens existentiel à travers ce que l’on possède. Ce qui est la norme du monde, mais pas de Dieu et de la Bible.

Mais que dit l’Ecriture ? Que « la vie d’un homme ne dépend pas de ce qu’il possède, fut-il dans l’abondance », comme l’enseigne le Seigneur Jésus-Christ en Luc 12v15(cf Luc 12v16-23 ; 16 ; 18v18-30). Ou encore que « Nu on vient au monde et nu on repart de ce monde » cf 1 Tim.6v7. D’ailleurs, dans les situations de crise ou de vie ou de mort, que vaut la propriété privée ? Pas grand-chose, comme l’enseigne la politique économique de Joseph, alors Vice-roi d’Egypte(Gen.47v13-26)-un exemple curieusement peu souvent étudié…

 

[A suivre. La suite prochainement, où nous verrons notamment plus en détail ce qui nous paraît avoir été certaines sources d’inspiration de Dennis Peacocke dans sa vision de Dieu, de l’homme, du pauvre, de l’état, et du système économique qu’il défend-quoiqu’il prétende ne pas défendre un système particulier parmi ceux existants. Nous proposerons également d’autres visions alternatives, qui nous semblent basées sur la Bible]

 

Notes :

* Voici les douze concepts, exposés dans un plan en deux sections :

Première section : les principes divins essentiels pour construire le gouvernement et la libre entreprise

Chapitre un : Dieu met en place son entreprise familiale

Principe directeur numéro 1 : Dieu est le créateur de la propriété privée

Chapitre deux : la maturité : fruit de la gestion de la propriété privée

Principe directeur numéro 2 : nous grandissons en prenant soin des personnes et des biens que nous possédons

Chapitre trois : la richesse des générations et la famille

Principe directeur numéro 3 : toute fortune stable se construit par la famille de génération en génération

Chapitre quatre : Notre Dieu aime le travail

Principe directeur numéro 4 : le travail est un appel saint, éternel

Chapitre cinq : l’entreprise familiale produit un service

Principe directeur numéro 5 : le service est le fondement de toute croissance durable

Deuxième section : les fondements nécessaires à la construction d’une société juste et prospère

Chapitre six : ce que l’argent révèle à propos des personnes

Principe directeur numéro 6 : Dieu paie pour ce qu’Il commande

Chapitre sept : le risque, le respect de soi-même et le combat rédempteur

Principe directeur numéro 7 : la possibilité d’un échec est essentielle pour la croissance personnelle

Chapitre huit : la cruauté du concept de « victime économique »

Principe directeur numéro 8 : les idées et les actions ont des conséquences économiques

Chapitre neuf : la justice et l’égalité ne sont pas la même chose

Principe directeur numéro 9 : les hommes ne sont pas égaux et la redistribution économique n’y changera rien

Chapitre dix : un gouvernement politique selon Dieu fonctionnant sur des bases bibliques est essentiel pour la prospérité

Chapitre onze : les cordes essentielles, à trois brins, qui conduiront au succès

Principe directeur numéro 11 : les chrétiens doivent vivre comme des disciples, ils doivent renouveler leur intelligence [se construire une vision du monde chrétienne] et s’unir afin de mettre en œuvre le plan de Dieu pour les nations

Chapitre douze : un appel au changement radical

Principe directeur numéro 12 : découvrir les fondements structurels et construire sur cette base.

** Créés à Son image pour être Son représentant sur la terre. Ce qui signifie que, « comme Dieu est créateur, nous sommes appelés à être, à notre tour, créatifs dans la gestion de la création. Comme Dieu est bon, nous sommes appelés à manifester de la compassion pour notre prochain ». Et, comme Dieu est juste, nous sommes appelés à être sensibles aux injustices » là où elles se trouvent, comme à aimer la justice, là où elle se trouve. D’après « Just people ? Pour une vie simple et plus juste »(Défi Michée). LLB, 2011, pp 40-41