Vivre et penser la liberté » : un inédit de Jacques Ellul à découvrir

Un inédit d’Ellul, penseur protestant qui a su dénoncer l’illusion de la tentation technicienne du contrôle absolu….

As-tu lu Ellul ?

Si ce n’est pas le cas, et si tu ne sais pas encore par quoi commencer, tu peux « t’attaquer » au récent (et copieux !)  « Vivre et penser la liberté », un inédit de Jacques Ellul (1912-1994) – pour ma part, en cours de lecture – éclairé par les notes et compléments de Jean-Philippe Quadri, professeur de physique-chimie de Bordeaux(1).

En effet, ce recueil de textes de 1936 à 1992, jusque-là inédits/confidentiels et consacré à la liberté, est une bonne porte d’entrée pour découvrir les versants sociologiques et théologiques de l’oeuvre de ce penseur protestant qui a su, prophétiquement, dénoncer l’illusion de la tentation technicienne du contrôle absolu sur tout ce qui nous entoure.

Plus encore, cet ouvrage sur ce thème éternel nous invite à « changer la vie » en retrouvant « la liberté d’être ». Laquelle liberté n’est pas la toute-puissance ou l’illimité du « toujours plus plus », mais la liberté de décider ne pas faire tout ce que l’on peut faire, au nom de l’amour et pour le bien de l’autre.

 

En bref : Vivre et penser la liberté » : un inédit de Jacques Ellul, édition et notes de Jean-Philippe Qadri, Labor et Fides, 2019, 632 p., 34 €

Sommaire

Préface de Michel Rodes
Note au lecteur de Jean-Philippe Qadri
Symboles et abréviations

PRÉLUDE

  1. – Les structures de la liberté (1972)

Première partie 
SOCIÉTÉ, CHRISTIANISME ET ÉGLISE

  1. – L’évolution de l’idée de liberté depuis 1936 (1950)
    3. – Changer la vie (1974)
    4. – La liberté fondatrice de l’Europe (1982)
    5. – Les menaces actuelles sur la liberté (c.1983)
    6. – Déterminismes et liberté (c.1986)
    7. – Liberté et autonomies (1984)
    8. – Essai sur le problème de la liberté religieuse (1958)
    9. – Le droit à l’erreur (1964)
    10. – Problèmes de notre société (1946)

Deuxième partie 
DIEU, JÉSUS-CHRIST ET L’HOMME

  1. – La foi vécue (1986)
    12. – Dieu de liberté (1990)
    13. – L’ambiguïté de la liberté (1971)
    14. – Renonciation au monde (c.1938)
    15. – Le désert (c.1975)
    16. – Le dur inventeur de la liberté (1991)
    17. – Foi chrétienne et libération (1986)
    18. – Leçons sur l’éthique de la liberté (1972)
    19. – Le sens de la liberté chez saint Paul (1951)
    20. – La loi de la liberté (1974)
    21. – L’accomplissement de la liberté (1973)


Troisième partie
ARTICLES DE PRESSE 1947-1984

  1. – L’affaire Miller (c.1947)
    23. – Le jugement impossible (1949)
    24. – L’Université à Canossa (1953)
    25. – La liberté de l’Église (1957)
    26. – Les inconscients (1961)
    27. – Le sexe ou la mort (1972)
    28. – La blancheur de la liberté (1974)
    29. – L’ordinateur et la liberté (1980)
    30. – La Croix et la liberté (1982)
    31. – Responsabilité du christianisme dans la nature et la liberté (1983)
    32. – École et liberté (1983-1984)

 

Note : 

(1) Que  j’ai eu l’occasion de rencontrer à Reims, en février, lors de sa conférence-présentation du livre à la bibliothèque de la Maison Saint-Sixte, sur aimable invitation d’un émule d’Ellul, Eric Lemaître – que j’apprends à connaître et à apprécier, et que je voyais pour la première fois. Ne manquez pas de découvrir son blogue, partenaire de Pep’s café, et son livre éponyme « La Déconstruction de l’homme », au sous-titre – « critique du système technicien » – révélateur de l’influence d’Ellul.

 

Quand la Toute-Puissance de Dieu le rend libre de répondre « non »

Une compréhension de la souveraineté et de l’omnipotence suppose que « si je peux faire quelque chose, je dois le faire »…..Or, nous pouvons aussi répondre « non » à la question : « suis-je obligé de faire ce que je peux faire ? »

Deux questions, parmi d’autres, exhumées sur le site « 1001 questions », mais ayant un rapport avec les priorités et les impératifs de Dieu, et sur ce que signifient « souveraineté » et « omnipotence ».

Ainsi, « Jésus exhortait ses disciples à guérir et chasser les démons comme lui-même le faisait, pourquoi ne nous a-t-il pas appelé aussi à changer l’eau en vin et à marcher sur l’eau ? »  

Parce que « pour Jésus il y a des impératifs de plus ou moins grande importance. Celui qui revient le plus souvent (plus souvent même que le commandement d’amour), c’est d’annoncer que « le Royaume de Dieu s’est approché (de nous/vous) ». Et cette annonce majoritaire est adjointe régulièrement, dans l’ordre d’occurrence des plus importantes, de ces mentions : 1. Guérissez les malades, 2. Chassez les démons, 3. Purifiez les lépreux et ressuscitez les morts. Viennent ensuite toutes les autres, comme laver les pieds des autres croyants, prendre un repas en mémoire de lui, baptiser les personnes, même issues des nations non juives, aimer les ennemis, etc….Jamais il ne demande de changer l’eau en vin ni de marcher sur l’eau. Peut-être parce qu’il a concédé à le faire juste pour signifier sa puissance. Mais que ce qu’il nous demande, c’est de faire des choses significatives pour les autres, qui portent un fruit immédiat dans leur vie. C’est certainement pour cela qu’il insiste sur l’évangélisation, la guérison, la libération ».

Ensuite, si « Dieu est souverain, son omnipotence signifie-t-il qu’il planifie et contrôle toutes choses ? » En clair, qu’il serait « au contrôle », selon l’expression trop souvent entendue ? 

La question posée renvoie à « une compréhension de la souveraineté et de l’omnipotence qui suppose que si je peux faire quelque chose, je dois le faire ». Mais cette façon de voir « est liée à notre condition humaine, justement marquée par l’impuissance à tout faire, et tenté par la réponse technicienne du contrôle absolu sur tout ce qui m’entoure.

La Toute Puissance de Dieu le rend justement libre de répondre « non » à la question : Suis-je obligé de faire ce que je peux faire ? »

Quand un chef d’état prétend avoir « le droit absolu » de « se gracier lui-même » : éclairage biblique et conséquences spirituelles

Trump « se graciant lui-même », de « droit absolu » (de droit divin, obtenu de Dieu ) au-delà de la constitution ? Chromo délirant et inquiétant se propageant sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets »

« Le roi agira à sa guise ; il s’exaltera et se grandira au-dessus de tout dieu, et contre le Dieu des dieux il dira des choses étonnantes. Il réussira, jusqu’à ce que soit consommée la colère, car ce qui est décrété sera exécuté » (Dan.11v36)

Un chef d’état a récemment prétendu avoir « le droit absolu de « se gracier lui-même ». Serait-ce là la définition du totalitarisme ?

La réponse du « répondant » à une question sur cette déclaration, posée sur le site « 1001 questions », rappelle que « ce chef d’Etat a aussi prétendu être chrétien mais n’avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…(1)
Un droit absolu serait un droit divin, obtenu de Dieu au-delà de la constitution. La constitution américaine ne permet pas à un président de se gracier lui-même. Il s’agit donc d’un fantasme de toute-puissance.

Ultimement, c’est bien Dieu qui pardonne et qui gracie. Nous pouvons être amenés à nous pardonner nous-mêmes pour des choses dont nous nous accuserions sans cesse, mais se gracier de ce que la justice des hommes aurait condamné en nous, quand on sait que toute autorité vient de Dieu, c’est une façon de… se mettre à la place de Dieu.

Conséquence spirituelle : quand on craint si peu Dieu qu’on se met à sa place, on risque de le rencontrer. A savoir comment. Dans la conversion ? Alléluia. Dans le jugement ? Ça peut être plus chaud… »

 

Note :

(1) Le 18 juillet 2015, lors du Family Leadership Summit, à Ames (Iowa), Frank Lutz, politologue et spécialiste des sondages, demandait à Donald Trump s’il lui était déjà arrivé de demander pardon à Dieu. Trump répondit alors : « Je ne crois pas. J’essaie juste de mieux faire. Si je fais quelque chose de mal, je crois que j’essaie juste de réparer. Je ne mêle pas Dieu à tout ça. Je ne le fais pas….»