La série biblique de l’été : Lecture suivie du livre de la Genèse (4)

« L’Hiver ou la déluge », huile sur toile de Nicolas Poussin (1660-1664). Musée du Louvre

Quatrième épisode de notre lecture suivie du livre de la Genèse, la nouvelle série biblique de l’été proposée par mon ami et frère Louis-Michel, pasteur, à paraître chaque semaine sur Pep’s café ! le blogue. Les notes et la suggestion finale de lecture sont de moi. A noter que la série fera une petite pause à partir de cet épisode, pour reprendre en septembre.

6 : 1-12

Lorsque les hommes eurent commencé à être nombreux … L’adverbe « lorsque » est flou quant à la période des événements relatés dans ce chapitre. On peut quand même affirmer que l’auteur de la Genèse souhaite attirer l’attention du lecteur sur l’état de l’humanité (v.1, 3).

Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles … La beauté de ces filles honore en soi le Créateur, mais malheureusement, dans la nature humaine corrompue par le péché, cette beauté attise la convoitise (v.2). Les « fils de Dieu » qui convoitent sont peut-être des anges déchus16. Ces unions d’ordre démoniaque vont donner naissance à des « géants », des héros, des hommes célèbres (v.4).

Il faut noter dans ce passage, que le mariage institué par Dieu est bafoué. Le verset 2 insiste sur le « plaisir » lié à la beauté … Il n’y a ici aucun sens de la responsabilité démontré.

Et l’Eternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que tous les desseins des pensées de son coeur n’étaient que mal continuellement : Le constat est clair, la responsabilité de l’homme est engagée (v.5). Rien n’échappe au regard divin (Hébreux 4 : 12-13).

Et l’Eternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé dans son coeur :

Le mot « repentance » ici ne signifie pas que Dieu se détournerait de Sa création, mais plutôt qu’Il s’adapte au changement de direction effectué par l’être humain. Ce verset 6 nous révèle le fait que Dieu peut ressentir une émotion violente, une affliction si douloureuse qu’il manifeste cette adaptation. Le verset 3 nous a révélé que Son Esprit allait laisser l’homme prendre ses propres orientations mais qu’il en limiterait la durée de vie à 120 ans, les versets 6 et 7 semblent montrer la nécessité pour le Dieu Créateur affecté de mettre en oeuvre une adaptation.

Et Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel : Fils de Lémec, descendant de Seth, Noé était désigné comme celui qui soulagerait ses parents de la pénibilité de leur vie (V, 28-32). La grâce (ou faveur) de l’Eternel fait toute la différence ! Il semble être le seul homme qui puisse obtenir cette grâce. Mais il ne faut pas oublier que Dieu accorde Sa grâce à qui Il veut, car Il est Souverain. Cela n’enlève nullement à Noé ses qualités, mais met en valeur la souveraineté de Dieu dans Son choix (v.8) car Noé n’était pas parfait puisqu’il « trouva grâce ».

C’est ici l’histoire de Noé : Ce nom signifie « apaisé ». Il y a un aller-retour entre Dieu et Noé. Dieu apaise Noé en lui accordant sa faveur, et Noé apaise Dieu en vivant selon Sa justice et Son intégrité (v.9-12). Ces deux qualités divines se retrouvent dans l’expression « marchait avec Dieu ». Noé semble manifester le caractère divin au milieu d’une génération totalement corrompue (v.9-12).

6 : 13-22

Et Dieu dit à Noé : « La fin de toute chaire est venue devant moi » … Décision divine résumée et qui fait le pendant avec le verset 12 (v.13).

Fais-toi une arche de bois résineux : Le mot « arche » signifie « caisse » (théba) et ne se trouve qu’ici et dans Exode 2 : 3 lorsqu’il s’agit du petit « berceau » de l’enfant jeté sur les eaux du Nil et qui deviendra Moïse. Certains commentateurs pensent que l’arche était fabriquée avec du bois d’acacia, d’autres avec du bois de cyprès (le bois résineux).

… tu la feras composée de cellules et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors : On admire dans ce verset 14, l’intelligence organisationnel du Seigneur, et son souci de sécuriser l’arche.

Et voici comment tu la feras : La coudée hébraïque est de 48 cm. Celle de Babylone de 52 cm. Approximativement, l’arche faisait 150 mètres de longueur, 25 mètres de largeur et 15 mètres de hauteur (F. Godet). Ce genre de bâtiment ne peut pas aller vite mais peut supporter une charge supérieure à tous les bateaux construits selon les normes classiques (v. 15). Dieu prévoit une ouverture sur le côté, et descendant depuis le toit, assez importante pour aérer l’intérieur de l’arche. Noé devra construire l’arche sur trois étages (v.16).

Et moi je vais faire venir le déluge : À chacun sa responsabilité ! Dieu est responsable du déluge, et Noé de l’arche. Le mot hébreu pour déluge est « mabboul ». On le trouve une seule fois dans la Bible, dans le Psaume 29 : 10 quand il est fait mention des événements avec Noé. Qu’est-ce qu’un déluge ? « une inondation de la terre » (v.17).

Mais j’établirai mon alliance avec toi : Dieu devance toujours l’histoire des hommes. Il met en place l’alliance comme une promesse, et comme un fait, avant même que le déluge arrive (v.18-21).

Et Noé se mit à l’oeuvre : L’alliance est le cadre plein d’amour de Dieu pour le travail de Noé. C’est dans cette alliance qu’il y a l’assurance d’être sauvé (v.22).

7 : 1-10

Et l’Eternel dit à Noé : « Entre, toi et toute ta famille, dans l’arche, car je t’ai vu juste devant moi au milieu de cette génération » :

Dieu privilégie la famille, elle fait partie de Son plan de restauration de l’humanité. Quelle merveille pour Noé de pouvoir travailler avec son épouse, avec Sem, Cham, et Japhet, et avec ses belles-filles. Dieu rappelle la raison principale de ce « sauvetage » : « je t’ai vu juste ». Non pas que Noé était meilleur que les autres hommes, mais son coeur avait les mêmes aspirations que son Créateur. Il avait le même sens de la justice que Dieu parce que Dieu en est l’auteur (v.1).

De tous les animaux … Les animaux sont accueillis dans l’arche deux par deux, en paire, un mâle et sa femelle. Le Créateur prévoit, comme au commencement, la reproduction des espèces. Les oiseaux ne sont pas mis au ban. Pourquoi l’adjectif « purs » est-il mentionné ? Godet suggère que de cette manière Noé pourrait offrir des sacrifices à l’Éternel à la sortie de l’arche (v.2-3).

Car sept jours encore, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits :

Dieu donne à Noé un repère temporel, une espérance donc. Même si le Seigneur répète son intention d’effacer les êtres humains de cette génération avec une profonde douleur exprimée par « les êtres que j’ai faits » (v.4-5). Noé obéit (v.5). Il a 600 ans quand le déluge commence (v.6) et que toute sa famille s’installe dans l’arche (v.7), ainsi que les animaux (v. 8-9).

Et au bout des sept jours, les eaux du déluge furent sur la terre : Le verset 10 est une transition entre les préparatifs à la catastrophe et le déluge lui-même.

7 : 11 à 8 : 5

L’an six cent de la vie de Noé, au deuxième mois, le dix-septième jour du mois … :  Il s’agit ici de l’année civile qui commençait en octobre/novembre, le mois de Marcheschvan [le mois de la pluie]..

En ce jour-là, toutes les fontaines du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent : Un mouvement d’en-bas et un mouvement d’en haut. Certains écrits anciens font mention d’un grand bouleversement qui aurait eu lieu. Imaginons que les eaux des mers remontent à vive allure et envahissent les terres, puis que les nuages laissent libres cours à toutes les eaux qu’ils contiennent potentiellement … Qui peut en réchapper ? (v.11-12).

En ce jour même, Noé entra dans l’arche, ainsi que Sem, Cham, et Japhet … Toute la famille s’installe donc à la suite des animaux, puis le moment vient où Dieu ferme la porte de l’arche (v.13-16). Cela nous enseigne une fois de plus que le temps appartient à la souveraineté de Dieu, et l’histoire du monde en dépend.

Et le déluge fut quarante jours sur la terre : Le phénomène du déluge se repère à certaines expressions = « les eaux grossirent », « devinrent extrêmement grosses », « les hautes montagnes furent couvertes », « et les eaux furent hautes », « et les eaux baissèrent », « les fontaines de l’abîme et les écluses des cieux se fermèrent », « et la pluie cessa » (v.17 à VIII, 5a).

Le premier jour du mois, apparurent les sommets des montagnes : l’espérance (v.5b).

8 : 6-19

Et il arriva qu’au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre … :

Noé est en train de voir la réalisation de la promesse de Dieu (v.6). L’espérance du verset 5 se confirme.

… et lâcha le corbeau … et il lâcha la colombe : C’était déjà un usage répandu que de lâcher un oiseau pour s’orienter. Le corbeau carnassier ne trouve pas assez de nourriture pour vivre, alors il revient. La colombe est envoyée trois fois jusqu’au verset 12 du récit.

Enfin, Noé, ne voyant plus revenir l’animal, comprend que la terre est presque sèche (v.13a).

Noé ôta la couverture de l’arche : La pluie a cessé, la terre a séché. C’est bientôt la fin de l’épreuve. Selon Godet, le déluge aurait finalement duré environ une année … Le texte du chapitre 7 + VIII, 4, mentionne donc deux fois le chiffre de 150 jours … Ce n’est pas en soi un problème. Par contre, le fait que Noé ouvre le toit du bâtiment, nous montre sa confiance absolue dans ce que Dieu a dit.

Et Dieu parla à Noé : C’est le moment choisi pour le retour sur terre ! (v.15-19).

8 : 20 à 9 : 17

Et Noé construisit un autel à l’Eternel et prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, et offrit des holocaustes sur l’autel : Préfiguration du sacrifice de Christ (il fallait que ce soit Dieu qui est parfaitement pur).

Et l’Eternel sentit une odeur d’apaisement : Le coeur de Dieu est touché, apaisé, il sait que le coeur de l’homme est incurable quant au péché (v.20-21a). Il fait alors une promesse qui a été transmise de génération en génération : il maintiendra l’équilibre naturel et ne frappera plus l’humanité (v.21b-22).

Et Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit … C’est comme si l’on revenait au début de la Genèse. Il établit une alliance avec Noé et sa famille ou plutôt il la perpétue «

Fructifiez, multipliez-vous, et remplissez la terre » (IX, 1, 8-17). Le genre humain dominera sur le genre animal (IX, v.1-3, 7). Dieu demande à l’homme de ne pas manger de chair avec son sang car Il veut communiquer cette pensée fondamentale que le sang fait circuler la vie (v. 4-5). Il transmet aussi ce qu’est la justice avec ce chiasme « qui versera le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé » (v.4-6).

Dieu affirme encore qu’il ne permettra pas de nouveau déluge (v.11) et présente le signe physique (et scientifique) de son alliance : l’arc-en-ciel (v.11-14). À chaque fois que je vois cet arc dans la nue, je me souviens de ce texte, ce signe rappelle sans cesse la miséricorde de Dieu, et ces paroles résonnent dans le coeur de l’homme « Je me souviendrai » (v.15a, 16a)… …

À ce point du récit, je voudrais mentionner les faits du déluge relatés dans divers pays du globe terrestre, ce qui montrera l’étendue du bouleversement :

En Egypte avec le conseil des dieux et déesses qui décident du déluge, puis à la fin le dieu Râ qui affirme qu’il ne refera plus de déluge.

Les Grecs : Deucalion et Pyrrha se réfugient dans un coffre au sein d’un déluge décidé par Zeus, survivent et offrent un sacrifice.

Les Celtes (donc en Gaule nordique), les Scandinaves et les Lituaniens possèdent quelques variantes d’une catastrophe diluvienne avec un héros qui en réchappe.

Au Mexique, c’est l’histoire de Tezpi qui est relatée. Cet homme et sa femme construisent un bateau spacieux et traversent sans danger une longue période d’un terrible déluge et survivent grâce à des réserves abondantes.

En Polynésie, certaines tribus racontent aussi l’histoire d’un homme qui survit à un cataclysme.

En Chine, en Inde (avec Manou), des histoires semblables à celle de la Bible ont été racontées puis écrites.

Enfin, on peut découvrir dans le palais d’Assurbanipal, des tablettes où est inscrit le récit d’un déluge étrangement semblable à celui de la Bible. Tous ces documents, toutes ces histoires démontrent qu’il y a bien eu un déluge à divers endroits sur terre (Asie, Europe, Amérique…) … Cependant, il n’est pas utile de vouloir absolument affirmer que le déluge a envahi tout le globe … Des chercheurs explorent depuis des dizaines d’années le phénomène de la dérive des continents, etc.

9 : 18-29

Et les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham, et Japhet :

À partir du verset 18 du chapitre 9 jusqu’au chapitre 11, nous avons la description du développement de l’humanité, du déluge jusqu’à Abraham (Archer, Godet) …

Le début de cette section est prophétique, annonçant le caractère et le destin de chacun des trois frères dans le cadre de l’extension de la communauté humaine. Le verset 18 donne un détail au sujet de Cham qui était « père de Canaan ». Les trois frères sont les ascendants de « tous les habitants de la terre » (v.19). Il n’y avait donc aucune autre population après le déluge. Noé, étant cultivateur, travaille la terre, et plante de la vigne. L’Arménie est le pays primitif de la vigne (v.20) …

… et il but du vin et fut ivre … : Noé est certainement un héros des temps anciens, mais il est comme tous les hommes, faillible. La Bible ne cache rien. On peut déduire, avec les biologistes, que le fruit de la vigne fermentait après le déluge, et Noé a été surpris par les effets de cette fermentation (v.21).

… et il se découvrit au milieu de sa tente : Dans l’état d’ivresse, Noé n’a plus le contrôle de soi (v.21b).

Et Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et le rapporta à ses deux frères :

Quelle est la faute de Cham ? Une tradition juive met en avant le fait de voir la nudité d’un parent sans le couvrir. C’est probable, surtout le fait de ne pas le couvrir !(1) Ce serait à notre époque non assistance à personne en danger. C’est au minimum un manque de respect de la pudeur de l’autre. On peut comprendre que Noé, bien sûr mécontent, maudisse son fils lorsqu’il reprend conscience (v.22-25)(2).

Puis il dit : La prophétie de Noé établit l’ordre des choses pour l’avenir. Canaan sera serviteur de ses frères (les descendants), Japheth vivra dans « les tentes de Sem » (v.26-27).

Il faut éviter deux écueils dans la lecture de ce passage : Le premier serait de penser que le peuple de Canaan aurait été massacré plus tard par les descendants de Sem et Japhet (ce qui est impossible) ; le second serait de penser que le peuple issu de Cham et Canaan serait le peuple Noir et l’on justifierait ainsi l’esclavage des Noirs (impossible car pourquoi alors des Blancs auraient-ils été esclaves puisqu’ils n’auraient pas été maudits puisque descendants soi-disant de Sem ?). Le texte nous apprend plutôt que la nature humaine est mauvaise depuis la Chute en Eden, et que Cham a cédé au mépris pour son père, et que le plus jeune de ses fils a cédé aussi à cette attitude. Si on parle de « race », il faut parler de la « race « de ceux qui n’ont pas le même coeur que Dieu. On a déjà vu ça avec Caïn avant le déluge.

Et Noé vécut après le déluge trois cent cinquante ans … et il mourut :

Ces informations complètent celles du chapitre 5. (v.28-29). Ces mentions de dates et d’âges apportent des précisions sur les époques, mais ne sont en aucun cas des éléments de doctrine.

10 : 1-7

Voici la postérité des fils de Noé … : Ceux de Japhet : Gomer (qui a eu trois fils), Magog, Madaï, Javan (qui a eu quatre fils), Tubal, Mésec, Thiras … Ceux de Cham : Cuch, Mitsraïm, Put (pas de fils), et Canaan. Les descendants de Cham vont migrer vers le nord et l’est de l’Afrique, mais pas uniquement. Je note ici, que des hommes à la peau mate, basanée, noire ou presque, ont vécu dans ces régions mais aussi vers l’Asie, donc dans la direction opposée, et n’étaient pas des Chamites. Ceux de Sem : Elam, Assur, Arpacsad (famille nombreuse), Lud, Aram (Quatre fils). (v.1-7).

10 : 8-31

Et Cusch engendra Nimrod … : Les passionnés de généalogie se régalent en lisant ce chapitre 10 !!! C’est là, avec les noms des fils de Noé et de leurs descendants, que nous pouvons situer les peuples de l’Asie à l’Europe … Il y a parmi eux des noms que l’on reconnait car ils ont une importance dans le déroulement et l’explication de l’histoire de l’humanité. Prenons le premier nom cité « Nimrod » : Celui-ci bâtira la Tour de Babel, amènera l’idolâtrie d’une fausse déesse en la personne de sa propre épouse qu’on a nommé « Sémiramis » (K-E Schmidt). Tous ces noms, ce sont des personnes qui ont ou n’ont pas accompli la volonté de Dieu, ce sont des personnes, toutes précieuses pour le Créateur ; c’est la vie ! Et c’est plus important que l’histoire elle-même et toutes les théories que nous développons des milliers d’années plus tard. Dans ce sens, la Bible apparait comme une oeuvre d’art, scientifique, morale, et sociale. Combien ces versets nous révèlent les trésors contenus dans le lien social entre les générations.

Telles sont les familles des fils de Noé selon leurs générations, dans leurs nations … :

Au fil du temps et des migrations, les fils forment des peuples, des nations. Celles-ci sont toutes issues de Noé et ne peuvent jamais dire qu’elles ne sont pas concernées par l’alliance de l’Eternel avec l’humanité, et l’arc-en-ciel est vu de tous, partout ! (v.32).

11 : 1-9

Or toute la terre avait la même langue et les mêmes mots : Universalité de la langue (v.1).

Et étant allés su côté de l’orient, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Sinéar, et ils s’y établirent … Les hommes repartent d’Arménie et s’arrêtent dans une plaine fertile et riche (v.2), abandonnent leurs tentes pour construire des maisons (v.3), et bâtir une ville, dont une tour « dont le sommet soit dans les cieux » (v.4). Le verset 4 révèle l’intention de ce projet de construction d’une ville, c’est la peur d’être dispersés (ont-ils la crainte de Dieu soudainement, ou veulent-ils défier Dieu ?).

Et l’Eternel descendit … : Dieu constate l’avancement des travaux. La tour est un lieu qui rallie les hommes, alors que ceux-ci devraient se rallier dans la présence de Dieu, lui faire confiance à Lui seul et non dans leurs entreprises (Psaume 49: 12). Alors, le Seigneur décide de disperser ces hommes, probablement pour leur apprendre à Lui faire confiance (v. 5-8).

C’est pourquoi elle fut appelée Babel :

Les hommes voulaient bâtir Babel pour les rassembler (on pourrait dire sous un seul drapeau). Mais Dieu a fait autrement, en les dispersant, provoquant la diversité des langues, et finalement la multiplication des êtres humains à travers la terre … (v.9). Pour les uns, le nom « Babel » signifie « confondre », pour les autres, il veut dire « porte de Dieu » … Cela peut nous faire comprendre que c’est au plus près de Dieu, que les hommes l’ont oublié et ont péché par orgueil, pensant que leur unité dépendait de leur moyen de sécurité mis en oeuvre, alors est venue la confusion …(3)

(A suivre)

[A lire, en complément : « Zeugma : Mémoire biblique et déluges contemporains » de Marc-Alain Ouaknin(Seuil, 2013. Points Essais). Ou le déluge biblique revisité de manière pluridisciplinaire, pour mieux parler des « déluges contemporains ; et une réflexion pertinente et perspicace sur « l’éthique du futur » – « le principe de responsabilité »- dans le Judaïsme]

Notes :

(1)Sur l’intime, voir ce commentaire de Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en Philosophie, sur https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/01/24/laffaire-mila-vies-privees/

(2) Et c’est ainsi que la (re)découverte de cet épisode biblique nous permet de prendre conscience des dégâts provoqués par les paroles maudissantes d’un des plus célèbres ivrognes….https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/06/12/en-finir-avec-le-racisme/

(3) Sur la tour de Babel encore, voir notre méditation.

Pentecôte, « l’anti-Babel » ou « la bonne idée » de Dieu

« La grande Tour de Babel » de Brueghel l’Ancien (1563)

Cette année, nos amis Juifs ont célébré Chavouot (« pentecôte ») du 16 mai au 18 mai.

En hébreu, Chavouot est la fête des semaines, célébrée sept semaines après la Pâque. Sept est un chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement et la perfection.

Cette fête très importante rappelle le don des Dix Paroles (la Torah) par Dieu à son peuple, après l’avoir sorti « à main forte et à bras étendu » d’Egypte, « la maison de servitude ». Elle est aussi l’anniversaire de la naissance du peuple d’Israël, peuple du Dieu qui se révèle et offre alliance, et dont on remémore l’action dans l’histoire d’Israël. « Chavouot » vient ainsi conclure le processus de libération initié à Pessah, la Pâque, avec le don de la Torah qui donne un sens à cette liberté. La période entre les deux fêtes peut être vue comme une sorte de préparation spirituelle pour recevoir la loi de Dieu. Et « Il n’y a d’homme libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah », selon le chapitre 6v2 du traité Avot (« Éthique de nos Pères »).

En Actes 2v1-11, la Pentecôte [du grec pentékosté, « cinquantième »] est devenue pour les disciples de Jésus-Christ, qui la fêtent cette année le dimanche 23 mai, l’événement fondateur de l’Eglise chrétienne, avec le don de l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit du Christ crucifié et ressuscité est offert ce jour-là aux Apôtres, et avec eux, les foules de Juifs pieux originaires « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2v5), rassemblées pour le temps de la fête à Jérusalem [les non-Juifs recevront ce même Esprit plus tard, en Actes 10]. Les multitudes peuvent désormais connaître « les merveilles de Dieu » (Actes 2v11) et comprendre quelque chose du Royaume de Dieu annoncé par Jésus et les Apôtres, malgré la barrière de la langue, abattue en ce jour par l’effusion de l’Esprit.

Pentecôte, c’est « l’anti-Babel ».

Peut-être connaissez-vous ce récit des plus célèbres et des plus habiles maçons de l’histoire, qui se mirent à construire une tour capable d’atteindre le ciel ? Une petite histoire racontée au chapitre 11 du premier livre de la Bible, que nous appelons « Genèse », mais que les Juifs intitulent « Bereshit ». L’histoire se passe dans la vallée de Chinéar, sans doute en Mésopotamie. Une entreprise gigantesque, totalisante et particulièrement visionnaire, de rassemblement : après le déluge, construire un lieu qui ne serait plus jamais englouti et une hauteur qui fonderait une alliance avec le ciel(1).

Ceux qui ont lu (ou entendu) l’histoire savent que cette entreprise échoua d’une manière retentissante. Non du fait d’une lassitude des constructeurs ou du constat de limites techniques, mais à la suite d’une confusion : ils cessèrent brusquement de se comprendre, de parler la même langue. Dieu les détourna ainsi de cette impasse de croire qu’il était possible d’atteindre le ciel avec des pierres et de la chaux.

L’Ecriture biblique nous dit que cette humanité du début employait des mots uniques (« devarim ahadim »). En réalité, ce ne fut pas vraiment une privation, mais un don venant de Dieu, celui des langues multiples, de l’infinie variété des façons de désigner le même pain, la même vague, le même soleil. Sur le moment, les hommes ne l’apprécièrent pas, et ce fut Dieu qui les dispersa sur toute la surface de la terre, nous dit l’Ecriture (Gen.11v1-9).

Voici qu’avec les multiplications des langues se multiplient les horizons.

Par la suite, les hommes n’ont plus tenté de « fabriquer le ciel », mais ont érigé d’autres constructions monumentales servant, non plus à rassembler, mais à séparer : de « vrais » murs autour des villes ou des frontières, ou encore des murs – ou des systèmes d’idées – « identitaires »….(1)

La « Pentecôte chrétienne » est un anti-Babel, en ce qu’elle inaugure une nouvelle alliance de Dieu, lequel fait une unité de ce qui était alors divisé, renversant les barrières de langues et les murs de séparation.

Mosaïque de la Pentecôte. Basilique Constantin de Trêves, Allemagne ( (Holger Schué / Pixabay).

Le « souffle du violent coup de vent » (Actes 2v2) est venu mettre de l’ordre dans le désordre et la cacophonie des nations, mais pas selon un projet à la Babel, par une réunification de l’humanité où tout le monde parlerait une même langue, utilisant les mêmes mots. Dieu invente un projet inédit et visionnaire où chacun comprend une même vérité dans sa propre langue, dans son environnement culturel, dans ses représentations, et dans sa réalité (Actes 2v7-11).

Aucun humain n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer un tel projet : Dieu créé l’Eglise chrétienne en ordonnançant le chaos de la diversité des religions et des langues, par la puissance de son Souffle, comme « au commencement » décrit au premier chapitre de la Genèse, où le Souffle de Dieu a ordonnancé un monde qui était un chaos, informe et vide(Gen.1v2). Et par là même, Dieu marque l’humanité du sceau de la réconciliation.

Alors, préparons-nous à célébrer « la bonne idée » de Dieu !

Note :

(1) D’après Erri de Luca. Maçons IN Première heure. Folio, 2012, pp 17-19 ; et (du même auteur) Babel IN Noyau d’olive. Folio, 2012, pp 56-58

« Ils avaient oublié le but » : construire la tour

« La grande Tour de Babel » de Brueghel l’Ancien (1563)

« Au début, quand on commença à bâtir la Tour de Babel, tout se passa assez bien. Il y avait même trop d’ordre : on parlait trop poteaux indicateurs, interprètes, logements ouvriers et voies de communication. Il semblait qu’on eût des siècles devant soi pour travailler à son idée. Bien mieux, l’opinion générale était qu’on ne saurait jamais être assez lent. Il eût fallu la pousser bien peu pour avoir peur de creuser les fondations.

Voici comment on raisonnait : l’essentiel de l’entreprise est de bâtir une tour qui touche aux cieux. Tout le reste, auprès, est secondaire. Une fois saisie dans sa grandeur, l’idée ne peut plus disparaître : tant qu’il y aura des hommes, il y aura le désir, le désir ardent, d’achever la construction de la tour. Or, à cet égard, l’avenir ne doit préoccuper personne. Bien au contraire, la science humaine s’accroît, l’architecture a fait et fera des progrès, un travail qui demande un an à notre époque pourra peut-être, dans un siècle, être exécuté en six mois, et mieux, et plus durablement. Pourquoi donc donner aujourd’hui jusqu’à la limite de ses forces? Cela n’aurait de sens que si l’on pouvait espérer bâtir la tour dans le temps d’une génération.

Il ne fallait pas compter là-dessus. Il était beaucoup plus logique d’imaginer, tout au contraire, que la génération suivante, en possession d’un savoir plus complet, jugerait mal le travail fait, abattrait l’ouvrage des devanciers et recommencerait sur de nouveaux frais.

De telles idées paralysaient les forces et, plus que la tour, on s’inquiétait de bâtir la cité ouvrière. Chaque nation voulait le plus beau quartier, il en naissait des querelles qui finissaient dans le sang.

Ces combats ne cessaient plus. Ils fournirent au chef un nouvel argument pour prouver que, faute d’union, la tour ne pouvait être bâtie que très lentement et même, de préférence, une fois la paix conclue. Mais on n’employait pas tout le temps à se battre. Entre deux guerres, on travaillait à l’embellissement de la cité, ce qui provoquait d’ailleurs de nouvelles jalousies d’où sortaient de nouveaux combats. Ce fut ainsi que passa l’époque de la première génération, et nulle, depuis, ne différa. Seul le savoir-faire augmentait, et avec lui l’envie de se battre. Ajoutez-y qu’à la deuxième ou troisième génération on reconnut l’inanité de bâtir une tour qui touchât le ciel, mais trop de liens s’étaient créés à ce moment pour qu’on abandonnât la ville.

Tout ce qu’il y est né de chants et de légendes est plein de la nostalgie d’un jour prophétisé où elle sera pulvérisée par les cinq coups d’un gigantesque poing. Cinq coups qui se suivront de près. Et c’est pourquoi la ville a un poing dans ses armes ».

Kafka. Les Armes de la ville IN La muraille de Chine. Gallimard, 1989 (Folio), pp 120-121

 

Dans « Comment définir l’évangile : une étude du texte de 1 Corinthiens 15v1-19″(pp 21-29), paru dans le numéro(186) de « Promesses »(Revue de réflexion biblique) d’octobre-décembre 2013 et consacré à « l’évangélisation personnelle », Don Carson nous prévient que « Si nous acceptons l’Evangile sans conviction, alors que des sujets périphériques enflamment notre passion, nous formerons une génération qui minimisera l’Evangile et manifestera du zèle pour ce qui est périphérique(…)Si on réfléchit sérieusement à l’Evangile et si celui-ci reste au centre de notre préoccupation et de notre vie, nous constatons qu’il aborde aussi de façon pertinente toutes les autres questions. »(op. cit. p22)

Dans le même esprit, le dramaturge franco-roumain Eugène Ionesco (1909-1994) estime, lors d’un entretien rapporté dans ses « Notes et contre-notes » lues cet été, que « tout théâtre qui s’attache à des problèmes secondaires (sociaux, histoires des autres, adultères) est un théâtre de diversion »(1). En guise d’illustration, il fait référence à ce récit de Kafka intitulé « Les Armes de la ville », dans lequel l’auteur se réapproprie, « de façon aussi brève que pénétrante »(2), le sens de l’épisode biblique de la tour de Babel, « en faisant du mythe de l’échec d’une fondation le récit d’une fondation déficiente »(3). En effet, analyse Ionesco, « (ceux) qui voulaient édifier la Tour de Babel se sont arrêtés au deuxième étage parce que la solution des problèmes liés à l’édification de la Tour [des préoccupations d’embellissements de la ville et du confort, sources de conflits] était devenu l’objectif principal. Ils avaient oublié qu’ils devaient construire la Tour. Ils avaient oublié le but (4) », le But principal, masqué par des buts secondaires. Or, « sans but et sans fil conducteur, l’humanité s’embourbe et s’égare dans un labyrinthe ».

En réalité, souligne Ionesco, « si l’homme n’a pas de fil conducteur, c’est que lui-même ne veut plus en avoir »…Et en fin de compte, l’échec vient, dans la version de Kafka, non pas « parce que les hommes ont voulu construire la Tour mais, bien au contraire, parce qu’ils ne veulent plus la construire », les hommes se désintéressant du but qu’ils s’étaient, pourtant, eux-mêmes proposé. (5)

 

Notes :

(1)Ionesco. Notes et contre-notes. Gallimard, 2010 (Folio essais). Un recueil qui comprend l’essentiel de la pensée de l’auteur sur le théâtre et sa fonction, sa critique des critiques, l’artiste et l’art en général. Passionnant.

(2) op. cit., p 337

(3)http://www.academia.edu/16551230/Kafka_architecte_du_politique_dans_Les_Armes_de_la_ville

(4) Ionesco.Op.cit., pp 186-187

(5) Ionesco. Op. cit., pp 337-338