La « Table du Seigneur » : « un bouleversement de l’ordre social » d’après Wilfred Monod

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus : Un des rares gestes que le Seigneur nous a explicitement demandé de reproduire.

« Quel rêveur, quel réformateur, quel anarchiste a jamais proposé d’inviter le patron et le manœuvre au même repas, pour les faire boire à la même coupe ? Et pourtant, la sainte cène opère ce miracle ; l’éboueur y porte la coupe à ses lèvres et la passe au député, qui boit après lui…(1)

Dans la simplicité de cet acte sans phrase, il y a quelque chose de surnaturel, et qui nous dépasse au point de nous troubler étrangement. L’Évangile y apparaît comme l’énergie égalitaire par excellence. Jusque là, seule la mort pouvait prétendre nous rendre tous égaux face à elle. Toutefois, la mort crée, brutalement, une égalité involontaire entre les personnes, tandis que l’Évangile suscite, harmonieusement, une égalité des vivants consciente et volontaire.
Cette communion que nous célébrons tous autour de cette table est un bouleversement de l’ordre social, un ferment de réformes sans limites, une image de l’humanité future, le germe de la “nouvelle terre où la justice habitera”.
Ce pain a une histoire. […]
Pour faire la bouchée de pain qui nous est offerte à la table sainte, il a fallu presque un an d’efforts et de collaboration obstinée avec la pluie et avec les rayons du soleil, et tout le travail des hommes, du grainetier à l’agriculteur, du semeur au moissonneur, du transporteur au distributeur, du grossiste au meunier, du meunier au boulanger, du boulanger à cette table.
Ce pain est la nourriture la plus noble qui existe ; c’est le sacrement de la communion avec la nature généreuse et c’est le sacrement de la solidarité humaine, solidarité avec l’humanité au travail, qui a permis que cette nourriture soit sur cette table. Mais ce pain est aussi le symbole d’une inégalité meurtrière. Qui possède le pain, est maître de celui qui ne le possède pas. Un pain, entre nos doigts, est un attribut de pouvoir ; il nous octroie la puissance de dicter nos conditions à un affamé. Si un petit morceau de ce pain tombait sur la place centrale d’un village du Soudan, on verrait des créatures déshumanisées se ruer avec frénésie vers ce trésor, et se piétiner sans merci dans la poussière.
Le morceau de pain est au centre du monde ; le jour où toute l’humanité sera pleinement assurée d’en manger, marquera l’avènement du genre humain à la dignité humaine ; c’est alors qu’il se dégagera, définitivement, de l’animalité.
Ce pain et cette coupe sont au centre du monde pour nous ce matin, comme pour beaucoup de chrétiens qui célèbrent ce même repas en ce même jour : par le fruit de la vigne, par les épis de blé et le travail des hommes, nous nous souvenons de Jésus-Christ, qui s’est présenté à nous comme le Pain vivant, et comme la vigne.
Il a vécu parmi nous, mais nous ne l’avons pas accueilli. Il a été trahi et mené jusqu’à l’abîme de la mort. Le soir, avant d’être livré, il a pris du pain, et, après avoir rendu grâces, l’a donné à ses disciples en disant : “Ceci est mon corps, livré pour vous”. De même, à la fin du repas, il a pris la coupe, et, après avoir rendu grâces, il la leur a donnée et a dit : “Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui est répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.”
Le Seigneur Jésus-Christ, le lendemain, a été livré, il a été élevé sur la croix. Il est mort. Le Pain vivant a été foulé au pied, et c’est un outrage pour l’humanité entière, l’humanité sous-alimentée, affamée et assoiffée.
Il est mort, mais Dieu l’a rendu à la vie. De même, Dieu nous conduit, à sa suite, de la mort vers la vie, dans l’attente de son Royaume« .

Texte utilisé pour la célébration de la cène, adapté d’extraits de l’ouvrage de Wilfred Monod (1867-1943, pasteur et théologien réformé français) sur la célébration de la Cène, et « piqué » sur blog.vraiment.net

 

 

Notes :

(1)Aujourd’hui, dans certaines églises, chacun a son godet et l’on prie « en petits groupes », pas automatiquement « mixtes » – le député ne se retrouvant pas forcément avec l’éboueur….

« Tatouage »

« Les enfants scrutent les tatouages. La virile vanité des marins, comme la nostalgie des détenus, laisse le corps se prêter comme la feuille ou la toile à la plume pointue du graveur.
Au temps de la mer d’été je connaissais les dessins et les couleurs sur la peau des pêcheurs, noms, cœurs, bateaux, lunes.
Quand j’étais enfant, j’allais à la pêche[en bateau à moteur] avec mon oncle(…)Le plus souvent on y allait tout seuls, mais parfois avec un invité(…)

Une fois, un homme maigre, d’une quarantaine d’années, l’âge de mon oncle, nous accompagna. Avant de monter à bord, je lui fus présenté et il me donna une poignée de main, lente, distraite(…)
Il avait un tatouage sur le bras. Je le vis sur le bateau, car là il retroussa ses manches, plongeant ses mains dans l’eau, pour se mouiller les cheveux tandis que la barque avançait. Il n’était composé que de numéros. Je ne posais pas de questions aux hommes. Je savais qu’un enfant ne pouvait rester parmi eux qu’à condition d’être silencieux(…)Jamais je n’aurai demandé à l’invité ce qu’était le chiffre qu’il porté gravé : je pensais d’abord à un numéro de téléphone, puis à un message secret, enfin j’imaginais qu’y était inscrite la somme des jours d’une vie, peut-être la sienne(…)
Plus tard j’ai su qui était cet homme avec nous. Il faisait partie du petit nombre de rescapés des camps d’extermination. Ce numéro sur son bras n’était pas un tatouage, mais l’infamie d’un marquage. Il appartenait à cette humanité exterminée au gaz zyklon B, dont l’odeur a empoisonné notre siècle, et que personne ne connaît. »

(Erri de Luca. « Odorat : brioches et autres gaz ». Les coups des sens IN « Le Contraire de Un ». Gallimard, 2012(Folio), pp 110-115)

Avril 2015 : le temps des commémorations de génocides majeurs du XXe siècle

Les 100 ans du génocide arménien, le 24 avril 2015 à Paris

Les 100 ans du génocide arménien, le 24 avril 2015 à Paris

« Avril est le plus cruel des mois, il engendre des lilas qui jaillissent de la terre morte, il mêle
Souvenance et désir, il réveille par ses pluies de printemps les racines inertes », écrit Thomas Stearns Eliot*.

En effet, le mois d’avril 2015 voit se dérouler la commémoration de 3 génocides majeurs du XXe siècle : celui des Tutsi du Rwanda a eu lieu le 7 avril (date du début des massacres en avril 1994) ; celui de la Shoah, le 19 avril (correspondant au début de la révolte du ghetto de Varsovie le 19 avril 1943) ; et celui des Arméniens aura lieu le 24 avril (correspondant aux premières arrestations des intellectuels arméniens à Constantinople/Istanbul en avril 1915)**.
Leur point commun ? Toutes ces populations exterminées ont d’abord été discriminées et stigmatisées, avant d’être « marquées » comme « ennemies ». D’autre part, ces devoirs de mémoire sont liées à un enjeu majeur : lutter contre les négationnismes(toujours actuels), solidaires des génocidaires-lesquels visent à l’effacement total et organisé de peuples***.

Détruisons l’arbre avec son fruit! Retranchons-le de la terre des vivants, Et qu’on ne se souvienne plus de son nom !(Jér.11v19)
Nous nous arrêtons un instant sur la prochaine commémoration à venir, celle du génocide arménien, événement préfigurant les meurtres en masse du XXe siècle cités plus haut. A ce sujet, l’« intime conviction » de Serge Klarsfeld est que, « sans ce génocide, la Shoah n’aurait pas eu lieu »****.

A ne pas manquer, donc : Vendredi 24 Avril 2015, à Paris, la cérémonie officielle de commémoration du 100ème anniversaire du génocide des arméniens perpétré par le gouvernement jeune-turc en 1915 devant la statue de Komitas en présence du représentant du président de la république.

 

 
Des ressources, pour se souvenir et ne jamais oublier :

Imprescriptible.fr : Base documentaire sur le génocide arménien.
Une initiative qui revient à Arsène Kalaidjian, en réaction à la campagne négationniste menée sur les sites turcs francophones de l’Internet et consécutive à la loi de la République française du 29 janvier 2001 portant sur la reconnaissance du génocide des Arméniens de 1915.

Sur le même site, des citations d’intellectuels(dont celle de Serge Klarsfeld plus haut) au sujet du génocide arménien.

 
Nouvelles d’Arménie en ligne.

Collectifvan.org : « Vigilance Arménienne contre le Négationnisme ». Il a pour buts, notamment d’ « œuvrer pour la Reconnaissance du génocide des Arméniens par l’État turc et pour sa reconnaissance par l’ensemble des États et par toutes les instances nationales et internationales », d’ « œuvrer pour la reconnaissance de tous les génocides ou crimes contre l’humanité », de « lutter contre le négationnisme du génocide des Arméniens et contre tous les négationnismes quelle que soit leur forme »….
Sur le négationnisme, des articles de blogue de Denis Donikian, écrivain plasticien d’origine arménienne et d’expression française.

 

[Prochain billet début mai]

 

Notes :

*« La terre vaine et autres poèmes », traduits de l’anglais par Pierre Leyris (1976), Paris, Seuil, «Points», 2006, p. 94-97.

 

**Nous pouvons y associer les  génocides en Bosnie, à Srebrenica-dont le 20e anniversaire aura lieu en juillet prochain-ceux du Darfour et des Rroms, sans oublier les actions génocidaires du régime khmer rouge au Cambodge(une commémoration peu médiatisée) et la récente tentative d’extermination des Yézidis d’Irak par Daech…

 

*** On se souvient notamment sans doute qu’Eric Zemmour,  invité par l’UMP dans le cadre d’un grand débat programmé mercredi 2 mars 2011 sur l’accumulation au fil des ans de normes « attentatoires à la liberté » pour parler des lois qui « encadrent la liberté de pensée », avait appelé(dans un discours très applaudi par l’assemblée) à la suppression des lois mémorielles – la loi Gayssot, tendant à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe, la loi Taubira, sur la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité, ou encore la loi sur la reconnaissance du génocide arménien…(http://www.20minutes.fr/politique/679836-20110302-politique-devant-membres-ump-eric-zemmour-appelle-suppression-lois-memorielles ; http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/28/la-critique-des-lois-memorielles-menee-au-sein-de-l-ump-est-une-derive_1486220_3232.html )

 

****cf http://www.liberation.fr/societe/2012/01/23/sans-le-genocide-armenien-la-shoah-n-aurait-pas-eu-lieu_790322 . A relire : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/03/oui-les-lois-memorielles-sont-indispensables_1625135_3232.html )

Ceux qui exploitent tes bas instincts : vivraient-ils si on leur retirait leurs griffes ?

« …vous devenez les esclaves du maître auquel vous obéissez… »(Rom.6v16)

Ne tournons pas autour du pot.

Nous avons à lutter contre trois fléaux :

-L’ignorance(et l’oubli-celui de l’histoire, par exemple-et donc la réécriture de l’histoire-la bêtise)

-L’avidité(et le mécontentement, la frustration, la convoitise, « la cupidité-qui est une idolâtrie »-le « no limit », le « toujours plus »…)

-La peur(de l’avenir, des autres, de l’autre…)

Nous sommes avant tout responsables de nourrir en nous(ou non) ces trois fléaux.

Laisser quiconque nourrir ou exploiter ces fléaux(ou en permettant à quiconque de vivre de cette exploitation sur votre dos) est dangereux. Car c’est laisser là un grand pouvoir à ce quiconque exploite ces fléaux en vous.

C’est laisser là à ce quiconque le pouvoir de vous manipuler*. C’est laisser à ce quiconque le pouvoir de se poser en « pourvoyeur » ou en « sauveur », « homme fort », « homme providentiel ». Néanmoins, un tel « chef » (ou « pourvoyeur »)fera toujours en sorte que vous restiez insatisfaits et dépendants.

Ces trois fléaux sont dangereux, car les nourrir conduit à l’irrationnel(une mauvaise décision que vous ne prendriez pas dans un état « normal », de raison) ainsi qu’à faire sauter les verrous moraux et spirituels.

Arrêtons-nous et demandons-nous pourquoi rester dans l’ignorance, l’avidité et la peur ? D’où tirons-nous ce qui nourrit l’ignorance, l’avidité et la peur ?

Arrêtons-nous et réfléchissons un peu : de telles « sources »(personnalités, organismes/associations/groupes/partis politiques, médias papiers ou « webzine »…) vivraient-elles, si on leur retirait leurs griffes, leur « aiguillon »(leur pouvoir de nourrir l’ignorance, l’avidité, la frustration, la peur, la haine de l’autre…)….c’est à dire leur moyen de subsistance ?

De quoi te nourris-tu ? Qui fais-tu vivre ?

A l’inverse, le véritable libérateur est celui qui affranchit.

Il a un nom : Jésus-Christ.

Il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs(Marc 10v45).

Contre l’avidité : Il a par ailleurs refusé d’exploiter les besoins et convoitises humaines, et ainsi d’exercer un pouvoir sur les hommes.

Contre l’oubli : Il laisse un souvenir, afin que celui qui a été libéré par Jésus se souvienne d’où il vient et qu’il est un homme libre.

Contre la peur : Il a vaincu celui qui exerçait son pouvoir par la peur.

Tu appartiens à Christ. Tu portes Son nom : tu es chrétien. « Petit Christ ».

Tu es aujourd’hui porteur d’un message libérateur et d’espérance. Tu es un témoin.

« Lumière du monde » et « sel de la Terre », tu es envoyé, pour réveiller en chacun, non pas les bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien**.

 

 
Notes :

* A ce sujet, on citera le (faussement nommé)« Institut pour la justice », dont les pétitions exploitant l’émotion suscitée par un drame ou une injustice(si cela, ce n’est pas de la manipulation…)fleurissent sur internet.  Je dis « faussement », car il s’agit d’une association et non d’un « institut ». Déjà avant l’actuelle pétition contre le « laxisme » de la ministre de la justice TAUBIRA : http://www.maitre-eolas.fr/post/2011/11/12/Attention-manip-:-le-pacte-2012-de-l-Institut-pour-la-Justice ; http://www.slate.fr/story/46557/ipj-institut-pour-la-justice-pacte-2012 ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_pour_la_justice#cite_note-la_croix15.2F02.2F11-16 ; http://www.rue89.com/2011/11/18/institut-pour-la-justice-hold-droite-sur-les-victimes-226627 ; http://lescoulissesdelinfo.blogspot.fr/2011/11/linstitut-pour-la-justice-vraie.html

Par ailleurs, ce genre de pétition apparaît toujours(comme par hasard) à l’approche d’échéances électorales. Ici, les municipales de 2014.

On rappellera enfin, pour mémoire, que plus de 40 lois dites « sécuritaires » ont été votées en 10 ans.

** Citation(malheureusement perdue) d’une bloggueuse à propos du Tigre magazine. J’ai trouvé que cela pouvait coller pour ceux censés rechercher et disposer du don de discernement(cf 1 Cor.12)

Le cantique de Moïse : cantique-témoin, cantique pour le souvenir

Éléphant par Anna Langova Souviens-toi de la fidélité de Dieu, alors que tu lui tournais le dos.

Éléphant par Anna Langova
Souviens-toi de la fidélité de Dieu, alors que tu lui tournais le dos.

Le cantique dit de Moïse, que l’on peut lire dans Deutéronome 32*, semble souffrir, de prime abord, de plusieurs handicaps pour des personnes du XXIe siècle :
Il est long-très long, même-et surtout, bien peu « fun ».
Pourtant, à l’heure où l’on peut déplorer le manque de profondeur de certains « chants de louange » d’aujourd’hui, « coupables » d’être trop répétitifs, trop niais ou trop guimauves, ce cantique mérite grandement d’être (re)découvert.

Premièrement, il commence par Dieu. Ce qui nous rappelle pour qui un cantique doit être chanté.
Ensuite, il nous apprend un certains nombre de choses sur Dieu, et sur Ses œuvres, ainsi que, par contraste, sur l’homme. Sur nous.
Lisez attentivement. Relevez. Puis comparez.

 

Lecteur MP3 par Junior Libby

Lecteur MP3 par Junior Libby

Ce cantique est long, mais il est à apprendre, pour servir de « témoin » aux générations présentes et futures(Deut.31v19 et ss).

Il s’agit, pour le peuple, de prendre  » au sérieux les commandements (…)donnés aujourd’hui ». Et de les transmettre à leurs descendants, « pour qu’ils veillent à mettre en pratique tout ce qu’exige la loi de Dieu. En effet, ces commandements ne sont pas des paroles creuses. Ils (leur) permettront de vivre et de passer de nombreuses années dans le pays dont ils allaient prendre possession au-delà du Jourdain ». (Deut.32v46-47)

Il est un réquisitoire contre l’homme pécheur, mais aussi un plaidoyer.
Ainsi, dit Dieu, « je te rappellerai toutes ces choses et qui je suis, afin que tu te souviennes du passé, et que tu rougisses, afin que tu n’ouvres plus la bouche et que tu sois confus, quand je te pardonnerai tout ce qu tu as fait ».(Ezech.16v61-63)

Il commence par Dieu, et se termine par Dieu. Car Dieu(et sa grâce, qui ne saurait contredire ce qu’Il est) a le dernier mot.

Alors ? Oserons-nous chanter « le cantique de Moïse » ? Intégralement ?

Dans le genre « vis ta vie sur le dancefloor de Dieu, wouuuuuh et on tapeuh dans les mains ! » comme dit Génération Hillsong nutella(dont je recommande la lecture de l’excellent blog, fort bien écrit) ? 😉

Mais si quelqu’un se sent de composer une musique inspirée et inspirante pour ce chant, en respectant ses paroles, qu’il se lance**. Pour la seule gloire de Dieu.
Avis aux amateurs et aux musiciens-compositeurs !

*Note : le cantique dans Deut.32v1-43

1    Cieux, prêtez l’oreille, et je parlerai: et toi terre, écoute les paroles de ma bouche.
2    Ma doctrine distillera comme la pluie; ma parole descendra comme la rosée, comme une pluie fine sur l’herbe tendre, et comme des ondées sur l’herbe mûre.
3    Car je proclamerai le nom de l’Éternel: Attribuez la grandeur à notre Dieu!
4    Il est le Rocher, son oeuvre est parfaite; car toutes ses voies sont justice. C’est un Dieu fidèle, et il n’y a pas d’iniquité en lui; il est juste et droit.
5    Ils se sont corrompus à son égard, leur tache n’est pas celle de ses fils; c’est une génération tortue et perverse.
6    Est-ce ainsi que vous récompensez l’Éternel, peuple insensé et dénué de sagesse? N’est-t-il pas ton père, qui t’a acheté? C’est lui qui t’a fait et qui t’a établi.
7    Souviens-toi des jours d’autrefois, considérez les années de génération en génération: interroge ton père, et il te le déclarera, tes anciens, et ils te le diront.
8    Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël.
9    Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple; Jacob est le lot de son héritage.
10    Il le trouva dans un pays désert et dans la désolation des hurlements d’une solitude; il le conduisit ça et là; il prit soin de lui, il le garda comme la prunelle de son oeil.
11    Comme l’aigle éveille son nid, plane au-dessus de ses petits, étend ses ailes, les prend, les porte sur ses plumes,
12    L’Éternel seul l’a conduit, et il n’y a point eu avec lui de Dieu étranger.
13    Il l’a fait passer à cheval sur les lieux hauts de la terre; et il a mangé le produit des champs, et il lui a fait sucer le miel du rocher, et l’huile du roc dur;
14    Le caillé des vaches, et le lait des brebis, et la graisse des agneaux et des béliers de la race de Basan, et des boucs, avec la fine graisse du froment; et tu as bu le vin pur, le sang du raisin.
15    Mais Jeshurun s’est engraissé, et a regimbé: tu es devenu gras, gros, replet; et il a abandonné le +Dieu qui l’a fait, et il a méprisé le Rocher de son salut.
16    Ils l’ont ému à jalousie par des dieux étrangers; ils l’ont provoqué à colère par des abominations.
17    Ils ont sacrifié aux démons qui ne sont point +Dieu, à des dieux qu’ils ne connaissaient pas, dieux nouveaux, venus depuis peu, que vos pères n’ont pas révérés.
18    Tu as oublié le Rocher qui t’a engendré, et tu as mis en oubli le Dieu qui t’a enfanté.
19    Et l’Éternel l’a vu et les a rejetés, par indignation contre ses fils et ses filles.
20    Et il a dit: Je leur cacherai ma face, je verrai quelle sera leur fin, car ils sont une génération perverse, des fils en qui il n’y a point de fidélité.
21    Ils m’ont ému à jalousie par ce qui n’est point Dieu, ils m’ont provoqué à colère par leurs vanités; et moi, je les exciterai à la jalousie par ce qui n’est pas un peuple, je les provoquerai à la colère par une nation insensée.
22    Car un feu s’est allumé dans ma colère, et il brûlera jusqu’au shéol le plus profond, et dévorera la terre et son rapport, et embrasera les fondements des montagnes.
23    J’accumulerai sur eux des maux; j’épuiserai contre eux mes flèches.
24    Ils seront consumés par la famine et rongés par des ardeurs dévorantes, et par une peste maligne; Et j’enverrai contre eux la dent des bêtes, avec le venin de ce qui rampe dans la poussière.
25    Au dehors l’épée, et au dedans la terreur, détruiront le jeune homme et la vierge, l’enfant qui tette et l’homme à cheveux blancs.
26    Je dirais: Je les disperserai, j’abolirai du milieu des hommes leur mémoire,
27    si je ne craignais la provocation de l’ennemi, que leurs adversaires ne s’y méprissent et qu’ils ne dissent: Notre main est élevée, et ce n’est pas l’Éternel qui a fait tout cela.
28    Car ils sont une nation qui a perdu le conseil, et il n’y a en eux aucune intelligence.
29    Oh! s’ils eussent été sages, ils eussent compris ceci, ils eussent considéré leur fin!
30    Comment un seul en eût-il poursuivi mille et deux en eussent-ils mis en fuite dix mille, si leur Rocher ne les avait pas vendus, et si l’Éternel ne les avait pas livrés?
31    Car leur rocher n’est pas comme notre Rocher, et nos ennemis en sont juges.
32    Car leur vigne est de la vigne de Sodome et du terroir de Gomorrhe; leurs raisins sont des raisins vénéneux, et leurs grappes sont amères;
33    Leur vin est un venin de monstres et un poison cruel d’aspic.
34    Cela n’est-il pas caché par devers moi, scellé dans mes trésors?
35    A moi la vengeance et la rétribution, au temps où leur pied bronchera. Car le jour de leur calamité est proche, et ce qui leur est préparé se hâte.
36    Car l’Éternel jugera son peuple, et se repentira en faveur de ses serviteurs, quand il verra que la force s’en est allée, et qu’il n’y a plus personne, homme lié ou homme libre.
37    Et il dira: Où sont leurs dieux, le rocher en qui ils se confiaient,
38    Qui mangeaient la graisse de leurs sacrifices, et buvaient le vin de leurs libations? Qu’ils se lèvent, et qu’ils vous secourent, qu’ils soient une retraite pour vous!
39    Voyez maintenant que c’est moi, moi, le Même, et il n’y a point de dieu à côté de moi; Moi, je tue, et moi, je fais vivre; moi, je blesse, et moi, je guéris; et il n’y a personne qui délivre de ma main.
40    Car je lève ma main aux cieux, et je dis: Je vis éternellement.
41    Si j’aiguise l’éclair de mon épée et que ma main saisisse le jugement, je rendrai la vengeance à mes adversaires et je récompenserai ceux qui me haïssent.
42    J’enivrerai mes flèches de sang, et mon épée dévorera de la chair; je les enivrerai du sang des tués et des captifs, de la tête des chefs de l’ennemi.
43    Réjouissez-vous, nations, avec son peuple: car il vengera le sang de ses serviteurs, et il rendra le sang à ses adversaires, et il pardonnera à sa terre, à son peuple.

**Combien de couplets ?

« Il importe… »

La délivrance de la puissance du péché dont nous avons été l’objet : la victoire du Seigneur Jésus à la croix.Traverser par Radu Pasca

La délivrance de la puissance du péché dont nous avons été l’objet : la victoire du Seigneur Jésus à la croix.
Traverser par Radu Pasca

–         de se souvenir régulièrement de la délivrance (de la puissance du péché) dont nous avons été l’objet, et qu’il s’agit là de la victoire du Seigneur Jésus à la croix.

–         de se souvenir des conséquences de cette délivrance : « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création » (2 Cor.5)

–         de renouveler notre intimité avec Dieu (cf Ps.27v8, 2 Chron.7v13-14), car « la vie éternelle, c’est de te connaître, toi seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ »(Jean 17v3)

–         de renouveler notre engagement envers Dieu, car si nous avons été ramené à la vie, c’est « pour ne plus retourner à la corruption »(Actes 13v34)

–         de renouveler notre joie dans la simplicité de Dieu, car Il nous fera connaître le chemin de la vie; Sa face est un rassasiement de joie, il y a des plaisirs à Sa droite pour toujours (cf Ps.16v11)

« Souviens-toi…que tu es un homme libre ! »

Le premier empereur chinois Chi Hoang Ti (260-210 av JC) se rendit célèbre en faisant construire la fameuse grande muraille de Chine.

Ce que l’on sait peut-être moins, c’est qu’il fit d’abord brûler tous les livres publiés antérieurement à son règne, à l’exception des ouvrages « pratiques », tels les traités de médecine, d’agriculture et de divination .

Cette stratégie redoutable, qui vise à asservir un peuple tout en cherchant à effacer le passé et l’histoire,  n’est pas vraiment nouvelle. En effet, le livre de l’Exode nous apprend qu’au temps où le peuple d’Israël, installé en Egypte depuis Jacob, se multiplia au point d’en remplir le pays(1v7), il s’éleva un nouveau pharaon. Celui-ci « n’avait point connu Joseph »(Ex.1v8), qui avait pourtant sauvé l’Egypte de la famine(Gen.41). Se sentant donc menacé par un peuple qui, jusque-là, fut une bénédiction pour l’Egypte, ce pharaon décide de recourir à la ruse, afin d’empêcher Israël de continuer de grandir et de prospérer au milieu des égyptiens(Ex.1v9-10) : il commence par réduire le peuple d’Israël en esclavage, l’accablant de corvées(v11, 13-14), avant d’ordonner la mise à mort de tous les premiers-nés mâles des israélites !(v15-16, 22)

Un enseignement pour chaque nouvelle générationEnfant par Alejandro Lizardo

Un enseignement pour chaque nouvelle génération
Enfant par Alejandro Lizardo

Il est possible de tirer de ce récit une application spirituelle et personnelle, pour chacun de nous encore aujourd’hui. Parce que les chrétiens, supposés « être dans le monde, sans être du monde » (Jean 17v11,14-16), constituent « le sel de la terre » et « la lumière du monde »(Matt.5v13-16), l’ennemi de nos âmes, utilise les mêmes ruses que ce pharaon d’Egypte :

Etouffer toute conscience d’identité en Christ, en occupant les esprits aux affaires-parfois légitimes- de ce monde(lire Matt.13v22). On parle de la spirale « métro-boulot-dodo » qui ne laisse plus  guère le temps de se consacrer à son conjoint et à ses enfants, encore moins de développer notre intimité avec Dieu.

Effacer le témoignage de Dieu, de Christ, rendu sur Terre(Lire Jér. 11v18-19 et Ps.83v2-4). La mort des nouveaux-nés(voir le crime d’Hérode, en Matt.2v16), et la tentative du roi de Sodome, en Gen.14v21(« prends les biens et laisse-moi les personnes » ) nous parlent de la menace que fait peser l’ennemi sur la jeune génération et les enfants, afin d’ empêcher ceux-ci de connaître Jésus-Christ et d’être de futurs témoins pour Lui. Pensons également aux projets, aux appels du Seigneur, qui peuvent être étouffés par d’autres « priorités »…

Face à un ennemi qui s’efforce d’étouffer et d’effacer, il est intéressant de constater, qu’à l’inverse, Dieu juge essentiel de nous exhorter de ne pas oublier, tout en nous commandant de nous souvenir. Une exhortation qui peut paraître étrange, tant la logique serait de regarder vers l’avenir et non vers le passé.

N'oublie pas ton ancien état !Pieds dans les chaînes par George Hodan

N’oublie pas ton ancien état !
Pieds dans les chaînes par George Hodan

1)Ne pas oublier…« Seulement, prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, et qu’elles ne sortent de ton cœur… »(Deut.4v9 et v23). Dans le Pentateuque, Dieu  rappelle constamment la délivrance d’Egypte à son peuple. Le décalogue commence ainsi : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude » (Ex.20v1-2). De ce rappel de la libération semble découler tout le reste des commandements de Dieu(v3-17) : Dieu nous rend libres et nous offre la possibilité de vivre dans la liberté une nouvelle relation avec Lui. Dans ce cadre, il s’agit pour le peuple de ne pas oublier « d’où il vient » et « de qui il tient » le bon pays où il s’est installé, afin de vivre cette libération.

a)D’où l’on vient : pour le peuple d’Israël, ne pas oublier son passé d’esclave permet de ne pas retomber dans l’esclavage. En effet, oublier ce qu’avait été la vie en Egypte et ne retenir que ses « plaisirs »(« Le poisson, les concombres, les melons…» cf Nombres 11v5), c’est perdre de vue combien la servitude y était dure. De même, pour nous chrétiens, se voiler la face concernant le vrai visage d’un monde sans Dieu fait paraître ce dernier bien plus séduisant. A l’inverse, ne pas oublier notre nature pécheresse permet de « mieux nous voir » pour mieux réaliser que nous avons besoin quotidiennement de Dieu. La confession de nos manquements est ainsi le préalable nécessaire au maintien d’une communion saine et véritable avec le Seigneur (Lire1 Jean 1v6-9).

b)De qui l’on tient le pays promis : Le peuple introduit dans le pays promis devait se garder de ne pas oublier Dieu, une fois dans l’abondance : « Lorsque tu mangeras et te rassasieras, garde-toi d’oublier l’Éternel, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte…»(Deut.6v12-14) Il devait se souvenir que les bénédictions ne dépendaient pas de son travail, puisqu’il était entré en possession d’un pays cultivé déjà depuis des siècles par d’autres. Parce que l’on a pu être richement béni, on court le risque de se focaliser sur les seuls dons et d’oublier le donateur. Oublier que Dieu tient et a tenu ses promesses, c’est non seulement perdre de vue la fidélité de Dieu à notre égard, mais aussi faire preuve d’infidélité envers Lui.

En nous exhortant « de ne pas l’oublier », Dieu nous commande également « de nous souvenir » de Lui, parce que :

 

....et souviens-toi que tu es un homme libre !Heureux l'homme par Anna Langova

….et souviens-toi que tu es un homme libre !
Heureux l’homme par Anna Langova

2) Se souvenir conduit à la liberté : en effet, le souvenir n’a pas pour seul but de nous concentrer sur le passé d’esclave,  c’est aussi un regard vers l’avenir. Il nous permet de vivre le présent, en homme libre que nous sommes devenus. Se souvenir conduit aussi, surtout, à garder une relation réelle et intime avec celui dont on se souvient, et de mettre en pratique ce qu’il dit. Pour nous, chrétiens, cela implique, au quotidien, de :

a) Se souvenir de notre libérateur et de son œuvre rédemptrice.

Déjà, l’israélite, béni dans ses récoltes, devait rappeler à la fois son passé d’esclave et la puissance divine qui l’avait délivré pour l’introduire dans le bon pays promis, avant d’offrir à Dieu les prémices de ses récoltes(Deut.26v1-10). De même, pour nous aujourd’hui, il s’agit de nous souvenir que notre nouvelle vie n’a été rendue possible uniquement parce le Seigneur Jésus a expié notre péché à la croix. Dans ce cadre, la célébration de la Sainte Cène a cette importance : tout en nous souvenant de la personne de Christ, de son œuvre expiatoire à la croix et de sa résurrection(1 cor.11v23-26), nous lui exprimons notre reconnaissance, en Lui rendant gloire, et manifestant notre désir de le suivre.

b)Se souvenir de « qui nous sommes en Christ »

Il est possible de perpétuer un souvenir sans que cela soit une réalité pour nos vies. Ainsi, dans Jean 8v31-47, lors du dernier jour de la fête des tabernacles, le Seigneur Jésus promet la liberté à ceux qui ont cru en Lui (v31-32).  Cette merveilleuse promesse provoque une violente réaction de rejet de la part des juifs, pourtant croyants mais oublieux de leur passé d’esclaves, alors qu’ils vivaient sous domination romaine et qu’ils célébraient justement la fête de leur libération !(v33) Se souvenir sans application réelle et concrète dans nos vies, c’est courir le risque de voir ce souvenir « tourner à vide », du fait de la perte de son sens et d’un aveuglement sur notre propre état spirituel.

A l’inverse, un véritable souvenir qui a du sens entraîne à vivre les conséquences pratiques de la mort et de la résurrection de Christ.  Nous sommes conduits, une fois libéré de l’esclavage du péché, à prendre conscience de notre identité en Christ(nous sommes « morts et ressuscités»…« une nouvelle création », selon Rom. 6v6 et 2 Cor.5v17), et donc à marcher constamment, par la foi, dans cette liberté, à agir en conséquence, par la nouvelle vie qu’Il nous a donnée :

 « C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude »(Gal.5v1)