Le shabbat de la Terre

A défaut du samedi, « le dimanche, au moins on s’arrête » ?
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le samedi de la Terre » est un très court texte (5 pages) inédit d’Erri de Luca (19/03/20) – faisant partie d’une série de « tracts de crise » mis gratuitement à disposition en format numérique par les éditions Gallimard, le temps du confinement – et découvert via un entretien accordé par l’auteur à La Croix. Chargé de sens et de lucidité sur la situation que nous vivons, il est une vraie bouffée d’oxygène.

Il y est question du « samedi », ou plutôt, du « shabbat » de la Terre. Ce qui n’est guère étonnant de la part d’Erri de Luca, grand lecteur des Écritures Saintes, qu’il lit « dans le texte », en hébreu, et auteur de méditations bibliques. L’auteur napolitain a choisi « Samedi » plutôt que « Shabbat » pour le titre de son message à portée universelle. Initialement, les versets bibliques sont cités dans le texte, sans références. Entre crochets, mes remarques.

Extraits : « …..Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments.

La pneumonie meurtrière qui étouffe la respiration est un effet miroir de l’expansion humaine qui étouffe le milieu ambiant. Le malade demande de l’air et de l’aide en son nom et au nom de la planète tout entière.

Celui qui lit beaucoup reconnaît, ou croit reconnaître, des symboles et des paradigmes dans les événements. [Dieu] a institué le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation ».

[Selon Deut.5v12-15, le Shabbat a été institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais. Bien collectif, le Shabbat est la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi].

Dieu « a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et [Il] a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre [Lévitique 25v2,5] ». Sauf que « cette injonction à la laisser respirer en s’imposant un arrêt a été ignorée »

[Il y a là un indice pour celui qui ne sait pas/plus s’arrêter : si c’est le cas, c’est qu’il est certainement « resté » ou « retourné » en Egypte !(1)

Doit-on alors s’attendre à un nombre de jours de confinement équivalents aux jours de shabbat non respectés cf Lévit.26v31-33 ; 2 Chron.36v21 ; et Jérémie 25v11-12 ] ?

Erri de Luca ne croit pas « que la terre puisse récupérer ses Samedis dont elle a été privée », mais reste « en revanche » convaincu, « que piétiner les Samedis produit les brutales suspensions de notre occupation de la planète. C’est une trêve pour la terre ».

« Pour la première fois de (notre) vie », à l’instar de l’auteur, nous assistons « à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté  de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni  l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique et impératif mot d’ordre (2). (…..)

Tel est le brusque retournement de situation, l’économie tombée de cheval et soumise à une nouvelle priorité : la vie pure et simple. Les médecins et non les économistes sont les plus hautes autorités. C’est une conversion. Elle améliore le rapport entre citoyens et État, les gouvernements passent de garants du PIB en vaillants défenseurs de la communauté (3).

Certes, il s’agit d’un état d’exception et on a hâte d’arrêter l’épidémie et de revenir au plein régime précédent. Mais le Samedi de la terre sème en même temps que les deuils une lueur de vie différente pour les survivants. Car, dorénavant, chacun est un rescapé provisoire. C’est un sentiment qui me rapproche le plus de tous ceux auxquels je ne peux serrer la main »……

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En bref :

De Luca, Erri. Le Samedi de la Terre. Gallimard, Tracts de crise –19 MARS 2020 / 10H / N° 2. Offert en période confinement.

 

Notes :

(1) D’où l’appel à « sortir d’Egypte », toujours pertinent et actuel…

(2) Ce qui est ici effectivement « inédit et potentiellement historique, c’est que la plupart des gouvernements ont choisi d’arrêter l’économie pour sauver des vies », souligne l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans un entretien pour Bastamag. « C’est une excellente nouvelle. Le Covid-19 crée ainsi un précédent : si on a pu arrêter l’économie pour sauver 200 000 personnes en France, pourquoi ne ferait-on pas demain le nécessaire pour prévenir les cancers et les 40 000 morts prématurés par an dues à la pollution ? »

(3) Aussi inouï que cela puisse paraître, le Président Macron, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes » sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »), est le même qui a reconnu devant tous à la télévision que « ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…” Louant les femmes et les hommes « capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », il a également assuré que « tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux….. »

A qui est cet enfant ? Ou donner une éducation qui libère : une mission parentale

Les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

« Mais oui ! Des fils sont la part que donne le SEIGNEUR,
et la progéniture un salaire.
Telles des flèches aux mains d’un guerrier,
tels sont les fils de votre jeunesse.
Heureux l’homme qui en a rempli son carquois !
Il ne perdra pas la face s’il doit affronter
l’adversaire aux portes de la ville ».
(Ps.127v3-5)

 

Intro : l’enfant, un don de Dieu, un héritage, une récompense…

 

« A qui est cet enfant ? » demande-t-on aux parents.

« A moi ! », répond le père ou la mère avec fierté.

Avoir des enfants est en effet une très grande joie. Ne dit-on pas d’une naissance qu’elle est « un heureux événement » ?

«Voici que des enfants sont un héritage de l’Eternel », s’écrie le poète de la Bible, « le fruit du ventre maternel, une récompense » (Psaumes 127v3).

« La postérité du juste sera nombreuse », lit-on dans Job, « et ses descendants comme l’herbe de la terre » (Job 5v25). Et un autre psaume dit que « La femme de l’homme de bien est comme une vigne fertile dans l’intérieur de sa maison ; ses enfants comme des plants d’olivier autour de sa table » (Psaumes 118v3).

Aussi, la joie est grande quand l’enfant paraît, comme l’écrit Victor Hugo : « lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, Innocent et joyeux ».

A l’inverse, quand l’enfant fait des bêtises, l’un des parents peut dire à son conjoint « ton fils… », comme Dieu a dit à Moïse « ton peuple ! », au moment de l’épisode du veau d’or !

 

Des missions parentales

L’enfant est donc une joie, un don de Dieu, mais ce don est assorti d’une très grande mission : l’éduquer !

Mais Dieu est bien omnipotent, omniscient : il peut donc tout faire, y compris éduquer mon enfant lui-même ?

En réalité, la toute-puissance de Dieu ne veut pas dire qu’il fait tout : il peut tout faire, mais Sa Toute Puissance le rend libre de faire ou ne pas faire ce qu’il pourrait faire. Par exemple, il ne fait pas l’éducation de nos enfants, puisqu’il charge les parents, à qui il confie les enfants, de cette mission.

C’est une joie et une responsabilité. C’est un mandat parental [nous ne faisons pas que prier pour nos enfants], dont nous rendrons compte à Dieu, puisque nous rendons compte à Dieu de tout ce qu’il confie (nos dons, nos mines, nos talents…).

Cela signifie que l’enfant appartient, d’abord, à Dieu qui le confie à la famille : c’est pourquoi la famille est l’éducateur le plus important. «Chaque famille particulière doit être une petite Église particulière», écrivait Calvin à de jeunes églises françaises. « Le père et la mère sont les apôtres, les évêques et les prêtres de leurs enfants, il n’y a pas d’autorité plus grande et plus noble sur la terre que celle des parents sur leurs enfants », disait Luther.

Eduquer, c’est élever un enfant, l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, dans son corps et son âme, et spirituellement. C’est aussi un héritage d’expériences et de valeurs que l’on se transmet d’une génération à l’autre.

Les parents choisissent ensuite de déléguer en partie l’éducation et l’instruction de leur enfant.

Que révèlent nos choix éducatifs et scolaires sur la place que nous donnons à l’enfant ?  Est-il le prolongement de nous-même, ou bien un être à part entière et un futur citoyen de la société dans laquelle nous vivons ?

Vise-t-on l’émancipation, l’affranchissement, de l’enfant, ou le « développement », « l’épanouissement personnel » de l’enfant ?

D’ailleurs, pour éduquer notre enfant, y-a-t-il une méthode ? Laquelle choisir ? Y-a-t-il des « trucs » à connaître ?

L’on peut être tenté de suivre une méthode en vogue, selon la mode du moment, selon l’évolution de la société. Cela aboutira tôt ou tard à l’insécurisation de l’enfant. Or, un enfant insécurisé versera très probablement dans un système tout à fait différent de celui que voulaient les parents.

A partir du moment où l’éducation suit une mode, parce que la mode change, la société change, les valeurs anciennes dépassées, inéluctablement, les parents et les enseignants seront amenés à se contredire .La contradiction dans la famille et à l’école détruit tous les repères de l’enfant. N’ayant plus de repères, ne sachant  plus où se trouve la vérité, l’enfant inventera sa propre vérité à lui tout seul.

D’où la cohérence et la confiance entre parents, entre parents et enfants, entre parents et enseignants/éducateurs. D’où l’importance de bien déléguer, de bien choisir son aide, dans ce soucis de cohérence.

Eduquer : conduire sur un chemin de libération

Il n’y a donc pas de « trucs » mais un principe : L’éducation choisie, préférée, sera alors un chemin vers la libération continue.

Une chose dont les parents doivent se souvenir et le transmettre à leurs enfants, et ce dont les enfants ne doivent jamais oublier non plus :

Les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

Une éducation véritable consiste à se mettre au niveau de l’enfant pour lui enseigner à ne plus rester en Egypte, comme à ne plus retourner en Egypte. L’Egypte, c’est la maison de servitude.

Souvenons-nous : Pharaon avait dit au peuple : « Allez ! Servez le SEIGNEUR, votre Dieu. Mais qui va partir ? Moïse dit : « Nous irons avec nos enfants et nos vieillards, nous irons avec nos fils et nos filles, notre petit et notre gros bétail. Car c’est pour nous un pèlerinage [une fête] en l’honneur du SEIGNEUR. Il leur dit : « Que le SEIGNEUR soit avec vous si je vous laisse partir avec vos enfants ! (…) Ça ne se passera pas ainsi ! Allez donc, vous les hommes, et servez le SEIGNEUR puisque c’est ce que vous cherchez » [mais les enfants resteront ici] cf Exode 10v8-11.

Nous pouvons avoir la liberté de culte, la liberté d’exercer un grand ministère d’évangéliste….mais en laissant nos enfants en Egypte !

Or, les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

L’Egypte, c’est la maison de servitude, c’est « Mitzraïm » ou le pays des étroitesses et des angoisses. La servitude, c’est toute limitation du champ d’actions. La liberté, à l’inverse, est la possibilité d’actions, « un champ ouvert », l’aptitude à vouloir, être et faire.

Les parents ont fait l’expérience de la servitude en Egypte. Dieu les préparait en réalité pour les rendre aptes à Le servir, pour un service intelligent et spirituel. En effet, celui qui est habitué à faire tout ce qu’il veut, « comme il aime » (et « s’il n’aime pas, il ne fait pas »), aura du mal à servir Dieu et à obéir à ses commandements.

Les parents ont également fait l’expérience de leur libération par Dieu. Mais le jour de leur sortie d’Egypte, le peuple n’était pas totalement libre. Ils pensaient avoir le temps de voir leur pâte fermenter, mais Pharaon les mit dehors. Pourquoi Dieu permit-il que Pharaon les chasse sans leur laisser le choix ? Parce qu’étant esclaves, ils n’avaient pas l’habitude de prendre des décisions par eux-mêmes. Si Pharaon leur avait donné le choix de partir ou de rester, beaucoup d’entre eux auraient eu du mal à se décider. Si Dieu n’avait pas fait sortir le peuple d’Egypte, ce dernier aurait été encore esclave, ainsi que les enfants et les petits-enfants, à Pharaon en Egypte.

Une éducation véritable consiste à enseigner à ne plus rester en Egypte, comme à ne plus retourner en Egypte.

Par la suite, le peuple a appris à vivre la vraie liberté.

Dieu leur a donné les 10 commandements, les 10 Paroles. Il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est justement le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, « tu n’auras pas d’autres dieux face à moi »…(Ex.20v1-3)

Les parents ont ainsi à donner un exemple d’une vie libérée, eux qui ont été libérés par Dieu, pour lui appartenir en propre et être libres de Le servir (= le culte spirituel).

L’Education = « loi et évangile » en ce qu’elle est exigence et promesse, recadrage et encouragement.

L’éducation est cet apprentissage, non pas tant de la liberté, mais de la libération, marche dynamique,  dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, dont le nom Yéshouah signifie « Dieu sauve, Dieu élargit » : élargissement des champs du possible, passage de la servitude amère de l’esclave au service d’amour du fils.

Servir Dieu n’a rien à voir avec le fait de suivre aveuglément les ordres de son propriétaire, qui décide de tout à sa place, comme pour un animal. Dieu donne la vraie liberté en apprenant à bien choisir : « voici devant toi la vie et le bien, la mort et le mal, et tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Deut.30v15-19).

La liberté véritable, on l’a vu avec Dieu, est de décider de ne pas faire tout ce que l’on peut faire.

Ainsi, l’éducation vise à conduire l’enfant à comprendre qu’il n’est pas tout puissant, qu’il n’est pas le centre du monde, et à renoncer de lui-même à l’illusion de la toute-puissance. Elle fait passer de l’égocentrisme à l’ouverture à l’autre, à l’amour : « tu aimeras l’Eternel ton Dieu et ton prochain, comme toi-même ».

L’enfant n’est pas le centre du monde, et pas le centre de la famille.

Celui qui est à la première place, pour le parent = Dieu

Celui qui a la seconde place = le mari/l’épouse

Celui qui a la troisième place = l’enfant, qui, d’ailleurs, devra « sortir » un jour.

Il est déjà « sorti » du ventre de sa mère, comme le peuple « est sorti » du ventre confortable de l’Egypte (où l’on décide de tout pour vous). La sortie fut une naissance, la naissance d’un peuple et d’une destinée, dans le but de « porter une annonce », c’est-à-dire, pour servir Dieu, être un peuple de témoins de Dieu, pour proclamer et affirmer la bonne nouvelle : « le règne de Dieu s’est approché ».  

De même, l’enfant devra sortir du giron familial pour entrer dans sa destinée : S’attacher à Jésus, Son Seigneur et le suivre, le servir ; être une lumière pour d’autres. Nous voulons tous cela pour nos enfants.

« Telles des flèches aux mains d’un guerrier, tels sont les fils de votre jeunesse. Heureux l’homme qui en a rempli son carquois ! », avons-nous lu dans le psaume 127.

Mais si les fils sont « des flèches », les parents sont « des arcs ». Les parents sont des arcs par qui leurs enfants, tels des flèches vivantes, sont projetés pour atteindre leur but, le but de Dieu pour leur vie.

Ayons la pensée de Dieu, pour discerner, avec joie, le but de Dieu pour leur vie.