Dernière Pâque

En ce temps de confinement, se réunir en famille pour Pâque est tout un défi ! (Source : medium.com)

« Je suis très content d’être avec vous ce soir », dit Jésus à ses amis.

Ce soir-là, Lui et ses disciples sont à table pour fêter la Pâque, une fête de la Bible [Exode 115] qui raconte l’histoire d’un passage, d’une sortie et d’une naissance.

Normalement cette fête se passe dans les maisons, en famille. Jésus, lui, était avec ceux qui sont sa vraie famille : ses disciples qui croient en lui et qui le suivent.

Qu’ont mangé Jésus et ses disciples ce soir-là ? Ils ont mangé ce qu’ont mangé les israélites la première nuit de la Pâque (Exode 12) :

Des pains sans levain, pour se rappeler que le peuple était parti très vite d’Egypte.
Des herbes amères, pour se souvenir que les conditions d’esclavage du peuple en Egypte n’étaient pas drôles du tout. Le peuple était même à « à l’étroit » en Egypte.
Imaginez : tous les jours, pendant des heures, sous le soleil brûlant, des milliers d’hébreux devaient fabriquer des briques, des briques et des briques pour le pharaon, pour construire des villes.

Et de l’agneau rôti, pour se souvenir de celui qu’ont mangé les israélites cette première nuit de la sortie d’Egypte. Et cette fameuse nuit, où l’Eternel a frappé les premiers nés de l’Egypte (Ex.11v4-8, 12v29-30), le peuple était, lui aussi, confiné : Dieu avait donné à tous l’interdiction formelle de quitter leurs maisons, seuls lieux sûrs cette nuit-là, car marquées par le sang de l’agneau pascal sacrifié (Ex.12v21-28). Ce signe manifeste que du sang a déjà coulé. Il n’est plus besoin de faire couler du sang à nouveau.

Ils n’ont pas mangé debout, à la va-vite, comme lorsque le peuple était esclave, mais à table, comme des hommes libres, des riches et des rois.

Ils ont bu aussi 4 coupes pleines de vin rouge, pour dire merci à Dieu pour sa délivrance et pour nous avoir donné une vie débordante : plus de tristesse ! De la joie !

Un disciple, sans doute le plus jeune, a demandé : « et pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres ? » (1)

Jésus répond : C’est que nous étions esclaves du Pharaon en Egypte, mais Dieu nous a aimés et il a voulu que tous les hommes soient libres pour le servir.

Le disciple : Mais Jésus, nous n’avons jamais été esclaves, et encore jamais en Egypte !

Jésus : chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Egypte. Ce n’est pas seulement nos Pères, mais nous-mêmes qu’il a sauvés avec eux. Ce que Dieu a fait autrefois, Il le fait toujours aujourd’hui ! Il nous aide à « sortir » (des ténèbres, de l’enfermement, de l’esclavage, de la peur…) pour vivre une vie nouvelle, riche et débordante.

« Sortir », c’est une libération et une nouvelle naissance : comme l’exprime de manière poétique Erri de Luca, « Je t’ai fait sortir(d’Egypte) : du réseau de canaux du grand fleuve pour te mettre au sec de la liberté. Le Sinaï s’appelle aussi Horeb, assèchement. Telle est aussi la naissance, se trouver projeté à l’air libre. Une fois sorti d’Egypte, tu as entendu le bruit de grandes eaux se refermer après ton passage, une porte claquée dans ton dos. La sortie fut une naissance, aventure d’un aller simple. »(Erri de Luca. Et Il dit, pp 42-43)

Mais ce soir-là, ce repas de la Pâque n’était pas comme les autres. Jésus a même dit à ses disciples que c’était là son dernier repas avec eux. Cela les a rendu très tristes.

Jésus a aussi fait des choses bizarres et nouvelles pour leur dire à quel point il les aime : il leur a lavé les pieds ; il a partagé le pain et le vin, en disant que c’était « son corps », « son sang » (sa vie) qu’il donnait volontairement pour nous.

Jésus, c’est « l’agneau de Dieu [comme l’agneau de la Pâque] qui enlève le péché du monde », notre péché, pour que nous soyons pardonnés, réconciliés avec Dieu, et pour que nous vivions une vie nouvelle, débordante, et une relation nouvelle avec Dieu qui nous aime tant.

En effet, « ce n’est point par des choses périssables, argent ou or, que (nous avons) été rachetés de la vaine manière de vivre héritée de (nos) pères, mais par le sang précieux (de cet) agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde et manifesté à la fin des temps à cause de (nous). Par lui (nous croyons) en Dieu qui l’a ressuscité des morts et lui a donné la gloire, de telle sorte que (notre) foi et (notre) espérance reposent sur Dieu ». (1 Pie.1v18-21). Le sang de cet agneau parfait ayant été versé une fois pour toutes, le sang n’a plus besoin de couler à nouveau. C’est ainsi que Christ est le sacrifice ultime, qui n’a plus besoin d’être répété.

A la fin du repas, Jésus et ses disciples ont remercié Dieu en disant des prières et en chantant les psaumes 113 à 118. et le psaume 136. Ils ont certainement chanté le « Dayènu » – « ça nous suffit », poème lyrique qui apparaît en première partie du seder et par lequel l’on remercie Dieu pour toutes ses œuvres de libération en Egypte. A chaque rappel de ces interventions divines, le choeur répond : « dayènu », « ça nous suffit ».

Ceux qui chantent se souviennent aussi pourquoi Dieu les a fait sortir.  « Quand tes descendants demanderont pourquoi je t’ai fait sortir, ils compteront la valeur numérique de hotzetikha, « je t’ai fait sortir », et ils la trouveront égale à levasser, « pour annoncer ». Je t’ai fait sortir pour apporter une annonce. »(Erri de Luca, op. cit. p 43)

Ils sont sortis pour servir Dieu et pour annoncer la victoire de leur libérateur sur leurs oppresseurs. Ce libérateur, c’est Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve » et « Dieu élargit ».

Et toi ? Comment vas-tu le remercier ?

 

D’après la saynète de la pasteure Ulrike Richard-Molard, de l’UEPAL

 

Note : 

(1) Chanté par le plus jeune enfant, c’est le Ma Nishtana (« qu’est-ce qui change ? »), le plus populaire des chants de Pessah.  Deux versions « décoiffantes » et amusantes (pour les enfants et les adultes) sont à découvrir ici et . En savoir plus sur les chants du seder.

Comment savoir si tu es retourné en Egypte

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

(La citation de la semaine) « Si tu ne te reposes pas le 7ème jour, c’est que tu es retourné en Egypte ! »  

Textes bibliques :

« le Seigneur vous a dit : non, vous ne retournerez plus par cette route [vers l’Egypte, ce pays où tu étais esclave 24/7] ! » (Deut.17v16)

« Qu’on garde le jour du sabbat pour le sanctifier, comme le SEIGNEUR ton Dieu te l’a ordonné. Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage, mais le septième jour, c’est le sabbat du SEIGNEUR ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’émigré que tu as dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave, et que le SEIGNEUR ton Dieu t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu ; c’est pourquoi le SEIGNEUR ton Dieu t’a ordonné de pratiquer le jour du sabbat ». (Deut.5v12-15)

Un message pour Pâque : « sortez maintenant de vos Egyptes et de vos servitudes », crie Dieu

Démarque-toi ! Sors de tes « Egyptes » et de tes servitude !
(Source : une du numéro 12, sept.2002 de « La Décroissance »)

Lecture : Esaïe 58v6-12

Dieu, dans son souci d’être compréhensible et proche de nous, se présente exactement comme nous :
— Je suis… et je fais ça…
Quand vous vous adressez à lui, quand vous priez, en somme, cela se passe de la façon suivante : [c’est vous qui commencez]
— Bonjour, à qui ai-je l’honneur ? dites-vous.
— Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude, dit Dieu.

Les présentations sont faites, on peut commencer à bavarder.
L’être de Dieu se joue donc dans un « Je suis » qui n’est pas qu’un prénom (son prénom à lui : l’Éternel) ou une fonction (Dieu), mais tout cela à la fois et même un petit peu plus :
— Je suis l’Éternel ton Dieu.
— Et dans la vie, ça fait quoi un Dieu ?
— Eh bien ça libère son peuple du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
— Et, vous faites ça souvent ? Une fois que le travail est fait, vous devez être tranquille ?
— Figurez-vous, répond Dieu, que le problème, c’est qu’il faut sans cesse sortir d’Égypte : Jacob a dû sortir d’Égypte, Joseph le patriarche a dû sortir d’Égypte, Moïse a dû sortir d’Égypte, Jésus même a dû sortir d’Égypte. Mon peuple a un éternel besoin de sortir d’Égypte.
N’est-ce pas étonnant ce schéma transversal, valable pour tous : sortir d’Égypte ! (…..) Mais comme vous le savez, Dieu ne se contente pas seulement de l’Égypte géographique, mais plutôt de ce que certains ont appelé l’Égypte intérieure. Il nous faut sortir de tous les esclavages, de toutes les servitudes (…) des panthéons de tous les temps. Il y a une urgence à être sauvé du polythéisme pratique. Et la trajectoire du Dieu d’Israël, c’est de nous libérer de toutes les pyramides, celles que l’on doit construire sous un soleil de plomb ou ces pyramides, futiles et subtiles, de nos sociétés hiérarchiques et hiératiques.

Le Dieu de Moïse, le Dieu d’Israël et le Dieu de Jésus Christ est bien le même Dieu, il n’est pas un quarteron de divinités naturelles, instrumentalisées par les pouvoirs humains pour que règnent les régnants, pour que triomphent les forts, pour que s’élèvent des Khéops et Kephren qui sont les tombeaux des idoles, les tombeaux des impérialismes, et les tombeaux de la liberté.

— Sortez d’Égypte ! crie Dieu depuis la création du peuple.
— Sortez d’Égypte ! de toutes vos Égyptes et de toutes vos servitudes.
— Sortez maintenant, ne pensez pas que la pâte ait le temps de lever et de cuire avant de partir, partez maintenant.
Désormais s’ouvre le temps du salut, le temps de la sortie, de la course devant tous les Ramsès de tous les temps. Et cette libération, c’est maintenant. C’est toujours maintenant. C’est maintenant depuis trois mille deux cents ans. Car Dieu ne supporte plus de voir son peuple esclave, esclave des petits tyrans locaux, esclaves des prêtres de toutes religions, esclaves des bonnes consciences de tous les temps, esclaves des projets pharaoniques d’hommes qui se mettent à la place de Dieu.
— Sortez d’Égypte ! C’est moi qui vous libère de l’esclavage.

Libérer les esclaves est désormais la tâche première des croyants. C’est une tâche hautement politique et franchement spirituelle. C’est une tâche extrêmement pratique et totalement urgente puisque c’est maintenant, maintenant, et toujours maintenant, depuis l’Exode.

Voilà le vrai culte, voilà ce qui plaît à Dieu :
— Détache les chaînes de la méchanceté, 
Dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, Et que l’on rompe toute espèce de joug, [et tant d’autres choses encore].

Le culte qui plaît à Dieu n’est pas de lui élever des pyramides ou de le nommer avec des superlatifs comme en attendent les pontifes. Le culte qui plaît à Dieu se trouve dans l’abaissement de ceux qui rejoignent les esclaves pour contribuer à rompre leurs chaînes. Parce qu’on ne peut pas les regarder de haut et les appeler à la liberté, puisque Dieu lui-même est descendu des hauteurs célestes où l’humanité voulait le confiner, afin de libérer ses enfants enchaînés.
En tant que chrétiens, nous avons reçus l’assurance d’être accueillis comme enfants de Dieu. « Voici mon Fils bien-aimé en qui je mets toute mon affection » (Matthieu 3:17). Vous êtes enfants d’un Dieu qui hurle chaque jour à son peuple : « Sortez d’Égypte ! maintenant ! Traversez ! ». Vous êtes les traversants, ceux qui viennent de l’autre côté, ceux qui passent sur l’autre rive : et en hébreu, ça se dit hibry, les hébreux, hibry, ceux qui vont passer leur temps à traverser de l’esclavage à la liberté, de la servitude au service. Vous êtes ceux qui ont leur esclavage derrière eux car ils ont changé de bord. Oui, nous tous, nous sommes les enfants de la libération, nous sommes le peuple qui a été expulsé de la matrice totalitaire qui veut tout régenter à toutes les époques. Nous sommes les enfants qui sont nés d’une expulsion hors du ventre confortable de l’Égypte, de cette Égypte où rien n’est à désirer, rien n’est à vouloir, puisqu’on décide de tout pour vous. Nous sommes les enfants du Dieu de Moïse, de ceux qui traversent miraculeusement pour naître à leur destinée, un peuple qui ose sortir quand la Mer(e) Rouge a perdu les eaux. Nous sommes enfin le peuple de ceux qui sont passés par les eaux vivifiantes du baptême qui nous a fait naître.
Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus, votre Dieu, mon Dieu, est celui qui tient les clefs de toutes nos libertés, de toutes nos libérations. Et à des français, à ce peuple occidental qui a été le plus marqué par l’égyptomanie, celle de Louis XIV, celle de Napoléon ou des loges maçonniques, Dieu continue à dire :
— Sortez d’Égypte, même quand elle ne s’appelle plus Égypte !
A nous qui sommes sur l’axe de l’obélisque, de la pyramide transparente et des sarcophages sous la colonne de juillet, Dieu dit :
— Continuez à sortir d’Égypte, surtout si elle s’est donné un autre nom. Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir, qui t’ai libéré de la maison de la servitude.
Au peuple qui a pensé pouvoir sortir d’Égypte en coupant lui-même la tête de ses rois, Dieu dit : « Sortez d’Égypte, mais comme je l’ai voulu, selon mes façons de faire, mes procédés, dans le refus de la violence. C’est moi qui tiens la clef de votre libération et de votre liberté ».

En hébreu, Égypte se dit Mitzraïm, et ce mot veut aussi dire « les angoisses, la dépression » (….) c’est au peuple qui consomme le plus d’antidépresseurs au monde que le Dieu de Moïse et de Jésus rappelle que c’est lui qui détient la posologie de notre libération : « Je suis l’Éternel ton Dieu qui te fais sortir du pays des angoisses, je suis l’Éternel ton Dieu qui te libère du pays de la dépression ; et c’est moi qui le fais ».

Oui, Dieu nous sauve de tous les esclavages, et c’est tellement dans son projet pour nous qu’il a même décidé de l’inscrire jusque dans le nom de son fils, afin que nul ne puisse oublier que son plaisir, sa délectation n’est pas dans nos pieux épanchements ou dans nos bâtons d’encens, mais dans notre capacité à nous inscrire dans son projet de libération. C’est pour cela que le Fils de Dieu s’appelle du beau nom de Jésus. Yéshouah, Dieu sauve, Dieu élargit. Dieu sauve et élargit comme on le fait pour un esclave qu’on sauve et qu’on élargit quand on le libère. Ce projet n’est pas pour un peuple lointain du nôtre dans le temps ou dans l’espace. Ce projet de Dieu est pour nous qui sommes ici maintenant. Alors sortons d’Égypte ! Maintenant !
Amen !

 

(D’après la prédication donnée par le pasteur Gilles Boucomont l’été 2005 au Temple du Marais, à Paris. Disponible sur le blogue Au Nom de Jésus.