Comment bien parler du film « Sausage Party » : ou quand informer n’est pas donner son opinion

Il est toujours délicat de parler de certains sujets, au « parfum de scandale », même dans le but honorable d’alerter, mais avec le double-risque de faire « de la pub » au sujet dénoncé, en nourrissant la polémique, et de s’enfermer dans l’analyse catastrophiste ou l’indignation stérile. Bref, soit on n’en parle pas du tout, soit on en parle. Mais alors on en parle bien. Par exemple, du film « Sausage party », au sujet duquel vous avez certainement été alerté récemment.

 

Commençons par rappeler quelques évidences :

  • Une information est un savoir, un ensemble de connaissances, et non une opinion. Une information est censée répondre aux questions de base suivantes : « qui/quoi/quand/où/comment/pourquoi ». Or, nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire.
  • La recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer est un art difficile. Très difficile. Surtout si nous admettons que la recherche de la vérité doit être notre objectif majeur, étant la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.
  • Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur.
  • Un témoin est celui qui rend compte de ce qu’il a vu/entendu/rencontré personnellement. Il n’est pas un simple « relais » d’une information lue/entendue quelque part, à partir de sources de seconde, voire de troisième main.
  • Le rôle de tout média devrait être de«  rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages », lisait-on dans ce manifeste de la revue « R de Réel », le 1er mai 2002.
  • « Celui qui sait » a le devoir d’alerter – mais non d’alarmer – en veillant à le faire de façon pertinente.
  • « Décryptages et ressources documentaires doivent accompagner la lecture d’un événement pour le mettre en perspective, offrir aux lecteurs des débouchés concrets à une prise de conscience, telles que pistes d’alternatives, présentation d’initiatives, contacts d’associations… »(1)
  • Face à l’information, nous avons trois possibilités : l’ignorer, ou réagir ou la lire, réfléchir et agir en connaissance de cause.

Ceci dit, aller voir « Sausage party » n’est pas ma priorité, et ne l’ayant pas vu, je me garderai de juger sur le fond. Je me contenterai, pour équilibrer ce que l’on peut lire ici ou là sur la toile, de renvoyer à une démarche qui m’a paru pertinente et correspondre aux exigences rappelées plus haut, et ce, d’autant plus qu’elle semble (sauf erreur) unique à ce jour : il s’agit de l’analyse du film par Vincent M.T., intitulée «  Sausage Party : l’éléphant, le nazi et l’idole », publiée le 05 décembre 2016 sur le site « Visio Mundus »(2).

L’auteur de cet article rappelle une autre évidence : « « Qui dit film d’animation ne dit pas film pour enfants »(3). Et tout film n’est pas fait pour les enfants. « C’est malheureusement cette association d’idées qui a porté de nombreux parents à exposer involontairement leurs enfants à une scène pornographique, incluse à la fin. Certes, il aurait été judicieux de prévenir les audiences, par exemple en déconseillant le film aux moins de 16 ans » [perso, j’ai l’impression que certaines indications d’âge pourraient être relevées de trois ou quatre ans de plus, au moins, pour certains films]. En accord avec Vincent M.T., « on peut s’interroger sur le scandale » et se demander « pourquoi le contenu explicitement sexuel fait réagir, mais pas la violence gore (tout aussi présente) ? » Notre indignation serait-elle sélective ? Le péché ne serait-il « que » sexuel ?

Au-delà de cet aspect et des « clichés navrants dont est rempli ce film », Vincent M.T. nous invite à faire « l’effort de nous intéresser au message essentiel du récit, pour tenter d’en comprendre le discours »(3). En effet, même s’il ne recommande « pas d’aller voir ce film, il attire un large public, et il se peut qu’on se retrouve à en discuter avec des amis ». Le défi sera de dépasser une simple posture « moraliste », pour aborder d’autres enjeux cruciaux, tels que les croyances et les philosophies, les questions de vie ou de mort, de liberté et de libération, de sens.

D’autre part, Vincent M.T., qui a manifestement vu le film pour être en mesure de parler de ce qu’il a vu, nous fait le résumé de l’histoire : celle-ci « se déroule dans un supermarché où tous les produits alimentaires sont vivants et attendent impatiemment d’être choisis par les humains, qu’ils révèrent comme des dieux, pour être emmenés au-delà des portes du magasin vers un monde meilleur. Chacun a sa version des règles à respecter pour être sélectionné par les « dieux », et une idée précise de ce à quoi ressemble « l’au-delà ». Mais voilà, un petit groupe d’aliments vient à découvrir l’horrible vérité : les humains dévorent les aliments ! Ce groupe tente de prévenir les autres pour fomenter une révolte. Malheureusement, les produits alimentaires sont très attachés à leurs croyances… »

 En clair, « la thèse de ce film est que les religions ne sont que des histoires inventées pour aider l’humanité à faire face à l’horrible vérité, à savoir, que les forces qui gouvernent notre monde sont cruelles et absurdes, et nous n’avons aucune emprise sur elles. Les religions font de ces forces des divinités et prétendent qu’on peut s’en sortir : il y a des règles à suivre et une récompense dans l’au-delà ». Toutes « ces religions, ces histoires inventées » nous empêchent « de profiter pleinement de la vie ici-bas, notamment de laisser cours à toutes nos pulsions ». Mais il y a une contradiction ou un paradoxe, dans cette critique, que soulève Vincent M.T. : « le roi des aveugles » de la célèbre parabole de l’éléphant « révèle à (d’autres) aveugles qu’ils se trompent tous, et que chacun ne détient qu’une partie de la vérité… », mais en réalité, « le roi n’est pas aveugle », puisque « celui qui révèle la vérité voit la vérité clairement et dans son ensemble. Affirmer que personne ne détient la vérité, c’est soi-même prétendre détenir la vérité dans son ensemble, c’est professer que sa propre vision des choses est supérieure à toutes les autres ».

Dans le film, cette vision du monde – « supérieure à toutes les autres »- est « l’hédonisme – l’idée que le sens de la vie humaine est la recherche du plaisir ». Et, soulignerai-je, le plus grand pourvoyeur du plaisir (que l’on serait « en droit d’obtenir, tout de suite ») reste aujourd’hui « le divin marché »(4). Et « cette vision du monde nous est donc présentée exactement de la même manière que les religions qu’elle critique : quiconque ne s’y rallie pas est forcément en train de « réprimer » ses pulsions, et c’est mal ». Une forme de « moralisme » qui ne dit pas son nom, en somme.

Quelle devrait alors être notre position face à cette croyance et à cette nouvelle injonction (« No limits », « jouis sans entrave », sur les plans économique et culturel/sociétal) ? Certainement pas, selon le pasteur Gilles Boucomont(5), de répondre par le moralisme ou par plus de moralisme. Et encore moins de s’aligner sur les évolutions de la société (ce qui serait adopter un autre « moralisme »).

Notre positionnement face à cette croyance mise en avant dans le film ne devrait pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou « pour accuser, condamner, faire chuter ». Mais « pour relever les personnes » ; « les faire passer de la mort à la vie ». On notera que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, « d’avancer ». Mais « pas de rechuter ».

Et, s’interroge Vincent M.T., « que pouvons-nous répondre, en tant que chrétiens, face aux accusations « d’immaturité » et « de passéisme » pour toutes les idées non-hédonistes, donc particulièrement les opinions religieuses ?  La réponse dans son article, à lire dans son intégralité.

 

 

Notes :

(1) Cf http://www.bastamag.net/Site-d-informations-independant

(2)Visio Mundus est géré par deux théologiens réformés : Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin, faculté de théologie d’Aix-en-Provence ; Vincent M.T., consultant en qualité logicielle, traducteur à ses heures, et actuellement inscrit en Master à la Faculté Jean Calvin. Via ce site, les auteurs souhaitent « discerner et démontrer la présence et la vérité de la foi en Dieu – le Dieu de la Bible – au sein de notre culture, et ainsi proclamer avec toujours plus de pertinence la grâce reçue et vécue en Christ. C’est ce qui s’appelle faire de l’apologétique culturelle » (https://www.visiomundus.fr/mission-et-vision/).

(3) Voir cette excellente fiche détaillée du film, à découvrir sur le site « Quels films pour nos enfants » . Une autre critique du film est à lire  sur le site Critikat.

(4) Voir le livre éponyme de Dany-Robert Dufour, par ailleurs auteur de « L’Individu qui vient ».

(5) D’après Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première Partie, 2010, p 92.

Testez-vous : nommez ces marques, nommez ces plantes

Le récit de la Genèse nous rappelle qu’Adam, disposant de l’autorité de Dieu, a donné un nom aux animaux(Gen.1v26-28, 2v15-20). Feriez-vous « mieux » que lui ? Testez-vous ! Nommez les marques, puis les plantes, ci-dessous, en vous minutant pour chaque catégorie.

Nommez ces marques ; nommez ces plantes (Source : Adbusters)

Nommez ces marques ; nommez ces plantes (Source : Adbusters)

 

 

 

 

 

 

 

C’est fait ? Quelles conclusions en tirez-vous ?

Quelques questions à (se) poser, parmi d’autres :

Qui êtes-vous ? A qui appartenez-vous ?

Raisonnez-vous, agissez-vous en « citoyens »(disposant d’une autorité)…ou en « consommateurs » ?

La suite du récit de la Genèse nous montre comment Adam a abdiqué son autorité, n’ayant rien eu à opposer à « la théologie » du premier « publicitaire » de l’histoire(Gen.3v1-6…). Et vous ? Qu’avez-vous fait de votre autorité(en tant que chrétiens, « enfants de Dieu », « citoyens du ciel »…ou, au moins, en tant que « citoyens de ce monde ») ?

D’autre part, nous connaissons sans doute les noms de nos stars ou personnalités politiques(préférées ou non)…Mais connaissons-nous notre Dieu ? Et qui est votre Dieu, d’abord ?

Bon test et bon week-end !

Le Mensonge que Nous Vivons – The Lie We Live

Pour montrer qu'ils sont "à poigne", certains élus n'hésitent pas à cogner sur les Rroms.

« Le mensonge que nous vivons » : le type de vidéo « coup de poing », dont le but semble plus de déclencher une force émotionnelle que de construire une démonstration objective…

Qui est Spencer Cathcart ? Avant-hier, je l’ignorai encore. Et j’ignore toujours qui il est.

La seule chose que je sais, outre que je ne sais rien, est qu’il a réalisé le 29 janvier 2015 une vidéo de 8 minutes et des poussières : « The Lie We Live » (« Le mensonge que nous vivons »)*. Il semble s’y questionner et nous invite à nous questionner sur tout ce qui fait de notre monde ce monde. Nous questionner ? Et pour décider de faire quoi ensuite ? Comment ? Sur quelles bases ? La balle est dans notre camp, semble-t-il….

Le film est sans doute à voir. Mais deux questions demeurent : Qui est Spencer Cathcart ? Pourquoi a-t-il diffusé cette vidéo ? (outre le fait de nous inviter à « nous bouger »)
Regardez donc et, surtout, « ne laissez pas votre cerveau au placard ».
Parallèlement, j’ai envie de poser ces autres questions :
Qui es-tu ? A qui appartiens-tu ? Qui veux-tu servir ? De façon durable, pour un impact durable ?
Deux choses sont véritablement durables, contrairement à une affirmation de Spencer Cathcart**(cf Vidéo à 7’02’’) et méritent que l’on s’y consacre toute notre vie, cf Jean 5v28-29 et Esaïe 40v8, sachant qu’annonce 2 Pie.3v10***.

Sinon, plutôt que de diffuser massivement cette vidéo sur la toile, un petit travail d’analyse s’impose :

Il ne s’agira pas de répondre aux thématiques/questions soulevées, mais de tenter de décrypter quelques-uns des procédés utilisés, afin de dépasser le premier stade de l’émotion et de prendre conscience de la contradiction du film : si Spencer Cathcart prétend que nous sommes manipulés, nous manipule-t-il à son tour pour faire valoir ses vues – encore bien mystérieuses à ce jour ? En bref, il s’agit de prendre du recul sur des sujets qui méritent tout de même réflexion et exigent un débat nécessaire face à un document dont le but semble plus de déclencher une force émotionnelle que de construire une démonstration objective.

Méthode proposée :

Regardez d’abord la vidéo sans le son, et concentrez-vous d’abord sur les images. Puis repassez-la, avec le son seul, sans les images. Ensuite, sans le son et sans les images, avec le texte seul Et enfin, la vidéo intégrale, avec le son, les images et le texte

Pendant les visionnages successifs, prenez des notes sur le film (résumez-le en une phrase), relevez les passages vous paraissant les plus marquants, vos impressions (ce que vous avez aimé/ou pas) et répondez aux questions suivantes :

1) Que venez-vous de voir ? Comment s’appelle ce genre de film ? S’agit-il d’un documentaire, comme on peut le lire ici ou là, sur le web ? Qu’est-ce qu’un film documentaire ?

2) Qui est l’auteur ? Pourquoi diffuse-t-il cette vidéo ?

3) Le film est-il composé d’images filmées par l’auteur ? De quoi est-il composé ?

4) De quoi est composé la bande son ? Quel est son rôle ?

5) Qui parle ?

6) Combien de points de vue nous donne-t-on ici ? La place est-elle donnée au « débat contradictoire », à l’échange d’idées ?

7) Qu’avez-vous appris de nouveau ?

8) Vous permet-on d’approfondir ce qui est présenté ?

Etc…. D’autres questions vous viendront certainement à l’esprit pour compléter ce qui précède.

 

Notes :

* Découvert via ici https://catherinenbocher.wordpress.com/2015/04/02/le-mensonge-que-nous-vivons-the-lie-we-live/ qui elle-même….
** Voir aussi le blogue de Spencer Cathcart, qui contient cette vidéo et la transcription du texte :

Traduction française d’Alain Adriaens :

En ce moment, vous pourriez être n’importe où, à faire n’importe quoi. Au lieu de cela, vous êtes assis seul devant un écran. Alors qu’est ce qui nous empêche de faire ce que nous voulons ? Être là où nous voudrions être?
Chaque jour nous nous réveillons dans la même pièce et suivons la même voie, nous vivons un jour semblable à celui d’hier. Pourtant, il fut un temps où chaque jour était une nouvelle aventure. Chemin faisant, quelque chose a changé. Avant nos jours étaient intemporels, maintenant nos jours sont minutés.
Est-ce cela qu’être adulte ? Être libre ? Mais sommes-nous vraiment libres ?
Aliments, eau, terres… les éléments dont nous avons besoin pour survivre sont la propriété de sociétés. Il n’y a pas de nourriture pour nous sur les arbres, pas d’eau douce dans les ruisseaux, pas de terrain pour construire une maison. Si vous essayez de prendre ce que la Terre fournit vous serez mis sous les verrous. Alors, nous obéissons à leurs règles.
Nous découvrons le monde dans un manuel. Pendant des années, nous restons assis et régurgitons ce qu’on nous raconte. Passant des examens et classés comme des cobayes dans un laboratoire. Élevés à ne pas être différents dans ce monde, éduqués à ne pas être différents. Nous sommes assez intelligents pour faire notre travail, mais pas assez pour nous remettre en question les raisons pour lesquelles nous le faisons. Donc, nous travaillons sans cesse et il ne nous reste plus de temps pour vivre la vie pour laquelle nous travaillons. Et puis vient le jour où nous sommes trop vieux pour faire notre travail. Alors, on nous laisse mourir. Et nos enfants prennent nous remplacent dans la partie.
Pour nous chacun de nous notre chemin est unique mais, tous ensemble, nous ne sommes rien de plus que du carburant. Le carburant qui alimente l’élite, l’élite qui se cache derrière les logos des sociétés. Ce monde leur appartient. Et leur ressource la plus précieuse n’est pas enfouie dans le sol : c’est nous. Nous construisons leurs villes, nous faisons tourner leurs machines, nous combattons dans leurs guerres. En fait, l’argent n’est pas ce qui les motive. C’est le pouvoir. L’argent est simplement l’outil qu’ils utilisent pour nous contrôler. Ces bouts de papier sans valeur, nous en dépendons pour nous nourrir, nous déplacer, nous divertir.
Ils nous ont donné de l’argent et en retour, nous leur avons donné le monde. Là où il y avait des arbres qui purifiaient notre air, maintenant il y a des usines qui l’empoisonnent. Là où il y avait de l’eau bonne à boire, il y a des déchets toxiques qui puent. Là où les animaux couraient libres, il y a des élevages industriels où les animaux naissent et sont abattus à la chaîne, pour notre satisfaction. Plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim, bien que nous ayons assez de nourriture pour tout le monde. Où est-ce qu’elle part ? 70% des céréales que nous produisons pour l’alimentation sont utilisées pour nourrir et pour engraisser les animaux que nous mangeons pour le dîner. Pourquoi aiderions-nous les affamés? Ils ne génèrent aucun profit !
Nous sommes comme une peste balayant la Terre, détruisant l’environnement qui nous permet de vivre. Nous voyons tout comme quelque chose qui peut être vendu, comme un objet que nous pouvons détenir. Mais qu’est ce qui arrivera quand nous aurons pollué la dernière rivière, empoisonné le dernier souffle d’air, quand nous n’aurons plus de pétrole pour les camions qui nous apportent notre nourriture ? Quand allons-nous nous rendre compte que l’argent ne se mange pas, qu’il n’a pas de valeur ?
Nous ne sommes pas en train de détruire la planète : nous détruisons toute vie sur elle. Chaque année des milliers d’espèces disparaissent. Et le temps est compté avant que nous soyons l’espèce suivante. Si vous habitez en Amérique, vous avez une probabilité de 41% de développer un cancer. Les maladies du cœur vont tuer un Américain sur trois. On nous prescrit des médicaments pour faire face à ces problèmes mais les soins médicaux, eux-mêmes, sont la troisième cause de décès après le cancer et les maladies cardiaques. On nous dit que tout peut être résolu en donnant beaucoup d’argent à des scientifiques afin qu’ils puissent découvrir une pilule qui pourra résoudre tous nos problèmes. Mais les compagnies pharmaceutiques et les sociétés contre le cancer comptent sur notre souffrance pour faire du profit. Nous pensons que nous sommes à la recherche de remèdes mais, dans les faits, nous nous éloignons de trouver la cause de nos maux. Notre corps est le produit de ce que nous consommons mais la nourriture que nous mangeons est conçue uniquement dans un but lucratif. Nous nous gavons de produits chimiques toxiques. Les corps des animaux sont infestés par les médicaments et les maladies. Mais nous ne voyons pas cela. Le petit groupe de sociétés qui possèdent les médias ne veut pas que nous le réalisions. On nous raconte des balivernes et on nous dit que c’est la réalité.
C’est amusant de penser que l’homme croyait que la Terre était le centre de l’univers. Mais aujourd’hui, nous nous considérons comme le centre de la planète. Nous regardons notre technologie et nous nous disons que nous sommes les plus intelligents. Mais les ordinateurs, les voitures, et les usines nous montrent-ils que nous sommes très intelligents ? Ou bien montrent-ils à quel point nous sommes devenus paresseux. Nous nous sommes cachés sous le masque de « civilisés ». Mais quand on nous arrache ce masque, que sommes-nous ?
Comme nous oublions facilement qu’il y a moins de cent ans que nous permettons aux femmes de voter, que nous permettons aux noirs de vivre comme nos égaux. Nous agissons comme si nous étions des êtres omniscients, mais il y a beaucoup que nous ne voyons pas. Nous marchons dans les rues en ignorant toutes les petites choses. Les yeux qui nous regardent. Les histoires qu’ils racontent. Tout cela n’est qu’un décor pour Moi.
Peut-être craignons-nous de ne pas être seuls, de n’être qu’une partie d’un bien plus grand dessein. Mais nous ne parvenons pas à faire le lien. Nous sommes d’accord de tuer les cochons, les vaches, les poules, les étrangers de pays éloignés. Mais pas nos voisins, pas nos chiens, nos chats, pas ceux que nous avons appris à aimer et à comprendre. Nous appelons les autres créatures stupides mais nous les désignons comme responsables de nos actions. Mais le fait de tuer simplement parce que nous pouvons le faire, parce que nous l’avons toujours fait, cela nous en donne-t-il le droit ? Ou cela montre-t-il le peu de choses que nous avons apprises ? Nous continuons à agir en suivant nos pulsions d’agression primitive plutôt que de privilégier la réflexion et la compassion.
Un jour, cette sensation que nous appelons la vie va nous quitter. Notre corps va pourrir, nos objets de valeur seront récupérés. Les actions d’hier seront tout ce qui restera. La mort nous entoure constamment et pourtant elle semble tellement éloignée de notre réalité quotidienne. Nous vivons dans un monde sur le point de s’effondrer. Il n’y aura pas de gagnants dans les guerres de demain car la violence ne sera jamais la réponse. Elle va détruire toutes les solutions possibles.
Si nous examinons nos désirs les plus profonds, nous voyons que nos rêves ne sont pas si différents. Nous partageons un objectif commun : le bonheur. Nous dévastons le monde à la recherche de la joie, sans jamais regarder en nous-mêmes. Beaucoup des personnes les plus heureuses sont celles qui possèdent le moins. Sommes-nous vraiment si heureux avec nos iPhones, nos grandes maisons, nos voitures pour frimer ?
Nous sommes devenus déconnectés. Nous idolâtrons des personnes que nous n’avons jamais rencontrées. Nous assistons à des choses extraordinaires sur les écrans mais, partout ailleurs, il n’y a que de l’ordinaire. Nous attendons que quelqu’un apporte du changement sans même envisager de nous changer nous-mêmes.
Les élections présidentielles pourraient aussi bien se jouer à pile ou face. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Nous choisissons le visage que nous voulons et l’illusion du choix, du changement est ainsi créée. Mais le monde reste le même. Nous ne parvenons pas à réaliser que les politiciens ne nous servent pas ; ils servent ceux qui les ont financés pour arriver au pouvoir.
Nous avons besoin de leaders, pas des politiciens. Mais dans ce monde de suiveurs, nous avons oublié de nous diriger nous-mêmes. Cessez d’attendre le changement et soyez le changement que vous voulez voir advenir. Nous ne sommes pas arrivés au point où nous en sommes en restant assis sur notre cul. Le genre humain a survécu non pas parce que nous sommes les plus rapides ou les plus forts, mais parce que nous avons travaillé ensemble.
Nous avons maîtrisé l’acte de tuer. Maintenant, nous allons maîtriser la joie de vivre.
La question n’est pas de sauver la planète. La planète sera toujours là que nous y soyons encore ou pas. La Terre est là depuis des milliards d’années et chacun de nous aura la chance s’il vit quatre-vingts ans. Nous sommes un éclair dans le temps mais notre impact sera là pour toujours.
« J’ai souvent désiré vivre à une époque où les ordinateurs n’existaient pas encore, quand nous n’avions pas des écrans pour nous distraire. Mais je me rends compte qu’il y a une raison pour laquelle c’est maintenant que je veux être en vie. C’est parce qu’aujourd’hui, une opportunité nous est offerte que nous n’avions jamais eue auparavant. »
Internet nous donne le pouvoir de partager un message et d’unir des millions de personnes dans le monde.
« Tant que nous le pouvons encore, nous devons utiliser nos écrans pour nous rapprocher, plutôt que de nous éloigner les uns des autres. »
Pour le meilleur ou pour le pire, notre génération va déterminer l’avenir de la vie sur cette planète. Nous pouvons soit continuer à servir ce système de destruction jusqu’à ce qu’il ne reste aucune trace de notre existence. Ou nous pouvons nous réveiller, nous rendre compte que nous ne sommes pas en train d’évoluer vers le haut mais plutôt de tomber… nous avons juste ces écrans devant nos visages et nous ne voyons pas où nous nous dirigeons.
Le moment présent est celui où chaque pas, chaque respiration et chaque mort nous a conduits. Nous sommes les visages de tous ceux qui ont vécu avant nous. Et maintenant c’est notre tour. Vous pouvez choisir de tailler votre propre chemin ou suivre la route que d’innombrables autres ont déjà prise.
La vie n’est pas un film. Le scénario n’est pas encore écrit. Nous sommes les auteurs.
C’est votre histoire, leur histoire, notre histoire

 

*** Nous avions consacré un billet à ces deux « choses durables » ici :  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/02/22/deux-choses-eternelles/

 

Scoop : La France n’est plus laïque….

"Le dimanche, au moins on s'arrête !" Une de "La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le dimanche, au moins on s’arrête ! »
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

Cela vous a peut-être échappé, mais le 24 juin dernier, des salariés des Galeries Lafayette et du Printemps avaient protesté, rue de Provence (Paris 9e), contre les récentes déclarations de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du tourisme, sur le travail dominical, dénonçant une étape supplémentaire vers la généralisation(et la banalisation)de celui-ci…
Dans ce cadre, il me paraît utile de relever les propos du président de la Fédération protestante de France, qui s’est interrogé sur le sens de la libéralisation du travail le dimanche :
« Il est question de généraliser l’autorisation de travailler le dimanche… À mes yeux, ce n’est pas une bonne idée ! Qu’un pasteur réagisse ainsi n’étonnera personne, et pourtant ce ne sont pas des intérêts particuliers que je défends. Au contraire, ma démarche est antireligieuse ! Dans ce projet, je dénonce d’abord la religion de la consommation. La tendance à ne plus faire de différences entre les jours pour permettre de travailler et de consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, est l’affirmation sans complexe du culte de la consommation animé par sa prophétesse publicité (dont le credo est la loi du marché). C’est logiquement que le supermarché est devenu le lieu de la célébration par excellence, l’endroit où le travailleur fatigué s’enivre de musiques et de lumières pour mieux sacrifier dans la joie. C’est une expression de la liberté de culte, direz-vous.
Certes, mais ce qui est surprenant, c’est que ce culte semble devenir le culte officiel de notre République qui ne serait donc plus laïque ! Plus que cela, j’avance que ce culte reconnu a un penchant sectaire évident. Ceux qui suspectent sans cesse les mouvements religieux d’égarement, sont curieusement muets devant le lavage de cerveaux que subissent adultes et enfants par le biais d’une publicité omniprésente(…)! Ces défenseurs des innocents semblent indifférents à la frénésie consommatrice, à moins qu’ils n’en soient eux-mêmes le clergé ! Un comble !
Quand la Bible préconise des jours de repos et de fêtes, elle offre du temps pour célébrer Dieu, mais plus largement elle souligne la nécessité pour tout homme de sortir d’un travail dont il est potentiellement l’esclave. Le repos régulier qui peut donc se partager, comme se partage le travail, est alors l’occasion de prendre du recul et de réfléchir sur les finalités de son action.

La religion de la consommation : où cela nous mène-t-il ? Par Andy Singer

La religion de la consommation : où cela nous mène-t-il ?
Par Andy Singer

Pourquoi travailler plus ? Pourquoi gagner plus ? Pour qui ? Pour quelle vie ? Dans quelle création est-ce que j’inscris mon ouvrage ? »
Propos du Président de la Fédération protestante de France, donc. Mais il s’agissait du Pasteur Claude Baty….le 12 décembre 2007 !

Comme quoi, « rien de nouveau sous le soleil », et ici, comme sur d’autres sujets, il s’agit plus de continuité que de réelle rupture…

Et, comme en écho aux propos de Claude Baty, voici ceux d’un député(si quelqu’un connaît son nom…) : « il y a six jours pour avoir et un jour pour être… Tout dépend du type de société vers lequel on souhaite aller.»

En savoir « plus » ou mieux :
Le site : http://www.travail-dimanche.com/
Et le dossier de La Croix sur le sujet : http://www.la-croix.com/lacroixsearch/tag/travail%20du%20dimanche

Dont ces propos de Joseph Spiegel : « Je dois dire que la vie personnelle et familiale relativise bien des fois les questions du rapport au pouvoir, le sens de l’engagement. Je pense que l’on n’est jamais aussi bon dans la semaine que lorsque l’on vit pleinement son dimanche. » (Maire de la ville de Kingersheim dans le Haut-Rhin depuis 1989, ancien professeur d’EPS, qui a refusé la Légion d’honneur, Joseph Spiegel, 62 ans, travaille pour redonner du sens à la politique).
http://www.la-croix.com/Actualite/France/Joseph-Spiegel-Le-dimanche-permet-de-s-interroger-sur-le-sens-2014-06-20-1167409

Texte biblique à lire : « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi.
Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos ». Deut.5v13-15 (voir aussi Exode 16 et Lévit.25)

Un culte à sensations, dont le propre est la réduction de l’espérance de vie…

Qu’allez-vous faire ce week-end ?

 

 

 

Un peu de shopping ?

 

 

 

 

Un homme peut-il se réduire à ne plus être qu’un consommateur ?

Et qu’est-ce que la « vie » d’un consommateur ? Une  « série de nombreuses séquences de nouveaux commencements, où le plaisir du shopping, virtuel ou non, supplante celui de l’achat d’un produit, qui perd très rapidement son attrait »*.

Une vie vouée à un culte (celui du consumérisme), qui consiste, non pas dans l’accumulation des biens, « mais à multiplier les sensations »…Un culte dont le propre est la réduction de l’espérance de vie du désir et « l’exaltation de l’éphémère »*.

Un esclavage permanent.

« D’où viennent les conflits et les querelles parmi vous ? Ils viennent de vos passions qui combattent sans cesse au-dedans de vous.
Vous désirez quelque chose, mais vous ne pouvez pas l’avoir, et alors vous êtes prêts à tuer ;
vous avez envie de quelque chose, mais vous ne pouvez pas l’obtenir, et alors vous vous lancez dans des querelles et des conflits.
Vous n’avez pas ce que vous voulez, parce que vous ne savez pas le demander à Dieu.
Et si vous demandez, vous ne recevez pas, parce que vos intentions sont mauvaises : vous voulez tout gaspiller pour vos plaisirs ».

(Jacques 4v1-3. Bible en français courant)

« Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;
mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ».(Jean 4v13-14)

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive.
Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture », dit Jésus (Jean 7v37-38)

« Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n’a pas d’argent ! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer !
Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas ? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, Et votre âme se délectera de mets succulents ».
(Es.55v1-2)

Notes :

*D’après « Le Bon coin : un bon coup pour la croissance » de Cédric Biagini, IN « La Décroissance », février 2014, numéro 106, p 9.

« Pour vivre esclave, il faut posséder »*

« …la soif de posséder, qui est une idolâtrie. »(Col. 3v5 )

Esclave : qui est sous la puissance absolue d’un maître qui l’a rendu captif ou qui l’a acheté. Et qui donc le possède(cf Rom.6v16).

Aujourd’hui, « pour vivre esclave », il « faut » posséder. Quoi donc ? N’importe quoi. Pourvu que nous soyons persuadés d’être « satisfait », « épanoui », « important », si nous possédons cette « chose » ou ce « n’importe quoi » comme les autres, ou avant les autres.
Mais ce que nous croyons posséder, devenu le centre de nos vies, finit par nous posséder.
C’est ce qui s’appelle « se faire posséder »**.

Patrick McGrath Muñiz "The Escape Plan" ou "Le Plan d'évacuation" (2013)  Huile sur toile 24" x 36"

Patrick McGrath Muñiz
« The Escape Plan » ou « Le Plan d’évacuation » (2013)
Huile sur toile 24″ x 36″

C’est ce qui s’appelle aussi le consumérisme : « une idole ignorée(…)lié à la poursuite du bonheur et de la satisfaction(…)fondé sur le principe de la transformation d’une convoitise en besoin, d’un besoin en nécessité et d’une nécessité en dû », selon Mike Evans. Lequel rappelle qu’« aux États-Unis, le coup d’envoi des achats de Noël est traditionnellement donné le lendemain de Thanksgiving », jour fixé dans les années 40 par
le président Roosevelt « au 4ème jeudi de novembre afin d’étendre la période des achats de Noël, ce qui illustre clairement la subordination d’une fête importante à l’idole de la consommation. Á cette occasion, les grandes marques américaines proposent des rabais importants qui provoquent d’impressionnantes marées humaines dans les magasins(…)
En 2008, 2000 acheteurs n’ont pas su attendre l’ouverture de l’un des grands temples de la distribution. Animés d’une agressivité quasi animale, ils ont détruit les portes du magasin et, dans l’émeute qui a suivi,
quatre personnes ont perdu la vie et de nombreuses autres personnes ont été blessées. Tout cela pour économiser 100$ sur une tablette ! »

Pour mémoire, même s’il n’est en réalité que « bien peu probable » que cela se soit passé un « 25 décembre », Noël est censé fêter ou célébrer la venue du Sauveur dans ce monde. Du Messie, venu « pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres » ; envoyé « pour guérir ceux qui ont le coeur brisé,
Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, Pour publier une année de grâce du Seigneur »(Luc 4v18-19).

Comment alors privilégier une célébration de « Noël » qui ne sera pas « idolâtre » ?

En rappelant « l’esprit du message de Noël », qui pourrait se résumer à ce verset : « Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis »(2 Cor.8v9).

Face à la sagesse de ce monde, recherchons la sagesse de Dieu, notamment à travers le livre des Proverbes, « un mini-guide pour la vie », et apprenons de la grâce de Dieu qui nous « enseigne à vivre sagement, justement et pieusement »(Tite 2v12).

D’autres exemples de « Noël qui a du goût » peuvent se découvrir ici et là(idée des « Christingles »). Vous pouvez aussi organiser, pour Noël, un « banquet mondial »(dont nous avons déjà parlé ici et que nous avons testé sur notre groupe d’ados de l’église, hier, avec d’autres moniteurs)

Notes :

* »Piqué » dans le courrier des lecteurs du dernier numéro de décembre-janvier de « La Décroissance »

** Voir « La Classe ouvrière va au paradis » d’Elio Pétri(1971)

L’histoire de Lulù, ouvrier modèle, dont « la seule ambition dans l’existence est de gagner suffisamment de miettes pour pouvoir, le soir, rentrer chez lui regarder la télévision et acheter, le week-end, les gadgets inutiles qu’il y aura vus vantés par la publicité ».

Hier, je suis devenu encore un peu plus « anti-P »

Aucun signe par Piotr Siedlecki Non merci

Aucun signe par Piotr Siedlecki
Non merci

Comme il est important de pouvoir joindre quelqu’un et être joignable, si nécessaire, je me rends avec ma chère et tendre chez l’opérateur X, hier après-midi, afin de recharger une carte, et être en mesure d’utiliser l’un des portables traînant à la maison.
Fouillant dans la jungle des diverses offres, nous cherchons une formule pertinente pour quelqu’un comme moi, un naïf qui considère (peut-être abusivement) qu’un téléphone sert à appeler et à être appelé, et pense n’utiliser son portable que tous les tremblements de terre, ou plus exactement, qu’en cas de besoin.

œufs de mille ans par Scott Meltzer Du durable ou du limité dans le temps ?

œufs de mille ans par Scott Meltzer
Du durable ou du limité dans le temps ?

Malheureusement, on nous propose, au mieux, que des « illimités limités » dans le temps (une semaine, un mois…) : « si vous n’utilisez pas votre compte dans la semaine, les points non utilisés sont perdus », nous explique la vendeuse…qui a du s’en mordre les doigts par la suite, puisqu’en fin de compte nous déclarons « vouloir réfléchir ». Une façon polie de dire que nous n’achetons rien.

C’est alors que je comprends mieux la raison d’être de certaines habitudes idiotes, comme de téléphoner pour un oui ou pour un non : des systèmes d’abonnements poussant à une consommation excessive (jusqu’à l’inutile) et injustifiée du portable.

C’est alors que deux histoires de science-fiction, lues il y a une vingtaine d’années, me reviennent en mémoire. Quel rapport avec le portable, me diriez-vous ?
A vous de juger :

Quand garder sa paye même vingt-quatre heures, c’est une sorte de suicide moral :
Dans la première partie de son roman « Le Guérisseur de cathédrales »* (1969), l’auteur de science-fiction Philip K. Dick imagine une société, où la monnaie,  sous forme de timbres-prime, se dévaluait très vite par l’inflation. Lorsque l’on recevait sa paye, il fallait s’élancer chaque jour le plus vite possible « vers le Gub, le superhypermarchécentrederédemption universel le plus proche, où l’on échangeait rapidement ses billets contre n’importe quoi : de la nourriture, des magazines, des pilules, un nouveau pull, pendant que l’argent avait encore quelque valeur. Tout le monde faisait la même chose. C’était une obligation ; garder l’argent du gouvernement même vingt-quatre heures, c’était s’imposer le désastre, une sorte de suicide moral. En deux jours, l’argent public perdait quatre-vingts pour cent de sa valeur rédemptrice ».(pp 12-13)

« Comment un homme peut-il devenir « anti-P » ? Il a toujours eu les mêmes idées ? Ou quelle mouche l’a piqué ? »**
Dans une de ses nouvelles, « Foster, vous êtes mort »(1955), le même Philip K. Dick nous décrit un monde marqué par la peur d’une guerre nucléaire, il est bon ton de posséder un abri antinucléaire dernier cri dans son jardin.
Mike Foster est un adolescent considéré comme « anormal » par ses camarades de classe et ses amis, parce que sa famille ne dispose toujours pas d’abri. Il rêve d’être comme tout le monde, afin d’échapper à cette pression sociale qui s’exerce sur lui.

Mais Foster a le malheur d’avoir pour père un homme un « anti-P ». « P » pour « portable » ? Plutôt pour « protection». Car le père de Foster refuse de « jouer le jeu » et d’acheter ce qu’il considère comme une vente forcée. En effet, profitant d’une privatisation à tout crin, y compris la défense(censé être l’un des rares domaines régaliens de l’état), et ce, « pour réduire la dette publique »(en 1955 !)***, des industriels proposent sur le marché des abris anti-atomiques familiaux, chaque année de plus en plus performants, donc forcément de plus en plus chers, et surtout aussitôt démodés.

« Science-fiction », vous avez dit ?

 

*Ed. Pocket(science-fiction), 2006

** »Foster, vous êtes mort », de Philip K. Dick, IN « Histoires de fins du monde ». Le livre de poche, 1974(La grande anthologie de la science-fiction), p30.

**« Une question de concurrence entre les villes pour voir laquelle achèterait le plus de matériel dans le minimum de temps. Améliorer notre cité tout en stimulant l’activité commerciale.  Bien sûr, ils faisaient valoir que si nous devions acheter nos masques à gaz et nos abris contre les bombes, nous en prendrions plus de soin. Comme si nous n’avions jamais endommagé les téléphones et les trottoirs ! Ou les autoroutes sous prétexte que c’est l’Etat qui les a payées. Ou les armées. N’y a- t- il pas toujours eu des forces armées? Est- ce que ce n’est pas le gouvernement qui a toujours organisé des hommes à lui pour la défense ? J’imagine que la défense coûte trop cher. J’imagine que par ce moyen, ils économisent une quantité d’argent et qu’ils réduisent la dette publique. »(op. cit., pp 36-37)

« Dépendance » ? Mais quelle « dépendance » ?

Pierre Carles, documentariste et réalisateur, entre autre, de « Fin de concession », constatait, en 2010 : « Ce qui est en train de se mettre en place autour du téléphone portable, des jeux vidéo et d’internet, avec l’état de dépendance que cette industrie génère chez le consommateur, constitue une entreprise d’occupation des esprits à côté de laquelle la télévision à l’ancienne est de la rigolade(…) À mon avis, la critique de l’information telle que nous l’entendons aujourd’hui sera totalement caduque dans dix ou quinze ans. Ce qu’il nous faudra critiquer, demain, c’est la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes(…)L’iPhone, qu’on le veuille ou non, est une utopie, la promesse d’un monde meilleur où tous les services et les plaisirs seront à portée de main, sans effort, quasi-gratuitement. Un monde meilleur synonyme de sang et de larmes pour la majorité de la population mondiale… Mais nous, qui ne croyons pas en ces utopies bidon, nous ne parvenons pas à fabriquer les nôtres. (…) »  

Enfant avec un ordinateur portable par Alan Toniolo de CarvalhoOù commence la société de dépendance ? Et où s'arrêtera-t-elle ?

Enfant avec un ordinateur portable par Alan Toniolo de Carvalho
Où commence la société de dépendance ? Et où s’arrêtera-t-elle ?

Face à cette société de dépendance, nourrie par la société de consommation (et souvent défendue par les mêmes qui, paradoxalement, parlent « d’assistanat », en réponse à la pauvreté et aux inégalités sociales, comme pour ne pas voir les causes structurelles de telles réalités…), quelle alternative pouvons-nous proposer, nous chrétiens ?

Et comme par un fait exprès, à l’heure où l’on semble incapable de ne pas utiliser son portable, y compris dans les lieux publics, je découvre  justement le fort pertinent « utiliser la Bible comme son portable »(datant d’au moins 2011) : Pouvez-vous imaginer ce qui se passerait si nous traitions la Bible de la même manière que nous traitons notre téléphone portable ? La réponse ici.

De quoi inciter à redécouvrir la révolution technologique la plus audacieuse de tous les temps ! 

« Fenêtre » (A lire avant le 20h)

(Piqué dans le journal « La Décroissance », décembre 2012-janvier 2013, numéro 95, p9)

« Y a toujours un crétin pour enrichir les discussions du poncif suivant :

Les médias sont une fenêtre sur le monde.

Les médias : une fenêtre sur le monde...des médias.La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

Les médias : une fenêtre sur le monde…des médias.
La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

Bon, admettons.  Si le principal média, c’est la télé, massivement regardée entre 20h00 et 22h00, alors qu’est-ce qu’on voit par la fenêtre ?

19h57 : consomme ! Du pâté pour chat, une bagnole, des tartinettes, c’que tu veux, mais consommes !(Des tartinettes de pubs)

20h00 : le journal : c’est la crise. Faut faire profil bas, ne pas moufter.

20h02 : un spécialiste explique qu’il va falloir faire des sacrifices-pour pouvoir concurrencer la chine et pour renouer avec la croissance.

20h03 : les riches sont malheureux car on les taxe trop.

20h04. reportage : il y a des pauvres qui trichent avec les Allocs.

20h05 : les bienfaits du gaz de schiste et d’un nouvel aéroport nantais.

Et jusqu’à 20h30 : la guerre. La délinquance, la drogue, l’immigration clandestine et l’Islam rampant dans nos banlieues.

20h31 : consomme !

20h32 : météo(il pleut)

20h33 : consomme !

20h35 : une bande-annonce pour un film avec un tueur psychopathe

20h36 : consomme !

21h00 : des séries. Au choix : des sociopathes séquestrent, violent et tuent à tour de bras. Des terroristes projettent des attentats sanglants et des bimbos des deux sexes, narcissiques et incultes, célèbrent leur soif de pognon et de pouvoir.

Le tout entrelardé de pages de « consomme ! »

On referme la fenêtre sur ce monde hideux. La vie est ailleurs.