« Ils ont aimé leur prochain » de Nicolas Fouquet : ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité

« Ils ont aimé leur prochain » : 31 témoignages inspirants d’actions solidaires et autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu »

« A quoi ressemble l’amour ? » aurait-t-on demandé un jour à Saint-Augustin. Celui-ci aurait alors répondu :
Il a des mains pour aider les autres.
Il a des pieds pour se hâter vers les pauvres et les nécessiteux.
Il a des yeux pour voir la misère et le besoin.
Il a des oreilles pour entendre les soupirs et le chagrin des hommes(1).

Mais aussi, dirai-je encore, « des oreilles pour entendre le cri de ceux qui ploient sous le joug », cf Exode 2v23-25, et une bouche, pour l’ouvrir « pour les muets et prendre la cause de tous les délaissés » cf Prov.31v8-9]
Voilà ce à quoi ressemble l’amour.

Les 30 portraits – hommes et femmes – esquissés dans le livre de Nicolas Fouquet(2), en charge de l’éducation au développement pour le SEL(3), sont justement de ceux qui, du IVe siècle ap JC à nos jours, « ont aimé leur prochain » en actions et en vérité (cf 1 Jean 3v18). Certaines de ces figures et leurs œuvres inspirées et inspirantes nous sont peut-être plus connues (Martin de Tours et son manteau, Pierre Valdo et « les pauvres de Lyon », William Booth et l’Armée du Salut, Georges Müller et ses orphelinats, Henry Dunant et la Croix Rouge, Martin Luther King et sa lutte pour les droits civiques….) quand d’autres ont été oubliées (tels Caroline de Malvesin, la co-fondatrice des Diaconesses de Reuilly ; Pandita Ramabai, engagée en faveur des veuves et des orphelins et pour l’éducation des femmes en Inde ; ou encore Alexandre Lombard et son original combat – mais toujours actuel – pour « la sanctification du dimanche », pour des raisons « religieuses » mais aussi sociales).  Mais le point commun de toutes ces figures est qu’elles constituent autant de témoignages de vies qui ont trouvé du sens.

Une vie qui a du SENS est une vie UTILE, au service des autres. C’est la raison d’être d’un USTENSILE.

« Ustensiles » dans les mains de Dieu, en qui ils ont mis leur confiance, ces 30 sont aussi des témoignages d’une vie JUSTE. Mais aussi de foi, de fidélité, et d’humilité, soucieux, à l’instar de Caroline Malvesin, de travailler à la seule « gloire de Dieu et non pour la gloire qui vient des hommes », comme de rester d’ « humbles moyens choisis par sa grâce», de sorte que « l’instrument ne se substitue pas à la main qui le dirige »(4).

Aujourd’hui encore, à l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur.

Les courts chapitres qui composent ce livre ne sauraient être lus de manière isolée et indépendante, mais plutôt de manière globale, comme autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu » (1 Pie.4v10). Il est tout à fait recommandable pour être mis dans toutes les mains. Ne manquons donc pas de découvrir ou redécouvrir ces 30 portraits, chacun étant suivi d’une pertinente réflexion ouverte, basée sur un passage biblique, sur ce que nous pourrions retenir de chaque exemple pour nos propres engagements.

Un élément original du livre à souligner : un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Le débat reste ouvert !

Pour finir, vous vous êtes certainement demandé, comme moi, comment et pourquoi l’auteur a-t-il choisi les 30 portraits de son livre ? Et pourquoi 30 et pas 50 ? Questionné à ce sujet par mes soins, Nicolas Fouquet a bien voulu me répondre :

« Dans toute liste, il y a une part de subjectivité. Mais j’ai essayé (avec l’aide de collègues du SEL et de spécialistes du sujet) d’être assez objectif dans mes choix. Certaines personnes se sont imposées à moi car incontournables (William Wilberforce, William Booth, Henry Dunant…). D’autres aussi moins connues semblaient inévitables à partir du moment où l’on creusait un peu le sujet (Joséphine Butler, Anthony Ashley Cooper, Louis-Lucien Rochat…). Ensuite, la présence de quelques-uns pourrait peut-être être débattue mais s’ils sont dans le livre c’est que nous trouvions intéressant de présenter leur parcours.

A l’origine, il s’agissait de chroniques radios. Nous n’avions pas de nombre prédéfini de portraits que nous souhaitions réaliser. Un chiffre de 25 nous semblait cohérent au vu des noms que l’on avait recensé dans notre liste et du fait que ça correspondait à une demi-année de chroniques hebdomadaires (janvier-juin).

En discutant avec Ruben de BLF, nous avons trouvé intéressant d’ajouter aussi des figures vivantes dans le livre (Denis Mukwege, Marthe Girard, Jackie Pullinger…) pour montrer que l’engagement solidaire continue encore aujourd’hui. Nous pouvions alors aller un peu au-delà de 25 portraits. 31 était pertinent mais aussi amusant car ça correspondait au nombre de jours dans un mois : « 1 portrait par jour pendant 1 mois ! ». Voilà l’explication ! »

Merci, Nicolas Fouquet !

 

 

 

Notes :

(1) Citation tirée de Exley, Richard. « Le Christianisme en bleu de travail ». Edition Vida, 1994, p15.

(2) Fouquet, Nicolas. Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité. BLF/SEL, 2017 (Préface de Denis Mukwege, Prix Sakharov, « L’homme qui répare les femmes »). Plus d’informations sur le livre sur ce site dédié et le site de l’éditeur. Retrouvez ces portraits sur le blogue du SEL.

(3) Association protestante de solidarité internationale.

(4) Malvesin, Caroline/ Vermeil, Antoine. Correspondance 1841 – La fondation de la Communauté des Diaconesses de Reuilly. Editions Olivétan, 2007, p41

Six jours avant la Pâque, à Béthanie….

Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare, le mort, que Jésus avait ressuscité d’entre les morts. On lui fit donc là un souper; et Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie donc,

ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. (Jean 12v1-3. Version Darby)

Un repas est préparé pour Jésus, à Béthanie. Matthieu (26v6-13) et Marc (14v3-9) nous apprennent que cela se passe dans la maison de Simon le lépreux (ou l’ancien lépreux). Il est important de s’attarder sur les principaux « personnages » présents dans ce récit : Jésus est l’hôte d’honneur, au centre de la scène. Des amis intimes sont présents : il s’agit d’une famille composé du frère (Lazare) et de ses deux sœurs (Marthe et Marie). Lazare est à table avec lui, Marthe sert et Marie décide d’honorer Jésus d’une manière particulière. Cette scène nous parle à la fois de trois façons d’adorer le Seigneur Jésus, de trois degrés d’adoration progressive, ainsi que de trois préfigurations du Seigneur Jésus.

 

Les trois (Lazare, Marthe et Marie) paraissent comme « en retrait », à leur manière, pour rendre hommage à Jésus. L’important, et l’essentiel, étant le résultat de leur adoration. De plus, chacun des trois semble avoir appris à discerner la volonté de Dieu à ce sujet, exprimant respectivement ce qui est bon (pour Lazare), agréable (Marthe) et parfait (pour Marie), selon Rom.12v2.

Tombes dans la roche par Petr Kratochvil

Tombes dans la roche par Petr Kratochvil

Lazare : on nous précise qu’il s’agit du mort, que Jésus avait ressuscité. Ce rappel est important, car la nouvelle naissance est le point de départ de toute relation avec Jésus. Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Il est assis et ne semble pas très actif mais il a su trouver sa place auprès de Jésus. C’est la bonne et la meilleure place. Le passage ne nous dit pas de quoi Lazare s’entretient avec Jésus, mais il nous est permis de penser qu’il lui rend hommage, en rappelant ce que Jésus a fait pour lui. De même, nous pouvons aisément nous imaginer le contenu de cet entretien, tout simplement parce que nous avons « beaucoup de choses à dire » à Jésus (pour le louer et lui rendre gloire…), depuis que nous le connaissons comme sauveur et seigneur. Lazare est à table avec Jésus et bénéficie donc d’une certaine intimité avec lui, étant honoré avec Lui (il est servi avec et comme lui).

Marthe : le passage nous dit qu’elle servait. Elle est debout et en mouvement. Ce n’est plus ici la Marthe décrite en Luc 10v40-41 : la Marthe « agitée » et « stressée ». Au contraire, son service semble plus apaisé, serein, agréable et humble. Le service rendu par amour paraît efficace et intelligent, raisonnable, spirituel, à l’image du culte auquel nous sommes appelés à rendre, en Rom.12v1, et en Jean 4v 23-24 (une adoration « en esprit et en vérité »)

Marie : nous apprenons qu’ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, elle oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Elle offre ce qu’elle a de meilleur, de plus précieux et de plus coûteux pour Jésus (le prix du parfum représente une année de travail). Elle adore et « déverse » ce qu’elle a reçu, manifestant l’expression de son amour pour Jésus : un amour dont elle a été elle-même remplie au préalable. Le résultat en est une bénédiction pour l’ensemble des personnes présentes : la maison fut remplie de l’odeur du parfum (v3).

 

Ces trois formes d’adoration peuvent être également perçues comme trois degrés d’adoration progressive :

Nous sommes invités, chacun, à nous approcher de Jésus, en expérimentant ces trois étapes. Lazare et Marthe illustrent les deux premières : On goûte ce qui est bon (Lazare), c’est-à-dire, la présence de Jésus, et le service qui suit est rendu agréable pour soi et les autres (Marthe). Mais le point culminant correspond à l’adoration de Marie, qui entre dans une intimité plus grande : elle est très proche de Jésus, en contact direct avec Lui, lui oignant et lui essuyant les pieds avec ses cheveux. Son exemple nous montre ce à quoi nous sommes appelés et exhortés : à offrir (nos) corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu (Rom.12v1). Son sacrifice peut également être considéré comme parfait, parce qu’il est total, effectué dans l’amour.

Enfin, nous pouvons voir dans les actes de Lazare, Marthe et Marie, trois préfigurations du Seigneur Jésus :

Traverser par Radu Pasca

Traverser par Radu Pasca

Lazare, par anticipation, s’identifie au Seigneur, dans sa mort et sa résurrection ; Marthe illustre le serviteur parfait, humble et qui s’efface ; et Marie nous révèle, quant à elle, Jésus, le sacrifice parfait brisé pour nous (Es.53v5) et dont le nom est comme un parfum répandu (Cant.1v3) :

Christ (…) nous a aimés, et (…) s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur (Eph.5v2)