Le Nouveau Catéchisme pour la cité : 52 méditations pour s’attacher aux vérités de Dieu

« Le Nouveau Catéchisme pour la Cité » ou la redécouverte d’une pratique ancienne, nous permettant de revisiter les bases essentielles de la foi, en nous posant les bonnes questions sur « la saine doctrine ».

« Catéchisme » est un terme qui peut sembler suspect, pour ne pas dire inutile, à beaucoup, pour peu que l’on en garde un mauvais souvenir, et « bien peu protestant » à tout évangélique qui se respecte.

Pourtant, « Catéchisme » (du grec « katechein ») signifie « enseigner oralement ou instruire avec des paroles », sous forme de questions-réponses. Et « les catéchètes » font partie des « dons-personnes » que Dieu a donné à l’Eglise, « afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude » (Eph.4v11-13. TOB).

Dans le même esprit, « Le Nouveau Catéchisme pour la Cité », co-édité par BLF (que je remercie pour me l’avoir gracieusement envoyé) et Evangile 21(1),  est une adaptation pour notre temps du catéchisme de Genève de Calvin(1541), des Petit et Grand catéchismes de Westminster (1648) et, surtout, du Catéchisme de Heidelberg(1563), l’un et l’autre représentatifs des richesses et des connaissances que l’on peut trouver dans tous les grands catéchismes de l’ère de la Réforme.

Cette édition dite « dévotionnelle » comprend 52 questions-réponses (soit une par semaine), chacune associée avec un texte biblique, un commentaire d’une figure historique (Augustin, Richard Baxter, John Bunyan, Jean Calvin, Martin Luther, Théodore Monod, Francis Schaeffer…), un commentaire contemporain anglophone ou francophone (Dominique Angers, Henri Blocher, Mike Evans, Kent Hughes, John Piper, Tim Keller, Kevin DeYoung, Paul Wells…) et une courte prière.

Il est divisé en trois sections :
Partie 1 : Dieu, la création et la chute, la loi (20 questions)
Partie 2 : Christ, la rédemption, la grâce (15 questions)
Partie 3 : Christ, la restauration, la croissance dans la grâce (17 questions)

Ce Nouveau Catéchisme nous permet de redécouvrir un type d’exercices auquel nous ne sommes pas(plus) habitués : revisiter les bases essentielles de la foi, en (nous) posant les bonnes questions sur « la saine doctrine » (par exemple : « quelle est notre unique assurance dans la vie comme dans la mort ? » « qui est Dieu ? »), pour une vie plus cohérente, à contre courant du conformisme ambiant, et pour être en mesure de répondre aux interrogations de nos contemporains, sur des bases solides et véritables, et ce, dans un contexte d’incertitudes et remises en cause permanentes.

Excellente idée que ce support agréable, lequel est prévu, non pour soi-même individuellement, mais pour un échange par semaine, au minimum à deux ou trois et à un niveau communautaire : en couple, dans le cadre familial ou dans le cadre d’un groupe de maison, d’un ministère aux enfants (pour peu qu’on l’adapte), voire pour toute l’église, pendant le culte ou une réunion d’étude/de prière. Le principe des questions-réponses favorise l’interaction et l’apprentissage par le dialogue et la mémorisation. Il permet « à la vérité biblique de s’enraciner profondément dans nos cœurs » (Tim Keller) et nourrit également notre vie de prière, nous conduisant dans l’adoration.

« Le Nouveau Catéchisme pour la Cité » est disponible en livre, à l’unité ou par pack de 5, chez l’éditeur et dans toutes les bonnes librairies, mais aussi accessible gratuitement au moyen d’une application web intégrée au site d’Evangile 21.

 

 

Note : 

(1) Cette édition est la version française du « New City Catechism », rédigé sous la direction de Tim Keller. De nombreux articles en anglais ont été traduits en français ; d’autres textes de la version originale ont été remplacés par des articles rédigés par des auteurs francophones.

« La Cabane » : un double défi doctrinal et pastoral pour l’Eglise aujourd’hui (2)

La Cabane, roman de William Paul Young (2009)

Suite de la partie précédente [à lire en premier] consacrée à « La Cabane » de W. Paul Young. Comment expliquer son succès alors que son contenu est problématique ? Quelle est la vision du monde de W. Paul Young, laquelle rend la théologie de l’œuvre problématique ?

Et, question cruciale soulevée à juste titre par Albert Moehler, « ces doctrines aberrantes sont-elles des détails de l’histoire ou le message de l’œuvre ? »(8)

Il semble bien qu’il s’agisse là, non d’un « détail » mais bien du message de l’œuvre. François Brooks(9),  philosophe québécois, souligne que « William P. Young propose quelques innovations dans son roman », tout en surfant sur l’air du temps. « Sans toucher aux attributs classiques de Dieu — bonté, omniprésence, omnipotence, éternité — il insiste sur l’idée que Dieu est d’un amour invincible et d’une liberté totale qui n’exige aucune contrepartie, aucun rituel ou engagement ». En effet, ce Dieu selon W. Paul Young ne juge pas, ne condamne pas et n’intervient pas dans la vie des gens : en présentant une trinité de type familial, l’auteur propose, selon François Brooks(9), « une nouvelle relation à Dieu à l’image de notre devoir parental contemporain », postulant « l’état relationnel, sorte d’état de grâce qu’il oppose à l’autonomie considérée comme néfaste. Déjà présente dans l’air du temps, l’idée est reformulée avec une grande netteté », vu que « la chrétienté est aujourd’hui réduite au simple rôle de consolation individuelle — exempte de rituels — dans un monde morcelé par les médias luttant férocement pour notre temps de cerveau ». Et, poursuit François Brooks(9), « le programme des valeurs proposées par Young fournit une perspective intéressante et novatrice puisqu’il permet à chacun de rallonger une mythologie chrétienne (sic) déjà présente dans les esprits (mêmes occidentaux très répandus) en se la réappropriant pour l’adapter [à sa sauce] aux principales valeurs de l’époque : féminisme, écologisme, individualisme, anticonsumérisme sentimentalisme, populisme et onirisme fantastique ».

Ainsi, cet engouement pour « La Cabane » serait-il révélateur d’une soif de relation avec Dieu, à l’opposé d’une vision jugée « rituelle ou légaliste de la spiritualité parfois reprochée aux chrétiens » ?(10)

En réalité, comme l’analyse finement une journaliste britannique, son succès tient surtout « à  l’appétit sans limite des Américains pour l’auto-édification spirituelle : plus c’est horriblement sucré, mieux c’est ». « La Cabane » semble répondre à un nouveau besoin de spiritualité sans Église, libérée de toute orthodoxie(11). D’autant plus que, de l’aveu de W. Paul Young lui-même : « Je n’aime pas la religion organisée. L’Oregon est l’État où la pratique religieuse est la plus basse, et pourtant je trouve que les gens sont intéressés par les discussions sur Dieu, sur Jésus, sur le sens de la vie et de la mort. Pour moi, les églises se trouvent n’importent où, même dans une cuisine où on partage un repas avec des amis. C’est pour cette raison que j’ai inclus la trinité dans (« La Cabane ») : pour moi, la base de la foi, c’est la certitude que Dieu est là pour aimer, pour faciliter les relations avec les autres.» (12)

« Le chemin du pardon », film de, adaptation de « La Cabane » de W.P. Young.

Nous le voyons donc, du fait de son succès et en dépit de son contenu problématique, « La Cabane » nous lance un double défi doctrinal et pastoral en ce que l’œuvre bouscule nos propres représentations de Dieu, tout en nous interpellant (indirectement) quant à nos façons de répondre et d’accompagner ceux qui souffrent ou sont en quête de pardon (de pardon à ceux qui nous font du mal – un mal « impardonnable », à soi ou même à Dieu) et de sens.

Comment répondre de façon pertinente à ce double défi ? Si je ne m’abuse, les réponses apportées ont été surtout « doctrinales » – contre les erreurs effectives, décelées et dénoncées dans « la Cabane » – et bien peu « pastorales ».

Certes, d’excellentes réponses/pistes doctrinales ont été apportées et celles-ci ne sont pas à négliger(13). En voici encore quatre, parmi d’autres, particulièrement pertinentes, d’autant plus que trois d’entre elles ne concernent pas directement « La Cabane »:

Pour Albert Moehler, déjà cité, « le fait le plus troublant et que tant de lecteurs sont attirés par le message théologique de ce livre, et manque de voir où il contredit la Bible en tant de points.  La réponse n’est pas de bannir la Cabane ou de l’arracher des mains des lecteurs. Nous n’avons pas besoin d’avoir peur des livres – nous devons être capable de leurs répondre. Nous avons désespérément besoin d’une guérison théologique qui ne peut venir que par la pratique du discernement biblique. Cela requiert que nous identifiions les dangers doctrinaux de la Cabane, bien sûr. Cependant, notre vraie tâche est de réhabituer les évangéliques aux enseignements bibliques sur ces questions même, et de déclencher un réarmement doctrinal des croyants chrétiens. La Cabane est un appel au réveil pour les évangéliques chrétiens »(14).

Paul Washer, dont les propos relatifs à l’ouvrage Justification et régénération de Charles Leiter trouvent toute leur actualité (à croire qu’ils aient été écrits pour « La Cabane » !), répond, quant à lui : « Il semble y avoir un énorme abîme entre le théologien biblique et le chrétien ordinaire. Tandis que le théologien réussit à grimper l’Everest de la vérité de Dieu et ainsi être transformé par cette vision, il communique souvent cette vision dans un langage inaccessible. Par conséquent, nous sommes à la merci de la littérature chrétienne populaire qui bien souvent n’est rien d’autre qu’un ramassis d’histoires pittoresques, empreint de pragmatisme et de psychologie christianisée. L’Église contemporaine n’a pas besoin de stratégies, de démarches, ou de clés additionnelles pour comprendre et vivre la vie chrétienne. L’Église a besoin de la vérité, et en particulier, des grandes vérités fondamentales du christianisme historique ». Ainsi, par exemple, « les grandes doctrines de la justification et de la régénération », qui « ne peuvent qu’être considérées dans le contexte d’autres grandes doctrines de la foi, entre autres le caractère saint et juste de Dieu, la dépravation humaine, la propitiation, la repentance, la foi et la sanctification ». Il ne s’agit pas seulement de donner « un aperçu équilibré de chacune de ces doctrines », mais de démontrer à quel point « elles sont étroitement liées pour former la base de la vie chrétienne »(15).

Michel Block, pasteur EPUdF à Brest, lors du forum des Attestants 2018 à Paris, déclare être « très sensible à cet avertissement que Paul lance aux Corinthiens : Autrement, vous auriez cru en vain  (1 Cor.15v2). « Si, comme les Corinthiens du temps de Paul, l’Évangile que nous avons reçu, dans lequel nous avons persévéré et par lequel nous sommes sauvés devait être désormais retenu dans d’autres termes (c’est-à-dire selon un autre fond) que ceux dans lesquels il nous a été annoncé, alors, nous aurions cru en vain, notre foi serait vaine, et la raison d’être de l’Église serait caduque. Je ne veux pas dire que je sois attaché à un conservatisme figé quant à la lettre des formulations de la foi ; je crois même qu’il est nécessaire de chercher les expressions les plus adéquates pour nous faire entendre de nos contemporains, mais cet effort ne doit pas être fourni au prix de l’évacuation de la vérité que ces manières de dire doivent exprimer »(16).

Enfin, le pasteur et « theologeek » Olivier Keshavjee s’interroge, dans un article quelque peu ancien mais toujours actuel lui aussi, sur ce devrait être « la tâche de l’Église dans une société sécularisée » et ce qu’est l’évangélisation dans un tel contexte. Il constate que « de nombreux chrétiens ont accueillis à bras ouvert la sécularisation comme une forme de libération rendue possible par l’Évangile, comme un espace libre de tout contrôle religieux ou idéologique, qui laisse la place à l’individu d’exercer en toute liberté sa propre rationalité et moralité. Pourtant, les dogmes ne disparaissent pas simplement parce qu’on bannit le terme (…) Nous avons besoin d’idoles pour remplir l’espace vacant crée par l’abandon du Dieu vivant. Au final, notre société n’est pas séculière, mais païenne, une société dans laquelle hommes et femmes donnent leur allégeance à des non-dieux. La société sécularisée n’est donc pas un espace neutre et libre dans lequel nous pouvons projeter le message chrétien. C’est un territoire occupé par d’autres dieux. Nous avons à faire à des principautés et pouvoirs(17).

Ceci dit, une réponse pertinente au double défi soulevé par « La Cabane », le livre et le film, se doit d’être équilibrée, et donc toute à fois doctrinale et pastorale, face à ceux qui, aujourd’hui, peinent à saisir la pertinence de l’Eglise avec un grand « E » et de son expression locale, l’église avec un petit « e ».

Face au peu d’importance que W. Paul Young accorde, dans « La Cabane », à l’Eglise en particulier et plus largement à la collectivité/communauté, le même Olivier Keshvajee rappelle fort à propos que « l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. La solitude est une des formes de précarité les plus violentes de notre société. L’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation: c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans dans le regard d’un·e autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique. Tout le monde est invité — y compris ceux que la société considère comme ses déchets, ces gens parfois un peu pénibles, qui nous mettent mal à l’aise, qui sentent parfois mauvais, qui ont souvent mauvaise réputation — ceux vers qui Jésus allait, quoi. Et puis c’est dans l’Église, dans ce contexte d’amour et de vérité que la Parole puissante et guérissante du Christ est appliquée à nos vies, jour après jour, prière après prière, cène après cène, pour nous faire goûter toujours d’avantage à sa libération. Y compris libération de l’alcool, de la coke ou de l’héro »(18).

Et pour finir (provisoirement) sur ce long argumentaire(merci d’avoir lu jusqu’au bout !), voici la propre démarche d’accompagnement du Seigneur Jésus-Christ vis-à-vis des disciples d’Emmaüs en Luc 24v13-35, laquelle devrait nous inspirer, étant remarquable à plusieurs égards :

L’accompagnement de Jésus consiste d’abord à rejoindre l’autre là où il en est et à faire route avec lui ; il se base sur l’écoute, « l’art de poser les bonnes questions » mais aussi sur les Ecritures bibliques, sources de foi et d’autorité pour le chrétien, et témoignant du Dieu véritable.

L’accompagnement, enfin, implique de prendre le temps d’un arrêt pour partager le pain avec celui ou ceux qui souffrent ou qui doutent. Comme nous pouvons le voir en Luc 24v28-35, c’est ce partage du pain qui révèle (ouvre les yeux sur) Christ ressuscité et pousse les disciples « relevés » à revenir vers leurs frères pour leur annoncer la bonne nouvelle (19).

Il en ressort que cette « expérience » des disciples d’Emmaüs d’une rencontre personnelle avec Jésus est plus qu’une simple « expérience » subjective. Elle s’ancre dans la vérité, autant que dans l’amour et la compassion.

Car l’accompagnement véritable en Christ nous permet de connaître la vérité, « une vérité qui affranchit » et rend « réellement libre »(Jean 8v32). Et, n’en déplaise à W. Paul Young, pour pouvoir vivre la liberté, il nous faut donc passer par la libération, soit le fait d’être toujours portée en avant dans un processus d’émancipation(20). Et l’accompagnement s’opère, non pas en « électron libre », mais dans un cadre communautaire. Ce qui implique aussi que se lèvent des personnes appelées, disposés et disponibles pour former, équiper et accompagner.

 

Notes :

(8) https://phileosophiablog.wordpress.com/2017/06/26/la-cabane-ou-lart-perdu-du-discernement-evangelique/

(9) http://www.philo5.com/Cogitations/121018DieuPlaideCoupable.htm

(10) http://www.christianismeaujourdhui.info/articles.php/la-cabane-polar-spirituel-de-l-ete-3233.html

(11) https://www.books.fr/dieu-est-une-femme/

(12) http://www.lapresse.ca/arts/livres/200902/15/01-827524-un-succes-bati-sur-le-drame-et-la-spiritualite.php

(13) A lire, notamment ici https://www.larebellution.com/2017/10/20/la-cabane/ ou https://soyonsvigilants.org/2017/03/27/la-cabane-la-verite-sur-son-auteur-wm-paul-young/)

(14) https://phileosophiablog.wordpress.com/2017/06/26/la-cabane-ou-lart-perdu-du-discernement-evangelique/

(15) http://www.blfeditions.com/justification-regeneration/

(16) https://lesattestants.fr/transmettre-ou-temoigner/

(17) http://www.theologeek.ch/2015/02/27/evangeliser-dans-le-contexte-de-la-secularisation/ 

(18) http://www.theologeek.ch/2014/08/15/leglise-bonne-nouvelle/

(19) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/06/21/quand-le-seigneur-reviendra-sur-la-terre-trouvera-t-il-encore-des-pasteurs/

(20) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/27/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/02/03/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute-2/

 

« La Cabane » : un double défi doctrinal et pastoral pour l’Eglise aujourd’hui

La Cabane, roman de William Paul Young (2009)

« La Cabane : là où la tragédie se confronte à l’éternité », le roman (lu au moment de sa sortie) de William Paul Young paru en 2010, s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires et a été traduit en plus de 30 langues. C’est maintenant un best-seller. Il a même été qualifié de « polar spirituel de l’été » [à moins qu’il ne s’agisse de « polar thérapie » – voir plus loin] et de « fiction spirituelle audacieuse » au moment de sa sortie, dans un article de Christianisme aujourd’hui daté du 17 juin 2009 (1).

« En essence », explique Albert Mohler, « il peut être décrit comme une théodicée narrative – une tentative de répondre à la question du mal et du caractère de Dieu par le moyen d’une histoire » (2). Et ladite histoire raconte comment un homme, « Mack », éperdu de douleur après le meurtre sordide de sa petite fille, rencontre la Trinité dans une cabane perdue dans le bois – et discute des mystères de la vie en tête à tête avec le Père (« Papa », une femme afro-américaine) ; le Fils (représenté par un charpentier juif) ; et le Saint-Esprit (« Sarayu » une femme asiatique). Rêve ou réalité ? Peu importe, semble-t-il, car l’essentiel est que Mack ait fait une expérience.

« La cabane » (ou « le chemin du pardon ») est aussi un film que je n’ai pas encore vu – réalisé par Stuart Hazeldine en 2016, avec Sam Worthington dans le rôle de Mack, adapté du  roman éponyme cité plus haut. Directement sorti en DVD en France, il est distribué par M6 et « Paul et Séphora », et vendu dans plusieurs librairies chrétiennes(3). Aux USA, le film a été le plus gros succès cinématographique sur la foi en 2017, avec 57.386.418 dollars de recettes.

Selon Young, le livre était écrit à l’origine pour ses propres enfants. Pour l’anecdote, aucun éditeur américain n’était intéressé pour publier « La Cabane ». Il a donc publié son livre à compte d’auteur avec, pour tout support publicitaire, un site web à 200 $. Le bouche-à-oreille a ensuite fonctionné. Un an plus tard, « La Cabane » reste en tête de la liste des best-sellers du « New York Times », et vendu à près de 5 millions d’exemplaires(4).

Son succès peut s’expliquer par son contenu, le genre auquel il appartient, et le public qui s’y retrouve. Il plaît parce « qu’il fait du bien » et se fait fort de donner des réponses satisfaisantes aux grandes questions existentielles des lecteurs.

Ainsi, l’éditeur français – Guy Trédaniel, spécialisé en « bien-être », ésotérisme et spiritualité, nous laisse entrevoir une lecture révélatrice, en nous vendant le livre comme novateur et libérateur. Ainsi, comme nous pouvons le lire sur la quatrième de couverture : « Dans ce monde où règnent d’indicibles souffrances, où donc est Dieu ? Les réponses qui seront données à Mack vous ébahiront et… de la douleur, vous passerez à un fantastique message d’espoir ». Et sur le site de l’éditeur consacré au livre : « À la quête policière se mêle une autre recherche, personnelle, littéralement initiatique (…) Une incroyable rencontre a lieu, impensable, que chacun pourra interpréter selon sa sensibilité. Ce n’est plus l’arrestation du coupable de l’enlèvement et du meurtre de Missy qui importe. Ce qui s’impose au lecteur est le merveilleux sentiment d’aller mieux grâce à ce roman. À vous de tourner la première page de La Cabane et de vous laisser guider par Paul Young, à travers ce fascinant suspense initiatique… » Rien moins !

Aujourd’hui, le même W. Paul Young semble croire à fond à l’inspiration et à la puissance de l’impact universel de son livre. A la fin de son roman, il écrit ce qui suit à l’adresse de ses lecteurs : « Le processus de guérison que [le livre] a engendré ne saurait être que l’œuvre d’un Être plus grand que nous tous – pour Sa plus grande gloire. La troisième partie [de l’histoire de la genèse de ce livre] vous concerne donc beaucoup plus qu’elle ne nous concerne. Nous ignorons jusqu’où elle ira et nous nous contentons de la regarder se déployer en poursuivant le plus merveilleux périple de notre vie. » Face aux critiques, Young, interviewé par « Christianisme aujourd’hui »,  estime même son livre « puissant psychologiquement mais aussi théologiquement correct. Théologiquement correct dans l’optique des Pères de l’Eglise »(5).

« Le chemin du pardon », film de Stuart Hazeldine (2016), adaptation de « La Cabane » de W.P. Young.

Ceci dit, il y a de quoi s’interroger sur ce qui pousse certains – la plupart étant des croyants – à chercher des réponses dans un tel livre.  Et du fait de son succès, « La Cabane » nous lance un double défi doctrinal et pastoral en ce que l’œuvre bouscule nos propres représentations de Dieu, tout en nous interpellant (indirectement) quant à nos façons de répondre et d’accompagner ceux qui souffrent ou sont en quête de pardon (de pardon à ceux qui nous font du mal – un mal « impardonnable », à soi ou même à Dieu), d’amour et de sens.

Qu’en est-il exactement ? Passons maintenant à l’analyse de l’œuvre (Je ferai surtout référence au roman, que j’ai lu), autant dans la forme – son genre – et son contenu.

Tout d’abord, peut-on qualifier, à la suite de son auteur, le livre (et le film) « La Cabane » de « Puissant psychologiquement » et « théologiquement correct » ?

Plus exactement, pour Egbert Egberts, pasteur de l’Église Protestante Évangélique à Liège (Belgique), lequel fait une « appréciation » bienveillante de « La Cabane » (6), il ne s’agirait « pas d’un livre théologique, même s’il est rempli de théologie », mais plutôt d’« un genre de thérapie, puisqu’au travers de l’écriture de ce texte, l’auteur écrit sa propre histoire ». Et effectivement, à l’époque où je l’ai lu, j’ai d’abord pensé, « pour sa défense », que « La Cabane » peut être utile de ce point de vue à tous ceux qui traversent une épreuve ou un drame personnel. Néanmoins, s’empresse de préciser Egbert Egberts – et je suis d’accord avec lui – « une thérapie peut vous aider comme elle peut ne pas vous aider. Elle est limitée et subjective par la force des choses [elle n’est donc pas « dogmatique »]. Elle n’est pas toute la réalité, mais seulement cette petite partie observée à travers des lunettes colorées, comme toutes nos lunettes ! Ce livre résume le cheminement personnel d’un homme qui voyage de la souffrance vers la joie. En nous invitant d’entrer dans son histoire, l’auteur nous invite à participer pour un temps à ses tâtonnements et à ses découvertes »(6)

Bref, comme « un aveugle conduisant d’autres aveugles » ? Car, nous prévient Egbert Egberts, « la Cabane n’est pas une réponse totale ou finale aux questions qui sont soulevées. Lire ce livre comme s’il représente tout ce que Dieu veut nous dire est une erreur fondamentale. Le fait même qu’il est une allégorie, un genre de parabole, indique ses limites. C’est pourquoi la cabane peut nous apprendre des choses importantes. Mais, ensuite, notre lecture doit nous mener aux pages de la Bible pour que notre image de Dieu soit juste. Sans cela, notre image serait tordue. Comme tout livre, même quand il nous parle de Dieu et se fonde sur la Bible,  La Cabane est limitée par son auteur (…) On ne doit pas se fier à un auteur, qui qu’il soit. Le service que rend l’auteur est de nous ramener à la Bible et d’en présenter le message de telle façon qu’il éclaire notre foi. Cela conduit naturellement à la vraie limite de ce livre. Ce n’est pas la limite de l’auteur, mais la limite du lecteur »(6).

Tout cela est fort bien dit et l’analyse d’Egbert Egberts peut nous paraître optimiste et rassurante sur certains points, mais le lecteur fera-t-il cette démarche, de « la Cabane » à la Bible ? Cela pourrait être le cas, si « La Cabane » est réellement « théologiquement correct », propre à favoriser une telle démarche et à « éclairer notre foi ». Mais est-ce bien le cas ?

Cette question en appelle une autre : « la Cabane », qui est une œuvre de fiction, peut-elle être un bon outil pédagogique pour parler du Dieu véritable avec ceux qui ne le connaissent pas encore et souhaitent le connaître mieux ? Et que répondre à ceux qui ont « aimé les images de cette fiction », les estimant propres à donner « un élan pour mieux connaître Dieu et continuer de vivre (sa) vie sous son regard » ? Que répondre à ceux qui, coupant court à toute critique, nous répondent que « La Cabane »  n’est « pas un livre de théologie », affichant leur « surprise de la critique qui lui est adressée comme si c’était le cas » ? Car, pour ses défenseurs, « il faut bien dire qu’une fiction reste toujours une fiction », et qu’un film ou un roman, « par définition, n’a pas pour but de reproduire exactement la vérité »…..(7)

Premièrement, face à l’affirmation de Egbert Egberts comme quoi « La Cabane » ne serait pas un livre de doctrine et pas « un livre théologique, même s’il est rempli de théologie », Albert Moehler objecte, au contraire, qu’il s’agit d’« un long argument théologique », qui « ne peut tout simplement pas être nié », d’autant plus que ledit argumentaire théologique (sur la trinité, l’universalité du salut, mais aussi la religion et l’Eglise…) est effectivement de nature problématique. Le fait qu’il s’agisse d’un roman ne change rien, car « beaucoup de romans remarquables et d’œuvres littéraires ont contenus des théologies aberrantes, et même des hérésies »(8).

D’autre part, Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la faculté Jean Calvin, que j’ai questionné à ce sujet, me répond : « Je pense honnêtement que ce livre n’est pas très bon pédagogiquement. Je comprends bien que l’auteur ait voulu écrire une « fiction »… cependant je ne suis pas convaincu que nous puissions vraiment faire de la fiction avec la nature de Dieu. De nombreuses affirmations mises dans la bouche de « dieu » dans le livre sont particulièrement problématiques. Là aussi on pourrait se dire que c’est une fiction. Mais si l’auteur fait parler ses personnages comme si c’était Dieu, quelle est la différence avec la fiction ? Il aurait fallu que l’auteur présente cette nouvelle image de Dieu dans un « autre monde ». Je crains qu’utilisé avec des amis non chrétiens ce bouquin donne une image plus problématique de Dieu… pas très pertinente et parfois pas très biblique. On pourrait craindre une certaine confusion. Alors personnellement je dirai qu’un film ou un livre ne décrit pas nécessairement ce que nous voyons, mais qu’il a toujours un rapport à ce que nous pensons être vrai. Du coup pour La Cabane, on peut utiliser cet argument, mais le livre démontrera toujours quelque chose que pense l’auteur. De la même manière que même dans un truc imaginaire, que je le veuille ou non ma « vision du monde » se dévoilera toujours un peu ».

Justement, quelle est cette vision du monde de W. Paul Young, laquelle rend la théologie de l’œuvre problématique ?

(A suivre)

 

Notes :

(1)http://www.christianismeaujourdhui.info/articles.php/la-cabane-polar-spirituel-de-l-ete-3233.html

(2)https://phileosophiablog.wordpress.com/2017/06/26/la-cabane-ou-lart-perdu-du-discernement-evangelique/.

(3) Avec toutefois des réserves concernant le roman, de la part de La Maison de la Bible : cf https://maisonbible.fr/fr/9879-cabane-la-9782844459886.html

(4) Voir la fiche Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cabane laquelle précise que les informations sur W. Paul Young et son roman proviennent uniquement des interviews données par l’auteur, sans que cela soit corroboré par des témoignages ou d’autres sources.

(5) http://www.christianismeaujourdhui.info/articles.php/en-dieu-il-n-y-a-que-de-la-relation-4587.html

(6) http://www.aepeb.be/liege/Croire/comprendre/LaCabane.pdf

(7) Voir http://cecilebeaulieu.com/ma-lecture-du-livre-le-shack-de-paul-young/ et certains commentaires publiés en réaction à cet article de La Rebellution.

(8) https://phileosophiablog.wordpress.com/2017/06/26/la-cabane-ou-lart-perdu-du-discernement-evangelique/

 

Relisons ensemble l’épître « aux Ephésiens »

Depuis quelques temps, il me semble que tout semble converger-ou inciter-à (re)lire et (re)découvrir l’épître de Paul dite « aux Ephésiens ».

Ce constat vient notamment 1)de préoccupations personnelles récurrentes relatives à la façon dont nous sommes censés vivre en tant qu' »expression locale du corps de Christ »(soit la vie de l’église locale) ; 2)de la relecture(répétée et encore récente) d’articles* relatives à cette lettre, ainsi que 3)du choix de mon pasteur d’étudier « Ephésiens » pendant toute l’année lors des cultes du dimanche. Ce n’est sans doute pas « un hasard ». Ou alors « un hasard avec un grand D ».

Que nous enseigne cette épître ?

Déjà, il s’agit d’une des lettres dites « de la captivité de Paul »(avec Philippiens, Philémon et Colossiens). Ensuite, une remarque, concernant l’intitulé et l’adresse de cette épître particulière impersonnelle : plusieurs manuscrits(et des meilleurs)laissent d’ailleurs « en blanc » la mention du destinataire (« aux Ephésiens »)dans la salutation(1v1). De quoi donner à penser que l’épître de Paul, dite « aux Ephésiens », ne serait pas vraiment(ou exclusivement)adressée « aux Ephésiens »**, mais qu’il s’agirait en réalité d’une sorte de lettre circulaire adressée aux église d’Asie mineure. Elle s’adresse à l’Eglise universelle ou au corps de Christ, composé de tous les croyants en Christ. Vous pouvez donc tout à fait la lire aujourd’hui, comme si elle était adressée à votre propre communauté(« A l’église-ou « aux Saints »-réunie à Paris, Lyon, Marseille », etc…) Une lettre actuelle, donc.

Quel est son contenu ?

Son thème central est « le mystère de Dieu » pour le salut du monde, voilé durant les siècles, accompli en Christ, et maintenant révélé, « déployé » dans l’Eglise. Paul n’écrit pas en réaction contre des fausses doctrines(à l’instar de l’épître aux Colossiens ou aux Galates), ou pour répondre à des questions(Corinthiens), mais pour transmettre un exposé de la doctrine, des vérités divines, pour consolider la foi des croyants.

Une épître courte et dense, riche en enseignements, à une époque où ce qui est « doctrinal » semble actuellement dévalorisé au profit de « l’expérience », et tout à fait cohérente.

Elle est aussi très bien structurée : On relève une première partie(ch.1-3) sur Dieu(le « Dieu trinitaire » cf ce que l’on y apprend de Christ et du Saint-Esprit, par exemple : wow !), ce qu’Il a fait(voir les verbes d’action du ch.1 le concernant, et ce qui nous reste à « faire », de notre côté), l’Eglise, notre position en Christ, ainsi que sur ce à quoi nous sommes prédestinés et ce pourquoi nous avons été adoptés(Eph.1v1-12). Suit une seconde partie(ch.4-6), relative aux applications pratiques de ce qui précède et que l’on pourrait résumer en gros : « vous êtes[et vous savez pourquoi], soyez », ou « vivez comme tels ». Ainsi : ne cherchez pas à « faire »(ou à « fabriquer »)l’unité : « vivez (dans) l’unité » ou « gardez l’unité »(Eph.4v3. Comp. avec 2v11-19) ; ou ne cherchez pas à « faire pour être »… « des enfants lumière », mais « marchez comme des enfants de lumière », produisant « le fruit de la lumière »(Eph.5v8-9). « Soyez » ou « ne soyez pas », non parce que « ce serait bien » ou parce que « ce serait mal », mais parce que « c’est ce que vous êtes », ou parce que « c’est contre-nature ». Et vivez, non pas de manière individuelle, individualiste, mais dans la communion, l’amour, la réciprocité…

Un élément marquant, pour moi, aujourd’hui, dans cette lettre : aux chapitre 1-2, il est fait question des « richesses infinies » de Dieu, réservées et au bénéfice, non pas d’une personne, ou d’un petit groupe de personnes, mais de toute la communauté. Face à ces « richesses infinies »(célestes, spirituelles), quelle attitude devons-nous adopter, nous croyants ? Sera-t-elle différente de celle que nous devons adopter ou manifester, face aux « richesses(ressources) finies »(ou terrestres) ? Comment manifesterons-nous ainsi le caractère de Dieu, marqué par l’abondance, la générosité, la sagesse et la justice ?

En étant de « bons (et fidèles) intendants des diverses grâces de Dieu », servant les autres et non nous-mêmes ! (1 Pie.4v10. Comp. avec Marc 6v43-44)

 

 

Notes :

* « Connaître le Dieu trine »(prédication pêchée sur le blogue « Théologeek ») et « voler et copier dans le cadre de la communauté »(article auquel je fais référence ici)

**Ephèse, une cité grecque d’Asie mineure dont la fortune ou la prospérité semblait venir de toute une industrie au service de la déesse Artémis(ou Diane). Comparer avec Actes 19.