« Si tu entends dire…. » : vérifie avant de publier !

Cartoon de Kevin KAL Kallaugher. Publié, semble-t-il, pour la première fois, dans "The Baltimore Sun" in 1989. Et repris par The Economist, en Novembre 1997, pour sa couverture.

Cartoon de Kevin KAL Kallaugher. Publié, semble-t-il, pour la première fois, dans « The Baltimore Sun » in 1989. Et repris par The Economist, en Novembre 1997, pour sa couverture.

Et non le contraire !
« Si, dans une des villes que le SEIGNEUR ton Dieu te donne pour y habiter, tu entends dire que des vauriens sont sortis du milieu de toi et ont entraîné les habitants de leur ville en disant : « Allons servir d’autres dieux » – des dieux que vous ne connaissez pas –, alors tu te hâteras de colporter la nouvelle à toute ta parenté, tes amis, tes voisins et tu les inviteras à faire promptement de même… » (Deut.13v13-15. TOB)

Si c’est ce que tu lis dans ta Bible, alors change de Bible. Et pourtant, c’est ce que certains d’entre nous ont tendance à faire : publier d’abord (sur twitter, sur facebook…) et vérifier ensuite, une fois les dégâts constatés. Quand la vérification est faite !

Le passage exact est en réalité celui-ci :

« Si, dans une des villes que le SEIGNEUR ton Dieu te donne pour y habiter, tu entends dire que des vauriens sont sortis du milieu de toi et ont entraîné les habitants de leur ville en disant : « Allons servir d’autres dieux » – des dieux que vous ne connaissez pas –, alors tu feras des recherches, tu t’informeras, tu mèneras une enquête approfondie…. » (Deut.13v13-15. TOB)

 
« Si tu entends dire…. »

Nous recevons des informations de toutes sortes, venant de canaux très différents qui nous sont plus ou moins familiers : famille, voisins, amis, collègues de travail, médias, institutions…
Une « masse » qu’il faut savoir trier, vérifier…et même « vérifier deux fois » (c’est une règle de base à la BBC). Quel que soit notre maturité ou nos connaissances, nous pouvons être soumis à la manipulation, à la propagande ou bien au marketing publicitaire. Si nous reprenons une nouvelle quelconque, celle-ci doit être absolument certaine et vérifiée. En aucun cas, nous ne pouvons la communiquer telle quelle. Nous devons aussi toujours citer la source exacte. Si nous ne la trouvons pas, nos « lanternes rouges » devraient aussitôt s’allumer.

Une information – qui n’est pas une opinion – répond généralement à ces six questions : qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi. Je serai véritablement informé si j’ai des réponses claires à toutes ces questions. A noter que le rôle et la responsabilité de celui ou celle dont c’est le métier d’informer est « de rassurer, d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages ».
Parmi d’autres, le journaliste et essayiste Jean-Luc Martin-Lagardette(1) nous invite aux bons réflexes suivants, face à l’information :

Premièrement, il importe avant tout d’être conscient que si une information est collectée, mise en forme et diffusée par quelqu’un, c’est parce que ce quelqu’un a intérêt à le faire : par exemple, pour des raisons économiques/financières, mais aussi idéologiques, affectives ou morales. L’intérêt de l’émetteur (est-il également le producteur de l’info, ou juste un « relai » ?) n’est pas un mal en soi, surtout quand il est clairement affiché. « Mais il y a manipulation quand l’intérêt véritable de l’émetteur est caché, et quand il ne sert pas le contenu du message »(1).

Ensuite, dira-je, lorsque l’on me communique une information, je dois impérativement me poser les questions suivantes avant de relayer quoique ce soit à tous mes contacts : qui me le dit ? Pourquoi me le dit-il ? Est-il bien placé pour le savoir ? Comment le sait-il ? D’où le tient-il ? Est-ce vrai ? Puis-le vérifier ? L’ai-je vérifié ?

D’autre part, « informer, c’est choisir. Et choisir, c’est renoncer ». Néanmoins, il est essentiel d’être impartial, soit de manifester l’attitude « de celui qui voir les choses sans parti pris et de qui est capable de rendre des faits de la façon la plus complète possible, sans omettre ce qui nous gène »(1). Deux qualités permettent d’atteindre l’impartialité attendue : être honnête (par rapport à nous-mêmes) et équitable (par rapport aux personnes).

Ainsi, au cas où nous aurions « entendu dire », sommes-nous allés chercher l’information « à la source », sur le terrain ? Avons-nous pris l’avis de toutes les personnes concernées ? Ou bien n’avons-nous qu’une information de « seconde » ou de « troisième main » ?

Savons-nous de quand date l’information ?

Avons-nous négligé certaines sources, même si elles peuvent nous paraître « farfelues », « saugrenues » ?

Ex : « Ils tinrent ces discours pour des rêveries, et ils ne crurent pas ces femmes » (Luc 24v11)

Nous contentons-nous de sources « officielles » ou « institutionnelles » ? Reproduisons-nous sans enquête et sans vérification d’autres sources ?

Ex : « (les principaux sacrificateurs) après s’être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, en disant : Dites : Ses disciples sont venus de nuit le dérober, pendant que nous dormions. Et si le gouverneur l’apprend, nous l’apaiserons, et nous vous tirerons de peine. Les soldats prirent l’argent, et suivirent les instructions qui leur furent données. Et ce bruit s’est répandu parmi les Juifs, jusqu’à ce jour ».(Matt.28v11-15)

Gardons-nous de la distance avec les sources « amies » ou proches de notre référentiel cognitif ou idéologique ? Avons-nous pris le temps d’étudier les sources « ennemies » ou opposées, ou « différentes » ?

Nous savons aussi qu’un « témoin unique » est un « témoin nul » : avons-nous pris la peine de multiplier les sources (au moins « deux ou trois » vrais « témoins » cf Deut.17v6), si possible concurrentes ?

Développons-nous une pensée personnelle, ou bien reproduisons-nous celle du groupe, de notre groupe ?

Avons-nous correctement « hiérarchisé » l’information ? C’est-à-dire, mettons-nous bien avant ce qui est capital, vital, le plus important, ce qui est de nature à édifier, et non à divertir, distraire ? Ne grossissons-nous pas des broutilles, pour créer et nourrir le scandale, au détriment de faits plus impliquants ?(1)
Bref, s’informer et informer correctement prend du temps, et peut être dangereux. Certains journalistes ou reporters en savent quelque chose ! Mais nous pouvons nous montrer moins exigeants et plus « légers », par paresse ou même…lâcheté.

 

Pour aller plus loin :

La fin de notre passage (vv15-16) peut nous paraître plutôt « raide ». Néanmoins, elle me paraît édifiante à deux points de vue :

  • Etre « bien informé », après une enquête sérieuse, est une chose. Agir en conséquence en est une autre. C’est même la suite logique.
  • Etre informé, c’est être responsable. Et les premiers informés – et donc les premiers responsables – restent les autorités et les habitants de la ville coupable d’idolâtrie, qui ont choisi le « laisser faire », croyant sans doute(à tort) « bien garder ». L’on comprend alors mieux la conséquence du jugement, en rapport avec la négligence relevée. Nul ne peut dire, dans ce cas : « je ne savais pas !… »

Maintenant, à vous de jouer, face à l’information !

 

 
Notes :

(1) D’après Martin-Lagardette, Jean-Luc. Décryptez l’information. Dangles éditions, 2014, PP 7-9, 46-47
Le même JL Martin-Lagardette, lors d’un atelier sur « la transparence comme outil », a estimé « qu’il faudrait instaurer politiquement, juridiquement, économiquement, professionnellement la base d’un droit à l’information. Il serait nécessaire de se battre pour cela. Il faudrait affirmer et inscrire, peut-être dans la Constitution, le droit du citoyen a être correctement informé, c’est-à-dire être éclairé le plus objectivement et impartialement possible sur tous les enjeux de la vie démocratique afin qu’il puisse former librement son opinion personnelle(…)La liberté d’expression ou d’opinion existe, pas celui du droit du public à être informé correctement. Cela n’a rien à voir. Il n’y a pas encore de droit à l’information ». (p 16 du doc)
Université d’été 2005 de la communication sur le développement durable de l’ACIDD(Association Communication et Information (& Innovation) pour le développement durable) et Comité 21. Sur « le droit à l’information », voir cet article du 27/10/14(« le droit à l’information, ses conditions et ses conséquences ») sur Acrimed.

Et encore :
Sur le site « 24h dans une rédaction ».

Notre article sur l’évaluation de l’information sur le web.

Agressions de Cologne : D’un certain traitement médiatique qui s’appelle « bâtonnage »

Quel devrait être le rôle des médias ? « De rassurer, d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages », lisait-on dans ce manifeste de la revue « R de Réel », le 1er mai 2002.

Puisque l’on en parle, la façon dont les médias ont traité « les agressions de Cologne » est, à cet égard, édifiant. En gros, comme le résume assez bien Basta mag, « la police de Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne », avait enregistré mardi 5 janvier 2016 « quatre-vingt dix plaintes pour des faits de vols et d’agressions sexuelles, dont une plainte pour viol, perpétrés la nuit de la Saint-Sylvestre. Tous se sont produits sur une place centrale de la ville, entre la cathédrale et la gare. Cette masse d’agressions scandalise l’Allemagne ».

Parmi d’autres médias, Paul Ohlott, le principal animateur et « rédacteur » d’un blogue d’ « Actus chrétiennes », pensait-t-il avoir trouvé un sujet « en béton », bien polémique, propre à provoquer « la baston » ? Le 8 janvier, il publie ce billet intitulé : « Un millier de réfugiés syriens, « tout juste arrivés en Allemagne », ont agressé sexuellement des femmes… ».

Ledit « billet » est en réalité un simple copier-coller d’un article publié sur 20 minutes, dont le titre originel est tout autre : « VIDEO. Agressions sexuelles à Cologne: Des policiers allemands mettent en cause des réfugiés syriens ». Remarquons cette pratique utilisée par Paul Ohlott et que l’on appelle, en jargon du métier, du « bâtonnage » de dépêches. Il s’agit de « l’une des tâches les plus ingrates d’un journaliste », explique Alice Antheaume sur son blog « WIP(« Work In Progress ») : soit de réécrire une dépêche fournie par une agence (type AFP ou Reuters) « en la remaniant à la marge » et, au besoin, en rhabillant les titres…. « Le bâtonnage serait le symbole de la paupérisation de la profession de journaliste, et, de surcroît, le chemin de croix des «forçats de l’info», ces soi-disant OS de l’Internet qui travaillent sur des sites de presse, des pure-players, mais aussi sur des plates-formes de contenus, comme Orange, Yahoo!News ou Dailymotion, ou pour des agences. On dit «bâtonner de la dépêche» ou «bâtonner» tout court. ».

En gros, « l’info » sur le sujet « d’actu » du jour tombe et « il faut la traiter le plus vite possible ». C’est à dire : copier-coller la dépêche, la toiletter un peu en changeant le titre, et « publier », espérant provoquer le buzz et la polémique. Valeur ajoutée ? Nulle. Or, pour l’essentiel, le contenu quotidien proposé par « Actus chrétiennes » relève justement plus du « bâtonnage » ou du recyclage d’articles provenant d’autres sites(le ton polémique en plus), que d’un véritable travail d’écriture ou d’enquête de terrain.  Le reste étant constitué de billets d’humeur ou « coup de gueule »(qui ne coûtent pas cher) rédigés par Paul Ohlott lui-même.

Mais le plus grave est ailleurs, car en publiant trop vite des affirmations non vérifiées sur le nombre et l’origine des agresseurs, et qui se sont avérées fausses(1), à l’instar d’un grand nombre de médias « non chrétiens », notre « rédacteur » tend le bâton pour se faire battre.

Ainsi, au milieu de plus de 150 commentaires, dont la plupart se passeraient de commentaires, l’internaute Tania réagit (9 janvier 2016 • 19 h 06 min ) : « Bon..ok ..Relisez bien votre titre en gras pour l’article… Ensuite regardez comment votre nez est en train de pousser comme Pinochio….. Euh..sans blague …it’s sure ?:  » Un millier de réfugiés »? .. ont agressé sexuellement. Est-il besoin d’écrire un mensonge (au sujet du millier ayant sexuellement agressé..) pour alourdir une réalité criminelle déjà sordide ? Avez-vous un objectif opportuniste (malsain) derrière ce shmilblick?….Un peu d’objectivité vous redonnerait de votre étoffe de vrai journaliste, pour l’instant vous nagez dans le compromis douteux ».

Mais lui, Rédaction, « voulant se justifier », répond (10 janvier 2016 • 0 h 20 min ) : « Le titre est juste. Il y a eu plus de 300 plaintes en une nuit ».

Ce à quoi réplique Tania (10 janvier 2016 • 7 h 46 min ) : « Le titre est faux : seulement un pourcentage de ces trois cents agressions (très important, certes) concerne des agressions sexuelles. Par ailleurs les informations disent bien qu’il y a un très grand nombres des criminels qui ont été identifiés comme étant des réfugiés syriens mais elles ne disent pas qu’il s’agit d’ « un millier » de réfugiés qui ont commis des viols sexuels sur 300 civils. Vous vous enfoncez comme d’habitude dans votre entêtement ….alors que vous avez clairement tort… » 

Plus exactement, comme nous en informent notamment La Croix, ou encore Basta mag, « selon la police de Cologne, dès 21 h le soir du 31 décembre, plusieurs centaines de personnes, en majorité des hommes, se trouvaient sur cette place du centre de la ville. En partie ivres, ils lançaient pétards et feux d’artifices – qui sont en vente libre et autorisés en Allemagne pour la Saint-Sylvestre. À 23 h, la foule regroupe un millier de fêtards et de badauds. La police est présente sur les lieux. Elle intervient même pour faire évacuer une partie de la place. Mais ce n’est qu’après qu’elle se rend compte des agressions dont ont été victimes, en majorité, des femmes. Les plaintes de femmes agressées, souvent pour des vols de portefeuilles et de portables, commencent à affluer. Dans un communiqué, la police déclare que « les suspects tentaient, par les attouchements, de détourner l’attention des femmes à qui ils étaient en train de voler des objets de valeurs ». Elle fait aussi état de témoignages selon lesquels les agresseurs auraient été d’« apparence nord-africaine ». L’élément a ensuite été repris sans précaution par un grand nombre de médias. Pourtant, mis à part ces suppositions basées sur leur apparence, la police n’a fourni aucun élément officiel sur les agresseurs ». Le mercredi 6 janvier, Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (État-région dans lequel se trouve Cologne) avait indiqué « que la police avait pour l’instant ciblé trois suspects. Aucun élément n’avait pour l’instant été fourni sur leur identité »(2). Mais, relève encore Basta, « depuis que la police a fait état de témoignages selon lesquels les auteurs seraient des hommes « d’apparence nord-africaine », c’est un flot de préjugés racistes qui a pris le relais de l’indignation sur le sort réservé aux femmes ce soir là à Cologne – et à leur quotidien dans l’espace public ».  »

Devant des élus locaux, le ministre de l’Intérieur régional a mis en garde contre une stigmatisation des étrangers : « Stigmatiser un groupe (de population) comme des agresseurs sexuels est non seulement une erreur mais aussi dangereux. C’est ce que font les charognards de l’extrême droite, c’est leur seul argument ».

Prudence que n’a pas eu le « rédacteur » d’un blogue qui se fait pourtant fort d’offrir des « actus chrétiennes », comme le relève l’internaute Yves (10 janvier 2016 • 10 h 35 min ) : « 300 plaintes ne signifient pas un millier de coupables et un millier de coupables ne sont pas nécessairement un millier de « réfugiés syriens ». Vous aviez le choix d’un titre plus prudent et objectif, ne nous dites pas que ce n’est pas à dessein que vous avez choisi celui-là où je vois très bien votre intention dans la surenchère et l’incitation à la haine. C’est votre responsabilité entière d’en assumer maintenant les appels au pogroms contre les mosquées mais c’est aussi celle de vos lecteurs de vous dire le cas échéant leur dégoût pour un procédé journalistique indigne d’un chrétien et même d’un simple citoyen soucieux de vérité ». Et même d’aller voir ailleurs.

Effectivement. Comme dit l’adage journalistique, « informer, c’est choisir ». Et l’on choisit selon un but bien déterminé. Quel a été celui de « Rédaction » ? Chacun jugera, mais l’on serait en droit de se demander, à l’instar de Titi (8 janvier 2016 • 21 h 44 min ) « quel est le lien entre cet article et le christianisme ». Et de réclamer, si c’était possible : « svp que actu-chrétienne devienne actu-évangélique ». En clair : un site porteur de « bonnes nouvelles »(c’est le sens d’ « évangile ») ou de bonnes nouvelles édifiantes, plutôt que des unes à caractère raciste, racoleur et populiste « pour faire le buzz », ou des publi-reportages et autres divertissements people….(3)
Serait-ce « demain la veille » ? En attendant, en plus d’être bien peu fiable, Actu (vraiment ?) »chrétienne » paraît plutôt représentatif de ce que l’on peut appeler un site « involontairement pédagogique », vu que l’on peut y apprendre tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de déontologie de la presse. Il serait temps que les Evangéliques se montrent beaucoup plus exigeants en matière d’éthique et de déontologie de la presse, et décident de prendre à bras le corps cette problématique relative de ce que seraient des médias sérieux et indépendants, réhabilitant un véritable travail de journaliste. Lequel journaliste jouerait, non un rôle de simple « publiciste » ou d’un organe de presse qui dirait ce qu’il faut penser, mais un rôle de journaliste, soit d’information, d’explication et d’interrogation, à mille lieux d’analyses superficielles et catastrophistes, jouant sur le scandaleux et suscitant une indignation stérile.

 

Notes :

(1)Alors même que la police n’avait, au moment des faits, arrêté que trois suspects sur lesquels elle n’avait communiqué aucun élément officiel.

(2)  Selon La Croix, la presse locale à Cologne a parlé « d’une expédition menée par un groupe de gens cherchant à en découdre avec des étrangers à Cologne après les violences du Nouvel An. Le rapport du ministre est le premier du genre alors que la police locale de Cologne depuis une semaine s’est distinguée par une communication confuse et très parcimonieuse. De nombreuses zones d’ombre demeurent : comment les agressions ont-elles pu prendre une telle ampleur sans que la police n’intervienne alors qu’elle était à proximité ? Pourquoi a-t-elle attendu plusieurs jours avant d’en révéler l’ampleur ? Et les violences étaient-elles planifiées ? »

Voir aussi : http://rue89.nouvelobs.com/2016/01/11/facebook-les-refugies-syriens-denoncent-les-agressions-cologne-262783

 (3) Si c’était encore « un accident » ! Mais à noter que le 7 décembre 2011, Actu « Chretienne » nous offrait de regarder « un reportage percutant réalisé par CBN News », affirmant qu’à Oslo « 100% des viols » auraient été « commis par des non-norvégiens »(soit « des immigrés » en Norvège). Une « info » à 100 % bidon, par ailleurs abondamment relayée par la plupart des sites d’extrême-droite. A l’époque, il était aussi question de tenter d’expliquer les causes d’une agression (ici l’attentat d’Oslo) par le biais de l’immigration. Une triste impression de déjà vu, à comparer avec http://www.lexpress.fr/actualite/politique/oslo-un-proche-de-le-pen-berne-par-une-fausse-info_1018082.html

 

 

 

 

 

Pour être certain, face à la pression médiatique, il faut savoir(valablement)douter !

 

« Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez selon la justice » dit Jésus (Jean 7v24)

« Tu ne répandras point de faux bruit. Tu ne te joindras point au méchant pour faire un faux témoignage. Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal ; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice ». (Exode 23v1-2 et ss)

« L’Éternel descendit pour voir la ville…. » (Gen.11v5)

« Si tu entends dire au sujet de l’une des villes que t’a données pour demeure l’Éternel, ton Dieu : Des gens pervers sont sortis du milieu de toi, et ont séduit les habitants de leur ville en disant : Allons, et servons d’autres dieux ! des dieux que tu ne connais point, tu feras des recherches, tu examineras, tu interrogeras avec soin… » (Deut. 13v12-14)

 

Vous connaissez peut-être, ou vous avez peut-être lu, l’histoire des « Douze hommes en colère »(« Twelve Angry Men« ), pièce de théâtre(1953) de Reginald Rose(qui a été lui-même juré), adaptée au cinéma par Sidney Lumet(1957) : Douze jurés(des hommes, tous des blancs)statuent  sur le sort d’un accusé. Leur jugement devra être unanime pour être validé. Si l’accusé est déclaré coupable par le jury, il sera condamné à mort. Or, l’accusé est un jeune garçon(18 ans environ) d’origine latino-américaine. Enfermés dans une pièce,

11 "Coupable", et un seul "non coupable" ! Scène de "Douze hommes en colère" de Sidney Lumet (1957)

11 « Coupable », et un seul « non coupable » ! Scène de « Douze hommes en colère » de Sidney Lumet (1957)

les jurés votent coupable, sauf un, le juré numéro huit. Non pas parce qu’il est convaincu de l’innocence de l’adolescent, mais parce qu’il a un « doute valable ». « Douze hommes en colère » n’est pas à proprement parler « un plaidoyer contre la peine de mort ». Mais il pose de bonnes questions : comment douze jurés tirés au sort, qui ne connaissent pas l’accusé, à qui l’on n’a donné qu’une vision souvent partielle des faits et qui n’ont pas directement assisté à la scène, peuvent-ils déclarer qu’un homme mérite la mort ? Comment peut-on être certain de la culpabilité ou même de l’innocence d’un homme ?

Douter, moi ?  Lee J. Cobb, le "juré numéro 3", dans une scène du film "Douze hommes en colère" de Sidney Lumet (1957)

Douter, moi ?
Lee J. Cobb, le « juré numéro 3 », dans une scène du film « Douze hommes en colère » de Sidney Lumet (1957)

Peut-on condamner quelqu’un, en cas de « doute valable » ? Une pièce(et un excellent film) essentielle et toujours d’actualité.

Ce « droit au doute valable », le site « Debunkers »* choisit de l’exercer à propos d’une délicate et sordide affaire, relative à une institutrice de Joué les Tours, accusée dans une vidéo du collectif JRE de Farida Belghoul**, d’avoir incité des enfants de maternelle à pratiquer des attouchements sexuels. Puis à se faire des « bisous ». Le tout en présence de la classe et d’un autre adulte. La source est un article de la page facebook des JRE** 2014.

On pourra peut-être trouver à redire sur un certain manque de rigueur dans la forme et le ton employé par les Debunkers(A noter que je ne partage pas leur conception du « genre » : sur ce point, pas d’innovation de leur part par rapport aux médias « classiques »). Mais il me paraît intéressant de noter la démarche du site, qui titre prudemment de la sorte le billet suivant consacrée à cette affaire :

« Affaire possible*** de pédophilie à Joué les Tours, curieux comportement de la soralodieudosphère ».

« Farida Belghoul aurait été alertée par la « responsable locale des JRE »[qui dénonce l’enseignante dans une vidéo postée sur Youtube-retirée à la demande du rectorat d’Orléans-Tours] et se serait rendue sur place le 28 mars où elle aurait été reçue à 19h30 par la directrice de l’école. Une « centaine de mamans » étaient présentes.
Le premier article a été publié le 28 mars avant 22h30 (voir l’heure et la date du premier commentaire).
Puis à 2h du matin ce jour (dimanche 30 mars) dernière publication:
-un certificat médical établi au CHRU de Tours (Urgences pédiatriques (voir les éléments de la capture d’écran) établi le 28/03/2014:
et une main courante établie le 29/03/2014 à 19h20″.
[Note : documents consultables sur la page Facebook de la JRE 2014]
Comme souligné précédemment, l’affaire est délicate****, puisqu’elle implique de très jeunes enfants, premières victimes.  Cependant, il importe aussi de savoir exactement ce qui s’est passé. Et donc d’être capable 1)de ne pas se laisser submerger par l’émotion occasionnée par l’affaire, et surtout 2) de ne pas laisser son cerveau au placard. Ainsi, « les Debunkers tiennent à soulever quelques points qui leurs paraissent pour le moins curieux ».

Par exemple :

-Aucun site internet ne reprend l’affaire sauf l’extrême droite (…)
[ Note perso : la consigne donnée sur la page Facebook de JRE 2014 est celle-ci : « Les trolls vont se déchaîner. Ne leur répondez pas »,  alors qu’il est pourtant essentiel de prouver ce que l’on avance-surtout dans le cas d’une si grave accusation-et de rendre compte à qui le demande légitimement]
-Aucune photo, aucun point sur aucun forum malgré la présence d’une « centaine de mamans » présentes le vendredi soir. Pas de présence de policiers sur les lieux… a part un posteur qui signale leur présence discrète ce soir là…. Mais toujours pas de photos.
-AUCUN TEMOIN parmi la « centaine de mamans » n’est venu confirmer la relation de cette présence ce soir là sur les pages des JRE…
-La maman de la petit fille de l’histoire est « curieusement » absente.
-Il est invraisemblable qu’elle n’ait pas assisté à l’entretien avec la directrice, ni que les autres parents des enfants, témoins de la scène se soient manifestés. Alors que Farida Belghoul, parfaite étrangère à l’histoire ait été reçue en grande pompe comme un ministre.
-AUCUN tampon officiel sur les deux documents « officiels » présentés.
(…)
-Normalement un commissariat ne délivre pas la main courante, mais un récépissé, la main courante étant stockée dans un registre.
(…)
« Pour autant », relève Debunkers, « la liste de ces bizarreries n’en fait pas une manipulation à ce jour »(…)Pour tout étrange que semble cette affaire elle est parfaitement possible !
Cet article a été réalisé afin d’inciter à la prudence, plutôt que de relayer sans discernement cette accusation ou d' »appeler  au bûcher tous les responsables, les journalistes qui cachent l’affaire, etc… » 

Il est aussi pertinent de prendre du recul et de réfléchir quant aux méthodes employées par le collectif JRE**. D’autant plus, selon Debunkers, qu’il semble qu’en réalité l’accusation lancée par JRE** aille au-delà « d’une affaire de pédophilie possible », et sous-entende que l’accusée de cette histoire suivrait un programme scolaire(controversé, autour de la promotion du genre*****) et des consignes ministérielles…

Quoiqu’il en soit, que cette histoire soit vraie ou fausse, il importe ne pas oublier les parents, les enfants et les enseignant de cette école[« qui jusqu’à preuve du contraire sont innocents »], les premières victimes.

A suivre, donc.

L’essentiel à lire ici, ici et .

 

 

 
Notes :

*Petit cousin du site « hoaxbuster », « Debunkers » a été créé voilà bientôt un an. Il est spécialisé dans les « hoaxs » en provenance de l’extrême droite.

** Collectif JRE ou « Journée pour le Retrait de l’Ecole », initiative lancée pour la première fois le 13 décembre 2013 par Farida Belghoul et qui invite les parents à garder leurs enfants à la maison, un jour par mois, pour obtenir « l’interdiction de la théorie du genre dans tous les établissements scolaires« . Les premières JRE ont eu lieu en  janvier 2014, avec un succès assez significatif – notamment chez les parents musulmans, comme l’avait relevé à l’époque le journaliste Patrice de Plunkett. D’autres JRE ont été organisées, notamment le 10 février et le 31 mars.

Sinon, Farida Belghoul, est ancienne porte-parole de « Convergence », la seconde marche des Beurs organisée en 1984. L’essayiste d’extrême-droite et « antisioniste » Alain Soral, dont elle s’est récemment rapprochée, diffuse ses vidéos via la chaîne Dailymotion de son association « Egalité et réconciliation ». Voir : http://www.france24.com/fr/20140130-theorie-genre-fadira-belghoul-anti-racisme-conspirationnisme-soral-dieudonne/ ; http://www.lepoint.fr/societe/theorie-du-genre-farida-belghoul-histoire-d-une-derive-30-01-2014-1786236_23.php

 

*** C’est nous qui soulignons ainsi.

**** Plusieurs liens sur l’affaire sont à consulter :

http://education.blog.lemonde.fr/2014/03/30/la-journee-de-retrait-de-lecole-accuse-publiquement-une-enseignante-de-maternelle/

http://www.bfmtv.com/societe/joue-les-tours-un-collectif-controverse-accuse-une-institutrice-dattouchements-744583.html

http://www.20minutes.fr/societe/1338585-un-collectif-contre-la-theorie-du-genre-met-en-cause-une-institutrice

http://tours.mediaslibres.org/rumeur-a-l-ecole-maternelle-de.html

http://www.lanouvellerepublique.fr/Toute-zone/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2014/04/01/Les-accusations-de-JRE-provoquent-un-tolle-general-1854127

http://www.lanouvellerepublique.fr/Toute-zone/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2014/04/02/Theorie-du-genre-le-tract-qui-embarrasse-le-maire-de-Joue-les-Tours-1854978

 

**** Autour du « genre » semble se dessiner une forme de « bataille sémantique » : certains politiques veulent promouvoir « l’identité de genre », des citoyens pourfendent ce qu’ils appellent la « théorie du genre »(« qui n’existe pas », répètent en boucle les médias)alors qu’à l’université, les « études de genre » prennent du galon. D’autre part, les actions(malheureusement très médiatisées et aux méthodes contestables)de mouvements proches de l’extrême-droite, en plus de contribuer à la confusion et à l’amalgame, ne me paraissent pas aider à la crédibilité de toute mise en garde(avec un meilleur esprit et de meilleures méthodes que la rumeur ou la calomnie) contre le genre.

Pour y voir plus clair, voici plusieurs excellents dossiers :

Un dossier spécial de huit pages de La Croix publié le mardi 12 novembre 2013 (avec notamment : http://www.la-croix.com/Actualite/France/Comprendre-les-enjeux-du-genre-2013-12-09-1073290 : Que recouvre vraiment ce concept ? Pourquoi provoque-t-il tant de malentendus ? Et quelles sont, au final, les évolutions réellement à l’œuvre ? Les réponses sont d’autant plus cruciales que derrière le « genre » se profile un combat politique opposant deux visions du monde. Et un décryptage de « l’ABCD de l’égalité ».)

– Théorie(s), études de genre, quelle attitude évangélique ? L’actualité est chaude sur le sujet, la levée de bouclier de plusieurs ayant réussi à faire reculer le gouvernement sur son projet récent d’ABCD de l’égalité. Mais quel est-il ce projet exactement et y a-t-il, au fond, des raisons de s’inquiéter ? Et sans doute le plus important : quelle attitude évangélique adopter – au sens de fondée dans l’Évangile – dans cette querelle du genre ? Etat des lieux avec le pasteur Luc Olekhnovitch dans « Connexions », le magazine du Cnef.

 

La théorie du genre : Un enjeu majeur de société. De quoi s’agit-il ? Par le CPDH

La théorie du genre pour les nuls.
Face aux raccourcis et aux simplifications engendrés par la polémique médiatique, le philosophe Thibaud Collin décrypte les véritables enjeux de la théorie du genre

Et sans oublier :  http://www.arretsurimages.net/breves/2014-02-13/Quand-l-UMP-voulait-parler-de-genre-a-la-maternelle-id16918
Où l’on découvre, via « Arrêt sur image », que le parti de droite voulait lui-même déconstruire les stéréotypes entre femmes et hommes dans son programme en 2011, et employait même le terme de… « genre », comme l’a signalé un twittos, repris par plusieurs sites, ici, ici ou ici.