« Guère civil »* : marche sur(les) Rroms

A propos des Rroms : est-il pertinent de jouer les pyromanes ?

A propos des Rroms : est-il pertinent de jouer les pyromanes ?

« Le peuple du pays se livre à la violence, commet des rapines, opprime le malheureux et l’indigent, foule l’étranger contre toute justice. Je cherche parmi eux un homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas ; mais je n’en trouve point », dit l’Eternel.(Ezech.22v29-30)

La Bible recommande aux Rois (aujourd’hui, on dirait « les chefs d’état » ou « ceux qui gouvernent »)d’« ouvrir la bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés » et d’« ouvrir la bouche, de juger avec justice, et de faire droit à l’affligé et au pauvre. »(Prov.31v8-9)

Certaines bouches-et qui plus est, des élus et représentants de la République-se sont récemment ouvertes à propos des Rroms((« des muets », justement) mais plutôt d’une façon que l’on pourrait qualifier de « décomplexée », pour ne pas dire polémique*.

Et ce, d’autant plus que les Rroms,  « Pauvres parmi les pauvres » et « muets parmi les muets »,  sont des cibles sans risque à une époque où le « parler vrai, sans tabou » est  le « mot magique » propre à faire sauter les digues de la « libre parole », particulièrement « contre » plus faible et vulnérable que soi*.

Le journal CQFD, qui constate avec colère ce « phénomène », fait aussi mine de s’étonner :

« Au fait, il n’y a personne pour protester contre les conditions terrifiantes dans lesquels les Roms sont contraints de vivre et dont les élus locaux sont évidemment complices ? »**

Avant lui, l’Eternel « cherche parmi [ ceux qui se livrent « à la violence », qui « commet des rapines, opprime le malheureux et l’indigent, foule l’étranger contre toute justice » un tel homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche… »(voir notre verset plus haut) Mais Il n’en trouve point ».

On se souvient peut-être de la récente polémique sur la question des Roms, provoquée par les propres propos du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, « sur l’incapacité de ces populations à s’intégrer en France ». Propos tenus sur France Inter, lundi 23 septembre 2013 :  «  seule une minorité [des Roms] cherche à s’intégrer  » et que leur « mode de vie » était en « confrontation » avec celui des populations locales. Et que l’on peut réécouter ici.

Pour montrer qu'ils sont "à poigne", certains élus n'hésitent pas à cogner sur les Rroms.

Pour montrer qu’ils sont « à poigne », certains élus n’hésitent pas à cogner sur les Rroms.

Mais contrairement aux nombreuses personnalités politiques qui se sont engouffrées dans la brèche pour instrumentaliser cette question de façon électoraliste*, le défenseur des droits Dominique Baudis s’en est tenu aux faits. Selon lui, la France ne respecte par les règles qu’elle a elle-même dictées dans la circulaire du 26 août 2012 sur le démantèlement des campements.

Mais au-delà de la polémique, de la démagogie et du populisme, surtout à l’approche des élections municipales, il n’est pas interdit de réfléchir. Sur « ce que nous voulons ». Sur ce que nous voulons transmettre à nos enfants, qui vivront dans cet avenir que nous leur auront laissé. Ainsi, est à lire et à partager ce très bel édito paru dans le mensuel « L’âge de faire »*** :

Recréer des espaces de paroles partagées(20 octobre 2013) :
« Beaucoup de colère, et très peu de réflexion. Le traitement du sujet des Roms par la partie la plus en vue du monde politique et des médias flatte nos sentiments négatifs en rejouant le vieux scénario du bouc émissaire. Il exacerbe la colère de ceux qui, vivant près des bidonvilles insalubres et côtoyant chaque jour la misère humaine, se laissent convaincre que les choses iraient mieux si l’Autre allait mendier ailleurs. Il choque aussi ceux qui n’acceptent pas qu’un peuple soit accusé, publiquement et sans discernement, de tous les maux.
La population rom, très visible aux abords de certaines villes, vit dans une telle situation de précarité que ses moyens de subsistance (mendicité, collecte de déchets notamment) posent des problèmes de cohabitation avec la population locale. C’est une réalité, mais cela doit-il faire des 20 000 Roms vivant en France l’un des principaux thèmes du débat national ? On peut se poser la question quand on sait que le pays compte par ailleurs 3 millions de chômeurs, et plus de 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Mais il est plus facile de dresser ces pauvres contre d’autres groupes de population encore plus pauvres, que de leur apporter des éléments de réflexion sur les inégalités subies de part et d’autre. (….) Il est possible de remettre les choses à leur place sans nier les malaises, ni balayer les sentiments de rejet par un discours moral. C’est ce que fait chaque semaine Véronique Decker, directrice d’une école primaire de Bobigny qui accueille une trentaine d’enfants roms, en réunissant ses élèves pour parler des problèmes de la classe.
Il faut que la parole raciste soit dite pour être combattue non par la morale, mais par l’argumentation, nous a-t-elle expliqué. Face au discours sur les Roms « qui ne veulent pas s’intégrer », on peut ainsi rappeler que des mesures transitoires limitent encore leur droit de travailler, et que chaque expulsion remet en cause de laborieux efforts pour la scolarisation des enfants. Remettre les choses à leur place, c’est aussi ce qu’ont fait les adolescents qui ont manifesté contre l’expulsion de Leonarda, rappelant que la jeune fille rom, arrêtée pendant une sortie scolaire, était d’abord une lycéenne comme eux ».

La suite ici.

De quoi nous faire réfléchir, en préparant Noël. En attendant une nouvelle année.

En savoir plus sur les Rroms et savoir faire la différence avec les Gitans, les Gens du voyage :
http://www.le-tigre.net/-Rroms-Gitans-Gens-du-voyage-.html

http://www.youphil.com/fr/article/02230-roms-gitans-manouches-qui-sont-ils?ypcli=ano

Et un Webdocu intitulé « La valse des Roms » (03/10/2013) qui racontent l’histoire de Daniela, Dragomir, Adela et Georges, originaires de Roumanie et vivant depuis dix ans en France. De bidonvilles en hôtels sociaux, ils tentent de s’intégrer, avec des succès et des échecs.

 

 

Notes :
* Notre titre s’inspire de celui de cet article : « Guère civil. Tuez tous les Roms, la République ne les reconnaît pas », de Jean-Baptiste Legars, paru dans CQFD n°115 (octobre 2013) et mis en ligne le 20/11/2013

« Attention, il ne s’agit pas de rapporter ici des conversations de comptoirs, des vociférations de fin de banquet ou des grommellements haineux de réunions du Front national. Non. Ce sont bien des représentants de la classe politique qui, de toutes obédiences confondues ou presque, cautionnent les violences faites aux Roms – quand ils n’appellent pas carrément au lynchage(…)
On se souvient, en septembre 2012, de l’incendie volontaire du camp de Roms situé en bas de la cité des Créneaux, dans les quartiers Nord de Marseille. Les habitants avaient expulsé la cinquantaine de résidents et – en toute simplicité – mis le feu à leurs habitations de fortune. (…)La réaction de Samia Ghali, la sénatrice maire socialiste des 15e et 16e arrondissements de Marseille, avait été des plus complaisantes : « Je ne le condamne pas, je ne le cautionne pas, mais je le comprends, quand les pouvoirs publics n’interviennent plus. » (…)Ne pas condamner un incendie volontaire – qui reste, a priori, un acte illégal(…) n’est-ce pas balancer de l’huile sur le feu ?(…)
Didier Réault, conseiller municipal UMP de Marseille, tweetait le 8 juin dernier : « Bientôt à Marseille #Capelette pour la même action ».  Il faisait référence aux trois cocktails Molotov lancés la veille sur un camp près de Lille, La Capelette étant un quartier abritant l’un des plus grands bidonvilles de Roms de la ville. Mi-septembre, c’est le maire UMP de Croix (Nord) qui assénait, après avoir été interpellé par ses administrés agacés par la présence de Roms : « Si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai ».(…)Début juillet, c’est Christian Estrosi, maire UMP de Nice, qui promettait de « mater » les Roms.  Quelques jours plus tard, le 21 juillet, c’est l’inénarrable Gilles Bourdouleix, député-maire UDI de Cholet (Maine-et-Loire), qui marmonnait : « Hitler n’en a peut-être pas tué assez »« en  » signifiant les Roms, bien sûr, pas les députés-maires UDI.

Plus récemment encore, le 12 novembre dernier, lors d’un conseil de Quartier, Luc Jousse, maire UMP de Roquebrune-sur-Argens dans le Var(qui brigue un troisième mandat), avait regretté publiquement que les secours « aient été appelés trop tôt » pour éteindre un incendie qui menaçait un camp de Roms.

Au fait, qu’est-ce qu’un « élu de la république » ? Quel est son rôle ?

** paru dans CQFD n°115 (octobre 2013), rubrique Édito, par l’équipe de CQFD, illustré par Lasserpe. Mis en ligne le 15/10/2013

*** Le mensuel L’âge de faire « témoigne des expériences alternatives en matière de réappropriation de l’économie, de création de lien social, d’écologie et d’engagement citoyen. Son credo : offrir à ses lecteurs des outils qui leur permettront de mettre œuvre leurs idées. Il tire à 30 000 exemplaires, est distribué au niveau national et compte près de 11 000 abonnés.
Fondé en 2005 par l’association L’âge de faire, présidée par Alain Duez, le journal a été repris en septembre 2011 par une Sarl Scop (Société coopérative de production). Les six salariés détiennent la majorité des voix et du capital au sein de l’entreprise. Ils décident ensemble du contenu et de la gestion du journal.
Son indépendance financière (ni subventions, ni publicité) repose sur un mode de diffusion original ».

« (In)culture au poing ! » Le dico de PEP’S CAFE !

Flaubert avait son dictionnaire des idées reçues.
Pep’s café ! vous propose son propre dictionnaire : des idées reçues ou pas reçues, sans prétention aucune à l’exhaustivité ou à l’exclusivité. Une façon de revisiter une certaine actualité, ainsi que certains thèmes abordés sur ce blogue.
N’hésitez pas à vous prêter à ce petit jeu (littéraire et intellectuel) et nous proposer vos propres définitions !

Adhérence : coller à. Pour le meilleur et pour le pire.

Amalgame (voir inculture) : Confusion, écran de fumée.
Exemple 1 : Gitans, Rroms, Tsiganes, Gens du voyage : « Quand ils jouent du violon, ce sont de gentils Tsiganes. Quand ils font du jazz, ce sont des Manouches. Dans les films de Kusturica, c’est des Gitans. Quand ils mendient dans le métro, c’est des Roumains. Quand ils habitent dans une caravane, c’est des gens du voyage. Quand ils habitent dans des bidonvilles, c’est des Rroms. Quand ils habitent dans une maison, c’est des « Tsiganes sédentarisés ». Quand ils sont très pauvres, c’est des voleurs. Quand ils ont de belles voitures, c’est aussi des voleurs ».
Exemple 2 : Diaconesse de Reuilly : elle porte une robe. Elle est forcément « bonne sœur ».

Art : mot magique, prétexte, justification (voir débat)

Autre(l’) : Point de vue.  Prochain.

Bible : N’a pas été donné pour augmenter nos connaissances mais pour inspirer notre conduite. S’y (re)plonger, plutôt que dans les programmes politiques.

Bouc émissaire : on en recherche encore aujourd’hui, parce que l’on a rejeté ou oublié Celui qui a été l’ultime bouc émissaire. Sa recherche a été rendue vaine par Celui qui a été l’ultime bouc émissaire. Voir Jésus-Christ. Jésus Christ crucifié.

CDD : engagement moderne

Communiste : quelqu’un qui demande pourquoi les pauvres sont pauvres (voir saint)

Débat : mot magique, prétexte, justification (voir Art). Ne vise pas toujours l’accord. Lui préférer le dialogue et la discussion. A Pep’s café ! on aime tellement le débat qu’on lui a consacré une page et un billet :   ;

Champ de mission : toujours à l’étranger.

Chrétien(voir « en séjour ») : « petit Christ ». Injure, surnom dérisoire(donné par dérision) avant de devenir un titre de gloire.

Cœur : à garder plutôt qu’à suivre ou à écouter. Trompeur.

Convictions, opinions : ne pas y tenir. Tenir à la vérité. En changer si elles contredisent la vérité.

Culture biblique : dans l’église postmoderne d’aujourd’hui, on lui préfèrerait la culture du débat.

Culture du débat : c’est le « donnez-nous de la viande » moderne. Jugé urgent, prioritaire, pour l’Eglise.

Diagonale : marche du fou(voir lecture)

Dieu : au commencement, Dieu. Doit être replacé au centre de la prédication. Défenseur de la veuve, de l’orphelin, du pauvre et de l’étranger. Celui pour qui la fin ne justifie jamais les moyens.

Ecriture manuelle : en danger d’être perdue

En séjour (voir étranger) : chrétien sur Terre.

Etranger(voir en séjour) : aimé de Dieu. L’accueillir, c’est accueillir Christ. Chrétien sur Terre.

Etre humain : être humain, créé à l’image de Dieu (voir étrangers, Rroms…)

Etude biblique : sucres lents

Extrême-droite, Front national : mouvement ayant la prétention de répondre au prétendu « besoin d’un chef pour la France  » ; pour les uns, mouvement politique censé véhiculer « des idées de bon sens » ; pour un autre, « A l’heure actuelle, l’extrême-droite ne (représenterait) pas un danger en France », et « donc non, aucune raison de lutter contre ». Et, pour d’autres, c’est : non non et non !

Evangile : une évidence. Premièrement annoncé aux pauvres (Voir Grâce et paix, Jésus-Christ, Jésus-Christ crucifié). Ce dont on ne doit pas avoir honte.

Evident/évidence : De nos jours, plus rien ne semble l’être….(mariage, apprentissage manuel de l’écriture…)semble-t-il….

Facebook : peut-être le plus stupéfiant hold up de l’histoire

Généraliser : stigmatiser(voir amalgame, inculture)

Grâce(voir évangile) : révèle la colère de Dieu contre l’impiété et toute marche sans loi, sans frein.

Hérétique : celui qui sépare, divise, oppose(par exemple, le spirituel du matériel)

Humour : difficile à manier. Rare, donc difficile à trouver. Donc précieux.
: détachement de soi. Savoir rire de soi.(à ne pas confondre avec ricanement)

Inculture : au poing. Snobisme. Voir amalgame.

Informer(ou s’informer) : c’est choisir. Entre la pertinence et la popularité.
: Renseigner sur ce que l’on ignore.
: Aujourd’hui, conforter l’autre dans son ignorance. Donner de l’attendu.

Ironie : trompe-l’œil dont le plaisir est de se faire passer pour vraie un certain temps. Ce qui redonne du sens aux mots employés par les politiciens. Ce qui permet de tester la capacité de révolte d’un auditoire. Préférer l’ironie à la diatribe et au ricanement.

« Iste » : étiquette(voir stigmatiser, généraliser).

Intellectuel : Gros mot. Celui qui entre dans une bibliothèque même quand il ne pleut pas.

Interprète de la Bible : le plus mauvais interprète est celui qui reste persuadé qu’il ne l’interprète pas.

Jésus-Christ (voir Jésus-Christ crucifié) : pas nos bannières ou nos croisades.

Jésus-Christ crucifié(voir Jésus-Christ)  : scandale et folie pour les uns, « puissance et sagesse de Dieu » pour d’autres.

Journaliste : celui qui ne lit pas(ou ne donne pas à lire) en diagonale. Celui qui explique « qu’un qu’un tract raciste dans une boîte aux lettres propre, c’est plus grave qu’un graffiti sur un mur sale ».

Laisser-faire : crédo économique. Loi du renard dans le poulailler.

Lecture(moderne) :  souvent en diagonale

Livre : révolution technologique sans précédent

Paix(voir évangile) : quelque chose de bon et de durable. A ne pas confondre avec la tranquillité.

Pauvre : souvent « mal fichu » ou en mauvaise santé.
: l’outrager, c’est outrager celui qui l’a fait.

Périphérique : « ce qui est autour » ; ce qui nous passionne plus que l’évangile. Proposer plutôt d’aller « de l’autre côté du périph’ ».

Prier : écouter

Prochain : pour certains, le « lointain »

Racisme : « réalisme », « bon sens », pour certains(voir Extrême droite).

Roi : Celui qui ouvre sa bouche pour le muet.

Ricanement : « humour » au service des forts et des dominants. Se moquer des autres. Particulièrement des faibles(les pauvres, les chômeurs, les précaires), de ceux qui sont différents(les étrangers…). Abusivement confondu avec humour ou ironie.

Riche : Quelqu’un qui a beaucoup d’amis. Mieux vaut l’être et bien portant. (Voir pauvre)

Rroms : également appelés tantôt gitans, tantôt tsiganes, tantôt gens du voyage… Sur les routes, ils sont les seuls à avoir tant de panneaux indicateurs à leur usage.
Cible peu émouvante, au regard de certains….(voir amalgame)

Saint : quelqu’un qui donne à manger aux pauvres(voir communiste)

Se faire tout seul : facile pour celui qui a des griffes, des ailes et des serres.

Stigmatiser : marquer, piquer. Voir généraliser.

Témoin : fidèle. Rendre compte exactement et fidèlement ce que l’on a vu et vêcu. A ses risques et périls. Toujours lumineux.
: aujourd’hui, il serait « tendance » de parler et faire parler sur ce que l’on n’a ni vu, ni vécu, ni su(voir inculture).

Tomate : aujourd’hui, Diogène serait à la recherche d’une tomate, d’une vraie.

Travail du dimanche : lobby

Verre d’eau : simple comme. A donner en Son nom. L’évangile en bleu de travail.

Vrai, honorable, juste, pur, aimable(ce qui est), ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange : que ce soit l’objet de nos pensées.
(Mais alors, de quoi allons-nous parler ?)