Le jeûne est-il un « kung fu » spirituel ?

 

Le jeûne est l’un des thèmes de recherche qui conduit régulièrement les internautes sur Pep’s café! le blogue(1). Et ce, en tout temps, avec des « pointes » à certaines périodes du calendrier. Personnellement, je serai heureux que vous me racontiez et me partagiez ce que vous trouvez en cherchant ici. Ceci dit, ce type de recherche me paraît révélatrice d’une préoccupation constante, qui ne devrait pas étonner, puisque généralement comprise comme étant liée à une certaine « pratique » (religieuse ou non).

Dans la Bible, le jeûne fait partie de ce que l’on pourrait appeler « les postures de combat »(2), en lien avec le « combat spirituel » évoqué dans le Nouveau Testament. S’agit-il d’un « kung fu » spirituel pour autant ? Paul l’explique très bien dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse : Ce type de lutte n’est pas « contre des êtres humains » ; mais « contre les pouvoirs, les autorités, les maîtres de ce monde obscur, contre toutes les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les cieux » (Eph.6v12). On ne peut s’y exercer comme à un sport ou un art martial, mais la vie en Eglise [la communauté de ceux qui appartiennent à Jésus-Christ et le reconnaissent comme Seigneur, pas le bâtiment…] peut rapidement devenir une « salle d’entraînement », où nous luttons pour que les règles du jeu du Règne de Dieu soient mises en place.

L’enjeu est en effet celui-ci : à la suite du Christ, dont le message est « le moment favorable est venu, le règne de Dieu est tout proche ! Changez de vie et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1v15), la mission de ceux qui lui appartiennent, et reconnaissent qu’Il est Seigneur, consistent à proclamer et à affirmer, « réaliser » le règne de Dieu là où il n’est pas encore. « Réaliser » signifie d’abord en comprendre les tenants et aboutissants (cf Luc 17v20-21), mais aussi le faire advenir à la réalité. Comment alors installer le Règne de Dieu ?

Certains ont voulu le faire par la force (L’Inquisition) et ont échoué. D’autres ont voulu le faire par le retrait du monde : même échec, conduisant au sectarisme. D’autres ont pensé y parvenir par la politique (théocratie, césaropapisme, théologies de la libération), espérant en des « messies politiques », avec les résultats désastreux (encore récents)que l’on connaît.

Or, pour installer le Règne de Dieu, il faut planter la bannière du Christ. Mais ce n’est pas parce que vous portez un tee-shirt (ou déposez dans l’urne un bulletin) « Jésus », et une Bible dans votre sac, que le Règne de Dieu – ou le Christ – est là. C’est là où Christ est reconnu comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, que Christ règne.

Les « postures de combat » installant le Règne de Dieu sont, de fait, la louange, l’adoration, la discipline intérieure(proclamer que Christ règne dans « ce temple » de mon corps, dans mes pensées et dans ma volonté), l’obéissance, la prière, et le jeûne.

Le jeûne fait partie de la discipline offerte par le Seigneur pour nous disposer à la disponibilité spirituelle. Le principe du jeûne est de se priver de quelque chose pour laisser advenir autre chose. Il n’est pas forcément un jeûne de nourriture d’ailleurs ! Il peut être un jeûne d’écrans, de distractions, d’activités, d’achats et toute autre chose dont nous pouvons être convaincus de nous priver pendant ce temps. En Matthieu 6v16-18, Jésus insiste sur le fait qu’il s’agit d’une pratique personnelle [Pierre fera ainsi son jeûne, Jacques le sien et Daniel le sien…], et discrète, enseignant que le meilleur jeûne est celui que l’on ne connaît pas et ne soupçonne pas. Jésus prolonge ainsi les exhortations des prophètes avant lui, qui critiquaient justement les jeûnes proclamés, les dénonçant comme étant l’occasion d’un déballage d’une piété ostentatoire, plus préoccupée par les apparences.

Contrairement à ce que disent certains, le jeûne n’amène pas de puissance d’après la Bible. Il offre juste du temps et de l’espace intérieur. Ce sont les sorciers qui jeûnent pour la puissance. Le prophète Esaïe a bien repositionné de la part de Dieu ce qui doit être l’objectif du jeûne : un temps de consécration ou de reconsécration afin que la justice de Dieu (plutôt que l’injustice) puisse paraître . Car « le jeûne tel que je l’aime, le voici, vous le savez bien », dit Dieu : « c’est libérer ceux qui sont injustement enchaînés, c’est les délivrer des contraintes qui pèsent sur eux, c’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref, c’est supprimer tout ce qui les tient esclaves. C’est partager ton pain avec celui qui a faim, c’est ouvrir ta maison aux pauvres et aux déracinés, c’est fournir un vêtement à celui qui n’en a pas, c’est ne pas te détourner de celui qui est ton frère ». (Esaïe 58v6-7)

Un rappel utile quand certains voient en effet dans le jeûne une façon de négocier avec Dieu, pour lui soutirer des grâces. C’est là une conception marchande de Dieu, un désir de l’instrumentaliser pour nos projets les plus autocentrés ou les plus religieux. A l’inverse, le jeûne, comme les autres « postures de combat spirituel », nous conduit à demeurer veilleurs et veillant, comme Jésus nous y exhorte en Luc 21v36 : « Ne vous endormez pas, priez en tout temps ; ainsi vous aurez la force de surmonter tout ce qui doit arriver et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme. »(2)

 

 

 

 

 

Notes :

(1) De même que les plans de lectures bibliques et les articles sur l’éducation aux médias comptent parmi les documents les plus téléchargés sur ce même blogue.

(2) D’après « Au Nom de Jésus (T2) : Mener le Bon Combat », de Gilles Boucomont. Editions Première Partie, 2011, pp 284-288

Quand Jésus-Christ vient renverser « l’ordre établi »

Quand Jésus vient troubler et perturber « l’ordre établi » de nos vies bien rangées…
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Les premières paroles de Celui qui est « la Parole faite chair » (Jean 1v14) est une prédication, nous dit Marc  l’évangéliste [et non pas « l’évangélique »]. Et quelle prédication ! Il s’agit de « l’Evangile de Dieu »(Marc 1v14), soit un message venant de la part de Dieu, lequel est « la meilleure des nouvelles » adressée, non pas à quelques « heureux élus », mais à tous les hommes.

Son contenu ? Non pas « Dieu vous aime….vous êtes une race choisie »…mais plutôt « le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché : repentez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Marc 1v15)

Comment Jésus prêche-t-il ? Avec autorité ! 

Jugeons-en plutôt : il appelle 4 pêcheurs à le suivre (Marc 1v16-20). Aussitôt, ces hommes laissent tout et le suivent sans discuter/raisonner (de la même façon que Dieu a appelé « que la lumière soit » et la lumière fut…). Dans une synagogue, il prêche « avec autorité » et « pas comme les enseignants de son époque ». C’est à dire que Jésus chasse un mauvais esprit. Il commande à cet esprit de sortir d’un homme possédé, présent dans la synagogue, et l’esprit mauvais sort (Marc 1v21-27). « Il dit et la chose arrive » (Psaume 33v9). Sa Parole comprend des mots, mais aussi un événement.

Jésus vient et trouble, perturbe, renverse l’ordre établi, dans la synagogue.

Serait-il « populiste » ? « Anti-système » ? En vérité, Jésus n’est pas venu pour opposer « le peuple » (« la base ») aux « élites » et vice-versa. Il n’a pas mieux appelé « la foule » à l’insurrection lors du sermon sur la montagne et ne s’est pas servi d’elle pour prendre le pouvoir ou renverser les institutions.

Il est venu troubler, perturber, renverser « l’ordre établi » dans nos vies, nos habitudes, nos pensées, nos cultures, nos relations, nos allégeances…..non pour créer la division ou pour « faire le vide », mais pour y établir son règne. Son règne est « justice, paix, joie, dans l’Esprit saint » (Rom. 14v17). Son règne n’a pas de limite. Il commence là, dans ce domaine de ta vie, où il ne règne pas encore ou ne règne plus. « Quel ordre établi » Jésus veut-il renverser aujourd’hui ?

« Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché : repentez-vous et croyez à l’Evangile ! » Telle est la prédication de Jésus-Christ au début de l’Evangile selon Marc (1v15), dans la synagogue, et durant tout son ministère.

Dans le même esprit, le message des prophètes de l’AT jusqu’à Jean-Baptiste ne se limitait pas à dénoncer les « élites (politiques, religieuses, économiques) corrompues » ou injustes, et n’avait pas pour finalité de pousser le peuple à s’abandonner dans les bras d' »hommes forts » (ou « providentiels »), du style Abimélek, Absalom…. Le message des prophètes avait pour finalité de conduire à la repentance et au retour au Dieu véritable, en se détournant des idoles ou de toute figure idolâtrique (cf 1 Thes.1v9)

C’est ainsi que la bonne théologie, comme la prophétie authentique, n’a pas pour vocation de cautionner/conforter nos options politiques, économiques ou nos croisades religieuses, comme elle n’a pas pour vocation de justifier nos espérances mal ajustées. Pas plus qu’elle n’a pour but d’entretenir le regret (qui n’a rien à voir avec la repentance) d’une espérance déçue : « vas-tu longtemps pleurer Saül ? C’est moi qui l’ait rejeté et il ne sera plus roi d’Israël »(1 Sam.16v1), dit Dieu à Samuel. Une parole à méditer aujourd’hui.

Jésus vient renverser l’ordre établi de nos vies pour y établir son règne de justice, de paix et de joie. Il attend le sacrifice de notre « oui » d’acceptation et nous invite à le suivre, comme à manifester que « le règne de Dieu s’est approché ».

Cela consiste à faire, au Nom de Jésus et à sa suite, des choses significatives dans la vie des gens, portant un fruit immédiat dans leur vie : « guérir les malades, chasser les démons, purifier les lépreux et ressusciter les morts » (Marc 16v15-18, Matt.10v7-8, Luc 10v1-9.…), mais aussi : laver les pieds des autres croyants, prendre un repas en Sa mémoire, baptiser et enseigner les personnes, même issues des nations non juives, – aimer les ennemis….

Et ce, « au Nom de Jésus », le seul Seigneur, « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit ». C’est ainsi que Jésus est venu aussi renverser les murs de séparation (ou de « confort » ?) (Eph.2v14 et ss), et non pour les renforcer ou en construire d’autres.

De tout temps et encore aujourd’hui, c’est au Nom de Jésus, avec amour et humilité, que les chrétiens agissent et font ce qu’ils ne sauraient pas faire par eux-mêmes : élargir l’horizon de leurs frères et/ou de leurs prochains en les faisant sortir de là où ils (se) sont enfermés, pour leur faire connaître « une vie (toujours plus) abondante », et autres choses significatives de nature à porter un fruit immédiat dans leur vie.

Aujourd’hui, ce n’est plus le temps des justifications ou des regrets. C’est le temps de chercher (et de revenir à) Christ, pour manifester son Règne.

 

 

*Pour la petite histoire, dimanche dernier, à plusieurs heures d’intervalle, j’ai eu l’occasion d’entendre deux messages complémentaires sur le même sujet : le Royaume – ou le Règne – de Dieu. Ce n’est sans doute pas « un canard blanc au long cou », mais certainement une invitation à considérer ce qui est prioritaire pour Dieu : « cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice… » Et tout le reste est du bonus ! (Matt.6v33)