L’acte du mois : penser ensemble « l’Eglise d’après »

« L’Eglise qui croît…quand même ! » Troisième édition les 8-9 mai 2020 pour penser « l’Eglise d’après » la « corona-crise » (Source image : public domain pictures)

Initialement publié le 04 mai 2020 et mis à jour pour l’occasion.

A la veille de la première vague de déconfinement, les 8 et 9 mai 2020, j’ai eu la joie de participer à la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît », avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres. Nous étions 380 inscrits environ, d’horizons ecclésiaux différents, certains venant de Mayotte et de l’île Maurice !

Cette conférence était initialement prévue en présentiel à Paris et consacrée au « réveil » et à la croissance selon l’Evangile.

(Heureuse) surprise, les organisateurs – quatre Eglises Attestantes(1) du Marais, de Belleville, de Cergy et de Saint-Germain-en-Laye – ont décidé de changer de fusil d’épaule, vu le contexte, pour nous inviter à réfléchir ensemble par zoom « sur ce qui va, peut ou doit mourir, ce qui va, peut ou doit survivre, et ce qui va, peut, ou doit vivre avec les défis que nous lance la Corona-crise ».

Ont été proposés trois modules de 2h, avec conférences et ateliers en ligne (2), de 50 min chacun, structurés de la façon suivante :

Vendredi 8/5 à 14h — MOURIR

Avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger, et Julien Coffinet, pasteur EPUDF de Saint-Germain-en-Laye

Vendredi 8/5 à 20h30 – SURVIVRE

Avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger, et Caroline Bretones, pasteure EPUDF du Marais (Paris)

SAMEDI 9/5 à 10h – VIVRE

Avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger, et Gilles Boucomon, pasteur EPUDF de Belleville.

 

Pour ma part, j’ai trouvé la qualité…croissante, repartant avec beaucoup plus de questions que de réponses au final !

J’ai aussi apprécié que nous ayons été, dans l’ensemble, sur la même longueur d’onde, concernant l’essence et la raison d’être de l’Eglise, avec sa forme incarnée.

Il est possible de (ré)écouter les trois tables rondes ici.

 

La semaine prochaine, nous verrons ce qu’il en est ressorti de l’un des ateliers intitulé « Greta Thunberg, Killian Mbappé et Billie Eilish entrent dans une église… » ou « L’Évangile et la génération Z », via les notes et réflexions d’une participante : « Ce que l’Eglise, communauté chrétienne, peut apporter à la génération « Z » (ou « Digitals Natives ») ».

 

 

Note :

(1) Attestants : mouvement de chrétiens confessants né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur, à l’Esprit Saint consolateur et puissant. Ils enracinent leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne n’exclut pas mais implique une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie ».

« Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».

Découvrir leur site et mes articles sur les Attestants.

(2) Aperçu des ateliers :

MOURIR : « Quand les ossements sont desséchés… comment redonner le souffle de l’Evangile aux vieilles Eglises »  ; « Changer les mentalités des leaders »; « devenir comme des enfants » ; « partir de rien »…..

SURVIVRE : « Une louange parfaite » ; « L’Eglise au temps de l’effondrement : comment préparer nos Eglises (les personnes et les activités, la façon d’être ensemble) à un monde qui va changer très vite ? » ; « Réparer les vivants au lieu de s’occuper des morts » et le règne de Dieu dans mon travail.

VIVRE : porter la dimension sociale de l’Evangile » ; « les modèles d’Eglise adéquats aux révolutions post-confinement » ; L’Évangile et la génération Z ; « Une Eglise créative qui inspire la société ».

 

C’est ainsi que certains espèrent le réveil : comme d’autres attendent le Messie

« Ils avaient en vue une réforme que Dieu lui-même devait opérer dans l’Eglise, mais ils ne songeaient point que cette réforme devait commencer par eux… » (Source : public domain pictures)

« Hélas ! Nous avons longtemps parlé de la réforme [ou du réveil] de l’Eglise ; nous l’avons hâtée de nos vœux et de nos prières, et cependant nous l’avons négligée et nous la négligeons encore. Il semble, par notre conduite, que nous ignorions complètement en quoi consiste cette réforme, objet de tant de vœux (….). D’où vient cet étrange aveuglement ? Comment des hommes pieux ont-ils pu s’abuser si grossièrement ? La cause est facile à comprendre. Ils avaient en vue une réforme que Dieu lui-même devait opérer dans l’Eglise, mais ils ne songeaient point que cette réforme devait commencer par eux. Ils considéraient la fin, mais non les moyens. Ils espéraient sans doute que tout serait réformé, excepté eux et sans eux ; que le Saint-Esprit descendrait miraculeusement sur la terre ; qu’un ange ou qu’un prophète, venu du ciel, amènerait le renouvellement et la restauration de l’Eglise ; que le glaive de la loi frapperait les pécheurs et les forcerait à l’amendement. (….)Nous nous étions tous un peu persuadés que lorsque les impies auraient été amenés à reconnaître notre autorité, ils seraient par cela même convertis et conduits de force dans le chemin du salut. Mais nous nous faisions d’étranges illusions ; et si nous avions exactement connu les moyens par lesquels la réforme devait s’effectuer, peut-être quelques-uns auraient-ils été moins ardents à la demander. La réforme est pour plusieurs d’entre nous ce que le Messie était pour les Juifs. Avant sa venue, ils soupiraient après lui, ils se glorifiaient en lui, ils se réjouissaient dans l’espérance de son avènement ; dès qu’il fut descendu sur la terre, ils ne purent le souffrir ; ils le persécutèrent de leur haine ; ils refusèrent de croire que c’était là celui qu’ils attendaient (…) et le firent mourir (….).

Le Seigneur que vous cherchez et l’ange de l’alliance que vous désirez entreront dans son temple : et qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra subsister quand il paraîtra ? Car il sera comme un feu qui raffine et comme le savon des foulons ; et il sera assis comme celui qui affine  et qui purifie l’argent ; il nettoiera les fils de Lévi ; il les purifiera comme l’or et l’argent, et ils apporteront à l’Eternel des oblations dans la justice (Mal. 3v1-3).

La raison en est qu’ils attendaient un messie glorieux qui devait leur apporter la puissance et la liberté. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous envisageaient la réforme. Ils espéraient une réforme qui leur procurerait la richesse, l’honneur, le pouvoir ; ils reconnaissaient maintenant qu’elle leur impose un surcroît de travail et de soins. Ils se flattaient qu’elle mettrait les impies à leurs pieds. Ils s’aperçoivent  maintenant que c’est à eux à jouer le rôle de suppliants, à se jeter aux pieds des pécheurs non convertis, à solliciter humblement à la piété ceux qui autrefois menaçaient leur vie, à les gagner à force de mansuétude, de tendresse et de charité. Certes, ce n’est point là la réalisation de leurs espérances charnelles ».

Tiré du « Pasteur chrétien » (« The reformed pastor ») de Richard Baxter, pasteur et théologien anglais (1615-1691). Ed. Publications chrétiennes, 2016 (Impact Héritage), pp 163-164. Un appel à tous les pasteurs, « ministres de l’Evangile », relatif à leurs devoirs et obligations.

Ce « trouble de la perception » appelé « indifférence »

"Indifférence" : trouble de la perception, empêchant de distinguer la réalité de la mise en scène... Par Andy Singer

« Indifférence » : trouble de la perception, empêchant de distinguer la réalité de la mise en scène…
Par Andy Singer

Notre société souffre terriblement de ce mal moderne qu’est l’indifférence.

Mais qu’est-ce que l’indifférence ? Erri de Luca* le définit comme étant « l’incapacité de distinguer les différences ». Il ne s’agit donc pas d’un « je-m’en-foutisme face au monde, mais plutôt (d’un) trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur. On n’a jamais vu personne dans le public sauter sur scène pour empêcher Othello** de tuer Desdémone. Celui qui se croit spectateur profite du spectacle.***

L’indifférence est un dérangement opposé à celui de Don Quichotte**** qui s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Lui aussi distinguait mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême. Il fait même irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable. »

La vie de Rees Howells, celui qui était "sur la brèche"

La vie de Rees Howells, celui qui était « sur la brèche »

« Indifférent » et « spectateur », Rees Howells ne l’était nullement. Ce mineur, qui a connu le réveil de 1904 au Pays de Galles, a vécu « en simple radical », au service exclusif du Seigneur Jésus-Christ. Un « exemple », inspiré par la vie de Georges Müller, pas forcément à imiter tel quel, mais sa foi et sa consécration, si(cf Hébr.13v7). Atteignons-nous ce standard de Dieu ? Pour ma part, je suis loin d’être « arrivé »….

Mais lisez l’histoire de cet homme qui s’est tenu « sur la brèche »***** en tant que fidèle intercesseur, et vous connaîtrez ce que signifie réellement « mes pensées ne sont pas vos pensées »(dit le Seigneur, cf Es.55v8), et en quoi le péché est « manquer le but » de Dieu. Rees Howells ne s’est pas rincé les yeux « avec le collyre fébrile de Don Quichotte », mais avec celui recommandé à toute personne se croyant croyante (Apoc.3v17-18). Bien qu’il ne semblait pas en avoir besoin, à vues humaines, du fait de sa piété, il dut (pour prétendre être « un chrétien » véritable)passer « par la nouvelle naissance(Jean 3v3), et fut formé « à l’école de Dieu », d’une manière particulière. Autant d’étapes le préparant à son appel-tout aussi particulier – d’intercesseur.

Notre façon de prier, et d’intercéder, témoigne peut-être de notre façon d’être et de vivre en ce monde : sommes-nous « spectateur » ou « acteur » ?

Car, apprenons-nous dans ce récit de la vie de Rees Howells, le secret de l’intercession est de « sortir de sa zone de confort » : il est dans l’identification de l’intercesseur à ceux pour lesquels il prie(cf ch.8 : « les clochards »), la souffrance et l’autorité. A ce sujet, Rees Howells a connu « ses plus belles victoire spirituelles » (tel libérer des alcooliques de « l’homme fort » cf Marc 3v27)par la seule intercession, en s’appuyant sur la promesse de Jean 15v7. Une promesse sans limites, mais dont l’accomplissement dépend de « la ferme position » de l’intercesseur par rapport au Christ, soit de l’obéissance à son commandement de « demeurer en Lui ». Et soit de « permettre au Saint-Esprit de vivre en nous la vie que le sauveur aurait vécue s’il s’était trouvé à notre place »(cf 1 Jean 2v6).

Christ est le modèle parfait de l’intercesseur(Es.53v12 ; Hébr.2v9, 5v8-15 ; 2 Cor.5v21, 8v9) : bien qu’étant actuellement au ciel, à la droite de Dieu(Eph.1v20-21 ; Hébr.1v1-4 cf Philip.2v1-11), il n’est pas non plus « spectateur » mais bien toujours « acteur »(Marc 16v19-20), en tant que notre « souverain sacrificateur »(Hébr.4v14). Il n’est « pas incapable de compatir à nos faiblesses », puisque, sur terre, il s’est identifié à nous, « éprouvé et tenté comme nous, à part le péché »(v15). Il s’est mis au même niveau que les personnes qu’il voulait toucher, en vivant avec eux, parmi eux, et en se donnant pour eux(Jean 1v9-14 ; 10v11-18). Pleinement homme, tout en étant pleinement Dieu, Il a pu être pleinement notre représentant(Hébr.9v15, 12v24 ; 1 Tim.2v4-6.

 

Etant « son corps »(Eph.1v22-23 ; Col.1v18 ; 1 Cor.12v27…), ferions-nous moins ?

 

 

 

Notes :

* « Indifférence » d’Erri de Luca. IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998(Bibliothèque rivages), pp 95-96.

** Dans la pièce éponyme de W. Shakespeare

*** Et il veut en avoir pour son argent….

**** Personnage du roman éponyme de Cervantes.

***** « Sur la brèche », de Norman Crubb. CLC, 1979. Une lecture bouleversante, faite en deux jours cette semaine (pour la première fois sur kindle-qui est moins pratique qu’un « vrai livre » !), et qui m’a permis de prendre « un peu mieux » conscience des enjeux de l’intercession.