« L’immortalité de l’âme » est-elle biblique ?

La Bible enseigne-t-elle l’immortalité de l’âme ou la résurrection des morts ? Au-delà du débat théologique, l’un des plus graves malentendus sur le christianisme…

Posez à un chrétien, protestant ou catholique, intellectuel ou non, la question suivante : « qu’enseigne le Nouveau Testament sur le sort individuel de l’homme après la mort ? » Sauf exception, la réponse sera : « l’immortalité de l’âme », laquelle serait même, aux dires de certains, « rationnellement inévitable ».

Or, loin d’être biblique, cette opinion, quelque répandue qu’elle soit, qui vient en réalité de Platon et d’Aristote, est même l’un des plus graves malentendus concernant le christianisme, puisqu’il existe une différence radicale entre l’attente/l’espérance chrétienne de la résurrection des morts et la croyance grecque antique à l’immortalité de l’âme. Le fait que le christianisme ultérieur (Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin…) ait établi plus tard un lien entre les deux croyances illustre la grande influence de la pensée grecque antique – plus que celle de la pensée biblique – dans le processus de définition des dogmes et des croyances chrétiennes, à la fin de l’époque médiévale. Ce que les protestants et les évangéliques, dans leur majorité, refusent. Ainsi, influencés par les penseurs antiques (Platon, Aristote), des théologiens ont fini par faire adopter le dogme de l’immortalité de l’âme au concile de Latran en 1513, entraînant une étrange prise de distance avec les Ecritures bibliques. L’immortalité de l’âme est un concept grec antique venu tardivement faire fléchir la théologie chrétienne dans son enracinement biblique et sémitique.

Les chrétiens (protestants et évangéliques) qui affirment que l’immortalité de l’âme n’est pas biblique se basent 1) sur le fait que les Ecritures insistent sur la réalité de la mort, ainsi que 2) sur la conception tripartite de l’humain, telle qu’évoquée à la fin de la première épître aux Thessaloniciens : corps, âme et esprit. Jésus « rend l’esprit » [cette part du souffle de Dieu qui est en nous et qui n’appartient qu’à Dieu] quand il meurt. Etienne aussi. C’est ce que l’on appelle « expirer ». Ce n’est pas la même chose que notre âme, notre psyché en grec (nos pensées, nos volonté, nos émotions). Refuser la mortalité de l’âme, c’est une façon de réduire la résurrection des morts, qui sera, selon les principes de la théologie chrétienne, une résurrection de la chair, c’est-à-dire de l’âme et du corps [confessé dans le Crédo], et pas seulement une résurrection de l’esprit. C’est bien parce que le corps et l’âme meurent qu’il faut qu’ils ressuscitent.

Ainsi, il n’y a pas « d’immortalité de l’âme » dans la Bible. L’âme meurt. Comme le souligne l’Ecriture, « les morts se lèvent-ils pour te louer, Eternel ? » (Psaume 88v11). Les morts sont morts. Mais voilà, beaucoup encore confondent la migration de l’esprit humain dans le séjour des morts avec une forme d’immortalité de l’âme.

En résumé, quand on meurt :
– le corps meurt et repart à la terre, « car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. » (Genèse 3v19),
– l’âme (psychè, le psychisme) s’éteint, comme la flamme de la bougie s’éteint quand la cire (du corps) est épuisée,
– l’esprit de l’humain « retourne à Dieu qui l’a donné » (Eccl.12v7) et attend dans le séjour des morts la Résurrection finale, au Dernier jour, après le Jugement(1). Cette attente est appelée « sommeil » dans beaucoup de textes bibliques, dont des paroles de Jésus dans les Evangiles.

Prétendre que l’âme serait immortelle n’est donc pas biblique, mais aussi très dangereux parce que cela induit dans la croyance des chrétiens que les morts ne seraient pas vraiment morts, et donc qu’ils seraient déjà ressuscités, ce qui est contredit par de nombreux textes bibliques, dont 2 Tim.2v16-18. Et si les morts ne sont pas vraiment morts, c’est qu’ils sont un peu vivants, et donc, qu’il serait possible de communiquer avec eux, malgré les interdits majeurs dans le Pentateuque. Le Seigneur Jésus-Christ insiste, quant à lui, sur une séparation radicale entre les morts et les vivants en Matt.8v22. Le mort est vraiment mort et n’est donc pas « noctambule » ou « vagabond ». Il n’est pas non plus « sous hypnose » et ne parle pas, s’il est « questionné ». Il attend.

Pour bien marquer l’opposition entre la notion grecque de l’immortalité de l’âme et la croyance chrétienne à la résurrection des morts, la seule qui soit enseignée par le Nouveau Testament, Oscar Cullmann présente, dans le premier chapitre de son livre « Immortalité de l’âme ou résurrection des morts ? » (Delachaux-Niestlé, 1956 – si vous avez « la chance » d’en trouver un exemplaire !), en un contraste violent, la mort de Jésus et celle de Socrate : « D’un côté, Socrate qui, avec sérénité, parle de l’immortalité de l’âme ; de l’autre, Jésus qui crie et qui pleure » (op. cit., p. 30). Ainsi apparaît la distance qui sépare la conception grecque de la mort, « la grande amie de l’âme », puisqu’elle la délivre « de la prison du corps », et la conception biblique de la mort, « le salaire du péché » et le « dernier ennemi qui sera détruit ». « C’est seulement en éprouvant avec les premiers chrétiens toute l’horreur de la mort, prenant ainsi la mort au sérieux, que nous pouvons comprendre l’allégresse de la communauté primitive au jour de Pâques… Quiconque n’a pas éprouvé toute l’horreur de la mort ne peut pas chanter avec Paul l’hymne de la victoire : La mort a été engloutie. Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (p. 34-36).

Le fondement de notre espérance, c’est Pâques : Jésus-Christ est en effet « réellement ressuscité », « premier-né d’entre les morts ». Si Christ n’était pas vraiment mort, il ne serait pas ressuscité. Il en va donc de même pour nous.

Désormais « l’ère de la résurrection est déjà inaugurée  (op. cit. p. 55)…..« la bataille décisive » a déjà eu lieu ; la mort est vaincue ; l’Esprit-Saint est à l’œuvre dans tous les chrétiens, arrhes de la résurrection future.

Enfin, croire à l’immortalité de l’âme (« libérée », « délivrée » du corps) conduit à séparer totalement le destin du corps de celui de l’âme, donnant ainsi « une valeur négative au premier et positive à la seconde. Une telle conception implique des conséquences catastrophiques », explique le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps(2). « Elle signifie que la vie spirituelle se réfugie dans l’intériorité, que le salut ne dépend que d’une relation intime avec Dieu, et que tout ce qui touche au corps, c’est-à-dire la relation à autrui et l’engagement dans le monde, devient néfaste ou indifférent. Comme chrétien, je crois que ma foi, pour rester vraie, doit s’investir dans le monde face au besoin d’autrui. Chaque fois que le corps est séparé de l’âme, on aboutit à un christianisme méprisant à l’égard d’autrui. La résurrection des corps veut dire que c’est tout ce qui a fait la vie de l’individu – ses gestes concrets, son tissu de relations – qui sera accueilli par Dieu »(2).

 

 

Notes :

(1)Selon le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps, « le Jugement dernier est le moment où Dieu dit la vérité de chacun » et « la foi dans le Jugement dernier est nécessaire et structurante. Elle signifie que le dernier mot sur le monde n’appartient pas aux politiciens cyniques, à l’injustice, au nettoyage ethnique, à la souffrance humaine, mais à Dieu. C’est aussi une proclamation qui m’interdit de me poser en juge des autres; elle me retient de condamner autrui. Cette croyance n’est donc pas là pour m’infantiliser dans la terreur; elle m’installe au contraire dans ma responsabilité d’adulte, appelé à rendre compte de ce que j’ai fait. Le Jugement dernier n’est finalement pas une parole qui cherche à nous donner des informations sur la fin de l’histoire, il est une parole qui nous amène à un plus grand respect d’autrui ».

(2) Cf https://www.letemps.ch/societe/croire-resurrection-une-lutte-contre-mourir.

A lire, également,  « Surpris par l’espérance » de NT Wright (Excelsis, 2019).

 

L’Espérance ultime des chrétiens

Qu’est-ce que les chrétiens espèrent de l’avenir ? Vous serez surpris de l’apprendre !

Noël est derrière nous !

Mais savez-vous que les premiers chrétiens ne fêtaient pas Noël, mais uniquement la Résurrection corporelle du Christ, avec la grande fête de Pâques – sans oublier une célébration hebdomadaire ?

Ce qui en dit long sur le fondement de l’espérance future et ultime du christianisme des premiers temps, laquelle était fermement centrée sur cet événement historique. Et il y a de quoi être « surpris par (une telle) espérance », souligne le théologien N.T. Wright dans un passionnant ouvrage récemment publié(1), que je suis en train de lire.

« Les premiers chrétiens ne se satisfaisaient pas simplement de croire en la vie après la mort ; ils n’ont quasiment jamais parlé d’un transfert vers le ciel après la mort (….). Et lorsque ces chrétiens parlaient du ciel comme d’une destination post-mortem, ils semblaient envisager cette vie céleste comme une étape temporaire en route vers la résurrection finale du corps. Lorsque Jésus rassure le brigand sur la croix » qu’« aujourd’hui », il sera avec lui « au paradis » (Luc 23v43), ce « paradis » ne peut être leur destination finale, comme l’atteste Luc au chapitre suivant. « Le paradis » est plutôt le lieu où les morts en Christ (cf 1 Cor.15) se ressourcent en attendant la résurrection. Lorsque Jésus déclare à ses disciples « qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison de (son) père » (Jean 14v2), le terme employé en grec, monè, désigne un séjour provisoire, une halte. Lorsque Paul désire « s’en aller pour être avec Christ, ce qui est bien préférable » (Philippiens 1,21-23), « il pense effectivement au bonheur de vivre auprès de son Seigneur immédiatement après sa mort, mais ce n’est qu’un prélude à la résurrection elle-même » (2).

En clair, explique encore N.T. Wright, l’espérance chrétienne d’un avenir en Dieu repose sur la conviction « d’un processus futur en deux étapes » (2) : 1) A la mort, « le corps de l’homme s’en retourne à la terre d’où il a été tiré [Gen.3v9] et le souffle de vie (l’esprit) retourne à Dieu qui l’a donné » (cf Ecclésiaste 12v7 et aussi Luc 23v46). L’espérance du chrétien est de demeurer auprès du Seigneur, dans l’attente de 2) son espérance ultime, laquelle est la Résurrection des morts, et une existence nouvelle dans une Création renouvelée [des « nouveaux cieux » et une « nouvelle terre »], selon Apocalypse 21v1, 4, où « la mort ne sera plus » et où « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance. »

Au final, « Surpris par l’espérance » nous montre que ce que nous croyons à propos de la vie après la mort affecte directement ce que nous croyons de la vie avant la mort. En effet, si Dieu veut renouveler toute la création et non la détruire, cela signifie que la mission de l’Église ne peut se limiter au seul « salut des âmes » : elle doit travailler pour le royaume (ou le règne) de Dieu, dans le monde entier, en apportant guérison et espérance dès la vie présente.

Qu’en est-il pour vous ?

Une bonne idée de première lecture, pour bien débuter la nouvelle année !

Voir aussi, sur le même sujet, cette question « théo » très pratique :  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/03/20/la-question-theo-du-mois-dieu-va-t-il-detruire-la-terre-lors-du-retour-de-jesus-christ/

 

Notes :

(1)Wright, N.T. Surpris par l’espérance. Excelsis, 2019 (Sel et lumière). Voir ici ou dans toutes les bonnes librairies.

(2) Ibid, p 85

Un verset et une question (4) : « La résurrection des morts est proche, celle des justes et des injustes »

Sors !
Tombes dans la roche par Petr Kratochvil

« La résurrection des morts est proche, celle des justes et des injustes » (cf Jean 5v25-29 ; Hébr.9v27 ; Actes 24v15)

En conséquence : « crains l’immortalité, car elle n’est que trop certaine », que nous le voulions ou non, et parce qu’elle est le jugement, ou la séparation (la distinction) des justes et des injustes.
Laquelle des résurrections te concernera ? Pourquoi ?

Six jours avant la Pâque, à Béthanie….

Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare, le mort, que Jésus avait ressuscité d’entre les morts. On lui fit donc là un souper; et Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie donc,

ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. (Jean 12v1-3. Version Darby)

Un repas est préparé pour Jésus, à Béthanie. Matthieu (26v6-13) et Marc (14v3-9) nous apprennent que cela se passe dans la maison de Simon le lépreux (ou l’ancien lépreux). Il est important de s’attarder sur les principaux « personnages » présents dans ce récit : Jésus est l’hôte d’honneur, au centre de la scène. Des amis intimes sont présents : il s’agit d’une famille composé du frère (Lazare) et de ses deux sœurs (Marthe et Marie). Lazare est à table avec lui, Marthe sert et Marie décide d’honorer Jésus d’une manière particulière. Cette scène nous parle à la fois de trois façons d’adorer le Seigneur Jésus, de trois degrés d’adoration progressive, ainsi que de trois préfigurations du Seigneur Jésus.

 

Les trois (Lazare, Marthe et Marie) paraissent comme « en retrait », à leur manière, pour rendre hommage à Jésus. L’important, et l’essentiel, étant le résultat de leur adoration. De plus, chacun des trois semble avoir appris à discerner la volonté de Dieu à ce sujet, exprimant respectivement ce qui est bon (pour Lazare), agréable (Marthe) et parfait (pour Marie), selon Rom.12v2.

Tombes dans la roche par Petr Kratochvil

Tombes dans la roche par Petr Kratochvil

Lazare : on nous précise qu’il s’agit du mort, que Jésus avait ressuscité. Ce rappel est important, car la nouvelle naissance est le point de départ de toute relation avec Jésus. Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Il est assis et ne semble pas très actif mais il a su trouver sa place auprès de Jésus. C’est la bonne et la meilleure place. Le passage ne nous dit pas de quoi Lazare s’entretient avec Jésus, mais il nous est permis de penser qu’il lui rend hommage, en rappelant ce que Jésus a fait pour lui. De même, nous pouvons aisément nous imaginer le contenu de cet entretien, tout simplement parce que nous avons « beaucoup de choses à dire » à Jésus (pour le louer et lui rendre gloire…), depuis que nous le connaissons comme sauveur et seigneur. Lazare est à table avec Jésus et bénéficie donc d’une certaine intimité avec lui, étant honoré avec Lui (il est servi avec et comme lui).

Marthe : le passage nous dit qu’elle servait. Elle est debout et en mouvement. Ce n’est plus ici la Marthe décrite en Luc 10v40-41 : la Marthe « agitée » et « stressée ». Au contraire, son service semble plus apaisé, serein, agréable et humble. Le service rendu par amour paraît efficace et intelligent, raisonnable, spirituel, à l’image du culte auquel nous sommes appelés à rendre, en Rom.12v1, et en Jean 4v 23-24 (une adoration « en esprit et en vérité »)

Marie : nous apprenons qu’ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, elle oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Elle offre ce qu’elle a de meilleur, de plus précieux et de plus coûteux pour Jésus (le prix du parfum représente une année de travail). Elle adore et « déverse » ce qu’elle a reçu, manifestant l’expression de son amour pour Jésus : un amour dont elle a été elle-même remplie au préalable. Le résultat en est une bénédiction pour l’ensemble des personnes présentes : la maison fut remplie de l’odeur du parfum (v3).

 

Ces trois formes d’adoration peuvent être également perçues comme trois degrés d’adoration progressive :

Nous sommes invités, chacun, à nous approcher de Jésus, en expérimentant ces trois étapes. Lazare et Marthe illustrent les deux premières : On goûte ce qui est bon (Lazare), c’est-à-dire, la présence de Jésus, et le service qui suit est rendu agréable pour soi et les autres (Marthe). Mais le point culminant correspond à l’adoration de Marie, qui entre dans une intimité plus grande : elle est très proche de Jésus, en contact direct avec Lui, lui oignant et lui essuyant les pieds avec ses cheveux. Son exemple nous montre ce à quoi nous sommes appelés et exhortés : à offrir (nos) corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu (Rom.12v1). Son sacrifice peut également être considéré comme parfait, parce qu’il est total, effectué dans l’amour.

Enfin, nous pouvons voir dans les actes de Lazare, Marthe et Marie, trois préfigurations du Seigneur Jésus :

Traverser par Radu Pasca

Traverser par Radu Pasca

Lazare, par anticipation, s’identifie au Seigneur, dans sa mort et sa résurrection ; Marthe illustre le serviteur parfait, humble et qui s’efface ; et Marie nous révèle, quant à elle, Jésus, le sacrifice parfait brisé pour nous (Es.53v5) et dont le nom est comme un parfum répandu (Cant.1v3) :

Christ (…) nous a aimés, et (…) s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur (Eph.5v2)