Comment savoir si tu es retourné en Egypte

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

(La citation de la semaine) « Si tu ne te reposes pas le 7ème jour, c’est que tu es retourné en Egypte ! »  

Textes bibliques :

« le Seigneur vous a dit : non, vous ne retournerez plus par cette route [vers l’Egypte, ce pays où tu étais esclave 24/7] ! » (Deut.17v16)

« Qu’on garde le jour du sabbat pour le sanctifier, comme le SEIGNEUR ton Dieu te l’a ordonné. Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage, mais le septième jour, c’est le sabbat du SEIGNEUR ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’émigré que tu as dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave, et que le SEIGNEUR ton Dieu t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu ; c’est pourquoi le SEIGNEUR ton Dieu t’a ordonné de pratiquer le jour du sabbat ». (Deut.5v12-15)

Travailler le dimanche ? C’est toujours non !

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

Emmanuel Macron avait promis qu’une fois élu, il « améliorerait » la loi travail par une réforme encore plus large et légiférerait par ordonnances au cours de l’été. Les négociations avec les syndicats ont lieu en ce moment. C’est dans ce contexte que la CGT publie ce tract pour le moins étonnant contre le travail du dimanche
Il y est notamment rappelé (voir ci-contre) la loi Sarrien du 13 juillet 1906 qui stipule que « le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche ». Et c’est enfin une invitation à dire « toujours non ! » au travail du dimanche, via une pétition en ligne.

Contactée par Le Figaro, la Fédération CGT du Commerce et des Services explique aux journalistes la genèse de la campagne de publicité : «nous avions créé un forum de débat contre le travail dominical et décidé de nous inspirer des internautes pour notre communication sur le sujet. Parmi les réactions, une jeune femme qui déclarait préférer aller à la messe que travailler le dimanche». Considérant l’argument légitime, le syndicat n’a pas hésité à s’en servir, et a adopté le point de vue du prêtre, qui lui, ne peut « se dérober » au travail dominical.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, elle a suscitée des réactions diverses. Accueillie avec méfiance par certains croyants, cette initiative est vue comme un « clin d’œil complice » par plusieurs prêtres, dont l’Abbé Pierre-Hervé Grosjean (voir son message sur twitter daté sur 01/07/17). Ce dernier se dit d’ailleurs en accord avec le message de la CGT («nous partageons avec certains syndicats et responsables politiques divers le souci de préserver des espaces de gratuité, de repos légitime», dit-il), faisant référence à la doctrine sociale de l’Église, qui a toujours prôné le repos dominical.

La CGT, quant à elle, assume totalement le lien avec l’Église sur cette question. Mais sa campagne a surtout pour objectif de lutter contre les effets de la loi Macron adoptée en août 2015, et qui a facilité le travail dominical en élargissant les autorisations administratives dans les zones touristiques, et en donnant plus de latitude aux maires pour fixer le nombre de dimanches travaillés. De nombreuses chaînes de magasins peuvent ainsi demander à leurs salariés de venir travailler le dimanche 12 fois par an. Cantonnée aux 20 zones touristiques internationales que compte la France (dont huit pour la seule ville de Paris), cette libéralisation du travail dominical pourrait bien devenir une nouvelle norme sociale. C’est en tout cas ce que craint la CGT, qui critique également son inutilité« Le travail du dimanche dans le commerce n’est pas utile car il ne participe pas à la lutte contre le chômage. En revanche, il complique énormément la vie de famille des salariés », déclarait ainsi au journal Le Parisien Olivier Champetier, secrétaire local de la CGT, en marge d’une manifestation organisée en juin dans le centre commercial d’Évry 2.

Enfin, pour Hélène Bodenez, il s’agit là d’une « excellente initiative ». Professeure agrégée de lettres dans un lycée jésuite parisien et blogueuse, elle cherche, entre autres, l’encadrement du dimanche chômé en France et en Europe. Dans une note de blogue pour Radio Notre Dame, le 03 juillet, elle nous invite à comprendre le message « qu’il y a derrière » le tract de la CGT, lequel rappelle que « le dimanche reste le jour privilégié de « l’élévation spirituelle » dont la messe ou le culte est un sommet et ses ministres les ouvriers de la vigne. Utiliser cette photo pour rappeler l’importance du repos dominical dérange sans doute car nous voudrions ne plus retenir la racine religieuse de ce noyau historique culturel de notre Europe. Combien d’entre nous veulent bien aller une petite heure à la messe mais oublie que c’est tout le jour qui est voué au Seigneur, au don A qui de le défendre ? Les syndicats prennent leur part du combat. A nous de prendre la nôtre ! »

Qu’en pensent, quant à eux, les protestants « historiques » et les protestants-évangéliques ? Estiment-ils qu’il s’agit là d’un « bon combat », dont ils doivent « prendre leur part » ?

Pour aller plus loin : (re)lire une ancienne note de blogue sur le sujet, toujours actuelle : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/06/03/le-chretien-peut-il-faire-greve-ou-notre-regard-sur-le-travail-et-les-manifestations-contre-la-loi-travail/

 

Scoop : La France n’est plus laïque….

"Le dimanche, au moins on s'arrête !" Une de "La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le dimanche, au moins on s’arrête ! »
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

Cela vous a peut-être échappé, mais le 24 juin dernier, des salariés des Galeries Lafayette et du Printemps avaient protesté, rue de Provence (Paris 9e), contre les récentes déclarations de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du tourisme, sur le travail dominical, dénonçant une étape supplémentaire vers la généralisation(et la banalisation)de celui-ci…
Dans ce cadre, il me paraît utile de relever les propos du président de la Fédération protestante de France, qui s’est interrogé sur le sens de la libéralisation du travail le dimanche :
« Il est question de généraliser l’autorisation de travailler le dimanche… À mes yeux, ce n’est pas une bonne idée ! Qu’un pasteur réagisse ainsi n’étonnera personne, et pourtant ce ne sont pas des intérêts particuliers que je défends. Au contraire, ma démarche est antireligieuse ! Dans ce projet, je dénonce d’abord la religion de la consommation. La tendance à ne plus faire de différences entre les jours pour permettre de travailler et de consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, est l’affirmation sans complexe du culte de la consommation animé par sa prophétesse publicité (dont le credo est la loi du marché). C’est logiquement que le supermarché est devenu le lieu de la célébration par excellence, l’endroit où le travailleur fatigué s’enivre de musiques et de lumières pour mieux sacrifier dans la joie. C’est une expression de la liberté de culte, direz-vous.
Certes, mais ce qui est surprenant, c’est que ce culte semble devenir le culte officiel de notre République qui ne serait donc plus laïque ! Plus que cela, j’avance que ce culte reconnu a un penchant sectaire évident. Ceux qui suspectent sans cesse les mouvements religieux d’égarement, sont curieusement muets devant le lavage de cerveaux que subissent adultes et enfants par le biais d’une publicité omniprésente(…)! Ces défenseurs des innocents semblent indifférents à la frénésie consommatrice, à moins qu’ils n’en soient eux-mêmes le clergé ! Un comble !
Quand la Bible préconise des jours de repos et de fêtes, elle offre du temps pour célébrer Dieu, mais plus largement elle souligne la nécessité pour tout homme de sortir d’un travail dont il est potentiellement l’esclave. Le repos régulier qui peut donc se partager, comme se partage le travail, est alors l’occasion de prendre du recul et de réfléchir sur les finalités de son action.

La religion de la consommation : où cela nous mène-t-il ? Par Andy Singer

La religion de la consommation : où cela nous mène-t-il ?
Par Andy Singer

Pourquoi travailler plus ? Pourquoi gagner plus ? Pour qui ? Pour quelle vie ? Dans quelle création est-ce que j’inscris mon ouvrage ? »
Propos du Président de la Fédération protestante de France, donc. Mais il s’agissait du Pasteur Claude Baty….le 12 décembre 2007 !

Comme quoi, « rien de nouveau sous le soleil », et ici, comme sur d’autres sujets, il s’agit plus de continuité que de réelle rupture…

Et, comme en écho aux propos de Claude Baty, voici ceux d’un député(si quelqu’un connaît son nom…) : « il y a six jours pour avoir et un jour pour être… Tout dépend du type de société vers lequel on souhaite aller.»

En savoir « plus » ou mieux :
Le site : http://www.travail-dimanche.com/
Et le dossier de La Croix sur le sujet : http://www.la-croix.com/lacroixsearch/tag/travail%20du%20dimanche

Dont ces propos de Joseph Spiegel : « Je dois dire que la vie personnelle et familiale relativise bien des fois les questions du rapport au pouvoir, le sens de l’engagement. Je pense que l’on n’est jamais aussi bon dans la semaine que lorsque l’on vit pleinement son dimanche. » (Maire de la ville de Kingersheim dans le Haut-Rhin depuis 1989, ancien professeur d’EPS, qui a refusé la Légion d’honneur, Joseph Spiegel, 62 ans, travaille pour redonner du sens à la politique).
http://www.la-croix.com/Actualite/France/Joseph-Spiegel-Le-dimanche-permet-de-s-interroger-sur-le-sens-2014-06-20-1167409

Texte biblique à lire : « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi.
Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos ». Deut.5v13-15 (voir aussi Exode 16 et Lévit.25)

« Toujours plus ! » Ou quand le consumérisme « consume » tout….

Le travail du dimanche un éternel serpent de mer ?

Le travail du dimanche un éternel serpent de mer ?

 

Le temps d’un week-end, les médias érigeaient l’ouverture des commerces le dimanche en enjeu central pour l’avenir du pays.

 

Enjeu ? Quel enjeu ? C’est là toute la question !

 

 

 

Qui n’a pas encore vu ce dessin de Plantu*, paru le 1er octobre 2013 en une du quotidien « Le Monde » ?

Dessin de Plantu. Le Monde, 1er octobre 2013

Dessin de Plantu. Le Monde, 1er octobre 2013

Le délégué CGT, qui refuse le travail le dimanche, et représenté sous les traits d’un beauf’, est associé avec un fanatique religieux(forcément musulman) qui s’en prend aux fillettes.

« Les syndicats et la religion, quand ils résistent à la marchandisation du monde, sont représentés comme une basse populace extrémiste », constate « La Décroissance », dans un article intitulé « Plantu parfait chez Bergé »**.

Le dessin est « en fait symptomatique de la ligne du quotidien du journal de Xavier NIEL, Matthieu PIGASSE et Pierre BERGE(…) Pierre Bergé, (qui) venait d’ailleurs de se prononcer très sérieusement pour la suppression de toutes les fêtes chrétiennes », sur RTL, le 27 septembre 2013 ! poursuit le mensuel.

« Le 3 septembre, retour au Monde qui titre sur un article d’un professeur à Sciences Po Paris : Christian Lequesne : « choisir son jour salarié est une liberté fondamentale ». Le 16 octobre, convoqué par le même quotidien, le pourtant « socialiste et homme de gauche » Pascal Lamy[et par ailleurs ex-directeur général de l’OMC] enfonce le clou : « le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche et le soir est absurde. Bien sûr qu’il faut ouvrir les magasins le dimanche et le soir. Il vaut mieux travailler à 22 heures qu’être au chômage »***.

Je fais ce que je veux****, tel est le mot d’ordre de notre époque.

Mais pourquoi le « débat » sur le travail du dimanche(comme celui de la libéralisation du cannabis)revient comme un serpent de mer dans les grands médias ? s’interroge encore « La Décroissance »**.

 

Homo consumericus Dessin d'Andy Singer

Homo consumericus
Dessin d’Andy Singer

Poussons donc la logique du « Toujours plus » jusqu’à l’absurde :

« Toujours plus ! » (La gloutonnerie consumériste consume tout : le social, l’humain, l’écologie)*****

Or donc, des travailleurs voudraient, disons « spontanément », travailler le dimanche (c’est ma liberté de penser ! répond un travailleur au tee-shirt « exploité aussi le dimanche »)

Et la nuit aussi, tant qu’on y est ! (Béé…qu’est-ce qu’on peut faire d’autre la nuit ? se demande un autre)

Bientôt ce sera les 10-12 ans qui se mobiliseront pour le droit au boulot(« Laissez-nous aller à la mine ! » revendique un collégien, cartable sur le dos)

Et pourquoi pas, travailler sans être payé ?!(C’est une idée, ça ! déclare un doberman en costume-tenant plus du loup aux dents longues)

Ça n’a rien de nouveau. Avant, on appelait ça les syndicats jaunes****** (A bas la sociale ! dit un « jaune » moustachu à casquette)

Sauf qu’on a repeint cette saloperie à la sauce « droit à la conso »(Mais qu’est-ce qu’on ferait de notre dimanche sans Ikéa ?! se demande un couple de consommateurs aux allures de « zombis », poussant un caddy)

 

"Le dimanche, au moins on s'arrête !" Une de "La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le dimanche, au moins on s’arrête ! »
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

Quel enjeu de société, disions-nous plus haut  ?

Nous considérons-nous comme des consommateurs plutôt que des travailleurs ou des citoyens ?  Banalisons-nous(en l’intégrant) l’idée que consommer serait notre principale fonction ?

Y tenons-nous, au dimanche ? Pour quoi  ?

 

Versets bibliques à méditer :

Exode 16v22-30 : « Pendant six jours vous en ramasserez(de la manne) ; mais le septième jour, qui est le sabbat, il n’y en aura point. »

Deutéronome 5v14-15 : « …le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos. »

« Tu ne voleras pas (…)Si la personne humaine est rabaissée au niveau d’une marchandise, d’un butin, celui qui la réduit à ça est un voleur ».(Erri de LUCA. Et Il dit, pp79-80)

 

 

Notes :

* Dessin commenté notamment par ACRIMED : « Le Monde court derrière Valeurs Actuelles » et « Le Monde et Plantu au-dessus de toute critique ? »

** »La Décroissance », novembre 2013, 104, p8

*** « J’ai suivi par exemple le débat sur l’ouverture (de magasins) le dimanche, je trouve ce truc absurde. Un boulot à 10 heures du soir est mieux que pas de boulot. Quand le chômage est à ce niveau, il faut accepter de changer les idées qu’on a. »(d’après la transcription des propos de Pascal LAMY, publiée au pied de la vidéo. Par ailleurs, il semble que cet entretien date du 13 octobre et non du 16)

****…« de mon temps, de mon corps, de mon argent, ça ne concerne en rien la collectivité…ou « l’idéologie du c’est mon choix qui peut légitimer aussi bien le travail dominical – un simple contrat entre moi et mon employeur[à l’instar du mariage ? Réduit à être un simple « contrat de confiance » ?]-que l’exil fiscal, la spéculation, la prostitution comprise comme un métier comme un autre, la grossesse pour autrui(GPA)…. » analyse le philosophe Jean-Claude Michéa, cité par la même « Décroissance »(op.cit.)

***** Toujours plus ! Par Colloghan. IN « La Décroissance », novembre 2013, numéro 104, p 9

****** D’après Wikipédia : Forme de syndicalisme (constitué en opposition aux syndicats « rouges », c’est-à-dire socialistes ou communistes) refusant certains modes d’action comme la grève et l’affrontement avec le patronat. Pour les grévistes, les jaunes sont les non-grévistes. Ce qualificatif, en se généralisant, a pris un sens péjoratif, désignant les « traîtres ».