Rattrapé par la réalité

« Et pourtant, ils (« les chrétiens solidement bibliques ») votent Trump ! » : (La journaliste à Donald Trump) »You’ve broken almost every Commandment, you know nothing from the Bible, your god is money, and you act more like Herod than Jesus. And Evangelicals still voted for you. And say it’s God‘s plan! »
(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

Les chrétiens qui soutiennent Donald Trump seraient « des chrétiens solidement bibliques » et ayant « nettement plus de discernement spirituel que les autres », nous assure, non pas Le Gorafi, mais un internaute, dans un commentaire – à prendre au premier degré – posté sur un blog théologique(1). Or, ledit Donald Trump a prétendu être « chrétien » mais sans avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…le même a aussi prétendu, en 2018, avoir « le droit absolu » de « se gracier lui-même »(2).

Un droit absolu serait un droit divin, obtenu de Dieu au-delà de la constitution. Sauf que la constitution américaine ne permet pas à un président de se gracier lui-même. Il s’agit donc d’un fantasme de toute-puissance. Ultimement, c’est bien Dieu qui pardonne et qui gracieNous pouvons être amenés à nous pardonner nous-mêmes pour des choses dont nous nous accuserions sans cesse, mais se gracier de ce que la justice des hommes aurait condamné en nous, quand on sait que toute autorité vient de Dieu, c’est une façon de… se mettre à la place de Dieu. Conséquence spirituelle : quand on craint si peu Dieu qu’on se met à sa place, on risque de le rencontrer. A savoir comment. Dans la conversion ? Alléluia. Dans le jugement ? Ça peut être plus chaud…(3)

Ceci dit, ironie du sort, ledit chef d’état se croyant tout puissant vient d’être rattrapé par la réalité, puisqu’il a été testé positif au covid-19 (4) et hospitalisé vendredi soir 02/10. Et ce, après avoir minimisé la pandémie et affiché son dédain envers toute posture prudente. De quoi chambouler la campagne présidentielle américaine, à moins d’un mois du scrutin du 3 novembre(5).

Le président américain a toutefois quitté l’hôpital militaire Walter Reed lundi soir 05/10, avec le feu vert de ses médecins. « I will be leaving the great Walter Reed Medical Center today at 6:30 P.M. Feeling really good! Don’t be afraid of Covid. Don’t let it dominate your life. We have developed, under the Trump Administration, some really great drugs & knowledge. I feel better than I did 20 years ago ! » [« Je vais quitter le super centre médical de Walter Reed aujourd’hui à 18h30. Je me sens très bien. N’ayez pas peur du Covid. Ne le laissez pas dominer votre vie. Nous avons développé, sous l’administration Trump, d’excellents traitements et une grande connaissance [du virus]. Je me sens mieux qu’il y a 20 ans ! »], a-t-il annoncé sur twitter, alors que sa gestion sanitaire est critiquée de toutes parts et que la pandémie de Covid-19 a fait (à l’heure actuelle) plus de 210.000 morts au Etats-Unis, avec près de 7,3 millions de personnes dans le pays testés positifs. La plupart des américains touchés, contrairement au président, n’ont jamais eu de médecin personnel, n’ont pas été envoyés d’urgence à l’hôpital Walter Reed et n’ont pas reçu de médicaments tels que le remdesivir antiviral pour raccourcir leur séjour à l’hôpital(5).

Un décalage et un déni de réalité persistant de la part du Président américain, qui inspire ce commentaire d’Erwan Le Morhedec, alias le blogueur catholique « koztoujours », publié le 06/10 sur son compte twitter « : « Trump me fait penser à ces fictions, dans lesquelles un loyal Américain, Jethro Gibbs [personnage  – interprété par Mark Hamon – de la série TV « NCIS – Enquêtes spéciales »] ou John McClane [personnage – joué par Bruce Willis – de la série de films « Piège de cristal » ou « Die Hard »], arrache sa perfusion et quitte l’hôpital contre l’avis des médecins parce qu’il doit sauver l’Amérique. A la télé, ça se passe bien. Mais quelqu’un devrait lui dire, pour la réalité »…

Et qui le lui dirait ? Les chrétiens « solidement bibliques », ayant « nettement plus de discernement spirituel que les autres », sans doute ? (6)

Car la réalité est que l’équipe médicale a bien souligné qu’une sortie de l’hôpital n’était pas synonyme d’un retour à la normale. « Il n’est peut-être pas encore complètement tiré d’affaire » et il bénéficiera à la présidence « de soins médicaux de classe mondiale 24 heures sur 24 », a précisé le Dr Conley lors d’une conférence de presse. Lequel a ajouté que les médecins ne seraient pas totalement soulagés avant une semaine, expliquant que Donald Trump ne pourrait pas retourner sur le terrain avant de ne plus être contagieux – laissant entendre qu’il l’était encore…..(7).

 

 

 

Notes :

(1) https://www.leboncombat.fr/trump-nouveau-cyrus/ [commentaire qui n’a suscité aucune intervention des responsables du blog à ce jour]

(2) https://www.france24.com/fr/20180605-etats-unis-donald-trump-arroge-droit-gracier-grace-robert-mueller-enquete-impeachment

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/08/quand-un-chef-detat-pretend-avoir-le-droit-absolu-de-se-gracier-lui-meme-eclairage-biblique-et-consequences-spirituelles/

(4) De même que sa « garde rapprochée » cf https://www.lefigaro.fr/international/covid-19-la-garde-rapprochee-de-donald-trump-elle-aussi-contaminee-20201006 et Covid-19 : autour de Donald Trump, la Maison Blanche minée par les contaminations

(5) https://theconversation.com/donald-trump-positif-a-la-covid-19-et-maintenant-147424

(6) A condition qu’eux-mêmes soient bien ancrés dans le réel pour espérer ramener qui que ce soit dans le réel. Ainsi, répondront-ils à cet appel à la repentance, condition de…réel renouveau ?

(7) https://www.20minutes.fr/monde/2877999-20201005-coronavirus-peur-covid-donald-trump-annonce-va-sortir-hopital-lundi-soir (voir aussi https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-comment-la-communication-brouillonne-de-la-maison-blanche-seme-le-doute-sur-l-etat-de-sante-de-donald-trump_4128539.html)

« Read it (again) » : Don Quichotte de Cervantès

« Don Quichotte » de Cervantès : tout le monde « le connaît » mais combien l’ont réellement lu ?

Depuis quelques années, je lis très peu de romans – en tout cas, beaucoup moins qu’avant. Mais je revois tout de même en ce moment mes classiques. Ce programme de lectures – autant de « sessions de rattrapages » – me permet de découvrir de très beaux textes. Ainsi, par exemple, le fameux « Don Quichotte »(1), dont je viens de terminer le tome 1, et dont j’ai trouvé la lecture extrêmement plaisante. Tout le monde « connaît » ce roman espagnol de Miguel de Cervantès (1547-1616), mais combien l’ont réellement lu ?

D’ailleurs, pourquoi lire ou relire « Don Quichotte » ?

Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que, pour ne citer que celui-là, « Guerre et paix » [qui n’est pas « guère épais » !] de Tolstoï – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne.

Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne. L’écrivain napolitain Erri de Luca le définit comme étant « l’incapacité de distinguer les différences ». Soit un « trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur(2).  L’indifférence est justement un dérangement opposé à celui de Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », lequel s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Paradoxalement, ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne. Il distingue ainsi mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême, allant jusqu’à faire irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable. » (2)

 

En ce moment, au cinéma : L’Homme qui tua Don Quichotte (2018) (The Man Who Killed Don Quixote), film britannico-franco-espagnol de Terry Gilliam, projet de longue haleine du réalisateur qui avait commencé à le tourner en 2000 avant de devoir l’interrompre.

 

Notes :

(1) Mon édition est celle-ci : Cervantès. Don Quichotte de la Manche (2 Tomes de 640 pages chacun). Gallimard, 1949 (Folio). Trad. de l’espagnol par César Oudin et François de Rosset et révisé par Jean Cassou. Préface de Jean Canavaggio. Notes de Jean Cassou.

(2) De Luca, Erri. « Indifférence » IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998(Bibliothèque rivages), pp 95-96)

 

Les limites de la parabole des aveugles et de l’éléphant ou n’est-ce pas arrogant d’affirmer que tout le monde est aveugle ?

Vous connaissez sans doute l’Anekāntavāda, l’une des doctrines les plus importantes du jaïnisme. Cette doctrine se réfère aux principes du pluralisme et de la multiplicité des points de vue. Elle est à la base du Post-modernisme. C’est l’idée que « la vérité » ou « la réalité » sont perçues différemment selon les personnes et qu’un seul point de vue ne peut pas définir « la vérité »(1).

Ladite idée est illustrée par la fameuse parabole des aveugles et de l’éléphant :

Il était une fois un roi d’un pays lointain. Ce roi fait venir un jour un éléphant dans son palais, ainsi que six savants aveugles qui n’ont jamais vu d’éléphants. Le roi leur demande d’examiner l’animal, et de lui donner leur conclusion. Le premier savant touche une jambe et s’écrie : « c’est un tronc d’arbre ! ». Le deuxième touche la queue et dit : « Euh non, c’est une corde. Arrgh non ! Ça bouge ! Au secours, c’est un serpent ! ». Le troisième touche une défense et dit : « Bandes d’abrutis, c’est dur et pointu comme une lance ». Chaque savant examine ainsi l’éléphant et délivre sa conclusion. Et le roi observe que si tous ont raison, tous ont également tort.

Selon Olivier Keshvajee, pasteur et « théologeek »,  « cette histoire illustre parfaitement notre situation face à Dieu : personne ne l’a jamais vu, nous sommes devant Lui comme des aveugles. Et notre expérience ou notre connaissance de Dieu est forcément limitée – personne ne peut prétendre connaître totalement Dieu ! Je peux donc dire que Jésus est le chemin vers Dieu(2) pour moi, mais qui suis-je pour prétendre qu’il doit l’être pour toi aussi ? Ou pire, qu’il est le seul chemin ? Que sais-je s’il n’y a pas un autre chemin qui marche pour toi ?

De fait, si quelqu’un prétend que Jésus est le seul chemin vers Dieu(2), il est aussi arrogant et stupide qu’un des savants aveugles qui s’acharnerait à dire : « C’est un tronc, un point c’est tout. J’ai raison et les autres ont tort ! ». Nous devons donc être tolérants.

C’est ce que l’on veut nous faire croire aujourd’hui. Mais est-ce vraiment le cas ? » Si nous le voulons bien, Olivier Keshvajee se propose de nous « signaler les quelques problèmes qui ressortent de cette vision de la tolérance ». Lire la suite sur l’évangile.net (3)

Et si vous voulez une autre histoire d’éléphant, en voici une autre, pour illustrer l’une des questions philosophico-théologique les plus discutées, dans les livres comme dans les bistros, consiste à mesurer la science et la religion (ou la philosophie) : qui est le plus fort, l’éléphant ou l’hippopotame ? Ou dit autrement, qui, de la science ou de la religion, est le plus à même de répondre à nos questions profondes? Lequel permet au mieux d’expliquer et donner du sens au monde? Lequel nous conduira vers plus de vérité, nous permettra de résoudre nos problèmes et de réduire nos souffrance?

Lire la suite sur Théologeek.

 

Notes :

(1) http://reformetavie.blogspot.fr/2012/02/les-aveugles-et-lelephant-et-le.html

(2) En réalité, Jésus-Christ ne prétend pas être le seul chemin vers Dieu. Mais le seul chemin vers Dieu le Père (cf Jean 14v6 )

(3) Voir aussi https://franckgodin.toutpoursagloire.com/melanger-toutes-les-religions-pour-trouver-la-verite/