« Quand l’extrémisme n’est plus rentable, soudainement, les gens changent »

Inquiétude de se voir « frappé au portefeuille » (Source image : dessin de Mathieu Colloghan

Les « sleeping Giants », vous connaissez ? Non ? « Grâce » à Valeurs actuelles et CNews, c’est désormais chose faite ! Les deux médias ont en effet annoncé déposer plainte contre ce collectif(1), au mode d’action original : frapper au portefeuille en alertant les annonceurs dont les spots publicitaires sont diffusés sur des médias susceptibles de véhiculer des contenus haineux [lesquels ne sont pas des « opinions », mais des délits], amoindrissent leurs revenus publicitaires.
Le 4 juin 2021, la société Valmonde et Cie, à laquelle appartient Valeurs actuelles, dépose une plainte à l’encontre de Sleeping Giants, visant à dénoncer « des faits de discrimination, à raison des opinions politiques, et de nature à entraver l’exercice normal d’une activité économique ». Le directeur adjoint de la rédaction, Tugdual Denis, reconnaît qu’ils leur font « perdre beaucoup d’argent ». De même, l’entreprise de publicité en ligne Taboola, en rompant son contrat en début d’année avec le magazine à la suite de la publication du feuilleton donnant à voir la députée Danièle Obono représentée en esclave, avait privé le magazine d’un revenu de « trois millions d’euros sur trois ans »(2). 

Selon Valeurs actuelles, CNews pourrait, de son côté, déposer trois plaintes : deux pour diffamation, et une pour discrimination et entrave à la liberté d’expression. La chaîne d’information confirme l’existence d’une seule plainte, après qu’elle aurait, elle aussi, perdu de nombreux annonceurs à la suite des alertes des Sleeping Giants. La saison 2020-2021 aura effectivement été chiche en spots publicitaires accompagnant « Face à l’info », l’émission dans laquelle officie Eric Zemmour. Ce dernier, bien que multi-condamné pour injures et provocations à la haine, peut, chaque soir, qualifier des réfugiés « d’envahisseurs », des femmes musulmanes de « mosquées ambulantes » et des mineurs de « délinquants et de violeurs »(3). Tantôt la chaîne n’en a diffusé aucun, tantôt quelques spots « de petits annonceurs qui ne paient pas cher du tout les écrans mais servent de chair à canon », comme l’explique « Rachel »co-fondatrice de Sleeping Giants France.
Interrogée par Le Monde, par téléphone, la même « Rachel »ne semble pas spécialement affolée. Elle a appris l’existence de la plainte, à la lecture de Valeurs actuelles« Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer quoi que ce soit puisque nous n’avons rien reçu », explique-t-elle(4).

Les plaintes de CNews et Valeurs actuelles ont-elles des chances d’aboutir ? « Ces procès baillons sont d’abord faits pour nous intimider », commente Rachel. Mais pour atteindre les bénévoles du collectif, souligne-t-elle, « il faudrait d’abord qu’on nous identifie »(4). Et c’est sans doute là le but recherché de cette plainte – comme d’un hypothétique procès, même inutile : voir les identités des activistes des Sleeping Giants France révélées et donc exposées.

Et ce, d’autant plus que les Sleeping Giants ne risquent, à priori, rien : ils se contentent d’informer des annonceurs publiquement connus sur ce qu’ils financent, sans appel au boycott desdits annonceurs. La question parlementaire [d’un député LREM] annonciatrice de la plainte est à cet égard symptomatique, le rédacteur s’étant rendu compte de l’absence de tout fondement juridique bien qu’il cite le code pénal et la jurisprudence suggère in fine de faire changer la loi (5).

« Nous ne travaillons que sur les publicités programmatiques(6), gérées par des régies, et dont les placements de pubs qui ne sont pas consentis par l’annonceur – il n’en a même pas connaissance« , explique Rachel lors d’un entretien avec Loïc Leclerc, pour Regards(7). Le but est d’alerter l’annonceur quand il est présent sur un média qui a déjà été condamné, afin qu’il se demande si ces contenus sont en lien avec les valeurs de ses annonces. L’annonceur peut alors ajouter tel ou tel site à une liste d’exclusion (…)Notre démarche est d’informer ceux qui ne savent pas qu’ils font de la pub dans ces médias » (7).

« Nous faisons surtout un travail d’information. Ça n’a rien à voir avec du ‘Name & Shame’ [« nommer et couvrir de honte »] où on fouille dans les tiroirs et on met à jour quelque chose que quelqu’un aurait essayé de cacher. N’importe qui, qui va sur un site ou sur une chaîne de télévision, peut voir la pub qui passe avant monsieur Zemmour. Donc on ne révèle pas de secret. Par contre, souvent, pour l’annonceur, c’est un secret effectivement. Il y a un genre de ‘package deal’, et il y a des annonceurs qui reviennent vers nous totalement choqués, en disant : ‘On a appris ça. On ne savait pas du tout sur quelle chaîne ils allaient placer notre publicité »(8).

A ceux qui les accusent de censure et d’atteinte au pluralisme de l’expression en France, les Sleeping Giants répondent qu’ils ne censurent rien : « Valeurs actuelles peut écrire ce qu’ils veulent. Le financement par le consommateur, via la publicité, n’est pas un droit. Il n’y a pas un droit absolu d’être financé par la publicité. Si les entreprises n’ont pas envie d’être associées [parce que lesdits sites iraient à l’encontre de leurs propres valeurs, des chartes de responsabilité sociale, éthique, écologique – un peu comme un boucher qui ferait de la pub sur un site végan ou inversement. Cela va aussi plus loin parce que ce ne sont pas que les marques, c’est le consommateur qui finance la publicité, donc notre argent via l’annonceur qui l’ignore], elles, elles ont ce droit-là. Ce n’est pas une question de censure. Le financement de Valeurs actuelles [ou de CNews…] n’est pas notre problème. Tout ce qui nous importe, c’est la liberté des entreprises à s’associer ou non avec ces médias (et donc de les financer) ».
Une telle action et de telles réactions en disent long de l’état de la presse et de la fragilité de son système économique. En effet, comme l’explique Rachel, « il y a un problème concernant l’indépendance des médias. Puis il y a un cercle vicieux : plus les contenus sont extrémistes et racoleurs, plus ils seront vus, lus et partagés et plus vous aurez droit à des publicités et à des publicités qui valent plus. Quand on interrompt ce cercle, que l’extrémisme n’est plus rentable, soudainement, les gens changent. Nous en sommes convaincus, tout est une question d’argent. Il n’y a pas que l’idéologie. Et ça dépasse leur entendement que nous faisions tout ça bénévolement ! Ça leur pose un problème que des personnes puissent s’engager sans chercher à faire du profit »(9).

« Moralité » selon les Sleeping Giants :« Si on veut garder ses annonceurs, on a intérêt à présenter effectivement de l’information. Et peu importe de gauche, du centre, de droite. Mais si on dépasse ça, on n’est plus un média d’information ou on n’a jamais été un média d’information, mais un blog d’opinion »(10) [Certains sites ne sont d’ailleurs que des conglomérats d’éditos/billets d’humeur]. Ce qui est une façon d’inviter chacun (médias, annonceurs et consommateurs) à prendre ses responsabilités.

Visiter  le compte twitter et le site web des Sleeping Giants France.

Notes : 
(1) Né aux Etats-Unis en 2016, après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle, et actif en France depuis février 2017, au moment où le site américain Breitbart était sur le point de s’installer dans notre pays – ce qui ne s’est pas fait finalement. Le collectif a alors commencé à travailler sur des sites français, les premiers étant Boulevard Voltaire – condamné pour provocation à la haine contre les musulmans en 2014 – et Breizh Atao, puis CNews, Valeurs Actuelles, « le nouveau » France Soir [un site complotiste qui n’a plus rien à voir avec l’ancien quotidien aujourd’hui disparu]…En 2021, Breiz Atao, géré par Boris Le Lay, est un site interdit en France par une décision de justice, du fait de son contenu profondément antisémite, xénophobe, raciste, homophobe, et par ailleurs servi par AdSense par Google   C’est-à-dire que d’un côté, la justice interdit des sites. De l’autre côté, Google continue de les fournir en publicité…jusqu’à ce que les Sleeping Giants fasse la démarche d’avertir les annonceurs qui se sont tous retirés en quelques mois. Mais aussi d’alerter Google AdSense de ce partenariat jugé « absolument ahurissant ».

Sources : http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses et  https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(2) Cf Publicité : CNews et « Valeurs actuelles » déposent plainte contre le collectif Sleeping Giants

(3) A noter enfin que les propos d’Eric Zemmour, chroniqueur sur CNews (et l’absence de réaction/modération de l’animatrice) ont valu à la chaîne 2 amendes par le  Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La première (10 000€) vient d’être confirmé mercredi 16 juin par le Conseil d’État qui rejette le recours de la chaîne pour faire annuler une mise en demeure prononcée le 27 novembre 2019 par le CSA à son encontre. A l’époque de la décision du CSA, l’émission Face à l’info n’avait que quelques jours d’existence. Le 14 octobre 2019, au terme d’un débat avec l’ancien socialiste François Pupponi, portant notamment sur l’immigration, le polémiste Eric Zemmour s’était exprimé au sujet de la colonisation française en Algérie en ces termes : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Eh bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français ». De quoi s’attirer les foudres du CSA, qui avait estimé que la chaîne avait contrevenu à ses obligations en matière d’« incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de sexe, de mœurs ou de nationalité ».

Source : Le Monde.

(4) Cf Publicité : CNews et « Valeurs actuelles » déposent plainte contre le collectif Sleeping Giants

(5) Cf https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-39220QE.htm

(6) « Il y a 20 ou 30 ans », explique Rachel lors d’un entretien sur France inter, avec Sonia Devillers, le 18 février 2019, « vous choisissiez votre emplacement publicitaire par rapport à vos besoins. Vous le financiez directement ou en passant par une agence. Avec les contenus de plus en plus présents sur Internet, il y a eu la création de la publicité programmatique ou pour un prix relativement raisonnable, vous pouviez figurer sur un grand nombre de supports, ce qui, évidemment, a entraîné aussi que vous ne saviez plus où était affichée votre publicité ». Donc tout cela est devenu à travers les années, « un système très opaque », entièrement géré par des logiciels et des algorithmes. Sauf que « l’on programme ces algorithmes pour que certains annonceurs ne se retrouvent jamais associés à des contenus pornographiques, sur des sites pédophiles ou même, par exemple, sur des sites qui promeuvent les jeux d’argent ». D’où l’aberration que des sites qui promeuvent du contenu haineux ou complotiste ne soient pas éliminés de cette distribution publicitaire. Source : https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(7) Cf http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses


(8) Cf https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(9) Cf http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses

(10) Cf https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

« Info-divertissement » ou « piège à clics » : des dangers de la « konbinisation » de l’information pour les jeunes (et les moins jeunes)

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

« Usiner » en quelques minutes des articles insolites sur le dernier sujet qui agite les réseaux sociaux, y glisser des références flatteuses aux annonceurs publicitaires, saupoudrer l’ensemble de vidéos amusantes qui feront le tour d’Internet : la recette a porté à des sommets l’audience des « pure players » d’ »info-divertissement » [ou « d’infotainement »] entièrement dépendants de la publicité : Melty, Konbini ou encore BuzzFeed. La presse traditionnelle porte sur ces jeunes concurrents un regard ambivalent fait de mépris pour un journalisme ouvertement bâclé et de fascination pour le nombre de visites qu’il génère.

Je pense à certains médias chrétiens évangéliques francophones, qui me paraissent  surfer » sur cette mode : du site agrégateur de contenus, dit d' »actus (pas vraiment) chrétiennes » – assurément polémique, avec un style « humour cool gras », cynique et vulgaire – au (plus sympathique mais peu convaincant) blogue « lifestyle de jeunes chrétiens » – revendiquant un langage « djeun » , sous couvert de « parler cash », où l’on retrouve les « mots magiques « (en franglais dans le texte) : « challenger », « fun », « la life » « power… »…….

Sophie Eustache et Jessica Trochet nous livrent leur enquête sur ces « pièges à clic » dans un article disponible en accès libre sur Le Monde diplomatique, tandis que Sami Joutet, rédacteur à Topo [média étudiant suisse de l’université de Genève] « braque le projecteur » sur le phénomène d’une information « konbinisée » visant les « millenials » ou les 15-30 ans.

Au cœur du problème, le fait que le modèle économique soit à la base de la création de contenu. Dans quels domaines et jusqu’à quel stade l’efficience économique peut-elle affecter la création de contenu ? Comment choisit-on les sujets et la manière dont on va les traiter dans cette rédaction d’un nouveau genre ?

Comment peut-on espérer être en capacité de questionner et repenser un monde toujours plus complexe lorsque l’information se simplifie et que le langage s’appauvrit ? Est-il judicieux de laisser à des publicitaires et à des algorithmes la tâche élémentaire d’informer et d’élever intellectuellement toute une génération ?

Sans oublier « l’envers du décor acidulé », derrière lequel se cache un univers de forçats, avec un système reposant sur des auto-entrepreneurs précaires, et rappellant celui des cueilleurs saisonniers payés au kilo….

 

A lire « De l’information au piège à clics », par Sophie Eustache & Jessica Trochet. Le Monde diplomatique, août 2017 et « Quels dangers d’une information « Konbinisée » pour les jeunes ? » Par Sami Joutet. Topo, 14 février 2020.

« Quand je vois de la pub, cela me dégoûte »

S’agit-il de s’indigner face à certaines publicités ou face à la publicité en général ?Source : Reflets.info

« Quand je vois ces pubs, ça me dégoûte », exprime Benjamin E. sur l’excellent blogue jeunesse de La Rebellution.

Et le lecteur sait « à quelles pubs » il fait référence : « ces publicités qui mettent en avant la débauche plutôt que la pureté, la nudité plutôt que l’élégance, la sensualité plutôt que la vérité. Que ce soit à la télé, dans la rue, ou sur internet, ces pubs sont partout. Nous les croisons chaque jour du regard (c’est d’ailleurs ce qui rend le combat pour la pureté dans les regards encore plus difficile) ». Et Benjamin de conclure : « Oui, l’indignation est une juste réaction face à ces publicités. Cependant, cette indignation devrait nous amener à être des témoins encore plus actifs de la grâce de Dieu en Jésus-Christ. Seule cette grâce transforme véritablement ».

Il a raison, Benjamin, de nous partager ainsi son indignation face à ces publicités-là, dans le but de nous sensibiliser à un réel enjeu spirituel.

Néanmoins, sommes-nous autant, sinon plus, indignés face à des publicités d’autres natures, telles les pubs de paris en ligne – particulièrement omniprésentes – ou celles insérées dans les programmes pour enfants ? Bien entendu, ce type de pub ne véhicule pas de sexe ou de sang, mais elle se véhicule elle-même, en tant que pub, avec tout ce que cela suppose ensuite.

Au final, s’agit-il de s’indigner face à ces publicités-là ou face à la publicité en général ? Selon la synthèse par Serge Lellouche du « bonheur conforme » de François Brune, un essai sur la normalisation publicitaire (publié en 1985 et réédité en 2012), « on ne s’en affranchira pas tant que l’on ne reconnaîtra pas les finalités du monde publicitaire pour ce qu’elles sont : une colonisation accélérée de nos imaginaires et de notre langage, une conquête sans répit de nos inconscients psychiques et de nos âmes, destinées à nous maintenir dans l’utérus artificiel de nos pulsions infantiles, savamment stimulées, remodelées et orientées vers un seul et unique réflexe pavlovien : ACHETER. Avec ses «créneaux», ses «cibles» et ses «campagnes», l’armée des publicitaires livre une guerre d’une violence et d’une perversion abyssales, soigneusement camouflées sous l’apparence sucrée et souriante de ses messages séducteurs, sexy et rigolos. Ce déchaînement quotidien de violence à l’allure festive n’a qu’un but : que l’être ne se vive plus autrement (sans même qu’il ne le sache) que comme un consommateur standardisé, docile et policé, ayant fini par prendre goût à sa confortable condition d’esclave, et même à l’aimer. En novlangue militaro-publicitaire, cela s’appelle faire rêver les gens».

Dit sous un autre angle, « le fait n’est pas que la publicité manipule le consommateur ou influence directement ses choix. Le fait est que cela fait du consommateur un toxicomane, incapable de vivre sans des pertes de plus en plus importantes de stimulation et d’excitation d’origine externe ».

De fait, une théologie digne de ce nom – et au Nom de Jésus (= « Dieu sauve » et « Dieu élargit », celui qui est venu pour libérer et affranchir les prisonniers et les esclaves) devrait analyser et renverser les mécanismes de la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes. Et de là, conduire à une prise de conscience qu’au sein même de la captivité il est possible d’espérer autre chose : c’est là le sens de l’Evangile, qui est, non seulement « la Bonne Nouvelle », mais « la meilleure » et « la plus grande » des nouvelles.

 

Foireux liens(6) : « pour quoi faire ? » ou « Est-ce un bien ? »

 

Une foire aux médias(chrétiens)et non des "foireux médias" !

Une foire aux liens pour questionner l’usage : des pratiques, des « progrès », des mots…

« Le progrès fait rage », avait coutume de dire un célèbre chroniqueur radio !Voici une sélection de ce qui nous est présenté comme un « progrès » ou une « avancée », sous prétexte que ce serait « plus pratique », voire « plus utile ». De telles affirmations ne nous dispensent heureusement pas de nous questionner à ce sujet. A noter enfin que la réflexion nécessaire sur « l’usage » touche aussi aux mots, auxquels il est aussi vital de redonner le juste poids.

 
1) »Ecrire à la main n’est plus utile », juge-t-on en Finlande.

Je l’ai appris hier soir : dès 2016, et ce, bien après les Etats-Unis, les enfants finlandais n’apprendront plus à écrire à la main, mais sur un clavier. Une « compétence » (on ne parle déjà plus de « savoir »-qui se transmet)jugée plus « utile » par l’Office national de l’Education., révèle un blog de la BBC qui reprend l’article d’un journal finlandais.

Et ailleurs-en Allemagne ou en Belgique ? http://www.ufapec.be/nos-analyses/2813-apprentissage-ecriture-sur-ordi/ ; http://www.lalibre.be/debats/ripostes/l-apprentissage-de-l-ecriture-cursive-est-il-revolu-51c980923570b73efa89f0f5 ; http://www.lesoir.be/299198/article/studeo/2013-08-14/abandonner-l-ecriture-cursive-pour-clavier-un-debat-irreel

Est-ce une bonne ou mauvaise idée ? Et en France, c’est possible ?
Ce qu’en pense le linguiste Alain Bentolila.

 

2)« ONU: Les enfants ont droit au sexe, à la drogue et à l’avortement » : une information relayée notamment par le CPDH, encore bien peu commentée(à part peut-être ici) et que l’on peut lire sur c-fam.org : « La terre compte aujourd’hui une jeunesse plus nombreuse que jamais. D’après le dernier rapport du Fonds de l’Onu pour la Population (UNFPA), c’est le moment ou jamais de faire des progrès sans précédent, mais cela requiert que les futures générations soient moins nombreuses. Les instructions de l’ UNFPA visent à ce que le « dividende démographique » garantisse un libre accès à l’avortement aux adolescents, l’abrogation de l’âge minimal de consentement aux relations sexuelles, et l’affaiblissement du rôle des parents dans la formation sexuelle de leurs enfants ».
La principale préoccupation de l’UNFPA est donc de mettre un frein à la croissance démographique. Et si l’on se trompait de cible ? Et si la vraie question était liée au partage des ressources et non à la diminution de la population ? Cette offensive « malthusienne » n’est toutefois pas neuve. Déjà, en 2009

 

"Quand le système repose sur notre envie d'acheter" Ou "Adoracion Capital" (2014) Huile sur toile de Patrick McGrath Muñiz.

« Quand le système repose sur notre envie d’acheter »
Ou « Adoracion Capital » (2014) Huile sur toile de Patrick McGrath Muñiz.

3) Grenoble, première ville française sans publicité ? Une expérience qui s’attire les foudres de Jacques Séguéla qui a déclaré : « C’est criminel(…)Si vous abaissez l’envie d’acheter, vous courez directement vers la fin du système(…)Ce n’est pas parce que les banques ont fait sauter le système qu’il faut s’en prendre à l’affichage(…)Méfions-nous des castrateurs d’imaginaire ! C’est le début de toute dictature. » Où l’on apprend, en vrac, que(comme le commente le journaliste Patrice de Plunkett) : notre « imaginaire » dépend de la pub ; tout recul de la pub est une avancée de « la dictature » ; « le système » repose sur notre « envie d’acheter ».

 

4) Le transhumanisme est-il un « humanisme » ? Oeuvre-t-il pour « le bien de l’humanité » ?
Nous en avons déjà parlé ici, sur notre blogue.
Pour rappel, les transhumanistes se sont réunis à Paris, les 20, 21 et 22 novembre derniers, dans le but de réfléchir aux multiples façons (via les progrès technologiques) d’atteindre « l’homme augmenté ». L’occasion de prendre du recul à ce propos et de réfléchir, outre à leur influence actuelle, aux conséquences éthiques, spirituelles et morales d’un tel mouvement de pensée : lire  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/11/14/face-a-l-offensive-du-transhumanisme-5489852.html et http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/11/20/31003-20141120ARTFIG00268-le-transhumanisme-n-est-pas-un-humanisme.php . Ce dernier article, découvert via la dernière « foire aux liens » de « Notre Eglise point com », me paraît toucher juste : « certains préfèrent évoquer l’espoir de technologies intelligentes utilisées dans l’intérêt de l’homme, de manière bienveillante. Mais tout ce qu’il sera donné à l’homme de faire, il le fera. L’histoire nous a par trop de fois montré combien l’homme ivre de liberté en oublie sa conscience…».

D’autres réflexions sur « l’usage » : donner du poids(le juste poids), cela va aussi pour les mots.

5) Un numéro de Libération(découvert grâce à cette note de Patrice de Plunkett éditée sur son blogue) consacre une double page à Erri de Luca, 64 ans, écrivain napolitain polyglotte, bibliste hébraïsant (neuf essais ou traductions) et militant écologiste… ce passionné de la Bible, qui se présente comme quelqu’un « qui ne croît pas », pourrait faire honte à certains croyants qui la négligent ou nient qu’elle est « la Parole de Dieu ». L’entretien tourne autour des questions bibliques, et notamment des problèmes (ardus) de traduction de l’hébreu. Lire ici : http://www.liberation.fr/societe/2014/11/07/j-aime-toucher-la-langue-originelle_1138745
6) « Les mots ont un poids, un sens et une histoire. Quand on les utilise sans réfléchir à leur contenu ou à leur passé, on s’englue dans les préjugés », écrivait il y a quelques années la journaliste et écrivain Jacqueline Rémy. Une remarque qui revient en mémoire de Joseph Gynt(co-fondateur des « Cahiers libres »), au regard des derniers débats agricolo-environnementaux. A lire ici : http://cahierslibres.fr/2014/11/edito-grand-mal-mots/

7) Et quand les mots sont des nombres : une exégèse d’Ezech.47 par Pneumatis, en lien avec Jean : http://www.pneumatis.net/2014/11/mais-le-temple-dont-il-parlait-cetait-son-corps/

8)« Doxa » :
Un mot grec employé par Parménide et surtout Platon pour désigner l’opinion, les idées reçues que la pensée rationnelle devait combattre, puis concept sociologique que Pierre Bourdieu, notamment, a développé pour caractériser l’opinion publique, ses interprètes (les doxosophes), ainsi qu’un type de perception du monde constitué par l’évidence des choses (le rapport doxique). Un mot guère connu, du moins jusqu’à ce que politiques, polémistes et « débatteurs » s’en emparent, discutant(ou remettant en cause) les conclusions de scientifiques et d’historiens.
A lire, sur le sujet, un excellent billet d’Alain Garrigou, professeur de science politique à l’université de Paris Ouest Nanterre et directeur de l’Observatoire des sondages, qui a le mérite de réactualiser ces propos de Thucydide : « En voulant justifier des actes considérés jusque-là comme blâmables, on changea le sens ordinaire des mots » (La guerre du Péloponnèse, CXXXII, III). Un phénomène observé par l’historien pendant la guerre du Péloponnèse (430-404 AC) « quand les Athéniens désemparés par la prolongation du conflit perdaient le sens des mots. Comme hier, la longue crise d’aujourd’hui fait perdre la faculté de juger ».

9) Repérer et décrypter, au-delà du vernis, les mots « qui tuent » : c’est la mission d’un site « qui repère les dérives racistes et antisémites des cadres du Front national » : « Un site internet mis en ligne le 10 novembre, Lentente.net, se propose « d’observer le Front national (FN) » et de traquer les dérives de tous les cadres ou futurs candidats du parti, alors que le FN organise son congrès les 29 et 30 novembre 2014 à Lyon. Depuis que Marine Le Pen, en succédant à son père, a pris la tête du parti et s’est attelée à le « normaliser », et après la victoire aux municipales d’élus d’extrême droite dans une dizaine de communes, une nouvelle forme d’opposition au FN voit le jour », peut-on apprendre sur Fait religieux. Comme le déclarent les animateurs du site dans une courte présentation, « la présence du Front national n’est pas la première raison de la faiblesse du débat d’idées dans l’espace médiatique : mais elle occupe trop les pensées et les discours politiques ».

Et on terminera par là :

10) Focus sur une nouvelle pratique : la curation

Ce terme vient de l’ancien français « curation » qui désigne le traitement d’une maladie. La maladie qui nous intéresse ici est « l’infobésité »(ou « surcharge informationnelle », dans le sens que « trop d’information, tue l’information »). La curation peut alors être considérée comme « un remède ». Ou, selon le blogueur « Zeboute », consultant en sciences de l’information et de la communication, « une alternative intéressante, puisqu’elle permet continuellement de « recycler » ou « dépoussiérer » la connaissance. Pas des éléments de « buzz », mais des vieux articles, des liens url surannés qui nous relient dans la webosphère sur ce qu’il y a de plus précieux : l’intelligence humaine ».
La curation provient également de l’anglais « curator » qui désigne tout type de gardien d’un héritage culturel (conservateur de musée, bibliothécaire, etc.) chargé de prendre soin des œuvres dont il a la charge, de les rassembler et de les organiser pour mieux les diffuser au public.
Pour « Zeboute », encore, « le bon curator » doit donc donner du sens au contenu qu’il diffuse. Comme le bibliothécaire qui conseille le lecteur.
A condition de ne pas contribuer à « l’infobésité » en relayant une information qui existe déjà, ou déjà relayée par d’autres, et de respecter le droit d’auteur.

Appliqué à l’Internet, la curation consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus jugés comme étant les plus pertinents du web, pour une requête ou un sujet donné.
Mais qui va sélectionner l’information ? Sur quels critères ? Dans quel but ? Quel est son intérêt ? Réponse dans cet autre billet de « Zeboute », qui nous propose un « Focus sur cette nouvelle pratique de la curation » des chaînes d’info en continu, « en temps réel » et « au plus vite ». Une pratique « dont la valeur ajoutée pour l’organe médiatique est faible, puisqu’il suffit de « copier/coller » les dépêches AFP. Une tâche ingrate dévolue à un stagiaire. Qui ne mange pas le midi, car à midi, l’info ne s’arrête pas ».
Une dénonciation de l’usage général réservé aux stagiaires, et « d’un journalisme trop concentré sur l’instantanéité de l’information, plutôt que producteur de sens ».

 
11)Connaissez-vous les « non-conférences » ?
À la recherche d’une méthodologie pour animer des discussions théologiques dans sa paroisse, qui soit aisée à organiser, si possible sans préparation, bienfaisante pour la réflexion individuelle et communautaire, conviviale, Olivier Keshavjee s’est souvenu « des non-conférences (unconference), un concept de conférence particulièrement intéressant ». Il nous invite à le découvrir ici , tout en exprimant son « envie de vivre des cultes sur ce modèle ». Néanmoins, comme il l’explique lui-même, ce modèle n’a rien de neuf, puisqu’ « inventé par une Madame L’Esprit, et théorisé par Monsieur De Tarse, dans une lettre Aux Corinthiens, tome 1, ch. 14, v. 26) ».

Face au premier « publiciste » de l’histoire…comment être victorieux ?

Boite de chocolat par Petr Kratochvil

Boite de chocolat par Petr Kratochvil

A quoi sert la publicité ?

A susciter des besoins auxquels nous n’avions pas pensé, pour mieux y répondre par la suite.

Nous, hommes et femmes du XXIe siècle, chrétiens ou non, sommes environnés par la publicité. Mais qui est le premier « publiciste » de l’histoire ?

Le diable !

 

 

Le diable ou Satan n’est pas notre ami. Son nom signifie « adversaire », « diviseur ». Il est « celui qui séduit toute la Terre »(Apoc.12v9), « l’accusateur des frères » (Apoc.12v10), et, dit Jésus, « le prince de ce monde »(Jean 14v30), « le menteur et le meurtrier dès le commencement »(Jean 8v44).

Il veut nous détourner de Dieu et a cherché-sans y parvenir-à détourner le Seigneur Jésus du chemin de la croix(Matt.4v1-11).

Dès le commencement, il a eu ce « slogan » imparable, pour tenter Ève et attiser les convoitises(voir aussi 1 Jean 2v15-17) : « vous serez comme des dieux » !(Genèse 3v4-5 ).

Et ce, alors que l’homme et la femme avaient tout pour être heureux : la  présence et la communion avec Dieu, la possibilité de jouir de tout le jardin(de pouvoir manger de tout arbre du jardin), la responsabilité de dominer sur toute la création et de gérer celle-ci…

Car à l’inverse du tentateur(et il est plus important de grandir dans cette connaissance-là)Dieu est bon. Il est Celui qui a commencé par créer la lumière au milieu du chaos(Gen.1v2-4). « Il fit la Terre et les cieux »(Gen.2v5), Il « forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint une âme vivante »(v7). Il « planta un jardin en Eden(…)et il y mit l’homme qu’il avait formé. » Il « fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. »(v9) Il « prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. L’Eternel donna cet ordre à l’homme : mangez, mangez de tous les arbres du jardin ! Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement. »(v15-17)….Il « créa l’homme à son image(…)Il les créa mâle et femelle. Dieu les bénit… »(Gen.1v27-28)

Or, c’est cette tentation qui a fait mouche :

« Vous serez comme des dieux »…Depuis, rien n’a changé et le slogan est toujours le même.

Cependant, écouter le premier « publiciste » de l’histoire a eu pour effet de nous donner une fausse image de Dieu(la première idole du commencement !), et donc de nous détourner de Lui, nous conduisant à nous recentrer sur nous-même. Le pasteur Robert « Bob » Ekblad rappelle, dans « Lire la Bible avec les exclus »*, que « du moment où nous portons un regard négatif sur Dieu, nous perdons confiance en Lui, et c’est ce qui nous amène à prendre par nous-même, plutôt que recevoir ce que Dieu a voulu comme un don de sa grâce ». Et quand nous nous détournons de Dieu, nous devenons vulnérables à la tentation.

Dans quelles mesures et dans quels domaines sommes-nous tentés d’être « comme des dieux »(ou nourrissons-nous cette tentation, cf Jacq.1v14-15) et de penser que Dieu veut nous « frustrer » de quelque chose ?

Ne pas nourrir les oiseaux! par Lucy Toner “Je ne peux pas empêcher les oiseaux de voler au-dessus de ma tête, mais je peux les empêcher de faire leur nid dans mon chapeau.” (Luther)

Ne pas nourrir les oiseaux! par Lucy Toner
“Je ne peux pas empêcher les oiseaux de voler au-dessus de ma tête, mais je peux les empêcher de faire leur nid dans mon chapeau.” (Luther)

Comment être victorieux de la tentation ? Comment auriez-vous répondu au serpent ?(Voir sa question en Gen.3v1 et la réponse de la femme aux v2-3)

En revenant à la source ! Le secret de la victoire nous est donné par le Seigneur Jésus lui-même en Matt.4v1-11(à lire en contrepoint de Gen.1-3 et Hebr.4v15). Soyons attentifs à la nature des tentations, à la façon dont Jésus répond(la source de ses réponses)et les réponses qu’Il donne.

Bonne (re)lecture et bonne étude !

Note :

* Ekblad, Bob. Lire la Bible avec les exclus. Ed. Olivétan, 2008. L’étude de Gen.2-3 se trouve aux pages 57 à 74. J’aurai l’occasion de revenir une autre fois sur cet excellent ouvrage.

« Pour une vie utile, porteuse de sens et sans pub »

« Un autre journalisme est possible », le Manifeste du « mook » (mot-valise pour désigner un « book-magazine »)XXI , plaidait début 2013 pour un « journalisme utile, porteur de sens et sans pub ».

Bien avant lui, on peut discerner de telles exigences dans la vie de deux « héros de la foi » du XIX : Charles Studd et Georges Müller.

"Soyons plein d'espérance !"Dans le tunnel par Adrian Paulino

« Soyons plein d’espérance ! »
Dans le tunnel par Adrian Paulino

« Une vie utile, porteuse de sens (et d’espérance) », car avec et pour Christ, amenant les hommes à Christ.

« Sans pub » : de même qu’un journaliste ne saurait être un « publiciste », ces deux hommes de foi, « serviteurs de Christ », ne dépendaient pas d’ « annonceurs » ou d’intérêts divers, et donc ne cherchaient pas à plaire aux hommes(Gal.1v10). Mais ils annonçaient Christ. « Christ crucifié »(1 Cor.1v23, 1 Cor.2v2). « Christ venu en chair »(1 Jean 4v2). « Christ mort pour nos péchés, enseveli et ressuscité, selon les Ecritures » (1 Cor.15v3-4). Christ, « le même, hier, aujourd’hui et éternellement » (Hébr. 13v8)

« Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez quelle a été la fin de leur vie, et imitez leur foi ».(Hebr.13v7)

« Matraquage »

Il y a une vingtaine d’années, lors d’une séance cinéma, j’avais été frappé par le fait que l’on avait fait suivre, sans transition, une bande annonce de film par une publicité pour jeux vidéo.

Y a-t-il une différence entre la bande annonce(ou « trailer ») et le clip publicitaire ? Le procédé serait-il le même ? Dans quel but ?

Analyser la bande annonce du film « Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe » («  Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb »), satire de la guerre froide sortie en 1964, est à cet égard intéressant.

Son auteur est le graphiste américain Pablo Ferro, qui avait conçu une bande annonce burlesque pour inciter à aller voir un film burlesque.

Effrayant jeune homme par Petr KratochvilUn procédé burlesque pour inciter à aller voir un film burlesque

Effrayant jeune homme par Petr Kratochvil
Un procédé burlesque pour inciter à aller voir un film burlesque

Véritable parodie de discours publicitaire, elle est composée de questions rhétoriques (un procédé très courant en publicité), conclues par une réplique absurde (car hors-contexte) des principaux acteurs. La tragédie de la situation (la menace d’un conflit nucléaire) s’en trouve alors désamorcée par un humour grinçant (d’autant plus que l’assassinat du président J.F. Kennedy a eu lieu la semaine de la sortie initiale du film).

Pablo Ferro procède à un savant montage sonore, marqué par une alternance saccadée de texte entrecoupé d’extraits du film.  Le tout fait l’effet d’un matraquage d’images subliminales.

Ce montage reposant sur la formule « mots + images + son » a sans doute inspiré TV is a drug de Beth Fulton. La créatrice multimédia y réinterprète « Télévision »*, un poème du scénariste Todd Alcott, dans cette vidéo datant d’août 2010 qui s’attaque sur le mode « matraquage » au mass media TV….par ailleurs accusé lui-même de nous matraquer ce que nous devons regarder, faire ou consommer !

La critique peut-être la plus lucide sur cette vidéo a été pêchée sur « Créanum », le magazine de la création numérique : « que l’on partage le message ou pas, c’est aussi l’utilisation d’un média – Internet – pour en critiquer un autre. Et pourtant, il me semble que le web n’est pas non plus exempt de tout reproche au niveau de l’exercice d’un « pouvoir d’influence dissimulé », comme tous les médias de masse d’ailleurs, mais ça, c’est une autre histoire… »

 

Television* — by Todd Alcott

Look at me. Look at me. Look at me, look at me,

look at me. Look at me. No no no, don’t look

over there, there’s nothing to look at over

there, look at me, look at me, look at me.

Are you looking at me? Is everybody looking at

me? Do I have your attention? Good.

Don’t get the wrong idea. I’m not trying to take over

your life. You need, what? What do you need?

You need to, what? Go to the bathroom? Fine.

Get up, go to the bathroom, come back, look at

me. You need, what? You need to get

something to eat? Fine. Get up, go to the

kitchen, get something to eat, come back, look

at me. You need to, what, sleep? Fine, get up,

go to bed, go to sleep, get up, come back, look

at me.

Okay. So we have an agreement. You will do what

you absolutely need to do, and when you’re

done, you will come back and look at me.

Don’t worry about your schedule. I am here for you.

I am here for you. Twenty-four hours a day,

seven days a week, I am here for you.

I am here for you. You need me, I’m here. Fair

and foul, thick and thin, I am here for you. I am

here for you. People try to tell you I’m bad? You

tell them that I am here for you. Twenty-four

hours a day, fair and foul, thick and thin, I am

here for you. I am here for you. People try to tell

you I’m bad, know what it sounds like to me?

Sour grapes.

You see what 1- hey, hey, hey, hey, hey, no, don’t

look over there, there’s nothing going on over

there, look at me, look at me, look at me.

I’ve got stuff you wouldn’t believe. Danger? Sex?

Action? Death? Thrills? Comedy? All here, all

in the next eight minutes.

Can you believe it? You can’t. It’s unbelievable.

You can’t believe it because it’s unbelievable!

It’s a miracle.

Just keep looking at me. Just keep looking at me.

Just keep looking at me. Look at me, look at

me, look at me, look at me, look at me.

 

**« Television » est paru dans le recueil « Spoken Word Revolution : Slam, Hip Hop & the Poetry of a new generation » de Billy Collins, édité par Mark Eleveld en 2003.

Le texte à lire ici.

« Fenêtre » (A lire avant le 20h)

(Piqué dans le journal « La Décroissance », décembre 2012-janvier 2013, numéro 95, p9)

« Y a toujours un crétin pour enrichir les discussions du poncif suivant :

Les médias sont une fenêtre sur le monde.

Les médias : une fenêtre sur le monde...des médias.La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

Les médias : une fenêtre sur le monde…des médias.
La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

Bon, admettons.  Si le principal média, c’est la télé, massivement regardée entre 20h00 et 22h00, alors qu’est-ce qu’on voit par la fenêtre ?

19h57 : consomme ! Du pâté pour chat, une bagnole, des tartinettes, c’que tu veux, mais consommes !(Des tartinettes de pubs)

20h00 : le journal : c’est la crise. Faut faire profil bas, ne pas moufter.

20h02 : un spécialiste explique qu’il va falloir faire des sacrifices-pour pouvoir concurrencer la chine et pour renouer avec la croissance.

20h03 : les riches sont malheureux car on les taxe trop.

20h04. reportage : il y a des pauvres qui trichent avec les Allocs.

20h05 : les bienfaits du gaz de schiste et d’un nouvel aéroport nantais.

Et jusqu’à 20h30 : la guerre. La délinquance, la drogue, l’immigration clandestine et l’Islam rampant dans nos banlieues.

20h31 : consomme !

20h32 : météo(il pleut)

20h33 : consomme !

20h35 : une bande-annonce pour un film avec un tueur psychopathe

20h36 : consomme !

21h00 : des séries. Au choix : des sociopathes séquestrent, violent et tuent à tour de bras. Des terroristes projettent des attentats sanglants et des bimbos des deux sexes, narcissiques et incultes, célèbrent leur soif de pognon et de pouvoir.

Le tout entrelardé de pages de « consomme ! »

On referme la fenêtre sur ce monde hideux. La vie est ailleurs.