Retour sur le forum 2019 des Attestants : « qui parle, quand nous lisons la Bible ? »

« La Bible a été écrite par plusieurs et inspirée par un seul. Quand nous la lisons, nous l’interprétons différemment. Comment retourner aux Écritures en repérant et levant ensemble des obstacles à l’accueil d’une Parole de Dieu ? »

« Qui parle, quand nous lisons la Bible ? » « Nous », quand nous la faisons parler et dire ce que nous voulons qu’elle (nous) dise ? Ou « elle », quand nous la laissons (nous) parler et faire autorité dans nos vies ? 

Tel était le thème du 4ème Forum des Attestants qui a eu lieu le samedi 2 février 2019 au Palais de la Femme (Armée du Salut) à Paris, et auquel j’ai eu la joie de participer en tant que « sympathisant ». 170 personnes représentant une cinquantaine de paroisses EPUDF (Eglise Protestante Unie de France), plus quelques attestants belges [« l’Unio Réformata » de l’EPUB], étaient réunis. Nous nous sommes entretenus ensemble dans la convivialité, la joie et la simplicité au sujet de la problématique suivante : 

La Bible a été écrite par plusieurs et inspirée par un seul. Quand nous la lisons, nous l’interprétons différemment. Comment retourner aux Écritures en repérant et levant ensemble des obstacles à l’accueil d’une Parole de Dieu ? 

Un thème qui ne saurait étonner, quand on sait que le Mouvement des Attestants « est né en 2015 du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ».

De fait, les Attestants « enracinent leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne n’exclut pas mais implique une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie »

L’orateur invité et principal intervenant était Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à l’université de Strasbourg, faculté de théologie protestante.  Ses thèmes de recherche sont en rapport avec Anthropologie théologique, Questions de bioéthique, « Amélioration de l’homme » (Human enhancement), Théologie comparée des religions, La théologie de Dietrich Bonhoeffer, Ethique de la parole.

Il a donc été question de la Bible, à la fois « parole d’hommes » et « Parole de Dieu », laquelle Bible n’est pas un objet de recherche mais « un moyen de grâce », dans la logique de l’incarnation, avec ses faiblesses et limites, utilisé par le Saint-Esprit pour se faire connaître.

Il a été notamment rappelé que la Bible est « loi et Evangile », en ce qu’elle « interpelle, exige, accuse, encourage et console », et qu’elle est claire et efficace en tant que Parole de Dieu.

En tant que chrétiens confessants, nous avons été également encouragés, outre à discerner « les désaccords [d’interprétation] que nous pouvons supporter sans nous séparer », à rester ensemble, dans le cadre de la communauté – l’Église – pour lire la Bible, ces textes inspirés qui nous forgent, et pour chercher ensemble ce qui est clair dans les Ecritures.

En cela, Les Attestants, qui ont choisi de rester au sein de l’EPUDF, plutôt que d’en partir pour rejoindre les Evangéliques ou fonder une nouvelle dénomination, illustrent ce cheminement possible.

Enfin, lors d’un temps d’atelier où nous avons été invités à discuter ensemble de « La Bible dans ma vie et dans mon (église) locale », il est ressorti du mien la stimulante piste de dialogue suivante : et pourquoi ne pas exposer sa compréhension personnelle des Écritures bibliques – comment me fait-elle vivre – en sollicitant le témoignage de mon interlocuteur sur ce point, plutôt que de rester dans un seul débat dogmatique et de doctrine ?

 

Découvrir le programme détaillé du forum sur le site des Attestants.

Le forum en vidéos sur la page Facebook des Attestants.

Prédication de Michel Block lors du culte du forum : « Dans notre rapport aux Ecritures, quel type de serviteurs sommes nous appelés à être ? Fidèles ou… inutiles ? » Un texte de l’Evangile « pas compliqué » mais « difficile » à entendre !

Le texte complet de la prise de parole du professeur Karsten Lehmkühler ici.

Découvrir mes articles sur les Attestants ici.

 

Pourquoi les autorités des églises protestantes parlent-elles plus de politique que de Jésus ?

Voter est une affaire de conscience et de conviction personnelle, responsable, devant Dieu et sans pression. « Bien voter », ou ne pas voter « comme ses pieds », c’est aussi refuser « les crispations identitaires » et les sirènes populistes.

J’aime beaucoup le site « 1001 questions », parce que l’on peut généralement y trouver la question que j’aimerai poser, et surtout, parce que les réponses données sont aussi précises que concises.

Ainsi, par exemple, cette question susceptible de brûler toutes les lèvres et que je reformule quelque peu : « Pourquoi les autorités des églises protestantes (et évangéliques) parlent-elles plus de politique que de Jésus ? »

Réponse donnée par le site : « Il faudrait le leur demander ! » Mais l’actualité électorale explique peut-être cela.

Ceci dit(1), pour répondre à ceux qui souhaitent avoir le maximum de points de repères pour déterminer le choix du candidat que chacun est appelé à faire[quand d’autres ne viennent pas « carrément » demander « pour qui il faut voter ». Ne riez pas, cela existe !], il convient de rappeler qu’il n’y a pas (ou ne devrait pas y avoir) dans l’Église protestante/protestante évangélique d’autre autorité que les Écritures bibliques, Parole de Dieu, et qu’il n’y a pas de « magistère » (« pasteur », « docteur », « prophète » ou « apôtre ») ou de « gourou », susceptible de nous dire, du haut de la chaire, « comment être un bon chrétien », que ce soit au niveau de la foi, de la piété, de la morale, ou même, de la politique. Car aussi Dieu peut s’adresser à chacun de manière différente. On parlera alors plus volontiers d’une « éthique de la responsabilité » : chacun est personnellement (et intimement) responsable devant Dieu des choix qu’il pense être les meilleurs et les plus fidèles à l’Évangile. Tout discours ou décision qui irait contre la seule autorité de la Parole biblique serait nul et non avenu (sola scriptura).

D’autre part, nos responsables d’églises, pasteurs et anciens, (à qui Dieu a confié la direction) ont le souci de faire partager les valeurs de l’Évangile à la société dans laquelle Dieu nous a placés. C’est notamment le cas quant à l’exercice du pouvoir dans l’intérêt des gens, quant à l’accueil des petits, des faibles, des précaires et des étrangers, par exemple(2).

Il ne convient donc pas de s’attacher à ce qui apparaît de leurs choix partisans (vous pouvez en avoir légitimement d’autres – et il ne saurait y avoir un candidat « idéal » ou un « vote chrétien idéal »), mais à ce qui les fonde (et qui peut aussi fonder les vôtres) : à savoir Jésus-Christ seul – lequel a notamment dit : « le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10v45. TOB) ; «  j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Matt. 25v35-36)…..(3)

Car la prédication chrétienne s’inscrit dans le monde (donc dans un contexte précis) même si elle ne lui appartient pas (cf. Jean 17). Elle se doit donc d’être pertinente, cohérente et non déconnectée du réel.

 

 

Notes :

(1)Le présent texte s’inspire de la réponse donnée sur le site « 1001 questions », en l’enrichissant.

(2) Ce qui explique que nous ne devrions pas nous focaliser sur les sujets qui nous paraissent exclusivement « non négociables », à savoir la politique familiale ou le domaine de l’éthique (bioéthique, fin de vie, procréation, etc.). Ces sujets, certes très importants, ne doivent pas occulter d’autres préoccupations tout aussi importantes et bien présentes dans les Écritures bibliques, telles la justice (ou l’injustice) sociale, les causes structurelles de la pauvreté et de la précarité, les questions d’environnement (« garder et protéger » la création, être de bons et sages « intendants » des ressources de Dieu), l’accueil de l’étranger…

(3) Autres passages bibliques importants : 1 Jean 1v5-7 ; Eph.2v14-16 ; Eph.4v24-25, 29-31 ; Deut.10v17-19 ; (Exhortation donnée à un roi) Prov.31v8-9 ; Jean 16v13-14 ; Rom.5v5 ; 1 Cor.13v6 ; Zach.8v17 ; Es.61v8 ; Matt.4v1-11….A vous d’en trouver d’autres !

 

C’est pourquoi l’idée de la souffrance d’un enfant (nous) paraît monstrueuse…

A quoi rêvent les petits garçons ? Et les petites filles ?

Pourquoi nous ne devons pas nous laisser aller au désespoir…

Aujourd’hui il pleut et notre monde paraît toujours plus désespérant, notamment touché par ces trois fléaux que sont la peur, l’ignorance et l’avidité. Les repères de notre société sont bouleversés. Et ce, dans tous les domaines : éducatif, sociétal et familial, économique et social, environnemental…A cela s’ajoutent montée des extrêmes et complaisances cyniques ou fatalistes avec lesdits extrêmes…

De quoi remonter le moral, n’est-ce pas ? 😉

Que nous reste-t-il pour ne pas tomber dans le désespoir ? Lors de l’édition de « Protestants en fête » de 2013, les Protestants avaient été encouragés à être des « semeurs d’espérance ». Vaste, noble et beau programme.

Ce matin, j’ai été conduit à feuilleter à nouveau mon exemplaire de « L’Invention de la Solitude » de Paul Auster*, lu il y a une douzaine d’années. Et particulièrement cet extrait qui m’était revenu en mémoire :

« Par ce que le monde est monstrueux. Par ce que le monde ne peut mener un homme qu’au désespoir, un désespoir si total, si absolu, que rien n’ouvrira la porte de cette prison, l’absence de toute espérance, A. s’efforce de regarder à travers les barreaux de sa cellule et découvre une pensée, une seule, qui le console quelque peu : l’image de son fils. Et pas uniquement son fils, mais un fils, une fille, nés de n’importe quel homme ou de n’importe quelle femme.
Par ce que le monde est monstrueux. Par ce qu’il ne paraît proposer aucun espoir d’avenir, A. regarde son fils et comprend qu’il ne doit pas se laisser aller au désespoir. Il y a la responsabilité de ce petit être, et par ce qu’il l’a engendré, il ne doit pas désespérer. Minute par minute, heure par heure, lorsqu’il demeure en présence de son fils, attentif à ses besoins, dévoué à cette jeune vie qui constitue une injonction permanente à demeurer dans le présent, il sent s’évanouir son désespoir. Et même si celui-ci persiste, il ne se l’autorise plus.

Doc 6

Gotlib ou « le drame du Biafrogallistan ». Source : Gotlib. « Désamorçage » In La rubrique à brac tome 4, 1973, PP 64-65

 

C’est pourquoi l’idée de la souffrance d’un enfant lui paraît monstrueuse. Plus monstrueuse encore que la monstruosité du monde lui-même.
Car elle prive le monde de sa seule consolation, et par ce qu’un monde dépourvu de consolation est imaginable, elle est monstrueuse ».
(Auster, Paul. L’invention de la solitude. pp98-99)

 

 

 

Par association d’idées, était-il facile à Hénoc de ne pas sombrer dans le désespoir, compte tenu du monde dans lequel il vivait ? Son monde était-il plus facile que le nôtre aujourd’hui ?

"Soyons plein d'espérance !" Dans le tunnel par Adrian Paulino

« Soyons plein d’espérance ! »
Dans le tunnel par Adrian Paulino

Qu’est-ce qui « l’a fait tenir » ? Et lui a permis de vivre à contre-courant, de façon positive ? Et dont nous pourrions nous inspirer ?

« Hénoc(…)marcha avec Dieu trois cents ans; et il engendra des fils et des filles »(Gen.5v22). Un homme de foi qui, avant son enlèvement, « avait reçu le témoignage qu’il était agréable à Dieu« (Hébr.11v5).

Une foi qui parle encore aujourd’hui.

 

 

 

 

Notes :

* Paul Auster(né en 1947) : l’écrivain new-yorkais le plus doué de sa génération et dont j’ai apprécié sa « Trilogie new-yorkaise » et « L’Invention de la Solitude », son premier livre, dont il est question plus haut. L’ouvrage comprend deux récits, écrits entre 1979 et 1981 :

– « Portrait d’un homme invisible », une nouvelle autobiographique dans lequel l’auteur retrace la vie de son père, un homme qui a toujours vécu sans bruit et en marge des autres et qui vient de mourir de façon inattendue.

-« Le Livre de la mémoire », une succession de textes (notés « Livre de la mémoire »), comme autant de quêtes solitaires de l’auteur sur  la solitude, la mémoire et le temps. On y retrouve le « Pinocchio » de Collodi, les prophètes Jonas et Jérémie, les Mille et une nuits…Et la citation publiée aujourd’hui sur ce blogue.

« Protestants » : en fait…..

Du 27 au 29 septembre, des dizaines de milliers de protestants viendront des quatre coins de France à Paris, à l’occasion de « Protestants en fête ».
Le Palais omnisport de Bercy sera transformé en église géante, pour l’occasion, et le Week-End verra 150 animations dans tout Paris.

On notera qu’il s’agit de « Protestants en fête », et non de « la fête du Protestantisme ». « Protestants » est donc au pluriel, révélant la pluralité et la diversité(dans l’unité, autour des fondamentaux : « sole scriptura », « sola fide », « sola gratia », « solus Christus », « soli Deo gloria » )de cette famille, composée des Luthero-Réformés (regroupés en « église unie »)et des évangéliques(eux-mêmes très divers).

Protestants ? En fait….

….qui sont-ils ? Que(qui)croient-ils ?

Qu’est-ce et qui est-ce qui fait leur espérance ?
Claude Baty, l’initiateur de « Protestants en fête » et bientôt ex- président de la FPF, explique l’esprit de la manifestation* :
« Protestants en fête traduit  notre volonté de nous rassembler pour autre chose que la commémoration de nos malheurs historiques(…)Protestants en fête célèbre la vie, l’avenir. Les Protestants appartiennent à un peuple en marche, qui veut être témoin de l’Espérance. Selon St Augustin, l’espérance a deux beaux enfants : la colère et le courage. Les protestants savent s’indigner contre les injustices de ce monde et ils ont le courage de lutter pour que les choses changent, pour plus de fraternité et d’égalité. Ce courage, ils le puisent dans leur confiance en un Dieu qui les rend actifs ici et maintenant. La spiritualité chrétienne en général, protestante en particulier, n’est pas désincarnée, elle oeuvre dans le concret de notre société. Cette espérance que nous portons s’enracine dans notre foi en Dieu. »

"Soyons plein d'espérance !" Dans le tunnel par Adrian Paulino

« Soyons plein d’espérance ! »
Dans le tunnel par Adrian Paulino

Puisque la manifestation est placée sous le signe de l’espérance**, profitons de l’occasion pour revisiter cette notion, qui ne doit pas être confondue ou simplifiée avec « l’espoir », dont nous avons déjà parlé ici, à l’occasion d’une étude biblique sur 1 Pierre.

Bon week-end ! Et puissiez-vous rencontrer l’espérance : Christ.

 

 

Notes :

*Entretien publié dans le « gratuit » de « Regardsprotestants », diffusé pour l’occasion. A lire également, dans La vie, cet entretien avec Sébastien Fath, chercheur au CNRS. Un autre entretien du même est à découvrir dans « Réforme ».

** Un « manifeste de l’espérance » peut être signé sur le site de « Protestants en fête » à Paris ou « Paris d’espérance ».