Robin Reeve (HET PRO) : « interdire l’avortement est absurde et criminel, tant que ses causes ne sont pas traitées »

Avortement : comment traiter les causes plutôt que ses effets ultimes (Source image : public domain pictures)

La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré vendredi 24 juin un arrêt qui, depuis près d’un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n’avait jamais été accepté par la droite religieuse. Dans la foulée de la décision, plusieurs États américains ont déjà annoncé prendre des mesures pour interdire les interruptions volontaires de grossesse sur leur territoire.

En France, la décision a fait réagir de nombreux responsables politiques, de la gauche à la droite. Emmanuel Macron a regretté la « remise en cause » des libertés des femmes, soulignant que « l’avortement est un droit fondamental pour toutes les femmes ».

Le groupe Renaissance (majorité) à l’Assemblée nationale déposera une proposition de loi constitutionnelle visant à sanctuariser le droit à l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), a annoncé samedi 25 juin sa cheffe de file à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. La cheffe des députés LFI a fait une déclaration dans le même sens dès vendredi soir.

Une initiative qui répond à une question qui ne se pose pas en France, selon le juriste Bertrand Mathieu, constitutionnaliste et professeur à l’École de droit de la Sorbonne Paris 1, vu que la possibilité pour une femme de recourir à l’avortement est déjà garantie par les juges.

Dans ce contexte, il me paraît utile d’inviter à la lecture de l’intervention sur ce sujet de Robin Reeve, professeur en Ancien Testament à la HET PRO, Haute Ecole de Théologie, publiée le 25 juin sur son compte twitter :
« De l’interdiction de l’IVG… Je crains que, tant les intégristes que les progressistes vont me lancer des pierres, mais je prends le risque de dire l’état de mes réflexions. En bref : interdire l’avortement est absurde et criminel, tant que ses causes ne sont pas traitées.
Voici mes prémisses :
– une IVG ôte la vie à un être humain (il n’y a aucun moyen scientifique de déterminer quand un embryon « devient » humain).
– une IVG n’est pas un acte banal
– une IVG n’est pas une « bonne » solution et ne règle pas la problématique d’une grossesse non désirée
– une IVG est l’effet d’une chaîne de causes : contraception défaillante, chantage du père, détresse financière, …
– les femmes ont été opprimées par une domination masculine leur ôtant leur liberté de choix : refuser de voir l’horreur de cette domination est coupable
– un enfant à naître n’est pas le « corps » de la femme qui le porte ; mais une IVG concerne évidemment le corps de la femme qui y recourt
– le père de l’enfant devrait pouvoir participer à la réflexion au sujet d’une grossesse non désirée – mais dans des conditions de respect
– l’interdiction de l’IVG entraîne inévitablement une discrimination entre femmes riches – qui peuvent avorter ailleurs – et pauvres – qui vont recourir à des IVG clandestines
– les IVG clandestines génèrent une forte mortalité (500 femmes par an en France avant la loi Veil)

Tous ces éléments m’amènent aux conclusions suivantes :
– Interdire l’IVG, c’est hypocritement vouloir invisibiliser un effet, sans s’attaquer ses causes
– Promouvoir l’IVG sans restriction, comme la bonne solution, est aussi très problématique sur le plan éthique

Donc, bien que je pense que l’IVG ne soit pas une bonne solution, je crois qu’il faut d’abord traiter les causes plutôt que leur effet ultime :
1) promouvoir les diverses formes de contraception, les rendre gratuites et accessibles à toutes et à tous
2) développer des mesures sociales efficaces pour que les motifs financiers soient éliminés
3) éduquer l’ensemble de la société, contre l’oppression envers les femmes et pour la responsabilisation des géniteurs
4) en attendant que ces mesures (qui n’ont jamais été sérieusement mises en place) portent leur fruit, autoriser l’IVG comme un mal nécessaire (et donc la rendre accessible à toutes)
5) garder à l’esprit qu’une IVG n’est pas la réponse définitive à un problème complexe
6) ne pas croire qu’interdire l’IVG soit une réponse valable à un problème complexe
7) ne jamais déshumaniser l’enfant à naître, car c’est un premier pas – que certains franchissent – vers des formes d’élimination de personnes nées (handicapés, vieux, grands malades, etc.).

Vu que mes attaches spirituelles sont plutôt du côté des « pro-life », je propose ici une auto-critique. Il est formidablement hypocrite d’inverser les priorités : interdire d’abord, puis se proposer vaguement de mettre en place un accompagnement des femmes tentées par l’IVG.
C’est une tartufferie (« Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir »), qui veut mettre la poussière sur le tapis. Ça fait des décennies que la société aurait pu mettre en place des mesures qui réduiraient significativement le recours à l’IVG.
Les pro-life ont en majorité décidé de culpabiliser les femmes et de juger de leurs situations sous un angle purement moraliste, sans compassion. Les pro-choix, de leur côté, considèrent que la légalisation de l’IVG a tout réglé.
Bon, je pense avoir donné aux deux bords du débat les armes pour me flinguer. Mais j’espère « contre toute espérance » que les gens raisonnables pourront me rejoindre sur certains points, en s’extirpant de la sclérose d’une polémique mortelle (pour les femmes, pour les enfants) ».

[En clair, le piège d’opposer la mère et l’enfant]

Robin Reeve se dit « rester en tension » et être « prêt à revoir certains des aspects de (sa) compréhension de la problématique ».

Voir aussi une proposition de réponse à cette question : « suffit-il pour un chrétien – se voulant « biblique » – que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ?

Enfin, le saviez-vous ?  Dans son livre Bad Faith : Race and the Rise of the Religious Right (« Mauvaise foi : race et émergence de la droite religieuse »), l’historien Randall Balmer repousse l’idée que l’arrêt Roe v. Wade concernant l’avortement soit à l’origine de l’engagement des évangéliques dans l’action politique, la décrivant comme un mythe. Balmer affirme que le facteur déterminant était, en fait, la réaction des conservateurs religieux aux initiatives de l’administration visant à supprimer les exonérations fiscales accordées à des écoles privées perpétuant la ségrégation raciale et gérées par des groupes religieux. 

Parmi ces écoles, la Lynchburg Christian Academy de Jerry Falwell et l’université Bob Jones de Greenville. Voir l’arrêt Green versus Connally de 1971, dans lequel la Cour suprême des États-Unis décida de refuser l’exonération fiscale à toutes les écoles privées de l’État du Massachusetts pratiquant la ségrégation raciale, et ordonna, par la même occasion, au fisc (Internal Revenue Service) d’appliquer cette mesure à tous les établissements privés ségrégationnistes du pays. C’est ainsi que je comprends mieux les raisons de certaines diatribes anti-impôts et anti-Etat du haut de la chaire.

 Balmer n’est pas le seul à défendre cette thèse. Il y a près de 30 ans, l’historien Godfrey Hodgson citait le pasteur Ed Dobson, un fidèle collaborateur du chef de file évangélique Jerry Falwell père, affirmant : « La nouvelle droite religieuse n’est pas née d’une préoccupation pour l’avortement. J’étais assis dans l’arrière-salle sans fumée de la Majorité morale, et je ne me souviens franchement pas que l’avortement ait jamais été mentionné comme une raison pour laquelle nous devrions faire quelque chose. »  

« Les Armes de la lumière » : Un film pour réfléchir à la position « pro-armes et pro-vie ».

« Les Armes de lumière » (2015), bande annonce officielle

« Vous confondez, sergent ! On ne soigne pas des blessures avec de la poudre…On les fait !… » (Les Tuniques Bleues, tome 15 : Rumberley de Lambil et Raoul Cauvin. Dupuis, 1979)

La Cour suprême des États-Unis, la plus haute juridiction américaine, a consacré le droit au port d’armes dans l’espace public, dans un arrêt rendu le 23/06, déclarant inconstitutionnelle une loi de l’État de New York conditionnant la possession d’armes à feu à la détention d’un permis, ce qui limitait ainsi le droit de porter une arme en public.

Dans ce contexte, il est bon de rappeler qu’en 2015, une petite-nièce de Walt Disney et un évangélique ont osé baisser la garde pour aborder ensemble les rapports entre évangéliques, armes à feu, peur et nécessité d’aller à la rencontre de l’autre. Une passionnante et stimulante interview croisée d’Alissa Wilkinson, datant du 22/06/22, à lire en français dans Christianity Today.

Le film The Armor of Light (« Les armes de la lumière ») a commencé à tourner dans les festivals au printemps 2015. Depuis lors, ce documentaire abordant le débat sur les armes à feu dans le contexte de l’évangélisme américain et du mouvement pro-vie n’a fait que gagner en pertinence. La réalisatrice Abigail Disney se décrit comme une « féministe pro-choix », mais elle a grandi dans le contexte politique conservateur de sa famille (oui, ces Disneys-là — Walt était son grand-oncle). Son intérêt pour la question est à la genèse du film.
Le film (qui tire son nom de Romains 13.12) suit le révérend Rob Schenck, plus connu pour son engagement intense en tant que militant pro-vie au début des années 1990. Au moment de participer à ce documentaire, Schenck était président de Faith and Action à Washington, D.C. et de la Evangelical Church Alliance. À la suite d’une fusillade de masse survenue non loin de chez lui, il a commencé à s’interroger sérieusement sur son point de vue sur la violence et la politique en matière d’armes à feu et sa relation avec sa position ferme sur l’avortement : est-il possible de se dire pro-vie en matière d’avortement et d’être en même temps pro-armes ?

Il rencontre alors Lucy McBath, une chrétienne dont le fils adolescent, Jordan Davis, a été abattu alors qu’il n’était pas armé. Ce cas a fait beaucoup de bruit dans les débats sur les lois protégeant les droits à l’autodéfense (« Stand Your Ground ») en Floride. Une amitié se développe entre eux, ce qui incite Schenck à entamer une série de conversations à travers le pays avec des leaders évangéliques, se demandant si être pro-armes et pro-vie sont des positions compatibles.

Le film donne matière à réflexion. Il est parfois inconfortable. [L’on ne peut] pas imaginer que quiconque, quelles que soient ses croyances, ne puisse le voir sans en retirer quelque chose à considérer sérieusement. Et bien que The Armor of Light soit indéniablement bien fait et convaincant, [le plus frappant] est son portrait incroyablement sensible et nuancé de Schenck et des autres évangéliques avec lesquels il interagit.
Alissa Wilkinson partage avoir eu le plaisir de s’entretenir avec Abigail Disney et Rob Schenck, qui restent ancrés dans leurs opinions politiques respectives (et opposées) — Disney est toujours une féministe pro-choix, et Schenck un évangélique pro-vie — mais dont l’amitié et le respect mutuel sont palpables même au téléphone. (Le texte de l’interview qui suit a été légèrement modifié pour plus de clarté.)


La genèse du projet
Christianity Today : Comment vous êtes-vous retrouvés tous les deux impliqués dans ce projet ?

Abigail Disney : J’avais entendu parler de la problématique des armes à feu depuis très longtemps et je me demandais quel serait le moyen d’amener les gens à en parler et à réfléchir à cette question — non d’une manière enflammée, mais dans un réel dialogue. L’idée était d’éveiller les consciences et d’apporter quelque chose d’une nouvelle contribution au débat. Tout ce que nous faisons, c’est tourner et retourner quatre ou cinq mêmes idées.

Les chrétiens évangéliques au sein du mouvement pro-vie ont généralement une vision du caractère sacré de la vie que je trouve magnifique. Même si je suis moi-même une féministe pro-choix, je soutiens la vie. Je me suis vraiment demandé comment cela pouvait coexister avec certains discours sur les armes à feu, qui sont si désinvoltes à l’égard non seulement des armes à feu, mais aussi dans le langage utilisé à propos du fait d’ôter la vie humaine ; à mes yeux c’est parfois un peu une culture à la Die Hard. Je ne comprends pas comment ces deux choses s’accordent, alors je suis allée chercher des gens avec qui parler de cela.
J’ai parlé à trois ou quatre autres personnes avant de rencontrer Rob. Rob m’a vraiment écoutée, et a vraiment entendu ce que j’avais à dire. De toute évidence, il était plus nuancé que moi. Une seule conversation a suffi pour susciter son attention. Il a reconnu qu’il y avait une incohérence, et que c’était important. Ainsi, à partir de cet échange, une conversation beaucoup plus large s’est engagée avec le film.

Rob Schenck : Je dois ajouter que ce n’était pas la toute première fois que je reconnaissais la contradiction entre les valeurs que tant d’évangéliques défendent sur le caractère sacré de la vie et la position qu’ils adoptent sur l’utilisation des armes à feu pour leur défense personnelle. Dans mon esprit, il y a une différence importante entre quelqu’un qui utilise une arme à feu pour la chasse ou le sport, et quelqu’un qui possède une arme et pense l’utiliser pour tuer ou mutiler un autre être humain. C’est une question éthique différente.
Cela m’avait donc traversé l’esprit. Dans le film, nous montrons une expérience avec une famille amish en Pennsylvanie qui avait soulevé des questions dans mon cœur et mon esprit, mais je n’y ai d’abord accordé aucune attention particulière. Je l’ai en quelque sorte compartimentée. La question des armes appartenait à un espace différent de celui de mes questions sur le caractère sacré de la vie humaine naissante.
C’est comme ça que j’ai vécu avec ça jusqu’à ce qu’Abby propose d’en faire un examen minutieux dans ce film. Cela m’a semblé très nécessaire et important à la fin de cette conversation, mais aussi très effrayant. Je connaissais l’univers de ceux qui composaient les associations que je présidais, et je les ai sondés, environ 100 000 personnes. 95 % d’entre eux s’alignaient sur la position de la NRA à propos des armes à feu et d’une interprétation sans restriction du 2e amendement à la Constitution.
Je savais que des personnes au sein de mon organisation me disaient de ne pas aborder le sujet, de ne pas y réfléchir. Il m’a donc fallu du temps, cinq ou six semaines, pour envisager cela, dans la prière et en mon for intérieur, avant de le prendre en considération à l’intérieur de mon organisation et à l’extérieur. Finalement, j’ai parlé à une personnalité chrétienne conservatrice importante qui m’a dit : « Si c’est vraiment votre conviction, vous devriez la rendre publique ».
C’est à partir de là que je me suis autorisé à prendre ce risque, et cela s’est effectivement avéré assez risqué. Pas de la façon dont je m’y attendais, mais il y a assurément eu des difficultés.


CT : Vous étiez inquiet de perdre des ressources et des membres de votre organisation, n’est-ce pas ?

RS : Exact. Et nous avons enregistré des pertes. Nous avons eu quelques donateurs importants qui ont dit qu’ils ne soutiendraient plus notre organisation ou moi. Mais en réalité, la perte qui me préoccupe le plus, ce sont les amitiés. J’entretiens certaines amitiés profondes de vingt ou trente ans, et j’ai perdu des amis à cause de cela. Pour moi, c’est le plus grand prix à payer.

Amitié et choix de la paix
CT : L’amitié occupe une place importante dans ce film ; les véritables progrès dans la vie sociale passent par l’amitié. Quelque chose vous a-t-il surpris à propos de l’amitié alors que vous travailliez sur ce sujet ?

RS : Tout d’abord, si vous m’aviez demandé il y a dix ans si j’aurais l’amitié que j’ai avec une féministe pro-choix et de gauche — une militante féministe très progressiste qui soutient de nombreuses organisations auxquelles je m’oppose depuis trente ans maintenant — je pense que j’aurais été ouvert à cette idée. Mais je n’aurais eu aucune idée de la façon dont cela aurait pu se produire. Je considère comme un précieux cadeau de Dieu le fait d’avoir une amitié avec Abby ; sur de nombreux sujets, cela m’apporte une perspective que je n’aurais pas eue autrement.

CT : Quel genre de perspectives ?

RS : Pour commencer, sur la question des armes à feu bien sûr. C’est une préoccupation éthique et morale primordiale pour moi et pour d’autres. C’est une grande question pour le mouvement évangélique et l’Église dans son ensemble, pour toute notre société. Je n’aurais pas sorti cela du secret de mon cœur sans la douce incitation d’Abby. C’est une conséquence de notre collaboration professionnelle et de notre amitié.
Par ailleurs, si vous m’aviez demandé il y a trois ans si je me souciais vraiment des femmes concernées par la question de l’avortement, j’aurais répondu oui. Mais cela aurait été théorique. En réalité, je ne m’en souciais pas, et c’est une prise de conscience très importante pour moi.
En discutant avec Abby, j’ai pris conscience d’un élément de l’équation que j’avais négligé : la personne que je décris comme la mère de l’enfant, la personne qui paie le plus lourd tribut à l’avortement, n’était pour moi qu’un facteur secondaire. C’était juste une forme de mépris. J’ai dû admettre moi-même que je n’avais pas pris en compte tous les paramètres du problème. Et c’est un autre cadeau d’Abby.
Mais la chose la plus importante que j’ai reçue d’Abby est probablement de changer mes stéréotypes sur les militants progressistes. J’ai toujours essayé de progresser en la matière, et je n’ai pas réussi moi-même, mais j’y suis presque grâce à mon amitié avec Abby. Je suis une personne plus intègre et plus fidèle à l’Évangile. Le Christ est resté attaché à la vérité, mais n’a pas non plus eu de mépris pour ceux qui l’entouraient. Je veux être plus semblable au Christ, et Abby m’y aide.


CT : Waouh. C’est génial.

AD : Oui, vraiment ! Je n’aurais jamais imaginé qu’une amitié puisse naître de cette façon.

Lire la suite de l’interview

Fusillades aux USA : croyant que Christ est « le sacrifice ultime », les chrétiens devraient comprendre « qu’il est temps d’agir » contre « la culture et le supermarché de la mort »

« Génération massacre » sur Arte : Un documentaire de 2018 sur cette jeunesse qui refuse d’être une jeunesse sacrifiée sur l’autel de la culture de mort

L’incompréhension demeure : Combien de vies sacrifiées encore, dont des enfants, avant que l’on ne se décide enfin à restreindre l’accès aux armes aux Etats-Unis ?

Un homme âgé de 18 ans a tué 19 enfants et deux adultes mardi 24 mai 2022 dans une école élémentaire d’Uvalde, Texas, selon la police locale, avant d’être abattu par les forces de l’ordre dépêchées sur place. Il s’agit de l’une des trois plus importantes fusillades en milieu scolaire depuis le début des années 1970 et toutes ont eu lieu au cours de la dernière décennie, selon une base de données du CHDS, une école de formation à la sécurité intérieure. Le président des États-Unis, Joe Biden, a appelé à « faire comprendre à tous les élus de ce pays qu’il est temps d’agir » au sujet de la régulation du port d’armes.

Chaque année, les armes à feu provoquent la mort de plus de 30.000 personnes aux Etats-Unis. Depuis le 1er janvier 2022, 214 fusillades de masse ont eu lieu aux Etats-Unis. Les enfants tués ne sont pas seulement des enfants : ce sont des « nations » qui sont sacrifiées.

Restreindra-t-on un jour l’accès aux armes à feu aux États-Unis ?

Généralement et ce, en dépit des nombreuses tueries ayant notamment lieu dans les établissements scolaires, le « cycle infernal » est toujours le même aux USA : fusillade, indignation et prières, promesses, oubli. Malgré les bonnes volontés, la situation semble être condamnée à ne jamais évoluer, au nom « du culturel » (« la culture des armes ») et au nom du « sacro-saint » deuxième amendement, qui donne le droit constitutionnel aux Américains de « posséder et de porter des armes », et défendue âprement par le lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA).

Sauf qu’en 2018, il y a eu la plus grande manifestation jamais organisée en faveur d’une régulation des armes à feu aux Etats-Unis.

Souvenons-nous, plus d’un million de personnes, dont de nombreux jeunes, ont marché sur Washington et dans de nombreuses villes des Etats-Unis, le 24 mars 2018, pour sensibiliser l’opinion américaine et les pouvoirs publics sur la question du contrôle des armes à feu et de la sécurité dans les établissements scolaires. Cette « Marche pour nos vies » a été initiée par les élèves survivants du lycée Stoneman Douglas, à Parkland, en Floride où a eu lieu la tuerie qui a fait 17 morts.

Ces jeunes – et non des adultes – ont compris qu’ « il est temps d’agir » au sujet de la régulation du port d’armes. C’est là un combat « pro-vie » contre une idéologie « pro-choice ». Mais ceux qui ont manifesté ont compris que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Et qu’être « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants.

Ils ont aussi compris que les belles paroles et les seules prières ne suffisent plus : ils veulent des actes et interpellent leurs élus – certains liés à la NRA.

De fait, ceux qui ont manifesté ont également compris d’emblée quel est le vrai problème : il n’est pas impossible en soi de légiférer sur les armes, sauf que certaines forces empêchent toute réforme en ce sens. Selon certains spécialistes, le combat pour mieux contrôler les armes à feu aux Etats-Unis serait même « perdu d’avance ». Découvrir également ici « ce qui bloque » toute avancée législative dans ce sens.

Ainsi, dire « c’est culturel, on n’y peut rien », en réponse aux survivants et aux proches des victimes des tueries, sonne comme une malédiction aux relents (pourris) de fatalisme. C’est aussi un aveu d’impuissance et un aveu (et un témoignage) que l’Eglise (certains évangéliques soutiennent par ailleurs la NRA, à moins qu’ils ne soient soutenus par elle) et par là même le Christ, fléchit les genoux devant une culture et un culte, des puissants et des puissances. Car les cultures sont des cultes et qui dit cultes dit religions. Et qui dit cultes dit sacrifices. Que sacrifie-t-on, sur quel autel ?

Or, le Christ, qui a rappelé que « tous ceux qui prennent des armes seront tués par des armes » (Matt.26v52), n’avait pas d’arme et ne m’a pas forcé à le suivre. Et il est le sacrifice ultime mettant fin à la logique des sacrifices.

Où sont les Églises, dans cette lutte spirituelle contre la « culture » et l’« industrie de la mort » ?

Prions pour la repentance des responsables évangéliques inactifs, ainsi que pour celle des dirigeants et des élus, pour que ceux-ci soient à même de légiférer avec courage, sans compromission et sans craindre la pression des lobbies. En effet, la repentance des plus hauts responsables est de nature à briser des verrous et à libérer une nation.

A voir et à faire voir : « Génération massacre », un documentaire, réalisé en 2019 par Sébastien Bellwinkel et visible sur Arte, lequel dresse un état des lieux de la question, tout en suivant le combat des lycéens rescapés de la tuerie de Parkland, survenue le 14 février 2018, qui avaient lancé un vaste mouvement de protestation, refusant d’être une jeunesse sacrifiée sur l’autel de la culture de mort.

Il est important qu’en France, les enseignants, dans les écoles et les lycées, parlent de ces manifestations à leurs élèves, dont certains peuvent être fascinés par le maniement des armes. Parce que ces lycéens sont un exemple, et un exemple particulièrement positif, parce qu’ils manifestent ainsi leur volonté de vivre dans un monde qui ait du sens, avec des adultes qui soient conscients de leurs responsabilités.

« Car la loi résiste au désir » (piqûre de rappel)

Et pourtant, « se mouiller un peu » ne fait pas de mal, dans le cadre d’un débat. La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

« La question vaccinale et plus encore celle de l’obligation vaccinale, du passe sanitaire et autres contraintes gouvernementales divisent la société. Les chrétiens n’échappent pas à ces questions et la polarisation n’est pas moins forte dans l’Église ». C’est le moins que l’on puisse dire, et c’est dit par Maxime, dans un article(1) paru le 03 janvier 2022 sur le blogue théologique Par la Foi. 

Comme l’a écrit le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett(2), « il est dommage de débuter ainsi l’année en parlant une fois de plus de l’épidémie, sujet qui nous rend claustrophobes depuis deux ans alors que le bout du tunnel n’est pas encore en vue ». Cependant, nous assure Maxime, « le but de cet article est d’expliquer pourquoi le vaccin peut poser des problèmes de conscience à certains chrétiens et pourquoi aimer son prochain et son frère, c’est aussi ne pas violer sa conscience mais la considérer. Mon objectif est que l’unité de l’Église soit préservée, non pas en taisant ce sujet en public pour murmurer dans les foyers mais en abordant avec réflexion et de front le problème ». Et l’auteur de se justifier, en croyant bon de préciser que son article « n’est pas un argumentaire contre la licéité du vaccin. Il n’a pas pour but de convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique. Ainsi, il est inutile d’y répondre entre défendant la licéité du vaccin : j’admets tout-à-fait que quelqu’un puisse considérer les problèmes relevés et conclure qu’ils n’impliquent pas que prendre ce vaccin serait immoral ».

Dans ce cas, quel est l’intérêt d’un tel article ?  

« Dans cet article », explique encore Maxime, « je vise simplement 1) à expliquer quels sont les problématiques éthiques que ce vaccin pose, 2) pourquoi certains chrétiens ne peuvent pas prendre ce vaccin en bonne conscience en raison de ces problématiques… »  

Donc quand même un peu [convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique] ! 😉

« Du reste, vaccinez-vous ou pas, c’est pas le propos de cet article. Ce n’est pas que je n’ai pas d’avis sur ce qu’il serait préférable de faire, c’est simplement que ça n’est pas le propos de mon article ».  

Pourtant, se mouiller un peu ne fait pas de mal

C’est ainsi que « les contestataires anti-pass sanitaire, puis vaccinal, n’avouent pas souvent le fond de leur pensée », analyse encore le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett, qui se demande aussi pourquoi, dans une note de blogue(2) : « avec les (récentes) annonces gouvernementales (et les débats aussitôt redéclenchés), une fois de plus il faut aborder la question.  Quelle question ? Eh bien justement : celle du bien-fondé de ces débats sur le sanitaire [qui me paraissent ressembler à un débat entre « pro-vie » et « pro-choice » – sauf que l’un et l’autre ne sont pas là où on les attendait !], débats qui donnent l’impression de tourner en rond. Pourquoi cette impression ? Parce qu’une partie des débatteurs ne disent pas ce qu’ils pensent vraiment, au fond. Aujourd’hui ils en sont à protester contre le futur “passe vaccinal” qu’il faudra montrer en janvier ; pour entrer dans les cinémas ou les centres sportifs, on devra désormais prouver que l’on est complètement vacciné. Beaucoup attaquent ce nouveau passe en tant qu’obligation vaccinale déguisée… Or la plupart de ceux qui s’y opposent n’en critiquent que l’aspect “obligation” : ils reconnaissent par ailleurs l’utilité des vaccins contre le Covid, suivant ainsi l’avis quasi-unanime du monde médical. Mais puisque ces opposants admettent que le vaccin est la seule arme dont on dispose actuellement face à une épidémie mondiale ; puisque une course de vitesse est engagée aujourd’hui entre le virus et la vaccination ; puisque l’intérêt national est de gagner au vaccin la petite minorité des antivax obstinés… alors que pèse l’argument de la “liberté menacée”, invoqué ces jours-ci par la gauche mélenchonniste et la droite lepéniste [y compris par certains chrétiens] ?  

A ceux qui estiment, à l’instar de Maxime dans son point N°3, que « nous ne devrions pas, en tant que chrétiens, participer à un système de contraintes/incitations tendant à faire plier les consciences de ces gens »(3), il est utile de rappeler, comme le fait d’ailleurs Patrice de Plunkett, que « réserver l’accès des stades ou des cinémas aux gens vaccinés, représente, oui, une certaine restriction de nos libertés. Mais ce n’est pas la seule : conduire une voiture est réservé aux titulaires du permis. Se dire citoyen français est réservé aux titulaires du passeport…  Vous me direz que justement, depuis peu, des voix s’élèvent contre le passeport ou le permis de conduire, jugés “discriminatoires”. C’est le point commun entre le passeport, le permis et le passe vaccinal ! Dans les trois cas c’est le ressort hyper-individualiste qui joue [l’influence de la philosophe et romancière Ayn Rand ? Laquelle considérait l’égoïsme comme une vertu, et l’altruisme comme une forme d’autodestruction. Cette pensée entraîne la suprématie de l’individu sur le groupe] : le refus, de plus en plus répandu, de laisser l’Etat faire son travail de gardien du vivre-ensemble [il le fait mal ? Mais il est le seul à pouvoir le faire. Ferions-nous mieux à sa place ? Prions plutôt pour lui, pour qu’il le fasse le mieux possible, ce qui sera toujours mieux de râler ou de cultiver un esprit de victime]. Le refus d’admettre que le passeport d’un citoyen de la République française montre qu’il n’est pas tout à fait la même chose qu’un citoyen d’ailleurs… Ou le refus d’admettre que l’existence du permis de conduire, papier réservant les routes à ceux qui savent piloter un véhicule, soit une sécurité pour les autres usagers de la voie publique : et c’est un peu la même chose pour le vaccin. Pensons aux autres !

Ce type de restriction, dans le cadre des mesures sanitaires, « n’est (en effet) pas la seule », d’autant plus que, comme le souligne l’internaute « Xavier » en commentaire (02/01/22) à l’article de Patrice de Plunkett, « si on comprend le mot « liberticide » dans un sens très large, chaque loi est liberticide… on peut même dire que chaque règle de vie en commun restreint nos libertés ». Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden, et le rappel des « 10 Paroles ». Nous acceptons ainsi de « restreindre nos libertés » en laissant notre place à une femme enceinte dans le métro, le train ou le bus, ce qui s’appelle « morale », fruit d’un pacte social plus ou moins explicite, qui nous permet de désengorger les tribunaux.

« Nous sommes une espèce qui canalise les instincts », écrit Erri de Luca, dans son roman « Impossible » [Gallimard, 2020, pp 159-160], apprenant à l’enfant, comme tel sujet à la démesure, désirant « tout, tout de suite », à rentrer dans la mesure et la limite. C’est ce qui s’appelle « éducation », quand l’enfant cherche ses limites, le cadre de ce qui lui est permis. Puis il lâche brusquement la main qui le tient et court par instinct de liberté – ou fantasme de toute puissance – mais on le retient avant qu’il ne se fasse renverser par une voiture. Quand par instinct, l’enfant vide son intestin dans son lit, l’adulte responsable lui apprend à ne pas le faire. 

Et n’oublions pas le port de la ceinture de sécurité devenu obligatoire le 28 juin 1973 ! L’an précédente, en 1972, 18 034 personnes sont tuées sur les routes en France – la plus forte mortalité jamais atteinte dans notre pays (en comparaison, 3 464 personnes en 2015. Source : gouvernement.fr). Lors du débat qui a eu lieu à chaque fois qu’il a fallu l’imposer, d’abord aux conducteurs, puis au passager à l’avant du véhicule et enfin à ceux qui sont à l’arrière, à chaque fois, on convoquait la liberté individuelle comme argument imparable face à cette loi « liberticide ». Du style : « C’est mon choix, ma liberté, de ne pas me protéger » ;  « L’obligation de port systématique est ridicule. Dans certains cas, ça ne sert à rien » ; « C’est une décision purement politique, pour remplir les caisses de l’État… »(sic).

Décidemment, un vrai débat « pro-vie »/ »pro-choice » !

Notes :

(1) Lire son article ici.

(2) Lire la note de blogue ici.

(3) Veillons à ne pas confondre « liberté de conscience » et « liberté individuelle » :   comme le disait madame Georgina Dufoix, ancienne ministre en 2017, lors d’une conférence publique, « Liberté de conscience: cent pour cent oui. Mais attention! Si la liberté de conscience s’exerce sans foi et qu’elle disparaisse, comme c’est le cas aujourd’hui, chez des individus comme vous et moi, individualistes – car l’air du temps l’est -, attention! La liberté de penser pour laquelle je suis sans aucune réserve peut conduire à des impasses: à un individualisme excessif et à une arrogance démesurée, parce que «moi», «moi», «moi». Finalement, si on pousse cela, on en arrive à l’égoïsme et à l’égotisme. C’est ce que j’ai fait, du moins en ce qui concerne l’humanisme. Or, si l’humanisme s’installe et se marie avec une liberté de pensée métabolique, on en arrive à se croire «Dieu». C’est tout simple. L’air du temps peut nous conduire là. Si l’homme est «Dieu», Dieu n’est plus Dieu. Si ma vie est mon «Dieu», je n’ai pas besoin de Dieu. Et Dieu, petit à petit, de génération en génération, disparaît de ma vision du monde. (…) Pour moi, la responsabilité était le corollaire de la liberté de conscience (…)Cette liberté de conscience avait comme corollaire la responsabilité; pour moi, dire que j’étais responsable, cela voulait dire que je voulais bien répondre de, répondre à, que je sentais que c’était la grandeur de ce métier: répondre de…, répondre à… »

Voir aussi « Luther et la question de la conscience. Problématisation et esquisse d’enjeux contemporains », par Jean-Daniel Causse Dans Revue d’éthique et de théologie morale 2017/1 (n° 293), pages 43 à 52  : « La conscience au sens où Luther l’interprète (…) n’a rien à voir avec cette idée un peu journalistique d’une liberté de conscience comme l’exercice d’un libre examen, faisant du chrétien protestant celui qui se dresse dans la superbe et glorieuse souveraineté de son être et qui ne rend de compte qu’à lui-même. La conscience n’est pas une instance d’auto-décision ; elle est plutôt le lieu de l’Autre. (…)Dans la pensée de Luther la conscience n’est pas « une voix intérieure autonome qui rend l’homme indépendant et qui constitue le fondement de son autonomie ».   

(4) Cf https://www.ouest-france.fr/economie/automobile/dangereuse-ridicule-genante-quand-la-ceinture-de-securite-faisait-debat-b8236d6e-ef98-11eb-8f8e-fe71c11b7838

Des jeunes « pro-vie » contre « la culture et le supermarché de la mort »

Plus d’un million de personnes, dont de nombreux jeunes, ont marché sur Washington et dans de nombreuses villes des Etats-Unis, le 24 mars dernier, pour sensibiliser l’opinion américaine et les pouvoirs publics sur la question du contrôle des armes à feu et de la sécurité dans les établissements scolaires. Cette « Marche pour nos vies » a été initiée par les élèves survivants du lycée Stoneman Douglas, à Parkland, en Floride où a eu lieu une tuerie qui a fait 17 morts le 14 février dernier(1).

Une situation qui me rappelle quelque peu celle-ci et tant d’autres.

Jusqu’à présent et ce, en dépit des nombreuses tueries ayant notamment lieu dans les établissements scolaires (une fusillade tous les trois jours depuis janvier 2018), le « cycle infernal » est toujours le même aux USA : fusillade, indignation et prières, promesses, oubli. Malgré les bonnes volontés, la situation semble être condamnée à ne jamais évoluer, au nom « du culturel » (« la culture des armes ») et au nom du « sacro-saint » deuxième amendement, qui donne le droit constitutionnel aux Américains de « posséder et de porter des armes », et défendue âprement par le lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA).

Sauf que là, non. C’est la plus grande manifestation jamais organisée en faveur d’une régulation des armes à feu aux Etats-Unis(1).

Ils ont marché. Maintenant, ils veulent mener jusqu’à son terme « le bon combat » pour leur vie et peser aux « midterm », les prochaines élections de mi-mandat, en novembre, avec pour mots d’ordre : « Never again » (plus jamais ça) », « Changez la législation sur les armes ou changez le congrès ».

Comme nous pouvons le lire sur le site du mouvement : “Be counted today, at the March For Our Lives in Washington DC and 800+ sibling marches across the globe. Be counted this November. And if you’ve already registered to vote – register your friends. Be counted next week, and the next, by continuing to show up and speak truth to power. Demand action. Join us in this Fight for our Lives”.

Saluons la prise de conscience de ces jeunes et de ceux qui les soutiennent, lesquels ont compris que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Et qu’être « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants.

Ils ont aussi compris que les belles paroles et les seules prières ne suffisent plus(2) : ils veulent des actes et interpellent leurs élus – certains liés à la NRA, à l’instar du Président Trump, lui-même farouche défenseur de ce lobby.

Ils manifestent ainsi « leur volonté de vivre dans un monde qui ait du sens, avec des adultes qui soient conscients de leurs responsabilités », souligne la psychanalyste Claude Halmos« Ils réclament – et ils le disent – un monde normal. Un monde où ils puissent vivre sans risquer d’être, un beau matin, abattu comme du gibier, par un déséquilibré. Un déséquilibré qui aura pu s’acheter une arme de guerre, aussi facilement qu’il se serait acheté un portable, parce que les ventes d’armes rapportent beaucoup d’argent à des lobbies prêts à tout – et surtout au pire – pour en gagner ». Et il est « rassurant », estime encore Claude Halmos, « que ces lycéens soient capables de prendre, de cette façon, leur destin en mains, d’en appeler à la loi et de demander aux adultes de tenir leur place et de les protégerIl est important qu’en France, les enseignants, dans les écoles et les lycées, parlent de ces manifestations à leurs élèves, dont certains peuvent être fascinés par le maniement des armes. Parce que ces lycéens sont un exemple, et un exemple particulièrement positif ».

De fait, ceux qui ont manifesté ont également compris d’emblée quel est le vrai problème : il n’est pas impossible en soi de légiférer sur les armes, sauf que certaines forces empêchent toute réforme en ce sens.

Ainsi, dire « c’est culturel, on n’y peut rien », en réponse aux survivants et aux proches des victimes des tueries, sonne comme une malédiction aux relents (pourris) de fatalisme. C’est aussi un aveu d’impuissance et un aveu (et un témoignage) que l’Eglise (certains évangéliques soutiennent par ailleurs la NRA, à moins qu’ils ne soient soutenus par elle) et par là même le Christ, fléchit les genoux devant une culture et un culte, des puissants et des puissances. Car les cultures sont des cultes et qui dit cultes dit religions. En réalité, rien n’est simplement culturel dans la mesure où une culture est ce qui relie plusieurs personnes, ce qui est l’exacte définition d’une religion. Or, le Christ n’avait pas d’arme et ne m’a pas forcé à le suivre.

Où sont les Églises, dans cette lutte spirituelle contre la « culture » et l’« industrie de la mort » ?

Prions premièrement pour la détermination et la protection de ces jeunes « pro-vie ». Prions aussi pour la repentance des responsables évangéliques inactifs, ainsi que pour celle des dirigeants et des élus, pour que ceux-ci soient à même de légiférer avec courage, sans compromission et sans craindre la pression des lobbies. En effet, la repentance des plus hauts responsables est de nature à briser des verrous et à libérer une nation.

 

Et en France ? On le sait peut-être moins mais il existe aussi chez nous un « supermarché » et une « industrie de la mort ». Qu’en est-il du positionnement et de la réflexion des Églises sur ce sujet ?

Nous lirons avec intérêt cet article du magazine mennonite « Christ Seul », lequel braque le projecteur sur le salon de l’armement, « pudiquement baptisé « Eurosatory salon international de Défense et de Sécurité », (qui) se tiendra à Paris du 11 au 15 juin 2018. Comme tous les deux ans, une myriade de délégations et de professionnels viendront découvrir les mille et une façons les plus récentes de trucider son prochain, de surveiller sa population, ou, pour la bonne conscience du salon, de réagir à des situations de catastrophe. Car, ne nous y trompons pas, la motivation principale d’Eurosatory est bien la vente d’armes. Bien entendu, ce salon accueille sans hésitation des représentants de régimes répressifs, voire de dictatures ou de pays impliqués dans des crimes de guerre. Soyons certains que les contrats négociés ne rendront pas le monde plus sûr, ils ne font que préparer la mort ».

Les Églises mennonites de région parisienne y manifestent, depuis plusieurs années, contre ce salon et le marché des armes. Le réseau Church & Peace se joint souvent à eux et l’organisation de la manifestation se fait conjointement avec les Quakers. Sans doute, ce type action est peut-être moins médiatisé mais c’est bien comme Église de paix que les Mennonites prennent position contre ce commerce et toutes ses conséquences. Ils estiment en effet que la non-violence (« la force d’aimer », à l’heure où l’on célèbre les 50 ans de la mort de Martin Luther King) fait normalement partie du message de l’évangile…

A découvrir, cet article de Christ Seul, qui profite de cette occasion pour passer en revue quelques idées fausses sur le commerce des armes.…et cet autre, sur Bastamag, qui révèle qu’« un rapport pointe la responsabilité juridique du gouvernement français et de plusieurs entreprises de défense pour leurs ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis, deux pays fortement impliqués dans la guerre au Yémen. Ces équipements militaires, employés pour le blocus, serviraient à affamer les populations yéménites, et, utilisés pour les bombardements aériens, contribueraient au lourd bilan des civils tués. Or, exporter des armes dans un tel contexte, est interdit par les traités signés par la France et l’Union européenne ».

 

 

 

Notes :

(1)D’origine spontanée, cette initiative est devenue la plus grande manifestation contre les armes de l’histoire des Etats-Unis.

Plus d’un million de personnes, surtout des jeunes, se sont rassemblées samedi 24 mars dans plusieurs villes des Etats-Unis pour réclamer un encadrement plus strict de la vente d’armes à feu après une série de tueries de masse en milieu scolaire. Plus de 800 rassemblements ont été recensés à travers le pays et à l’étranger.

A New York, ils étaient 175 000 dans les rues, selon le maire Bill de Blasio. A Atlanta, Chicago, Dallas, Houston, Nashville, Seattle, Las Vegas, La Nouvelle-Orléans ou Los Angeles, des milliers de personnes sont descendues dans les rues. A Washington, le nombre de manifestants a atteint 800 000 personnes.

A l’étranger, les habitants sont aussi sortis en nombre à Londres, Montréal, Ottawa, Edimbourg. A Paris, une trentaine de personnes se sont réunies au Trocadéro pour soutenir cette cause.

Un résumé des faits et des principales étapes du mouvement ici.

(2) Et ce, à l’instar de l’actrice Mia Farrow, qui, très active sur Twitter, a répondu à un tweet de Donald Trump dans lequel il déclare envoyer ses «prières et condoléances aux familles des victimes, quand il ne propose pas, plutôt que de limiter la prolifération des armes individuelles, de « travailler avec les États » afin d’armer davantage les écoles en formant le personnel enseignant au maniement d’engins létaux (*): «Monsieur, nous avons besoin de plus que des prières et des condoléances. Nous avons besoin d’une législation rationnelle sur les armes » (Sir, we need more than prayers and condolences. We need rational gun legislation (14 févr. 2018 )

(*)En cela, il ne fait que reprendre les propositions de la NRA, qui avait suggéré, en réponse à la tuerie de Newtown (le carnage dans une école maternelle en décembre 2012) que « La seule façon de stopper un méchant avec une arme, c’est de lui opposer un gentil avec un arme ».

Citons aussi le twitt de l’acteur Mark Ruffalo : « Les prières sans action concordante sont des mensonges silencieux que l’on se dit à soi-même, elles ne sont entendues par aucun dieu et reviennent à ne rien faire. L’action est le langage de la vérité, la prière des saints » (« Prayers without accordant action are silent lies told to oneself, heard by no God, amounting to nothing. Action is the language of truth, the prayers of the Saints”. 23:51 – 14 févr. 2018)

« Foireux liens » de mars : « J’ai placé devant toi la mort et la vie : choisis la vie ! » (26-a)

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité placée sous le signe du respect de la vie

Nos « foireux liens » sont de retour, pour ce mois de mars. Du fait de leur densité, nous avons choisi de les publier en deux temps : une première sélection du matin, suivie d’une seconde du soir. Bonne lecture !

Au sommaire de celle-ci, assez « franco-française » pour l’essentiel, avec quelques petites excursions à l’étranger : élections en Russie ; les lycéens rescapés de la tuerie de Parkland (USA) opposent « une marche pour nos vies » au géant NRA ; les États généraux 2018 de la bioéthique en France ; projet de réforme de la SNCF ; projet de loi sur l’immigration ; Bure ; explications des vagues de froid en Europe ; les raisons des erreurs de management ; le concept de « charge mentale » ; dans la peau d’un rédacteur de « Fake news » ; citations apocryphes sur l’éducation…

 

« Poutinocratie », paru dans CQFD n°163 (mars 2018), rubrique Chien méchant, illustré par Fritz

1)  Le dessin du mois : Russie : une élection sans suspens. Sauf coup de théâtre, le président Vladimir Poutine, au pouvoir depuis dix-huit ans, devrait être réélu le 18 mars prochain. Face à lui, les sept candidats semblent bien inoffensifs. L’abstention s’annonce très élevée, d’après l’institut de sondages indépendant Lewada]

2) Aux USA, des jeunes « pro-vie » dénoncent « la culture de mort »

Après la tuerie qui a fait 17 morts à Parkland, de nombreuses voix s’élèvent, notamment chez les jeunes, pour dénoncer la libre circulation des armes à feu dans le pays.

« Piquée sur twitter » : Une parole du Christ réactualisée par The Old South Church de Boston, laquelle ne mâche pas ses mots !

Les lycéens de Parkland survivants prévoient un grand rassemblement le 24 mars à Washington (une « marche pour nos vies »), mais invitent aussi les américains à manifester dans leur propre ville. Plusieurs entreprises ont même informé publiquement la NRA qu’elles ne veulent plus être associés au lobby qui promeut les armes aux États-Unis.

3) (France) Débats et consultations : Les États généraux 2018 de la bioéthique

« Quel monde voulons-nous pour demain ? » C’est sur cette question que se sont ouverts le 18 janvier 2018 les États généraux de la bioéthique. Ceux-ci doivent durer six mois et aboutir à une nouvelle loi sur la bioéthique à la fin de l’année 2018. L’actuelle loi bioéthique du 7 juillet 2011 prévoit qu’elle doit faire l’objet d’une révision par le Parlement dans les 7 ans et que cette révision doit être précédée d’un débat public sous la forme d’États généraux organisés par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Le CCNE lance donc une vaste consultation afin de recueillir l’opinion de la société française sur un certain nombre de thèmes. En savoir plus ici sur le cadre, les thèmes, les différentes formes du débat et le calendrier.

 Voir aussi : «  La vie ne peut pas être louée. Un enfant ne peut pas être acheté ». Sylviane Agacinski, philosophe et auteure de « Le tiers-corps, réflexions sur le don d’organes », où elle réfute l’idée d’un marché légal des organes et le consentement présumé du défunt. La philosophe souhaite remettre en avant la misère dans laquelle se retrouvent les gens qui acceptent de vendre leur sang, des organes ou de porter l’enfant d’autrui par intérêt financier.

Offensive des partisans de l’euthanasie à l’Assemblée nationale : Dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 1er mars, 156 députés, dont une grande majorité de LREM, souhaitent l’inscription dans la loi d’une « aide active à mourir ».

Exclusif : le Grand Orient de France planche déjà sur l’euthanasie des enfantsAlors que la loi sur la fin de vie est réexaminée à l’Assemblée nationale, la principale obédience maçonnique française organisait le 3 octobre à Paris un colloque dédié à la fin de vie des enfants. Pour les intervenants, l’étape suivante est déjà d’introduire l’euthanasie des mineurs, sur le modèle de la loi belge. Famille Chrétienne s’est glissée parmi l’assistance. Récit.

États généraux de la bioéthique : quel serait LE débat à surveiller ? La modification du génome est en train de passer de fiction à réalité, grâce à Crispr-Cas9, des ciseaux à ADN révolutionnaires. Avec quelles conséquences ?

Ces milliardaires et multinationales qui investissent dans la quête d’immortalité et de jeunesse éternelle

Des start-up se lancent dans des transfusions de sang de patients jeunes vers des personnes plus âgées dans le but de prolonger la vie. Des grandes fortunes ou des multinationales, comme Google-Alphabet, investissent dans des biotechnologies pour identifier les gènes de longévité et ralentir le vieillissement. D’autres mènent des expérimentations pour dupliquer le cerveau dans des machines. L’industrie de la cryoconservation – congeler un organisme en attendant un hypothétique remède contre la mort – connaît un succès grandissant. Tous partagent l’ambition transhumaniste : créer un être humain à la longévité décuplée, voire immortel. Sans aucune réflexion sur les conséquences sociales. Une enquête extraite de l’ouvrage Au Péril de l’humain, co-écrit par Agnès Rousseaux, journaliste de Basta !.

 4) « A quels enfants laisserons-nous le monde ? » (et non le contraire) par Cédric Biagini. De nombreux professionnels de la santé font désormais des constats alarmants à propos de l’impact des nouvelles technologies sur les enfants : dégradation du langage et de la pensée, troubles de l’attention, problèmes de comportement, de communication, difficultés d’apprentissage, pertes de capacités physiques, dépendance…voici ce que génère l’enfermement dans le virtuel. A lire dans le numéro de février de « La Décroissance », le mensuel des « objecteurs de croissance », p3 et 8. Accessible en kiosque ou consultable dans les bibliothèques, ces lieux que l’on peut fréquenter même quand il ne pleut pas ! 😉

 5) Service public : démantèlement de la SNCF : avec 30 ans de retard, Macron va-t-il répéter les mêmes erreurs que les Britanniques ?

Le gouvernement envisage d’accélérer la libéralisation du rail et la transformation, sinon le démantèlement, de la SNCF. Les recettes proposées sont les mêmes que celles qui ont été appliquées aux autres entreprises publiques, de France Télécom à EDF, et qui n’ont bénéficié ni aux salariés ni aux usagers. L’exemple de la libéralisation des chemins de fer britanniques, initiée dans les années 1990 et marquée par une succession de faillites et de scandales, devrait pourtant inciter à la prudence. Au Royaume-Uni, un mouvement pour la ré-appropriation de ce service public par les usagers et les salariés prend de l’ampleur.

6) Immigration : le projet de loi contesté

Gérard Collomb, qui porte ce projet de loi asile et immigration, l’a décrit comme « un texte totalement équilibré qui s’aligne sur le droit européen. »Pour le directeur général de France Terre d’Asile, Pierre Henry, invité du Soir 3, ce n’est pas vraiment le cas. « La totalité des associations qui travaillent dans le secteur, le défenseur des droits, mais aussi la commission nationale des droits de l’homme, la plupart des experts pensent que ce texte est déséquilibré. On peut se poser la question de son utilité. La dernière loi date de 2016 et les décrets ne sont même pas sortis », déplore-t-il. Alors est-il vraiment utile ?

7) « Bure et Bure et ratatam » : 20 ans de projet et de contestation

C’est à la lumière du dossier Notre-Dame-des-Landes, de sa ZAD et de son évacuation, que le projet de stockage de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse s’est révélé au grand public, au-delà des territoires concernés. Alors que le gouvernement a lancé l’évacuation du terrain occupé par des opposants, coup de projecteur sur le projet et les raisons de l’opposition au projet de stockage de déchets nucléaires, qui ne datent pas d’hier. Voir aussi https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/bure-quel-est-ce-projet-de-stockage-de-dechets-nucleaires-et-pourquoi-est-il-conteste-1519292642

8) Froid ici, mais trop chaud au Pôle : et c’est lié !

Les vagues de froid européennes de ces dernières semaines et des années récentes sont liées au réchauffement de l’Arctique : voir, sur le blogue de Patrice de Plunkett, la démonstration des scientifiques, non pour ceux qui la refuseront « jusqu’à la tombe », mais pour ceux qui, de bonne foi, ne la connaitraient pas.

9) La fin du management et du manager ?

Le management hiérarchique traditionnel est mort. Vive « le nouveau management » ! Les premières graines qui ont poussé les entreprises à se « bouger » sont celles qui ont miné les Etats-Unis au moment de la crise des subprimes. Tout le monde savait qu’on allait dans le mur, et la plus grande banque américaine Enron fait faillite. Pourquoi ? Parce qu’on n’ose s’exprimer. On n’ose pas remonter les problèmes. La responsabilité est laissée au final à une hiérarchie coupée de la base. Des erreurs sont faites dans les entreprises qui ont refusé l’écoute, et au contraire cultiver le silence. Explications par « Zeboute », sur son blogue.

Quel « partage des tâches » dans le couple Luther ? Par Andy Singer

10) « Fallait demander ! » Emma, blogueuse devenue star du Web féministe depuis la publication de sa BD sur « la charge mentale ». Voir aussi ce portrait dans La Croix.

11) Petit cimetière des citations apocryphes sur l’éducation

Plongée distrayante dans l’obscurantisme numérique moderne : Les citations apocryphes pullulent sur le web, parfois sans auteur ou au contraire attribuée à une foule d’auteurs très différents, le plus souvent sans aucune référence, parfois même à contresens du texte d’origine… quand ce texte existe seulement ! Cet usage compulsif des citations dit quelque chose de notre modernité : par sa brièveté, elle se prête parfaitement à l’immédiateté du prêt-à-penser, sa réplication à l’infini fait de la citation un poncif au sens propre. Et plus que jamais les idées sont reçues. En voici quelques-unes concernant l’éducation, que vous connaissez sans doute déjà…

12) Insolite : Dans la tête d’un rédacteur de Fake news

« Je favorise l’ignorance, certainement, et peut-être que je contribue à une atmosphère de haine. Mais je ne crois pas que des gens soient morts en conséquence de mon travail. Peut-être que je suis plus nihiliste que la plupart des gens, mais à la fin, c’est un travail et il paye bien.» C’est un jeune thésard britannique qui écrit. Étudiant en arts, se considérant de gauche, il se fait passer pour un Américain pro-armes d’âge mûr, militant sur des sites d’extrême droite : cela cultive un certain sens de «l’humour absurde», s’amuse-t-il avec ses amis.(…) Cette mise à distance forcenée des discours qui cherche à les présenter comme simples tours de passe-passe sans conséquences tend à faire oublier que derrière les mots, il y a des idéologies, et devant les idéologies, des vies…

 

Bonne lecture !

Deuxième partie de ces « foireux liens » à 17h00.

 

 

 

Un maire pro-vie dénonce la culture de mort : simple question de bon sens !

Vie et mort par Teodoro S Gruhl Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? (Ps.11v3)

Vie et mort par Teodoro S Gruhl
Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? (Ps.11v3)

Le caporal Blutch, héros de BD de la série « les Tuniques bleues », rappelait(dans l’album « Rumberley ». Ed. Dupuis) que les balles ne servent pas à guérir les blessures, mais à les provoquer.
Cette remarque pleine de bon sens a été récemment réactualisée par un élu, dans un contexte dramatique.

Le journaliste catholique Patrice de Plunkett relève le 13/05/13 sur son blog, que « lors du cortège de la fête des mères » du 12/05/13, « dix-neuf personnes » ont été blessés « dont sept femmes et deux enfants de dix ans, à la Nouvelle-Orléans : Opérées en urgence au LSU Public Hospital, plusieurs victimes sont dans un état critique ». La police déclare que trois personnes avaient ouvert le feu sur le défilé…*

Dans son article, le journaliste pointe « deux réactions contradictoires :
– celle du FBI (en pure langue de bois) veut « rassurer » les Américains en affirmant que cet attentat n’est pas « terroriste » mais relève de… « la violence ordinaire » ! Le FBI ne va pas jusqu’à invoquer le 2e amendement de la Constitution qui sacralise les armes à feu, mais l’idée affleure et la NRA s’en félicite**.
– En revanche, déclaration lucide du maire démocrate, le juriste catholique » et père de famille Mitchell J. Landrieu, qui qualifie de « culture de mort » le culte des armes à feu :
« Il est important que nous changions la culture de mort dans les rues de La Nouvelle-Orléans, en une culture de vie ».

C’est « un catholique qui parle », se félicite Patrice de Plunkett, saluant cet élu qui défend là « les valeurs chrétiennes »– et « qui sait que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie ». Et qui a compris qu’être « pro-vie », ce n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants. (cf Philippe Malidor, journaliste à « Réforme »)

Enfants par Marcin Bartkowiak Défendre les enfants à naître ne suffit pas. Il faut aussi défendre ceux qui sont nés.

Enfants par Marcin Bartkowiak
Défendre les enfants à naître ne suffit pas. Il faut aussi défendre ceux qui sont nés.

Et que « Défendre les enfants à naître ne suffit pas. Qu’Il faut défendre ceux qui sont nés. »
Une autre remarque pleine de bon sens, allant dans le sens « de la vision équilibrée que Landrieu*** se fait de la doctrine sociale de l’Eglise », certes catholique.

Mais cette prise de position est-elle contradictoire avec la Parole de Dieu et les enseignements du Seigneur Jésus-Christ,  lequel a par ailleurs enseigné, que « tous ceux qui auront pris l’épée périront par l’épée » (Matt.26v52) ?
2 Tim.1v7 nous rappelle que nous avons reçu un « esprit de conseil » ou de « sobre bon sens »(version Darby) : ce sobre bon sens que l’on retrouve chez un élu américain, démocrate, catholique, père de famille et de formation jésuite, sera-t-il partagé par les évangéliques ?
Est-il possible de se dire « pro-vie », tout en soutenant le lobby pro-armes ?

Etre « pro-vie », n’est-ce pas aussi combattre les inégalités sociales et la pauvreté ?

Soyons donc pro-vie jusqu’au bout, pour lutter contre la culture de mort ! C’est simple question de bon sens !

Notes

*http://www.sudouest.fr/2013/05/13/nouvelle-orleans-une-fusillade-fait-19-blesses-dont-deux-enfants-1052160-4803.php
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-Nouvelle-Orleans-une-fusillade-fait-19-blesses-dont-deux-enfants-2013-05-13-959117
**Lequel lobby avait suggéré, en réponse à la tuerie de Newtown (le carnage dans une école maternelle en décembre 2012) que « La seule façon de stopper un méchant avec une arme, c’est de lui opposer un gentil avec un arme ». 

Par ailleurs, dénonce encore Patrice de Plunkett, « la National Rifle Association (NRA) pratique la pire démagogie. Puisque d’une part, elle tient en main les parlementaires pour les empêcher de restreindre le business des armes à feu. D’autre part elle incrimine « l’étatisme », avec cet argument typiquement libéral (et particulièrement infect dans la mesure où il vient de la NRA) : « les filles Obama sont protégées par le Secret Service. Les enfants du président sont-ils plus importants que les vôtres ? » Filles de président ou fils de garagiste, les enfants américains sont menacés par les armes dont la vente libre est sacralisée par la NRA ».

***Le même Landrieu ne « diabolise » pas non plus l’Etat, puisqu’accusant en 2010 la police de sa ville d’être incompétente et corrompue, il n’avait pas craint de demander à l’administration fédérale de venir assainir cette situation.