Travailler le dimanche ? C’est toujours non !

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

Emmanuel Macron avait promis qu’une fois élu, il « améliorerait » la loi travail par une réforme encore plus large et légiférerait par ordonnances au cours de l’été. Les négociations avec les syndicats ont lieu en ce moment. C’est dans ce contexte que la CGT publie ce tract pour le moins étonnant contre le travail du dimanche
Il y est notamment rappelé (voir ci-contre) la loi Sarrien du 13 juillet 1906 qui stipule que « le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche ». Et c’est enfin une invitation à dire « toujours non ! » au travail du dimanche, via une pétition en ligne.

Contactée par Le Figaro, la Fédération CGT du Commerce et des Services explique aux journalistes la genèse de la campagne de publicité : «nous avions créé un forum de débat contre le travail dominical et décidé de nous inspirer des internautes pour notre communication sur le sujet. Parmi les réactions, une jeune femme qui déclarait préférer aller à la messe que travailler le dimanche». Considérant l’argument légitime, le syndicat n’a pas hésité à s’en servir, et a adopté le point de vue du prêtre, qui lui, ne peut « se dérober » au travail dominical.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, elle a suscitée des réactions diverses. Accueillie avec méfiance par certains croyants, cette initiative est vue comme un « clin d’œil complice » par plusieurs prêtres, dont l’Abbé Pierre-Hervé Grosjean (voir son message sur twitter daté sur 01/07/17). Ce dernier se dit d’ailleurs en accord avec le message de la CGT («nous partageons avec certains syndicats et responsables politiques divers le souci de préserver des espaces de gratuité, de repos légitime», dit-il), faisant référence à la doctrine sociale de l’Église, qui a toujours prôné le repos dominical.

La CGT, quant à elle, assume totalement le lien avec l’Église sur cette question. Mais sa campagne a surtout pour objectif de lutter contre les effets de la loi Macron adoptée en août 2015, et qui a facilité le travail dominical en élargissant les autorisations administratives dans les zones touristiques, et en donnant plus de latitude aux maires pour fixer le nombre de dimanches travaillés. De nombreuses chaînes de magasins peuvent ainsi demander à leurs salariés de venir travailler le dimanche 12 fois par an. Cantonnée aux 20 zones touristiques internationales que compte la France (dont huit pour la seule ville de Paris), cette libéralisation du travail dominical pourrait bien devenir une nouvelle norme sociale. C’est en tout cas ce que craint la CGT, qui critique également son inutilité« Le travail du dimanche dans le commerce n’est pas utile car il ne participe pas à la lutte contre le chômage. En revanche, il complique énormément la vie de famille des salariés », déclarait ainsi au journal Le Parisien Olivier Champetier, secrétaire local de la CGT, en marge d’une manifestation organisée en juin dans le centre commercial d’Évry 2.

Enfin, pour Hélène Bodenez, il s’agit là d’une « excellente initiative ». Professeure agrégée de lettres dans un lycée jésuite parisien et blogueuse, elle cherche, entre autres, l’encadrement du dimanche chômé en France et en Europe. Dans une note de blogue pour Radio Notre Dame, le 03 juillet, elle nous invite à comprendre le message « qu’il y a derrière » le tract de la CGT, lequel rappelle que « le dimanche reste le jour privilégié de « l’élévation spirituelle » dont la messe ou le culte est un sommet et ses ministres les ouvriers de la vigne. Utiliser cette photo pour rappeler l’importance du repos dominical dérange sans doute car nous voudrions ne plus retenir la racine religieuse de ce noyau historique culturel de notre Europe. Combien d’entre nous veulent bien aller une petite heure à la messe mais oublie que c’est tout le jour qui est voué au Seigneur, au don A qui de le défendre ? Les syndicats prennent leur part du combat. A nous de prendre la nôtre ! »

Qu’en pensent, quant à eux, les protestants « historiques » et les protestants-évangéliques ? Estiment-ils qu’il s’agit là d’un « bon combat », dont ils doivent « prendre leur part » ?

Pour aller plus loin : (re)lire une ancienne note de blogue sur le sujet, toujours actuelle : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/06/03/le-chretien-peut-il-faire-greve-ou-notre-regard-sur-le-travail-et-les-manifestations-contre-la-loi-travail/