Foireux liens de mars (20) : convictions évangéliques, « Pénélopegate », « secrets et mensonges », doughnut, exoplanètes, leaders lecteurs, réseaux sociaux….

Les "Foireux liens" de septembre : une actualité placée sous le signe de "la rentrée" et de "la neutralité"....

Les « Foireux liens » de mars : une actualité placée sous le signe des convictions, ancrées « dans le réel »….

Depuis janvier, une actualité particulièrement riche, avec une invitation à s’ancrer « dans le réel », qu’il s’agisse de convictions « évangéliques », « politiques » ou « sociales ». Bien entendu, ne pas tout lire « d’une traite » et surtout « pas en diagonale » !

 

1) « Convictions évangéliques », à rebours des clichés : Quelques mois après le petit livre de la Conférence des évêques de France (CEF) « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique », le CNEF publie un livret pédagogique, en collaboration avec le SEL, le Défi Michée, A Rocha et le CPDH, pour communiquer des convictions partagées aux candidats de la présidentielle française de 2017 : laïcité, écologie, pauvreté, accueil de l’étranger, famille et sexualité, éducation, liberté de culte et d’expression, dignité de la personne….autant de préoccupations diverses révélatrices d’une vision holistique de la foi chrétienne.

 

"Justificatif", par Xavier Gorce (Blog LeMonde)

« Justificatif », par Xavier Gorce (Blog LeMonde)

2) Vous ne comprenez rien au « Penelopegate » ? CFactuel vous explique « la triple affaire » frappant François Fillon, candidat victorieux de la primaire de la droite, à 75 jours du premier tour de la présidentielle française. cFactuel est un média dont je viens d’apprendre l’existence et dont l’ambition est de « rendre l’actualité claire et captivante ». Une équipe de 5 personnes à temps plein décrypte une information par jour, « sans parti pris, à travers des formats alternatifs aux articles » (vidéo, infographie, quiz). Plus d’infos sur la ligne éditoriale ici. Lancé en novembre 2015, cFactuel a été reconnu Service de presse en ligne par le Ministère de la Culture.

3) Pour en finir avec la séparation des pouvoirs :

Dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Fillon, une étrange argumentation juridique a fait son apparition qui, au-delà du fond de l’affaire, a de quoi laisser pantois. Rappelons brièvement les faits : des révélations successives par la presse ont mis au jour le fait que le candidat LR à la présidence de la République a longtemps salarié son épouse grâce à l’enveloppe attribuée à chaque député pour pouvoir salarier des assistants parlementaires, que ce soit à l’assemblée pour le travail parlementaire proprement dit ou dans la circonscription pour assurer une présence permanente de l’élu. Ce qui en soit est critiquable mais, en l’état des textes, légal. Là où le bat blesse, c’est qu’il semble n’y avoir eu aucune contrepartie réelle à un salaire largement au-dessus des montants habituels, les explications fournies par l’intéressée ou ses soutiens (dans le sens où la corde soutient le pendu) étant embrouillées, contradictoires, et parfois accablantes. Le parquet national financier a donc ouvert une enquête préliminaire sur ces faits, actuellement en cours. Et c’est dans ces circonstances qu’une tribune de juristes courroucés a été publiée sur Atlantico, prétendant opposer des arguments juridiques à l’existence même de ces poursuites. Promesse rarement tenue, comme nous l’explique le blogueur juriste « Maître Eolas ».

4) On ne sait plus trop comment qualifier ce qu’il se passe en ce moment aux Etats-Unis. Surréaliste? Réjouissant? Inquiétant? À vous de juger !

Le blog « The American Ballot Box » « braque les projecteurs » sur la démission de Michael Flynn, le controversé conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, lundi 13 février. Jamais un conseiller à la sécurité nationale n’était resté en poste aussi peu de temps. Vingt-quatre jours exactement. Pourquoi Michael Flynn a-t-il démissionné ? La presse avait révélé quelques jours plus tôt qu’il avait discuté de la levée des sanctions contre la Russie avec l’ambassadeur russe en poste à Washington, et ce avant même que Donald Trump ne prête serment et ne devienne officiellement le nouveau président des Etats-Unis. Pour y voir plus clair et tenter de comprendre tous les tenants et aboutissants de cette affaire digne d’un polar, voici un petit bond dans le temps.

Trump, un « nouveau Cyrus » ? Ou « fanatisme sacrilège » ? Un chromo délirant et inquiétant se propage sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets » (anti-immigration ?)

Trump, un « nouveau Cyrus » ? Ou « fanatisme sacrilège » ? Un chromo délirant et inquiétant se propage sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets » (anti-immigration ?)

5) Pourquoi la politique d’immigration de Donald Trump provoque le chaos et l’indignation : Tout a commencé le vendredi soir, 27/01/17, lorsque Donald Trump a annoncé la signature d’un nouveau décret présidentiel (executive order), intitulé Protecting the Nation from Foreign Terrorist Entry into the United States (Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis). L’objectif affiché de ce décret est de prévenir le risque d’infiltration terroriste sur le territoire américain. Est-ce de l’amateurisme total ou une tendance à l’autoritarisme? En tout cas, il semble que le Département de la Sécurité Intérieure et le Département de la Justice n’aient pas été consultés par la Maison Blanche avant la signature du fameux décret. Autrement dit, la Maison Blanche aurait agi unilatéralement. Cela expliquerait la confusion qui a régné dans les aéroports du pays ce fameux week-end, personne n’ayant reçu de consignes claires quant à la manière d’appliquer le décret.

L’application dudit décret de Donald Trump a d’ailleurs été temporairement suspendue suite à la décision d’un juge fédéral, James Robart (nommé par le président George W. Bush et confirmé 99 voix à 0 par le Sénat en 2004). Décision maintenue par la cour d’appel.

6) États-Unis. Une journée de grève pour montrer à Trump ce que serait une Amérique sans immigrés : Pour protester contre la politique anti-immigration de Donald Trump, une “journée sans immigrés” a été organisée le 16 février aux États-Unis. Les personnes d’origine étrangère sont appelées à faire grève (« ne pas travailler, ne pas consommer ») afin de mettre en lumière le rôle fondamental qu’elles jouent dans la société et l’économie du pays.

7)  L’hospitalité envers les étrangers: moyen de sanctification oublié !
Voici deux questions jamais posées et qui concernent pourtant notre santé spirituelle : En quoi l’accueil et le dialogue avec les étrangers sont-ils importants pour la sanctification des chrétiens ? En quoi cette hospitalité et cette amitié avec les étrangers sont-elles incontournables pour l’Eglise destinée à être façonnée à l’image du Christ ? Un édifiant article, à l’angle étonnant, à découvrir sur TPSG.

8)  Trump et les religions : une relation complexe

Dans ce numéro de La Croix du 01/03, Donald Trump est présenté comme un « personnage très difficile à cerner, plein de contradictions » : « son univers religieux, inexistant, est par conséquent totalement incohérent ». Et les relations qu’il entretient avec les religions (les catholiques, les musulmans et les Juifs) s’avèrent « complexes ». Une partie importante de la communauté juive reproche d’ailleurs au milliardaire d’avoir – par sa rhétorique de campagne et ses propos virulents contre le « politiquement correct » –, libéré en quelques mois la parole de toute une frange gravitant autour des mouvances extrémistes américaines. Et d’avoir ainsi encouragé implicitement l’émergence d’un climat propice à la recrudescence des actes antisémites, qui se multiplient de fait depuis quelques semaines.

9) Quand l’avenir de l’humanité dépend d’un doughnut, symbole d’un « espace juste et sûr » pour tous :

L’avenir de l’humanité dépend-il d’un doughnut ? C’est à partir de cette image d’une viennoiserie américaine que l’économiste Kate Raworth explique le lien intrinsèque entre inégalités sociales et limites environnementales. Avec l’objectif d’assurer un bien être minimal à l’ensemble de l’humanité sans franchir les seuils physiques et écologiques – dérèglement climatique, disparition de la biodiversité, pénurie d’eau potable… – qui la mettraient en danger. « Le défi est aujourd’hui de repenser l’économie de sorte qu’elle ramène toute l’humanité au sein de cet espace juste et sûr, au lieu de nous en expulser », estime-t-elle. Entretien à lire sur Bastamag, sans forcément dévorer un doughnut.

10) Une alarmante surmortalité due à la grippe et… à l’austérité : L’épidémie de grippe touche à sa fin mais elle laisse derrière une augmentation alarmante de surmortalité. Les premières estimations de l’agence « Santé publique France », rendue publique mi février, font état d’une surmortalité de 17 000 personnes entre mi-décembre et mi-février. Des chiffres vertigineux qui rappellent ceux de l’hiver 2014-2015 au cours duquel une surmortalité de 18 000 personnes avait été observée, les trois quarts étant liés à la grippe. Les personnes âgées de plus de 65 ans sont les plus touchées. Pour Olivier Mans, secrétaire fédéral de Sud Santé, le lien entre cette hécatombe et les coupes budgétaires dans le budget des hôpitaux est « évident ». « Le rouleau compresseur des mesures d’austérité, la généralisation des contrats précaires, le manque d’effectifs et de moyens rendent les conditions de travail, et d’accueil, très difficiles », explique le syndicaliste sur Bastamag.

11) Vivre comme un pauvre, « le temps d’un week-end » et pour 69 dollars seulement !

Mission Waco est une organisation chrétienne qui a pour but de donner la parole aux pauvres et aux marginalisés, en sensibilisant les Américains de la classe moyenne. L’une de leurs activités consiste à proposer « une simulation de pauvreté » pour  quiconque le désire, durant 72 heures, et pour un tarif de 69 dollars par personne. Durant ces séances, les participants se retrouvent sans téléphone, sans montre, et sans programme d’activité, livrés à eux-mêmes. On leur donne des vêtements délabrés et ils apprennent à connaitre les lieux où les sans-abris dorment ou mangent. Des situations qui génèrent rapidement des sentiments d’anxiété et d’impuissance.
Une initiative se voulant « tendance » ou susceptible d’ « ouvrir les yeux des participants en créant un environnement qui provoquera un choc psychologique, les menant à une transformation de leurs façons de penser et de vivre », voire, pourquoi pas, d’inspirer une politique de lutte contre les causes structurelles de la pauvreté ? Chacun jugera…

12)  « Bijoutier de Nice » : du coup de feu aux pouces bleus

Le 11 septembre 2013, Stéphan Turk, tuait d’une balle dans le dos l’un des deux hommes qui venaient de braquer son commerce. Placé en garde à vue, il a rapidement défrayé la chronique et provoqué une mobilisation inédite : sur Facebook, plus de 1,5 million de personnes ont apporté sans hésiter leur soutien au désormais nommé « bijoutier de Nice ». Triste fait divers, son histoire est devenue phénomène social.

13) Comment les populistes utilisent les réseaux sociaux pour manipuler ?

Marine Lepen, Donald Trump, les partisans du Brexit, les anti-migrants sont des gens modernes. Et ont tout compris de nos réseaux sociaux. Le nouveau pouvoir : diffuser des contre vérités [ou faire croire qu’il ne faut croire personne…sauf eux !] Et vous allez les croire… Que vous soyez un citoyen intelligent, ou pas, comme nous l’apprend « Zeboute », sur son blogue…

14) Les leaders sont des lecteurs : Un excellent article tiré du livre La conviction de diriger par Albert Mohler, publié sur le site québecquois « Publications chrétiennes » et découvert via TPSG. Quand « Leader et lecteur sont indissociables. La raison en est simple : il n’existe aucun autre moyen que la lecture efficace pour développer et entretenir l’intelligence nécessaire à la tâche de diriger (…) Des pensées intelligentes, des idées et des informations doivent constamment alimenter le leadership. Il est impossible d’acquérir les fondements du leadership sans lire ».

15) Trappist-1 : sept exoplanètes, trois en zone habitable : que faut-il attendre de cette découverte ?
La Nasa vient d’annoncer la découverte du système solaire Trappist–1. Trois des sept planètes qui le composent sont dans une zone dite « d’habitabilité », pouvant accueillir la vie. Mais pour Michel Viso, responsable du programme exobiologie du Cnes, cela ne signifie pas qu’elles réunissent les conditions nécessaires, notamment la présence d’eau et les températures adéquates.

 

Sur ce, bonne lecture et bon week-end ! A mercredi prochain.

Trump, « prompt au deal » ? Ou qu’attendre du nouveau président des USA ?

Éléphant par Anna Langova « un éléphant, ça trump énormément ! » Le nouveau président tournerait-il déjà le dos à ses promesse s(« propos de campagne ») de candidat, lesquelles, comme on le sait, n’engage que ceux qui veulent bien y croire….

Éléphant par Anna Langova
« un éléphant, ça trump énormément ! » Le nouveau président tournerait-il déjà le dos à ses promesses (« propos de campagne ») de candidat, lesquelles, comme on le sait, n’engage que ceux qui veulent bien y croire….

« Eh bien ! nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? » (Matt.19v27. TOB)

 

 

A l’heure où j’écris ces lignes, Donald Trump, au terme d’une campagne d’une violence et d’un bas niveau inédits, devrait être le 45ème président des Etats-Unis. « Devrait être », puisqu’il a en effet remporté la majorité des grands électeurs, le 8 novembre, soit 306 contre 232 pour sa rivale démocrate, qui a pourtant bénéficié d’un nombre de voix plus élevé (plus d’un million à ce jour). Ces grands électeurs éliront à leur tour directement le président et le vice-président, le 19 décembre.   Le nouveau président prendra ses fonctions le 20 janvier 2017, ce qui nous laisse un peu de temps pour nous habituer à la nouvelle….Et ladite nouvelle en a surpris, interpellé ou inquiété plus d’un, quand d’autres se sont ouvertement « réjouit », à défaut de se sentir « soulagé »(1).

Pour ma part, ceci dit en toute modestie, ce résultat ne m’a pas « franchement surpris », même si j’espérais autre chose. Certes, me disait-on, « mieux vaut que D. Trump remporte la primaire républicaine plutôt que M. Rubio ou T. Cruz. Car les chances de le voir « neutralisé » par son adversaire démocrate lors des élections générales seraient alors plus grandes ». Mais dans mon article sur les primaires américaines (publié le 30/03), je me demandais s’il n’y avait pas un risque de voir un candidat « incontrôlable » tel que Trump devenir « le gagnant » républicain de la primaire[et « le gagnant tout court » de cette élection], surtout face à une H. Clinton apparaissant plus « progressiste » sur certains sujets de société ou même comme étant la représentante de « l’establishment » justement combattu par Trump ou Bernie Sanders(2).

Cette victoire de Donald Trump était-elle « prévisible », comme l’ont affirmé la plupart des commentateurs(3) ? Néanmoins et dans tous les cas, une telle victoire peut paraître « dans l’air du temps », ou comme « une anomalie », révélatrice du désaveu des peuples vis-à-vis de leurs systèmes politiques. Et les américains eux-mêmes n’échappent pas à cette tendance, semblant incapables de faire la différence entre « un âne » et « un éléphant »(4).

Pour comprendre ce qui s’est passé, il convient de souligner que Donald Trump doit son élection à de nombreux facteurs – avant tout économiques et sociaux, et non « moraux ». Plus précisément, comme nous l’explique Axelle Hazard, diplômée en sciences politiques, sur son blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous »(5) : « si Donald Trump a gagné, c’est parce qu’il est parvenu à remporter presque tous les fameux swing states[ou « État pivot », soit un État au vote indécis, susceptible de changer de camp, d’un scrutin à l’autre, entre les deux partis dominants et faire basculer le résultat du vote final], comme la Floride ou l’Ohio. Mais aussi, des états comme la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. Ces trois états de la Rust Belt[« ceinture de rouille »], frappés par la désindustrialisation, n’avaient plus voté pour le candidat républicain à la présidence depuis 1984 ou 1988 ! » Mais « si les victoires de Trump dans les états de la Rust Belt s’expliquent sans doute par ses promesses en matière d’économie (renégocier les traités commerciaux pour empêcher les délocalisations), l’économie n’est pas le seul facteur qui explique son succès », ajoute encore Axelle Hazard. « En effet, d’après les sondages de sortie des urnes, 52% des électeurs estimant que l’économie était le problème le plus important dans le pays ont voté pour Hillary Clinton, et non pour Donald Trump. Donald Trump a en revanche remporté la majorité des voix des électeurs estimant que le problème principal était le terrorisme (57%) et l’immigration (64%). En réalité, la victoire de Donald Trump s’explique très certainement par une combinaison de plusieurs facteurs: la peur du déclassement économique dans certains états, de l’immigration et du terrorisme dans d’autres, mais aussi et surtout la colère contre la classe politique traditionnelle et les faiblesses d’Hillary Clinton », mal aimée et réputée « belliciste » ou « autoritaire », quoique plus expérimentée.

Concernant cette dernière, au-delà de certains scandales (« l’affaire des emails » ou les sources de financement de la fondation Clinton), ce qui lui a coûté le plus cher semble être son association au monde de la haute finance et du grand capital. Bien entendu, c’est aussi le cas de Trump, à ceci près qu’il a fait campagne contre le libre-échangisme et le néolibéralisme économique mondialisé et qu’il n’est pas interventionniste sur le plan géopolitique, comme l’est son ex-rivale démocrate ou même ses ex-rivaux républicains (M. Rubio, par exemple) aux primaires.

Donald Trump a ainsi réussi à capter le vote des mécontents/inquiets/en colère/aspirant à « un nouvel Eden », en se présentant en « homme fort » et leur tenant à peu près ce langage : « vous avez peur ? Très peur ? Vous avez raison. Je vous comprends. Voici les coupables » [des groupes ethniques/religieux, des « systèmes »…]. Face à une crise d’identité, s’il affirme que « le rêve américain est mort », il promet de « rendre sa grandeur à l’Amérique »( Make America great again »)Soit le retour d’un rêve américain, tel qu’il est défini par Donald Trump, qui « ne concerne que la seule population blanche et protestante »constate l’historien Romain Huret(6).

En somme, « D. Trump a brassé large », pour reprendre l’expression de Chady Hage-Ali, chercheur en relations internationales et animateur du blogue « Stratpolitix »« l’Amérique profonde (qui est aussi la base du tea party), les libertaires, anti-étatiques et isolationnistes (qui constituent également la tendance dominante du Tea Party), les déçus d’Obama (qui ont l’impression d’une Amérique faible, molle, dont l’hégémonie est sur le déclin) et les chrétiens les plus droitistes et orientés vers la prophétie »(7).

Bref, il paraît clair que les américains, décrits comme « en colère » ou « inquiets », ont voulu avant tout « du changement, maintenant », quitte à faire des choix risqués, déjouant tous les pronostics.

Mais le « président Trump », qui veut l’être « pour tous les américains », est-il de nature à nous rassurer pour autant, après le spectacle offert d’un « candidat Trump » excessif et imprévisible ?

Au-delà de toutes les questions soulevées par cette élection, une me vient à l’esprit : qu’attendre du nouveau président des USA ? Peut-on « implorer le Ciel », dans l’espoir « que le diable tienne ses promesses » (8), sachant que le diable « est le père du mensonge » ? (Jean 8v44)

Je pense à un verset biblique, que l’on pourrait mettre dans la bouche de tous ceux qui l’ont soutenu : « Eh bien ! Nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? » (Matthieu 19v27) Ceux-ci déchanteront-ils ? On pourrait le craindre, tant on peut « s’étonner » (relativement) de ce que Trump semble se « détourner promptement » (Cf Gal.1v6) de certaines de ses promesses de campagne. Voir ses déclarations sur l’Obamacare, « le mariage gay », le fameux mur ou les immigrants illégaux(9).

D’autre part, il est important de rappeler que le nouvel élu n’a aucune expérience politique et n’a exercé aucune charge publique (« ministre » ou « secrétaire », député, sénateur, gouverneur de l’état, maire…). Certes, ce n’est peut-être « un drame », dès lors qu’il sait bien s’entourer et se laisser conseiller, tout en faisant preuve des qualités requises pour être « un bon président » : sagesse, « sobre bon sens », justice et équité, être « un homme de vision » pour prendre les bonnes/meilleures/nécessaires décisions. Bien sûr, l’homme sera jugé « à ses œuvres » et pourra nous surprendre tant en bien qu’en mal. Mais comme l’a dit mon pasteur : « si tu es libre de tes choix, tu n’es pas libre des conséquences de tes choix »….

Mais le problème de cette inexpérience de la « chose publique » est ailleurs : Trump est un milliardaire ayant fait fortune dans l’immobilier, à la tête d’un empire de l’hôtellerie et du divertissement. Il est propriétaire des concours de beauté « Miss USA » et « Miss Univers », et reconverti dans la téléréalité. Ce qui fait que cet homme, jugé, non comme « un idéologue » mais « un pragmatique », a toujours défendu ses propres intérêts ou des intérêts privés. Sera-t-il capable de privilégier « le bien commun » ou les intérêts publics ? Rien n’est moins sûr puisque le milliardaire Trump est exposé à de sérieux conflits d’intérêts, « étant impliqué dans 500 sociétés, selon sa déclaration de patrimoine, dont certaines en Chine, Russie et Arabie saoudite – des pays avec lesquels Washington entretient des relations complexes »(10).

Et ce, d’autant plus qu’un homme d’affaires « fait des deals » ou des compromis.

Les « deals » seront sans doute inévitables, car si M. Trump « n’est (peut-être) pas un idéologue », plusieurs de ceux qu’il recrute le sont. Ainsi, ceux qui ont cru en sa rhétorique anti-libérale, et sa dénonciation du libre-échange, des délocalisations et des excès de la finance, risquent fort de déchanter. Le nouveau président se prépare en effet à nommer une équipe qui accordera une large place aux intérêts économiques. Avec notamment un ancien dirigeant de Goldman Sachs au Trésor et le patron d’une firme pétrolière au secrétariat à l’Énergie(11).

Mike Pence, le vice-président, présenté comme « un chrétien, un conservateur et un Républicain »(12) est « un fan du libre-échangisme et partisan de tous les TAFTA possibles[Accords de libre échange entre l’UE et les USA : une multinationale pourrait attaquer un Etat dont les politiques publiques nuiraient à ses intérêts]…russophobe et otano-belliciste », comme le souligne le journaliste Patrice de Plunkett. « Alors que le Pentagone vient d’annoncer (via l’OTAN) la formation d’une armée de 300 000 hommes en Europe pour « faire face à la Russie », que pèseront quelques phrases de Trump sur la nécessité de discuter avec Poutine ?(…) Et d’autres points d’interrogation se lèvent par dizaines. En termes empruntés à Sanders (qui doivent rappeler le « communiste Roosevelt » aux plus durs des républicains), Trump annonce une politique de relance budgétaire et de grands travaux : ponts, routes, aéroports, télécoms.  Ce serait restaurer le rôle de l’Etat : donc rompre avec trois décennies d’ultralibéralisme. Le fera-t-il réellement ? »(13)

Enfin, plus inquiétant, peut-être, Stephen Bannon devient son influent conseiller stratégique : Stephen Bannon, qui a dirigé « Breitbart News », un site de propagande d’extrême droite — raciste, antisémite, misogyne(14)… Une nomination qui a été saluée par le Ku Klux Klan !(15) Ce qui donne à penser au journal « Le Devoir » que « se met en place dans ce contexte une présidence qui devra nécessairement faire preuve de pragmatisme en certaines circonstances, mais aussi une présidence populiste qui saura, au besoin, exciter sa base électorale bien blanche et bien en colère…… »(16)

Mais il n’est pas tout à fait exact de dire que Donald Trump n’est pas « un idéologue ». Il s’était présenté, dans sa campagne, comme « la voix des abandonnés ». « Mais ces abandonnés, d’où vient leur abandon ? » demande encore Patrice de Plunkett.  « De l’ultralibéralisme des élites, qui repose sur le pire mensonge : le dogme du trickle-down, ce « ruissellement » magique en vertu duquel enrichir les plus riches redescendrait en pluie d’or sur les pauvres ! »  Un dogme, jamais vérifié, « qui fut l’un des piliers du reaganisme (1981-1989) » et « le pilier unique du clintonisme (1993-2001)…..Il eût été le pilier de l’hillaroclintonisme (….) si Hillary avait été élue… Mais Trump lui-même professe le dogme du trickle-down ! »(17)

Il est aussi « un croyant »….en la « positive theology » (« la théologie positive ») du révérend Norman Vincent Peale, qui « enseigne que : Dieu est facile à connaître, la Bible se résume facilement, le Christ donne le pouvoir de réussir. « Je suis un succès », faut-il se rappeler sans cesse ». Une foi (diraient nos amis les Belges) qui ressemble plus à une « absolue confiance en soi » (ou en l’homme) qu’en une véritable confiance dans le Dieu véritable(18)….Bref, autant de dogmes qui rappellent le faux « évangile de prospérité »…..

 

Enfin, et les Evangéliques américains, dans tout cela ?  

Le soutien des « 81 % d’évangéliques » (blancs- les évangéliques noirs ou hispaniques ayant majoritairement soutenu H. Clinton.) a été jugé comme étant décisif. Comme le prévoyait Chady Hage-Ali« les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste comme Obama » et « seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (…) ». Alors, bien sûr, « Trump n’est pas un “candidat chrétien” (…) d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes ».

Dans ce contexte, « le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique. Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs ». En définitive, conclut Chady Hage-Ali« les évangéliques, en majorité à droite, [agissant plus par pragmatisme et utilitarisme que selon les principes bibliques], reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points[en y ajoutant l’avortement], leurs voix lui seront acquises »(19). Et c’est ce qui s’est passé, semble-t-il !

 

Quelles conséquences spirituelles et morales peut-on craindre d’un tel soutien ? [autant de signaux pour nous aussi, chrétiens, en Europe]

Le soutien d’ »un homme fort » dont « la nature » est « de faire des deals » risque de décrédibiliser les Evangéliques, en les entraînant dans une « économie du deal », du compromis et de la compromission, bien éloignée du véritable Evangile, qui est « grâce et paix », et en les enfermant dans un « christianisme moralisateur », « identitaire », « de club » ou « exclusif », « partisan ». Pour le dire autrement sans langue de bois,  Jean-René Moret estime, sur le site « Questions suivantes »(20), qu’il est à craindre que « beaucoup d’évangéliques aient cédé à la tentation de vendre leur âme pour obtenir du pouvoir. Trump leur fait miroiter d’être de leur côté sur des questions jugées importantes, et certains se montrent prêts à renier des valeurs qui leur sont chères pour obtenir ce résultat. À témoin, un sondage montrant qu’en 2011 seul 30 % des évangéliques pensaient qu’une personne immorale dans sa vie personnelle pouvait remplir des fonctions publiques de manière éthique, mais qu’ils étaient 72 % en 2016 ! » Et « changer de principe pour justifier de voter pour un certain candidat revient à vendre son âme. C’est un des effets pernicieux de la politique partisane : tout devient acceptable chez son candidat, tout devient intolérable chez son adversaire. Dans tout cela, les évangéliques américains ont voté comme des êtres humains, confrontés à des options limitées. Paradoxalement, la volonté de façonner une Amérique à l’image de leurs idéaux peut les avoir conduits à transiger sur certains de ces idéaux. La focalisation sur un faisceau de valeurs ou une idée de leur identité nationale leur a peut-être fait oublier ou négliger d’autres valeurs chrétiennes, tels que l’accueil de l’étranger et le respect dû au plus faible[cf Deutéronome 10v19, Matt.25v35…]. D’une manière, le grand danger où je les vois est de penser que le « salut » pour leur nation peut venir d’une politique particulière, et de faire de l’obtention du pouvoir politique nécessaire un objectif en soi. La conviction chrétienne fondamentale doit rester que le secours doit venir de Dieu, et que s’attacher à la justice prime l’obtention du pouvoir »(20).

D’autre part, soutenir un homme « qui fait des deals » et qui s’est fait connaître par ses outrances verbales et injures (publiques) conduit à décrédibiliser la puissance de la parole. Il est alors possible de faire le rapprochement troublant avec « la bête d’Apocalypse 13 », laquelle a « une bouche pour proférer arrogances et blasphèmes »(v5). Attention, je ne dis pas que Trump serait « la bête », mais un tel trait de caractère est de nature à alerter ceux qui sont censés fonder leur vie plus sur l’écoute et l’obéissance à la Parole de Dieu(cf Matt.7v24 et ss) et moins sur les discours démagogues et populistes. Et ce, d’autant plus qu’il est une évidence pour les contemporains du texte biblique qu’il n’y a pas « de paroles en l’air ». Genèse 1 montre que l’acte créateur de Dieu passe par la Parole : quand Dieu dit, la chose arrive. Il n’y a donc pas, comme dans notre culture occidentale ou en politique, une mise en opposition entre les paroles et les actes.

Ensuite, le chrétien, tout en veillant au poids de la parole donnée, est appelé à « bénir » et non à « maudir ». Et maudir, c’est dire « de mauvaises choses », pas dans un sens « moral ou moralisant », mais dans le sens de dire une chose qui n’est pas la vérité » [cf Matt.5v44, Luc 6v28, Rom.12v14]

Enfin, il est à craindre que « le problème » le plus important des Evangéliques[qui n’est pas que celui des Américains »] soit un « problème » (ou une crise) d’identité. Souvenons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf Gen.1v26-27, cf Col.1v15). Or, quand on nous regarde, que voit-on ? Que Dieu règne sur la création ? Ou que Trump (ou un autre….) « règne » ? Nous saurons qui nous sommes, si nous savons à qui nous appartenons !

La priorité est donc bien « la restauration de notre image », de notre identité profonde d’enfants de Dieu. « Reconstruisons le temple en chassant les marchands » (Jean 2v14 et ss) – et nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Cor.3v16,  1 Cor.6v19): Christ y est-il adoré ? Est-il « le Seigneur de tout » ? A moins qu’il ne subsiste des « zones de non-droit », « des autels » à Mammon(l’argent), la peur, la colère, la haine…. ? Si c’est oui, alors c’est que nous tolérons une Seigneurie autre que « Christ seul ». Soyons conscients que l’ennemi de nos âmes a gagné, lorsque nous nous laissons gagner par la colère, la peur, la haine, la cupidité, pour mieux nous jeter dans les bras d’un autre « Seigneur »/ « expert »/ « Messie »(politique) !

 

 

 

Notes :

(1)  http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2016/11/09/seisme-electoral-de-magnitude-10-donald-trump-elu-president-des-usa.html ; http://leboncombat.fr/donald-trump-president-fin-monde/ ; http://www.questionsuivante.fr/?p=1988 ; http://www.unefoidesactes.com/2016/11/10/leffet-trump/

(2)  Voir la note 12 de l’article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/ )

(3) Tels que le réalisateur Michaël Moore ou même…. « les Simpsons » ! http://www.lavie.fr/actualite/monde/donald-trump-une-victoire-choc-pourtant-previsible-09-11-2016-77540_5.php ; http://www.lavie.fr/actualite/monde/non-tout-le-monde-n-est-pas-surpris-par-l-election-de-donald-trump-14-11-2016-77697_5.php ; http://www.slate.fr/story/106219/simpson-donald-trump-president-2000 ; http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/

(4) Les emblèmes des deux partis américains principaux, démocrates et républicains.

(5) L’objectif du blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous » https://americanballotbox.com/2016/11/15/le-bilan-de-la-nuit-electorale-2016/#more-2287 « est de fournir une information de qualité en français sur l’actualité politique américaine en général, et plus particulièrement sur la campagne pour l’élection présidentielle de 2016. Les articles se veulent accessibles à un large public. La plupart des informations qu’ils contiennent proviennent des sources suivantes : Washington Post / CNN / Politico / USA Today / TIME / Vox / The Atlantic / Pew Research Center / Real Clear Politics / Voice of America / The New York Times / New Yorker / Huffington Post / PolitiFact / Slate / Texas Monthly etc. Sans oublier bien sûr les comptes Twitter et sites web officiels des différents candidats ».

(6) Cf http://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Le-reve-americain-selon-Donald-Trump-2016-11-10-1200802147

(7) Cf l’entretien sur notre blogue https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(8) Cf http://cahierslibres.fr/2016/11/diable-trump-tiendra-t-promesses/

(9) Cf https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322

(10) Cf http://www.lesechos.fr/monde/elections-americaines/0211484671512-conflits-dinterets-tous-azimuts-pour-le-president-milliardaire-2042431.php

(11) Cf http://www.bastamag.net/Dans-la-future-administration-Trump-un-ancien-de-Goldman-Sachs-au-Tresor-un + http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/15/et-voila-le-vrai-trump-deregulation-a-tout-va-en-avant-pour-5874550.html#more

(12) Cf https://americanballotbox.com/2016/09/08/mike-pence-chretien-conservateur-et-republicain/

(13)  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/09/trump-elu-les-premieres-questions-5871873.html#more

(14) « Breitbart News Network est un site web d’informations conservateur. Il a été fondé en 2007 par Andrew Breitbart, un homme qui avait pour ambition de proposer une autre lecture de l’actualité, différente de celle proposée par l’ « establishment médiatique » libéral. En 2012, Andrew Breitbart succombe à un arrêt cardiaque. Stephen Bannon, l’homme qui vient d’être recruté par Trump, le remplace. Il va rapidement faire évoluer le site. Avant de prendre la tête de Breitbart, Stephen Bannon a servi dans la marine américaine et a travaillé chez Goldman Sachs. Il a aussi été l’un des conseillers de Sarah Palin. Depuis qu’il a pris la direction de Breitbart, le site a de plus en plus régulièrement versé dans le nationalisme, la xénophobie et les théories du complot. (….)Depuis le début de la campagne, Breitbart soutient Donald Trump (…) Le site est désormais devenu l’une des références du mouvement alt-right, abréviation de Alternative Right. Ce groupe est informel et surtout actif sur le web, où il diffuse ses idées nationalistes (la nécessité de défendre la race blanche face au multiculturalisme notamment) et aussi sexistes. (https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322 ). Ce qu’en pensent la plupart des responsables d’associations juives américaines et autres personnalités juives : http://fr.timesofisrael.com/ce-que-les-dirigeants-juifs-disent-de-stephen-bannon/

(15)  Et ce, d’autant plus que Le FBI a publié son rapport annuel sur les crimes de haine (= tout acte criminel – meurtre, agression physique ou verbale, harcèlement, etc. – motivé par l’identité raciale, religieuse ou sexuelle de la victime). En 2015, 5,818 crimes de haine ont été recensés aux Etats-Unis. La majorité d’entre eux (59%) étaient motivés par l’identité raciale, l’ethnicité ou la nationalité de la victime. Viennent ensuite les motifs de la religion et de l’orientation sexuelle. Les victimes les plus nombreuses de ces crimes de haine restent les afro-américains. (Source: http://www.fbi.gov ) La conclusion la plus alarmante du rapport du FBI est que les crimes de haine ont connu une forte augmentation en 2015 par rapport à 2014. +9% pour les crimes racistes contre les afro-américains mais aussi +7,5% pour les crimes racistes contre les blancs. Et surtout, +67% (!) pour les crimes contre les musulmans. Même si le lien est difficile à prouver, certains y voient l’influence de la campagne de Donald Trump, qui a débuté en juin 2015. (https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322 )

(16) Cf http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/484909/donald-trump-la-maison-des-blancs

(17) Cf http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/09/trump-elu-les-premieres-questions-5871873.html#more

(18) Cf http://www.lemondedesreligions.fr/une/pourquoi-donald-trump-se-refere-a-la-foi-24-05-2016-5519_115.php

(19) Cf l’entretien sur notre blogue https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(20) Cf http://www.questionsuivante.fr/?p=1988#fnref-1988-4

 

 

 

Entre deux tours : le temps des analyses

Vous disposez d'un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu'en ferez-vous ? (Première de couverture du roman "La Lucidité" de José Saramago)

Vous disposez d’un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu’en ferez-vous ?
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Note : merci de ne pas « zapper » trop vite ce qui suit, car, même si « vous n’êtes pas du monde, vous êtes tout de même « dans le monde ». Et vous votez. Des études bibliques sont proposées en fin d’article, pour nourrir votre réflexion.

« La déferlante FN[en tête dans six régions*] du premier tour était annoncée, attendue(…)La seule chose surprenante, c’est la surprise officielle à l’annonce de ce résultat », observe le journaliste Patrice de Plunkett sur son blogue. Il estime que « la classe médiatico-politique », qui « ne comprend pas pourquoi cinq millions et demi de Français dont 95 % ne semblent pas extrémistes (si l’on en croit les reportages eux-mêmes !) se sont tournés dimanche vers le vote FN » devrait « changer de lunettes ».

Mais souhaite-t-on véritablement « changer de lunettes » ?
Pour le juriste-blogueur catholique « Thomas More », qui redevient régulier sur la toile, « nombreux sont ceux qui refusent de faire un diagnostic honnête de l’état de la société française par peur de ce qu’ils y découvriraient ». Un « déni de la réalité sociale » qui conduit notamment « à jeter l’anathème sur des auteurs tels que Laurent Bouvet ou Christophe Guilluy ». Et l’on aurait tort, estime le juriste blogueur, qui nous propose son intéressante analyse de l’ouvrage de L. Bouvet, « Le sens du peuple ». On peut, à l’instar de « Thomas More », ne pas rejoindre l’ « esprit laïc trop étroit » de ce premier auteur, mais on appréciera si son diagnostic est juste ou non. Même si « la politique » n’est « pas trop votre truc » (mais plutôt la théologie, par exemple), ne zappez pas trop vite ce qui suit, car il y a matière à vous faire réfléchir sur comment « être chrétien dans la cité ».
Le point de vue est le suivant :
Pour Laurent Bouvet, il importe, pour la gauche « d’abandonner le progressisme pour reconquérir le peuple » et « retrouver le sens du peuple ». Une « invitation » qui devrait être « adressée à l’ensemble des mouvements politiques, y compris de droite, même si c’est au prix d’une dose de populisme »**. Ce « populisme de gauche » impliquerait de « renoncer au libéral-multiculturalisme », d’ « écouter la révolte du peuple contre les élites », de « réviser la position de la gauche à l’égard de la mondialisation », et de « réaffirmer l’importance d’une laïcité stricte***… sans pour autant adopter les valeurs conservatrices et autoritaires et la xénophobie de certains populistes de droite ». Un élément intéressant : Laurent Bouvet propose également « de détacher l’individu moderne de sa réduction libérale à l’homo œconomicus pour lui redonner son plein pouvoir (empowerment), c’est-à-dire les moyens de peser sur sa destinée de citoyen libre, autonome et autodéterminé, individuellement et collectivement ». En gros, il invite chacun à reprendre son autorité légitime de citoyen, plutôt que de se résigner à n’être qu’un consommateur….Mais les notions de « liberté », d' »autonomie » et d' »autodétermination » sont autant d’éléments nécessitant à eux seuls toute une analyse, qui ne saurait être réduite en une simple allusion de deux lignes. Nous y reviendrons ultérieurement(notamment, sur la question de la liberté), dans un prochain billet.

Voilà pour « le populisme de gauche ». Et quel serait un « populisme modéré de droite », selon « Thomas More » ? Un populisme « moins étatiste et plus modeste que son homologue de gauche », « plus ouvert à la société civile (y compris dans sa composante religieuse) et défendre scrupuleusement le principe de subsidiarité ». Il devrait également « cesser de soutenir que le libéralisme et la mondialisation sont bénéfiques pour tout le monde[et peut-être aussi arrêter de clamer que l’austérité serait un programme]. Ce serait donc une forme de conservatisme populaire qu’il faudrait garantir contre toute forme de xénophobie ».
A noter qu’un autre blogueur catholique, le naturaliste « Phylloscopus », rappelle, dans sa recension de l’encyclique papale « Laudato si », que la subsidiarité consiste « à régler un problème au plus bas niveau disposant des moyens pour le faire », et « certainement pas en un blanc-seing accordé, en toutes circonstances, à la liberté individuelle ».**** On lui laissera d’ailleurs « le mot de la fin », en vous invitant à aller consulter son excellente analyse « globale » intitulée : « l’écologie(et la foi)contre la peur ». Encore un catholique ? Si vous en trouvez d’autres pertinentes, sur de tels sujets, et qui soient évangéliques, faites-moi signe. Ceci est aussi un appel à vocation.
Etudes bibliques : les devoirs de tout responsable, comme ceux du peuple : Prov.31v8-9 ; Ezéch.34 ; Juges 8v22-23 ; Juges 9 ; 1 Rois 12v3 et ss ; Luc 22v22-27. Voir aussi ce que le Seigneur Jésus a toujours refusé de faire, surtout « pour prouver quelque chose », en Matt.4v1-11 et Matt.12v38 et ss.

 

 

Notes :

*Les décodeurs du Monde : résultat, commune après commune, de la liste arrivée en tête : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2015/12/07/regionales-2015-commune-par-commune-la-liste-qui-est-arrivee-en-tete_4826510_4355770.html ; comportement électoral par sexe, âge, qualification et domaine d’activité :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/07/regionales-le-front-national-premier-parti-chez-les-jeunes-qui-votent_4826431_4355770.html

** Et puisque l’on parle de « populisme », voir l’analyse du sociologue des religions Raphaël Liogier : http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui ; https://blogs.mediapart.fr/remy-p/blog/271213/ce-populisme-qui-vient-de-raphael-liogier-ou-les-dangers-du-populisme-liquide ; http://www.slate.fr/tribune/82831/populisme-liquide

*** A propos de la laïcité, voir les travaux du sociologue et historien Jean Bauberot https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/091215/la-laicite-110-ans-apres-la-loi-de-1905 ; https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog

****cf « Laudato si », paragraphe 196 : « le principe de subsidiarité…donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir ». Et pour une contribution protestante importante à ce sujet, voir les thèses de Johannes Althusius(1556-1637).

Foireux liens (7) : « au-delà de l’émotion, Il n’est pas interdit de réfléchir… »

De nouveaux « foireux liens » sur « l’avant », et « l’après Charlie »…le bon usage de nos libertés, la laïcité…ou d’autres sujets, qui sont loin d’être secondaires…

 

Attentats : le cri d’alarme de Jamel Debbouze, français, humoriste, musulman, dans « Sept à huit ». A découvrir ici : http://www.wat.tv/video/attentats-cri-alarme-jamel-76wrt_2flv7_.html

 

Traumatisme collectif ? Attentats : « Cet événement nous rappelle à quel point la parole et donner du sens sont essentiels » par Agnès Rousseaux, pour « Basta mag » (19 janvier 2015)

Depuis dix jours, la consommation de psychotropes aurait augmenté en France. Les attentats ont provoqué un choc traumatique, d’autant plus important qu’il s’agit d’attaques ciblées. Et les Français – y compris les enfants – ont été très exposés aux images télévisées, souvent en direct, via les chaines d’information en continu. Au-delà des analyses politiques, quelles seront les conséquences psychologiques de ce traumatisme collectif ? Entretien avec Hélène Romano, docteur en psychopathologie, spécialiste des psycho-traumatismes et du suivi de victimes au CHU de Créteil. A lire sur http://www.bastamag.net/Helene-Romano-Cet-evenement-nous

Du même auteur et sur le même site :

Crises, populisme : un vrai casse-tête...

Crises, populisme : un vrai casse-tête…

 

Vigilance. Crise symbolique, frustration collective et fabrication d’un ennemi intérieur nourrissent le populisme qui vient(15 janvier 2015)

Une nouvelle période de populisme s’ouvre-t-elle, capable de mettre en péril la démocratie, comme dans les années 1930 ? Le populiste, qui prétend parler au nom du peuple, se nourrit de la peur d’un ennemi intérieur, « du sentiment d’être attaqué, qu’il y a un complot, que nos valeurs centrales sont menacées et qu’il faut s’unir pour les défendre », explique Raphaël Liogier, sociologue et philosophe. Sentiment de frustration collective, laïcité brandie comme étendard, évolution au gré des fluctuations de l’opinion publique… du Front national à Eric Zemmour ou Alain Soral, quelles sont les nouvelles formes du populisme ? Entretien.

Et extrait :

« La laïcité, c’est deux choses : la séparation des églises et de l’État, définie par la loi de 1905 – et non pas la séparation du religieux et du politique – et la neutralité des agents publics. Ce qui n’est pas la neutralité de l’espace public ! Si l’espace public devient un espace contraint en ce qui concerne l’expression des opinions, qu’elles soient politiques ou religieuses, c’est une régression. Ce qu’on nous propose aujourd’hui, ce n’est même pas la neutralité de l’espace public, c’est sa neutralisation, donc un retour à une situation antérieure à 1789, au nom de la laïcité.Cette absurdité est portée non seulement par les partis « populistes », mais aussi dans l’ensemble du champ politique. Quand François Hollande dit que la laïcité ne s’arrêtera qu’au seuil de l’intimité, cela signifie qu’on est libre d’exprimer ses opinions uniquement tout seul chez soi le soir… C’est insensé ! La neutralité des agents publics est justement là pour préserver l’expression publique, pour que l’espace public reste un espace révolutionnaire, où on peut exprimer ses opinions, sans influence. Il y a aujourd’hui un renversement total lorsqu’on dit « il faut laïciser l’espace public ». Cela ne veut rien dire, ce n’est pas logique ». La suite sur http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui

 

Charlie Hebdo : Comment faire bon usage de sa liberté d’expression ? Par Guillaume Bourin(15 janvier 2015)

….en tant que chrétiens, et ce, « dans le contexte que nous traversons, au milieu des réactions cacophoniques des uns et des autres » ? A découvrir sur http://leboncombat.fr/charlie-hebdo-comment-faire-bon-usage-de-sa-liberte-dexpression/ (voir aussi : Liberté, Egalité, Fraternité…vraiment ?! http://leboncombat.fr/liberte-egalite-fraternitevraiment/ )

 

Attaque contre « Charlie Hebdo » : Michel Onfray regrette que les médias n’aient été « que dans l’émotion »

Sur le plateau de « On n’est pas couché », le philosophe a regretté l’absence de « mise en perspective » par les médias des évènements tragiques de la semaine dernière. « Je n’ai pas vu de mise en perspective de ce qui avait eu lieu avec de la politique, de la géopolitique, avec des explications qui auraient pu nous expliquer pourquoi on en était arrivé là » a-t-il regretté. « J’ai juste vu de l’émotion », a-t-il poursuivi… A lire ici : http://www.ozap.com/actu/attaque-contre-charlie-hebdo-michel-onfray-regrette-que-les-medias-n-aient-ete-que-dans-l-emotion/461358

 

Cette réflexion, « pourquoi on en est arrivé là », le journaliste Patrice de Plunkett la tente et la propose. Et ce, dès le 08 janvier : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/08/reflexions-sur-le-drame-d-hier-5528899.html#more

Voir aussi le décryptage de Guillaume de Prémare du choc « Charlie Hebdo » et du mouvement « Je suis Charlie » : http://www.ichtus.fr/jesuischarlie-en-etat-de-choc-on-fait-nimporte-quoi/ et http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/13/reflexions-sur-le-mouvement-je-suis-charlie-5532843.html

 

« Hors sujets » :

Comment Boko Haram prospère sur les inégalités, l’analphabétisme, la corruption et l’arbitraire

Au Nigeria, 2015 a commencé avec un massacre, probablement le plus meurtrier jamais perpétré par la secte islamiste Boko Haram. Plus de quinze villages totalement détruits, des centaines de personnes tuées. Le groupe né au début du 21ème siècle dans le nord-est du pays va toujours plus loin dans la violence. Au-delà de la religion, il prospère sur le terreau d’une zone de grande pauvreté, délaissée par le pouvoir central et qui ne profite pas de la manne pétrolière. Face à Boko Haram, les forces de sécurité sont elles aussi dénoncées pour leur brutalité arbitraire et leurs pratiques de la torture. La suite ici : http://www.bastamag.net/Comment-Boko-Haram-prospere-sur

 

Thomas More, le juriste blogueur fait peu à peu son retour. Avec notamment un billet sur le film « Tibumktu », que je n’ai pas encore vu. Soit, explique-t-il, « la tragédie de l’irruption de l’islamisme au milieu d’une communauté musulmane ; un islamisme présenté calmement sans démonstration pour montrer les méchants dans toute leur monstruosité. » (Voir https://thomasmore.wordpress.com/2015/01/17/timbuktu-ou-la-tragedie-de-lislamisme/ )

 

Transhumanisme : de quoi parle-t-on ?

Et parce qu’il faut bien que quelqu’un en parle, voir cette série d’article(en cours, à ce jour) : http://cahierslibres.fr/2015/01/transhumanisme-1-de-quoi-parle-t/ ; http://cahierslibres.fr/2015/01/transhumanisme-2-vers-une-humanite-augmentee/

 

Les 1 % les plus riches possèderont plus que le reste de la population mondiale en 2016

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, l’ONG Oxfam a calculé que l’an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera celui des autres 99 % de la population, à moins de freiner la tendance actuelle à l’augmentation des inégalités. L’étude « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », publiée le 19 janvier par Oxfam, montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. La majeure partie (46 %) des 52 % restant du patrimoine mondial se trouve entre les mains du reste du cinquième le plus riche de la population mondiale. Les autres 80 % de la population mondiale ne se partagent que 5,5 % et possédaient en moyenne 3 851 dollars par adulte, soit 700 fois moins que le patrimoine moyen des 1 %.

Le communiqué : http://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2015-01-19/les-1-les-plus-riches-possederont-plus-que-le-reste-de-la et le rapport : http://www.oxfam.org/fr/rapports/insatiable-richesse-toujours-plus-pour-ceux-qui-ont-deja-tout?utm_source=oxf.am&utm_medium=ZiWb&utm_content=redirect . La méthode utilisée est clairement indiquée par Oxfam sur son site.

Des chiffres contestés ou « le discours de la méthode » en question :

Une information « partagée par France TV », laquelle « démonte une info partagée par… France TV Info » ! relève Arrêt sur image, qui souligne que c’est l’économiste Alexandre Delaigue, « qui a décortiqué les chiffres avancés par l’ONG Oxfam, sur son blog « Classe Eco » du site de FranceTV ». L’économiste cite également le journaliste anglais Félix Salmon qui va dans son sens. La critique a été reprise par certains médias, outre France TV(Slate  et Ouest France  : on y lit que « des économistes » et « des journalistes » contestent la méthode Oxfam, mais l’un et l’autre ne citent au mieux que deux ou trois contradicteurs).

Or, puisque l’on parle de « discours de la méthode », il aurait été intéressant de comparer la critique de M. Delaigue avec l’analyse de l’économiste Jean Gadrey sur son blog du site Alternatives économiques : Ce dernier  juge « ces critiques, (quoique bien qu’exactes sur certains points), globalement injustes et excessives, et dans certains cas dérisoires ». Il doute même que lesdites critiques « connaissent bien les difficultés que rencontrent les statisticiens pour mesurer les niveaux et les inégalités de patrimoine des ménages. Même dans un pays comme le nôtre, disposant à mes yeux d’institutions parmi les plus sérieuses au monde (l’Insee, les services statistiques des Ministères, la Banque de France, le CNIS comme outil démocratique imparfait mais précieux), c’est une affaire très compliquée. » Jean Gadrey estime qu’ « Oxfam a bien fait de réaliser et de publier cette étude, et ses chiffres, imparfaits sans le moindre doute, sont défendables et honnêtes, en ce sens qu’ils sont transparents sur la méthode (ce qui facilite d’ailleurs les critiques…) et qu’ils s’appuient sur les meilleures sources disponibles à ce jour ». Certes, dit-il, « ces sources sont elles-mêmes très imparfaites, mais s’il avait fallu attendre de bonnes données mondiales sur les patrimoines privés des ménages, produites par des institutions statistiques telles que celles des Nations Unies ou de la Banque mondiale, c’est peut-être dans vingt ans que nous aurions pu juger du niveau actuel et de l’évolution récente de ces inégalités ! Dans de nombreux domaines cruciaux, il faut dans un premier temps « faire avec ce qu’on a », et dans le cas présent ce qu’on a n’est pas nul au point qu’il faille le rejeter ».

Et pas au point de nier les faits, lesquels décrivent une réalité insupportable. Et pas au point de s’abstenir de rechercher les causes, ou de passer à côté des propositions d’Oxfam à ce sujet. Et pas d’oublier que la Bible elle-même contient plus de 2000 versets sur la justice et les inégalités sociales.

Entre les trois manifs de janvier-février, quelle « convergence » ? Aucune !

Quel rapport entre ces trois manifestations qui doivent se succéder, en trois semaines, en janvier-février et censées  »converger » dans leurs intentions : 1. la  »marche pour la vie »*( 19 janvier); 2. un  »jour de colère  »(26 janvier) équivoque** ; 3. une  »manif pour tous » contre les  »projets anti-familiaux »*** ?(2 février) ?

« Aucun ! » selon le journaliste catholique Patrice de Plunkett, qui a consacré une note de blogue sur ce sujet :

« Quelque avis que l’on ait sur ces trois manifestations, leur différence de nature rend improbable la  »convergence » des trois**** – et suspect le slogan qui affirme cette  »convergence » »*****.

Et celui-ci de donner cette « conclusion d’étape » :  » l’idée d’une  »convergence des luttes » est exacte en elle-même (et en théorie) ; mais elle suppose un fil conducteur entre ces luttes. Ce fil n’existe pas aujourd’hui. Ce qui est proposé à sa place – un ultralibéralisme déguisé en populisme – est une imposture et une manipulation, inacceptables pour les catholiques cohérents ».

« Inacceptables », également pour les « protestants évangéliques cohérents » ?

L’essentiel(et les commentaires) à lire ici.

Sinon, voici une nouvelle qui devrait réjouir les partisans du « moins d’impôts » et de « l’allègement des charges pour les entreprises » : le président Hollande a annoncé(14/01/14) la suppression des cotisations familiales dans les entreprises, ce qui est jugé comme « un progrès libéral » pour Patrice de Plunkett.

Ce dernier relève encore que « consacrée lors de la conférence de presse élyséenne, c’était une exigence du Medef au nom de « la liberté d’entreprendre ». Qui financera maintenant ? On verra bien… »

« Les défenseurs de la famille » dénonceront-t-ils un tel cadeau,  notamment les 26 janvier et 2 février ?

On verra bien…

En attendant, la famille trouve un défenseur plutôt inattendu !

 

 

 

 

Notes :

*« La Marche pour la vie », manifestation annuelle contre l’avortement, est soutenue par une trentaine d’évêques de France et le Pape François. Cette connexion à la Conférence des Evêques de France garantit « que les directives du pape François – nouvelles en la matière – vont enrichir ce mouvement de toutes les dimensions sociales indiquées par l’exhortation La joie de l’Evangile… » juge Patrice de Plunkett.

** Des commanditaires, initiateurs et des financiers du « Jour de colère », on ne sait à peu près rien. Sauf que le mouvement semble disposer de certains moyens financiers(ce que sous-entend la présence d’un site internet créé pour l’occasion) et apparait comme un assemblage hétéroclite de groupuscules divers et variés, apparemment proches pour la plupart de « la droite de la droite », ou de l’extrême-droite, dont le  seul point commun semble être le « Anti-Hollandisme ». Voir la  liste impressionnante et sans fin, où l’on trouve de tout, y compris…un “Mouvement pour la Liberté de la Protection Sociale” (« Quitter la sécurité sociale »)qui milite pour… le démantèlement de la Sécurité sociale !

*** « Le dimanche 2 février prochain, dans 5 pays d’Europe des femmes et des hommes de toutes conditions ont décidé de marcher pour rappeler qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman, que l’enfant n’est pas un objet ou que le ventre d’une femme n’est pas à louer pour permettre la concrétisation d’un « projet parental » qui passe par une gestation pour autrui (GPA) ou un détournement des pratiques médicales actuelles de Procréation Médicalement Assistée (PMA). Ces simples citoyens européens ont choisi, par milliers (millions ?) de marcher ensemble avec ceux de Hong Kong et de Taïwan (à quelques heures d’intervalle !), pour redire que la famille se construit autour et avec l’altérité sexuelle, que le mariage c’est l’union d’un homme et d’une femme, que modifier par arrêté les livrets de familles comme cela a été fait en France, afin d’y inscrire la possibilité d’avoir deux pères ou deux mères, ce n’est pas une perspective de justice et de vérité. »(extrait du communiqué de presse du CPDH, Comité Protestant Evangélique pour la Dignité Humaine)

**** Peut-être une « convergence » possible entre la manif du 19 janvier et celle du 2 février ?

*****Interviewé par le « Salon Beige » le 13 décembre dernier, François Billot de Lochner appellait à la fusion entre le « Jour de Colère » et « La Manif pour Tous »(LMPT), ainsi qu’à « la convergence de leurs luttes ».

La LMPT n’a pas annoncé participer à JDC, mais F. Billot de Lochner « n’imagine pas une seconde La Manif Pour Tous ne pas appeler à manifester le 26 janvier. À ma connaissance, la Manif Pour Tous ne revendique pas le monopole de la contestation. Nombreux sont les mouvements qui la soutiennent. Il est donc normal qu’elle soutienne en retour les initiatives qui sont complémentaires avec son message et ses revendications…. »

LMPT répondra-t-elle à ces « appels du pied » répétés ? La question est posée !

Pour ma part, je veux croire que cette dernière, constituée à la base comme étant « citoyenne », « apolitique »,  « multiconfessionnelle », et « non extrémiste », saura rester « pure » dans son essence, son esprit et ses buts.

Mais le fait que LMPT ait choisi justement de défiler le 2 février et non le 26 janvier, n’est-ce pas là une volonté affichée ne pas « mélanger les genres » ?

Et quand à la tentative de récupération politique, lors de la manifestation de Versailles, en décembre dernier…

« Guère civil »* : marche sur(les) Rroms

A propos des Rroms : est-il pertinent de jouer les pyromanes ?

A propos des Rroms : est-il pertinent de jouer les pyromanes ?

« Le peuple du pays se livre à la violence, commet des rapines, opprime le malheureux et l’indigent, foule l’étranger contre toute justice. Je cherche parmi eux un homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas ; mais je n’en trouve point », dit l’Eternel.(Ezech.22v29-30)

La Bible recommande aux Rois (aujourd’hui, on dirait « les chefs d’état » ou « ceux qui gouvernent »)d’« ouvrir la bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés » et d’« ouvrir la bouche, de juger avec justice, et de faire droit à l’affligé et au pauvre. »(Prov.31v8-9)

Certaines bouches-et qui plus est, des élus et représentants de la République-se sont récemment ouvertes à propos des Rroms((« des muets », justement) mais plutôt d’une façon que l’on pourrait qualifier de « décomplexée », pour ne pas dire polémique*.

Et ce, d’autant plus que les Rroms,  « Pauvres parmi les pauvres » et « muets parmi les muets »,  sont des cibles sans risque à une époque où le « parler vrai, sans tabou » est  le « mot magique » propre à faire sauter les digues de la « libre parole », particulièrement « contre » plus faible et vulnérable que soi*.

Le journal CQFD, qui constate avec colère ce « phénomène », fait aussi mine de s’étonner :

« Au fait, il n’y a personne pour protester contre les conditions terrifiantes dans lesquels les Roms sont contraints de vivre et dont les élus locaux sont évidemment complices ? »**

Avant lui, l’Eternel « cherche parmi [ ceux qui se livrent « à la violence », qui « commet des rapines, opprime le malheureux et l’indigent, foule l’étranger contre toute justice » un tel homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche… »(voir notre verset plus haut) Mais Il n’en trouve point ».

On se souvient peut-être de la récente polémique sur la question des Roms, provoquée par les propres propos du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, « sur l’incapacité de ces populations à s’intégrer en France ». Propos tenus sur France Inter, lundi 23 septembre 2013 :  «  seule une minorité [des Roms] cherche à s’intégrer  » et que leur « mode de vie » était en « confrontation » avec celui des populations locales. Et que l’on peut réécouter ici.

Pour montrer qu'ils sont "à poigne", certains élus n'hésitent pas à cogner sur les Rroms.

Pour montrer qu’ils sont « à poigne », certains élus n’hésitent pas à cogner sur les Rroms.

Mais contrairement aux nombreuses personnalités politiques qui se sont engouffrées dans la brèche pour instrumentaliser cette question de façon électoraliste*, le défenseur des droits Dominique Baudis s’en est tenu aux faits. Selon lui, la France ne respecte par les règles qu’elle a elle-même dictées dans la circulaire du 26 août 2012 sur le démantèlement des campements.

Mais au-delà de la polémique, de la démagogie et du populisme, surtout à l’approche des élections municipales, il n’est pas interdit de réfléchir. Sur « ce que nous voulons ». Sur ce que nous voulons transmettre à nos enfants, qui vivront dans cet avenir que nous leur auront laissé. Ainsi, est à lire et à partager ce très bel édito paru dans le mensuel « L’âge de faire »*** :

Recréer des espaces de paroles partagées(20 octobre 2013) :
« Beaucoup de colère, et très peu de réflexion. Le traitement du sujet des Roms par la partie la plus en vue du monde politique et des médias flatte nos sentiments négatifs en rejouant le vieux scénario du bouc émissaire. Il exacerbe la colère de ceux qui, vivant près des bidonvilles insalubres et côtoyant chaque jour la misère humaine, se laissent convaincre que les choses iraient mieux si l’Autre allait mendier ailleurs. Il choque aussi ceux qui n’acceptent pas qu’un peuple soit accusé, publiquement et sans discernement, de tous les maux.
La population rom, très visible aux abords de certaines villes, vit dans une telle situation de précarité que ses moyens de subsistance (mendicité, collecte de déchets notamment) posent des problèmes de cohabitation avec la population locale. C’est une réalité, mais cela doit-il faire des 20 000 Roms vivant en France l’un des principaux thèmes du débat national ? On peut se poser la question quand on sait que le pays compte par ailleurs 3 millions de chômeurs, et plus de 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Mais il est plus facile de dresser ces pauvres contre d’autres groupes de population encore plus pauvres, que de leur apporter des éléments de réflexion sur les inégalités subies de part et d’autre. (….) Il est possible de remettre les choses à leur place sans nier les malaises, ni balayer les sentiments de rejet par un discours moral. C’est ce que fait chaque semaine Véronique Decker, directrice d’une école primaire de Bobigny qui accueille une trentaine d’enfants roms, en réunissant ses élèves pour parler des problèmes de la classe.
Il faut que la parole raciste soit dite pour être combattue non par la morale, mais par l’argumentation, nous a-t-elle expliqué. Face au discours sur les Roms « qui ne veulent pas s’intégrer », on peut ainsi rappeler que des mesures transitoires limitent encore leur droit de travailler, et que chaque expulsion remet en cause de laborieux efforts pour la scolarisation des enfants. Remettre les choses à leur place, c’est aussi ce qu’ont fait les adolescents qui ont manifesté contre l’expulsion de Leonarda, rappelant que la jeune fille rom, arrêtée pendant une sortie scolaire, était d’abord une lycéenne comme eux ».

La suite ici.

De quoi nous faire réfléchir, en préparant Noël. En attendant une nouvelle année.

En savoir plus sur les Rroms et savoir faire la différence avec les Gitans, les Gens du voyage :
http://www.le-tigre.net/-Rroms-Gitans-Gens-du-voyage-.html

http://www.youphil.com/fr/article/02230-roms-gitans-manouches-qui-sont-ils?ypcli=ano

Et un Webdocu intitulé « La valse des Roms » (03/10/2013) qui racontent l’histoire de Daniela, Dragomir, Adela et Georges, originaires de Roumanie et vivant depuis dix ans en France. De bidonvilles en hôtels sociaux, ils tentent de s’intégrer, avec des succès et des échecs.

 

 

Notes :
* Notre titre s’inspire de celui de cet article : « Guère civil. Tuez tous les Roms, la République ne les reconnaît pas », de Jean-Baptiste Legars, paru dans CQFD n°115 (octobre 2013) et mis en ligne le 20/11/2013

« Attention, il ne s’agit pas de rapporter ici des conversations de comptoirs, des vociférations de fin de banquet ou des grommellements haineux de réunions du Front national. Non. Ce sont bien des représentants de la classe politique qui, de toutes obédiences confondues ou presque, cautionnent les violences faites aux Roms – quand ils n’appellent pas carrément au lynchage(…)
On se souvient, en septembre 2012, de l’incendie volontaire du camp de Roms situé en bas de la cité des Créneaux, dans les quartiers Nord de Marseille. Les habitants avaient expulsé la cinquantaine de résidents et – en toute simplicité – mis le feu à leurs habitations de fortune. (…)La réaction de Samia Ghali, la sénatrice maire socialiste des 15e et 16e arrondissements de Marseille, avait été des plus complaisantes : « Je ne le condamne pas, je ne le cautionne pas, mais je le comprends, quand les pouvoirs publics n’interviennent plus. » (…)Ne pas condamner un incendie volontaire – qui reste, a priori, un acte illégal(…) n’est-ce pas balancer de l’huile sur le feu ?(…)
Didier Réault, conseiller municipal UMP de Marseille, tweetait le 8 juin dernier : « Bientôt à Marseille #Capelette pour la même action ».  Il faisait référence aux trois cocktails Molotov lancés la veille sur un camp près de Lille, La Capelette étant un quartier abritant l’un des plus grands bidonvilles de Roms de la ville. Mi-septembre, c’est le maire UMP de Croix (Nord) qui assénait, après avoir été interpellé par ses administrés agacés par la présence de Roms : « Si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai ».(…)Début juillet, c’est Christian Estrosi, maire UMP de Nice, qui promettait de « mater » les Roms.  Quelques jours plus tard, le 21 juillet, c’est l’inénarrable Gilles Bourdouleix, député-maire UDI de Cholet (Maine-et-Loire), qui marmonnait : « Hitler n’en a peut-être pas tué assez »« en  » signifiant les Roms, bien sûr, pas les députés-maires UDI.

Plus récemment encore, le 12 novembre dernier, lors d’un conseil de Quartier, Luc Jousse, maire UMP de Roquebrune-sur-Argens dans le Var(qui brigue un troisième mandat), avait regretté publiquement que les secours « aient été appelés trop tôt » pour éteindre un incendie qui menaçait un camp de Roms.

Au fait, qu’est-ce qu’un « élu de la république » ? Quel est son rôle ?

** paru dans CQFD n°115 (octobre 2013), rubrique Édito, par l’équipe de CQFD, illustré par Lasserpe. Mis en ligne le 15/10/2013

*** Le mensuel L’âge de faire « témoigne des expériences alternatives en matière de réappropriation de l’économie, de création de lien social, d’écologie et d’engagement citoyen. Son credo : offrir à ses lecteurs des outils qui leur permettront de mettre œuvre leurs idées. Il tire à 30 000 exemplaires, est distribué au niveau national et compte près de 11 000 abonnés.
Fondé en 2005 par l’association L’âge de faire, présidée par Alain Duez, le journal a été repris en septembre 2011 par une Sarl Scop (Société coopérative de production). Les six salariés détiennent la majorité des voix et du capital au sein de l’entreprise. Ils décident ensemble du contenu et de la gestion du journal.
Son indépendance financière (ni subventions, ni publicité) repose sur un mode de diffusion original ».