Censure d’un document historique par un robot de Facebook : les leçons à retenir sur l’interprétation

Ce n'est pas "au nom de la morale", que cette célèbre photo a été censurée, mais du fait d'une absence de mémoire historique de la part des robots de Facebook... (La Fille au napalm, de Nick Ut Cong Huynh. 1972)

Ce n’est pas « au nom de la morale », que cette célèbre photo a été censurée, mais parce que les robots de Facebook sont dénués de mémoire historique…
(« La Fille au napalm », de Nick Ut Cong Huynh. 1972)

L’algorithme se trompe, ignorant l’histoire et dénué de véritable intelligence. Pourtant, c’est lui qui est aux commandes !
Incroyable mais vrai : un « robot de Facebook » a censuré une célèbre photo de la guerre du Vietnam « en la prenant pour… une image pédophile ! » (1)
Pourtant, cette photo n’est pas censée être une inconnue pour des êtres humains. Car, comme le rappelle le journaliste Patrice de Plunkett, dans une note de blogue, le document montre une fillette touchée par le napalm, courant en hurlant de douleur, et fuyant un bombardement aérien : « cette photo, l’une des plus célèbres du XXe siècle, a été prise le 8 juin 1972 près de Trang Bang,au Sud-Vietnam, par le photographe de presse Nick Ut Cong Huynh. La petite fille a 9 ans. Elle s’appelle Phan Thi Kim Phuc. Le photographe et l’un de ses confrères la conduiront à l’hôpital de Cu Chi, sur la route de Saigon. Au prix de 17 interventions chirurgicales et 14 mois de soins intensifs, Kim Phuc sera sauvée. Elle vit aujourd’hui à Toronto, a deux enfants, l’Unesco l’a nommée goodwill ambassador 

Néanmoins, cette photo ne dit rien à un robot « aveuglément programmé » et « dénué de mémoire historique », selon les termes de Patrice de Plunkett : « à la fin du mois d’août, l’algorithme de censure de Facebook efface cette célébrissime photo sur les pages de l’écrivain norvégien Tom Egeland  et d’internautes qui l’ont relayé ; parmi ceux-ci la Première ministre de Norvège Erna Solberg. Motif de cette censure : une fillette nue figurant sur la photo, le robot l’a interprétée comme pédopornographique. (Ce qui transforme d’ailleurs en suspects tous ceux qui l’ont relayée).(….) Il faudra trois jours avant que Facebook ne s’avise du scandale ; et cinq autres jours avant que M. Zuckerberg ne donne l’ordre de rétablir le post effacé ».

Jusqu'où s'arrêtera "le règne des machines" ?

Jusqu’où s’arrêtera « le règne des machines » ?

Pour Patrice de Plunkett, le fait « qu’une photo historique ait pu être censurée par un robot, démontre plusieurs choses », soulevant autant de questions :

  1. « Le robot seul est aux commandes. Jusqu’à une date récente, ce type de censure était géré par des êtres humains salariés de Facebook. Ils ont été licenciés »(2).
  2. « Facebook a mis plusieurs jours avant de réaliser qu’il y avait un problème ».
  3. Où s’arrêtera « le règne des algorithmes » ? (3) 

 

Pour ma part, l’erreur d’interprétation reste à souligner : « dénuée de mémoire historique », donc, et même d’intelligence tout court, les robots-censeurs se sont mépris sur le sens à donner à cette photo, en la lisant « au premier degré ».

Rappelons que le but de l’interprétation est de découvrir le sens originel (donné dès le départ) d’un document, d’une œuvre ou d’un événement : d’abord « ce que cela dit », puis « ce que cela veut dire », bien avant « ce que cela dit pour moi », au nom de « ma grille de lecture ». Bien interpréter, pour éviter les contresens, nécessite d’avoir de la mémoire et de la connaissance : ainsi, dans le cas de la photo qui nous occupe du contexte, des circonstances de prise – de l’auteur et de l’objet du document……

Cette mémoire et cette connaissance nous permettent de faire du lien entre différents éléments, pour en reconstituer le sens.

Ce qui est vrai pour l’interprétation de n’importe quel document est aussi vrai pour l’interprétation biblique. Lorsque nous lisons un passage, exerçons-nous notre « mémoire biblique » (de toute la Bible) et notre connaissance de Son auteur, Celui qui l’a inspiré, de sorte à relier ce que nous séparons/opposons si souvent ? Ou souffrons-nous d’ « amnésie spirituelle », d’absence de mémoire et de connaissance ?

D’autre part, l’enjeu de « bien interpréter » est lié à celui de faire preuve de discernement. Et discerner, c’est être capable d’évaluer. C’est la capacité de nommer, « d’appeler les choses par leur vrai nom ». Et nommer, c’est faire preuve d’autorité.

A ce sujet, l’anecdote de la censure de Facebook nous enseigne que le plus inquiétant n’est pas « à venir » : il est déjà présent, puisque les responsables de la firme ont estimé « plus rentable » de déléguer le discernement à des machines. Pourtant, exercer soi-même son jugement est le propre de toute personne responsable et mature (cf Hébr.5v14).

Enfin, le drame d’un peuple est de « périr, faute de connaissance » (Osée 4v6) , comme d’être esclave, pour avoir oublié son histoire. Et que dire d’un peuple qui aurait délégué sa mémoire…à des machines dénuée de mémoire ?

Humain et robot : même langage ? Par Andy Singer

Humain et robot : même langage ?
Par Andy Singer

Car, jadis, la mémoire de l’homme était liée à l’oral, avant d’être confiée à l’écrit…avant de l’être aux ordinateurs. Mais si un ordinateur stocke des images, il n’a pas d’imagination ; s’il stocke des processus, il ne sait pas innover. Et – dans le cas des algorithmes – si la machine cherche des mots, elle ne comprend pas le sens des phrases ou d’une requête.

Bref, l’être humain délègue de plus en plus à la machine, croyant ainsi être (plus libre). Mais il serait bien avisé de ne jamais déléguer sa pensée, son discernement, son jugement, sa mémoire, son autorité, ses libertés fondamentales…Car c’est en pensant faire des économies immédiates que l’on est perdant sur le long terme….

 

 

Notes :

(1) Voir aussi http://www.courrierinternational.com/article/censure-photo-de-la-petite-vietnamienne-facebook-fait-marche-arriere-la-polemique-enfle ; http://www.numerama.com/politique/193972-apres-avoir-censure-la-premiere-ministre-de-norvege-facebook-revoit-sa-politique.html

(2) « Le rapport de Facebook à l’information et sa modération des contenus sont régulièrement sous le feu des critiques », relève notamment une analyse des « Echos ». « Le rôle du réseau social dans la formation des idées politiques ou sa propension à enfermer les utilisateurs dans une bulle, en ne leur proposant que des articles relayant les idées dont ils se sentent proches, inquiètent particulièrement les observateurs.

Aux Etats-Unis, la rubrique « trending » est scrutée de près. Gérée à la fois par des algorithmes et des humains, cette sélection des articles de presse les plus populaires sur le réseau, pose question. Au printemps, Facebook a été accusé de manipuler ces contenus , omettant volontairement certains sujets comme ceux liés au parti républicain. Trois mois plus tard, la firme annonçait qu’elle allait limiter l’intervention humaine. Une initiative qui s’est soldée par un échec au bout de quelques jours seulement, lorsqu’ une fausse information inventée s’est incrustée de manière automatisée dans les « trending topics » . Une erreur particulièrement préoccupante au vu du poids du réseau social. Une étude récente du Pew Research Center souligne qu’en 2016, 44 % des adultes américains s’informent par le biais de Facebook » ( http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0211274610889-nouveau-tolle-contre-facebook-apres-la-censure-dune-photo-historique-2026252.php )

Voir aussi : http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0211240016143-une-fausse-information-dans-les-trending-topics-automatises-de-facebook-2023628.php

(3)Il semble ne jamais s’arrêter ! Après le journalisme et l’édition, il suffit déjà de considérer l’évolution de la finance, avec l’irruption d’acteurs non humains sur les marchés financiers : le « trading à haute-fréquence ».  Cette (r)évolution d’une finance devenue automatisée, amorcée depuis des décennies « et en totale roue libre ces dernières années, est qualifiée par les critiques de « portrait vivant et atterrant » de « la course en avant démentielle qui agite les hautes sphères de la finance, entre soulèvement des machines, règne des algorithmes et dérèglements boursiers ». ( Cf notre billet de 2013 à ce sujet : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/07/03/ce-nest-pas-la-cupidite-qui-plongea-le-monde-entier-dans-une-crise-financiere-sans-precedent-cest-lintelligence/  ). Sans compter cette pub(véridique) qui ne manque pas de sel !

 

 

Foireux liens de septembre (17) : « burkinigate », « neutralité de la technologie », « dictature laïque »….

Les "Foireux liens" de septembre : une actualité placée sous le signe de "la rentrée" et de "la neutralité"....

Les « Foireux liens » de septembre : une actualité placée sous le signe de « la rentrée » et de « la neutralité »….

« La rentrée », c’est aussi celle de l’actualité. Voici, parmi les faits, les plus significatifs selon nous :

1) Le « burkinigate », bien sûr ! Avec les regards et réflexions de :

Et pour bien comprendre comment tout a commencé (et s’est propagé), voir l’analyse de Nicolas VANDERBIEST, assistant universitaire à l’université catholique de Louvain.

2) « La technologie est-elle neutre » ? Mike COSPER, directeur d’un institut de recherche sur la foi et la culture aux États-Unis, répond à cette éternelle question – qui suscite beaucoup de réactions – sur le blogue « Tout Pour Sa Gloire » (anciennement « Notre église point com »).

3) D’autre part, et alors qu’ élèves et enseignants débutent leur rentrée en France, « BASTA MAG » nous invite à réfléchir à l’enjeu suivant : « L’Éducation nationale, champ de bataille entre logiciels libres et multinationales de l’informatique ? »

4) La rentrée scolaire le 1er septembre 2016, c’était aussi hier, en Israël. Néanmoins, les écoles chrétiennes d’Israël présentes là-bas sont menacées de fermeture, connaissant de graves difficultés financières. Le vicaire patriarcal à Nazareth, Mgr Giacinto Boulos MARCUZZO nous explique pourquoi, et avec quelles conséquences.

5) Enfin, serait-il « souhaitable » que la France devienne une « dictature laïque » ?  Si, comme le rappelle le blogueur « Koztoujours », Nicolas SARKOZY estime (sur TF1, « de façon générale et indifférenciée ») que « le meilleur moyen d’apaiser les tensions est que soit proscrit tout signe extérieur d’appartenance à une religion », le Front National, par la voix de Florian PHILIPPOT, « se montre plus large encore, souhaitant l’interdiction l’ensemble des signes ostensibles dans l’espace public (…) Une proposition portée de longue date par le Front National et justifiée par Marine LE PEN par une très surprenante formule : « Je remarque que dans les pays où il y a eu des dictatures laïques, les populations vivaient incontestablement mieux, avaient plus de libertés individuelles que sous des dictatures non pas religieuses, mais de fondamentalisme islamique. » En serions-nous donc à nous interroger sur le type de dictature sous laquelle nous préférons vivre, se demande « Koz » ? La suite de la réflexion, à lire sur son blogue.

 

 

 

« Liberté ! Que de bêtises on peut raconter en ton nom ! »

Que de bêtises, mais aussi d’horreurs….

« Le sage est celui qui connaît ses limites ».

 

Face à certains sujets, dont la délicatesse et la complexité nous rappelleraient presque « le noeud gordien », voire « l’hydre de Lerne », il peut paraître très « simple » (ou « de bons sens ») d’avoir une opinion « franche » et « tranchée ». Mais est-ce si simple ?

Ainsi, entre le piège de la banalisation et celui de la surmédiatisation d’idées nauséabondes et de personnes véhiculant(ou vivant de)ces mêmes idées*, quelle posture choisir ? Faut-il « interdire », sans tomber dans le « deux poids, deux mesures » ?  A moins qu’il ne soit « interdit d’interdire » au nom de « la liberté d’expression » ou du risque de la « victimisation » ?
Car, en France comme ailleurs(les pays dits « libres »), la liberté d’expression est un principe essentiel et sacré : «…l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun » selon la Cour européenne des droits de l’homme (Handyside contre Royaume-Uni, 1976).

C’est sur cette base que chacun peut librement exprimer une opinion, positive ou négative, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution…**

La liberté d’expression est donc un droit, jugé précieux et sacré.

Mais la liberté totale existe-t-elle ? Un droit est-il absolu ?

Comme tout droit, il est possible d’user d’un droit, mais aussi d’en abuser. Un abus qui peut être sanctionné, au terme de « la théorie de l’abus de droit ».
Notre Déclaration de 1789 précise d’ailleurs dans son article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ».
En clair : « la liberté de chacun s’arrête où finit celle des autres », dans le cas où une personne outrepasserait sa liberté d’expression et nuirait ainsi à une autre**.

Donc, tout droit n’est pas absolu.

Mais puisque l’on parle d’abus ou d’usage abusif d’un droit…ne serait-ce pas plutôt la récente décision du Conseil d’Etat (10/01/14), saisi par l’exécutif, déclarant que l’interdiction d’un spectacle par le préfet de la région Pays de la Loire était légale, qui serait abusive ? Peu pertinente, disproportionnée ?  Faut-il, à l’instar du sociologue et historien Sébastien Fath, s’indigner et dénoncer une « affligeante police de la pensée qui croit qu’en cassant le thermomètre, on détruit la fièvre, au risque de rendre la France entière malade et à bout »?
Car « interdire », n’est-ce pas, au contraire, « promouvoir » les idées nauséabondes que l’on prétend combattre ? ***

A ce sujet, « Thomas More »( « République 1 – Dieudonné 0 ou pourquoi le Conseil d’Etat n’a pas enterré la liberté d’expression », 11 janvier 2014), un blogueur qui traite de questions juridiques et politiques dans une perspective chrétienne(catholique) nous expose « une brève » mais pertinente « synthèse des idées exposées à propos de la première ordonnance du Conseil d’Etat rendue dans cette affaire le 9 janvier 2014 (V. également la deuxième en date du 10 janvier 2014)….Pour faire simple, le juriste blogueur estime que la décision du conseil d’Etat n’est pas un revirement de jurisprudence valant faire-part de décès de la liberté d’expression mais la réponse « la plus sage dans les circonstances présentes qui sont tout à fait particulières ».
Comme il l’explique tout au long de son argumentaire,« il ne me semble pas qu’on soit face à une forme de sanction anticipée de l’infraction, une forme liberticide de prévention. Si l’affaire porte bien sur un spectacle, il ne faudrait pas négliger qu’il s’agit d’une tournée et que le contenu du spectacle est connu. N’en a-t-on pas assez entendu et vu pour juger de la gravité du propos ? Il ne semble pas qu’il s’agisse d’un nouveau spectacle et son contenu est suffisamment scandaleux pour justifier une réaction sans attendre qu’il sorte une nouvelle fois ses horreurs. L’antisémitisme n’est pas une opinion banale, un discours comme les autres. Le caractère tout à fait particulier de l’affaire justifie une solution particulière(…) L’ordonnance ne se saisit pas de Dieudonné comme d’un humoriste banal, dans un spectacle banal, dans un contexte banal. Elle s’empare de son spectacle à l’expérience d’une période très longue, de présence médiatique intense dont il est avéré qu’elle a un contenu très problématique et très constant, au cours de laquelle de nombreuses condamnations pénales ont été prononcées, etc. Nous sommes très loin du traitement d’un dérapage exceptionnel, et très loin aussi du procès d’intention. On peut penser qu’il y a un système, et c’est ce système que le Conseil d’Etat permet d’appréhender ».
Et le juriste de conclure : « Ne jouons pas à nous faire peur ! Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? La banalisation du discours antisémite à quelques mois de l’entrée dans le domaine publique de Mein Kampf ? ou une mise en œuvre dans un cas peu banal des pouvoirs de police du maire ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Celle que nos parents et nous-mêmes avons bâti depuis 1945 ou celle fantasmée par Dieudonné, Soral et consorts ? »

Dans le même esprit, le cardinal André Vingt-Trois sur Radio Notre-Dame, 3 janvier 2014 estime que
« Pour l’affaire Dieudonné, l’intervention de Manuel Valls a eu un effet salutaire dans la mesure où elle fait réfléchir, et il faut faire réfléchir. Car malheureusement l’histoire du XXe siècle a montré que la montée de l’antisémitisme n’est pas une révolution à grand spectacle, c’est une montée progressive, qui passe par des événements, des paroles, des articles, des spectacles… Rien n’est anodin en matière d’antisémitisme, comme pour la xénophobie ou la discrimination religieuse. Il est scandaleux que nous soyons insensibles à la dépréciation progressive des seuils à ne pas franchir. Une culture du respect de l’autre, des autres religions, doit se réimplanter d’une manière forte. Que l’on apprenne aux enfants qu’il y a des choses qui ne se font pas !(…)

L’antisémitisme est un poison, qui n’est pas simplement une agression contre les juifs, mais une agression qui concerne l’humanité entière(…)Et on ne doit pas laisser se développer et se banaliser les caricatures, la dérision, la provocation(…)symptômes d’une société dans laquelle on ne tient plus les seuils de protection, protection de l’identité propre de chacun ».

Il s’agit donc bien d’une question de limites nécessaires. C’est bien parce que a liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée »****.

Une formule à la Jacques Ellul*****  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ?

Or, faut-il tout sacrifier (la dignité humaine, l’honneur)sur l’autel du « dieu liberté(d’expression) », « Moloch »****** moderne ? Ou sur l’autel de la recherche du buzz(que l’on croit « rentable ») à tout prix ?

Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, pour  se libérer de ce qui asservit, faudra-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure *******, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

Et nous devons nous préoccuper des conséquences de nos choix, car

« Au jour du jugement, chaque homme aura à rendre compte de toute parole proférée »(Matt.12v36-37)

Etape suivante : la vraie liberté passe par Celui qui seul nous affranchit et peut nous rendre réellement libre(Jean 8v30-36-avec cet avertissement : Jean 5v41-44)

Le mot de la fin ? Laissons-le au  Gorafi :
« Les Français espèrent des chutes de neige prochainement pour aider les médias à parler enfin d’autre chose ».

En effet, il serait temps de parler d’autre chose…Par exemple, de « cette maladie de civilisation » ?

 

 

 

Notes :

* Ainsi, sous couvert de « dénoncer » des idées stupides et nauséabondes, il est possible faire la promotion de ces mêmes idées, via force publications de liens internet ou de liens vidéos, ou de faire la promotion d’autres idées toutes aussi stupides et nauséabondes.  Quand il ne s’agit pas de faire la promotion d’un geste lourd de sens, en croyant le parodier….

** En France, c’est dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui consacre la liberté d’expression(voir l’article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi »http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais….)

Les articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme(10 décembre 1948) consacrent eux aussi la liberté d’expression, conjointement à la liberté de conviction et de religion.

Voir http://www.les-infostrateges.com/article/0807342/un-droit-fondamental-la-liberte-d-expression-et-ses-limites ; et http://www.lemondepolitique.fr/cours/libertespubliques/libertes/liberte_expression.htm

*** Une idée en rappelle une autre, mais ce rappel me paraît utile, face à ceux qui plaident, pour les mêmes raisons ou pour d’autres, pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger cette fameuse loi Marchandeau, le 27 août 1940. Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940.
Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

Le Journal officiel du 30 août 1940, page 4844, publie la loi du 27 août 1940 portant abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse :
« Art. 1°. – Est abrogé le décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les dispositions antérieures des articles précités sont remises en vigueur.

« Art. 2. – Amnistie pleine et entière est accordée, pour tous les faits commis antérieurement à la promulgation de la présente loi, aux délits prévus par les dispositions abrogées par l’article 1° du présent décret ».

****L’on pourrait penser qu’en Eden, Dieu ait dès le départ accordé une liberté totale à l’homme :
« ….L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.(…) L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin…. »(Gen.2v9)

Une liberté assortie toutefois d’un garde-fou : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras »(v16-17)
Garde-fou qui a été rapidement violé par l’homme et la femme…tous deux motivés par la volonté d’atteindre le « No limit » (« vous serez comme des dieux »)

***** « Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » (Ellul, Jacques. Les nouveaux possédés, 1973).

Jacques Ellul(mort en 1994) est un professeur d’histoire du droit, sociologue et théologien protestant français, surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au XXe siècle.

****** Moloch, dieu exigeant le sacrifice des enfants.

*******Inspirée d’une citation de Frédéric Rognon, relevée dans le débat « La Décroissance est-elle une hérésie ? » IN La Décroissance, décembre 2013, numéro 105, p15 : « il ne pourra y avoir de libération que si l’on profane la technique, et « que lorsque l’on aura enlevé l’aura de sacré qui entoure la technique. »

Frédéric Rognon est professeur de Philosophie des religions, à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.

« Guère civil »* : marche sur(les) Rroms

A propos des Rroms : est-il pertinent de jouer les pyromanes ?

A propos des Rroms : est-il pertinent de jouer les pyromanes ?

« Le peuple du pays se livre à la violence, commet des rapines, opprime le malheureux et l’indigent, foule l’étranger contre toute justice. Je cherche parmi eux un homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas ; mais je n’en trouve point », dit l’Eternel.(Ezech.22v29-30)

La Bible recommande aux Rois (aujourd’hui, on dirait « les chefs d’état » ou « ceux qui gouvernent »)d’« ouvrir la bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés » et d’« ouvrir la bouche, de juger avec justice, et de faire droit à l’affligé et au pauvre. »(Prov.31v8-9)

Certaines bouches-et qui plus est, des élus et représentants de la République-se sont récemment ouvertes à propos des Rroms((« des muets », justement) mais plutôt d’une façon que l’on pourrait qualifier de « décomplexée », pour ne pas dire polémique*.

Et ce, d’autant plus que les Rroms,  « Pauvres parmi les pauvres » et « muets parmi les muets »,  sont des cibles sans risque à une époque où le « parler vrai, sans tabou » est  le « mot magique » propre à faire sauter les digues de la « libre parole », particulièrement « contre » plus faible et vulnérable que soi*.

Le journal CQFD, qui constate avec colère ce « phénomène », fait aussi mine de s’étonner :

« Au fait, il n’y a personne pour protester contre les conditions terrifiantes dans lesquels les Roms sont contraints de vivre et dont les élus locaux sont évidemment complices ? »**

Avant lui, l’Eternel « cherche parmi [ ceux qui se livrent « à la violence », qui « commet des rapines, opprime le malheureux et l’indigent, foule l’étranger contre toute justice » un tel homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche… »(voir notre verset plus haut) Mais Il n’en trouve point ».

On se souvient peut-être de la récente polémique sur la question des Roms, provoquée par les propres propos du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, « sur l’incapacité de ces populations à s’intégrer en France ». Propos tenus sur France Inter, lundi 23 septembre 2013 :  «  seule une minorité [des Roms] cherche à s’intégrer  » et que leur « mode de vie » était en « confrontation » avec celui des populations locales. Et que l’on peut réécouter ici.

Pour montrer qu'ils sont "à poigne", certains élus n'hésitent pas à cogner sur les Rroms.

Pour montrer qu’ils sont « à poigne », certains élus n’hésitent pas à cogner sur les Rroms.

Mais contrairement aux nombreuses personnalités politiques qui se sont engouffrées dans la brèche pour instrumentaliser cette question de façon électoraliste*, le défenseur des droits Dominique Baudis s’en est tenu aux faits. Selon lui, la France ne respecte par les règles qu’elle a elle-même dictées dans la circulaire du 26 août 2012 sur le démantèlement des campements.

Mais au-delà de la polémique, de la démagogie et du populisme, surtout à l’approche des élections municipales, il n’est pas interdit de réfléchir. Sur « ce que nous voulons ». Sur ce que nous voulons transmettre à nos enfants, qui vivront dans cet avenir que nous leur auront laissé. Ainsi, est à lire et à partager ce très bel édito paru dans le mensuel « L’âge de faire »*** :

Recréer des espaces de paroles partagées(20 octobre 2013) :
« Beaucoup de colère, et très peu de réflexion. Le traitement du sujet des Roms par la partie la plus en vue du monde politique et des médias flatte nos sentiments négatifs en rejouant le vieux scénario du bouc émissaire. Il exacerbe la colère de ceux qui, vivant près des bidonvilles insalubres et côtoyant chaque jour la misère humaine, se laissent convaincre que les choses iraient mieux si l’Autre allait mendier ailleurs. Il choque aussi ceux qui n’acceptent pas qu’un peuple soit accusé, publiquement et sans discernement, de tous les maux.
La population rom, très visible aux abords de certaines villes, vit dans une telle situation de précarité que ses moyens de subsistance (mendicité, collecte de déchets notamment) posent des problèmes de cohabitation avec la population locale. C’est une réalité, mais cela doit-il faire des 20 000 Roms vivant en France l’un des principaux thèmes du débat national ? On peut se poser la question quand on sait que le pays compte par ailleurs 3 millions de chômeurs, et plus de 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Mais il est plus facile de dresser ces pauvres contre d’autres groupes de population encore plus pauvres, que de leur apporter des éléments de réflexion sur les inégalités subies de part et d’autre. (….) Il est possible de remettre les choses à leur place sans nier les malaises, ni balayer les sentiments de rejet par un discours moral. C’est ce que fait chaque semaine Véronique Decker, directrice d’une école primaire de Bobigny qui accueille une trentaine d’enfants roms, en réunissant ses élèves pour parler des problèmes de la classe.
Il faut que la parole raciste soit dite pour être combattue non par la morale, mais par l’argumentation, nous a-t-elle expliqué. Face au discours sur les Roms « qui ne veulent pas s’intégrer », on peut ainsi rappeler que des mesures transitoires limitent encore leur droit de travailler, et que chaque expulsion remet en cause de laborieux efforts pour la scolarisation des enfants. Remettre les choses à leur place, c’est aussi ce qu’ont fait les adolescents qui ont manifesté contre l’expulsion de Leonarda, rappelant que la jeune fille rom, arrêtée pendant une sortie scolaire, était d’abord une lycéenne comme eux ».

La suite ici.

De quoi nous faire réfléchir, en préparant Noël. En attendant une nouvelle année.

En savoir plus sur les Rroms et savoir faire la différence avec les Gitans, les Gens du voyage :
http://www.le-tigre.net/-Rroms-Gitans-Gens-du-voyage-.html

http://www.youphil.com/fr/article/02230-roms-gitans-manouches-qui-sont-ils?ypcli=ano

Et un Webdocu intitulé « La valse des Roms » (03/10/2013) qui racontent l’histoire de Daniela, Dragomir, Adela et Georges, originaires de Roumanie et vivant depuis dix ans en France. De bidonvilles en hôtels sociaux, ils tentent de s’intégrer, avec des succès et des échecs.

 

 

Notes :
* Notre titre s’inspire de celui de cet article : « Guère civil. Tuez tous les Roms, la République ne les reconnaît pas », de Jean-Baptiste Legars, paru dans CQFD n°115 (octobre 2013) et mis en ligne le 20/11/2013

« Attention, il ne s’agit pas de rapporter ici des conversations de comptoirs, des vociférations de fin de banquet ou des grommellements haineux de réunions du Front national. Non. Ce sont bien des représentants de la classe politique qui, de toutes obédiences confondues ou presque, cautionnent les violences faites aux Roms – quand ils n’appellent pas carrément au lynchage(…)
On se souvient, en septembre 2012, de l’incendie volontaire du camp de Roms situé en bas de la cité des Créneaux, dans les quartiers Nord de Marseille. Les habitants avaient expulsé la cinquantaine de résidents et – en toute simplicité – mis le feu à leurs habitations de fortune. (…)La réaction de Samia Ghali, la sénatrice maire socialiste des 15e et 16e arrondissements de Marseille, avait été des plus complaisantes : « Je ne le condamne pas, je ne le cautionne pas, mais je le comprends, quand les pouvoirs publics n’interviennent plus. » (…)Ne pas condamner un incendie volontaire – qui reste, a priori, un acte illégal(…) n’est-ce pas balancer de l’huile sur le feu ?(…)
Didier Réault, conseiller municipal UMP de Marseille, tweetait le 8 juin dernier : « Bientôt à Marseille #Capelette pour la même action ».  Il faisait référence aux trois cocktails Molotov lancés la veille sur un camp près de Lille, La Capelette étant un quartier abritant l’un des plus grands bidonvilles de Roms de la ville. Mi-septembre, c’est le maire UMP de Croix (Nord) qui assénait, après avoir été interpellé par ses administrés agacés par la présence de Roms : « Si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai ».(…)Début juillet, c’est Christian Estrosi, maire UMP de Nice, qui promettait de « mater » les Roms.  Quelques jours plus tard, le 21 juillet, c’est l’inénarrable Gilles Bourdouleix, député-maire UDI de Cholet (Maine-et-Loire), qui marmonnait : « Hitler n’en a peut-être pas tué assez »« en  » signifiant les Roms, bien sûr, pas les députés-maires UDI.

Plus récemment encore, le 12 novembre dernier, lors d’un conseil de Quartier, Luc Jousse, maire UMP de Roquebrune-sur-Argens dans le Var(qui brigue un troisième mandat), avait regretté publiquement que les secours « aient été appelés trop tôt » pour éteindre un incendie qui menaçait un camp de Roms.

Au fait, qu’est-ce qu’un « élu de la république » ? Quel est son rôle ?

** paru dans CQFD n°115 (octobre 2013), rubrique Édito, par l’équipe de CQFD, illustré par Lasserpe. Mis en ligne le 15/10/2013

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