Ce qui intéresse Dieu n’est pas pour qui tu votes ou comment ton groupe est appelé

Qu’est-ce qui fait ta réputation ? Ta loyauté à un leader politique ou ton appartenance à un groupe ? Ou d’être connu comme quelqu’un qui connaît Jésus et, surtout, est connu de Lui ?

Suite à la publication par le CNEF sur sa page Facebook (03/03/21) de cette Lettre ouverte de représentants d’Églises évangéliques américaines, condamnant la « radicalisation » de certains chrétiens (1), j’ai trouvé interpellant, pour ne pas dire inquiétant, certaines réactions d’internautes plutôt curieuses.

Parmi ces réactions [notamment de la part de théologiens/jeunes étudiants en théologie], nous lisons certaines revendications identitaires « d’étiquettes », protestations/indignations/reproches au CNEF pour avoir « osé » publier un tel sujet, justifications de certains votes, ou même déni de réalité [en gros, « il ne s’est rien passé » au Capitole le 06/01/21] (2).

En réalité, nous nous fichons « royalement » [pour parler comme ceux qui déclarent qu’ils ne sont pas « républicains »] de ces revendications et justifications d’internautes publiées en réaction sur la page FB du CNEF. Ce qui devrait nous intéresser, à l’instar de Bonnie Kristian dans un excellent article de Christianity Today traduit en français(3), « ce n’est pas de savoir qui obtient nos votes ou comment nous sommes appelés [voire, nos prétentions à certaines postures identitaires restrictives et exclusives], mais plutôt comment se fait-il qu’un groupe de chrétiens puisse si facilement – et si rapidement – devenir aussi fortement associé à une autre personne [ou à tout autre nom ou « isme » et « iste »] que le Christ », au point où il serait « tabou » d’oser une simple remise en question ou une dénonciation.

En témoignent les curieuses réactions sur la page FB du CNEF citée plus haut, révélatrices d’une sacralisation de certains noms (ou idée/idéologie), élevant ces derniers plus haut que Dieu, au point où en parler serait les « profaner » [quand ce ne serait pas « blasphématoire »], ce qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter.

« Qu’est-ce que cela dit de nous si le premier nom qui vient à l’esprit de nos voisins lorsqu’ils entendent « évangélique » [ou « chrétien »] n’est pas « Jésus » ?  Certes, s’inquiéter de notre réputation peut sembler frivole. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29). Le verdict de Dieu à notre égard passe avant les moqueries ou les éloges des autres.

Mais la Bible se préoccupe aussi de la réputation. « Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 P 2.12). Le proverbe dit : « Bon renom vaut mieux que grandes richesses » (Pr 22.1). Et la volonté de Jésus à cet égard est évidente quand il dit que c’est par notre amour les uns pour les autres que « tous connaîtront » qui nous sommes (Jn 13.35).  Le fait que des chrétiens aient acquis une mauvaise réputation n’est pas nécessairement un signe de désobéissance à ces commandements. On se rappellera que l’église primitive a été accusée d’athéisme (pour avoir refusé d’adorer des idoles), de cannibalisme (pour avoir pris la Cène) et d’inceste (pour avoir appelé leur conjoint « frère » ou « sœur » en Christ). Une critique, rapportée par un écrivain chrétien du troisième siècle nommé Minucius Felix, qualifiait l’église de « faction infâme et désespérée » issue de « la lie du peuple » et « s’attaqu[ant] impunément aux dieux ».

Mais il y a tout de même un fossé béant entre la mauvaise réputation acquise par des chrétiens s’efforçant simplement d’obéir aux ordonnances de leur foi (c.-à-d. l’adoration, la sainte cène et la communion fraternelle) et la mauvaise réputation acquise par un groupe pour son allégeance manifeste à un politicien [ou une politicienne, ou à une idéologie érigeant la nation en absolue, adorée comme une idole, se traduisant par la haine des autres peuples. Car tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre, « pas assez pur » ou « menaçant » pour moi].  Notre problème de réputation [soit d’être considéré comme « un problème »] n’a rien à voir avec le leur. L’Empire des Césars soupçonnait que l’insistance des adeptes de cette étrange secte à affirmer que Jésus est Seigneur les rendait incapables d’être de bons citoyens. Ceux qui considèrent les évangéliques comme un bloc pro-[mettre ici le nom d’un politicien], ou comme un bloc de « istes »/ »identitaires », ne sont pas en train de se demander si ceux-ci ne sont pas un peu trop centrés sur Christ.

Malgré cette différence, le remède est le même dans chaque cas. L’Église primitive réfutait ces fausses accusations sur la place publique, et elle a connu une croissance exponentielle parce que les chrétiens avaient « une bonne conduite au milieu des païens » et partageaient cette Bonne Nouvelle si extraordinaire et porteuse d’espérance : Dieu aime toute l’humanité. Notre tâche ne diffère en rien. Peu importe que cela rehausse notre crédibilité ou pas, que cela sauve l’étiquette « évangélique » ou non, nous devrions nous aussi vivre si fidèlement et intégralement que notre allégeance ne fasse plus aucun doute ». Car « le fait de revendiquer une appellation ne signifie pas automatiquement que l’on correspond à ce qu’elle signifie », souligne Bonnie Kristian, et il n’y a pas de place pour deux loyautés.

 

 

Pour aller plus loin sur ce sujet du nationalisme/populisme/Evangéliques : 

Voir cette mise au point du CNEF.

Voir aussi « Les Catholiques sont-ils devenus identitaires ? »  Dans le cadre d’un entretien donné à Marianne (06/05/19), le journaliste Pierre Jova et le politologue Yann Raison du Cleuziou analysent l’évolution des catholiques conservateurs. Le premier est journaliste à La Vie et rédacteur en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite. Il vient de publier « Les chrétiens face aux migrants » (Tallandier), une enquête passionnante auprès des migrants et des chrétiens, autant qu’un témoignage personnel. Le second est maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux et chercheur au Centre Émile-Durkheim (CNRS). Connu pour sa typologie des catholiques pratiquants (« observants », « charismatiques », « émancipés » et « conciliaires »), il vient de publier « Une contre-révolution catholique : Aux origines de la Manif pour tous » (Seuil).

Extraits :

Yann Raison du Cleuziou : « Il y a aujourd’hui un paradoxe en France, qui se retrouve dans beaucoup de sociétés européennes. Des partis populistes ou de droite mobilisent de plus en plus la référence aux « racines chrétiennes » dans leur discours. Elles sont utilisées comme une frontière culturelle afin d’essentialiser l’appartenance à la nation. Cette instrumentalisation permet d’affirmer que les musulmans ne seront jamais des Français ou des Européens comme les autres. Ce recours aux racines chrétiennes n’est pas un retour du religieux. Au contraire, il manifeste une étape supplémentaire dans la sécularisation. La symbolique religieuse devient un pur instrument identitaire et est donc totalement subordonnée à une rationalité politique. Mettre une crèche dans une mairie ce n’est pas religieux ».

Pierre Jova : « ….dans la question des migrants, je dirais qu’il y a un facteur supplémentaire qui apparaît : le racialisme. Ce n’est pas seulement la défense du catholicisme comme religion civile de la France. Sinon, ils se féliciteraient de voir que certains migrants permettent de renouveler les paroisses. Mais nous assistons à la progression d’un vrai discours racialiste porté par les identitaires – au sens du courant politique et de Génération identitaire –, les reliquats de la Nouvelle droite comme Jean-Yves Le Gallou, et les phénomènes Internet comme Renaud Camus, Boris Le Lay, etc. Ils ont une forte audience sur les réseaux sociaux, où se nourrissent beaucoup de jeunes sortis des structures de pensée ou religieuses.  C’est là qu’il y a une contradiction avec la réalité du christianisme français. Comme je l’ai énormément dit, celui-ci est aujourd’hui métissé, des catholiques aux protestants en passant par les orthodoxes. Cela nuit également à l’espérance des chrétiens d’évangéliser les musulmans et les non-croyants. S’ils veulent vraiment une France chrétienne, ils doivent reconnaître que cette France est déjà métissée. Cependant, l’Église ne doit pas condamner en bloc les gens qui ont peur, doutent ou se sentent menacés. Il existe un discours politico-médiatique de grande condescendance et de mépris social, qui ne fait que radicaliser les craintes et les positions. L’Église doit par contre tracer une ligne rouge entre ce qui s’oppose à l’universalisme chrétien et à l’anthropologie chrétienne. »

 

 

 

Notes :

(1) »Nous reconnaissons que l’évangélisme, et en particulier l’évangélisme blanc, a été exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien à cause d’une longue tradition de directeurs de la foi s’accommodant de la thèse de la suprématie blanche » et « Nous appelons les pasteurs à dire clairement que l’engagement pour Jésus-Christ est incompatible avec les appels à la violence, le soutien d’un nationalisme chrétien blanc, des théories de la conspiration et toutes les discriminations raciales et religieuses » cf https://www.infochretienne.com/etats-unis-plus-de-100-leaders-evangeliques-condamnent-le-nationalisme-chretien/  et https://saynotochristiannationalism.org/#signers

(2) Florilège :

« L’évangélisme blanc » exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien en France et à la « suprématie blanche ». C’est franchement une rhétorique choquante pour moi. Adopter le vocabulaire du gouvernement pour stigmatiser un sous-groupe imaginaire (pouvez-vous seulement nommer un théologien ou un pasteur d’influence français qui ait soutenu pareille chose ?!) et ensuite s’en dissocier par un « c’est pas nous », je pense qu’on peut faire mieux ! »

« Autant directement demander à ce cher ministre des cultes de diligenter une enquête sur le dangereux phénomène de « l’evangelisme blanc » et « l’hérésie du nationalisme chrétien » qui menace la France, non ? »

« Les « nationalistes blancs » ne sont pas une menace en France, mais plutôt une victime de la « cancel culture », autre produit américain d’importation. Publier cela le jour de la dissolution de Génération identitaire est fort mal à propos » [j’avoue ne pas comprendre ce qui chagrine vraiment cet internaute].

« Pourquoi le CNEF relaie ces informations puisque cela n’a rien à voir avec le milieu évangélique en France. En dehors des églises ethniques, avez vous constaté du racisme chez nous? »

Le CNEF explique ainsi cette publication sur sa page Facebook :  « Les raccourcis récents de Mr DARMANIN et Mme SCHIAPPA entre les évangéliques français et certains évangéliques US méritent justement ces 2 éclaircissements :

1 – Tous les évangéliques US ne sont pas blancs, ni nationalistes ou racistes.

2 – La sociologie et les convictions éthiques des évangéliques de France ne sont pas 100% identiques à celles des évangéliques américains, même si notre foi est partagée sur l’essentiel.  Nos politiques sont capable d’entendre ces arguments, c’est pourquoi nous relayons cette lettre ouverte (qui n’est ni écrite ni signée par le CNEF) ».

(3) 81% des évangéliques ont-ils vraiment voté pour Trump ?

 

 

 

 

« Sortez de votre zone de confort » : quelle est votre vision pour les hommes de votre église locale ?

(Le voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich - 1818) Pour apprendre à connaître quelqu'un, sortez-le de sa "zone de confort" habituelle et...montrez-lui ce tableau !

(Le voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich – 1818)
Pour apprendre à connaître quelqu’un, sortez-le de sa « zone de confort » habituelle et…montrez-lui ce tableau !

La Bible donne plusieurs exemples d’hommes conduits(ou contraints) à « sortir de leur zone de confort ».

Ainsi, Noé(Genèse 6), pour qui la foi était nécessaire pour saisir le sens(en apparence peu évident)de ce que Dieu lui demandait de construire(Hébr.11v7)-un travail qui lui a pris environ 100 ans…

Abraham, parti à l’appel de Dieu, « sans savoir où il allait… »

Ou encore Moïse, que Dieu a sorti de sa retraite de 40 ans, et qui a déclaré être incapable de répondre à cet appel(Ex.4v10 ). Avant cela, nous dit l’Ecriture, il avait su choisir entre les richesses de l’Egypte et le partage de l’opprobre de son peuple(Hébr. 11v24-26)…..

…..Jonas, chargé d’aller vers les païens pour leur transmettre le message sans doute le plus court de tous les livres des prophètes… ou encore le Seigneur Jésus-Christ, qui a quitté le ciel pour « devenir chair »(Jean 1v14) et comme l’un de nous, à part le péché(Hébr.4v15). Lequel est venu, « non pour les justes, mais pour les pécheurs »(Matt.9v13), a parlé à une samaritaine, a touché des lépreux, s’est invité chez un publicain et est « mort pour des injustes, Lui le juste »(1 Pie.3v18 et cf Rom.5v6, Es.53)

D’une façon globale encore, le peuple d’Israël, en sortant d’Egypte ; ou l’Eglise naissante, corps de Christ, où croyants d’origine juive durent côtoyer croyants issus des nations(Actes 1011), et où « les plus honorables » durent donner « plus d’honneur » aux « moins honorables »(1 Cor.12v13-27)

Sortez de votre zone de confort ! (Out the box)

Sortez de votre zone de confort ! (Out the box)

Et d’une façon plus particulière, comment encouragez-vous les hommes de votre église locale à « sortir de leur zone de confort » ? De sorte qu’ils puissent vivre une réelle communion et manifester un véritable esprit d’équipe inter-générationnel, dans un unique but : plaire à un autre qu’à eux-mêmes ? Quelle est votre « vision pour les hommes » ?

Car, le problème pour un homme, ou les hommes en général, outre le fait de se retrouver régulièrement ensemble, c’est d’être confronté à ces trois défis ou obstacles :

– Penser que l’on a quelque chose à prouver

– Reculer, parce que l’on croit avoir quelque chose à perdre

– Se cacher et donc jouer un personnage…ou un double-jeu.

Or, l’homme véritablement consacré à Dieu est celui qui n’a rien à prouver cf Matt.4v3-7(et est donc à mille lieux d’un esprit de performance ou de compétition), qui n’a rien à perdre(et donc ne sacrifie pas la pertinence pour la popularité cf Gal.1v10)et n’a rien à cacher(et donc ne joue pas un personnage ou un rôle qui n’est pas le sien cf Jean 8, 12)

L'esprit d'équipe selon "Lagaan"("Once Upon a Time in India"), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

L’esprit d’équipe selon « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

Une bonne vision pour les hommes de votre église les inspirera « à sortir de leur zone de confort », leur inculquera un véritable esprit d’équipe(ne pas craindre de demander de l’aide) à l’instar de ces quatre(Marc 2v3-4), et l’esprit du don(cf Eph. 2v2, 25)avec la volonté de chercher à plaire à quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes !

Sachant que nous disposons des ressources suivantes :

-Un modèle, le Seigneur Jésus-Christ(Marc 10v45)

– Une base, un fondement de vérité : la Parole de Dieu (1 Pie.1v22-25 ; 2 Tim.3v16)

– Un conseiller, le Saint-Esprit en nous, qui nous équipe et nous rend capable de et d’être (1 Cor.12 ; Jean 14– et ss ; Eph.4 ; Rom.8….)