Les limites de la parabole des aveugles et de l’éléphant ou n’est-ce pas arrogant d’affirmer que tout le monde est aveugle ?

Vous connaissez sans doute l’Anekāntavāda, l’une des doctrines les plus importantes du jaïnisme. Cette doctrine se réfère aux principes du pluralisme et de la multiplicité des points de vue. Elle est à la base du Post-modernisme. C’est l’idée que « la vérité » ou « la réalité » sont perçues différemment selon les personnes et qu’un seul point de vue ne peut pas définir « la vérité »(1).

Ladite idée est illustrée par la fameuse parabole des aveugles et de l’éléphant :

Il était une fois un roi d’un pays lointain. Ce roi fait venir un jour un éléphant dans son palais, ainsi que six savants aveugles qui n’ont jamais vu d’éléphants. Le roi leur demande d’examiner l’animal, et de lui donner leur conclusion. Le premier savant touche une jambe et s’écrie : « c’est un tronc d’arbre ! ». Le deuxième touche la queue et dit : « Euh non, c’est une corde. Arrgh non ! Ça bouge ! Au secours, c’est un serpent ! ». Le troisième touche une défense et dit : « Bandes d’abrutis, c’est dur et pointu comme une lance ». Chaque savant examine ainsi l’éléphant et délivre sa conclusion. Et le roi observe que si tous ont raison, tous ont également tort.

Selon Olivier Keshvajee, pasteur et « théologeek »,  « cette histoire illustre parfaitement notre situation face à Dieu : personne ne l’a jamais vu, nous sommes devant Lui comme des aveugles. Et notre expérience ou notre connaissance de Dieu est forcément limitée – personne ne peut prétendre connaître totalement Dieu ! Je peux donc dire que Jésus est le chemin vers Dieu(2) pour moi, mais qui suis-je pour prétendre qu’il doit l’être pour toi aussi ? Ou pire, qu’il est le seul chemin ? Que sais-je s’il n’y a pas un autre chemin qui marche pour toi ?

De fait, si quelqu’un prétend que Jésus est le seul chemin vers Dieu(2), il est aussi arrogant et stupide qu’un des savants aveugles qui s’acharnerait à dire : « C’est un tronc, un point c’est tout. J’ai raison et les autres ont tort ! ». Nous devons donc être tolérants.

C’est ce que l’on veut nous faire croire aujourd’hui. Mais est-ce vraiment le cas ? » Si nous le voulons bien, Olivier Keshvajee se propose de nous « signaler les quelques problèmes qui ressortent de cette vision de la tolérance ». Lire la suite sur l’évangile.net (3)

Et si vous voulez une autre histoire d’éléphant, en voici une autre, pour illustrer l’une des questions philosophico-théologique les plus discutées, dans les livres comme dans les bistros, consiste à mesurer la science et la religion (ou la philosophie) : qui est le plus fort, l’éléphant ou l’hippopotame ? Ou dit autrement, qui, de la science ou de la religion, est le plus à même de répondre à nos questions profondes? Lequel permet au mieux d’expliquer et donner du sens au monde? Lequel nous conduira vers plus de vérité, nous permettra de résoudre nos problèmes et de réduire nos souffrance?

Lire la suite sur Théologeek.

 

Notes :

(1) http://reformetavie.blogspot.fr/2012/02/les-aveugles-et-lelephant-et-le.html

(2) En réalité, Jésus-Christ ne prétend pas être le seul chemin vers Dieu. Mais le seul chemin vers Dieu le Père (cf Jean 14v6 )

(3) Voir aussi https://franckgodin.toutpoursagloire.com/melanger-toutes-les-religions-pour-trouver-la-verite/

 

 

« La pollution et la mort de l’homme » : un point de vue chrétien sur l’écologie

La pollution et la mort de l’homme : un « classique » qui garde toute sa pertinence et son actualité, Plus de 40 ans après…

Lisez ce livre ou la planète va mourir !

 Pourquoi (re) parler d’un livre sur l’écologie, écrit pour la première fois en 1971 et réédité fin 2015(1), au moment où la COP 21 se déroulait à Paris, en France ?

Il y a plus d’un an, et parce qu’elle connaît ma sensibilité particulière sur le sujet, la blogueuse Ludivine(2) m’a mis sur la piste d’une réédition par BLF (sortie en octobre) : « la pollution et la mort de l’homme : un point de vue chrétien sur l’écologie » de Francis Schaeffer, philosophe et théologien calviniste (1912-1984).

Comme me l’a expliqué Ruben, directeur de BLF éditions, que je remercie pour sa disponibilité et pour m’avoir envoyé gracieusement le livre par la suite, « ce projet est né au Canada, chez notre partenaire Cruciforme. Ils avaient l’opportunité de rééditer quelques livres de Francis Schaeffer dont La Pollution et la mort de l’homme. À BLF Éditions, nous apprécions beaucoup l’auteur et le sujet abordé était on ne peut plus actuel. C’est pour cela qu’on l’a pris dans notre catalogue à la veille de la COP21. Entre les climato sceptiques et ceux qui ont une vision très humaniste de la Création, il nous semblait pertinent de porter une voix évangélique qui présente une vision biblique de la Création. Elle se résume très bien dans la citation de Francis Schaeffer : Nier la valeur de la création revient à insulter le Créateur ».

 Voilà une excellente initiative, de nature (sans jeux de mots !) à contribuer à promouvoir les enjeux écologiques !

Ecrit au moment des premières prises de conscience pour la cause écologique(3), La Pollution et la mort de l’homme reste toujours aussi actuel sur un sujet qui n’a jamais cessé de l’être (Plus de 40 ans plus tard, les premières alertes se sont malheureusement avérées exactes !), et le relire aujourd’hui se justifie pour ses multiples intérêts : historique, sociologique, philosophique et théologique. Il est également révélateur de l’intérêt des protestants évangéliques aux questions environnementales, et ce, depuis quarante ans, contrairement à ce qu’une vision caricaturale pourrait laisser entendre.

Le titre est explicite : il s’agit d’une question de vie ou de mort ! « La mort de l’homme ». Car, prévient Francis Schaeffer, « si l’homme est incapable de résoudre ses problèmes écologiques, ses ressources vont disparaître » et même « il n’aura plus tout l’oxygène nécessaire à sa respiration si l’équilibre des océans est trop dérangé » (p 11).

 Or, tout le monde (ou presque) s’en moque : Francis Schaeffer rappelle avec pertinence qu’ « à l’approche de sa mort, Darwin reconnut à plusieurs reprises dans ses écrits que deux choses auraient perdu de leur intérêt à mesure qu’il vieillissait » : la perte des plaisirs de l’art et de la nature. Et Francis Schaeffer déclarer être convaincu « que ce qui affecte aujourd’hui toute notre culture n’est rien d’autre que ce que Darwin avait vécu en son temps » (op. cit., p 10)(4). Les protestants évangéliques, pourtant « attachés à la saine doctrine » mais qui ne montrent pas « le bon exemple aux incroyants » en ne se préoccupant pas de nature et de culture, [là, c’est moi qui souligne] seraient-ils donc « darwinistes » sans le savoir ?

Dans le même ordre d’idée, Francis Schaeffer soulève, pour mieux la réfuter, une erreur d’interprétation relative au mandat créationnel de l’homme, commise depuis l’universitaire Lynn White en 1967 : le commandement donné par Dieu à l’Homme en Genèse 1 de « dominer » signifie-t-il « permis d’exploiter sans mesure » des ressources susceptibles d’être « infinies » ? Le Christianisme serait-il responsable de la pollution et de la crise écologique ? S’appuyant sur les Ecritures, Francis Schaeffer répond non : au contraire même, la foi chrétienne bibliquement fondée, bien comprise et vécue avec authenticité, conduit à garder (protéger) la terre et non à la détruire.

Cette vision juste, bonne et sage de la création reste le meilleur antidote, selon Schaeffer, aux impasses d’autres philosophies et visions du monde non bibliques de la nature : les  visions « romantiques » et panthéistes (« l’homme ne vaudrait pas plus qu’un brin d’herbe »), pragmatiques, techniciennes, utilitaristes et matérialistes (la nature n’aurait pas de valeur en elle-même, puisqu’elle ne servirait qu’à servir l’homme), lesquelles ne sauraient être de meilleures solutions pour résoudre les problèmes écologiques. Pas plus qu’un pseudo-christianisme « médiocre » et « platonique » (désincarné et déconnecté des réalités) ne saurait être une vision fidèle à la pensée biblique sur la création.

A l’inverse, selon Francis Schaeffer, « individuellement et collectivement », les chrétiens devraient être de ceux qui s’appliquent dans leur vie pratique à être, par la grâce de Dieu, un facteur de rédemption, de guérison et de réconciliation « entre Dieu et l’homme, entre l’homme et lui-même, entre l’homme et son prochain, entre l’homme et la nature et au sein de la nature elle-même ». (op. cit. pp77-78). Le chrétien qui connaît et aime le Dieu qui est amour et créateur, est censé agir avec amour, intégrité et respect envers ce que Dieu a créé.

Et à l’heure où le principe de précaution est sans cesse remis en question, quand il n’est pas dénigré(5), sous prétexte qu’il serait « un frein à l’innovation », le plaidoyer de Francis Schaeffer prend tout son sens et toute sa pertinence pour notre génération : le chrétien devrait être celui qui accepte de s’autolimiter, c’est-à-dire de « ne pas faire tout ce qu’il peut », pour en tirer un maximum de bénéfices. En toute cohérence, il saura dire « non » ou « stop » à tout abus de notre « sœur (la Terre) si pure, si belle », comme à toute tentative de traiter un homme « en objet de consommation, destiné à rapporter le plus de bénéfices possibles » (op. cit.pp 83-85).

Son devoir sera « de refuser aux hommes le droit de violer notre terre », comme il leur est refusé « de violer nos femmes » (op. cit. p 80). Loin de toute crainte de perdre, ce choix éthique, inspiré par une vision biblique, permettra au contraire à l’homme de recevoir « bien plus que cela », sur le long terme et de façon durable : l’amour et des relations authentiques, libératrices et porteuses de sens.

Conclusion : j’ai apprécié ce livre, reçu dans des circonstances particulières, et l’ai trouvé stimulant, fluide et facile à lire, quoique parfois répétitif. Mais cela reste un « défaut » mineur. Ceci dit, il me paraît tout à fait recommandable pour qui souhaite, avec « un cœur honnête (loyal) et bon »(Luc 8v15) examiner les bonnes raisons bibliques de se sentir concernés par l’écologie. D’autant plus que l’écologie, c’est la « bonne gestion » responsable et respectueuse de « notre maison commune », non pour notre seul intérêt mais aussi pour le bien des autres, avec le souci de « servir » la Terre comme nous servirions ou rendrions un culte à notre Dieu créateur(6).

 

 

 

Notes :

(1) La version anglaise fut publiée en 1971 et traduite en français en 1974 : Francis Schaeffer, La pollution et la mort de l’homme, Guebwiller, LLB, 1974. Réédition BLF, 2015.

(2) A lire, son excellente critique de l’ouvrage publiée sur son blogue.

(3) Nous pouvons dater le premier avertissement de la crise écologique, et peut-être le premier déclencheur du mouvement environnemental, en 1962, année marquée par la sortie du livre de la biologiste Rachel Carson, « le Printemps silencieux ».  C’est à ce moment que sont nés les mouvements comme « les verts » et que s’est développée une conscience écologique. En Europe, les premiers ministères de l’environnement datent de 1970(pour la GB) et 1971 (pour la France). Ensuite, la première conférence sur l’environnement a été organisée par les nations unies à Stockholm en 1972. Voir cette synthèse http://www.cemfrance.org/bibleecologie.pdf

(4) Bien avant lui, Hannah Arendt faisait ce même rapprochement troublant entre la nature et la culture : le mot « culture », d’origine romaine, vient de « cultiver », « demeurer », « prendre soin », « entretenir », « préserver », dans le sens « de culture et d’entretien de la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine » (« la crise de la culture »; Folio essais, 2014, p 271). Mais alors que « les Romains tendaient à considérer l’art comme une espèce d’agriculture, de culture de la nature, les Grecs tendaient à considérer même l’agriculture comme un élément de fabrication, comme appartenant aux artifices techniques ingénieux et adroits, par lesquels l’homme, plus effrayant que tout ce qui est, domestique et domine la nature ». Les Grecs comprenaient l’activité de labourer la terre-« ce que nous considérons comme la plus naturelle et la plus paisible des activités humaines »-comme « une entreprise audacieuse, violente dans laquelle, année après année, la terre, inépuisable et infatigable, est dérangée et violée. Les Grecs ne savaient pas ce qu’est la culture parce qu’ils ne cultivaient pas la nature mais plutôt arrachaient aux entrailles de la terre les fruits que les dieux avaient caché aux hommes »….(op. cit., pp 272-273).

(5)Le principe de précaution a intégré la Constitution française en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement. Il y a bientôt vingt ans, le Conseil d’État s’appuyait sur le principe de précaution pour empêcher la culture de maïs transgénique en France. Depuis, le principe de précaution est invoqué pour tenter de freiner la banalisation de produits toxiques, des pesticides aux perturbateurs endocriniens, en passant par les nanoparticules.

(6) En effet, j’ai été frappé de découvrir qu’en hébreu, les verbes du travail et de la garde de la terre, avad et shamar, sont les mêmes que celui du service (ou du culte) dû à Dieu : laavod et haadama, « servir le sol » (Genèse 2v5) et laavod et Yod Elohenu, « servir Dieu notre Elohim » (Exode 10v26).

 

Comment bien parler du film « Sausage Party » : ou quand informer n’est pas donner son opinion

Il est toujours délicat de parler de certains sujets, au « parfum de scandale », même dans le but honorable d’alerter, mais avec le double-risque de faire « de la pub » au sujet dénoncé, en nourrissant la polémique, et de s’enfermer dans l’analyse catastrophiste ou l’indignation stérile. Bref, soit on n’en parle pas du tout, soit on en parle. Mais alors on en parle bien. Par exemple, du film « Sausage party », au sujet duquel vous avez certainement été alerté récemment.

 

Commençons par rappeler quelques évidences :

  • Une information est un savoir, un ensemble de connaissances, et non une opinion. Une information est censée répondre aux questions de base suivantes : « qui/quoi/quand/où/comment/pourquoi ». Or, nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire.
  • La recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer est un art difficile. Très difficile. Surtout si nous admettons que la recherche de la vérité doit être notre objectif majeur, étant la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.
  • Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur.
  • Un témoin est celui qui rend compte de ce qu’il a vu/entendu/rencontré personnellement. Il n’est pas un simple « relais » d’une information lue/entendue quelque part, à partir de sources de seconde, voire de troisième main.
  • Le rôle de tout média devrait être de«  rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages », lisait-on dans ce manifeste de la revue « R de Réel », le 1er mai 2002.
  • « Celui qui sait » a le devoir d’alerter – mais non d’alarmer – en veillant à le faire de façon pertinente.
  • « Décryptages et ressources documentaires doivent accompagner la lecture d’un événement pour le mettre en perspective, offrir aux lecteurs des débouchés concrets à une prise de conscience, telles que pistes d’alternatives, présentation d’initiatives, contacts d’associations… »(1)
  • Face à l’information, nous avons trois possibilités : l’ignorer, ou réagir ou la lire, réfléchir et agir en connaissance de cause.

Ceci dit, aller voir « Sausage party » n’est pas ma priorité, et ne l’ayant pas vu, je me garderai de juger sur le fond. Je me contenterai, pour équilibrer ce que l’on peut lire ici ou là sur la toile, de renvoyer à une démarche qui m’a paru pertinente et correspondre aux exigences rappelées plus haut, et ce, d’autant plus qu’elle semble (sauf erreur) unique à ce jour : il s’agit de l’analyse du film par Vincent M.T., intitulée «  Sausage Party : l’éléphant, le nazi et l’idole », publiée le 05 décembre 2016 sur le site « Visio Mundus »(2).

L’auteur de cet article rappelle une autre évidence : « « Qui dit film d’animation ne dit pas film pour enfants »(3). Et tout film n’est pas fait pour les enfants. « C’est malheureusement cette association d’idées qui a porté de nombreux parents à exposer involontairement leurs enfants à une scène pornographique, incluse à la fin. Certes, il aurait été judicieux de prévenir les audiences, par exemple en déconseillant le film aux moins de 16 ans » [perso, j’ai l’impression que certaines indications d’âge pourraient être relevées de trois ou quatre ans de plus, au moins, pour certains films]. En accord avec Vincent M.T., « on peut s’interroger sur le scandale » et se demander « pourquoi le contenu explicitement sexuel fait réagir, mais pas la violence gore (tout aussi présente) ? » Notre indignation serait-elle sélective ? Le péché ne serait-il « que » sexuel ?

Au-delà de cet aspect et des « clichés navrants dont est rempli ce film », Vincent M.T. nous invite à faire « l’effort de nous intéresser au message essentiel du récit, pour tenter d’en comprendre le discours »(3). En effet, même s’il ne recommande « pas d’aller voir ce film, il attire un large public, et il se peut qu’on se retrouve à en discuter avec des amis ». Le défi sera de dépasser une simple posture « moraliste », pour aborder d’autres enjeux cruciaux, tels que les croyances et les philosophies, les questions de vie ou de mort, de liberté et de libération, de sens.

D’autre part, Vincent M.T., qui a manifestement vu le film pour être en mesure de parler de ce qu’il a vu, nous fait le résumé de l’histoire : celle-ci « se déroule dans un supermarché où tous les produits alimentaires sont vivants et attendent impatiemment d’être choisis par les humains, qu’ils révèrent comme des dieux, pour être emmenés au-delà des portes du magasin vers un monde meilleur. Chacun a sa version des règles à respecter pour être sélectionné par les « dieux », et une idée précise de ce à quoi ressemble « l’au-delà ». Mais voilà, un petit groupe d’aliments vient à découvrir l’horrible vérité : les humains dévorent les aliments ! Ce groupe tente de prévenir les autres pour fomenter une révolte. Malheureusement, les produits alimentaires sont très attachés à leurs croyances… »

 En clair, « la thèse de ce film est que les religions ne sont que des histoires inventées pour aider l’humanité à faire face à l’horrible vérité, à savoir, que les forces qui gouvernent notre monde sont cruelles et absurdes, et nous n’avons aucune emprise sur elles. Les religions font de ces forces des divinités et prétendent qu’on peut s’en sortir : il y a des règles à suivre et une récompense dans l’au-delà ». Toutes « ces religions, ces histoires inventées » nous empêchent « de profiter pleinement de la vie ici-bas, notamment de laisser cours à toutes nos pulsions ». Mais il y a une contradiction ou un paradoxe, dans cette critique, que soulève Vincent M.T. : « le roi des aveugles » de la célèbre parabole de l’éléphant « révèle à (d’autres) aveugles qu’ils se trompent tous, et que chacun ne détient qu’une partie de la vérité… », mais en réalité, « le roi n’est pas aveugle », puisque « celui qui révèle la vérité voit la vérité clairement et dans son ensemble. Affirmer que personne ne détient la vérité, c’est soi-même prétendre détenir la vérité dans son ensemble, c’est professer que sa propre vision des choses est supérieure à toutes les autres ».

Dans le film, cette vision du monde – « supérieure à toutes les autres »- est « l’hédonisme – l’idée que le sens de la vie humaine est la recherche du plaisir ». Et, soulignerai-je, le plus grand pourvoyeur du plaisir (que l’on serait « en droit d’obtenir, tout de suite ») reste aujourd’hui « le divin marché »(4). Et « cette vision du monde nous est donc présentée exactement de la même manière que les religions qu’elle critique : quiconque ne s’y rallie pas est forcément en train de « réprimer » ses pulsions, et c’est mal ». Une forme de « moralisme » qui ne dit pas son nom, en somme.

Quelle devrait alors être notre position face à cette croyance et à cette nouvelle injonction (« No limits », « jouis sans entrave », sur les plans économique et culturel/sociétal) ? Certainement pas, selon le pasteur Gilles Boucomont(5), de répondre par le moralisme ou par plus de moralisme. Et encore moins de s’aligner sur les évolutions de la société (ce qui serait adopter un autre « moralisme »).

Notre positionnement face à cette croyance mise en avant dans le film ne devrait pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou « pour accuser, condamner, faire chuter ». Mais « pour relever les personnes » ; « les faire passer de la mort à la vie ». On notera que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, « d’avancer ». Mais « pas de rechuter ».

Et, s’interroge Vincent M.T., « que pouvons-nous répondre, en tant que chrétiens, face aux accusations « d’immaturité » et « de passéisme » pour toutes les idées non-hédonistes, donc particulièrement les opinions religieuses ?  La réponse dans son article, à lire dans son intégralité.

 

 

Notes :

(1) Cf http://www.bastamag.net/Site-d-informations-independant

(2)Visio Mundus est géré par deux théologiens réformés : Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin, faculté de théologie d’Aix-en-Provence ; Vincent M.T., consultant en qualité logicielle, traducteur à ses heures, et actuellement inscrit en Master à la Faculté Jean Calvin. Via ce site, les auteurs souhaitent « discerner et démontrer la présence et la vérité de la foi en Dieu – le Dieu de la Bible – au sein de notre culture, et ainsi proclamer avec toujours plus de pertinence la grâce reçue et vécue en Christ. C’est ce qui s’appelle faire de l’apologétique culturelle » (https://www.visiomundus.fr/mission-et-vision/).

(3) Voir cette excellente fiche détaillée du film, à découvrir sur le site « Quels films pour nos enfants » . Une autre critique du film est à lire  sur le site Critikat.

(4) Voir le livre éponyme de Dany-Robert Dufour, par ailleurs auteur de « L’Individu qui vient ».

(5) D’après Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première Partie, 2010, p 92.

Comment je suis devenu stupide

Quand devenir "un peu stupide" serait "intelligent", puisqu'"essayer d'être intelligent est stupide" ! (Première de couverture du roman de Martin Page)

Quand devenir « un peu stupide » serait « intelligent », puisqu' »essayer d’être intelligent est stupide » !
(Première de couverture du roman de Martin Page)

Enfin, pas moi….il s’agit du titre d’un roman de Martin Page(1), au éditions J’ai Lu (2002), découvert via le stand de l’ACSI, lors du dernier séminaire Mathurin Cordier, qui a eu lieu du 26 au 28 février 2016, en Alsace(2).

Une proposition particulièrement audacieuse, mais ô combien pertinente !

De quoi s’agit-il ?

 

« J’ai eu à cœur de connaître la sagesse et de connaître la folie et la sottise… » (Eccl.1v17)

L’intelligence fait-elle le bonheur ? Pour Antoine, 25 ans, diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma, c’est non. Car selon lui, ce sont précisément son intelligence et sa lucidité qui lui gâchent l’existence. Aussi décide-t-il de renoncer à penser. Il envisage d’abord de devenir alcoolique, c’est-à-dire, « quelqu’un qui a une maladie socialement reconnue ». Car une fois « ivre », il n’aurait plus besoin de penser, il ne le pourrait plus ». Mais, dès le premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Il s’intéresse ensuite au suicide, mais la mort ne l’attire décidément pas. Considérant qu’il a été « stupide d’essayer d’être si intelligent », il décide de devenir « un peu stupide » – ce qui serait, selon lui, « intelligent », et de nature à l’aider à mieux s’intégrer dans la société : il se fait prescrire de l’ « heurozac », remplace les parties d’échecs par le jeu du Monopoly, renonce à être un consommateur responsable, se rend au Mc Donald’s, s’achète des vêtements de marque, vide son appartement de tout ce qui peut stimuler son esprit et se procure une télévision. Puis, il devient trader….Jusqu’où ira l’expérience ?

 Ce petit roman malin et curieux (avec peut-être une pointe d’autobiographie) nous offre une critique lucide des travers notre société actuelle, à la manière de l’Ecclésiaste (mais sans la clé finale du chapitre 12), tout en « banalisant » ou « normalisant » certaines évolutions sociétales. Le livre est bien écrit, souvent drôle et facile à lire, mais pas simpliste pour autant. Il invite au recul et à la réflexion sur l’intelligence, les normes et standards de réussite et de bonheur, ou encore sur la place de celui qui est « hors-norme ». Il ne devrait pas non plus manquer d’ interpeller tout enseignant et pédagogue sur sa propre philosophie de l’éducation : quelle place donner à toutes les formes d’intelligence ? L’école doit-t- elle « préparer à la vie en société » ? Et si oui, à quelle société ? Comment découvrir qui l’on est vraiment et cultiver son individualité, en étant réellement heureux, libre et ouvert à l’autre, à mille lieux des impasses de l’égoïste aux comportements grégaires et suivant ses propres désirs? Face à l’utilitarisme pour qui toute vérité est « utile », et face au pragmatisme de la réussite personnelle qui choisit de sacrifier au passage la morale publique, le rôle de l’école ne serait-il pas, justement, d’apprendre à penser véritablement ?

A lire, en guise de prolongement : les livres de la Genèse, Job, des Proverbes, l’Ecclesiaste, et les Evangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean… Autant d’invitations à revenir de façon permanente à la source, pour se retrouver soi-même : soit par un retour et une réconciliation avec son créateur, « le Dieu véritable et la vie éternelle », « le Cep », le Dieu trinitaire, le Père Céleste et « la source des eaux vives ». Un préalable nécessaire à une réconciliation avec soi-même, les autres et toute création. L’individu saura qui il est s’il sait à qui il appartient véritablement, et s’il sait tisser du lien et (re)découvrir le sens de l’altérité.

 

Notes :

(1) Né en 1975, Martin Page passe sa jeunesse en banlieue sud de Paris. Étudiant dilettante, il ne fait que des premières années : il étudie le droit, la sociologie, la linguistique,  la psychologie, la philosophie, l’histoire de l’art et l’anthropologie. « Comment je suis devenu stupide » est son premier roman, paru en 2001.

(2) Le séminaire « Mathurin Cordier », organisé par l’AESPEF(Association des Etablissements Scolaires Protestants Evangéliques Francophones), rassemble les différents acteurs des écoles protestantes évangéliques en francophonie, mais aussi les éducateurs les parents, les enseignants chrétiens dans le public.

L’ACSI est l’Association Internationales des Ecoles Chrétiennes. Elle est la plus grande organisation protestante-évangélique d’écoles chrétiennes dans le monde. Elle propose une assistance sans ingérence et offre des services sans obligation de la part des écoles membres. Son but est de fortifier les écoles chrétiennes et d’équiper les éducateurs chrétiens.