Un verset et une question pour retrouver et vivre un christianisme véritable

Si les fameuses pensées de Kierkegaard nous « attaquent par derrière »….c’est pour mieux nous édifier !

Voici une nouvelle série pour l’été : chaque mercredi, pendant sept semaines, d’après « les pensées qui attaquent dans le dos » du penseur chrétien Soren Kierkegaard(1), un verset et une question pour méditer sur une condition nécessaire pour retrouver et vivre un Christianisme véritable.

Ces questions ne brossent pas dans le sens du poil mais engage celui qui ose s’y plonger. Et si elles l’« attaquent par derrière »….c’est pour l’édifier !

Bonne route, car, comme le rappelle Kierkegaard, « là, c’est avec toi-même que tu (auras) affaire au sens le plus profond, et il s’agit d’une affaire de conscience ».

Note :

(1)Ed. Première partie, 2014.

 

 

Croyons-nous vraiment en l’ Evangile que nous annonçons ?

"De loin", l'Eternel se montre à toi : que fais-tu ?

Quand un verset te « harponne », c’est que Dieu t’invite à le scruter sérieusement !

L’ Evangile, qui est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit… » (Rom.1v16).

 

Il peut paraître « difficile », pour ne pas dire « fastidieux », de « lire sa Bible régulièrement », surtout si « le passage du jour à l’air de premier abord peu engageant par exemple ». Et par exemple, « relire les actes peu reluisants (d’un personnage biblique) dès le matin ».  Ou encore, Néhémie 3, ou même Matthieu 1v1-17.

Mais l’inverse est aussi vrai. Je trouve personnellement stimulant et encourageant, alors que je lis mes chapitres quotidiens, d’être « harponné » par un verset particulier. « Harponné », et alors invité à méditer longuement le verset. Une « alerte » et un « signe » qu’il est important et à considérer sérieusement. Jeudi 10/09, « le verset-harpon » était 2 Corinthiens 4 vv3-4, considéré ce jour-là sous un autre angle :

« si notre Evangile est voilé, il est encore voilé pour ceux qui périssent ; pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées, afin qu’ils ne voient pas resplendir le glorieux Evangile du Christ, qui est l’image de Dieu ».

Lorsque nous lisons : « ceux qui périssent », « les incrédules »….nous pensons généralement « aux autres », à ceux qui « ne croient pas encore », et « n’ont pas encore accepté l’Evangile ».

Mais pouvons-nous être concernés par ce verset, nous « croyants », qui affirmons que « Jésus est notre Sauveur et Seigneur » ? Pouvons-nous être « incrédules », aux « pensées aveuglées » par « le dieu de ce siècle », de sorte que ce « glorieux Evangile du Christ » que nous annonçons, nous est « voilé » ?

Comment serait-ce possible ? 1)Par notre façon de vivre, « en tant que chrétiens », et 2)par notre façon de parler de l’Evangile.

1) L’Evangile n’est pas seulement « un message » à annoncer. C’est « une puissance pour le salut de quiconque croit », selon Rom.1v16. « Une puissance pour le salut….de quiconque croit« . « Quiconque », c’est vous, c’est moi, c’est nous. Nous en avons tous besoin. Pas seulement « pour aller au ciel » ou « pour le dimanche », mais « pour chaque jour de la semaine »*. Y croyons-nous ? Comment le vivons-nous, personnellement ? Par exemple, le fait que « Christ, notre paix », a, par la croix, « fait mourir[ou « détruit »] l’inimitié » ? (Eph.2v14, 16).

Dans quelle mesure, lorsque, à notre retour à la maison, nous sommes submergés par la fatigue, une dure journée de travail, les factures, le quotidien, les loisirs…nos pensées sont-elles « aveuglées » par « le dieu de ce siècle » ? Dans quelle mesure nos regards sont-ils fixés sur ce dernier (plutôt que sur « le Soleil de justice » cf Mal.4v2, Jésus-Christ), nous empêchant de voir et de vivre la puissance de l’Evangile ?

« On ne peut voir deux Soleils à la fois » : détournons-nous donc de celui qui « se déguise en ange de lumière »(2 Cor.11v14) pour contempler Celui qui est « la lumière du monde »(Jean 8v12) et s’attacher à « la source des eaux vives » (Jér.2v13).

 

2) L’Evangile, que nous annonçons ou prêchons, est donc « une puissance pour le salut de quiconque croit »(Rom.1v16). Encore une fois, y croyons-nous ? Question évidente ou stupide, c’est selon, mais pas tant que cela. En réalité, la réponse est donnée par notre façon de le considérer et d’en parler. A ce sujet, le penseur chrétien danois Soren Kierkegaard estime qu’ un tel Evangile n’a pas besoin d’être défendu(ce qui est une « extraordinaire sottise »**), mais d’être proclamé(et affirmé) par ceux qui y croient. Lui-même « déclare incrédule celui qui (le défend) »**. Car, « s’il croit, l’enthousiasme de sa foi n’est jamais une défense, c’est toujours une attaque, une victoire ; un croyant est un vainqueur. »***

Le croyant est donc un témoin qui déclare ce qu’il a vu, entendu et vécu, avec fidélité et autorité. Un témoin de Christ ne « défend » donc pas l’Evangile, comme s’il s’agissait d’une simple « opinion », ou de quelque chose dont on devrait « s’excuser ». Mais il le proclame et l’affirme comme « une bonne nouvelle, qui exige une réponse immédiate » ****(cf Matt.28v18-20), parce qu’il y croit !

« J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé »(2 Cor.4v13)

 

 

Notes :

*Cf Jerry Bridges. L’Evangile pour la semaine. Europress, 2003

** S. Kierkegaard. Traité du désespoir. Gallimard, 1988(Folio Essais), pp 176-177. Dans ce passage, l’auteur parle plus exactement de « défendre le Christianisme ».

*** C’est à dire un vainqueur, toujours offensif. Dans ses « Pensées qui attaquent dans le dos »(Ed. première partie, 2014, p.19), le même Kierkegaard affirme que « le Christianisme n’a besoin d’aucune défense ; il n’est servi par aucune défense ; il attaque ; le défendre, c’est de toutes les altérations la plus injustifiable, la plus erronée et la plus dangereuse ; c’est le trahir avec une inconsciente perfidie. Le christianisme est militant et il va de soi que, dans la chrétienté, il attaque par derrière[ou dans le dos] ». C’est à dire, dans le sens qu’il cherche à désarmer l’auditeur ou le lecteur. « Edifier », pour Kierkegaard, c’est renvoyer l’homme à son péché, réveiller ceux qui sont endormis, inquiéter ceux qui sont trop apaisés. C’est pousser l’individu dans ses derniers retranchements, pour l’inviter à se mettre en règle avec Dieu[Amos 4v12], et à suivre Jésus-Christ.

**** Lire cette anecdote, rapportée dans « L’Essentiel dans l’Eglise. Apprendre de la vigne et de son treillis », de C. Marshall et T. Payne (Ed. Clé, 2014. Collection IBG, pp57-58) : « après avoir été évangélisé par un homme très poli », Penn Jillette, illusionniste et athée « assumé », évoque cette rencontre :…. »si tu crois vraiment qu’il y a un ciel et un enfer et si tu crois que des gens pourraient aller en enfer ou ne pas atteindre la vie éternelle – peu importe ta conviction-, et si tu dis qu’il ne vaut pas tellement la peine d’en parler, pour la seule raison que, sur le plan social, cela te ferait passer pour un cinglé(…)à quel point devrais-tu détester quelqu’un pour croire que la vie éternelle est possible sans même lui en toucher un mot ? »