« Foireux liens »

Qui ne connaît pas la foire aux liens* ?
Ou le top du top des meilleurs/plus intéressants(ou tout simplement les plus amusants/insolites) sites internet de la semaine ou du mois ?

Exercice presque obligé (mais on n’est pas obligé) de tout blogueur qui se respecte, il a l’avantage d’exhumer ici ou là une pépite au milieu des scories.

Mais sur quels critères faire la promotion de tel ou tel site ? Car qu’est-ce que « les meilleurs sites » ? Les « plus intéressants » ou « dignes d’intérêt » ? Par rapport à quoi ?
« Pertinence ou popularité ? »  SVP, que choisir ? Là est la question…

…. et « question » liens, voici la petite sélection de Pep’s Café !
Essentiellement des sites d’informations(avec des blogues chrétiens) qui nous paraissent remarquables pour les raisons que chacun discernera sans doute :

1) Le Gorafi : « depuis 1826, toute l’information de sources contradictoires »**, lit-on en sous-titre.
Le Gorafi est né sur Twitter en février 2012, pendant la campagne présidentielle. Il apparaît sous la forme d’un blogue en mai avant un sérieux relookage en septembre de la même année.

« Au hasard », par exemple :

http://www.legorafi.fr/2013/03/20/toulouse-il-se-fait-abattre-de-46-balles-dans-le-corps-pour-avoir-demande-un-pain-au-chocolat/ ***

http://www.legorafi.fr/2013/10/15/lutte-contre-le-fn-francois-hollande-pourrait-creer-la-surprise-en-proposant-dappliquer-son-programme-electoral/

http://www.legorafi.fr/2013/10/01/pole-emploi-un-autre-bug-aurait-permis-a-des-demandeurs-demploi-de-trouver-du-travail/

http://www.legorafi.fr/2013/10/14/76-des-conseillers-dorientation-affirment-avoir-ete-eux-memes-mal-orientes/

http://www.legorafi.fr/2013/06/10/fort-boyard-un-candidat-oublie-dans-la-cellule-dune-epreuve-retrouve-7-ans-plus-tard/

http://www.legorafi.fr/2012/09/03/trop-souriant-dans-le-metro-il-finit-en-garde-a-vue/

http://www.legorafi.fr/2013/10/14/lump-accuse-la-gauche-de-se-servir-du-desastre-de-la-primaire-de-marseille-pour-masquer-lechec-de-brignoles/

Ce vrai site « d’infaux » **** parodie les sites d’ « infos », en diffusant des scoops bidons-limite racoleurs-avec l’air de ne pas y toucher : multiples rubriques, austère apparence, ton et titres informatifs qui plaisent à Google…Toute ressemblance avec de « véritables » médias en ligne(« pure player », webzines…)n’est pas forcément une pure coïncidence…d’autant plus que certaines « infaux » sont parfois jugées crédibles au point d’être reprises telles quelles par la presse traditionnelle*****.

Car malheur au lecteur ou même au journaliste trop pressé/paresseux/lisant en diagonale ou croyant avoir trouvé le scoop : il court le risque d’être pris au piège !

Pour écrire leurs articles, les journalistes du Gorafi se mettent « dans la tête d’un journaliste stupide qui ne comprend pas ce dont il parle et qui s’adresse à des gens stupides ». Avec une exigence d’écriture : « Il faut que ça ressemble à un article avec les codes que l’on retrouve dans la presse française. Tous les petits détails sur lesquels le spectateur va se focaliser. »

Ingénieux, mais il fallait y penser ! De nature à faire réfléchir à la « fabrique de l’information » et, surtout,  à la tendance à relayer tout et n’importe quoi.
Plus que satirique, il nous paraît d’ailleurs plutôt « ironique », puisque « La satire s’affiche comme une force d’opposition, un discours critique sur le pouvoir. L’ironie, elle, est un trompe-l’œil, dont le plaisir est de se faire passer pour vraie pendant un certain laps de temps. C’est une construction du discours qui, à la différence des autres formes de dissimulation (mensonge, hypocrisie, flatterie), ne vaut que si elle est démasquée. Mais encore faut-il qu’elle le soit, démasquée ».

Le Gorafi serait-il l’exemple même d’un « engagement par l’ironie », forçant les lecteurs à se positionner sur ce qu’ils entendent ?****** « Faire prendre conscience des paroles dites, apprendre à réécouter les discours établis, faire douter : par le décalage, l’ironie redonne du sens aux mots employés par les politiciens ». C’est par l’ironie que l’on « (teste) la capacité de révolte d’un auditoire. »
Car comme le dit si bien lui-même Le Gorafi, qui renvoie d’ailleurs à la responsabilité du lecteur : «C’est aux gens de faire un travail pour avoir du recul, pour vérifier leurs informations. »

2) Basta mag : « site d’information indépendant sur l’actualité sociale et environnementale. Constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs, Basta ! contribue à donner une visibilité aux enjeux écologiques, aux actions citoyennes, aux revendications sociales, aux mouvements de solidarité et aux alternatives mises en œuvre. Le site est édité depuis décembre 2008 par l’association Alter-médias ».
Basta !, comme l’explique les auteurs, « est d’abord un appel(…) face (aux différentes crises)en Europe et dans le monde : crise économique, crise environnementale, crise de la démocratie, crise sociale,… un appel qui suscite une résistance. (…) qui doit se traduire par un engagement en faveur d’une autre société….. »
L’équipe de journalistes de Basta ! se veut « engagée », de convictions, consciente de (devoir) « jouer un rôle. Pas un rôle de simple relais ou de rigide organe de presse, sûr de sa vérité, mais un rôle d’information, d’explication et d’interrogation ».
Sont ainsi privilégiés la diversité des sources – expertises d’ONG, « lanceurs d’alerte », chercheurs et universitaires, élus, représentants syndicaux, acteurs des mouvements sociaux, collectifs citoyens, journalistes indépendants, militants associatifs, réseaux de partenaires dans les pays du Sud… –ainsi que l’enquête journalistique, les reportages sur le terrain et les témoignages« Décryptages et ressources documentaires doivent accompagner la lecture d’un événement pour le mettre en perspective, offrir aux lecteurs des débouchés concrets à une prise de conscience (pistes d’alternatives, présentation d’initiatives, contacts d’associations…) et ne pas tomber dans l’analyse catastrophiste ou l’indignation stérile ».

« Au hasard », par exemple :
Des millions de réfugiés climatiques attendent un statut (15 juillet 2013)

Paradoxe : les êtres humains, dont les Français, n’ont jamais été aussi riches !(16 octobre 2013)
A Toulouse, un autre internet, solidaire et non-commercial, c’est possible ! (15 octobre 2013)
Délinquance : « Depuis dix ans, la frénésie sécuritaire est globalement inefficace » (7 octobre 2013)

Bref, un champ à occuper pour les protestants évangéliques. A ma connaissance, en dehors de « Réforme » et de « Christianisme aujourd’hui », pour la presse papier, et peut-être « Christnet », il n’existe rien d’équivalent(francophone, du moins) en ligne au Gorafi ou à Basta.
Deux sites chrétiens :

3)Ecbatane : « en chemin vers Ecbatane », soit « vers ton futur conjoint ou ta douce moitié… »

4)Génération Hillsong Nutella : Tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses, mais une seule est vraiment nécessaire.
Deux blogues chrétiens(nous nous suivons respectivement)très différents(Hillsong est évangélique, Ecbatane catholique), mais avec un point commun : leur mystère, leur originalité, leur fraicheur, leur humour, leur sympathie, la qualité de la forme alliée à la qualité de contenu et, surtout, surtout, surtout, leur générosité : tous deux ne « cherchent rien » de particulier-en tout cas, pas le « buzz » ou la polémique-à part partager ce qu’ils ont reçu. Soit l’essentiel : Christ et l’amour de Christ. Bref, des blogues généreux, tout simplement et qui allient la qualité du fond à la qualité de la forme-c’est suffisamment rare pour être signalé. Et c’est ce qui les rend édifiants et conformes à l’esprit « évangélique ».
« Au hasard », par exemple :

La tarte au citron vert meringué et les licornes******* pour Ecbatane,

Un petit schéma, et un test(« quel veilleur êtes-vous ? ») pour Génération Hillsong Nutella, dont l’explication du nom du blogue se découvre ici !

Et le dernier pour la route :

5) « 10 conseils pour payer son carburant moins cher »[super !*]

Par Seb Musset, bloggueur qui se présente comme quelqu’un qui « Filme, écrit, blogue. N’appartient à aucun parti, organisation politique ou site reprenant les textes des blogueurs sans les rémunérer. Ce blog est la continuité de (ses) livres, ou l’inverse, et n’existe qu’avec (notre) soutien et (nos) commentaires… »

 

 

Notes :
* « La foire aux liens », que nous avons gentiment parodiée dans le titre du présent billet en « foireux liens », est une rubrique de « Notre église point com », un édifiant blogue ressource chrétien(nous nous suivons respectivement) « pour étrangers et voyageurs » à fréquenter. Son fondateur et animateur principal aime les livres et le sous-titre de son blogue me parle : j’aurai aimé l’inventer !(Le sous-titre, pas le blogue).

Mais si nos liens ne sont pas « foireux », nos jeux de mots le sont…

** Deux indices sont soumis à la sagacité des lecteurs dans cette présentation : sauriez-vous les retrouver ? A propos du Gorafi, lire « about » ce site.

*** Un article 1)qui a été tellement pris au sérieux que certains médias se sont faits l’écho d’une montée irrépressible de la délinquance dans la ville rose…et 2)qui a tellement circulé que le site serait passé à 984 000 visiteurs uniques en mars, selon les chiffres Google Analytics. Depuis sa publication le 20 mars 2013, l ‘article en question compterait à lui seul 824 000 pages vues. (http://www.telerama.fr/medias/le-gorafi-site-d-info-potache-parfois-pris-au-s-rieux,96091.php)

**** Une expression piquée à Rue 89.

***** Exemples :  http://www.lesinrocks.com/2013/06/11/actualite/le-gorafi-le-faux-site-dinfo-qui-cartonne-11400828/ ; http://www.20minutes.fr/medias/1104741-sites-parodiques-comme-garofi-sont-ils-si-inoffensifs ; http://www.telerama.fr/medias/le-gorafi-site-d-info-potache-parfois-pris-au-s-rieux,96091.php

****** Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/10/04/inculture-au-poing-le-dico-de-peps-cafe/ (Entrée « ironie »)

******* Les licornes, ça existe ! Nous y croyons aussi sur Pep’s Café ! puisque nous en avons rencontrée au moins une ! 😉

« Matraquage »

Il y a une vingtaine d’années, lors d’une séance cinéma, j’avais été frappé par le fait que l’on avait fait suivre, sans transition, une bande annonce de film par une publicité pour jeux vidéo.

Y a-t-il une différence entre la bande annonce(ou « trailer ») et le clip publicitaire ? Le procédé serait-il le même ? Dans quel but ?

Analyser la bande annonce du film « Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe » («  Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb »), satire de la guerre froide sortie en 1964, est à cet égard intéressant.

Son auteur est le graphiste américain Pablo Ferro, qui avait conçu une bande annonce burlesque pour inciter à aller voir un film burlesque.

Effrayant jeune homme par Petr KratochvilUn procédé burlesque pour inciter à aller voir un film burlesque

Effrayant jeune homme par Petr Kratochvil
Un procédé burlesque pour inciter à aller voir un film burlesque

Véritable parodie de discours publicitaire, elle est composée de questions rhétoriques (un procédé très courant en publicité), conclues par une réplique absurde (car hors-contexte) des principaux acteurs. La tragédie de la situation (la menace d’un conflit nucléaire) s’en trouve alors désamorcée par un humour grinçant (d’autant plus que l’assassinat du président J.F. Kennedy a eu lieu la semaine de la sortie initiale du film).

Pablo Ferro procède à un savant montage sonore, marqué par une alternance saccadée de texte entrecoupé d’extraits du film.  Le tout fait l’effet d’un matraquage d’images subliminales.

Ce montage reposant sur la formule « mots + images + son » a sans doute inspiré TV is a drug de Beth Fulton. La créatrice multimédia y réinterprète « Télévision »*, un poème du scénariste Todd Alcott, dans cette vidéo datant d’août 2010 qui s’attaque sur le mode « matraquage » au mass media TV….par ailleurs accusé lui-même de nous matraquer ce que nous devons regarder, faire ou consommer !

La critique peut-être la plus lucide sur cette vidéo a été pêchée sur « Créanum », le magazine de la création numérique : « que l’on partage le message ou pas, c’est aussi l’utilisation d’un média – Internet – pour en critiquer un autre. Et pourtant, il me semble que le web n’est pas non plus exempt de tout reproche au niveau de l’exercice d’un « pouvoir d’influence dissimulé », comme tous les médias de masse d’ailleurs, mais ça, c’est une autre histoire… »

 

Television* — by Todd Alcott

Look at me. Look at me. Look at me, look at me,

look at me. Look at me. No no no, don’t look

over there, there’s nothing to look at over

there, look at me, look at me, look at me.

Are you looking at me? Is everybody looking at

me? Do I have your attention? Good.

Don’t get the wrong idea. I’m not trying to take over

your life. You need, what? What do you need?

You need to, what? Go to the bathroom? Fine.

Get up, go to the bathroom, come back, look at

me. You need, what? You need to get

something to eat? Fine. Get up, go to the

kitchen, get something to eat, come back, look

at me. You need to, what, sleep? Fine, get up,

go to bed, go to sleep, get up, come back, look

at me.

Okay. So we have an agreement. You will do what

you absolutely need to do, and when you’re

done, you will come back and look at me.

Don’t worry about your schedule. I am here for you.

I am here for you. Twenty-four hours a day,

seven days a week, I am here for you.

I am here for you. You need me, I’m here. Fair

and foul, thick and thin, I am here for you. I am

here for you. People try to tell you I’m bad? You

tell them that I am here for you. Twenty-four

hours a day, fair and foul, thick and thin, I am

here for you. I am here for you. People try to tell

you I’m bad, know what it sounds like to me?

Sour grapes.

You see what 1- hey, hey, hey, hey, hey, no, don’t

look over there, there’s nothing going on over

there, look at me, look at me, look at me.

I’ve got stuff you wouldn’t believe. Danger? Sex?

Action? Death? Thrills? Comedy? All here, all

in the next eight minutes.

Can you believe it? You can’t. It’s unbelievable.

You can’t believe it because it’s unbelievable!

It’s a miracle.

Just keep looking at me. Just keep looking at me.

Just keep looking at me. Look at me, look at

me, look at me, look at me, look at me.

 

**« Television » est paru dans le recueil « Spoken Word Revolution : Slam, Hip Hop & the Poetry of a new generation » de Billy Collins, édité par Mark Eleveld en 2003.

Le texte à lire ici.