« Au nom de Dieu »

Et si les croyants refusaient de se laisser instrumentaliser ?

 

Pour Erri de Luca – dont les propos prennent une nouvelle actualité, « aucune guerre récente de notre Méditerranée n’a tenu le nom de Dieu à l’écart de ses prétextes. Il est invoqué par celui qui se fait exploser dans un autobus en Israël, par les égorgeurs de femmes en Algérie, par les trois parties de la Bosnie en guerre, en Tchétchénie, en Irlande… »(1). Plus récemment, par l’Etat islamique en Syrie, en France ou aux Etats-Unis (2).

« La modernité consiste précisément dans ce besoin d’une justification de Dieu », remarque encore Erri de Luca. « A la fin d’un siècle de guerres athées qui ont montré la suprématie des démocraties sur les tyrannies, de nouvelles guerres veulent prouver la suprématie d’un autel sur un autre. Plutôt que de croire en Dieu, les nouveaux guerriers au nom de la foi pensent que c’est à lui de croire en eux, en leur confiant certaines de ses missions expéditives ».

A ce sujet, les chrétiens, témoins de Christ, et censés être « lumière du monde » et « sel de la terre »(Matt.5v13-14), devraient être ceux qui rappellent les Paroles et commandements de Dieu. Notamment ce qui est écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture »(3).

Erri de Luca explique que « le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce, et qu’on en porte tout le poids(4). Celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité. Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres faites au nom de cette divinité(5).

Témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique »(6), et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8) qui a su dire « tu » à Dieu, de ce « tu » effronté et familier, de ce « tu » pronom de la révélation et donc de la relation entre créatures et créateur. Nous devrions être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes(7). Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » (tel Erri de Luca)saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous habitons en effet cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété »(7). Refusons donc cet esprit « du propriétaire », qui se donnerait des droits sur la vie d’autrui, mais cultivons plutôt « l’esprit d’appartenance ». Soit la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand, qui nous a créé à son image. Ce « plus grand », le seul véritable propriétaire de toutes choses, nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

 

Notes :

(1) « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100.

(2) Sur l’Etat islamique, voir : http://www.thegospelcoalition.org/evangile21/article/9-infos-au-sujet-de-letat-islamique-que-tout-chretien-devrait-savoir . Sur les derniers attentats revendiqués cette semaine par ce groupe : un couple de policiers assassiné à coups de couteau par un dihadiste à leur domicile, dans les Yvelines ; l’attaque meurtrière d’une boîte de nuit LGBT à Orlando(USA) par un autre jihadiste, se réclamant de Daech.

(3)Ou pour « trumper », dirait-on aujourd’hui. Comme le souligne très bien Erri de Luca dans un autre ouvrage, « Et Il dit » : « rien à voir avec la version où on lit : tu ne nommeras pas en vain »(op. cit., p63).

(4) « Tu ne soulèveras pas le nom » : il s’agit d’appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations…. ». Or, l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…)car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue], pour l’imposture, dit l’hébreu, rien à voir avec en vain. On le comprend bien grâce à une autre ligne : tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture(Lashàue) contre ton prochain » cf Deutéronome/Devarim 5v20 (Erri de Luca. Et Il dit. Gallimard, 2012, pp63-65)

(5) Erri de Luca. Et Il dit. Gallimard, 2012, p64.

(6) Sur ces types d’instrumentalisation, voir la note de blogue de Patrice de Plunkett : « Un jihadiste fait un carnage dans un night-club ? Des médias incriminent la religion catholique. Un  jihadiste poignarde un officier de police et sa femme ?  La droite et gauche incriminent la CGT (parce qu’elle a diffamé la police lors des manifestations sociales) ! Voilà le chaos mental. Il sévit aussi dans d’autres domaines… Dans son discours du 8 juin, M. Sarkozy vitupère le « communautarisme » dont il donne trois exemples en vrac : »cette poignée d’islamistes qui prennent en otage un quartier », « ces gens du voyage qui bloquent scandaleusement une autoroute », et… « ces casseurs qui bloquent une loi de réforme du marché du travail ». Pour compléter l’amalgame, M. Sarkozy entonne le refrain de la France-fille-aînée-de-l’Eglise (formule ne datant que du XIXe siècle), et proclame : »ici c’est un pays chrétien ». Slogan creux, puisque 95% des Français de 2016 ignorent le contenu de la foi chrétienne ! Faire référence à Jehanne et aux Rogations pour orner un discours antisocial, mêler la religiosité et les manoeuvres politiciennes, prétendre faire du catholicisme l’annexe d’un parti, c’est donner des armes aux cathophobes… Qu’on ne s’étonne pas de lire ensuite des tweets qui exhalent un désir de violence contre le chrétien croyant. Ceux qui haïssent le christianisme et ceux qui veulent s’en servir sont jumeaux (alors qu’ils prétendent se combattre) »

Et celle du sociologie Sébastien Fath, appelant à « un devoir de clarté. Directe et pédagogique », face à « l’effroyable tuerie d’Orlando », pour « faire barrage aussi bien à ceux qui « noient le poisson » (confusion) qu’à ceux qui « jettent de l’huile sur le feu » (surenchère) ». Ainsi, « quand Trump veut interdire aux musulmans l’accès au sol américain, et que Sarkozy exalte en France les « moeurs chrétiennes » (sic), ils entrent tous deux dans un piège, font exactement ce que Daech veut qu’ils fassent. Ils font des distinctions selon les citoyens en fonction de leur passé ou de leur religion, encouragent la catégorisation et la relégation des minoritaires. Ils nourrissent, sans même s’en rendre compte (?), le jeu des ennemis de la liberté, entrent dans le « piège Daech »(…) et alimentent des ferments de guerre civile ».

Dans un autre billet – remarquable –#JeSuis #JeSuis … tout seul,  le naturaliste catholique « Phylloscopus » commente ainsi : « Deux attaques en deux jours ; qu’importe qu’elles aient touché deux pays distincts, qu’importe qu’il y ait derrière une initiative solitaire vite récupérée ou la force d’un réseau ; les réponses sont les mêmes : gesticulations, peur et recherche de coupable idéal ». En attendant, « le problème avec ces « Je suis Untel » qui, désormais, ne signifient plus que « Je suis en larmes pour Untel ». « Je suis » surtout planté tout seul sur ma chaise, dans le noir, et j’ai peur. Et nous avons beau arborer chacun sur notre profil le même filtre hâtivement programmé par Facebook, chacun de nous est enfoncé seul dans sa peur ».

Sinon, un bel exemple d’instrumentalisation de la foi par le politique est donné par le roi Jéroboam en 1 Rois 12v26-33, 1 Rois 13v33 et ss (Lequel Jéroboam « consacrait prêtre des hauts lieux…quiconque en avait le désir »)

(7)Erri de Luca. « Au nom de Dieu » IN « Alzaia », op. cit., p 100.

« Dieu m’a dit…. » (1 Rois 13)

"Dieu m'a dit..." Ha bon ? Dieu ne m'a rien dit d'autre que ce qu'il m'a dit au départ...!

« Dieu m’a dit… »
Ha bon ? Dieu ne m’a rien dit d’autre que ce qu’il m’a dit au départ…!

Lecture de 1 Rois 13.

L’histoire de trois hommes déterminés  : un roi,  un « Homme de Dieu », et un vieux prophète. Sans oublier  un lion non moins déterminé et un âne…Un chapitre étrange, de par ses protagonistes et son déroulement. Qu’en penser ?

Trois hommes déterminés, donc.
Un roi idolâtre, déterminé à ne pas obéir à Dieu et donc à persévérer dans son attitude idolâtre(autant « avant » qu' »après » cf 1 Rois 12v26-33 ; 13v1, 33-34).
Un « Homme de Dieu », envoyé par Dieu et déterminé à accomplir sa mission(avec la puissance et la miséricorde de Dieu), comme à suivre un ordre de Dieu strict(1 Rois 13v8-10). Rien ne devrait le détourner, en tout cas certainement pas l’intimidation ou la promesse de cadeaux(v4, 7). Rien ? Ha, si ! Seul un autre prophète-un vieux prophète-a pu le détourner de la voie qu’il devait suivre : parce qu’il est « prophète comme lui »(v18) et parce que, soit disant, « Dieu lui a dit »…ou plutôt, parce qu' »un ange lui a parlé de la part de Dieu »(v18).

L’Homme de Dieu aurait du s’en tenir à ce que Dieu lui avait dit, à lui(Dieu serait-il une girouette ?), et se souvenir qu’il est vital d’être deux fois vigilant, surtout après une victoire. Il paiera de sa vie cette rébellion, attaqué par un lion(v21-22, 24). L’Homme de Dieu n’est donc pas un superhéros invincible.

Parlons maintenant du « troisième homme » : « le vieux prophète », qui entre en scène à partir du v11. Si la première partie du chapitre 13(v1-10)nous place tout d’abord en terrain familier, la seconde nous désarçonne et nous met mal à l’aise.  Car si « le vieux prophète » était un « faux prophète », encore ! Mais non, il s’agit bel et bien d’un prophète. Un vrai, sauf que là il ment à l’Homme de Dieu pour le détourner de sa route et l’inviter chez lui. Comment expliquer cela ?

Autant ses motifs paraissent peu clairs, autant son état spirituel semble l’être encore moins(clair). Car, peut-on être prophète de Dieu en résidant à Béthel, sanctuaire idolâtre ?(1 Rois 12v29)
Le poids des ans, l’expérience, la position(ou le titre-de prophète, comme d' »Homme de Dieu »), ne dispensent pas d’être obéissant et connecté à « la source des eaux vives »(cf Jer.2v13, comme de se garder de toute compromission. Ce vieux prophète ment. Ce qui ne l’empêchera pas de prononcer des paroles justes, venant de Dieu, qui se réaliseront plus tard…(1 Rois 13v21-24, 32)
Car, en dépit de la faiblesse humaine, Dieu reste souverain. Il n’a d’ailleurs pas permis que le lion, qui a tué l’Homme de Dieu, ne dévore celui-ci ou ne déchire son âne(v24-25, 28).

En fin de compte, face à la désobéissance humaine, ces animaux nous offrent un témoignage silencieux d’une réelle soumission à Dieu. Le lion, sans doute envoyé par Dieu, n’était-il pas déterminé à accomplir sa mission, lui aussi ? Mais sans aller au-delà de ce qui lui était permis…A moins qu’il ne s’agisse là d’une nouvelle démonstration de la puissance(dans le sens : « on ne se moque pas de Dieu ») et de la miséricorde de Dieu ?

Mais nous avons un meilleur(et parfait)exemple de soumission à Dieu, source de salut pour tous les hommes. Source de salut pour vous et pour moi. Le meilleur exemple d’une vie parfaite : le Seigneur Jésus-Christ, lequel ne s’est jamais laissé détourner, et de sa mission, et du chemin qu’Il devait prendre, pour notre salut : le chemin de la croix(cf Luc 9v51).