Nos groupes de jeunes vivent-ils l’évangile de Jésus-Christ, en étant ouverts à « toutes les réalités » ?

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Nos groupes de jeunes sont-ils ouverts à toute la jeunesse en particulier et à « toutes les réalités » (1) en général ? Car c’est ainsi que se vit l’évangile et la vie chrétienne, selon l’esprit du corps de Christ.  Et sans oublier de « (construire) un pont avec le futur en parlant avec les anciens ! », selon les propos du pape François, lequel s’était adressé aux jeunes du Latium le 8/04/17 (veillée de prière à la basilique Sainte-Marie-Majeure, à Rome en vue des JMJ de Panama, prévu pour janvier 2019)

Extraits significatifs d’un discours (me paraissant) inspiré et inspirant(2), de nature à nous interpeller, nous, protestants évangéliques….

 

« Chers jeunes,

Merci d’être présents ici ! Cette soirée est un double commencement : le commencement du chemin vers le Synode, qui a un nom bien long : « Les jeunes, la foi et le discernement de la vocation », mais nous dirons : « le Synode des jeunes » [de tous les jeunes] Un Synode dont aucun jeune ne doit se sentir exclu ! (…) Oui ! C’est le Synode des jeunes : nous voulons tous vous écouter. Chaque jeune a quelque chose à dire aux autres(…), aux adultes, [ses frères et sœurs, y compris les pasteurs et responsables de jeunes] Nous avons tous besoin de vous écouter !

(…)Le monde d’aujourd’hui a besoin de jeunes qui vont « en hâte », qui ne se lassent pas d’aller en hâte ; des jeunes qui aient cette vocation de sentir que la vie leur offre une mission (…) Nous avons besoin de jeunes en marche. Le monde ne peut changer que si les jeunes sont en marche. Mais c’est le drame de ce monde : que les jeunes – et c’est le drame de la jeunesse d’aujourd’hui ! – que les jeunes sont souvent mis à l’écart. Ils n’ont pas de travail, ils n’ont pas d’idéal à suivre : manque l’éducation, manque l’intégration… Tant de jeunes doivent fuir, émigrer vers d’autres terres… C’est dur à dire, aujourd’hui souvent les jeunes sont des matériaux de rebut. Cela nous ne pouvons pas le tolérer ! Et nous, nous devons faire ce Synode pour dire : « Nous les jeunes, nous sommes là ! (…) nous sommes ici, en marche. Nous ne voulons pas être des matériaux de rebut ! Nous nous avons de la valeur à donner ! ».

(….) Vous les jeunes vous devez risquer. Aujourd’hui vous devez préparer le futur. Le futur est entre vos mains.

Pendant le Synode, toute l’Église veut écouter les jeunes : ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils critiquent et de quoi ils se repentent. Tout. L’Église a besoin d’encore plus de printemps, et le printemps c’est la saison des jeunes.

Par ailleurs je voudrais vous inviter à faire cette marche (…) avec joie, à la faire avec vos inspirations, sans peur, sans honte, à la faire courageusement. Il faut du courage. Chercher à prendre la beauté dans les petites choses (…) : cette beauté de tous les jours, la prendre, ne pas perdre cela. Remercier pour ce que tu es : « Je suis ainsi : merci ! ». Bien souvent, dans la vie, nous perdons du temps à nous demander : « Que suis-je ? ». Mais tu peux te demander « qui » tu es » et passer toute ta vie en cherchant « qui » tu es… Demande-toi : « Pour qui suis-je ? ». (…) Pour qui suis-je, et non qui suis-je : cela vient après, si c’est une demande qu’on doit faire, mais avant tout pourquoi faire un travail, un travail de toute une vie, un travail qui te fait penser, qui te fait sentir, qui te met en action. Les trois langages : le langage de la pensée, le langage du cœur et le langage des mains. Aller toujours de l’avant.

Il y a une autre chose que je voudrais vous dire : le Synode ce n’est pas un parloir. Les JMJ ne seront pas un parloir ou quelque chose d’approchant, ou une belle chose, une fête et ensuite ciao j’oublie… Non, concrétisez ! La vie nous demande du concret. Dans cette culture « liquide » il faut du concret : le concret c’est votre vocation.

(…) Aux jeunes aujourd’hui, aux jeunes la vie demande une mission ; l’Église leur demande une mission et aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin, nous avons besoin du pont, du dialogue entre les grands parents et les jeunes, entre les vieux et les jeunes. Le prophète Joël, dans le chapitre 3, verset 1, nous dit ceci, comme une prophétie : « Vos anciens seront instruits par des songes et vos jeunes gens par des visions », c’est à dire qu’ils porteront en avant par des prophéties les choses concrètes. Ceci est un objectif que je vous donne aussi au nom de  l’Église : parler avec les anciens. « Mais c’est ennuyeux…  ils disent toujours les mêmes choses… » Non : écoute l’ancien. Parle. Demande des choses. Fais en sorte qu’ils songent et à partir de ces songes va de de l’avant, pour prophétiser et pour rendre concrète cette prophétie. Aujourd’hui c’est votre mission, c’est la mission que vous demande aujourd’hui l’Église.  Chers jeunes, soyez courageux ! « Mais, (…)j’ai péché, je tombe si souvent… » Il me vient à l’esprit une chanson alpine, très belle, que chantent les alpinistes : « Dans l’art de monter, l’important n’est pas de ne pas tomber, mais de ne pas rester à terre… » Avance ! Tu tombes ? Lève-toi et va de l’avant. Mais pense à ce qu’a songé le grand-père, ce qu’a songé le vieux ou la vieille. Fais-les parler, prends cela et fais le pont avec le futur. C’est l’objectif et la mission qu’aujourd’hui vous donne l’Église.  (…) Et [l’on] vous demandera : « Avez-vous parlé avec les vieux ? Avez-vous parlé avec les anciens ? Avez vous pris les songes de l’ancien et les avez vous transformés en prophéties concrètes ? » C’est votre objectif. Que le Seigneur vous bénisse ».

 

Notes :

(1)Voir notre article : « à qui appartiens-tu ? Ta vie chrétienne est-elle réelle ou virtuelle » ?

(2) Découvert via http://plunkett.hautetfort.com/archive/2017/04/11/nouvelle-evangelisation-sur-le-terrain-de-toutes-les-realites.html ; Voir aussi : https://fr.zenit.org/articles/le-pape-invite-les-jeunes-a-se-demander-pour-qui-suis-je-et-non-qui-suis-je/

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« En attendant la COP21″(3). Marches pour le climat interdites : mauvais signal ?

"Non" aux manifestations prévues pour le climat ? Les organisateurs devront faire preuve de créativité pour trouver des alternatives...

« Non » aux manifestations prévues pour le climat ?
Les organisateurs devront faire preuve de créativité pour trouver des alternatives…

La COP21 débute ce dimanche 30 novembre. Or, suite aux attentats du 13/11 et pour des raisons de sécurité, les principales manifestations pour le climat-dont les marches prévues pour les 28 et 29/11-ont été interdites à Paris, mais aussi dans d’autres villes de France.

Autant de « mauvais signaux » pour l’issue de la COP21 et ce, avant même qu’elle n’ait commencé ? « Les intérêts particuliers » l’emporteront-t-ils « sur le bien commun », conduisant « à manipuler l’information pour protéger leurs projets », comme le redoute le Pape François ?

Car, pour qu’il y ait un accord « réel »(c’est à dire, « réellement » contraignant), une mobilisation de centaines de milliers de personnes dans les rues reste nécessaire, pour exercer « une saine pression » sur les décideurs réunis pour la conférence, souligne Patrice de Plunkett sur son blogue. Point de vue partagé par Steve Tanner, directeur d’A Rocha Suisse(ONG évangélique de préservation de l’environnement), qui déclare : «Plutôt que de considérer la question à l’échelle de la planète, les dirigeants protègent des intérêts particuliers, ce qui bloque les négociations. C’est à la rue de manifester et d’exiger la solidarité nécessaire de la part de leurs dirigeants».

Des alternatives pour le climat, pour sensibiliser et peser sur les décideurs...

Des alternatives pour le climat, pour sensibiliser et peser sur les décideurs…

En attendant, d’autres stratégies alternatives se mettent en place. En voici quelques-unes, présentées par :

-La coalition Climat 21, qui présente ici son nouveau « plan de mobilisation » ;

A Rocha France, qui encourage la poursuite de la mobilisation pour le climat, et maintient sa journée du 5 décembre, à Paris 8e-« une réponse chrétienne au changement climatique ». Réservation en ligne indispensable.

Et n’oublions pas le jeûne pour le climat, prévu le 1er décembre.

 

La vie par Sa mort ? Un mystère !

Jeune lecteur par Francisco Farias Jr Savoir renoncer au superflu pour mieux nous concentrer sur Dieu

Jeune lecteur par Francisco Farias Jr
Lorsque nous plongeons nos regards dans les mystères de Dieu, nous nous sentons tout petits…

« Universalisme* versus prédestination » : ou peut-on faire « froidement » de la Haute-théologie à propos de l’amour de Dieu ou des raisons pour lesquelles Christ est mort ?

Tous sauvés ou seulement quelques-uns ?

« L’universalisme est la doctrine théologique que toutes les âmes seront finalement sauvés et qu’il n’y a pas de tourments de l’enfer ». « Il a pour fondement la croyance que le salut promis par Dieu bénéficiera à toute l’humanité, par le biais de la rédemption. L’universalisme s’oppose alors à la prédestination ».

«Nous appelons ‘prédestination’ le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu’il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à l’éternelle damnation. Ainsi selon la fin pour laquelle est créé l’homme, nous disons qu’il est prédestiné à la mort ou à la vie.» écrit Calvin dans L’Institution chrétienne, III.xxi.5 (Aix-en-Provence: Kerygma, 1978) – cité par La Revue Réformée**.  (Article à lire pour éviter de simplifier la pensée de Calvin à ce sujet)

« Pour ou contre l’ universalisme » et « universalisme versus prédestination » sont de vieux « débats » récurrents de l’histoire de l’Eglise, notamment au sein du protestantisme.
En guise d’illustration, je relèverai  plusieurs réactions autour de “La vie par sa mort“[ou « The Death of Death in the Death of Christ »], ouvrage dit « polémique »(il affirme que la doctrine du salut universel ne serait pas fondée sur les Ecritures) de John Owen, pasteur et théologien puritain anglais, publié en 1647.
J’ai découvert l’existence de ce livre, ainsi que les diverses critiques et réflexions à son sujet, par le biais de certains blogues protestants évangéliques.

Mais au-delà des débats et analyses théologiques, il me paraît intéressant de relever ici les interrogations de Hillsong nutella à propos de l’ouvrage :

« Owen explique que Christ ne peut être mort pour tous les hommes, puisque tous les hommes ne sont pas sauvés ; son sacrifice n’aurait donc pas été suffisant, ce qui est d’après Owen une hypothèse insultante vis-à-vis de Dieu. Christ est donc mort pour une partie des hommes seulement, ceux que Dieu a élus.
Il donne plein d’arguments très précis ou plus généraux, fondés sur l’étude de nombreux passages de la Bible, pour appuyer sa thèse.
Je ne vais pas rentrer dans le commentaire systématique ici, bien qu’en plusieurs points ses arguments m’ont semblé discutables.
Ce qui me pose vraiment problème, c’est le corollaire de sa thèse : Dieu n’aime pas tous les hommes de la même façon, son amour ne va pas jusqu’à souhaiter leur salut à tous. Comment accepter cette idée ?
(…..)
En ce temps de l’Avent, un temps pour se souvenir et se laisser toucher par cet amour qui est venu jusqu’à nous, cet amour auquel nous sommes plus chers que les oiseaux que pourtant il nourrit, je ne peux pas imaginer que certains humains sont exclus de cet amour.
Tous aussi indignes de cet amour, comment certains en seraient-ils malgré tout bénéficiaires et d’autres exclus ?
Alors on peut discuter sur la prédestination et le libre-arbitre, c’est vrai. Owen en parle. Mais affirmer froidement que Christ n’est pas venu pour tous, ça dépasse ma compréhension ».

Pour ma part, je n’ai pas(encore) lu le livre(je n’en parlerai donc pas, en attendant de pouvoir le lire vraiment) ! 😉  ) Mais j’avoue que cette question me dépasse aussi. En fait, il est normal qu’elle nous dépasse tous, puisqu’elle nous révèle ainsi et de plus en plus un Dieu infini, qui ne ressemble pas à l’homme.
Heureusement ! Et c’est cette grandeur de Dieu qui nous émerveille.

Soyons donc émerveillés.

Néanmoins, je pense que Dieu « ne fait pas de favoritisme »(ou « acception de personnes » dans la Darby) et qu’Il n’exclue personne. Il a « tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit ne périsse pas mais ait la vie éternelle »(Jean 3v16). Et Il « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2.4).

Mais « tout le monde » le veut-il, alors qu’il le peut, puisque Dieu le veut et le rend possible ?
Semble-t-il que non, malheureusement.
C’est là que commence la responsabilité humaine.

Je suis conscient que c’est un peu court, et que ce n’est pas là « de la haute théologie ». D’ailleurs la critique de La Maison de la Bible prévient que le livre est « hard(u) » : « le sujet est compliqué et délicat. Le thème de la prédestination n’est en effet pas aisé à traiter; c’est un mystère que personne ne peut élucider claire-ment et de manière juste ».

Bref, en résumé :

« Prédestination » ? Mystère !
Amour et grâce de Dieu(pour tous les hommes, cf Tite 2v11) ? Mystère !

Néanmoins, Jésus-Christ est bien venu dans ce monde pour une « catégorie de gens » : les pécheurs(à la repentance), et non ceux qui se croient justes !(Matt.9v12-13 cf Luc 5:32)

Notes :

*Comme celui affiché par le pape François en septembre dernier, « rassurant les athées » comme l’a relevé Guillaume Bourin en réponse à un commentaire, sur son blogue ?

Lire le contenu(en français) de la fameuse lettre du Pape à Eugenio Scalfari, fondateur du journal « La Repubblica ».

Extraits : « J’en viens(écrit le Pape) ainsi aux trois questions que vous me posez dans votre article du 7 août. Il me semble que, dans les deux premières, ce qui vous tient à cœur c’est de comprendre l’attitude de l’Église envers celui qui ne partage pas la foi en Jésus. Avant tout, vous me demandez si le Dieu des chrétiens pardonne celui qui ne croit pas et ne cherche pas la foi. En admettant que – et c’est là la chose fondamentale – la miséricorde de Dieu n’a pas de limites si l’on s’adresse à lui d’un cœur sincère et contrit, la question pour qui ne croit pas en Dieu réside dans l’obéissance à sa propre conscience. Le péché, même pour celui qui n’a pas la foi, c’est d’aller contre sa conscience. Écouter et obéir à celle-ci signifie, en effet, se décider face à ce qui est perçu comme bien ou comme mal. Et c’est sur cette décision que se joue la nature bonne ou mauvaise de nos actions.

En deuxième lieu, vous me demandez si la pensée selon laquelle il n’existe aucun absolu et donc même pas une vérité absolue, mais uniquement une série de vérités relatives et subjectives, est une erreur ou un péché. Pour commencer, je ne parlerais pas, même pas pour celui qui croit, de vérité « absolue », en ce sens qu’absolu est ce qui est détaché, ce qui est privé de toute relation. Or, la vérité, selon la foi chrétienne, est l’amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ. Donc, la vérité est une relation ! À tel point que même chacun de nous la saisit, la vérité, et l’exprime à partir de lui-même : de son histoire et de sa culture, du contexte dans lequel il vit, etc. Ceci ne signifie pas que la vérité soit variable et subjective, bien au contraire. Mais cela signifie qu’elle se donne à nous, toujours et uniquement, comme un chemin et une vie. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit : « Je suis la voie, la vérité, la vie » ? En d’autres termes, dès lors que la vérité ne fait, en définitive, qu’un avec l’amour, elle exige l’humilité et l’ouverture pour être cherchée, accueillie et exprimée… »

** Voir cet article, cet autre et cet autre encore de « La Revue Réformée » ;  celui-ci de « Bible ouverte » et ce dernier de la revue « Promesses ».

L’adversaire de François(homme de l’année 2013) a un nom : « la finance »

Nommé il y a quelques jours « personnalité de l’année » par le magazine américain Time, le pape catholique François (dont nous avions déjà parlé) a fêté le 17 décembre ses 77 ans avec  quatre sans-abris séjournant dans le quartier autour du Vatican.

En quoi un tel événement peut-il intéresser un « protestant évangélique » ?

Tout d’abord, parce qu’« il ne s’agit pas d’un prix, mais d’une reconnaissance d’impact*. Aussi est-il significatif de noter que depuis 1927, seules six personnalités religieuses** ont été ainsi reconnues par le prestigieux magazine », comme le rappelle le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath dans une note de (son) blogue, « Une distinction rare : le pape François, homme de l’année 2013 (Time) » publiée le 19/12/13.

M. Fath relève d’ailleurs « que François est le seul pape à avoir été nommé dès son année d’arrivée au pontificat. Signe d’une entrée en fanfare »  d’une personnalité qui[c’est nous qui soulignons] a redonné du sens et du poids au fameux « Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste » de Dom Helder Camara, archevêque de Recife, dans le Nordeste du Brésil de 1964 à 1986.

En effet, lors d’un entretien accordé à la revue jésuite « Civilta Cattolica », le pape François fixait certaines priorités, justifiant sa relative discrétion sur les questions de moeurs et de morale, préférant insister sur « la miséricorde ». Une attitude qui « lui vaut des critiques au sein de l’institution », de l ‘aveu de l’intéressé qui avait déclaré :

Quelle est la mission de l'Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

Quelle est la mission de l’Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin d’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité ». Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et le taux de sucre trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons parler de tout le reste. Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Cela n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché(…) Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Église risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes. L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C’est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales ».

« Si seulement ils pouvaient forcer ce foutu marxiste à parler sexe.. »

On comprend d’autant mieux que de tels propos, par ailleurs favorablement accueillis par les catholiques et les médias américains, dont le New York Times, n’ait pas rassuré Adam Shaw, rédacteur en chef de Fox News et catholique, qui a comparé le pape à Barack Obama dans une tribune publiée sur le site internet de la chaîne d’information.

Par la suite, les pages économiques et sociales de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile »(« Evangelii gaudium » )du pape François publiée le 26/11/13, venant « enfoncer le clou »,  ont déchaîné « une rage spectaculaire chez des ténors de la droite conservatrice et du Tea Party aux Etats-Unis », qui l’ont traité de « marxiste », comme l’a relevé le journaliste Patrice de Plunkett dans une série de notes sur son blogue.

Pas étonnant, quand ce dernier appelle les dirigeants des grandes puissances mondiales « à lutter contre la pauvreté et les inégalités engendrées par le capitalisme financier », qu’il qualifie de « nouvelle tyrannie invisible » et quand il se montre critique à l’égard d’un système économique « de l’exclusion », dénonçant « la nouvelle idolâtrie de l’argent » et plaidant pour un « retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain ».
Son devoir, « au nom du Christ », est « de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter, les promouvoir », dénonçant dans un passage consacré aux « défis du monde actuel » qu’« il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en Bourse en soit une ».

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société », poursuit le texte***.

Une façon plus claire, plus cohérente et plus vivante d’affirmer l’Evangile, centré sur Jésus-Christ, lequel est venu « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… »(Luc 4v18 et ss) ?

Selon Patrick J. Deneen, cité par Patrice de Plunkett,  ceux qui critiquent le Pape, lui reprochant de se mêler de questions qui ne le concerneraient pas, voudraient cantonner « la foi catholique dans les domaines de ‘la foi et la morale’ – pour dénoncer l’avortement, s’opposer au mariage gay et faire individuellement la charité » . Par là même, de telles personnes témoignent d’un « catholicisme de conversation courtoise » et  « fragmentaire, qui ne met pas en cause des points fondamentaux de l’idéologie économiciste ». Il s’agit là d’« un catholicisme acceptable par ceux qui contrôlent le discours dominant, parce qu’elle ne met pas en danger ce qu’il y a de plus important pour les dirigeants de la République : maintenir un système économique postulant l’extraction [pétro-gazière] sans limite, attisant des désirs sans fin, et créant un fossé de plus en plus large entre winners et losers au nom du mantra de « l’égalité  des chances ». Un énorme appareil de financement soutient les causes catholiques du moment qu’elles ne concernent que la sexualité : autrement dit l’avortement, le mariage gay ou « la liberté religieuse » (confondue à vrai dire avec les questions d’avortement) »

A ce sujet, comment se positionneront les protestants évangéliques ?

Cette « personnalité de l’année 2013 » et ses actions nourrissent enfin la réflexion suivante, de nature peut-être à interpeller chacune et chacun, y compris protestant évangélique : l’Eglise(corps de Christ) doit-elle « faire de la politique ? » Et d’ailleurs, à partir de quand l’Eglise « fait-elle de la politique » ? Visiblement, quand elle combat le projet de loi sur le mariage pour tous ou quand elle prend le parti des pauvres.
Parmi les points dits « non négociables », ou « les valeurs bibliques », la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale(et leurs causes structurelles), et donc la défense de la vie tout court, en fait-elle partie ?

Quoiqu’il en soit, de telles déclarations-très évangéliques-rappellent 1)que le christianisme est une question de « relations » : « verticales », avec Dieu(1 Jean 5v20-21) et « horizontales » avec autrui ».

Ces relations « les uns les autres » enseignées notamment dans les épîtres de Paul, et envers « mon prochain »(Luc 10v27 et ss, d’après Lévitique 19v18).

Et 2)que le corps de Christ, constitué selon et par Dieu, « donne plus d’honneur à ce qui en manque », de sorte « qu’il n’y ait pas de division dans le corps »(1 Cor.12v22-25).

En effet, « sans justice, pas de paix ».

Notes :

* « Pourquoi saluer ainsi un pape qui a débuté son pontificat il y a tout juste neuf mois ? Pour Time, il s’agit sans doute de parier sur ce que le pape François peut faire, plutôt que de le récompenser pour ce qu’il a… déjà fait ».

**Un hindouiste (Gandhi, en 1930), un protestant baptiste (Martin Luther King, en 1963), un musulman chiite (l’Ayatollah Khomeini, en 1979), et…. trois catholiques, les papes Jean XXIII (en 1962), Jean-Paul II (en 1994), et désormais François (2013).

*** http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE9AP04520131126 ;

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203150549548-le-pape-francois-accuse-la-nouvelle-tyrannie-des-marches-632513.php ;

http://www.latribune.fr/actualites/economie/20131126trib000797883/le-pape-s-attaque-a-la-tyrannie-des-marches.html ;

http://chretiensdegauche.com/2013/12/18/de-leglise-de-la-politique-et-de-leconomie/ ;

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201312/16/01-4721268-le-pape-et-la-droite-americaine.php ;

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quand-obama-cite-evangelii-gaudium-06-12-2013-47372_16.php )

Le nouveau pape François : « une synthèse réussie » entre la défense de la famille et la lutte contre la pauvreté ?

Je n’ai jamais écrit sur un pape.

Le présent billet constitue une exception, pour plusieurs raisons :
d’une part, du fait du caractère du nouveau pape et, d’autre part, par ses positions qui me paraissent constituer une synthèse intéressante(justice sociale, famille, place du Seigneur Jésus-Christ, vérité et souffle contre tradition…), de nature à inspirer les protestants évangéliques.

Il n’était pas le favori, mais François est le Premier pape latino-américain depuis hier soir : « il portera la voix du Sud », selon « La Croix », daté du 13/03/13.

Son portrait dressé par le quotidien catholique peut se résumer ainsi :

« Un ascète, qui a toujours fait

Pauvres par Lee WagL'election du nouveau pape : la promesse du rappel que la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ?

Pauvres par Lee Wag
L’élection du nouveau pape : la promesse du rappel que la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ?

du combat pour les pauvres sa priorité ». [comparer cette affirmation du Seigneur Jésus, comme quoi « la bonne nouvelle a été annoncée aux pauvres »,  en Luc 4v16-21 et 7v18-23]
« Un homme discret et très efficace, fidèle à l’Église »

« Un sens pastoral affirmé : L’homme est en effet connu pour parler peu mais écouter beaucoup(…), confessant régulièrement dans sa cathédrale « et faisant tout pour rester proche de ses prêtres pour lesquels il a ouvert une ligne téléphonique directe. On le voit d’ailleurs souvent déjeuner d’un sandwich dans un restaurant avec un de ses curés et il n’a pas hésité, en 2009, à venir loger dans un bidonville chez un de ses prêtres menacé de mort par des narcotrafiquants ».

« Pourfendeur du néolibéralisme et de la mondialisation : Ayant fait de la pauvreté un de ses combats – « une violation des droits de l’homme », affirmait-il en 2009 – ce pourfendeur du néolibéralisme et de la mondialisation est ainsi devenu une autorité morale incontestable en Argentine et au-delà. Au point où il apparaît aujourd’hui, dans un pays où l’opposition est quasi inexistante, la seule véritable force à s’opposer au couple Kirchner [Christina est l’actuelle présidente de l’Argentine depuis 2007, succédant à son mari Nestor, président, à sa mort en exercice] dont il ne cesse de dénoncer l’autoritarisme ».

Sur ce dernier point, sachant qu’ « un autre » François(le président français Hollande) avait déclaré au Bourget, en janvier 2012, que « la finance était l’ennemie », parce elle a « pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies », une « emprise qui est devenue un empire » et « s’est affranchie de toute règle » , la comparaison(et le contraste, entre les paroles et les actes) ne manque pas de sel.

Pour une église témoin du Christ et non d’une tradition….

Pour le journaliste catholique Patrice de Plunkett, « François met son pontificat sous le signe de la prière, de l’humilité, de la fraternité et d’une sainte liberté envers les usages[ou la tradition]…un programme de simplicité fraternelle, pour que le monde comprenne que l’Eglise n’est que l’outil du Christ».

Et de relever que « Le pape sud-américain prend le nom de François. Ce premier pape jésuite se place sous le patronage du Poverello[cad Saint François d’Assise-dont l’une des prières a été mise en musique par Noël Colombier : « Seigneur, fais de nous… » in JEM 1 numéro 199 ] : l’heure(…)d’une deuxième révolution franciscaine : A l’intérieur de l’Eglise qui va accueillir l’élan nouveau, capable de faire craquer les vieilles coutures. Et vers l’extérieur, pour faire connaître le contenu de la foi chrétienne : ce monde ne peut découvrir le Christ qu’à travers des témoins qui Lui sacrifieront leurs « traditions » et leur confort. «Le Christ s’est désigné comme la Vérité et non pas comme la coutume », disait Tertullien.

A Buenos-Aires, l’archevêque Bergoglio ne vivait pas à l’archevêché mais dans un simple appartement. Il n’avait ni domestique ni voiture, prenait le métro, lavait les pieds des sidéens dans un hôpital le Jeudi Saint. Cet habitué des bidonvilles mit fin au scandale de prêtres refusant la communion aux mères célibataires. Certes il s’est battu contre l’avortement et le mariage gay, mais loin de lui l’idée de réduire à ça la doctrine sociale de l’Eglise (et le tout n’est pas de faire des enfants : on doit aussi pouvoir les nourrir). Ce pape est l’homme de la justice sociale et de l’évangélisation, qui forment un tout indissociable ».

Bref, comme souligné précédemment, des positions qui me paraissent constituer une synthèse intéressante, de nature à inspirer les protestants évangéliques.

L’hebdomadaire protestant « Réforme », enfin, qualifie le nouveau pape d’«homme simple et pragmatique »  : « …récemment prononcé en faveur de la contraception et du baptême des enfants hors mariage. Mais en 2010 il s’était violemment opposé au mariage entre homosexuels voté en Argentine, défendant la famille. Il s’est engagé contre la mondialisation « sauvage » (…) Très engagé auprès des pauvres, il passe du temps avec les prêtres des quartiers défavorisés de Buenos Aires. Il se dit plutôt ouvert au dialogue œcuménique et interreligieux. L’avenir le dira ».