« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? » de NT Wright

Une invitation à poser « un regard neuf » sur « une question ancienne » : « l’autorité de l’Écriture »…

« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », tel est le titre d’un livre de NT Wright, dont nous saluons aujourd’hui la récente parution en français aux éditions Scriptura, en avril 2021, sachant que son édition originale anglaise date de….2005 ! (1)

Ce titre ne manque pas de nous interpeller : nous lisons « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », plutôt que « l’autorité de l’Ecriture » (ou de « la Parole de Dieu »), vu l’importance de la Bible, en matière de foi et de vie, pour les Eglises protestantes et Évangéliques, sans oublier la place qu’elle a pu retrouver dans l’Eglise catholique, après Vatican II.

Son sous-titre – « comment lire la Bible aujourd’hui ? » – suggère que nous la lisons sans doute « mal » ou, du moins, de façon problématique.

Pire, souligne NT Wright dans la préface à la seconde édition de l’ouvrage, « dans la génération passée, la Bible a été utilisée de manière abusive, mise en débat, abandonnée, vilipendée, justifiée », ou encore « déchiquetée » par les savants, quand d’autres ont tenté de « recoller ses morceaux ». La Bible « a été prêchée et on a prêché contre elle, on l’a placée sur un piédestal et on l’a foulée aux pieds. La plupart du temps, elle a été traitée comme des joueurs de tennis traitent la balle. Plus vous voulez remporter le point, plus vous frappez fort sur la pauvre chose. Pris dans son ensemble, l’Eglise ne peut clairement pas vivre sans la Bible, mais elle ne semble pas vraiment savoir comment vivre avec non plus. » (op. cit., p 8)

« Tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux. », dit Jésus dans l’Ecriture (Matt.13v52).

NT Wright, « un scribe » d’aujourd’hui, nous invite à poser « un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir :

« Comment l’Ecriture peut-elle faire autorité », quand l’Ecriture elle-même déclare que toute autorité appartient au seul vrai Dieu et « que toute autorité » a été donnée à Jésus-Christ « dans le ciel et sur la terre » (Matt.28v18) ?

Quel est le rapport entre « l’Ecriture » et « l’autorité de Dieu » ?

De quelle manière la Bible fait-elle autorité ? Comment son autorité peut-elle s’appliquer à l’Eglise, si ce n’est au monde entier ?

Comment la Bible peut-elle être correctement comprise et interprétée, en évitant les écueils du rationalisme critique asséchant et le littéralisme fondamentaliste ?

Après un prologue dans lequel NT Wright se penche sur « le rôle de l’Ecriture dans l’Eglise chrétienne historique, puis sur la façon dont la compréhension actuelle de ce rôle est influencée par la culture contemporaine », il envisage ensuite ce que nous avons coutume d’appeler « l’autorité de l’Ecriture » comme faisant partie « d’une autorité divine plus large ».

Dans un style alerte et de façon stimulante, employant des métaphores significatives et saisissantes, NT Wright défend l’argument comme quoi l’expression « l’autorité de l’Ecriture » n’a de sens d’un point de vue chrétien que s’il s’agit d’un « raccourci » pour désigner « l’autorité du Dieu trinitaire (Père, Fils, Saint-Esprit) exercée à travers l’Ecriture » (op. cit., p 37). Il explique alors que « les raccourcis sont aussi utiles que les valises », nous permettant de « rassembler beaucoup de choses complexes et de les transporter ensemble », à condition de « déballer ce qui a été emballé pour l’utiliser dans un nouveau lieu. Certaines affaires, restées de longues années dans une valise, ont peut-être moisi. Un coup d’air frais et peut-être même un coup de fer à repasser leur seraient bénéfiques » (op. cit, pp 38-39) !

Ainsi, « le raccourci de l’autorité de l’Ecriture », une fois « déballé », nous révèle une vision plus holistique de celle-ci, comme de la nature de « l’autorité de Dieu » : il s’agit du « plan de Dieu souverain et salvateur pour le cosmos entier, inauguré de façon radicale par Jésus lui-même, et désormais mis en œuvre par la vie conduite par l’Esprit de l’Eglise », celle-ci définie comme étant « la communauté qui lit l’Ecriture »   (op. cit., pp 139-140).

Employant une autre métaphore, NT Wright défend également l’argument que le récit biblique est « une pièce de théâtre en cinq actes, dans laquelle nous sommes appelés à improviser l’acte final » (op. cit., p 9). Ces cinq actes sont : 1) la création ; 2)“la chute” ; 3)Israël ; 4)Jésus et 5)l’Eglise. Selon NT Wright, il est essentiel de savoir que nous vivons au cinquième acte, le temps de l’Eglise, qui commence à Pâques et à la Pentecôte, en continuité directe avec les actes précédents, et que vivre au cinquième acte, c’est être conscient de vivre « comme un peuple à travers lequel le récit biblique se dirige maintenant vers la destination finale” (p.91).

Comprendre cette mission pour l’Eglise, c’est donc considérer le grand projet de Dieu pour le monde entier, et comment l’Eglise est appelée à y prendre part. Cela implique de comprendre que la Bible est bien plus qu’un simple « manuel de dévotion » et/ou « d’instruction », mais un moyen de l’action de Dieu en nous et à travers nous.

De là, une fois démontées les lectures jugées erronées de l’Ecriture (de « droite » ou « conservatrices », comme de « gauche » ou « libérales »), des perspectives enrichissantes et rafraichissantes nous sont offertes pour une lecture personnelle et communautaire renouvelées, en réexaminant la place de la tradition (« vivre en dialogue avec des lectures plus anciennes ») et celle de la raison (« prendre en compte le contexte, le sens et toute forme de savoir plus global »).

Selon NT Wright, nous honorerons « l’autorité de l’Ecriture », en lisant celle-ci de manière totalement contextualisée (« chaque mot doit être compris au sein de son propre verset, chaque verset au sein de son propre chapitre, chaque chapitre au sein de son propre livre et chaque livre au sein de son contexte historique, culturel et canonique »), ancrée liturgiquement (en lui redonnant toute sa place lors du culte – et pas seulement via quelques versets lus en illustration ou en introduction d’une prédication), en l’étudiant en privé, en renouvelant cette lecture par une connaissance appropriée, et quand elle est enseignée par les dirigeants accrédités de l’Eglise.

Enfin, en annexes de cette édition, figurent deux « études de cas » (le shabbat et la monogamie) pour illustrer comment cette redéfinition de « l’autorité de l’Ecriture » peut fonctionner.

Au final, il s’agit d’un livre rafraichissant et bienvenu, au point de vue très riche – mêlant aussi bien connaissances historiques et théologiques que philosophiques – de la part d’un éminent professeur-chercheur du Nouveau Testament et du Christianisme primitif. Il invite tous les Chrétiens de toute dénomination à « poser un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », pour comprendre à quel point la Bible parle du grand projet de Dieu et pour mieux s’engager dans une telle dynamique. Une perspective bien plus réjouissante que les simples « débats » ou « batailles » autour de la Bible ! L’aventure n’attend que nous…

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En bref : « l’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », de NT Wright. Editions Scriptura, 2021. Disponible chez l’éditeur et/ou dans toutes les bonnes librairies, par exemple ici ou .

Ouvrage reçu gracieusement « en service presse » de la part de Laurène de la Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française (ABF), que je remercie chaleureusement, ainsi que les éditions Scriptura.

La vision de l’ABF est de mettre la Bible à la portée de tous. Ne manquez pas de visiter son site.

[Initialement publié sur Pep’s café! le 28/05/21]

Note :

(1) Plus précisément, comme me l’a expliqué Coraline Fouquet, éditrice aux éditions Bibli’O et Scriptura, que je remercie, il s’agit d’une réponse de l’éditeur à la demande d’un certain nombre de lecteurs de faire traduire et publier un livre qui leur semblait pertinent et manquer en français.

L’Espérance ultime des chrétiens

Qu’est-ce que les chrétiens espèrent de l’avenir ? Vous serez surpris de l’apprendre !

Noël est derrière nous !

Mais savez-vous que les premiers chrétiens ne fêtaient pas Noël, mais uniquement la Résurrection corporelle du Christ, avec la grande fête de Pâques – sans oublier une célébration hebdomadaire ?

Ce qui en dit long sur le fondement de l’espérance future et ultime du christianisme des premiers temps, laquelle était fermement centrée sur cet événement historique. Et il y a de quoi être « surpris par (une telle) espérance », souligne le théologien N.T. Wright dans un passionnant ouvrage récemment publié(1), que je suis en train de lire.

« Les premiers chrétiens ne se satisfaisaient pas simplement de croire en la vie après la mort ; ils n’ont quasiment jamais parlé d’un transfert vers le ciel après la mort (….). Et lorsque ces chrétiens parlaient du ciel comme d’une destination post-mortem, ils semblaient envisager cette vie céleste comme une étape temporaire en route vers la résurrection finale du corps. Lorsque Jésus rassure le brigand sur la croix » qu’« aujourd’hui », il sera avec lui « au paradis » (Luc 23v43), ce « paradis » ne peut être leur destination finale, comme l’atteste Luc au chapitre suivant. « Le paradis » est plutôt le lieu où les morts en Christ (cf 1 Cor.15) se ressourcent en attendant la résurrection. Lorsque Jésus déclare à ses disciples « qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison de (son) père » (Jean 14v2), le terme employé en grec, monè, désigne un séjour provisoire, une halte. Lorsque Paul désire « s’en aller pour être avec Christ, ce qui est bien préférable » (Philippiens 1,21-23), « il pense effectivement au bonheur de vivre auprès de son Seigneur immédiatement après sa mort, mais ce n’est qu’un prélude à la résurrection elle-même » (2).

En clair, explique encore N.T. Wright, l’espérance chrétienne d’un avenir en Dieu repose sur la conviction « d’un processus futur en deux étapes » (2) : 1) A la mort, « le corps de l’homme s’en retourne à la terre d’où il a été tiré [Gen.3v9] et le souffle de vie (l’esprit) retourne à Dieu qui l’a donné » (cf Ecclésiaste 12v7 et aussi Luc 23v46). L’espérance du chrétien est de demeurer auprès du Seigneur, dans l’attente de 2) son espérance ultime, laquelle est la Résurrection des morts, et une existence nouvelle dans une Création renouvelée [des « nouveaux cieux » et une « nouvelle terre »], selon Apocalypse 21v1, 4, où « la mort ne sera plus » et où « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance. »

Au final, « Surpris par l’espérance » nous montre que ce que nous croyons à propos de la vie après la mort affecte directement ce que nous croyons de la vie avant la mort. En effet, si Dieu veut renouveler toute la création et non la détruire, cela signifie que la mission de l’Église ne peut se limiter au seul « salut des âmes » : elle doit travailler pour le royaume (ou le règne) de Dieu, dans le monde entier, en apportant guérison et espérance dès la vie présente.

Qu’en est-il pour vous ?

Une bonne idée de première lecture, pour bien débuter la nouvelle année !

Voir aussi, sur le même sujet, cette question « théo » très pratique :  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/03/20/la-question-theo-du-mois-dieu-va-t-il-detruire-la-terre-lors-du-retour-de-jesus-christ/

 

Notes :

(1)Wright, N.T. Surpris par l’espérance. Excelsis, 2019 (Sel et lumière). Voir ici ou dans toutes les bonnes librairies.

(2) Ibid, p 85