Mon top 10 de fiction littéraire

« En fin de compte, l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur parvient à trouver goût à la vie à travers le livre…..« 

En écho à David, de « Plumes chrétiennes », qui nous a partagé son « top 10 de fictions littéraires chrétiennes » et en guise de prolongement de mon article sur les bienfaits de la lecture de fiction littéraire tout court, je vous livre ici mon « top 10 » en la matière : du classique, bien entendu, mais aussi du contemporain – surtout étranger – avec des auteurs archi-connus (mais combien vraiment lus ?) mais aussi moins connus. De quoi vous inspirer quelques idées de lecture pour l’été ou le fameux jeu de l’île déserte !

 

Guerre et paix, de Léon Tolstoï (2 Tomes) : un roman poème écrit en 1865-69, dans lequel se mêlent psychologie, épopée, réalisme et philosophie de l’histoire. La plus grande œuvre de la littérature russe et l’un des plus beaux monuments de la civilisation européenne.

« Don Quichotte » de Cervantès (1547-1616), que tout le monde « connaît » sans l’avoir réellement lu. Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que le titre précédent, pour ne citer que celui-là  – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne. Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne

La nature exposée, d’Erri de Luca : Dans un village au pied de la montagne, un sculpteur aide des clandestins à franchir la frontière. Bientôt, le soutien qu’il leur apporte attire l’attention des médias. Il décide alors de quitter le village et se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, révéler la «nature» qui se cache sous le pagne du Christ. Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés, et sur l’humanité du Christ.

Le Tour de l’oie, d’Erri de Luca, un auteur multiple dont je parle souvent sur ce blogue : Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – lit « Pinocchio » à son fils, dans la pénombre. Le narrateur rêve cette scène et un fils qui n’a jamais existé et qu’il n’a jamais eu. Il imagine qu’il lui parle de sa vie, de son enfance napolitaine et, au fur et à mesure, la parole intime donne consistance à ce fils imaginaire qui se sent citoyen de « la nouvelle Europe ».

Une Histoire d’amour et de tènèbres, d’Amos Oz. Il y est question d’un petit garçon qui joue à inventer des histoires, à la demande de sa mère. Il devient par la suite un grand romancier. Sa mère n’est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre le récit de l’existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux, « une histoire d’amour et de ténèbres », qui est aussi celle d’un peuple [Voir aussi son recueil de nouvelles « Entre amis », dont l’action se déroule dans un kibboutz : il se lit comme un roman]

Le Rouge et le noir, de Stendhal : un roman de l’ambition et de l’énergie gaspillée, publié en 1830, dont la réalité a fourni le sujet de l’intrigue à l’auteur.

Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi : singulier roman, à la structure complexe, d’un écrivain tunisien naturalisé français (né en 1920 d’une mère berbère et d’un père juif d’origine italienne, l’un et l’autre arabophone), publié à Paris en 1969.

On y retrouve la quête existentielle de tous ses héros : « qui suis-je ? » et « qui suis-je pour les autres ? » Dans ce roman, Marcel, un ophtalmologue réputé dans un pays en voie de décolonisation, est chargé par l’éditeur de son frère Emile disparu – un écrivain particulièrement préoccupé de ses origines et de son identité – de remettre de l’ordre dans « la cave » de celui-ci, en réalité un « tiroir toujours entrouvert, en haut à droite de son bureau, où il jetait en vrac, au jour le jour, tous ses manuscrits et documents de travail », et qui contient le monde imaginaire de l’auteur. Ainsi, histoire, journal, chroniques, notes philosophiques, mythes, s’entrelacent, pour former « la confession imaginaire » d’Émile, lequel est « en même temps » musulman, italien, français…De là, le lecteur est conduit à une réflexion sur le réel et l’imaginaire : qui sommes-nous ? Comment arrivons-nous à vivre ? Quelle part de vérité pouvons-nous supporter ? Quelle part de rêve ou d’illusion ?

Depuis 2000 ans  de Mihail Sebastian : un roman autobiographique (version romancée de son « journal ») qui retrace les dix années de vie d’un jeune juif roumain, de 1923 à 1933. Confronté aux violences de l’antisémitisme-jusque dans les universités et dans les milieux intellectuels, il s’interroge sur les causes qui le nourrissent depuis 2000 ans.

Le Tentateur d’Hermann Broch : roman posthume de l’auteur autrichien (1886-1951) qui raconte comment un personnage assoiffé de pouvoir mystifie la population d’un petit village autrichien. A découvrir, son œuvre polymorphe, comportant romans, essais, correspondances, mêlant philosophie, histoire, psychanalyse et littérature. Une diversité qui n’est pas synonyme de dispersion puisque tous les écrits revêtent des enjeux éthiques et politiques. Broch, auteur engagé, concentre sa pensée sur l’homme, sa situation dans le monde moderne. L’absence d’ « un » sens et le sentiment de solitude forment la toile de fond de ses romans et de sa pensée.

La Maison de Noé, de Marilynne Robinson

Ou l’extravagance adulte vue par deux orphelines. Leur mère a déposé Ruth et Lucille chez une grand-mère juste avant de mettre fin à ses jours. Les deux petites ont ensuite été confiées à leur tante Sylvie, une femme qui tenait à sa liberté. Pour s’occuper de ses nièces, elle est venue s’installer dans ce trou invraisemblable, Fingerbone, petite ville coincée entre un vaste lac glacial et les montagnes du Far West, où un grand-père épris d’aventure a construit une maison puis trouvé la mort dans une catastrophe ferroviaire dont le souvenir hante encore toute la communauté.
Là, la nature semble imposer sa loi aux hommes, et les hommes s’imposer des règles les uns aux autres. Ainsi les femmes doivent-elles veiller à bien tenir leur maison, et à se conduire comme il faut. Mais Sylvie n’a pas ce genre de docilité, et c’est en dehors des sentiers battus qu’elle entend élever ses nièces.
Une profonde réflexion sur l’appartenance et la transmission, l’abandon et la liberté.

 

Ceci dit, tout lecteur se doit de connaître le message de Farenheit 451 de Ray Bradbury, ou les trois éléments dont les hommes ont besoin, particulièrement à notre époque d’information(ou de surinformation).

Ce roman décrit une société totalitaire qui brûle les livres, dans un futur indéterminé.

Ray Bradbury fait dire à un de ses personnages que les hommes ont besoin de trois éléments : la qualité de l’information, le loisir d’assimiler cette information, et la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler.  Voilà ce qui est fondamental pour l’homme.

Mais comme l’écrit Tatjana Barazon (1), Bradbury donne l’espoir d’une nouvelle société qui se souvient, mais aura-t-elle le courage de créer la possibilité d’un échange créateur de nouvelles idées ? (…)

L’isolement que constitue le livre et le rapport à lui reste cependant un danger quand la lecture devient enfermement. Dans Auto-da-fé d’Elias Canetti, [un autre roman du prix Nobel 1981, lu il y a plus de 20 ans et qui m’a fait aimer la littérature], c’est un savant sinologue, le professeur Kien, qui cherche à remplacer la vie par les livres. À la différence de Bradbury, Canetti n’imagine pas une société qui meurt par un manque de livre, mais plutôt un homme qui est anéanti par un « excès de littérature ». Le personnage de Kien démontre le danger d’un attachement total aux livres. Il finit aussi par se détruire parce qu’il ne cherche plus le contact de l’autre.

En fin de compte, l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur parvient à trouver goût à la vie à travers le livre…..C’est quand le livre nous révèle à nous-mêmes et devient dans le déploiement de la lecture un contenu créateur de la vie elle-même, que le rapport au livre change.

 

Note :

(1) « Des livres dans la tête : la bibliothèque imaginaire chez Bradbury, Canetti et Joyce », Conserveries mémorielles [En ligne], #5 | 2008, mis en ligne le 01 octobre 2008, consulté le 25 juin 2019. URL : http://journals.openedition.org/cm/129