Interstellar : « la situation est grave et désespérée, mais rassurez-vous, on gère ! »

 

"Interstellar", de Christopher Nolan(2014), avec Matthew McConaughey(sur la photo). "C'est cassé ? T'inquiètes, je gère..." !

« Interstellar », de Christopher Nolan(2014), avec Matthew McConaughey(sur la photo).
« C’est cassé ? T’inquiètes, je gère… » !

Sorti sur les écrans français le 05 novembre 2014(et vu il y a quelques jours), Interstellar est un film de science-fiction réaliste, « dans l’air du temps », pour les thématiques qu’il aborde.

D’abord, le thème de la crise écologique sans précédent que connaît ce futur proche : maltraitée, la Terre « vomit ses habitants » et ne peut plus les nourrir. Les ressources naturelles se raréfient et les céréales( à part le maïs) se meurent. Les hommes tombent malades, victimes d’une poussière persistante et de terribles tempêtes de sable. On pense à une conséquence de la désobéissance et de l’infidélité du peuple de Dieu, décrite dans ces versets de Deutéronome 28v23-24 : « Le ciel sur ta tête sera d’airain, et la terre sous toi sera de fer. L’Éternel enverra pour pluie à ton pays de la poussière et de la poudre ; il en descendra du ciel sur toi jusqu’à ce que tu sois détruit ».

A une époque, on s’en serait pris à Dieu. Ce n’est plus le cas dans le futur d' »Interstellar », où Dieu est le grand absent ou le grand oublié, comme le souligne fort justement Charles Vaugirard, dans son très intéressante critique du film dans « Les Cahiers libres ». On ne semble plus s’occuper de lui, lui préférant un « retour aux sources » ou aux « mythes fondateurs » des Etats-Unis, tels l’esprit du pionnier ou la conquête(de l’Ouest, de l’espace). Le fait que notre bonne vieille planète atteigne ses limites, au point d’en crever et de condamner l’espèce humaine, « ne devrait pas » nous empêcher de pousser les limites(humaines)de l’exploration pour trouver une nouvelle planète habitable(plan A), ou tenter une forme de colonisation s’appuyant sur le développement in vitro d’embryons humains congelés(Plan B). Bref, on n’a donc pas ou plus besoin de Dieu, mais plutôt de la technique, semble-t-il.

De là cet autre thème, abordé « avec intelligence », selon Charles Vaugirard, encore : la question de la place de la technique ou de la technologie.« Est-elle à craindre ? Ou peut-elle contribuer au sauvetage de l’humanité ? ». Une question pertinente, particulièrement aujourd’hui. S’y ajoutent les problématiques de « l’odyssée de l’espèce(humaine)et de l’espace »(dans le sens de trouver un nouvel espace habitable pour l’homme. Ou le dilemme « la Terre, si tu l’aimes, tu la quittes »), de la transmission(« d’une génération à l’autre » en général, et d’un père à sa fille, en particulier. Que léguer, derrière soi ?) et de l’éducation-ici, à visée plutôt utilitariste. En effet, pourquoi apprendre et qu’apprendre, dans un monde condamné, à l’heure où l’urgence est de former des agriculteurs, aux dépends des ingénieurs(et donc des programmes spatiaux), devenus « inutiles » ?

« Interstellar » est donc, pour toutes ces raisons, un film dans « l’air du temps ». Mais c’est aussi un film rassurant, qui nous délivre, en fin de compte, une « vérité bien rassurante » : notre monde est mort, ou en passe de mourir, mais l’homme est tellement intelligent qu’il trouvera une solution. Il s’en sortira toujours, comme le croit le personnage de « Cooper », joué par Matthew McConaughey. Dans le film, la solution est proche de nous, quand « le problème est ailleurs ». Elle est « en nous », voire « nous-mêmes », alors que la Bible affirme que « nous sommes le problème et que la solution vient d’ailleurs », souligne Matthieu Giralt, co-animateur du blogue « Notre église point com », dans une critique complémentaire de celle de Charles Vaugirard.

A propos du problème, il serait pertinent d’en rechercher les causes. Mais Christopher Nolan, le réalisateur, ne veut pas parler de cela. L’important pour le spectateur est de comprendre que la technique est un allié et non un problème(ou en tout cas, responsable du désastre écologique), et que l’on ne pourra faire quoique ce soit sans elle. La technique est au service de l’homme. Les robots(non humanoïdes)sont gentils, bienveillants, et même plus marrants que le sinistre HAL 9000(l’ordinateur fou de « 2001, l’Odyssée de l’espace »). Les robots sont rassurants. L’homme maîtrise. L’homme gère. Dans quel état ? Bien, semble-t-il.

Cette pirouette évoquant une question métaphysique nous permet de soulever que nous sommes également censés voir dans le film une portée « clairement métaphysique »*, selon Matthieu Giralt, co-animateur du blogue « Notre église point com ». « Le contraste entre l’immensité de l’espace et la fragilité de la vie humaine » est censé nous pousser à nous interroger « sur notre place dans le monde ». Mais, constate Matthieu Giralt, « assez paradoxalement, le film ne s’arrête jamais, le temps de réfléchir(…)Toute la dimension métaphysique est presque vidée : toutes les questions[notamment celle de Dieu, ou « des dieux »] ont trouvé leurs réponses ».

En définitive, « Interstellar » est un assez bon film, plutôt réussi(autant les parties intimistes que les parties d’exploration dans l’espace), offrant plusieurs niveaux de lecture et qui nous permet de réfléchir sur pas mal de sujets. A la condition de prêter attention(en sachant les lire et sans se laisser distraire par la mise en scène, la beauté des images, la musique, l’émotion) « aux silences » du film(à l’image du silence dans l’espace ?) : silences à propos de Dieu, ou des causes du désastre écologique…. et à la condition de prêter attention à ce qui est présenté comme normal, banal ou positif. Ainsi, le fameux « plan B », consistant en une forme de colonisation s’appuyant sur le développement in vitro d’embryons humains congelés. Un « plan B » dans l’air du temps, puisque susceptible de donner  naissance à une nouvelle génération…mais de quel ordre ? Avec quels pères et quels repères ?**

 

En bref :

Interstellar
Etats-Unis(2014). Réalisation: Christopher Nolan. Date de sortie: 5 novembre 2014
Avec : Matthew McConaughey (Cooper), Anne Hathaway (Dr Amelia Brand), Michael Caine (Pr Brand), John Lithgow (Donald), Jessica Chastain (Murphy Cooper adulte), Matt Damon (Dr Mann)…
 Durée: 2h50

Bande annonce :

 

Sur le sujet de la Bible, de la création et de l’écologie, voir cet excellent article de « Promesses, revue de réflexion biblique ».

Et si vous voulez de la « métaphysique pour les nuls au cinéma », voir ici : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/02/28/la-metaphysique-pour-les-nuls-au-cinema/

Notes :

* Parlant d’influences : outre « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Kubrick, je pense aussi à « Solaris »- notamment la version récente, avec Georges Clooney, plus psychanalytique que réellement métaphysique, où l’on cite aussi du « Dylan Thomas ».

** Il était facile de la ressortir, cette formule !

Des tétrades : « drame », « roman »…ou faut-il s’attendre à ce que Jésus-Christ revienne en septembre 2015 ?

"Au-dessus de Paris la lune est violette. Elle devient jaune dans les villes mortes. Il y a une lune verte dans toutes les légendes..." chantait Federico Garcia Lorca. Mais celle-ci est rouge.

« Au-dessus de Paris
la lune est violette. Elle devient jaune dans les villes mortes. Il y a une lune verte dans toutes les légendes… » chantait Federico Garcia Lorca. Mais celle-ci est rouge.

Le Seigneur Jésus-Christ reviendra-t-il en septembre 2015 ?

Sans doute pas, et rien ne nous permet de l’affirmer, si l’on en croit le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, dans la Bible(Matt.24v36 ; Marc 13v32). D’ailleurs, Il peut revenir à l’instant, tout à l’heure, demain, dans quelques jours, dans quelques mois ou quelques années…au temps que connaît le Père seul. Et nous serons tous surpris.

Oui, si l’on en croit Claude Ignerski, qui prétend nous livrer ses « révélations de la fin des temps », dont le tome 3 s’intitule : « Septembre 2015 : 7 preuves irréfutables de la date de l’enlèvement de l’Eglise »(Editions Oasis, 2014)

Et que penser des « tétrades »*, éléments-clé de trois des « sept preuves irréfutables » de Claude Ignerski ? La Bible en parle-t-elle ?

En guise de réponse, voici 7 réfutations collectives** des 7 affirmations de Claude Ignerski à découvrir dans http://notreeglise.com/jesus-reviendra-t-il-en-septembre-2015/

Personnellement, il m’a paru toujours risqué de donner une date au retour du Seigneur. D’autres s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait. D’autant plus que Jésus-Christ déclare vaine toute tentative de ce genre. L’essentiel est donc ailleurs, comme nous le montre l’article cité plus haut dans sa conclusion, nous invitant à aller au-delà de l’argumentaire : soit  « Aimer et servir Jésus – pas l’eschatologie ». En effet, le Seigneur Jésus « a cherché à diriger l’attention des disciples ailleurs ». Il revient « bientôt » ou « promptement ». Et nous avons à l’attendre, à désirer ardemment son retour. L’important étant de savoir « comment ».

[Relire les enseignements du Seigneur à ce sujet dans les Evangiles, lequel a aussi prédit que d’autres pourraient venir en son nom : Matt.24v5 ; Marc 13v6 ; Luc 21v8] Veillons donc et prions, car nous ne connaissons, ni le jour, ni l’heure…***

 

Notes :

*Quatre éclipses lunaires totales qui se produisent sur deux ans, sans éclipse partielle entre les éclipses totales. Nous vivons actuellement une tétrade qui a commencé le 15 avril 2014

** Réponse collective : Florent Varak (s. dir.), Jérémie Deglon, Stéphane Kapitaniuk, Franck Segonne, Philippe Viguier.

*** Puisque l’on parle d' »Apocalypse », voir ces avertissements donnés par le Seigneur Lui-même en Apocalypse 3v3, 16v15. Voir aussi 2 Thes.2.

Foireux liens(6) : « pour quoi faire ? » ou « Est-ce un bien ? »

 

Une foire aux médias(chrétiens)et non des "foireux médias" !

Une foire aux liens pour questionner l’usage : des pratiques, des « progrès », des mots…

« Le progrès fait rage », avait coutume de dire un célèbre chroniqueur radio !Voici une sélection de ce qui nous est présenté comme un « progrès » ou une « avancée », sous prétexte que ce serait « plus pratique », voire « plus utile ». De telles affirmations ne nous dispensent heureusement pas de nous questionner à ce sujet. A noter enfin que la réflexion nécessaire sur « l’usage » touche aussi aux mots, auxquels il est aussi vital de redonner le juste poids.

 
1) »Ecrire à la main n’est plus utile », juge-t-on en Finlande.

Je l’ai appris hier soir : dès 2016, et ce, bien après les Etats-Unis, les enfants finlandais n’apprendront plus à écrire à la main, mais sur un clavier. Une « compétence » (on ne parle déjà plus de « savoir »-qui se transmet)jugée plus « utile » par l’Office national de l’Education., révèle un blog de la BBC qui reprend l’article d’un journal finlandais.

Et ailleurs-en Allemagne ou en Belgique ? http://www.ufapec.be/nos-analyses/2813-apprentissage-ecriture-sur-ordi/ ; http://www.lalibre.be/debats/ripostes/l-apprentissage-de-l-ecriture-cursive-est-il-revolu-51c980923570b73efa89f0f5 ; http://www.lesoir.be/299198/article/studeo/2013-08-14/abandonner-l-ecriture-cursive-pour-clavier-un-debat-irreel

Est-ce une bonne ou mauvaise idée ? Et en France, c’est possible ?
Ce qu’en pense le linguiste Alain Bentolila.

 

2)« ONU: Les enfants ont droit au sexe, à la drogue et à l’avortement » : une information relayée notamment par le CPDH, encore bien peu commentée(à part peut-être ici) et que l’on peut lire sur c-fam.org : « La terre compte aujourd’hui une jeunesse plus nombreuse que jamais. D’après le dernier rapport du Fonds de l’Onu pour la Population (UNFPA), c’est le moment ou jamais de faire des progrès sans précédent, mais cela requiert que les futures générations soient moins nombreuses. Les instructions de l’ UNFPA visent à ce que le « dividende démographique » garantisse un libre accès à l’avortement aux adolescents, l’abrogation de l’âge minimal de consentement aux relations sexuelles, et l’affaiblissement du rôle des parents dans la formation sexuelle de leurs enfants ».
La principale préoccupation de l’UNFPA est donc de mettre un frein à la croissance démographique. Et si l’on se trompait de cible ? Et si la vraie question était liée au partage des ressources et non à la diminution de la population ? Cette offensive « malthusienne » n’est toutefois pas neuve. Déjà, en 2009

 

"Quand le système repose sur notre envie d'acheter" Ou "Adoracion Capital" (2014) Huile sur toile de Patrick McGrath Muñiz.

« Quand le système repose sur notre envie d’acheter »
Ou « Adoracion Capital » (2014) Huile sur toile de Patrick McGrath Muñiz.

3) Grenoble, première ville française sans publicité ? Une expérience qui s’attire les foudres de Jacques Séguéla qui a déclaré : « C’est criminel(…)Si vous abaissez l’envie d’acheter, vous courez directement vers la fin du système(…)Ce n’est pas parce que les banques ont fait sauter le système qu’il faut s’en prendre à l’affichage(…)Méfions-nous des castrateurs d’imaginaire ! C’est le début de toute dictature. » Où l’on apprend, en vrac, que(comme le commente le journaliste Patrice de Plunkett) : notre « imaginaire » dépend de la pub ; tout recul de la pub est une avancée de « la dictature » ; « le système » repose sur notre « envie d’acheter ».

 

4) Le transhumanisme est-il un « humanisme » ? Oeuvre-t-il pour « le bien de l’humanité » ?
Nous en avons déjà parlé ici, sur notre blogue.
Pour rappel, les transhumanistes se sont réunis à Paris, les 20, 21 et 22 novembre derniers, dans le but de réfléchir aux multiples façons (via les progrès technologiques) d’atteindre « l’homme augmenté ». L’occasion de prendre du recul à ce propos et de réfléchir, outre à leur influence actuelle, aux conséquences éthiques, spirituelles et morales d’un tel mouvement de pensée : lire  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/11/14/face-a-l-offensive-du-transhumanisme-5489852.html et http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/11/20/31003-20141120ARTFIG00268-le-transhumanisme-n-est-pas-un-humanisme.php . Ce dernier article, découvert via la dernière « foire aux liens » de « Notre Eglise point com », me paraît toucher juste : « certains préfèrent évoquer l’espoir de technologies intelligentes utilisées dans l’intérêt de l’homme, de manière bienveillante. Mais tout ce qu’il sera donné à l’homme de faire, il le fera. L’histoire nous a par trop de fois montré combien l’homme ivre de liberté en oublie sa conscience…».

D’autres réflexions sur « l’usage » : donner du poids(le juste poids), cela va aussi pour les mots.

5) Un numéro de Libération(découvert grâce à cette note de Patrice de Plunkett éditée sur son blogue) consacre une double page à Erri de Luca, 64 ans, écrivain napolitain polyglotte, bibliste hébraïsant (neuf essais ou traductions) et militant écologiste… ce passionné de la Bible, qui se présente comme quelqu’un « qui ne croît pas », pourrait faire honte à certains croyants qui la négligent ou nient qu’elle est « la Parole de Dieu ». L’entretien tourne autour des questions bibliques, et notamment des problèmes (ardus) de traduction de l’hébreu. Lire ici : http://www.liberation.fr/societe/2014/11/07/j-aime-toucher-la-langue-originelle_1138745
6) « Les mots ont un poids, un sens et une histoire. Quand on les utilise sans réfléchir à leur contenu ou à leur passé, on s’englue dans les préjugés », écrivait il y a quelques années la journaliste et écrivain Jacqueline Rémy. Une remarque qui revient en mémoire de Joseph Gynt(co-fondateur des « Cahiers libres »), au regard des derniers débats agricolo-environnementaux. A lire ici : http://cahierslibres.fr/2014/11/edito-grand-mal-mots/

7) Et quand les mots sont des nombres : une exégèse d’Ezech.47 par Pneumatis, en lien avec Jean : http://www.pneumatis.net/2014/11/mais-le-temple-dont-il-parlait-cetait-son-corps/

8)« Doxa » :
Un mot grec employé par Parménide et surtout Platon pour désigner l’opinion, les idées reçues que la pensée rationnelle devait combattre, puis concept sociologique que Pierre Bourdieu, notamment, a développé pour caractériser l’opinion publique, ses interprètes (les doxosophes), ainsi qu’un type de perception du monde constitué par l’évidence des choses (le rapport doxique). Un mot guère connu, du moins jusqu’à ce que politiques, polémistes et « débatteurs » s’en emparent, discutant(ou remettant en cause) les conclusions de scientifiques et d’historiens.
A lire, sur le sujet, un excellent billet d’Alain Garrigou, professeur de science politique à l’université de Paris Ouest Nanterre et directeur de l’Observatoire des sondages, qui a le mérite de réactualiser ces propos de Thucydide : « En voulant justifier des actes considérés jusque-là comme blâmables, on changea le sens ordinaire des mots » (La guerre du Péloponnèse, CXXXII, III). Un phénomène observé par l’historien pendant la guerre du Péloponnèse (430-404 AC) « quand les Athéniens désemparés par la prolongation du conflit perdaient le sens des mots. Comme hier, la longue crise d’aujourd’hui fait perdre la faculté de juger ».

9) Repérer et décrypter, au-delà du vernis, les mots « qui tuent » : c’est la mission d’un site « qui repère les dérives racistes et antisémites des cadres du Front national » : « Un site internet mis en ligne le 10 novembre, Lentente.net, se propose « d’observer le Front national (FN) » et de traquer les dérives de tous les cadres ou futurs candidats du parti, alors que le FN organise son congrès les 29 et 30 novembre 2014 à Lyon. Depuis que Marine Le Pen, en succédant à son père, a pris la tête du parti et s’est attelée à le « normaliser », et après la victoire aux municipales d’élus d’extrême droite dans une dizaine de communes, une nouvelle forme d’opposition au FN voit le jour », peut-on apprendre sur Fait religieux. Comme le déclarent les animateurs du site dans une courte présentation, « la présence du Front national n’est pas la première raison de la faiblesse du débat d’idées dans l’espace médiatique : mais elle occupe trop les pensées et les discours politiques ».

Et on terminera par là :

10) Focus sur une nouvelle pratique : la curation

Ce terme vient de l’ancien français « curation » qui désigne le traitement d’une maladie. La maladie qui nous intéresse ici est « l’infobésité »(ou « surcharge informationnelle », dans le sens que « trop d’information, tue l’information »). La curation peut alors être considérée comme « un remède ». Ou, selon le blogueur « Zeboute », consultant en sciences de l’information et de la communication, « une alternative intéressante, puisqu’elle permet continuellement de « recycler » ou « dépoussiérer » la connaissance. Pas des éléments de « buzz », mais des vieux articles, des liens url surannés qui nous relient dans la webosphère sur ce qu’il y a de plus précieux : l’intelligence humaine ».
La curation provient également de l’anglais « curator » qui désigne tout type de gardien d’un héritage culturel (conservateur de musée, bibliothécaire, etc.) chargé de prendre soin des œuvres dont il a la charge, de les rassembler et de les organiser pour mieux les diffuser au public.
Pour « Zeboute », encore, « le bon curator » doit donc donner du sens au contenu qu’il diffuse. Comme le bibliothécaire qui conseille le lecteur.
A condition de ne pas contribuer à « l’infobésité » en relayant une information qui existe déjà, ou déjà relayée par d’autres, et de respecter le droit d’auteur.

Appliqué à l’Internet, la curation consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus jugés comme étant les plus pertinents du web, pour une requête ou un sujet donné.
Mais qui va sélectionner l’information ? Sur quels critères ? Dans quel but ? Quel est son intérêt ? Réponse dans cet autre billet de « Zeboute », qui nous propose un « Focus sur cette nouvelle pratique de la curation » des chaînes d’info en continu, « en temps réel » et « au plus vite ». Une pratique « dont la valeur ajoutée pour l’organe médiatique est faible, puisqu’il suffit de « copier/coller » les dépêches AFP. Une tâche ingrate dévolue à un stagiaire. Qui ne mange pas le midi, car à midi, l’info ne s’arrête pas ».
Une dénonciation de l’usage général réservé aux stagiaires, et « d’un journalisme trop concentré sur l’instantanéité de l’information, plutôt que producteur de sens ».

 
11)Connaissez-vous les « non-conférences » ?
À la recherche d’une méthodologie pour animer des discussions théologiques dans sa paroisse, qui soit aisée à organiser, si possible sans préparation, bienfaisante pour la réflexion individuelle et communautaire, conviviale, Olivier Keshavjee s’est souvenu « des non-conférences (unconference), un concept de conférence particulièrement intéressant ». Il nous invite à le découvrir ici , tout en exprimant son « envie de vivre des cultes sur ce modèle ». Néanmoins, comme il l’explique lui-même, ce modèle n’a rien de neuf, puisqu’ « inventé par une Madame L’Esprit, et théorisé par Monsieur De Tarse, dans une lettre Aux Corinthiens, tome 1, ch. 14, v. 26) ».

« Foireux liens »

Qui ne connaît pas la foire aux liens* ?
Ou le top du top des meilleurs/plus intéressants(ou tout simplement les plus amusants/insolites) sites internet de la semaine ou du mois ?

Exercice presque obligé (mais on n’est pas obligé) de tout blogueur qui se respecte, il a l’avantage d’exhumer ici ou là une pépite au milieu des scories.

Mais sur quels critères faire la promotion de tel ou tel site ? Car qu’est-ce que « les meilleurs sites » ? Les « plus intéressants » ou « dignes d’intérêt » ? Par rapport à quoi ?
« Pertinence ou popularité ? »  SVP, que choisir ? Là est la question…

…. et « question » liens, voici la petite sélection de Pep’s Café !
Essentiellement des sites d’informations(avec des blogues chrétiens) qui nous paraissent remarquables pour les raisons que chacun discernera sans doute :

1) Le Gorafi : « depuis 1826, toute l’information de sources contradictoires »**, lit-on en sous-titre.
Le Gorafi est né sur Twitter en février 2012, pendant la campagne présidentielle. Il apparaît sous la forme d’un blogue en mai avant un sérieux relookage en septembre de la même année.

« Au hasard », par exemple :

http://www.legorafi.fr/2013/03/20/toulouse-il-se-fait-abattre-de-46-balles-dans-le-corps-pour-avoir-demande-un-pain-au-chocolat/ ***

http://www.legorafi.fr/2013/10/15/lutte-contre-le-fn-francois-hollande-pourrait-creer-la-surprise-en-proposant-dappliquer-son-programme-electoral/

http://www.legorafi.fr/2013/10/01/pole-emploi-un-autre-bug-aurait-permis-a-des-demandeurs-demploi-de-trouver-du-travail/

http://www.legorafi.fr/2013/10/14/76-des-conseillers-dorientation-affirment-avoir-ete-eux-memes-mal-orientes/

http://www.legorafi.fr/2013/06/10/fort-boyard-un-candidat-oublie-dans-la-cellule-dune-epreuve-retrouve-7-ans-plus-tard/

http://www.legorafi.fr/2012/09/03/trop-souriant-dans-le-metro-il-finit-en-garde-a-vue/

http://www.legorafi.fr/2013/10/14/lump-accuse-la-gauche-de-se-servir-du-desastre-de-la-primaire-de-marseille-pour-masquer-lechec-de-brignoles/

Ce vrai site « d’infaux » **** parodie les sites d’ « infos », en diffusant des scoops bidons-limite racoleurs-avec l’air de ne pas y toucher : multiples rubriques, austère apparence, ton et titres informatifs qui plaisent à Google…Toute ressemblance avec de « véritables » médias en ligne(« pure player », webzines…)n’est pas forcément une pure coïncidence…d’autant plus que certaines « infaux » sont parfois jugées crédibles au point d’être reprises telles quelles par la presse traditionnelle*****.

Car malheur au lecteur ou même au journaliste trop pressé/paresseux/lisant en diagonale ou croyant avoir trouvé le scoop : il court le risque d’être pris au piège !

Pour écrire leurs articles, les journalistes du Gorafi se mettent « dans la tête d’un journaliste stupide qui ne comprend pas ce dont il parle et qui s’adresse à des gens stupides ». Avec une exigence d’écriture : « Il faut que ça ressemble à un article avec les codes que l’on retrouve dans la presse française. Tous les petits détails sur lesquels le spectateur va se focaliser. »

Ingénieux, mais il fallait y penser ! De nature à faire réfléchir à la « fabrique de l’information » et, surtout,  à la tendance à relayer tout et n’importe quoi.
Plus que satirique, il nous paraît d’ailleurs plutôt « ironique », puisque « La satire s’affiche comme une force d’opposition, un discours critique sur le pouvoir. L’ironie, elle, est un trompe-l’œil, dont le plaisir est de se faire passer pour vraie pendant un certain laps de temps. C’est une construction du discours qui, à la différence des autres formes de dissimulation (mensonge, hypocrisie, flatterie), ne vaut que si elle est démasquée. Mais encore faut-il qu’elle le soit, démasquée ».

Le Gorafi serait-il l’exemple même d’un « engagement par l’ironie », forçant les lecteurs à se positionner sur ce qu’ils entendent ?****** « Faire prendre conscience des paroles dites, apprendre à réécouter les discours établis, faire douter : par le décalage, l’ironie redonne du sens aux mots employés par les politiciens ». C’est par l’ironie que l’on « (teste) la capacité de révolte d’un auditoire. »
Car comme le dit si bien lui-même Le Gorafi, qui renvoie d’ailleurs à la responsabilité du lecteur : «C’est aux gens de faire un travail pour avoir du recul, pour vérifier leurs informations. »

2) Basta mag : « site d’information indépendant sur l’actualité sociale et environnementale. Constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs, Basta ! contribue à donner une visibilité aux enjeux écologiques, aux actions citoyennes, aux revendications sociales, aux mouvements de solidarité et aux alternatives mises en œuvre. Le site est édité depuis décembre 2008 par l’association Alter-médias ».
Basta !, comme l’explique les auteurs, « est d’abord un appel(…) face (aux différentes crises)en Europe et dans le monde : crise économique, crise environnementale, crise de la démocratie, crise sociale,… un appel qui suscite une résistance. (…) qui doit se traduire par un engagement en faveur d’une autre société….. »
L’équipe de journalistes de Basta ! se veut « engagée », de convictions, consciente de (devoir) « jouer un rôle. Pas un rôle de simple relais ou de rigide organe de presse, sûr de sa vérité, mais un rôle d’information, d’explication et d’interrogation ».
Sont ainsi privilégiés la diversité des sources – expertises d’ONG, « lanceurs d’alerte », chercheurs et universitaires, élus, représentants syndicaux, acteurs des mouvements sociaux, collectifs citoyens, journalistes indépendants, militants associatifs, réseaux de partenaires dans les pays du Sud… –ainsi que l’enquête journalistique, les reportages sur le terrain et les témoignages« Décryptages et ressources documentaires doivent accompagner la lecture d’un événement pour le mettre en perspective, offrir aux lecteurs des débouchés concrets à une prise de conscience (pistes d’alternatives, présentation d’initiatives, contacts d’associations…) et ne pas tomber dans l’analyse catastrophiste ou l’indignation stérile ».

« Au hasard », par exemple :
Des millions de réfugiés climatiques attendent un statut (15 juillet 2013)

Paradoxe : les êtres humains, dont les Français, n’ont jamais été aussi riches !(16 octobre 2013)
A Toulouse, un autre internet, solidaire et non-commercial, c’est possible ! (15 octobre 2013)
Délinquance : « Depuis dix ans, la frénésie sécuritaire est globalement inefficace » (7 octobre 2013)

Bref, un champ à occuper pour les protestants évangéliques. A ma connaissance, en dehors de « Réforme » et de « Christianisme aujourd’hui », pour la presse papier, et peut-être « Christnet », il n’existe rien d’équivalent(francophone, du moins) en ligne au Gorafi ou à Basta.
Deux sites chrétiens :

3)Ecbatane : « en chemin vers Ecbatane », soit « vers ton futur conjoint ou ta douce moitié… »

4)Génération Hillsong Nutella : Tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses, mais une seule est vraiment nécessaire.
Deux blogues chrétiens(nous nous suivons respectivement)très différents(Hillsong est évangélique, Ecbatane catholique), mais avec un point commun : leur mystère, leur originalité, leur fraicheur, leur humour, leur sympathie, la qualité de la forme alliée à la qualité de contenu et, surtout, surtout, surtout, leur générosité : tous deux ne « cherchent rien » de particulier-en tout cas, pas le « buzz » ou la polémique-à part partager ce qu’ils ont reçu. Soit l’essentiel : Christ et l’amour de Christ. Bref, des blogues généreux, tout simplement et qui allient la qualité du fond à la qualité de la forme-c’est suffisamment rare pour être signalé. Et c’est ce qui les rend édifiants et conformes à l’esprit « évangélique ».
« Au hasard », par exemple :

La tarte au citron vert meringué et les licornes******* pour Ecbatane,

Un petit schéma, et un test(« quel veilleur êtes-vous ? ») pour Génération Hillsong Nutella, dont l’explication du nom du blogue se découvre ici !

Et le dernier pour la route :

5) « 10 conseils pour payer son carburant moins cher »[super !*]

Par Seb Musset, bloggueur qui se présente comme quelqu’un qui « Filme, écrit, blogue. N’appartient à aucun parti, organisation politique ou site reprenant les textes des blogueurs sans les rémunérer. Ce blog est la continuité de (ses) livres, ou l’inverse, et n’existe qu’avec (notre) soutien et (nos) commentaires… »

 

 

Notes :
* « La foire aux liens », que nous avons gentiment parodiée dans le titre du présent billet en « foireux liens », est une rubrique de « Notre église point com », un édifiant blogue ressource chrétien(nous nous suivons respectivement) « pour étrangers et voyageurs » à fréquenter. Son fondateur et animateur principal aime les livres et le sous-titre de son blogue me parle : j’aurai aimé l’inventer !(Le sous-titre, pas le blogue).

Mais si nos liens ne sont pas « foireux », nos jeux de mots le sont…

** Deux indices sont soumis à la sagacité des lecteurs dans cette présentation : sauriez-vous les retrouver ? A propos du Gorafi, lire « about » ce site.

*** Un article 1)qui a été tellement pris au sérieux que certains médias se sont faits l’écho d’une montée irrépressible de la délinquance dans la ville rose…et 2)qui a tellement circulé que le site serait passé à 984 000 visiteurs uniques en mars, selon les chiffres Google Analytics. Depuis sa publication le 20 mars 2013, l ‘article en question compterait à lui seul 824 000 pages vues. (http://www.telerama.fr/medias/le-gorafi-site-d-info-potache-parfois-pris-au-s-rieux,96091.php)

**** Une expression piquée à Rue 89.

***** Exemples :  http://www.lesinrocks.com/2013/06/11/actualite/le-gorafi-le-faux-site-dinfo-qui-cartonne-11400828/ ; http://www.20minutes.fr/medias/1104741-sites-parodiques-comme-garofi-sont-ils-si-inoffensifs ; http://www.telerama.fr/medias/le-gorafi-site-d-info-potache-parfois-pris-au-s-rieux,96091.php

****** Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/10/04/inculture-au-poing-le-dico-de-peps-cafe/ (Entrée « ironie »)

******* Les licornes, ça existe ! Nous y croyons aussi sur Pep’s Café ! puisque nous en avons rencontrée au moins une ! 😉