Ne faites pas d’impair : Dieu est « Père » et pas « mère »

Lectures bibliques

Papa propose un nouveau jeu……

Deutéronome 4:32-40

(….)
Reconnaissez donc aujourd’hui et gardez dans votre coeur cette vérité :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel et en bas sur la terre.
Il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Respectez ses lois et ses commandements que je vous donne aujourd’hui.
Alors vous et vos enfants, vous serez heureux.
Et vous vivrez longtemps dans le pays
que le Seigneur votre Dieu vous donnera pour toujours.

Romains 8:14-17
Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu. Et l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, mais il fait de vous des enfants de Dieu. Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba! Père ! ». L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage :
nous sommes enfants de Dieu. Alors, si nous sommes enfants de Dieu, nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple, et ces biens, nous les recevrons avec le Christ. Oui, si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire.

………..Affronter la réalité ! Par Jim Benton [Piquée » sur le compte twitter de Laurent Descos, 09/05/18]

Message :

Nous découvrons dans ces passages des Écritures qu’il n’est pas du tout insignifiant d’appeler Dieu par un nom ou par un autre. Nous savons qu’il y a des tas de noms pour nommer Dieu, et chacun de ses noms s’appuie sur une identité particulière que nous voulons donner à celui à qui nous nous adressons.
Quand nous prions Dieu comme Tout-Puissant, nous ne prions pas du tout de la même façon que quand nous nous adressons au Christ, qui est passé par l’expérience de la croix. Prier le Dieu Tout-Puissant, c’est reconnaître que tous les possibles appartiennent à Dieu, qu’il est le Dieu de l’impossible qu’il est le Dieu qui peut tout (ce qui ne veut pas dire qu’il fait tout et en particulier qu’il ferait tout ce qu’on lui dit de faire…).
S’adresser à Dieu par un nom ou par un autre, c’est donc qualifier Dieu, de la même façon que l’on ne s’adresse pas sur le même ton à une même personne suivant les contextes. De temps en temps, un journaliste laisse échapper un « tu » à la place d’un « vous » qui dévoile qu’il connaît la personne au-delà de son rôle de journaliste, plutôt dans le registre de l’amitié.
Les protestants ont été appelés très tôt « les tutoyeurs de Dieu ». Non pas qu’il soit mieux de tutoyer Dieu que de le vouvoyer, mais simplement parce qu’en tutoyant Dieu on fait un choix. Et ce choix consiste à dire que la proximité, la confiance et l’intimité d’un « tu » sont plus importantes encore que la déférence et le respect d’un « vous ». Dieu n’a pas voulu être lointain mais bien proche, ce que nous reconnaissons et valorisons par l’usage du « tu »(1).
En qualifiant Dieu de « Père, Fils et Saint-Esprit », nos prédécesseurs dans la foi ont fait des choix très particuliers. Ils ont voulu mettre l’accent sur des facettes de Dieu bien particulières (…)
En choisissant d’appeler Dieu par le nom de Père principalement, les premiers chrétiens ont pris un risque. Il est souvent rappelé que cela a exaspéré nos frères aînés Juifs qu’on puisse appeler Dieu Père. A la rigueur qu’on dise « Dieu est comme un père pour nous », c’était recevable, et le Psaume 103 ne s’en prive pas. Mais l’appeler, le héler, le prier en l’appelant Père, c’était choquant. Car non seulement quand on nomme quelqu’un le nom qu’on lui donne dit des choses sur ce qu’il est, mais en plus, le nom qu’on lui donne décrit aussi comment nous nous positionnons par rapport à cette personne. Si nous nommons Dieu Père, alors cela signifie que nous nous reconnaissons comme enfants. Et c’est très compliqué de dire cela car alors, comment fonctionne cette paternité et cette filiation ? (….)

Paul, à la suite de Jésus-Christ tient fermement sur cette appellation de Dieu comme Père. C’est au cœur de sa foi.
Pourquoi Dieu a-t-il été appelé Père et non pas Mère ? Après tout on pourrait l’envisager ? Eh bien tout simplement parce que c’est bien comme Père que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, se comporte. Laissez tomber d’office l’argument ethnologique comme quoi Dieu serait père parce qu’il serait décrit comme tel dans une société patriarcale. Ce n’est pas là la vraie raison. Il est nommé Père tout simplement parce que le type de relation qu’il a avec l’humain est de l’ordre de la paternité beaucoup plus que de la maternité. Et ce n’est pas une histoire de féminisme ou de machisme. C’est simplement un type relationnel. On est toujours sûr de sa mère, tandis qu’on n’est jamais vraiment sûr de son père. Même avec les analyses ADN. L’être humain est complexe et si la maternité est un lien qu’il faut couper, la paternité est un lien qu’il faut construire. En tant que lien de personne à personne la paternité est beaucoup plus fragile que la maternité parce qu’elle naît d’une parole. Oui, la paternité ne tient qu’à la parole de la mère. On devient père dès que la mère d’un enfant dit à son enfant « C’est lui ton père ». Dès qu’elle le dit par des mots, par des gestes, par des attitudes et par une pratique. Un père est toujours adoptif. Alors bien sûr on souhaite à chacun que son géniteur naisse comme père assez rapidement après la naissance, mais c’est toujours conditionnel.
Dieu n’est pas en relation avec nous dans un mode relationnel où il faut couper un cordon. Il est devant nous comme cette relation paternelle qu’il faut au contraire tisser, construire et faire naître par une parole.
Si vous tenez à tout prix à chercher du maternel dans ce qui fait notre foi, n’allez – de grâce – pas chercher du côté de Marie. Non, la figure féminine qui construit notre foi, c’est tout simplement l’Église, la communauté. Elle est cette matrice, elle est cette mère où nous nous trouvons dès le début, elle exerce cette maternité qui nomme, qui essaye de dire à ses enfants, depuis le plus jeune âge : « Tu sais, tu peux avoir confiance en Dieu car c’est bien lui ton Père ». Quand nous accompagnons des enfants dans leur formation biblique, quand nous prenons soin des uns et des autres au moment où ils essayent de revivifier un lien avec Dieu dont ils sentent bien qu’il ne tient pas très bien, nous exerçons, à notre tour cette fonction maternelle qui essaye de nommer la paternité de celui qui est Père parce qu’il veut adopter tous ceux qui accepteront son amour.
L’enjeu est de taille pour la vie de nos communautés (….)C’est à l’Église que revient la tâche de contredire les mensonges qui courent autour de nous, [à propos de Dieu et à propos du père]……

Lire la suite de la prédication initialement donnée à l’Église réformée du Marais par le Pasteur Gilles Boucomont, le dimanche 11 juin 2006, et disponible sur un blog vraiment net.

 

Note : 

(1) C’est ainsi que l’on peut définir un croyant : celui qui dit « tu » à Dieu.

« Bereshit »

"Au commencement", c'est "deux"...

« Au commencement », c’est « deux »…

Ou ce qu’un seul mot, voire une seule lettre, peut nous apprendre….

 

« Nous traduisons d’habitude, avec assez de précision », souligne Erri de Luca dans « Noyau d’olive »*, « le premier mot de l’Ecriture sainte : Bereshit » qui équivaut à notre « en commencement » (ou « Au commencement », « premièrement »).

Noyau d'olive, d'Erri de Luca

Noyau d’olive, d’Erri de Luca

« Dans Berechit », poursuit l’écrivain napolitain, « il y a un « b » qui correspond à « en » et il y a « reshit », qui correspond plus ou moins à « commencement ». Reshit vient de rosh qui est la tête, c’est à dire une partie du corps. Elle n’indique pas un avant ou un après, une priorité temporelle. Elle indique un ordre d’importance et reshit est plus précisément la primeur**.
Pourquoi ne peut-t-il pas y avoir un avant et un après ? Parce que jusqu’à ce moment-là, il n’existait ni un avant, ni un après, le temps lui aussi est créé, il est même un effet de la création (…)
Celui qui agit, qui façonne le monde, c’est Elohim, non pas le plus solennel des noms de Dieu, non pas le tétragramme qui se manifestera plus loin (…)
Selon la tradition du commentaire biblique, le monde tient sur deux mesures : la justice et la miséricorde. Le nom Elohim préside à la justice, mais un monde fondé seulement sur la justice n’aurait pas réussi à subsister, car trop coupable.
Alors l’Ecriture intervient au terme des 7 jours de la création, le 7ème compris, pour ajouter le nom le plus sacré, le tétragramme, devant Elohim.
Ainsi avec le secours de la miséricorde contenue dans le tétragramme, le monde tient »(op. cit., pp44-46).

Nous apprenons donc ce que Dieu a fait et ce, dès le commencement. Et notamment ce qu’Il a créé en premier : la lumière, au milieu des ténèbres (Gen.1v1-3).
« Et quand Elohim dit : « ier or », « soit la lumière »(…), Il enseigne que c’est ce qu’Il dit qui fait naître la lumière et ainsi de suite tout le reste », ajoute Erri de Luca.
« Sa seule volonté muette ne suffit pas, il faut sa parole pour donner un élan à la création. Il n’existe pas d’exemple équivalent d’une importance aussi immense donnée à la parole. Nous qui en sommes ses usagers, pratiquants passifs (…), nous (la) considérons comme un (simple) mécanisme pour communiquer, mais ici Elohim est seul, il ne s’adresse à personne : la parole est directement son acte de création ». (op. cit., p 46)

Le texte nous enseigne aussi la nécessité d’être fidèle à sa propre parole.
« Et Il dit », et cela s’accomplit. Dès le commencement, Dieu témoigne qu’Il est digne de confiance. L’apôtre Jean rappelle que « la nouvelle que nous avons apprise de lui, et que nous vous annonçons, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres. Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. » (1 Jean 1v5-7 cf Jean 1v1-5, 9-13 ; Jean 8v12).
La prière de bénédiction, en Nombres 6v22-26, dit ceci : « Que l’Eternel te bénisse, et qu’il te garde! Que l’Eternel fasse luire sa face sur toi, et qu’il t’accorde sa grâce!Que l’Eternel tourne sa face vers toi, et qu’il te donne la paix ! »

En effet, puisse Sa lumière briller sur nous et en nous, chassant nos ténèbres et que nous-mêmes soyons ces personnes « lumineuses », de parole, produisant le fruit de la lumière(Matt.5v14-16, Eph. 5v8-13)

Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains, de M.A. Ouaknin

Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains, de M.A. Ouaknin

 

Enfin, Marc-Alain Ouaknin*** relève que « la Genèse du monde et de la vie commence par la lettre « bèt », qui signifie à la fois « maison » et « deux » ».
Un « petit clin d’oeil aux deux qui font un », dont il est fait question en Genèse 2v24 (rappelé par le Seigneur Jésus-Christ en Matt.19v4-6)

 

 

 

 

 

 
Notes :

* Erri de Luca. Bereshit IN Noyau d’olive. Folio, 2006, pp 44-46

** « Primeur » apparaissant, par exemple, dans le psaume 111v10 ou dans Jérémie 2v3.

*** Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains. Points seuil, 2013(Essais), p 98