Brésil : La vision non neutre du monde éducatif de Bolsonaro et de l’Ecole Sans Parti

Le projet de réforme éducative de « l’Ecole Sans Parti », actuellement en débat au Brésil, est-il « bien parti » ?

« Brésil : Le futur ministre de l’Education est un théologien évangélique », tel est le titre d’une dépêche parue le 27/11/18 sur le site « Evangéliques info »(1) et relative au programme éducatif de Bolsonaro, le nouveau président du Brésil et de son prochain ministre de l’Education, Ricardo Vélez-Rodriguez :

« …Tout comme Jair Bolsonaro, il entrera en fonction en janvier 2019. Ce théologien évangélique est un défenseur du projet «école sans parti», qui a pour objectif de limiter «l’abus de la liberté d’enseigner». Selon un article de La Croix, il affirme vouloir instaurer des conseils éthiques, qui s’assureraient que les élèves brésiliens reçoivent «une éducation moralement correcte». Professeur de philosophie à l’université de Juiz de Fora, le futur ministre de l’Education dénonce sur son blog Rocinante le système éducatif actuel qui, selon lui, «prend en otage les Brésiliens et leur impose une doctrine ancrée dans l’idéologie marxiste». Un choix essentiel pour le président brésilien, pour qui « la question de l’éducation a été au coeur de la campagne électorale » et qui « souhaite faire adopter un projet de loi stipulant que «les valeurs familiales doivent prévaloir sur l’enseignement scolaire pour ce qui est de l’éducation morale, sexuelle, et religieuse».

Cette dépêche est très exactement une reprise d’un article de La Croix (2) et d’un autre paru sur le « 20 minutes »(3). Elle nous donne à penser que le programme éducatif du Président Bolsonaro et de son futur ministre serait « évangélico-compatible » et empreint de « bonnes valeurs ». Cependant, cette reprise s’avère malheureusement partielle, ne tenant pas compte d’autres éléments importants, pourtant bien présents dans l’article-source de La Croix, et de nature à nous permettre de mieux évaluer ledit programme.

Ainsi, informer, c’est (toujours) choisir : choisir de parler d’un fait et pas d’un autre ; ou encore choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information. D’autre part, informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur. Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant, tandis que s’informer consiste à se donner les moyens de comprendre ce que l’on nous transmet.

Ainsi, une lecture plus complète de l’article-source (2) nous permet d’apprendre qu’ « après que les députés évangéliques [aient] posé leur veto (…) sur une autre personnalité du monde de l’éducation, pressentie pour le poste, mais jugée trop modérée, Jair Bolsonaro a finalement choisi ce théologien [catholique et non pas « évangélique ». NDLR] de 75 ans, diplômé en philosophie à l’Université pontificale Javeriana en 1964, et en théologie au séminaire conciliaire de Bogotá, en Colombie, avant de poursuivre ses activités au Brésil. (…) Inconnu de la communauté éducative, l’homme a été recommandé dans une vidéo Youtube par l’idéologue adulé par l’extrême droite brésilienne, Olavo de Carvalho, qui a lui-même refusé le poste (…). Dans un post publié sur son blog en 2017, Ricardo Vélez-Rodriguez juge aussi « patriotique et nécessaire » de commémorer la date du 31 mars 1964 (date du coup d’état militaire).…..il défend même l’instauration, dans toutes les écoles, de conseils d’éthique, qui viseraient à surveiller [je souligne] que les élèves brésiliens reçoivent bien « une éducation morale correcte ».

Cependant, poursuit l’article de La Croix (2), si les députés évangéliques ont été « enchantés » par cette nomination, beaucoup s’inquiètent. Qualifié « d’ayatollah » par l’éditorialiste Clovis Rossi, comparant ses conseils d’éthique à la « police morale de l’Iran », ce nouveau ministre « annonce un futur ténébreux pour l’éducation de notre pays », a réagi la Confédération des fonctionnaires municipaux (Confetam) dans un communiqué…… ».

Il est singulier qu’Evangéliques.info n’ait pas estimé fondamental de nous informer sur ces réalités-là….

Une telle nomination est toutefois logique, après examen du plan d’éducation du futur gouvernement Bolsonaro, lequel plan, estimé plutôt vague sur certains points, présente certaines priorités en la matière.

Au coeur de ces priorités, la volonté affichée de combattre ce que le Président nouvellement élu présente comme « l’un des plus grands maux [de l’éducation] aujourd’hui », lequel serait « le fort endoctrinement », mis en œuvre, d’après lui et ses partisans, par le Parti des travaileurs (PT) sous leur gouvernement (2003–2016, Lula puis Dilma Rousseff (4).

La vision éducative de Bolsonaro s’appuie sur « l’Ecole sans parti » (« Escola Sem Partido »), un projet de réforme de l’enseignement datant de 2004, actuellement examiné au Parlement fédéral et faisant l’objet d’un débat intense au Brésil, au point de diviser au sein même du corps enseignant et des familles. Les opposants l’appellent « Lei da mordaça » ou « loi de la muselière ». « À l’origine »peut-on apprendre sur le site bien documenté de « l’Observatoire Pharos du pluralisme culturel et religieux »(5), « il s’agit d’un mouvement civique de groupes de parents et d’enseignants inquiets de l’endoctrinement et de la pensée unique qu’ils constatent dans les écoles fréquentées par leurs enfants. De nombreux élèves, parents et enseignants se plaignent du fait que les enseignants imposent leur idéologie, leurs opinions politiques [souvent « de gauche »] ou religieuses. Le manifeste du mouvement réclame que soient affichés dans les écoles les « devoirs de l’enseignant ». Ce mouvement civique évolue ensuite aux stades politique et judiciaire, lorsqu’en 2014, certains partisans du mouvement déposent des projets de loi aux niveaux locaux ou nationaux, inspirés par le manifeste. Par la suite, certains parents font pression sur des enseignants ou portent plainte contre ceux qui ne respectent pas la nouvelle législation ».

Aujourd’hui, la proposition de réforme de l’enseignement – en discussion au Parlement fédéral – propose, entre autres, de proscrire l’enseignement de matières traitant du genre ou de l’orientation sexuelle. Elle prévoit aussi d’imposer à l’enseignant le devoir de « neutralité » en lui interdisant la promotion de ses préférences idéologiques ou religieuses en classe, ou de rendre obligatoire l’affichage dans les salles de classe d’ une plaque (de 90 centimètres de haut sur 70 de large) décrivant les « six devoirs du professeur » du manifeste initial – comme le respect du droit des parents pour que leur enfant reçoive une éducation morale et religieuse en accord avec leurs convictions – avec un numéro de téléphone anonyme pour que les élèves puissent dénoncer les enseignants qui chercheraient à les « endoctriner »(sur les questions politiques, religieuses ou liées à l’orientation sexuelle).

L’on peut comprendre toute la légitimité des préoccupations des parents, soucieux du respect de la liberté de conscience de l’élève et de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Les partisans du projet considèrent par ailleurs que « l’école est un lieu de transmission d’un savoir, qui doit viser autant que possible la neutralité. Considérant que toute interférence est une violation du droit des parents à élever leurs enfants suivant les principes qui leurs sont chers, ils accusent les enseignants de ne pas respecter la liberté d’opinion, de croyance et de conscience des familles et des élèves ». Sauf que l’enseignant n’est pas un simple « instructeur » ou « une machine » ayant pour seule vocation de « recracher » un contenu « neutre et objectif », sans aucune interaction avec ses élèves.  D’autre part, pour de nombreux observateurs, si les excès commis par des enseignants sont réels, ils demeurent marginaux (5).

Ceci dit, ce projet de « l’Ecole sans parti » s’avère en réalité dangereux et pervers, pour plusieurs raisons :

– Parce que le fond de ce projet se résume à :« vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Etantfondé sur « une crispation identitaire autour de questions de mœurs, de croyance et de sécularisation », il risque de provoquer « une judiciarisation des rapports enseignants-parents »(5), nourrissant un climat de peur et de méfiance mutuelle.

– Parce qu’il vise à neutraliser les professeurs – présentés non comme des acteurs de la formation des élèves mais comme « une menace à contenir » – en instaurant un état de censure et de chantage permanent, de nature à affaiblir leur autorité et à remettre en question leur droit constitutionnel à exercer leur liberté pédagogique. En outre, il est à craindre que, du fait de l’interdiction d’aborder certains sujets en classe [tels que liberté et orientation sexuelle, darwinisme], au nom du respect des opinions politiques, morales ou religieuses, et pour mieux combattre certaines idéologies sous-jacentes, il devienne difficile, voire impossible, de parler d’autres sujets, tels les droits des minorités et des femmes, le racisme, la violence, les inégalités/injustices, la dictature, les croyances…..

– Parce qu’il encourage la délation d’un enseignement dénoncé comme « politisé » : « Depuis cinq ans, on reçoit de plus en plus de témoignages de professeurs menacés, exposés sur les réseaux sociaux ou renvoyés », rapporte Diogo da Costa Salles, professeur d’histoire de 26 ans au primaire et au collège à Rio, et l’un des coordinateurs de « Professeurs contre l’École sans parti », un mouvement créé contre la loi « Escola sem partido » (École sans parti). La tendance s’est accentuée depuis la récente campagne électorale, d’autant plus qu’au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, une députée de son parti a appelé dans une vidéo à filmer les professeurs qui « endoctrinent » pour dénoncer leurs « discours politico-partisan ». Un appel repris par Jair Bolsonaro quelques jours plus tard…..»(6)

–  Parce que sous couvert d’imposer « la neutralité » dans l’enseignement, ce programme éducatif favorise en réalité un nouvel endoctrinement à l’école, sous prétexte d’en extirper un autre. D’autant plus que choisir/imposer d’être « neutre », ou ne pas parler de certains sujets, est déjà en soi un acte politique ! (6)

Dans ce « package idéologique », nous trouvons une vision utilitariste et marchande, avec la volonté de faire de l’école un lieu de transmission d’une idéologie économique et sociale (le libéralisme) et un lieu de formation d’une main-d’oeuvre bon marché, plutôt qu’un lieu de stimulation d’une pensée critique, de pluralisme et de diversité. Cette volonté est illustrée par cette déclaration à l’agence de presse Agência Brasil du Président Bolsonaro lui-même – qui a nommé comme « super ministre » de l’économie Paulo Guedes, formé à la très libérale « école de Chicago » – comme quoi l’école devra être «un lieu où l’on apprend la physique, les mathématiques et la chimie pour faire en sorte d’avoir, à l’avenir, de bons emplois, de bons patrons et de bons libéraux »(3).

Un autre souhait du futur gouvernement est le retour aux programmes scolaires de l’éducation morale et civique, matière abolie après la fin de la dictature militaire. Ainsi, le général Aléssio Ribeiro Souto, l’un de ceux nommés par Bolsonaro pour élaborer le plan d’éducation, remet en question la théorie de l’évolution pour défendre le créationnisme dans l’enseignement scientifique. Mais il prêche aussi un révisionnisme historique de la période dictatoriale dans les cours d’histoire, exigeant que la «vérité» sur le régime soit dite. A noter que contrairement au matériel didactique utilisé par les écoles militaires brésiliennes [dans lesquelles est intervenu Aléssio Ribeiro Souto], qui parlent du coup d’Etat de 1964 comme de l’«évolution de 1964», les livres du Ministère de l’éducation définissent le régime comme une dictature ».

Autre priorité de Bolsonaro et de ses partisans « effacer l’idéologie de Paulo Freire » (1921-1997), en référence à l’une des grandes figures de l’éducation dans le pays, connu pour sa théorie de la pédagogie de l’opprimé. Sauf qu’à l’heure actuelle, ni les programmes de base ni les programmes de l’école secondaire ne se réfèrent aux méthodes de Freire – pas plus qu’ils ne contiennent le mot «genre», qui a déjà été retiré des plans d’éducation en raison de pressions politiques. En réalité, selon Daniel Cara, coordinateur de la campagne nationale pour le droit à l’éducation et ancien candidat au Sénat pour le PSOL, « le rejet de Paulo Freire est une stratégie parce qu’il symbolise la stimulation de la pensée critique. Ce que Freire défend est accepté dans le monde entier….».(4)

Bref, l’Ecole semble bien « mal partie » sous Bolsonaro, pour qui la mise en œuvre d’un tel plan éducatif ne sera pas aisée, puisque le Président brésilien se heurtera, l’an prochain, au Conseil national de l’éducation, un organe indépendant qui accompagne les décisions du ministère.

Ceci dit, Olavo Nogueira Filho, directeur du mouvement Tout pour l’Education, très critique envers le manque de profondeur des projets de Bolsonaro, regrette que le débat sur la politique éducative n’ait pas eu lieu durant la campagne électorale. Il espère que le nouveau gouvernement sera « disposé à écouter les nombreuses propositions à l’étude dans la sphère interpartis, afin de rechercher des progrès durables dans ce domaine.»(4)

Et quant à l’historienne Lilia Schwartz, elle regrette aussi, dans une tribune pour le journal en ligne Nexo, qu’autant d’énergie soit mobiliser à discuter d’un projet si obscurantiste, qui fragilise les maîtres et retire aux élèves le droit à une éducation critique ». Pour elle, le « problème majeur n’est pas “l’endoctrinement”– qui n’a d’ailleurs jamais été sérieusement étudié », mais « l’éducation défaillante que nous proposons. » (6)

Or, à l’inverse d’une telle conception « autoritaire » et « régressive » de l’éducation, laquelle fait de façon contradictoire « la promotion de l’endoctrinement à l’envers », l’école devrait être le lieu où l’on apprend à aimer la vérité et où l’on apprend à penser, pour penser par soi-même. Non seulement pour devenir un être responsable et autonome, mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que le petit d’homme va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. Et non en s’enfermant dans un univers clos, fantasmé et idéalisé. L’école devrait aussi être un lieu de vie et d’apprentissage, où enfants et adultes apprennent à vivre réconciliés – avec eux-mêmes, les autres et leur environnement – bâtissant des relations de confiance, dans la paix et le respect.

Prions pour que de bons choix éducatifs soient faits au Brésil, pour de belles écoles où l’on ferme la porte au rejet, à la haine et à l’ignorance, et où l’on ouvre l’horizon des enfants.

 

 

Notes : 

(1) http://www.evangeliques.info/articles/2018/11/27/bresil-le-futur-ministre-de-l-education-est-un-theologien-evangelique-19138.html

(2) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/theologien-tete-ministere-bresilien-leducation-2018-11-25-1200985390

(3) https://www.20minutes.fr/monde/2378723-20181123-bresil-nouveau-ministre-education-bolsonaro-philosophe-theologien

(4) https://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-bolsonaro-lance-la-bataille-contre-les-ideologies-nocives-dans-le-systeme-educatif.html

(5) https://www.observatoirepharos.com/pays/bresil/reforme-de-lenseignement-renforcer-ou-limiter-le-pluralisme-dopinions-pt/ (Voir aussi : https://journals.openedition.org/bresils/2856). Rappelons qu’au Brésil, l’État ne gère directement qu’une minorité des écoles. Les écoles sont en majorité privées ou semi-privées. Les programmes scolaires existent, mais peuvent varier d’un État à l’autre. Les manuels également. La marge de manœuvre pédagogique, didactique et idéologique des écoles est très grande. La religion est une matière enseignée dans le cadre scolaire. Les enseignants ont également le droit constitutionnel d’exercer leur liberté didactique. Ils doivent cependant respecter les principes de la Constitution qui protègent l’enfant de tout endoctrinement et qui garantissent la liberté éducative des parents.

(6) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Au-Bresil-enseignants-sinquietent-detre-places-surveillance-2018-11-28-1200985996 

Foireux liens de mai (27) : comment ne plus être privé de « vie privée »

Mark Zuckerberg, sous les feux des projecteurs, lui qui est bien peu friand des caméras. Durant près de quatre heures, le patron de Facebook a dû répondre aux questions des parlementaires américains le 10/04/18 (Source : France 24)

Nos « foireux liens » sont de retour, avec une nouvelle sélection de ce qui a marqué l’actualité depuis ces deux derniers mois. Cette édition de mai a, cette fois-ci, la couleur et le goût de la « culture de l’internet et du numérique », avec des enjeux touchant au respect de notre vie privée dont nous parlons régulièrement sur ce blogue. Nous le voyons d’autant plus « nettement » aujourd’hui : la nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée est peut-être l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques décrits dans l’excellent « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains »(Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013) de Marc-Alain Ouaknin.

1) Facebook – Cambridge Analytica : un scandale en quatre temps

Le 17 mars 2018 dernier, des médias anglo-saxons ont révélé qu’une entreprise de collecte et traitement de données, Cambridge Analytica, était au cœur d’un vaste scandale de manipulations de data collectées via Facebook. Celles-ci qui auraient influencé la campagne présidentielle de Donald Trump, mais aussi le vote sur le Brexit. Explications sur La Croix.

Voir aussi : Cambridge Analytica et Facebook : « Le respect de votre vie privée nous tient à cœur. » #OuPas

Alors que la société est dans la tourmente, l’affaire Cambridge Analytica en lien avec l’élection de Donald Trump révèle comment le premier réseau social du monde utilise les données des utilisateurs de son service gratuit. Savoir quelles sont les données collectées (et surtout comment) peut permettre de limiter l’immixtion dans sa vie privée, mais l’ampleur de la collecte rend la poursuite de cet objectif bien illusoire, car c’est bien connu : « si c’est gratuit, c’est toi le produit ! »  Analyse sur The Conversation.

2) Le site internet des impôts offre à Google des données de millions de Français, qui ne disent pas « Bercy » 

On est certes loin du scandale « Facebook-Cambridge Analytica, mais cela fait tout de même « un peu tâche ». Next Inpact relève qu’en obligeant à regarder une vidéo informative hébergée sur YouTube, Bercy a permis au géant américain de récupérer des informations sur les internautes.

Ce n’est pas la première fois qu’un site gouvernemental utilise trop librement les services de Google. Next INpact rappelle également que l’Élysée multiplie les mauvaises habitudes sur son site. Et l’utilisation de Google peut aller encore plus loin, au ministère des Armées par exemple, où des services manipulant des données sensibles (mais non classifiées) utilisent à titre professionnel des messageries Gmail, y compris en opérations extérieures.

Un modèle plébiscité par les utilisateurs. Source : Reflets.info

3) Face au pillage de nos données personnelles, la guerre est ouverte entre le Parlement européen et les géants du Net

Données partagées sur Facebook, pistage via des cookies ou grâce à la géolocalisation de votre smartphone… les informations que nous laissons sur Internet sont de plus en plus nombreuses et sensibles. Pendant qu’en France, certains députés veulent faire des données personnelles un patrimoine à monétiser, le Parlement européen souhaite au contraire mieux les protéger. Un nouveau texte sur la protection de ces données intimes est en discussion à Bruxelles et soumis à un intense lobbying des géants du Net. Un règlement européen doit entrer en vigueur en mai. Quel sont les enjeux ? Ces règlements peuvent-ils mieux nous protéger ? Le point sur Bastamag.

4) La fin de la Neutralité du net : quelles conséquences ?

A la fin de 2017, les États Unis, par Donald Trump, ont décidé d’abroger une décision d’Obama sur la neutralité d’internet. Un vrai séisme pour vous tous internautes. « zeboute » nous explique pourquoi.

5) « Apocalypse (now)de l’information » :  Aviv Ovadya, responsable des nouvelles technologies au Center for Social Media Responsability de l’Université du Michigan, avait prédit la crise des Fake News de 2016, sans être entendu. Aujourd’hui il nous annonce une apocalypse de l’information : en clair, que se passe-t-il quand n’importe qui peut faire croire que n’importe quoi est arrivé, que ce soit vrai ou pas ? La réponse ici.

6) Cyberviolence : certains clics sont pires que des claques !

Qu’il est loin le temps du discours utopique sur l’Internet ! Loin le temps où des esprits enthousiastes pensaient que la technologie du world wide web avait vocation à servir les idéaux démocratiques, participatifs et autogestionnaires. On a vu, durant la décennie écoulée, combien les logiques mercantiles s’en étaient emparées ; combien certains opérateurs agissaient en prédateurs pour s’assurer un monopole ; combien les groupuscules extrémistes l’utilisaient pour répandre leur haine ; combien les terroristes l’instrumentalisaient pour attirer à eux de nouveaux adeptes ; combien les États avaient eux aussi appris à s’en servir pour en faire un support d’influence ou de déstabilisation ; combien des enfants pouvaient en faire un moyen de cyberharcèlement. Et si des usages démocratiques et participatifs ont pu éclore çà ou là, force est de constater que le côté obscur de la force est bien représenté dans le cyberespace. La suite de l’analyse sur The Conversation.

7) LaïCités, la lettre d’information française sur la laïcité et les religions

Tout observateur du terrain français sait l’importance qu’y occupe le thème de la laïcité. Le débat public autour de ces thèmes témoigne parallèlement de raidissements laïcistes et d’interprétations de la laïcité comme cadre de gestion ouverte d’un pluralisme religieux et culturel. Cela engendre aussi des attentes en matière d’information sur les religions dans une société sécularisée. Après les interruptions du site Fait religieux en 2015, et de la lettre professionnelle Laïcité & Religions du Monde des Religions, en juin 2016, est paru en octobre 2016 le premier numéro de LaïCités, un mensuel de 12 pages  diffusé sur abonnement sous forme électronique (format PDF), dont le sous-titre affiche clairement le projet : Lettre pédagogique des faits religieux et de la laïcité. Elle s’adresse d’abord aux enseignants, premiers concernés par les questions et réactions d’élèves, mais aussi à tous les curieux qui souhaitent mieux appréhender ces sujets sensibles. En savoir plus sur Religioscope, un site indépendant qui propose des informations et des analyses sur les religions dans le monde contemporain.

8) États-Unis : quelques tendances sociales et religieuses selon les enquêtes d’un groupe de recherche évangélique

Centre de recherche d’orientation évangélique, le Barna Group mène de nombreuses enquêtes statistiques, principalement sur la société et la religion aux États-Unis. Si beaucoup de résultats présentent avant tout un intérêt pastoral pour des milieux chrétiens, Religioscope a lu le dernier volume annuel publié par Barna pour en tirer quelques observations.

9) Ecoles privées : après le vote du Sénat, celui de l’Assemblée Nationale

Une proposition de loi centriste du Sénat, « visant à simplifier et mieux encadrer le régime d’ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat « , a été adoptée, le 29/03 à l’Assemblée nationale, pour mieux contrôler dès la rentrée 2019 ces écoles et s’opposer plus facilement aux ouvertures suspectes de nouveaux établissements. La loi a été promulguée le 13 avril 2018 et a été publiée au Journal officiel du 14 avril 2018. Les précisions sur LCP, la chaîne parlementaire.

Pour ceux qui souhaitent approfondir la question, voir ici le processus législatif.

10) Zoom sur….les Librairies chrétiennes, à la croisée de la foi et de la culture

Via l’interview de Jean-Baptiste Passé, 36 ans, directeur général de la libraire La Procure depuis octobre 2016, coup de projecteur sur la pratique de la lecture religieuse et l’industrie du livre.

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

11) Emmanuel Macron a déclaré dimanche 15/04 ne « pas croire à la théorie du ruissellement », (ou « trickle down »), selon laquelle l’enrichissement des riches profiterait mécaniquement aux pauvres… Plus qu’une théorie, c’est un véritable dogme libéral, d’ailleurs rejeté par les français. Or, relève Patrice de Plunkett sur son blogue, ni Jean-Jacques Bourdin(RMC), ni Edwy Plenel (Médiapart) qui l’ont interrogé ne l’ont amené à dire si un dispositif légal allait obliger les français les plus riches à investir dans l’économie réelle les cadeaux fiscaux macroniens (dont l’exemption d’isf pour les biens spéculatifs). Sauf que rien n’est prévu dans ce sens. Si Emmanuel Macron ne croit pas au ruissellement, tout se passe comme si ce dogme (« gravé dans le marbre » ?) inspirait son action…Pour (re)voir l’intégralité de l’interview, c’est ici.

12) Dans quelle stratégie générale s’inscrit la « réforme » de la SNCF ? Une analyse de Patrice de Plunkett sur son blogue pour ne pas être dupe « de la version officielle…. »

« L’hôpital public gère des flux de patients selon le budget de la Sécurité sociale, quitte à renvoyer chez eux des malades incapables de se débrouiller seuls, plutôt que de produire des soins en fonction des besoins de la population. L’université, créée pour former des esprits critiques et les pousser vers les plus hauts accomplissements, travaille désormais à l’équilibre des comptes et aligne ses exigences sur celles du marché du travail. La Poste, fondée pour rendre un service universel de communication, se transforme en prestataire pour Amazon. France Télécom, séparée de la Poste puis privatisée, n’a plus vocation à équiper le pays en infrastructures ni à servir ses usagers, mais à vendre des produits, à conquérir des parts de marché, à satisfaire des actionnaires. Installée sur le marché international de l’énergie, EDF rachète des entreprises privatisées au Royaume-Uni. Quant à la SNCF, son obsession des lignes rentables à grande vitesse l’a conduite à sacrifier le transport de marchandises au profit de la route et à négliger les lignes conventionnelles… »

Voir aussi, sur The Conversation : « Réforme de la SNCF : en finir avec les données fausses sur les chemins de fer ».

Pendant ce temps, l’Assemblée a approuvé le principe du changement de statut de la SNCF.  Sur quoi porteront alors les négociations ?

13) Grâce aux grèves…..

Par Babouse

 

14) « Incroyable mais vrai » : la direction #Carrefour a proposé 150€ de bon d’achat aux salariés afin d’apaiser la colère des grévistes suite à la baisse de leur participation de 610 à 57€….

15) Biodiversité : des réserves ? Il n’y en a pas !

Pour en finir avec ce dernier classique, à s’arracher les cheveux par poignée : « Il y a toujours eu des espèces qui disparaissent et d’autres qui apparaissent ! Où est le problème ? Pourquoi parler de crise ? » Transposons : « Il y a toujours eu des gens qui meurent et des gens qui naissent. Pourquoi parler d’attentat, d’épidémie, de guerre mondiale ? Qu’est-ce qui fait la différence ? » Vous avez compris. Fichus scientifiques. Saletés d’indicateurs, foutue réalité liberticide…L’intégralité de l’analyse à lire sur le blogue de Phylloscopus, naturaliste catholique blogueur.

16) La Cimade s’insurge contre la loi Asile et Immigration adoptée dans la nuit du 22 au 23 avril 2018 par la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale. La France n’est pas submergée par des demandes d’asile, comme prétendent certains. Le pays des droits de l’homme n’a accepté que 81 950 demandes d’asile depuis 2015, soit 0,12 % de la population française, 10 fois moins que la Suède, 8 fois moins que l’Allemagne, 3 fois moins que le Danemark et la Belgique…

La Cimade continue donc de défendre une autre vision de l’asile et des migrations et réclame au Sénat la fin de l’enfermement des enfants en rétention, l’abrogation du délit de solidarité et la suppression du doublement de la durée de rétention. L’occasion de découvrir cette association loi de 1901, fondée par des mouvements protestants dont certains liés au scoutisme(Éclaireuses Éclaireurs de France) et membre de la Fédération protestante de France.

17) Ce qu’est et ce que n’est pas un engagement chrétien « équilibré »

Le « point théo » : La Déclaration de la NAE (National Association of Evangelicals) sur la responsabilité civique affirme : « La Bible fait bien comprendre que Dieu se préoccupe beaucoup du bien-être du mariage, de la famille, du caractère sacré de la vie humaine, de la justice pour les pauvres, du soin de la création, de la paix, de la liberté et de la justice raciale. » La conclusion que le texte en tire est que la communauté évangélique dans son ensemble devrait avoir une feuille de route équilibrée bibliquement : elle ne peut s’identifier à un combat qui ne porterait que sur un seul de ces sujets.

18) Les deux sous de la veuve : intéressante analyse de la scène de la veuve et de son offrande, à lire sur Point théo. Faut-il y lire un modèle individuel de générosité ou la dénonciation d’une injustice structurelle ?

19) Une nouvelle série prometteuse de Timothée Minard, à découvrir sur son blogue : La prophétie chrétienne d’après le Nouveau Testament

Tout chrétien qui veut réfléchir sérieusement sur l’ecclésiologie ou la pneumatologie biblique ne peut passer à côté de cet aspect exprimé dans l’Écriture : premièrement, l’Église est présentée comme un peuple-prophète inspiré par le Saint-Esprit et, deuxièmement, la pratique de la prophétie doit avoir une place de choix au sein des rencontres de l’église locale. Malgré cela, pour certains chrétiens, la pratique de la vraie prophétie, comme des autres dons miraculeux, n’est plus d’actualité.

20) Prophètes itinérants à l’heure d’internet

À l’heure d’Internet, les prophètes itinérants et les prédicateurs de passage s’invitent… sur nos écrans et dans nos salons. Pratiquons- nous un discernement éclairé ? Ils pourraient être « déguisés en moutons » (Mt 7.15). Comment les recevons-nous ? Ils pourraient être envoyés par le Grand Patron, nous interpelle le mensuel mennonite Christ Seul.

21) Arnaud Beltrame : ce que sa mort nous apprend sur notre nation : une chronique d’Etienne Omnès, dans le cadre « des Fils d’Issacar ». « Les Fils d’Issacar » sont connus, dans la Bible (1 Chr.12v32), pour « savoir discerner les temps ». C’est aussi le titre d’une analyse audio hebdomadaire d’événements et nouvelles depuis une vision du monde chrétienne, tenue par Étienne Omnès et Timothée Davi, disponible sur le blogue « Phileo-sophia ». Ne ratez pas son générique inimitable ! 😉

22) Un sujet presque passé inaperçu : Pendant que le monde entier a les yeux rivés sur la Syrie, la Chine de Xi Jinping met un nouveau tour de vis sur l’opposition, en visant cette fois les rappeurs et les religieux. Après les bouddhistes persécutés au Tibet, les musulmans ouïghours, c’est aujourd’hui au tour des catholiques chinois de faire les frais de la censure gouvernementale. Il est impossible de se procurer une Bible en Chine, dans les librairies depuis longtemps, mais depuis deux jours [08/04] cette interdiction touche aussi les ventes de Bibles en ligne. Et « en même temps », le Bureau des Affaires religieuses fait part de son projet de promotion d’un « christianisme chinois », avec à la clé une retraduction et une réinterprétation de la Bible.

23) « Secret des affaires » : La proposition de loi « sur le secret des affaires », adoptée en toute discrétion par les députés le 27/03, dans le cadre d’une procédure accélérée, a été adoptée mercredi 18/4 par le Sénat. Ce texte, durci par la Chambre haute, vise à renforcer la protection des informations au sein des entreprises. Mais il inquiète journalistes, lanceurs d’alerte et ONG. Une pétition contre ce texte a d’ailleurs recueilli plus de 350 000 signatures

 

Bonne lecture ! Prochain rendez-vous avec de nouveaux « Foireux liens » début juillet.

 

Foireux liens de septembre (17) : « burkinigate », « neutralité de la technologie », « dictature laïque »….

Les "Foireux liens" de septembre : une actualité placée sous le signe de "la rentrée" et de "la neutralité"....

Les « Foireux liens » de septembre : une actualité placée sous le signe de « la rentrée » et de « la neutralité »….

« La rentrée », c’est aussi celle de l’actualité. Voici, parmi les faits, les plus significatifs selon nous :

1) Le « burkinigate », bien sûr ! Avec les regards et réflexions de :

Et pour bien comprendre comment tout a commencé (et s’est propagé), voir l’analyse de Nicolas VANDERBIEST, assistant universitaire à l’université catholique de Louvain.

2) « La technologie est-elle neutre » ? Mike COSPER, directeur d’un institut de recherche sur la foi et la culture aux États-Unis, répond à cette éternelle question – qui suscite beaucoup de réactions – sur le blogue « Tout Pour Sa Gloire » (anciennement « Notre église point com »).

3) D’autre part, et alors qu’ élèves et enseignants débutent leur rentrée en France, « BASTA MAG » nous invite à réfléchir à l’enjeu suivant : « L’Éducation nationale, champ de bataille entre logiciels libres et multinationales de l’informatique ? »

4) La rentrée scolaire le 1er septembre 2016, c’était aussi hier, en Israël. Néanmoins, les écoles chrétiennes d’Israël présentes là-bas sont menacées de fermeture, connaissant de graves difficultés financières. Le vicaire patriarcal à Nazareth, Mgr Giacinto Boulos MARCUZZO nous explique pourquoi, et avec quelles conséquences.

5) Enfin, serait-il « souhaitable » que la France devienne une « dictature laïque » ?  Si, comme le rappelle le blogueur « Koztoujours », Nicolas SARKOZY estime (sur TF1, « de façon générale et indifférenciée ») que « le meilleur moyen d’apaiser les tensions est que soit proscrit tout signe extérieur d’appartenance à une religion », le Front National, par la voix de Florian PHILIPPOT, « se montre plus large encore, souhaitant l’interdiction l’ensemble des signes ostensibles dans l’espace public (…) Une proposition portée de longue date par le Front National et justifiée par Marine LE PEN par une très surprenante formule : « Je remarque que dans les pays où il y a eu des dictatures laïques, les populations vivaient incontestablement mieux, avaient plus de libertés individuelles que sous des dictatures non pas religieuses, mais de fondamentalisme islamique. » En serions-nous donc à nous interroger sur le type de dictature sous laquelle nous préférons vivre, se demande « Koz » ? La suite de la réflexion, à lire sur son blogue.

 

 

 

Le savais-tu ? Tu es « libre de le dire à l’école » !

Libre de le dire à l'école ? Sérieux ?? Si je l'avais lu plus tôt...!

Libre de le dire à l’école ? Sérieux ?? Si je l’avais lu plus tôt…!

« Libre de le dire », parce que tu es déjà libre de le croire….

 

« Libre de le dire à l’école » vient de sortir. C’est un petit livre bienvenu, qui nous invite à réfléchir sur la liberté de  conscience et à son libre exercice(comme à son bon usage), particulièrement dans un contexte qui lui semble peu évident et bien peu favorable, de prime abord. L’enjeu restant le « bien vivre ensemble ».

L’ouvrage est un « manuel » (à avoir toujours à la main) qui se veut « pratique » : pratique dans son format, il peut tenir dans la poche. Il est aussi pratique dans sa finalité et peut être utilisé à des fins « pédagogiques ». Sa mise en page est claire et sobre, sans couleur. Le texte figure dans des bulles qui se répondent, comme pour évoquer le dialogue, l’échange ou la discussion.

Il rappelle qu’ « en France, l’école publique est laïque et accueille ainsi des élèves et des parents de convictions très diverses, en toute neutralité. Toutefois, si l’école est laïque, ses usagers [et non « clients »] ne le sont pas. Leurs convictions, de toutes natures, ne restent pas à la maison », et ils sont « libres de les dire à l’école ». Mais comment alors exercer la liberté de conscience et d’expression ?

Le livre informe parent et enfant, mais aussi-accessoirement-enseignants [ce qui les concerne sera traité plus en détail dans « liberté de le dire au travail ». Même éditeur, même collection. Parution prévue pour début 2015] sur leurs droits et devoirs en matière de liberté de conscience, de croyance, et d’expression dans le cadre de l’école publique et laïque française. Mais aussi sur la liberté d’éducation, pour les parents. Il est important de souligner (car on peut vite l’oublier) que le livre, bien qu’édité par un éditeur chrétien (évangélique), s’adresse à tout parent et enfant, de croyances et convictions diverses.

Sa force tient dans les différentes citations de textes de loi, auxquels il se réfère : articles de la déclaration universelle des droits de l’homme du 10/12/1948 (art. 18, 19, 26-3), du code français de l’Education (art. L. 141-2, L.131-1 à L.131-12, R. 131-1 à R.131-10), de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales(protocole 1, 20 mars 1952-art. 2) ; de la convention internationale des droits de l’enfant du 20/11/1989 (Art. 14), de la charte de la laïcité à l’école du 06/09/13(son point 3)-avec un rappel succinct de ce qu’est et de ce qu’elle n’est pas ; rappel de déclarations de la Cour européenne des droits de l’homme(07/12/1976, 29/06/2007, 25/05/2000, 17/06/2004, 13/09/2001)comme quoi « dans l’établissement du contenu des enseignements, il est interdit à l’Etat de poursuivre « un but d’endoctrinement des enfants…contraire à la liberté de conscience des enfants et des parents » ; et enfin la loi du 15/03 2004(et la circulaire du 18/05) sur le port de signes religieux à l’école.

Le livre invite à l’équilibre, au respect et au dialogue : il rappelle ainsi les droits (et devoirs) des parents- notamment que ces derniers sont les premiers éducateurs de leur enfant (et « ses racines »), et que « la famille est le premier terrain d’apprentissage et d’éducation ». Concernant les droits des enfants, ceux-ci « disposent de la liberté de pensée, de conscience et de religion » : ils sont libres de croire et de le dire à l’école. Il est ainsi bon de savoir que « la cour de récréation n’est pas soumise à la censure » et que, en vertu de la liberté d’expression, les enfants sont libres de parler de leurs convictions à leurs camarades, comme ils sont libres d’en parler en classe. Il est aussi rappelé que la Bible ou le Coran sont au programme de Français en 6e et sont étudiés en tant que « textes fondateurs ». On sera peut-être plus surpris d’apprendre qu’il est possible de prier à l’école, dans certaines limites (dans la mesure où la prière reste discrète- intérieure, personnelle ou en petits groupes-non imposée et ne troublant pas l’ordre public), ou de porter « un signe religieux discret » à l’école (cf circulaire N° 2004-084 du 18 mai 2004 du MEN).

Il est aussi rappelé que les élèves étant « des usagers de l’école publique, les parents en respectent aussi les règles ». L’exercice de « la liberté de dire ou de manifester ce que l’on croit à l’école » sera donc nécessairement limité, « dans le but de préserver la liberté d’autrui, la neutralité scolaire et l’ordre public », et à condition que l’expression et le partage de convictions ne s’apparentent pas à du prosélytisme, ou n’entraînent pas le refus d’un enseignement. Les principes de la laïcité-et de ce qui est censé être leur usage-sont aussi rappelés, avec l’exigence de neutralité religieuse et idéologique pour l’école laïque.

L’ouvrage contient également, outre des témoignages (« paroles de parents »), un « spécial parents », avec 5 clés(s’impliquer dans l’éducation de son enfant, s’informer sur ce que vit et apprend son enfant à l’école, dialoguer avec son enfant et avec ses enseignants, s’associer avec d’autres parents et d’autres associations qui veillent à l’intérêt de l’enfant, s’exprimer dans le respect de la liberté) ; mais aussi un spécial « élèves de primaire », et un spécial « élèves du secondaire »(de la 6e à la terminale, un test du « vrai ou faux »)

 

Bref, l’ouvrage est clair, facile à lire, utile et pertinent. Il est bon de le faire connaître, et surtout, de le lire ensemble.

Quelques remarques de fond et de forme : l’ouvrage est certes un collectif, émanant du CNEF, mais il me paraît manquer une mention d’auteurs, avec leurs noms et qualités.

La structure du livre n’est pas évidente de prime abord. Un plan clair avec sommaire, ainsi qu’un index et un récapitulatif des différents textes de loi ou de référence cités, auraient été les bienvenus. De même, l’on aurait apprécié une partie plus conséquente sur les modalités de mise en œuvre et sur les défis (qui restent de taille) que posent la mise en pratique des principes posés. Sans cela, le contenu (même reposant sur un rappel bienvenu et pertinent de textes de loi) risque de rester idéalisé et paradoxalement théorique, malgré l’aspect pratique du livre.

La partie sur l’école privée-réduite à la seule « sous contrat »-aurait pu être plus étoffée. Et si l’on veut chipoter un peu, la couverture ne reflète pas tellement « la diversité des croyances » évoquée dans le livre. Mais cela reste un détail.

Les limites signalées, relatives au contenu, tiennent au format de la collection (64 pages). Ceci dit, l’ouvrage devrait susciter pas mal de questions et me paraît constituer un utile et pertinent travail préparatoire sur le sujet, de nature à être complété par d’autres études ou ouvrages plus détaillés et approfondis.

Mais l’essentiel à ne pas oublier, me paraît être ceci : l’esprit avec lequel l’on manifestera sa liberté « de le dire à l’école », qui, rappelons-le, n’est pas une fin en soi, ni un prétexte pour dominer ou chercher une forme de pouvoir, dans un « esprit de revanche ». La finalité étant, me semble-t-il, de témoigner ou de rendre visible le fruit de nos croyances et convictions. Le chrétien que je suis dira aussi, à destination d’autres chrétiens, que notre finalité est de « donner à voir » la personne de Jésus-Christ dans la manière d’exercer notre liberté et nos droits, tout en respectant nos devoirs, et d’être ainsi « sel et lumière de la terre » (Matt. 5v13-16 ; cf Gal.5v13-15, 1 Pie.3v8-17).

 

Collectif(CNEF). Libre de le dire à l’école : parent et enfants. Ecole maternelle et primaire, collège, lycée. BLF éditions, 2014(collection « libre de le dire »), 64 pages. 4,90 euros