Gilets jaunes : 3 clés pour comprendre les raisons de leur colère

Face aux « Gilets jaunes », la sagesse serait d’apaiser la colère plutôt que de l’exacerber – et c’est là la responsabilité de celui qui a le plus de pouvoir, en l’occurrence le Président et le gouvernementDessin de « Tom », paru dans Courrier International (04/12/18)

Comment parler pertinemment du mouvement des « Gilets Jaunes », surtout après Ies nombreux « commentaires, contre-commentaires, super-commentaires, et méta-commentaires » déjà publiés sur le sujet (1) ?

De fait, « plutôt que de se précipiter pour mettre des mots d’allure savante sur des choses mal connues, ou pour fournir des interprétations toutes faites informant davantage sur les représentations de leurs auteurs que sur la réalité qu’ils prétendent éclairer »prenons du recul, comme nous y invite le chercheur Laurent Mucchielli dans « The Conversation »(2) et cherchons ensemble quels seraient « les verrous » à faire sauter, lesquels « verrous » nous empêchent de penser et de comprendre les raisons de la colère des Gilets Jaunes.

1) Premier « verrou » à faire sauter : le discours « sur » la violence

Avant tout, soyons conscients que « la violence n’est pas une catégorie d’analyse, ni un ensemble homogène de comportements. C’est une catégorie morale. La violence, c’est ce qui n’est pas bien. Dès lors, on comprend que le spectacle de la violence produise des effets de sidération-fascination-répulsion qui empêchent de penser [et délégitime globalement les manifestants]. De fait, les analyses que l’on développe généralement à partir de là sont, en réalité, triviales, donc sans intérêt. Qu’une partie des gens soient capables de comportements violents est trivial. Nous en sommes tous capables dans certaines circonstances. Et en l’occurrence, des circonstances sont réunies. Ce sont donc ces circonstances et non ces violences qu’il faut analyser.(2) 

Dit autrement par le journaliste catholique Patrice de Plunkett, si « toute violence est déplorable, déplorables aussi sont les causes de la violence ! »  Nous ne devrions alors pas être surpris par « lintervention de casseurs de tout poil, et la radicalisation” de gilets-jaunes », lesquels « sont inévitables puisque la vague de manifestations perdure. Et elle perdure parce que la rage des manifestants vient de loin ; que leurs griefs sont multiples … » et parce que le gouvernement leur répétait jusqu’à présent « qu’il n’y a rien à négocier. Ce qui équivaut à dire qu’il n’y a pas d’issue… » (3)

Or, « sans issue » ou « qu’il n’y a pas d’avenir, sinon terrible », tel est « le message débité en boucle aux Français depuis un quart de siècle », souligne encore le blogueur naturaliste « Phylloscopus » (4).

2) Deuxième « verrou » : la surpolitisation ou les tentatives de récupération politique du mouvement

Toutes les tentatives pour récupérer politiquement la colère spontanée d’un mouvement volontairement désorganisé et à la base non politisé, « sont aisément repérables et doivent être écartées. De même qu’il convient d’écarter les discours de ceux qui profitent de ces tentatives de récupération politique pour déconsidérer le mouvement »(5). 

3) Troisième « verrou » : la dépolitisation du mouvement

Il est aussi essentiel de ne pas se laisser prendre par certains discours de certains commentateurs, selon lesquels les gilets jaunes n’auraient « aucune conscience politique et rien d’autre à dire que l’essence est devenue trop chère » ou encore « qu’ils ne comprennent rien à l’économie ». Or, « les enquêtes d’opinion indiquent régulièrement que le problème n’est pas l’absence d’idées politiques de nos concitoyens mais le décalage grandissant – pour ne pas dire le gouffre béant – qui sépare ces idées de la compétition électorale et de la gouvernance politique qui en résulte, donnant ainsi l’impression à la majorité de ces mêmes citoyens que les responsables politiques se moquent d’eux et que la démocratie ne fonctionne pas ».(5)

Ces « verrous » une fois sautés, il importe de prendre au sérieux (et ne pas nous laisser surprendre par) la colère des gilets jaunes, sous laquelle se cache une très grande souffrance. Et leur manifestation est une manifestation pour la dignité, soit le droit de ne pas dire oui à tout et à n’importe quoi.

La colère des Gilets jaunes s’inscrit en effet « dans une évolution à la fois économique (le recul ou la stagnation du pouvoir d’achat), sociale (le creusement des inégalités, les difficultés du logement, de l’accès à l’université, la disparition des services publics de proximité…), territoriale (avec le déclassement réel ou ressenti des habitants des périphéries, des périurbains et des ruraux) et politique » (5)(6).

L’évolution politique implique à la fois le discrédit croissant des élites (politiques et journalistes ) et la crise de l’offre politique, avec une crise du système économique néolibéral, dans lequel les français n’ont plus confiance. Ces derniers commencent à comprendre que l’équation libérale « croissance = prospérité » est fausse et que le « trickle down » (ou dogme du « ruissellement », selon lequel l’enrichissement des riches profiterait mécaniquement aux pauvres) est un mensonge qui leur est demandé d’avaler. 

Derrière leur apparente hétéroclicité, l’on constate une certaine cohérence dans les revendications (7) : « Et si », constate le blogueur Phylloscopus, « protester à la fois contre les taxes et la perte des services publics, pour le climat et pour le droit d’utiliser sa voiture, n’avait plus rien de contradictoire ? S’il s’agissait au fond d’une revendication unique : défendre tout ce qui, jusque-là, nous a fait vivre ? »(8) Au-delà des revendications, l’exigence de justice sociale et la volonté de vivre dans l’espérance, et non plus seulement de « survivre ».

« En effet, il est écrit dans la loi de Moïse : Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain. Dieu s’inquiète-t-il des bœufs ? N’est-ce pas pour nous seuls qu’il parle ? Oui, c’est pour nous que cela a été écrit ; car il faut de l’espoir chez celui qui laboure, et celui qui foule le grain doit avoir l’espoir d’en recevoir sa part ». (1 Cor.9v9-10)

« La balle est dans le camp » du gouvernement : Apaiser la colère plutôt que l’exacerber

Dans un tel contexte, la sagesse serait d’apaiser la colère plutôt que de l’exacerber – et c’est là la responsabilité de celui qui a le plus de pouvoir, en l’occurrence le Président de la République et le gouvernement. Ce dernier « ne devrait pas attendre (espérer ?) un pourrissement de la situation pour faire la seule chose qui ramènera le calme et lui permettra de reprendre par la suite la main pour préparer plus sereinement l’indispensable transition écologique  : donner clairement raison aux gilets jaunes sur leurs revendications immédiates relatives au pouvoir d’achat (…) Emmanuel Macron a sciemment personnalisé son pouvoir, il est peut-être temps pour lui de l’assumer jusqu’au bout en faisant un vrai mea culpa sur sa politique économique et sociale »(9).

Emmanuel Macron devra aussi choisir entre ce à quoi il tient le plus ou ce qui le porte…..

[Ce à quoi il tient le plus : sa croyance en un dogme économique. Ce qui le porte : sa conviction que le respect de la dignité humaine est un non-négociable].

…..Sans oublier de méditer et de mettre en pratique cette exhortation que l’on peut lire en Esaïe 58v9-10, et que l’on croirait écrite pour notre temps ?

« Si tu éloignes du milieu de toi le joug, les gestes menaçants et les discours de rien du tout, Si tu offres à l’affamé  ce que tu désires toi-même, si tu rassasies l’appétit de l’indigent, ta lumière se lèvera sur les ténèbres, et ton obscurité sera comme le midi ».

Quant aux chrétiens, certains pourront sans doute reconnaître avec humilité, à l’instar d’Etienne Omnès dans « Phileo-sophia »(10), « qu’ils n’ont pas de réponses », et qu’ils leur restent à exercer leur ministère de « prêtre de l’Eternel » : soit la grâce (et non le mérite) de pouvoir se tenir constamment devant le Dieu « trois fois Saint », en se gardant de « tout feu (ou passion) étranger(e) », pour bénir et intercéder « dans les larmes chaque matin » : « Seigneur, aie pitié de ma nation, préserve mon pays. Donne nous la paix et l’union, la justice et la prospérité. Je ne sais pas comment ces choses doivent s’articuler Seigneur. Je te fais confiance pour trouver l’articulation parfaite. Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite » (10). Et les « prêtres de l’Eternel » de se souvenir constamment que « la justice et la droit » constituent « la base du trône » de l’Eternel et que « marchent devant Lui l’amour/la fidélité et la vérité » (Ps.89v15)

 

 

Notes :

(1)Voir aussi cet « essai de vision chrétienne sur les gilets jaunes » par Etienne Omnès, sur son blogue « Phileo-sophia ».

(2) « Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des Gilets jaunes ». Par Laurent MucchielliDirecteur de recherche au CNRS (Laboratoire méditerranéen de sociologie), Aix-Marseille Université, lequel nous partage « quelques enseignements tirés d’une expérience de sociologue ayant, dans un passé récent, travaillé sur diverses formes de violences sociales et politiques (notamment les émeutes), ainsi que sur les stratégies sécuritaires (notamment le maintien de l’ordre) déployées à leur encontre par les pouvoirs publics ».

(3) « Ca tourne mal. Quelles en sont les causes ? » Note de blogue de Patrice de Plunkett.  

(4) « Moratoire sur le désespoir ? » Note de blogue de « Phylloscopus » 

(5) « Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des Gilets jaunes »Laurent Mucchielli [Voir aussi « Gilets jaunes et niveau de vie, les dix graphiques de la colère », à lire sur Le Monde ]

(6) Concernant l’évolution territoriale, notons que « parmi les départements les plus mobilisés, on trouve la Haute-Loire et la Haute-Marne, territoires on ne peut plus ruraux et quasi sans ville, en tout cas sans agglomération dynamique » cf « Moratoire sur le désespoir ? » par « Phylloscopus ».

(7) Augmentation du Smic, salaire maximum, impôt sur la fortune et forte progressivité de l’impôt, Sécurité sociale pour tous, protection de l’activité économique nationale…Soit tout le contraire des « réformes » ultralibérales [toujours plus « moins d’Etat »] entreprises par le Président et sur lesquelles ce dernier ne veut pas céder, espérant le retour de la croissance sur le long terme. Sauf que, souligne Le Monde éco & entreprise du 6/12, « le désarroi du gouvernement Philippe devant la complexité contradictoire de la crise sociale actuelle pose une question de fond à laquelle personne jusqu’à présent n’a trouvé de réponse : comment concilier plus de croissance et plus de justice sociale. Dès que la croissance repart un peu, les inégalités – et leur perception par la population – se creusent au lieu de se réduire. Elle favorise les urbains et les plus qualifiés, au détriment des territoires et des chômeurs » [Cité dans « Ca tourne mal. Quelles en sont les causes ? » par Patrice de Plunkett] 

(8) « Moratoire sur le désespoir ? » par « Phylloscopus »

(9) « Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des Gilets jaunes » par Laurent Mucchielli

(10) « Essai de vision chrétienne sur les gilets jaunes ». Note de blogue d’Etienne Omnès

 

 

 

Des jeunes « pro-vie » contre « la culture et le supermarché de la mort »

Plus d’un million de personnes, dont de nombreux jeunes, ont marché sur Washington et dans de nombreuses villes des Etats-Unis, le 24 mars dernier, pour sensibiliser l’opinion américaine et les pouvoirs publics sur la question du contrôle des armes à feu et de la sécurité dans les établissements scolaires. Cette « Marche pour nos vies » a été initiée par les élèves survivants du lycée Stoneman Douglas, à Parkland, en Floride où a eu lieu une tuerie qui a fait 17 morts le 14 février dernier(1).

Une situation qui me rappelle quelque peu celle-ci et tant d’autres.

Jusqu’à présent et ce, en dépit des nombreuses tueries ayant notamment lieu dans les établissements scolaires (une fusillade tous les trois jours depuis janvier 2018), le « cycle infernal » est toujours le même aux USA : fusillade, indignation et prières, promesses, oubli. Malgré les bonnes volontés, la situation semble être condamnée à ne jamais évoluer, au nom « du culturel » (« la culture des armes ») et au nom du « sacro-saint » deuxième amendement, qui donne le droit constitutionnel aux Américains de « posséder et de porter des armes », et défendue âprement par le lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA).

Sauf que là, non. C’est la plus grande manifestation jamais organisée en faveur d’une régulation des armes à feu aux Etats-Unis(1).

Ils ont marché. Maintenant, ils veulent mener jusqu’à son terme « le bon combat » pour leur vie et peser aux « midterm », les prochaines élections de mi-mandat, en novembre, avec pour mots d’ordre : « Never again » (plus jamais ça) », « Changez la législation sur les armes ou changez le congrès ».

Comme nous pouvons le lire sur le site du mouvement : “Be counted today, at the March For Our Lives in Washington DC and 800+ sibling marches across the globe. Be counted this November. And if you’ve already registered to vote – register your friends. Be counted next week, and the next, by continuing to show up and speak truth to power. Demand action. Join us in this Fight for our Lives”.

Saluons la prise de conscience de ces jeunes et de ceux qui les soutiennent, lesquels ont compris que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Et qu’être « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants.

Ils ont aussi compris que les belles paroles et les seules prières ne suffisent plus(2) : ils veulent des actes et interpellent leurs élus – certains liés à la NRA, à l’instar du Président Trump, lui-même farouche défenseur de ce lobby.

Ils manifestent ainsi « leur volonté de vivre dans un monde qui ait du sens, avec des adultes qui soient conscients de leurs responsabilités », souligne la psychanalyste Claude Halmos« Ils réclament – et ils le disent – un monde normal. Un monde où ils puissent vivre sans risquer d’être, un beau matin, abattu comme du gibier, par un déséquilibré. Un déséquilibré qui aura pu s’acheter une arme de guerre, aussi facilement qu’il se serait acheté un portable, parce que les ventes d’armes rapportent beaucoup d’argent à des lobbies prêts à tout – et surtout au pire – pour en gagner ». Et il est « rassurant », estime encore Claude Halmos, « que ces lycéens soient capables de prendre, de cette façon, leur destin en mains, d’en appeler à la loi et de demander aux adultes de tenir leur place et de les protégerIl est important qu’en France, les enseignants, dans les écoles et les lycées, parlent de ces manifestations à leurs élèves, dont certains peuvent être fascinés par le maniement des armes. Parce que ces lycéens sont un exemple, et un exemple particulièrement positif ».

De fait, ceux qui ont manifesté ont également compris d’emblée quel est le vrai problème : il n’est pas impossible en soi de légiférer sur les armes, sauf que certaines forces empêchent toute réforme en ce sens.

Ainsi, dire « c’est culturel, on n’y peut rien », en réponse aux survivants et aux proches des victimes des tueries, sonne comme une malédiction aux relents (pourris) de fatalisme. C’est aussi un aveu d’impuissance et un aveu (et un témoignage) que l’Eglise (certains évangéliques soutiennent par ailleurs la NRA, à moins qu’ils ne soient soutenus par elle) et par là même le Christ, fléchit les genoux devant une culture et un culte, des puissants et des puissances. Car les cultures sont des cultes et qui dit cultes dit religions. En réalité, rien n’est simplement culturel dans la mesure où une culture est ce qui relie plusieurs personnes, ce qui est l’exacte définition d’une religion. Or, le Christ n’avait pas d’arme et ne m’a pas forcé à le suivre.

Où sont les Églises, dans cette lutte spirituelle contre la « culture » et l’« industrie de la mort » ?

Prions premièrement pour la détermination et la protection de ces jeunes « pro-vie ». Prions aussi pour la repentance des responsables évangéliques inactifs, ainsi que pour celle des dirigeants et des élus, pour que ceux-ci soient à même de légiférer avec courage, sans compromission et sans craindre la pression des lobbies. En effet, la repentance des plus hauts responsables est de nature à briser des verrous et à libérer une nation.

 

Et en France ? On le sait peut-être moins mais il existe aussi chez nous un « supermarché » et une « industrie de la mort ». Qu’en est-il du positionnement et de la réflexion des Églises sur ce sujet ?

Nous lirons avec intérêt cet article du magazine mennonite « Christ Seul », lequel braque le projecteur sur le salon de l’armement, « pudiquement baptisé « Eurosatory salon international de Défense et de Sécurité », (qui) se tiendra à Paris du 11 au 15 juin 2018. Comme tous les deux ans, une myriade de délégations et de professionnels viendront découvrir les mille et une façons les plus récentes de trucider son prochain, de surveiller sa population, ou, pour la bonne conscience du salon, de réagir à des situations de catastrophe. Car, ne nous y trompons pas, la motivation principale d’Eurosatory est bien la vente d’armes. Bien entendu, ce salon accueille sans hésitation des représentants de régimes répressifs, voire de dictatures ou de pays impliqués dans des crimes de guerre. Soyons certains que les contrats négociés ne rendront pas le monde plus sûr, ils ne font que préparer la mort ».

Les Églises mennonites de région parisienne y manifestent, depuis plusieurs années, contre ce salon et le marché des armes. Le réseau Church & Peace se joint souvent à eux et l’organisation de la manifestation se fait conjointement avec les Quakers. Sans doute, ce type action est peut-être moins médiatisé mais c’est bien comme Église de paix que les Mennonites prennent position contre ce commerce et toutes ses conséquences. Ils estiment en effet que la non-violence (« la force d’aimer », à l’heure où l’on célèbre les 50 ans de la mort de Martin Luther King) fait normalement partie du message de l’évangile…

A découvrir, cet article de Christ Seul, qui profite de cette occasion pour passer en revue quelques idées fausses sur le commerce des armes.…et cet autre, sur Bastamag, qui révèle qu’« un rapport pointe la responsabilité juridique du gouvernement français et de plusieurs entreprises de défense pour leurs ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis, deux pays fortement impliqués dans la guerre au Yémen. Ces équipements militaires, employés pour le blocus, serviraient à affamer les populations yéménites, et, utilisés pour les bombardements aériens, contribueraient au lourd bilan des civils tués. Or, exporter des armes dans un tel contexte, est interdit par les traités signés par la France et l’Union européenne ».

 

 

 

Notes :

(1)D’origine spontanée, cette initiative est devenue la plus grande manifestation contre les armes de l’histoire des Etats-Unis.

Plus d’un million de personnes, surtout des jeunes, se sont rassemblées samedi 24 mars dans plusieurs villes des Etats-Unis pour réclamer un encadrement plus strict de la vente d’armes à feu après une série de tueries de masse en milieu scolaire. Plus de 800 rassemblements ont été recensés à travers le pays et à l’étranger.

A New York, ils étaient 175 000 dans les rues, selon le maire Bill de Blasio. A Atlanta, Chicago, Dallas, Houston, Nashville, Seattle, Las Vegas, La Nouvelle-Orléans ou Los Angeles, des milliers de personnes sont descendues dans les rues. A Washington, le nombre de manifestants a atteint 800 000 personnes.

A l’étranger, les habitants sont aussi sortis en nombre à Londres, Montréal, Ottawa, Edimbourg. A Paris, une trentaine de personnes se sont réunies au Trocadéro pour soutenir cette cause.

Un résumé des faits et des principales étapes du mouvement ici.

(2) Et ce, à l’instar de l’actrice Mia Farrow, qui, très active sur Twitter, a répondu à un tweet de Donald Trump dans lequel il déclare envoyer ses «prières et condoléances aux familles des victimes, quand il ne propose pas, plutôt que de limiter la prolifération des armes individuelles, de « travailler avec les États » afin d’armer davantage les écoles en formant le personnel enseignant au maniement d’engins létaux (*): «Monsieur, nous avons besoin de plus que des prières et des condoléances. Nous avons besoin d’une législation rationnelle sur les armes » (Sir, we need more than prayers and condolences. We need rational gun legislation (14 févr. 2018 )

(*)En cela, il ne fait que reprendre les propositions de la NRA, qui avait suggéré, en réponse à la tuerie de Newtown (le carnage dans une école maternelle en décembre 2012) que « La seule façon de stopper un méchant avec une arme, c’est de lui opposer un gentil avec un arme ».

Citons aussi le twitt de l’acteur Mark Ruffalo : « Les prières sans action concordante sont des mensonges silencieux que l’on se dit à soi-même, elles ne sont entendues par aucun dieu et reviennent à ne rien faire. L’action est le langage de la vérité, la prière des saints » (« Prayers without accordant action are silent lies told to oneself, heard by no God, amounting to nothing. Action is the language of truth, the prayers of the Saints”. 23:51 – 14 févr. 2018)