Comment et pourquoi étudier la Bible ? (1)

Avant d'ouvrir la Bible, il convient d'abord d'être "ouvert" soi-même....

Avant d’ouvrir la Bible, il convient d’abord d’être « ouvert » soi-même….

Bonjour ! Pep’s café revient pour un rythme plus régulier, après la pause estivale !

Pour bien démarrer ce nouveau mois de Septembre de façon « studieuse », voici une nouvelle série d’articles vous invitant à partir ensemble à la (re) découverte d’un livre à la fois « bien connu » et « méconnu » : la Bible ! Mais il ne s’agit pas tant d’une invitation à découvrir la Bible pour elle-même que d’une invitation à nous y attacher (et au-delà, à nous attacher à Celui dont elle parle), à l’écouter, la lire, l’étudier, la mémoriser et la méditer régulièrement, de sorte qu’elle fasse autorité dans nos vies.

Bon parcours, quelque soit votre arrière plan et vos convictions philosophico-religieuses !

 

Première partie : nos motivations. Pourquoi lire et étudier la Bible ?

Quel est le point commun entre la Bible et un parachute ? Il ne faut pas oublier de l’ouvrir !

1) Nous lisons dans la Bible que « Dieu a parlé… »(Hébr.1v1), avec cette invitation, ou cet ordre : « Ecoutez, cieux ! Terre, prête l’oreille ! C’est le Seigneur qui parle… » (Es.1v2) ; « ciel, prête l’oreille et je parlerai ; terre, écoute les mots que je vais prononcer »(Deut.32v1).

De là ces questions : « Dieu a parlé ». Comment ? Que dit-il ? A qui ? Suis-je concerné ? Suis-je prêt à prêter l’oreille à ce qu’Il dit, et, selon Deutéronome 4v9, à « ne pas oublier ces paroles que (mes) yeux ont vues » ?(1) Et, surtout, à y obéir, à l’instar de Samuel : « parle Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Sam.3v9-10. Voir aussi 1 Sam.15v22) ?

Dieu a parlé de plusieurs manières (Hébr.1v1) : Dieu a parlé à Jérémie par cette Parole semblable à « un feu, un marteau qui brise le roc » (Jer.23v29 ; 20v9) et qui le fait « trembler comme un homme ivre » (23v9). A Elie, Dieu a fait entendre « un murmure doux et subtil » (1 Rois 19v11-13). Et c’est au moment où Job et ses amis se sont arrêtés de discuter, que Dieu a parlé sans être interrompu ! (Job 38-41)

« Que toute chair fasse silence devant l’Eternel ! »(Zach.2v13) est la condition pour écouter Dieu nous parler, d’autant plus que Dieu ne cesse pas d’être Seigneur, quand Il parle. Cette « mise en condition » implique aussi, de notre part, de nous examiner et de nous « éprouver nous-mêmes » (2 Cor.13v5). Car nous pouvons bien affirmer : « Je sais qui j’ai cru » (2 Tim.1v12).  Mais sur quel fondement ? Quelle autorité ?

Avons-nous « des convictions » ? Ou « des croyances » ? D’où viennent-elles ? Une conviction est une idée qui me porte, alors qu’une croyance est ce à quoi je tiens. L’une ou l’autre devrait passer le test suivant :

 2) « L’heure de vérité » (et non pas « leurre de vérité ») 

Le Seigneur Jésus nous enseigne que « c’est la vérité qui (nous) rendra libre. » (Jean 8v32) Mais sommes-nous vraiment attaché à la vérité ? A moins que nous ne tenions trop à nos croyances, nos traditions, nos opinions, pour les lâcher …

« La vérité nous rendra libre »…mais « qu’est-ce que la vérité ? » demande Pilate à Jésus, en sortant ensuite avant d’entendre la réponse ! (Jean 18v38) Pourtant, Jésus est sans équivoque à ce sujet : Lui-même déclare, en Jean 14v6, être « la vérité »(2) et que la vérité est aussi le Saint-Esprit (Jean 15v13) et la Parole de Dieu (Jean 17v17). Les trois ne se contredisent pas et rendent témoignages l’un à l’autre (cf Jean 5v31-47 ; Jean 14v26, 15v26, 16v13-15 ; 1 Jean 5v9…).

Ceci posé, connaître la réponse à la question-ce qu’est la vérité-et savoir qu’il existe une vérité absolue est un premier pas, mais non suffisant. Car il ne s’agit pas de « connaître » la vérité de façon théorique, intellectuelle : il s’agit surtout d’y croire, et de « marcher dans la vérité ». C’est-à-dire, de vivre en accord avec les commandements de Dieu (1 Jean 2v3-6) et être vrai quant à Dieu, à soi et aux autres (1 Jean 1v5-10, Jean 8v31-32). Une promesse est d’ailleurs donnée à ce sujet en Luc 11v28 par le Seigneur Lui-même : « bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! »

Mais la meilleure façon de « marcher » nécessite…de commencer à « marcher ». C’est-à-dire, d’avoir un « point de départ ».

 

 3) Quel est notre « point de départ » ?

Pour avoir déjà utilisé un GPS ou acheté un billet de train dans une gare, nous savons que pour aller quelque part, il nous faut un point de départ. Et tout navigateur sait que celui qui ne sait pas où il va suivra toujours « le sens du vent », et sera « ballotté çà et là à tout vent de doctrine… » (Eph.4v14)

« D’où partons-nous » ? Quel est notre fondement de foi et de vie ? Qu’est-ce qui fait autorité dans notre vie ?

Un fondement nous est donné par Dieu ; il nous parle par les Ecritures, la Bible, que nous avons complète.

La Bible n’est pas plus « ringarde » aujourd’hui qu’hier, comme en témoigne la conclusion de la parabole racontée par Jésus en Luc 16v27-31. Le riche tourmenté dans le séjour des morts dit à Abraham : « Je te prie donc, père, de l’envoyer dans la maison de mon père, j’ai cinq frères, en sorte qu’il les adjure; de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment. Mais Abraham lui dit: Ils ont Moïse et les prophètes; qu’ils les écoutent. Mais il dit: Non, père Abraham; mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et Abraham lui dit: S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts. »

Recevons-la donc avec foi et joie (Jer.15v16) ; ne la « boudons pas » pour de « la viande » (Nombres 11v4-20). Imitons plutôt :

  • Les Béréens (Actes 17v10-12) : de « sentiments nobles », ils recevaient la parole qui leur avait été enseignée « avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact ».
  • Timothée (2 Tim.3v10-17) : il connaissait « les Saintes Lettres » dès sa jeunesse (v15) ; quand Paul lui a prêché l’Evangile, il a été convaincu que ce message était conforme aux Ecritures et « digne d’être entièrement reçu » ; il a ensuite vu vivre Paul (vv10-13) et il a pu constater que c’était un homme de Dieu. C’est ainsi qu’il a su qu’il pouvait demeurer dans ce qu’on lui avait enseigné.

La qualité de la marche de ces croyants dépendait donc de ce que la Bible était leur norme de vie et leur fondement de foi.

 

Voici encore d’autres bonnes raisons de fonder sa vie sur les Ecritures bibliques, Parole de Dieu :

Le prophète Jérémie nous rappelle ce qui nourrit vraiment : « le froment » (la Parole de Dieu) et non « la paille »(les songes), laquelle peut servir de couverture ou de lit, mais non de nourriture ! (Jer.23v24-28)

L’apôtre Pierre nous exhorte à « (désirer), comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui (nous croissions) pour le salut » (1 Pie. 2v2).

Et l’auteur de l’épître aux Hébreux définit ce qu’est un adulte : celui « dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal », et qui se nourrit de « nourriture solide » (Hébr.5v14) – ici la Parole de Dieu.

Qu’en est-il pour vous ? Faites le point !

Sans oublier ces avertissements toujours actuels :

  • « Ne pas oublier ces paroles que (nos) yeux ont vues », ou lues (Deut.4v9).
  • Nous avons « Moïse et les prophètes » (l’Ancien Testament) et même tout le Nouveau Testament en plus : « écoutons-les » ! (Luc 16v27-31)

(A suivre)

 

 

Notes :

(1) Le verset de Deut. 4v9 (habituellement traduit dans les versions Darby, Segond, TOB, Colombe…par « prends garde à toi….de peur que tu n’oublies les choses-ou événements- que tes yeux ont vues ») peut aussi se traduire par « tu n’oublieras pas les paroles que tes yeux ont vues ».  Dans l’original hébreu, le terme employé pour « mots » est « dabar » (« דָּבָר »). Ce qui peut vouloir dire » 1) Parole, mot, ordre, commandement, sentence, oracle, conseil…., 2) Chose, événement, action, 3) Cause, motif, 4) Affaire en Litige. Une des règles importantes en matière de traduction est de prendre en compte le contexte direct. Ainsi, les traductions « mot » ou « choses » peuvent être considérées comme des hypothèses valables. Quant aux termes « événement » ou « choses », employés par la plupart de nos versions, ils semblent correspondre à l’ensemble des événements qui sont décrits dans les versets suivants, notamment : « L’Éternel vous a parlé du milieu du feu ; vous avez entendu le son des paroles, mais vous n’avez point vu de figure ; il n’y avait qu’une voix. » (v.12, soit un événement à la fois auditif et visuel). L’intérêt de traduire par « choses » ou « événement » permet d’englober l’ensemble des choses décrites dans les versets suivants. Enfin, les interprétations rabbiniques à ce sujet sont également intéressantes en ce qu’elles soulignent « l’inscripturation » des commandements sur les tables de pierres (v13). Dans tous les cas, Moïse rappelle au peuple, « communauté de l’Alliance », qu’écouter Dieu est un premier impératif. Et aujourd’hui comme hier, lire les Saintes Ecritures, Parole de Dieu, c’est aussi obéir à ce commandement prioritaire de l’écoute.

(2) Et Paul rappelle que « la vérité est en Jésus »(Eph.4v21)

 

Alzaia

"Alzaia" d'Erri de Luca. "Alzaia", c’est la corde, mais aussi le lien avec l'autre, qui empêche de tomber ».

« Alzaia » d’Erri de Luca.
« Alzaia », c’est la corde, mais aussi le lien avec l’autre, qui empêche de tomber ».

Pep’s café ! est de retour, après une longue absence de deux mois, et prêt à reprendre un nouveau rythme de publication !
En guise de billet de rentrée, voici un partage de ce que je pense être « le message de Dieu (d’abord pour moi personnellement) de cet été », après une coupure bienvenue : une nécessité et un besoin de progresser dans l’écoute, l’intention(le cœur et l’inspiration-cad quel esprit nous anime), et la disponibilité, sans oublier la lutte contre tout gaspillage.
Autant de thématiques ou de domaines perçus de différentes façons en juillet-août, et qui se retrouvent, pour l’essentiel, dans « Alzaia »*, un livre d’Erri de Luca acquis le 06 juillet.

Pour l’anecdote, le premier texte découvert « par hasard »(grâce à un marque-page présent dans le livre à cet endroit !) était « avoir de l’oreille » (p24-25), invitant à l’écoute(cf Eccl.4v17, 1 Sam.15v22, Jacq.1v19) :
« Le prophète Jérémie entend la voix divine dans un “vacarme d’eaux dans les cieux”. Elie la perçoit dans un murmure après l’avoir cherchée dans le vent d’une tempête, dans un tremblement de terre et dans le feu. Cette voix se manifestait de bien des façons, mais il fallait avoir l’ouïe fine d’un prophète. Garder le silence était une condition indispensable. C’est au moment où il se tait que la voix de Dieu fait irruption dans la vie et dans le livre de Job. Tant qu’il répond à ses interlocuteurs, Dieu reste silencieux. Mais lorsque Job cesse de répliquer au dernier d’entre eux, Elihu, alors la voix de Dieu s’élève et déferle sur 125 vers.
“Silence dans toute chair”, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute. Notre ouïe moderne a été caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine. Le silence aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe. Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».
« Prêter l’oreille », écouter Dieu, mais aussi s’attacher à Lui « de tout notre cœur… » (Deut.6v5) d’autant plus qu’Il souhaite nous emmener avec Lui partout où Il va et nous montrer tout ce qu’Il fait (Jean 5v20).
Le « gaspillage » se retrouve dans des textes tels que « lambeaux » (p27-28. D’après Amos 3v12) ou « émigrants », (pp65-66)

Quant à l’impératif de discerner « l’intention » ou « l’esprit », celui qui nous anime ou qui anime d’autres, il est illustré par la parabole suivante, intitulée « Coutures » (pp51-52) :

« Un tailleur juif fut chargé par un noble de sa ville de coudre une rare pièce de vêtement dans un précieux tissu acheté à Paris. Le noble lui recommanda de réaliser un chef-d’œuvre. Le tailleur sourit et répondit qu’il n’avait pas besoin d’encouragements car il était le meilleur de la région. Son travail une fois terminé, il porta le vêtement à son illustre client, mais en échange il ne reçut que des injures et se vit accusé d’avoir gâché le tissu. Le tailleur déconcerté et humilié alla demander conseil au roi reb Yerahmiel qui lui dit à peu près ceci : «Défais toutes les coutures du vêtement, puis refais-les exactement dans les mêmes points qu’avant. Ensuite rapporte-le lui. » Le tailleur suivit l’étrange conseil et rapporta le vêtement au noble. À sa grande surprise, le seigneur parut enthousiasmé par le travail et ajouta même une prime à son salaire.

Reb Yerahmiel lui expliqua ensuite ceci : «La première fois tu avais cousu avec arrogance et l’arrogance n’a pas grâce. C’est pourquoi tu as été repoussé. La seconde fois tu as cousu avec humilité et le vêtement a pris toute sa valeur. L’intention est primordiale, plus que l’habileté, l’inspiration plus importante que la maîtrise, même dans les travaux humbles. Dans le livre des Saintes Écritures, L’Exode/Noms, Dieu, par l’intermédiaire de Moïse, confie à l’excellent artisan Betzalèl l’exécution de nombreuses tâches ` nécessaires au culte. Mais auparavant : «Il l’a rempli, de vent d’Elohim : en sagesse, en intelligence, en science pour toute sorte d’ouvrages » (35, 31). L’habileté technique à elle seule est stérile, vaine.

Pour celui qui est habitué à ne considérer que le produit fini et non la façon dont on le travaille, pour celui qui juge l’œuvre et non l’intention, ce récit est vain ».

Je rajouterai que ce n’est pas le fait de « faire » qui fait « l’être »(ou ce que l’on est) ; ce n’est pas non plus l’activité (l’activisme ?) qui fait l’accomplissement ; mais ce que nous faisons (et la façon dont nous le faisons) dépend de ce que nous sommes, ou de ce qui nous pousse. Ce n’est donc pas une simple question de « performance ».

Sur ce, bon week-end, et à mercredi prochain.

 

 

 
Notes :

* De Luca, Erri. Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002

« Ces articles[parus dans le quotidien catholique Avvenire], cent et des poussières, sont extraits du gros tas de cahiers que (l’auteur a rempli) de phrases pêchées au hasard, un peu partout ». Il les a « transcrites, poussé par un maudit besoin de collectionneur, une sorte de rétention de pensées contre la perte de la mémoire. Avec une habileté de brocanteur » il a « déniché la phrase, l’accident, l’idée ». Il y a « ajouté ensuite des choses » qu’il a « vécues. Et puis, dans une proportion toute sabbatique, une sur sept, on y trouve des pensées sur certains vers de l’Ancien Testament…. ».
Des articles, qui sont, aux dires de l’auteur, ce qu’il a « su faire de mieux »(préface, p 10). Alzaia est le nom du cordage qui sert à tirer à contre-courant depuis le rivage « une lente cargaison », des péniches et des bateaux, le long des fleuves et des canaux (pp 9-10). Dans « Cordes » (p 47), l’auteur nous apprend encore que le mot désignant l’espérance en hébreu signifie aussi corde : «Il est beau que l’espérance ait l’âme d’une corde. Elle tire, attache, fait des noeuds, peut se rompre.»
« Alzaia », c’est donc la corde, mais aussi le lien. « Et pour un alpiniste comme Erri De Luca, c’est le lien avec l’autre, et qui empêche de tomber ».

Quelles sont tes motivations pour agir ?

Objectif pour le saut par Shari Weinsheimer Quelles sont mes motivations "pour y aller" ?

Objectif pour le saut par Shari Weinsheimer
Quelles sont mes motivations « pour y aller » ?

« Rien n’est plus trompeur que le cœur humain. On ne peut pas le guérir, on ne peut rien y comprendre. « Moi, dit le Seigneur, je vois jusqu’au fond du coeur, je perce le secret des consciences. Ainsi je peux traiter chacun selon sa conduite et le résultat de ses actes ». (Jer.17v9-10)

« C’est pourquoi, ne portez de jugement sur personne avant le moment fixé. Attendez que le Seigneur vienne : il mettra en lumière ce qui est caché dans l’obscurité et révélera les intentions secrètes du cœur des hommes. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient ». (1 Cor.4v5)

 « Or, tout ce qui est dévoilé est mis en pleine lumière… » (Eph.5v13)

« Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme »(Jean 2v24-25)

Voilà autant de versets bibliques, sans doute connus par la plupart d’entre vous, pouvant être illustrés par le western « Rio Conchos ».

L’histoire en gros :

Auteur d’un massacre d’indiens, perpétré avec un fusil à répétition provenant d’un chargement volé à l’armée américaine, le sudiste Lassiter se fait arrêter par le capitaine Haven. Afin d’empêcher que le fameux chargement ne tombe aux mains des indiens, une équipe improbable se constitue alors pour le retrouver et le détruire : Haven, chef du commando, Franklyn,  son sergent noir, Lassiter lui-même, contraint de guider les militaires jusqu’au receleur des fusils – et un bandit mexicain condamné à mort enrôlé de force, l’amusant Rodriguez.

« Rio Conchos », que j’ai découvert de la même façon que pour « Texas », est intéressant à plus d’un titre. Certes, cette phrase introductive fait quelque peu « cliché », et pourrait valoir pour n’importe quelle œuvre. Néanmoins, l’intérêt est réel et multiple, puisque « Rio Conchos » est un pré-western spaghetti, sorti en 1964, soit quelques mois avant le « pour une poignée de dollars » de Léone.

Et surtout, en dépit d’un pitch de base banal sur le papier (une mission commando à la sauce western), son scénario est plus riche, complexe et imprévisible qu’il n’y paraît, jusqu’au final sidérant.
L’intérêt vient aussi des caractères respectifs des personnages dépeints : ce qui anime chacun, peu à peu mis en lumière, s’avère en réalité très ambigu et bien éloigné des « valeurs » habituellement mises en avant dans les westerns classiques : du sens et du  respect de la loi, de l’honneur, de la famille, de la liberté….point de tout cela.
Au contraire, dans « Rio Conchos », les personnages sont cyniques, tourmentés et individualistes : entre Lassiter, rongé par la haine et la vengeance, le capitaine nordiste, rongé par la culpabilité (et peut-être animé par une ambition secrète), ou le renégat mexicain décomplexé, rongé par la cupidité(ne parlons pas du vieil officier sudiste qui refuse la fin de la guerre, rongé par la folie des grandeurs), qui pourrait nous (re)donner foi en la grandeur et la dignité humaine ? La jeune femme apache, qui intègre le groupe, et le sergent noir, semblent tous deux « n’être rongés par rien ». Mais sont-ils réellement positifs ?

L’indienne pourrait être la véritable héroïne du film, puisqu’elle aide le commando à faire disparaître les fusils. Mais ce faisant, elle découvre à ses dépends que l’on ne saurait faire d’omelettes sans casser d’œufs : trahir ses frères, au risque de causer des morts parmi eux, pour mieux sauver encore plus de vies humaines de massacres à venir…. cruel dilemme.

Et Franklyn, le sergent noir ? Sous ses dehors de fidèle « yes man », il est le plus discret, mais aussi le plus difficile à cerner. En tous cas, il ne semble pas avoir de mobiles inavouables, malgré une vacherie de Lassiter qui pourrait nous inciter à le soupçonner d’ambition carriériste. La présence d’un tel personnage de couleur peut être aussi perçue comme un geste progressiste de la part du réalisateur, particulièrement dans le contexte de l’Amérique et le Hollywood du début des années 60 (et sachant que la ségrégation raciale n’a été officiellement abolie qu’en juillet 1964-le film date d’octobre). Néanmoins, il reste « trop froid » et « trop parfait », pour nous permettre de nous identifier à lui.
En fin de compte, « Rio Conchos » montre qu’une véritable équipe n’est pas un assemblage d’individus aux intérêts secrets et contradictoires. Une mission dite « officielle » censée fédérer le groupe ne suffit pas. Ici, pour chacun des membres du commando, la « cause » (retrouver et détruire des fusils à répétition volés) n’est qu’un prétexte pour privilégier sa « propre vision ».
Il leur manque donc à tous l’indispensable et vitale (et véritable) unité et « communion ». Ainsi qu’une véritable adhésion à une cause. De cette notion d’ « adhésion » ou « d’adhérence », nous en parlerons une prochaine fois, avec deux nouveaux films pour l’illustrer !

En bref :

Rio Conchos(1964). USA. Coul. 107 min.
Réal. Gordon Douglas
Avec:
Richard Boone : Lassiter
Stuart Whitman : Capitaine Haven
Tony Franciosa : Juan Luis Rodriguez
Jim Brown : Sergent Franklyn
Wende Wagner : la jeune femme Apache
Edmond O’Brien : Colonel Theron Pardee
Très belle musique de Jerry Goldsmith (voir aussi ici)

Rio Conchos est disponible en DVD dans la collection « Westerns de Légende » de l’éditeur Sidonis-Calysta.