Ne les oubliez pas : ce vendredi 12 février, c’est la journée internationale des enfants-soldats

Au Soudan, d'anciens enfants soldats laissent derrière eux leurs armes pour montrer qu'ils retournent à une vie normale (UNICEF)

Au Soudan, d’anciens enfants soldats laissent derrière eux leurs armes pour montrer qu’ils retournent à une vie normale (UNICEF)

« Tu ne livreras aucun de tes enfants pour le faire passer à Moloch, et tu ne profaneras point le nom de ton Dieu. Je suis l’Eternel ».(Lévit.18v21)

Incroyable mais vrai, mais cela existe encore au XXIe siècle : selon l’ONU, il reste 250 000 enfants-soldats, impliqués de manière directe ou indirecte dans des conflits armés dans le monde ! Plus de 2 millions d’enfants soldats ont été tués lors des dix dernières années.
Ils ont entre 7 et 18 ans et sont rattachés aux forces armées. Ils ne sont pas toujours « soldats », mais peuvent servir en tant que cuisiniers, porteurs, messagers, espions ou de détecteurs de mines. Témoins de conflits ou forcés d’y prendre part, ils sont avant tout des victimes : asservis, exploités, violentés, abusés sexuellement, blessés ou tués… Pendant plusieurs mois ou plusieurs années, leur vie quotidienne n’est plus celle d’enfants de leur âge : leur droit à l’enfance et à l’éducation est littéralement violé et volé.
Les continents où le nombre d’enfants soldats est le plus élevé sont l’Afrique (République Démocratique du Congo, Tchad, Ouganda, Mali) et l’Asie (Myanmar, Népal, Pakistan, Philippines ou Sri Lanka). Les enfants-soldats sont également présents sur le continent américain, notamment en Colombie depuis de très nombreuses années.

Les raisons de l’engagement des enfants soldats, nombreuses et parfois complexes, restent la pauvreté et le manque d’éducation, sans compter un contexte de guerre déjà très difficile. Une partie des enfants sont contraints de devenir enfants soldats sous la menace ou alors sont enlevés à leur famille.

Le 12 février, c’est leur journée internationale. Pour ne pas les oublier et pour faire le point sur les droits de l’enfant. Cette date n’a pas été choisie au hasard, puisqu’elle coïncide avec le jour de l’entrée en vigueur du Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de l’enfant, le 12 février 2002. Ce document de l’ONU interdit à quiconque l’utilisation d’enfants-soldats à travers le monde, et exige que l’âge minimum pour le recrutement obligatoire et la participation directe à un conflit armé soit de 18 ans.
A signaler, encore, l’action de diverses branches de l’ONU, lesquelles, en collaboration avec des ONG (organisations non gouvernementales), prennent en charge des opérations de démobilisation et de démilitarisation des enfants. Et ce, avec des résultats intéressants. À cela s’ajoutent des programmes de réinsertion de ces enfants dans leur communauté et dans leur famille d’origine. Depuis l’an 2000, dans le monde, presque 100 000 anciens enfants soldats ont été accompagnés pour qu’ils puissent retrouver une vie normale.
Vous connaissez certainement une ou plusieurs ONG travaillant dans ce sens, à soutenir.

 
Pour aller plus loin :
Un exemple de journée pédagogique par Le Réseau canadien In-Terre-Actif, secteur jeunesse du Comité de Solidarité/Trois-Rivières, qui « un outil d’éducation à la citoyenneté permettant aux jeunes d’être sensibilisés aux enjeux mondiaux actuels et de jouer un rôle en solidarité internationale ». Ce réseau propose, dans un dossier d’éducation à la citoyenneté, des fiches d’activités pour les élèves et des guides pour les enseignants sur 4 thématiques liées à la guerre dont celle les enfants-soldats.

Exemples d’actions proposées aux(et avec les) enfants :

1)Adopter des comportements pacifiques au quotidien, notamment dans notre façon de t’exprimer (au « je » plutôt qu’au « tu », avec respect et honnêteté sans brusquer les gens). Tenter de résoudre nos conflits avec des mots et une médiation plutôt qu’avec des gestes violents.
2) Dans notre quotidien, éviter d’acheter et d’offrir des jouets qui renforcent une culture de la violence. Choisir des jeux pacifiques et qui stimulent la créativité de l’enfant.

3) Se rappeler que la guerre n’est pas un jeu et que beaucoup d’enfants autour du monde meurent dans des contextes de guerre et doivent combattre avec de vraies armes.
4) Se joindre ou, s’il n’existe pas déjà, fonder un comité d’élèves-médiateurs dans son école, dont l’objectif serait de contribuer à promouvoir le pacifisme et la résolution non-violente des conflits.

Autres liens :

Amnesty International – Enfants et droits humains
UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) – Les enfants-soldats
Le travail de l’UNICEF : « déposer les armes et construire un avenir »

Child Soldiers International
Nations Unies – Les enfants et les conflits armés

 

A lire :
« Une arme dans la tête », de Claire Mazard. Flammarion jeunesse, 2014 (Tribal). Un roman sur le sujet, pour adolescents(à partir de 14 ans).
« Le jeu a cessé quand nous avons eu de vraies armes et quand nous avons croisé le caporal »
A 10 ans, Apollinaire est enrôlé dans l’armée d’un pays d’Afrique comme enfant soldat. Drogué, il devient « Conan l’effaceur » et commet les pires atrocités. Lorsque Wamba, son meilleur ami, est tué, il s’enfuit. Recueillit par un prêtre, il arrive clandestinement en France. Là, il devient un « mineur isolé » et tente d’oublier le passé au sein d’un foyer et l’apprentissage d’un métier. Mais peut-il oublier la violence dont il a fait preuve pendant quatre ans ? Comment racheter ses fautes ? Comment vivre-et non plus survivre ?
Un livre fort, sensible et intelligent, sur le difficile retour à la vie « normale » d’un ancien enfant-soldat hanté par ses souvenirs. A lire pour les plus grands, surtout, pour sensibiliser à une thématique peu connue et pour prendre toute la mesure de la valeur du droit à l’enfance et à l’éducation.

 

 

A étudier :
« Tu ne livreras aucun de tes enfants pour le faire passer à Moloch, et tu ne profaneras point le nom de ton Dieu. Je suis l’Eternel ».(Lévit.18v21 + Lévit.20v1-7) ; Deut.12v31, 18v10….Jer.32v35
Qui sont nos « Moloch » d’aujourd’hui ?

« Nos profits valent plus que leurs vies », disent-ils ou le « c’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe » moderne

Inquiétude (vis à vis des fluctuations de certains titres boursiers) par Mathieu Colloghan

Source d’inquiétude (fluctuations de certains titres boursiers)
par Mathieu Colloghan

J’ai déjà entendu dire qu’il était vital de respecter la famille(sur le modèle biblique)et la vie. Je suis d’accord.
Justement, l’article qui suit nous interpelle pertinemment et intelligemment sur le deuxième point :

Santé au travail
Europe : « Le prix payé pour permettre aux actionnaires d’encaisser des profits est passé sous silence »
par Laurent Vogel, article publié dans Basta Mag le 24 avril 2014 :

Les cours de la bourse peuvent être suivis quotidiennement. Les résultats financiers des entreprises sont communiqués chaque trimestre. Flexibilité et compétitivité sont instaurées en dogme. Mais la situation de celles et ceux qui créent cette richesse – les salariés – demeure quasiment invisible. La journée mondiale pour la santé et la sécurité au travail, célébrée le 28 avril*, passera probablement inaperçue. Pourtant, les salariés paient encore un lourd tribut à la création de valeurs** : 160 000 travailleurs européens meurent chaque année de leurs conditions de travail ou de leurs conséquences sur la santé.

 
Extraits :

« (…)À bien y réfléchir, c’est une bonne chose d’avoir une date qui se perd dans l’anonymat du calendrier. Le 28 avril* ne nous parle pas d’un accident qu’on se représente comme un événement exceptionnel. Il nous parle de notre vie quotidienne. Mourir du travail reste une réalité déterminée par la soif de profits, la flexibilité, l’absence de démocratie au travail. Dans l’Union européenne, des données minimales calculées par l’Agence européenne pour la santé et la sécurité font état de 400 à 500 morts par jour. Plus de 160 000 morts par an.
Pour la majorité des travailleurs, ce n’est pas la mort mais les maladies, les douleurs persistantes du dos et des articulations, les dépressions, la nécessité de quitter leur travail avant d’arriver à l’âge de la retraite. Le résultat global est que la santé est aussi mal partagée que les richesses, le logement ou l’éducation. Les privilégiés vivent plus longtemps et en bien meilleure santé que ceux qui produisent les richesses. Ces inégalités s’accroissent sous l’effet des politiques de dérégulation.
Tous les matins, vous pouvez entendre à la radio le cours des actions à la bourse. On dirait des communiqués de guerre où transparaît l’idéologie de la compétitivité. Le prix payé par les travailleurs pour permettre aux actionnaires d’encaisser des profits est passé sous silence.
(…)
Le 28 avril*, méfions-nous des larmes de crocodile. Exigeons des comptes précis et clairs. Pourquoi la révision de la directive sur les cancers professionnels est-elle bloquée depuis dix ans ? Pourquoi la directive sur les troubles musculosquelettiques n’a-t-elle jamais vu le jour ? Pourquoi, dans la majorité des pays de l’Union, les ressources de l’inspection du travail sont-elles insuffisantes ? Pourquoi moins d’un travailleur sur deux en Europe dispose de cette forme minimale de démocratie qu’est la désignation d’un représentant pour la santé et la sécurité ? L’expérience montre que sans ce contre-pouvoir qui exerce un contrôle sur les décisions des entreprises, la prévention est un leurre ».

La suite et l’essentiel : http://www.bastamag.net/Le-28-avril-mefions-nous-des

 

 

Une certaine idéologie économique tend à mettre sur un piédestal le « self made man », le « gagneur » ou le « champion ». C’est occulter la question suivante, essentielle s’il en est : qui lui a fabriqué ses « nailleques », ses chaussures de champion ?

La Bible garde toute son actualité sur ces questions : Le peuple d’Israël devait se souvenir de son passé d’esclave en Egypte (Deut.24v22), comme de ne pas manger du tendon d’un agneau(soit, de ne pas se nourrir de la faiblesse d’autrui) cf Gen.32v32.

Il lui était commandé(particulièrement les puissants et les riches) de n’exploiter personne, surtout pas le plus faible et l’ouvrier(Ezech.34v1-7 ; Michée 2-3 ; Amos 8v4-6 ; Deut.24v14-15, 25v4 ; Lévit.19v13 ; Es 58v3 ; Jer. 22.13-17 ; Jacq. 5v1-6 ; Col.4v1).

Le principe posé en Deut. 22v8(comme quoi lorsque quelqu’un construisait un accès au toit de sa maison, il était tenu de construire aussi un parapet afin d’éviter toute chute. Si quelqu’un tombait faute de barrière, le propriétaire était tenu pour responsable de l’accident)est encore pertinent de nos jours : l’employeur est tenu de protéger son ouvrier de tout accident et de ne pas mettre sa vie en danger.

Enfin, il était également commandé au peuple de ne pas offrir ses enfants à Moloch(Lévit.20v1-5) : et nous, quels sont nos « Molochs » modernes ?

 

Est-ce « non biblique » de demander si « les profits valent plus que les vies » ? Comme de demander si la technique peut être prioritaire sur la vie et l’humain ?

 

 

Notes :

*Jeu : « amusez-vous » à recenser tous les médias(chrétiens ou non)qui traitent ce sujet de la souffrance ou de la mort au travail, ainsi que de la future journée du 28 avril. « Amusez-vous », en parallèle, à relever, en comparaison, les sujets jugés plus « prioritaires » par ces mêmes médias. Questionnez autour de vous : que se passera-t-il le 28 avril prochain ?

 

** On ne parle pas, bien entendu, des « mêmes valeurs » !

« Liberté ! Que de bêtises on peut raconter en ton nom ! »

Que de bêtises, mais aussi d’horreurs….

« Le sage est celui qui connaît ses limites ».

 

Face à certains sujets, dont la délicatesse et la complexité nous rappelleraient presque « le noeud gordien », voire « l’hydre de Lerne », il peut paraître très « simple » (ou « de bons sens ») d’avoir une opinion « franche » et « tranchée ». Mais est-ce si simple ?

Ainsi, entre le piège de la banalisation et celui de la surmédiatisation d’idées nauséabondes et de personnes véhiculant(ou vivant de)ces mêmes idées*, quelle posture choisir ? Faut-il « interdire », sans tomber dans le « deux poids, deux mesures » ?  A moins qu’il ne soit « interdit d’interdire » au nom de « la liberté d’expression » ou du risque de la « victimisation » ?
Car, en France comme ailleurs(les pays dits « libres »), la liberté d’expression est un principe essentiel et sacré : «…l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun » selon la Cour européenne des droits de l’homme (Handyside contre Royaume-Uni, 1976).

C’est sur cette base que chacun peut librement exprimer une opinion, positive ou négative, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution…**

La liberté d’expression est donc un droit, jugé précieux et sacré.

Mais la liberté totale existe-t-elle ? Un droit est-il absolu ?

Comme tout droit, il est possible d’user d’un droit, mais aussi d’en abuser. Un abus qui peut être sanctionné, au terme de « la théorie de l’abus de droit ».
Notre Déclaration de 1789 précise d’ailleurs dans son article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ».
En clair : « la liberté de chacun s’arrête où finit celle des autres », dans le cas où une personne outrepasserait sa liberté d’expression et nuirait ainsi à une autre**.

Donc, tout droit n’est pas absolu.

Mais puisque l’on parle d’abus ou d’usage abusif d’un droit…ne serait-ce pas plutôt la récente décision du Conseil d’Etat (10/01/14), saisi par l’exécutif, déclarant que l’interdiction d’un spectacle par le préfet de la région Pays de la Loire était légale, qui serait abusive ? Peu pertinente, disproportionnée ?  Faut-il, à l’instar du sociologue et historien Sébastien Fath, s’indigner et dénoncer une « affligeante police de la pensée qui croit qu’en cassant le thermomètre, on détruit la fièvre, au risque de rendre la France entière malade et à bout »?
Car « interdire », n’est-ce pas, au contraire, « promouvoir » les idées nauséabondes que l’on prétend combattre ? ***

A ce sujet, « Thomas More »( « République 1 – Dieudonné 0 ou pourquoi le Conseil d’Etat n’a pas enterré la liberté d’expression », 11 janvier 2014), un blogueur qui traite de questions juridiques et politiques dans une perspective chrétienne(catholique) nous expose « une brève » mais pertinente « synthèse des idées exposées à propos de la première ordonnance du Conseil d’Etat rendue dans cette affaire le 9 janvier 2014 (V. également la deuxième en date du 10 janvier 2014)….Pour faire simple, le juriste blogueur estime que la décision du conseil d’Etat n’est pas un revirement de jurisprudence valant faire-part de décès de la liberté d’expression mais la réponse « la plus sage dans les circonstances présentes qui sont tout à fait particulières ».
Comme il l’explique tout au long de son argumentaire,« il ne me semble pas qu’on soit face à une forme de sanction anticipée de l’infraction, une forme liberticide de prévention. Si l’affaire porte bien sur un spectacle, il ne faudrait pas négliger qu’il s’agit d’une tournée et que le contenu du spectacle est connu. N’en a-t-on pas assez entendu et vu pour juger de la gravité du propos ? Il ne semble pas qu’il s’agisse d’un nouveau spectacle et son contenu est suffisamment scandaleux pour justifier une réaction sans attendre qu’il sorte une nouvelle fois ses horreurs. L’antisémitisme n’est pas une opinion banale, un discours comme les autres. Le caractère tout à fait particulier de l’affaire justifie une solution particulière(…) L’ordonnance ne se saisit pas de Dieudonné comme d’un humoriste banal, dans un spectacle banal, dans un contexte banal. Elle s’empare de son spectacle à l’expérience d’une période très longue, de présence médiatique intense dont il est avéré qu’elle a un contenu très problématique et très constant, au cours de laquelle de nombreuses condamnations pénales ont été prononcées, etc. Nous sommes très loin du traitement d’un dérapage exceptionnel, et très loin aussi du procès d’intention. On peut penser qu’il y a un système, et c’est ce système que le Conseil d’Etat permet d’appréhender ».
Et le juriste de conclure : « Ne jouons pas à nous faire peur ! Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? La banalisation du discours antisémite à quelques mois de l’entrée dans le domaine publique de Mein Kampf ? ou une mise en œuvre dans un cas peu banal des pouvoirs de police du maire ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Celle que nos parents et nous-mêmes avons bâti depuis 1945 ou celle fantasmée par Dieudonné, Soral et consorts ? »

Dans le même esprit, le cardinal André Vingt-Trois sur Radio Notre-Dame, 3 janvier 2014 estime que
« Pour l’affaire Dieudonné, l’intervention de Manuel Valls a eu un effet salutaire dans la mesure où elle fait réfléchir, et il faut faire réfléchir. Car malheureusement l’histoire du XXe siècle a montré que la montée de l’antisémitisme n’est pas une révolution à grand spectacle, c’est une montée progressive, qui passe par des événements, des paroles, des articles, des spectacles… Rien n’est anodin en matière d’antisémitisme, comme pour la xénophobie ou la discrimination religieuse. Il est scandaleux que nous soyons insensibles à la dépréciation progressive des seuils à ne pas franchir. Une culture du respect de l’autre, des autres religions, doit se réimplanter d’une manière forte. Que l’on apprenne aux enfants qu’il y a des choses qui ne se font pas !(…)

L’antisémitisme est un poison, qui n’est pas simplement une agression contre les juifs, mais une agression qui concerne l’humanité entière(…)Et on ne doit pas laisser se développer et se banaliser les caricatures, la dérision, la provocation(…)symptômes d’une société dans laquelle on ne tient plus les seuils de protection, protection de l’identité propre de chacun ».

Il s’agit donc bien d’une question de limites nécessaires. C’est bien parce que a liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée »****.

Une formule à la Jacques Ellul*****  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ?

Or, faut-il tout sacrifier (la dignité humaine, l’honneur)sur l’autel du « dieu liberté(d’expression) », « Moloch »****** moderne ? Ou sur l’autel de la recherche du buzz(que l’on croit « rentable ») à tout prix ?

Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, pour  se libérer de ce qui asservit, faudra-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure *******, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

Et nous devons nous préoccuper des conséquences de nos choix, car

« Au jour du jugement, chaque homme aura à rendre compte de toute parole proférée »(Matt.12v36-37)

Etape suivante : la vraie liberté passe par Celui qui seul nous affranchit et peut nous rendre réellement libre(Jean 8v30-36-avec cet avertissement : Jean 5v41-44)

Le mot de la fin ? Laissons-le au  Gorafi :
« Les Français espèrent des chutes de neige prochainement pour aider les médias à parler enfin d’autre chose ».

En effet, il serait temps de parler d’autre chose…Par exemple, de « cette maladie de civilisation » ?

 

 

 

Notes :

* Ainsi, sous couvert de « dénoncer » des idées stupides et nauséabondes, il est possible faire la promotion de ces mêmes idées, via force publications de liens internet ou de liens vidéos, ou de faire la promotion d’autres idées toutes aussi stupides et nauséabondes.  Quand il ne s’agit pas de faire la promotion d’un geste lourd de sens, en croyant le parodier….

** En France, c’est dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui consacre la liberté d’expression(voir l’article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi »http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais….)

Les articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme(10 décembre 1948) consacrent eux aussi la liberté d’expression, conjointement à la liberté de conviction et de religion.

Voir http://www.les-infostrateges.com/article/0807342/un-droit-fondamental-la-liberte-d-expression-et-ses-limites ; et http://www.lemondepolitique.fr/cours/libertespubliques/libertes/liberte_expression.htm

*** Une idée en rappelle une autre, mais ce rappel me paraît utile, face à ceux qui plaident, pour les mêmes raisons ou pour d’autres, pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger cette fameuse loi Marchandeau, le 27 août 1940. Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940.
Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

Le Journal officiel du 30 août 1940, page 4844, publie la loi du 27 août 1940 portant abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse :
« Art. 1°. – Est abrogé le décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les dispositions antérieures des articles précités sont remises en vigueur.

« Art. 2. – Amnistie pleine et entière est accordée, pour tous les faits commis antérieurement à la promulgation de la présente loi, aux délits prévus par les dispositions abrogées par l’article 1° du présent décret ».

****L’on pourrait penser qu’en Eden, Dieu ait dès le départ accordé une liberté totale à l’homme :
« ….L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.(…) L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin…. »(Gen.2v9)

Une liberté assortie toutefois d’un garde-fou : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras »(v16-17)
Garde-fou qui a été rapidement violé par l’homme et la femme…tous deux motivés par la volonté d’atteindre le « No limit » (« vous serez comme des dieux »)

***** « Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » (Ellul, Jacques. Les nouveaux possédés, 1973).

Jacques Ellul(mort en 1994) est un professeur d’histoire du droit, sociologue et théologien protestant français, surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au XXe siècle.

****** Moloch, dieu exigeant le sacrifice des enfants.

*******Inspirée d’une citation de Frédéric Rognon, relevée dans le débat « La Décroissance est-elle une hérésie ? » IN La Décroissance, décembre 2013, numéro 105, p15 : « il ne pourra y avoir de libération que si l’on profane la technique, et « que lorsque l’on aura enlevé l’aura de sacré qui entoure la technique. »

Frédéric Rognon est professeur de Philosophie des religions, à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.